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samedi 8 septembre 2018

PEPPERMINT


Thriller/Action/Un film d'action clair et efficace autant dans les aspects psychologiques que dans l'impact des scènes d'action

Réalisé par Pierre Morel
Avec Jennifer Garner, John Gallagher Jr., Tyson Ritter, John Ortiz, Method Man, Richard Cabral, Eddie Shin, Juan Pablo Raba...

Long-métrage Américain
Durée : 01h38mn
Année de production : 2018
Distributeur : Metropolitan FilmExport 

Date de sortie sur les écrans américains : 7 septembre 2018
Date de sortie sur nos écrans : 12 septembre 2018


Résumé : Riley North est une jeune mère de famille dont le mari et la petite fille viennent d’être assassinés par un gang. Face à système judiciaire corrompu qui remet en liberté les meurtriers qu’elle avait pourtant formellement identifiés, Riley décide de prendre les armes pour faire payer tous ceux qui, de prêt ou de loin, sont impliqués.

Bande annonce (VOSTFR)


Ce que j'en ai pensé : PEPPERMINT est un film structuré comme les films de justiciers des années 80. Il en a le ton et la forme. L'histoire tient dans le résumé du film. Le scénario ne cherche pas à faire dans l'originalité, mais il développe le pourquoi et le comment de façon à toujours garder le cap par rapport à son intrigue de base. J'ai apprécié que le personnage principal, une femme, développe une brutalité froide et retors à l'image des protagonistes masculins dans les films du même style. La violence est ici amenée de manière logique et s'intègre donc à l'histoire sans questionnement. Bien sûr, cette thématique de la vengeance appliquée par soi-même pose les questions du fonctionnement de la justice, de la justification de la violence ainsi que de ses limites. Un certain nombre de réponses sont ici évoquées, après, c'est au spectateur de se positionner en fonction de son propre vécu et sa propre logique par rapport aux agissements de cette femme déterminée à se venger. 




Le réalisateur, Pierre Morel, nous entraîne dans les événements dramatiques qui forment le fil rouge de l'histoire et dans l'action qui s'en suit de façon constante et fluide. Son récit est simple et clair. Il utilise adroitement des éléments modernes sans en abuser. Il conserve ainsi habilement un style un peu désuet à son long-métrage qui lui va assez bien. Il s'agit d'un film qui ne cherche pas à rentrer dans la cour des grands, mais qui ne manque ni d'application, ni d'efficacité. On sait ce qu'on va voir et on obtient ce que l'on est venu chercher. 

Pierre Morel, le réalisateur du film
Jennifer Garner tient le film sur ses épaules qui sont loin d'être frêles. Elle est convaincante dans la détresse psychologique de devoir survivre à l'horreur, dans la souffrance physique des coups qu'elle reçoit, dans l'intensité des combats qu'elle mène. Chaque acteur donne une personnalité à son protagoniste et participe à nous impliquer dans cette histoire.




PEPPERMINT est un film d'action qui est cohérent entre sa construction, son intrigue, sa réalisation et le jeu de ses acteurs. Il réussit à atteindre un équilibre entre violence et émotions. PEPPERMINT répond tout à fait aux attentes des spectateurs pour ce genre film. 

Crédits photos : © STXfilms / Tony Rivetti Jr.

NOTES DE PRODUCTION
(À ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

LE COMBAT DE RILEY NORTH 

Dès leur première lecture de PEPPERMINT, scénario original novateur, les producteurs de Lakeshore Entertainment Tom Rosenberg et Gary Lucchesi sont tombés sous le charme de son héroïne, mère de famille ordinaire devenue meurtrière assoiffée de justice. Bien conscients du manque cruel de films captivants mettant en scène des personnages féminins forts et courageux, ils savaient qu’il leur fallait se décider très rapidement. Après avoir reçu le scénario un jeudi, ils ont fait une offre le vendredi, et dès le lundi, ils avaient acquis les droits du projet.

″ On savait qu’il fallait conclure le plus vite possible, et j’ai donc téléphoné au directeur de l’agence un samedi, ce qui ne m’arrive pas souvent, et j’ai insisté pour qu’on signe le samedi soir ″, se souvient le producteur Gary Lucchesi. ″ Dès le lundi, il y avait trois ou quatre autres studios sur le coup, si bien qu'on a bien fait d’être u n peu persévérants ″.

Le nom du réalisateur chargé de porter à l'écran le scénario de Chad St John (LA CHUTE DE LONDRES) les a d’autant plus convaincus : Pierre Morel, metteur en scène de renom spécialiste de cinéma d’action, qui a initié la saga TAKEN, et qui a, à lui seul, réinventé le héros de film d’action. ″ J’étais à la recherche d’un film d’action porté par un personnage féminin fort, et l’idée m’a paru tout à fait convaincante ″, raconte Pierre Morel.

″ Ce qui est le plus important à mes yeux, c’est la trajectoire émotionnelle, parce que sans motivations personnelles, il n’y a pas d’action ″. Pierre Morel était passionné par les sujets abordés, à commencer par l'impact profond que peut avoir un grave traumatisme sur un individu. ″

Riley est très différente des héros de films d’action classiques, qui sont souvent d’anciens espions ou d’anciens militaires. C’est une femme tout à fait banale, qui subit une évolution drastique à la suite d’un traumatisme : son seul objectif, désormais, est d'obtenir justice. Ça a été franchement fascinant pour moi d’essayer de comprendre comment un être humain ordinaire réagit à la suite d’un événement aussi tragique et brutal ″. PEPPERMINT semble parfaitement s’inscrire dans la continuité de ses films précédents. ″ C’est un peu comme la suite de TAKEN, mais avec une femme au cœur de l’action. Je crois qu’il était temps ″, estime Pierre Morel.

Grâce à son héroïne, PEPPERMINT était l’occasion parfaite de mettre en avant un protagoniste que l’on n’a pas l’habitude de voir dans un film d’action. Le producteur Tom Rosenberg explique : ″ Le scénario était malin, solide, et proposait un premier rôle féminin magistral. On cherchait une actrice susceptible de susciter l'empathie des spectateurs, et qui de mieux que Jennifer Garner pour y parvenir ? ″ ″ Ce qui m’a vraiment plu, c’est que ce soit une histoire originale, et un film d’action au premier rôle féminin. C’est vraiment très symbolique à mes yeux ″, révèle l’actrice Jennifer Garner, qui a sauté sur l’occasion d’interpréter cette héroïne redoutable.

Elle poursuit : ″ Je n’ai jamais eu l’occasion d’aborder dans un film ce besoin viscéral de protéger sa famille, mais cette idée me parlait beaucoup ″. Le caractère extrêmement physique du rôle a donné à l’actrice l’occasion de tirer parti de sa grande expérience des films d’action, après une longue pause loin des combats et des cascades chorégraphiées. Après avoir incarné pendant de nombreuses années la super espionne Sydney Bristow, héroïne de la série ALIAS, et s'être illustrée dans des films comme ELEKTRA et THE KINGDOM, Jennifer Garner s’est tournée vers des œuvres plus dramatiques. Pour elle qui était prête à se lancer à nouveau dans l’action, le rôle de Riley lui offrait la possibilité de se dépasser, en alliant à la fois son expérience de l’action et du drame.

Elle se sentait prête à relever le défi : ″ Ça faisait plus de onze ans que je n’avais pas tourné une scène de combat, ce qui est vraiment très long pour réussir à s’y remettre, mais je savais que j’en étais capable. C’est à travers les sensations physiques que j’ai réussi à transmette le désespoir de Riley et les motivations personnelles qui la poussent à chercher à se venger ″, explique l’actrice. ″

Comme Jennifer est elle - même maman, elle a réussi à s’identifier intimement à son personnage. L’amour d’une mère pour son enfant a quelque chose de féroce, un peu comme une lionne prête à tout pour protéger ses petits jusqu’au bout ″, suggère Gary Lucchesi. Les producteurs étaient conscients que le public attendait avec impatience le retour de Jennifer Garner dans un film d’action. ″

Ce rôle est vraiment tombé à point nommé pour elle, qui est aujourd’hui une maman tendre et dévouée qui ne vit que pour sa famille et qui comprend parfaitement ce qui se joue dans cette histoire. C’est ce lien émotionnel qui rend crédible, aux yeux du spectateur, l’idée qu’après une perte si dramatique on puisse complètement craquer et devenir quelqu’un d’autre – quelqu'un capable de descendre les criminels les uns après les autres ″, remarque avec humour Pierre Morel.

Les motivations de Riley et sa méthode sont tout à fait singulières, et ne correspondent en rien à ce dont on a l’habitude dans les thriller de vengeance. Le film renverse complètement la définition du héros de film d’action : il soulève la question des subtilités éthiques qui entourent le concept de justice. Le producteur Richard Wright considère que ″ l’idée de se faire justice soi - même est intéressante d’un point de vue social . Évidemment, on ne voudrait pas que n’importe qui puisse décider de fa ire la loi comme il l’entend, mais il est vrai que beaucoup de gens mériteraient d’être mieux protégés que ce que la loi leur offre aujourd’hui. Certes, c’est un film, et comme on reste dans le domaine de la fiction, on peut se permettre de pousser cette idée à l’extrême, mais le postulat de départ est un phénomène social que l’on retrouve partout, à chaque instant ″.

La question centrale du film est la différence entre vengeance et justice : où se situe l’humanité entre ces deux pôles ? Comment réagirait-on si on souffrait autant et qu'on faisait face à une corruption aussi flagrante ? ″ Je ne sais pas si cette justice - là comble le vide qui s’est inscrit dans l’âme de Riley ″, s'interroge Jennifer Garner. ″ Au cours de notre premier entretien, Pierre et moi no us sommes demandés si la vengeance pouvait parfois se justifier, et si ce que fait Riley était condamnable ou pas ″, raconte l’actrice. ″ C’est une question passionnante et complexe à la fois à traiter par le biais de l’intrigue fictive d’un film d’action ″.

″ La vengeance est un ressort obscur qui ne résout rien et qui ne ramène personne à la vie. Mais pour Riley, il s’agit davantage de justice que de vengeance. Elle exerce une forme de justice que la justice officielle n’a pas su lui apporter, et la question de savoir si c’est bien ou mal rend l’intrigue d’autant plus captivante ″, remarque Pierre Morel.

Ce qui distingue PEPPERMINT des films d’action classiques, c’est que Riley cible ses victimes avec précision de façon à occasionner le moins de dommages collatéraux possible. Elle prend toutes les précautions nécessaires pour limiter sa colère aux cibles dont les noms figurent sur la liste qu’elle a établie. Pierre Morel observe : ″ Riley ne tue pas pour le plaisir de tuer. Ce qu’elle veut, c’est que justice soi t faite pour que ce genre de drame n’arrive plus jamais. Il n’est pas question pour elle de faire de mal à d’innocentes victimes, seulement d'abattre les types responsables de son malheur ″.

Son projet d’éliminer à elle seule les membres d’un puissant cartel de trafiquants de drogue, des policiers corrompus, et leurs complices au sein du système judiciaire, est un véritable suicide. Mais elle est prête à prendre tous les risques nécessaires : ″ Ce qui lui importe, c’est sa mission, et elle n’envisage même pa s qu’elle puisse s’en sortir vivante. Elle s’imagine retrouver ensuite sa famille, en sachant que ceux qui lui ont fait du mal ne pourront pas recommencer ″, reprend Pierre Morel.

L’HISTOIRE

Notre société est ancrée dans un système de valeurs communes qui permet de maintenir un certain équilibre. On s’accroche à l’espoir que les bons seront récompensés et les méchants punis. Dans PEPPERMINT pourtant, la société et le système judiciaire ont manqué à leur devoir envers Riley North. Lorsque Chris North renonce à participer à une opération illicite suggérée par un ami peu recommandable, la vengeance de Jonas Garcia, baron de la drogue local, est rapide et impitoyable. Sortie pour fêter l’anniversaire de Carly, la famille de Riley est victime d’une fusillade en voiture digne d’un règlement de compte entre gangs rivaux. Son mari et sa fille succombent, et Riley est grièvement blessée et respire à peine. Lorsqu’elle sort du coma, Riley est prête à identifier formellement les tueurs, et s’accroche à l’idée que justice sera faite. ″

Riley a vu sa famille assassinée sous ses yeux. À son réveil, elle ne demande qu’à identifier les coupables et s’attend à ce qu’ils soient traduits en justice ″, explique Jennifer Garner. Bien qu’elle ait formellement identifié les coupables, l’influence du cartel est considérable au sein de ce système corrompu aux poches pleines et au vaste réseau de conspirateurs. L’affaire n’avait aucune chance d’être traitée de manière impartiale étant donné le nombre de complices infiltrés. Lorsqu’elle voit les assassins repartir libres, quelque chose se brise en elle.

″ Le juge, l’avocat et les policiers sont tous du mauvais côté de la loi, et l’injustice flagrante de la situation lui fait perdre les pédales ″, raconte Jennifer Garner. ″ Elle devient folle à l’idée que son mari et sa fille lui aient été arrachés et que personne n’y fasse quoi que ce soit. Elle fait taire ses émotions, entre dans la clandestinité, et passe les cinq années suivantes à se préparer ″.

Riley disparaît sans laisser de traces, et commence à se reconstruire avec un seul objectif en tête : rendre la justice comme elle l’entend. Elle passe alors plusieurs années à s’entraîner afin de se transformer en tueuse ultra efficace au sang-froid, spécialiste d’arts martiaux, explosifs et armes en tout genre. ″ Elle apprend à maîtriser les arts martiaux mixtes, les couteaux et les armes à feu, à recoudre ses plaies et à soigner ses fractures. Elle s’apprête à passer à l’action lors du cinquième anniversaire de leur mort, c’est - à - dire le jour de l’anniversaire de Carly ″, rapporte Jennifer Garner.

Appelés à enquêter sur un triple meurtre atroce, les inspecteurs de l'antigang Moses Beltran et Stan Carmichael découvrent rapidement que les victimes sont les trois hommes accusés du meurtre de la famille de Riley cinq ans auparavant. À mesure qu’ils avancent dans leur enquête, l’horloge tourne et le nombre de victimes ne cesse d’augmenter. Sur la sellette après des années de métier, l’inspecteur en chef Moses Beltran, très aguerri, connaît bien les rouages du système. Il est méthodique et stoïque, du genre à aller droit au but. "Moses est un policier de la vieille école ; il est dans les forces de l’ordre depuis longtemps et plus rien ne le surprend. Il a vu de près des choses terribles, ce qui l’a poussé à se forger une carapace et à tout faire dans les règles" , explique Morel.

L’attitude volontairement détachée de Moises et sa méthode de travail très directe laissent planer une certaine ambiguïté sur son éventuelle corruption. C’est ce que John Ortiz (HAPPINESS THERAPY) a trouvé particulièrement séduisant dans ce rôle : "Il est présenté sous un jour plus équivoque qu’un inspecteur de police ne l’est en général et on ne sait pas trop s’il est du bon ou du mauvais côté, ce que j’ai trouvé vraiment intéressant. Cette ambiguïté soulève des questions éthiques et pose la question de savoir où se situe la loi dans un univers qui a tout du Far - West" . Avec une expérience différente, le partenaire de Moses, l’inspecteur Stanley Carmichael, a une attitude plus tranchée. "Carmichael est un peu plus jeune que Moses et moins hermétique à ce qui se passe autour d'eux. Il n’a pas non plus l’air d’avoir encore appris à faire face" , reprend le réalisateur.

Engagé pour camper l’inspecteur Carmichael, John Gallagher Jr (10 CLOVERFIELD LANE) s’est plu à explorer les complexités psychologiques propres à la police. "Il a dû entrer dans la police rempli de bonnes intentions et peut - être avec une certaine naïveté" , déclare Gallagher. "Mais son appartenance à l’unité antigang lui a fait voir des choses vraiment éprouvantes. Ces expériences l’ont poussé à pratiquer ’automédication pour essayer d’anesthésier ses émotions".

À mesure qu’ils creusent, Moses et Carmichael commencent à voir une image générale se dessiner. Très rapidement, en l’espace de quelques heures, les corps d’autres personnes impliquées dans l’assassinat des North et dans la mascarade judiciaire qui en découla commencent à faire surface, mis en scène de façon spectaculaire et violente. Leurs soupçons sont confirmés quand ils sont contactés par l’agent du FBI Lisa Inman, qui est sur les traces de Riley North, toujours insaisissable et aux quatre coins du monde.

L’histoire de Riley finit enfin par se préciser tandis que l'équipe de policiers a du mal à la suivre dans sa mission meurtrière, toujours en avance d’un coup. À présent que Riley est de retour, elle est déterminée à se faire justice elle-même en tuant non seulement Garcia, le baron du cartel, mais également tous ceux à sa solde. Conscient qu’elle en a après lui, le caïd se sert de toutes les ressources à sa disposition pour tenter de l’arrêter. La traque s’intensifie à mesure qu’elle fait échouer chaque tentative l’une après l’autre. À peine reconnaissable, cette mère autrefois douce et sans prétention vivant en banlieue s’est transformée en soldat impitoyable qui s’est donné pour mission de venger la mort de sa famille restée impunie.

Riley vit dans une camionnette dans Skid Row, quartier du centre-ville de Los Angeles, camouflée parmi les laissés-pour-compte et les démunis. En dépit de ses tentatives pour rester à l’écart des autres, elle devient malgré elle l’ange-gardien justicier de la communauté de sans-abris qui l’entourent. En dépit de ses efforts pour tourner le dos à son ancienne vie, de lointains échos ressurgissent. "Un phénomène se produit lorsque Riley s’installe à Skid Row : le taux de criminalité se met à chuter" , souligne Jennifer Garner, "à tel point que la police s’en rend compte et se demande ce qui se passe. Elle a beau se réfugier derrière une carapace, elle ne peut pas s’empêcher de réclamer justice et de veiller sur les gens autour d’elle".

LE TOURNAGE

En réalisateur habile sachant raconter des histoires percutantes, fortes et riches en scènes d’action, Pierre Morel a abordé ce projet en insistant tout autant sur l'émotion que sur les cascades. Sous le choc de la perte immense qu’elle a subie, Riley North mobilise le peu d’énergie qui lui reste pour réclamer justice au nom des siens. "Son cheminement émotionnel est fondamental, sans quoi l’action n’a pas lieu d’être", note Morel. Comme dans ses précédents films, le réalisateur a imprégné celui-ci d’action inspirée de la réalité et chorégraphiée sans recourir aux effets spéciaux ou au numérique. Le chef cascadeur expérimenté Keith Woulard a été sollicité pour élaborer ces scènes d'action réalistes, filmée de manière traditionnelle. "Pierre a déjà signé beaucoup de films d’action et savait parfaitement ce qu’il voulait pour ce projet" , se souvient Woulard. "Il tenait à réaliser un nouveau genre de film d’action profondément ancré dans la réalité et on a dû planifier minutieusement toutes les scènes plan par plan".

"Je me méfie toujours des héros qui accomplissent des exploits pas franchement réalistes, et on a donc étroitement collaboré avec Keith po ur éviter de chorégraphier des scènes totalement improbables" , souligne le réalisateur. "Encore une fois, ça vient d’une volonté de rendre le film authentique et réaliste. Du coup, elle ne marche pas la tête en bas ni ne vole à l’aide d’un filin dissimulé".

"Dans le film, chaque action peut réellement être accomplie" , confirme Wright. "Certes, il faudrait quelqu'un d'extrêmement bien entraîné, expert dans le maniement des armes et gymnaste - acrobate accompli pour y parvenir, mais ça n’a rien d’insurmontable physiquement".

Pour choisir le directeur de la photographie, les producteurs ont suggéré à Morel de rencontrer David Lanzenberg, avec qui ils avaient travaillé sur le film d’époque ADALINE. "En apparence, les deux seuls points commun entre David et Pierre sont qu’ils travaillent dans le cinéma et qu’ils sont tous les deux français, mais ça ne va apparemment pas plus loin" , poursuit le producteur. "Pierre est instinctif, incisif et rapide, et David possède une méthode de travail bien particulière. Leur colla boration artistique n’avait rien d’évident".

À en juger d’après les projets précédents de Lanzenberg et de Morel, leur collaboration ne saute pas aux yeux sur le papier. Ils se sont pourtant parfaitement complétés. "Leur duo s’est révélé franchement mervei lleux. C'est un solide film d'action mais tourné de manière extraordinaire" , commente Gary Lucchesi. "Jusque - là, David n’avait pas été habitué au cinéma d’action, mais plutôt aux plans fixes très stylisés et sophistiqués, alors que beaucoup de mes films so nt d’un réalisme cru et plus mouvementés" , fait remarquer le réalisateur. "On a travaillé de concert pour réunir tous ces éléments et obtenir un ton juste, et le résultat est fantastique".

Leur relation na pas été sans avantages. "Vers la moitié du tournage, ils ne se parlaient qu’en français si bien que personne ne pouvait les comprendre" , souligne Lucchesi en riant. L’un des postulats de Morel en matière de scènes d’action spectaculaires est qu’un acteur doit être en immersion totale. Le public est de plus en plus exigeant, et le réalisateur a donc considéré qu'il était primordial de dénicher une actrice qui accepte d'effectuer ses propres cascades. "C’est très important d’être dans la tête du personnage tout au long de ce cheminement, et c’est pourquoi il était capital que tout soit accompli par la comédienne : Jennifer a totalement adhéré à cette idée et était prête à se lancer" , déclare-t-il. "Pierre sait parfaitement ce qu’il veut, il est très clair et possède un vrai sens de l’action et du cadrage. On a toujours été sur la même longueur d’ondes concernant le réalisme et on s’est très bien compris", se rappelle Jennifer Garner.

Dès qu’elle a accepté le projet, l’actrice s‘est lancée dans un programme d’entraînement et de mise en forme intensif. Elle a passé plusieurs heures par jour avec différents entraîneurs, suivant diverses méthodes comme la musculation, le Krav Maga, la boxe et une forme d’entraînement-chorégraphie inspirée de la danse. "J’ai toujours aimé danser et je crois que c’est pour ça que je suis aussi sensible à l’action : c’est comme une chorégraphie et me servir d’une technique nourrie par la danse m’a beaucoup aidée pour les scènes de combat" , développe Jennifer Garner. Bien qu’elle ait conservé un sens aigu de cette technique et n’ait eu qu’à la peaufiner, il a fallu qu’elle travaille de manière approfondie d’autres paramètres. "J’ai dû coordonner mes mouvements en boxe, car ça faisait très longtemps que je n’en avais pas pratiqué. Je me suis donc exercée tous les jours. En plus, pendant plusieurs heures par jour, on a passé en revue tout ce que je devais savoir faire en boxe, en jeu de jambes et en technique de combat" , ajoute-t-elle. Outre la dimension physique, Jennifer Garner a passé du temps auprès de Navy SEALs pour améliorer son aisance à se déplacer et son maniement des armes. "Je connaissais les rudiments pour utiliser une arme, changer les munitions, etc., mais cela faisait aussi longtemps que je ne m’en étais pas servi et j’avais besoin de m’y replonger" , reprend-elle. "Jennifer s’est lancée et a tout saisi incroyablement vite", ajoute Woulard. "Riley utilise un vaste arsenal et on voulait s’assurer qu’elle maîtrise leur maniement. Inutile de préciser qu’elle possède un don naturel".

Jennifer Garner s’est investie à fond dans le projet et sans sourciller. "Jen ne s’est jamais plaint une seule fois, allant souvent jusqu’à me demander de l’entraîner pendant le week-end", poursuit Woulard. "Elle est le genre d'actrice avec lequel les chefs cascadeurs adorent travailler, car elle trait e tout le monde avec le plus grand respect, ce qui pousse à leur tour chacun des techniciens à redoubler d'efforts pour elle".

L’actrice a étroitement collaboré avec sa doublure cascade habituelle Shauna Duggins, qui lui a offert un soutien sans faille. "Shauna est ma doublure depuis presque vingt ans et est devenue l’une de mes amies les plus proches" , insiste Jennifer Garner. "À moins que je doive être renversée par une voiture ou tomber dans les escaliers, ce qu’elle ne me laisserait pas faire, elle est toujours là pour me soutenir, 'tu peux le faire, tu sais le faire'. Elle m’a permis d'accomplir toutes ces acrobaties dangereuses, si bien que ce qu’on voit à l’écran, c’est vraiment moi qui l'ai fait".

"J’espère que les spectateurs auront une grosse boîte de pop-corn au cinéma et qu’ils vont s’éclater. Le film est vraiment malin et c’est moi qui ai fait toutes les acrobaties" , déclare l’actrice en riant. Tandis que Riley progresse avec sa liste de noms, elle vise l’un des bastions de Garcia pour affaiblir sa position et celle de ses hommes de main : la séquence se déroule dans une boutique de piñata. Dans cette scène, Riley abat à elle seule – et en quelques minutes – une dizaine d’hommes baraqués et armés jusqu’aux dents.

"La séquence dans le magasin de piñata est le fruit de longues heures de travail" , explique Woulard. "Il y avait au total 14 salopards dans un espace confiné et Pierre voulait que l’action y soit aussi réglée qu’un orchestre. Il a fallu beaucoup répéter pour y parvenir et Jen a traversé ce magasin comme un cobra" , poursuit le réalisateur de 2ème équipe. Vouée à devenir la séquence préférée des fans, la scène des piñatas était le cadre idéal pour un massacre. "Il y avait des piñatas partout, de toutes tailles et couleurs, du sol ou plafond, c ’était merveilleux. C’était un endroit très coloré et censé être joyeux, quand soudain c’est l’enfer qui se déchaîne et répand des lambeaux de papier, des chamallows et des bonbons qui volent de partout" , souligne Morel dans un éclat de rire.

TOURNER À LOS ANGELES

La transformation de Riley North la mère de famille banlieusarde en justicière redresseuse de torts, repose sur les contrastes, notamment entre les différents arrière-plans du film. On passe ainsi de la banlieue, qui dégage une atmosphère familiale et cordiale, aux ruelles les plus sombres et les plus infestées de criminels. PEPPERMINT dévoile les diverses forces qui coexistent et s’affrontent dans la ville de Los Angeles. La dimension âpre et réaliste de l’histoire se retrouve dans la fabrication du film, loin des plateaux hollywoodiens, et le tout filmé en décors naturels. "De nos jours, tourner dans la ville même où se déroule l’histoire est presque un luxe et on a eu de la chance de pouvoir filmer les rues de Los Angeles à Los Angeles", reprend Pierre Morel. "On a pourtant voulu montrer une facette différente de la ville, loin du feu des projecteurs de Hollywood. On a souhaité mettre en avant des quartiers plus sombres et les gens qui y habitent".

Le plan de tournage de PEPPERMINT était ambitieux et difficile, restreint à 44 jours pour la plupart en horaires de nuit. Comme Riley se cache dans une camionnette à Skid Row, les producteurs ont été confrontés au défi de s'imprégner du réalisme sans concession du lieu et de son emplacement stratégique. Ils ont effectué des repérages dans tout le quartier : "Les repérages de nuit ont été très révélateurs : on y assiste à la détresse, on voit à quel point les gens peuvent tomber dans la misère et la déchéance les plus totales", raconte le réalisateur avec gravité. Pour des raisons de logistique et de sécurité, mais aussi pour ne pas perturber les habitants du coin, la production n'a pas pu tourner à Skid Row. La production a donc pris la décision audacieuse de reconstituer le quartier quelques pâtés de maisons plus loin. "On a filmé dans une zone adjacente à Skid Row, avec plusieurs ruelles communes aux deux. Les rues y ont été nettoyées à la vapeur chargée de produits chimiques à usage industriel pour assainir le périmètre et le rendre sûr pour les membres du tournage. À part ça, tout est resté intact", ajoute Wright.

Même si la production n’a reculé devant rien pour nettoyer cet espace, on apercevait néanmoins un peu partout des rappels du quotidien, parfois sous forme de créatures à quatre pattes. "Après l e tournage d’une scène dans laquelle je m’effondre à plusieurs reprises sur la chaussée, j’ai remarqué deux cadavres de rats en me rendant vers le combo trois mètres plus loin. J’ai rigolé et dit 'il y a même des rats ? On fait vraiment les choses à fond ! '", raconte Jennifer Garner en riant.

Source et copyright des notes de production @ Metropolitan FilmExport

  
#Peppermint


Autre post du blog lié à PEPPERMINT

dimanche 30 avril 2017

BRAQUAGE A L'ANCIENNE


Comédie/Policier/Un petit film frais avec des acteurs attachants

Réalisé par Zach Braff 
Avec Morgan Freeman, Michael Caine, Alan Arkin, Ann-Margret, Joey King, Matt Dillon, Christopher Lloyd, John Ortiz, Peter Serafinowicz...

Long-métrage Américain
Titre original : Going In Style 
Durée: 01h36mn
Année de production: 2017
Distributeur: Warner Bros. France 

Date de sortie sur les écrans américains : 7 avril 2017
Date de sortie sur nos écrans : 3 mai 2017 


Résumé : Pour Willie, Joe et Al, trois amis octogénaires – ou presque –, la retraite, c'est du passé. Quand ils apprennent que leurs pensions sont parties en fumée, ils décident de passer à l'action. Bousculant tous leurs principes, ils tentent l'impensable : braquer la banque qui les a ruinés !

Bande annonce (VOSTFR)


Ce que j'en ai pensé : BRAQUAGE À L'ANCIENNE est une petite comédie fraîche. Zach Braff, le réalisateur, sait, comme toujours, marier l'humour et l'émotion. Sur fond de thématique économique et sociale, il met en place son intrigue de façon très claire et développe son histoire avec une agréable régularité de ton. 

Zack Braff, le réalisateur
Il y a bien de petites longueurs et le film fait plus sourire que rire, mais, en tant que spectateurs, on a un indéniable plaisir à voir les trois acteurs principaux jouer les braqueurs en devenir. Michael Caine, toujours classe, interprète Joe Harding, un grand-père aimant et un meneur calme et décidé.



Morgan Freeman interprète Willie Davis, cet ami qui vous fait confiance les yeux fermés parce que vous ne lui avez jamais fait défaut. 



Alan Arkin interprète Albert Gardner l'électron libre de la bande, le râleur qui sera là quand même parce que ses amis sont sa famille. 



Il y a un joli fil conducteur sur l'amitié que ces trois acteurs talentueux rendent vibrante. 




Christopher Lloyd est très drôle dans le rôle de Milton Kupchak, un pilier de la communauté perpétuellement à côté de ses pompes.


New-York se pose comme une scène vivante et familière pour leurs pérégrinations. Zack Braff nous en offre quelques belles vues et construit une atmosphère de quartier autour de ces potes de toujours. 

Avec BRAQUAGE À L'ANCIENNE, il dénonce une réalité sociale dure en l’enveloppant dans une histoire touchante dans le fond, autour de personnages normaux qui se retrouvent dans une situation exceptionnelle. C'est mignon, et même si le film a quelques défauts de rythme, on se laisse prendre par son charme et le jeu de ses acteurs attachants.


Copyright: ©2017 WARNER BROS. ENTERTAINMENT INC. AND RATPAC-DUNE ENTERTAINMENT LLC
Photos Credit: Atsushi Nishijima

NOTES DE PRODUCTION 
(Á ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

L'ORGANISATION

Il y a des limites à ce qu'un homme peut subir sans rien dire, et sa réaction est parfois totalement inattendue. Prenons le cas de Willie, Joe, et Al, incarnés par trois des acteurs les plus admirés au monde : Morgan Freeman, Michael Caine et Alan Arkin. Ces honnêtes habitants de Brooklyn, qui se sont liés d'amitié à l'usine Semtech Steel, ne se voyaient pas un jour braquer une banque. Bien entendu, ils n'imaginaient pas non plus que ce serait leur banque qui allait les détrousser... Ils sont désormais fous de rage. Lâchés par leur fonds de pension et leur plan d'hypothèque, et convaincus qu'ils n'ont plus rien à perdre, ces aspirants génies du grand banditisme à la vocation tardive se lancent ensemble dans une aventure unique à la fois risquée et déroutante, bien qu'étrangement grisante ! Au programme : course contre la montre, déguisements et fuites en voiture. Une fois leur alibi mis au point, ils élaborent le braquage parfait qui leur permettra de récupérer ce qui leur revient de droit, même si c'est la dernière chose à faire. Ni plus, ni moins. Ils frappent fort et repoussent leurs propres limites, alors qu'ils approchent des 80 ans... Mais cela n'a pas d'importance, parce qu'il n'y a pas d'âge pour défendre ses droits. 

BRAQUAGE À L'ANCIENNE est une comédie légère et haletante, qui allie tendresse et causticité. On y croise des légendes du cinéma telles que Morgan Freeman, Michael Caine et Alan Arkin, réunis à l'affiche pour la première fois, aux côtés de seconds rôles époustouflants, Ann-Margret et Christopher Lloyd en tête. "Le scénario de Ted Melfi est truffé de renversements de situation comiques et de révélations inattendues. C'est un conteur né", note Zach Braff. "On y retrouve de véritables légendes d'Hollywood, avec qui j'ai eu grand plaisir à travailler, et je suis convaincu que les spectateurs vont apprécier leur capacité à mêler humour et action, sans oublier les scènes plus émouvantes du film, qui jouent un rôle essentiel. Comme tout le monde, ce sont des acteurs que j'adore. Ils parviennent parfaitement à donner l'illusion que leurs personnages sont amis depuis 40 ans, qu'ils ont surmonté ensemble des épreuves et s'épaulent mutuellement". 

 "Je reçois énormément de scénarios, mais celui-ci avait un petit quelque chose en plus", se souvient Michael Caine. "Ce qui m'a beaucoup plu, c'est le fait qu'il s'agisse d'une comédie, parce qu'on m'en propose très peu, mais aussi la qualité des relations entre les personnages. C'est un film touchant et drôle, mais aussi très profond. Et puis, c'était l'occasion de travailler avec Morgan et Alan, et franchement, pour un acteur, que rêver de mieux ?"

Morgan Freeman évoque leur incontestable alchimie : "Je crois que notre plaisir à jouer ces rôles-là crève l'écran". Si BRAQUAGE À L'ANCIENNE joue largement sur le registre de la comédie, le film fustige également les pratiques des grandes entreprises, sujet susceptible de toucher un vaste public. Car, à l'instar de Joe, Willie et Al, de nombreux spectateurs auront vu leur rente partir en fumée et auront été victimes de prêts frauduleux. 

 Alan Arkin note : "Imaginez quelqu'un qui a travaillé toute sa vie et qui comptait sur son entreprise pour tenir ses engagements financiers, et que celle-ci ne le fait pas : on comprend bien que même le plus honnête des hommes serait fou de rage. Je comprends très bien pourquoi ces trois hommes pètent les plombs et prennent cette décision". À cet égard, remarque le producteur Donald De Line, "L'histoire résonne tout autant aujourd'hui qu'à la sortie du film d'origine, et peut-être même plus encore". Il fait référence au long métrage de 1979 réalisé par Martin Brest, qui a servi d'inspiration à BRAQUAGE À L'ANCIENNE : "Ça n'est pas un remake, mais une approche plus moderne d'un sujet intemporel. Souvent, le système ne fonctionne pas, que ce soit les retraites, les assurances ou les banques. Mon père a passé des années au sein d'une entreprise, et lorsqu'il a pris sa retraite, ses allocations ont été brutalement divisées par deux à cause du rachat de la boîte. Ce sont des choses qui arrivent tout le temps". 

 Malgré un ton léger, le film n'édulcore pas les sujets graves qu'il évoque. "Il se passe des choses très drôles", raconte Zach Braff, "mais on aborde la réalité de leur situation et les enjeux de manière frontale et honnête, et je pense qu'on ne peut qu'être touché par ces hommes qui doivent tout à coup se battre pour leur survie". Le plan audacieux qu'ils mijotent permet au public de vivre son rêve le plus cher par procuration – et sans courir aucun risque ! 

Donald De Line souligne : "C'est très satisfaisant parce qu'on a envie qu'ils réussissent, et on voit bien l'énergie que ça leur procure. C'est la chose la plus stimulante qu'ils aient faite depuis des années, peut-être même de toute leur vie". "Je pense que l'idée de prendre sa revanche parle aux gens", suggère le scénariste Theodore Melfi. "Il fallait qu'on aborde le sujet sous un angle humoristique, parce qu'il s'agit d'un délit, même si ce qu'on leur a fait subir en est un aussi. Je suis très sensible à la justice et à l'idée que les gens doivent recevoir ce qui leur est dû. À mes yeux, ces types sont dans leur bon droit. Ils ont travaillé pendant 40 ans, et on leur sucre leur retraite. Et ce qui arrive à Joe avec son hypothèque est un parfait exemple du fait que les banquiers ne recherchent que le profit de leur établissement, sans aucun égard pour le client".

Afin de moderniser l'histoire, Melfi a choisi de "centrer l'intrigue sur l'action, en faisant du braquage le point culminant du récit, alors que l'original s'attachait surtout à ses conséquences". En outre, il a ajouté une histoire d'amour, entre Annie, personnage enjoué et sanguin campé par Ann-Margaret, face au prudent et cynique Al. Melfi s'explique : "Je voulais aborder la question de l'amour et de la sexualité chez les séniors parce que personne n'en parle jamais". 

 Par ailleurs, Melfi a donné aux personnages principaux une histoire personnelle plus étoffée, en creusant leurs relations familiales et leur vie quotidienne, de façon à ce qu'on puisse facilement s'y identifier. Par exemple, "Joe joue le rôle de figure paternelle pour sa petite-fille Brooklyn dont le père est absent. Sa mère et elle vivent avec lui, ce qui est un phénomène courant à l'heure actuelle : il existe plusieurs familles multi-générationnelles qui vivent sous le même toit. Willie et Al partagent aussi un logement, comme beaucoup de personnes âgées pour qui c'est nécessaire sur le plan financier". "C'est un film vraiment très complet", note Ann-Margaret, dont la présence apporte au récit une touche de douceur mais aussi de passion. "On rit, on s'identifie à chacun des personnages, on se sent concerné, et puis on est frappé par la chaleur et l'intensité qui s'en dégage, et on en ressort revigoré. J'ai même versé une petite larme". 

 Joey King vient compléter le casting et incarne la futée Brooklyn, petite-fille chérie de Joe. Peter Serafinowicz joue le rôle du père de Brooklyn, Murphy, dont les contacts avec un dispensaire de cannabis médical pourraient s'avérer utiles à Joe et ses amis. John Ortiz, lui, tient le rôle de Jesus, personnage louche qui accepte d'apprendre les ficelles du métier aux apprentis braqueurs. 

Matt Dillon campe le pugnace agent du FBI Hamer, et Christopher Lloyd prête ses traits à Milton, membre de leur association de quartier, gentil mais un peu à côté de la plaque. "Je pense que cette histoire est bien en phase avec l'air du temps", indique Zach Braff. "Elle aborde la façon dont les grandes entreprises peuvent mettre n'importe qui sur la paille. Mais c'est avant tout une comédie sur trois hommes qui reprennent leur destin en main – des types qui n'ont jamais rien fait d'illégal, rien d'aussi fou ou d'aussi dangereux, mais qui se retrouvent dos au mur et se disent qu'ils ne vont pas se laisser faire. Et ils ont bien l'intention de mettre le paquet".

LE PLAN

Comme tout projet d'envergure, celui-ci part d'un coup de génie. Ou plutôt, dans ce cas précis, d'un coup de feu évité de justesse. Joe, qui va devenir le chef de bande de cette virée improbable, se retrouve coincé un matin à Williamsburg Savings, à écouter un conseiller clientèle condescendant (Josh Pais de RAY DONOVAN) lui expliquer pourquoi ses mensualités viennent de tripler. C'est alors que des hommes cagoulés font irruption. Témoin captivé, Joe observe la chorégraphie absolument parfaite des malfrats et la facilité avec laquelle ils s'emparent de ce qu'ils sont venus chercher avant de s'éclipser. Toute l'opération lui semble être un jeu d'enfant : quelques minutes d'efforts pour une récompense de plusieurs millions de dollars. Plus tard, Joe raconte l'épisode à ses amis et suggère sur le ton de la plaisanterie que les trois hommes pourraient en faire autant. Ils se moquent de lui, mais quelques jours plus tard, quand ils apprennent que leurs pensions sont parties en fumée – et qu'ils n'ont plus de moyens de subsistance –, l'idée leur semble soudain beaucoup moins insensée. Joe est d'autant plus décidé que sa famille dépend de lui financièrement. 

Michael Caine raconte : "Il a une petite-fille qu'il adore, élevée par une mère célibataire qui travaille très dur mais qui a du mal à joindre les deux bouts. Joe essaye simplement de payer les mensualités de son hypothèque pour qu'ils ne perdent pas leur logement. Mais la banque s'apprête à saisir leur maison, qu'ils doivent quitter dans un délai de 20 jours". Willie est un père et un grand-père très fier de sa famille, bien qu'il vive loin d'elle. Il n'attend qu'une chose : les conversations sur Skype avec ses proches, et souhaiterait pouvoir se rendre plus souvent sur la côte ouest pour les voir. Il n'y a qu'Al, veuf depuis longtemps, qui n'a pas de famille proche. Ce sont Willie et Joe qui remplissent ce rôle. Arkin précise : "Al était musicien dans un groupe de jazz mais n'a jamais vraiment fait carrière ; il travaillait donc à l'usine pour pouvoir continuer la musique. C'est là qu'il a rencontré les deux autres, et qu'ils sont devenus amis". 

 "Ils passent tout leur temps ensemble", raconte Morgan Freeman, qui résume l'emploi du temps des trois hommes. "Ils font tout le temps la même chose, mangent toujours dans les mêmes restaurants, ont les mêmes conversations, et font partie de la même association. Ils jouent à la pétanque, et regardent la télévision. Et puis, un jour, Joe leur annonce qu'il envisage de braquer une banque. Évidemment, ses amis pensent qu'il a perdu la tête. Mais il faut dire qu'ils ont une dent contre leur banque. Du coup, l'idée commence à faire son chemin. Et puis après tout ce qu'on leur a fait subir, ils finissent par se dire 'Pourquoi pas ?'"

"Morgan rend son personnage touchant et attachant", note De Line. "Il a toujours les yeux qui pétillent, et un sens de l'humour à toute épreuve. Albert, par contre, c'est le pessimiste grincheux du groupe. Alan Arkin, qui est l'un des meilleurs acteurs comiques au monde, lui donne un côté amusant, cynique, un peu névrosé, qui s'équilibre bien avec les deux autres. Mais malgré tout, il a aussi un côté chaleureux. Et Michael Caine, dans le rôle du meneur de la bande, apporte juste sa dose d'humanité, d'humour acerbe et de charisme pour qu'on croie à la suite des événements". 

 "C'est fascinant de voir ces personnages très différents les uns des autres prendre forme", observe Zach Braff. "Parfois, ce sont les détails les plus subtils qui sont les plus parlants, et les trois acteurs ont bien compris qu'il n'y a pas besoin d'en faire trop pour que ces moments aient un impact considérable. On se comprend à demi-mot, ils me font confiance, ils savent que la caméra va cerner ces petits détails et en faire quelque chose de très fort. J'ai beaucoup appris en les observant et en travaillant avec eux". Comme par hasard, le jour prévu pour le braquage tombe en même temps que la kermesse de leur association de quartier, et les trois hommes se sont déjà engagés à y participer. De peur d'attirer les soupçons en annulant tous en même temps, ils se débrouillent pour se relayer. Même si Milton, l'organisateur de l'événement, ne se serait probablement rendu compte de rien de toute façon… 

 C'est Christopher Lloyd qui tient le rôle de Milton : il fait partie de l'association des "Knights of Hudson", et c'est sans doute la personne la moins bien placée pour organiser quoi que ce soit. "Milton est un type très sympa, c'est un bon ami, à la fois enthousiaste et naïf, mais il est arrivé à un âge où il est incapable de se souvenir de quoi que ce soit", explique Zach Braff. Milton est pétri de bonnes intentions, même s'il a souvent la tête ailleurs. Mais bien qu'il soit parfois à côté de la plaque, il reste profondément digne. 

D'après Lloyd : "C'est un vieux gentil. Milton perd souvent les pédales et fait des erreurs, et il commence à devenir un peu dur de la feuille aussi. Mais il éprouve toujours un grand plaisir et une grande fierté à organiser les événements. C'est son truc et il fait en sorte que chacun respecte les règles et le planning. Le rôle m'a beaucoup plu et j'étais impatient à l'idée de relever le défi qu'il représentait". 

 De Line ajoute : "Il était extrêmement stimulant d'avoir quelqu'un d'aussi drôle et d'aussi singulier que Christopher Lloyd. Il nous faisait mourir de rire. Zach le laissait improviser et Christopher ne faisait que redoubler de trouvailles de génie". Tandis que Willie, Joe et Albert se mettent au travail, ils se disent que s'ils parvenaient à dérober plus que ce qu'on leur doit, ils pourraient en faire bénéficier les enfants. En outre, en se débrouillant bien, la kermesse elle-même pourrait leur servir de couverture, et Milton – béni soit son esprit embrumé – leur fournir le meilleur des alibis.

LE TOUR DE CHAUFFE

Mais avant de s'engager pour de vrai, ils doivent s'assurer d'être capables de mener à bien leur mission. Ils procèdent donc à une répétition afin de tester leurs forces et leurs faiblesses, ce qui donne lieu à un épisode désastreux de vol à l'étalage, l'une des scènes préférées de l'équipe. Comme le raconte De Line : "Willie, Joe et Al vont au supermarché du coin, en se disant qu'ils vont commencer mollo, en volant quelques produits. Et il s'avère que ça n'est pas leur truc du tout ! Ils s'y prennent comme des manches, ils font tomber des choses, ils prennent de mauvaises décisions... Tout est dans le comique de situation". "Le plus dur a été d'essayer de cacher le rôti de porc dans mon pantalon, et puis aussi de courir partout dans le parking avec des œufs dissimulés sous ma chemise", se rappelle Morgan Freeman. 

 Tandis que Willie et Joe errent dans les rayons du supermarché, en fourrant au hasard des articles sous leurs vêtements, ils parviennent à ne pas rater une seule des caméras de surveillance. Pendant ce temps-là, Albert, leur chauffeur attitré qui s'ennuie ferme et meurt de chaud dans la voiture, abandonne son poste, obligeant ses compères, chargés de leur larcin, à improviser leur sortie. 

 Michael Caine raconte : "Joe pique le caddie à moteur d'une vieille dame, et force Willie à s'asseoir dans le panier pour échapper à l'agent de sécurité, avant de prendre la route. C'est une scène classique de course-poursuite... à vitesse réduite". 

 Keith, le responsable du magasin à l'air blasé campé par Kenan Thompson, les regarde passer à l'action... à défaut de trouver meilleure formulation. D'abord intrigué par la scène qui se déroule sous ses yeux, Keith est finalement plutôt amusé, même s'il doit malgré tout faire son travail. L'épisode donne lieu à une séquence de confrontation hilarante qui fera sûrement partie des plus emblématiques du film. Mais Keith est loin de se douter que les trois compères n'ont pas l'intention de jeter l'éponge. 

 "Morgan a passé quasiment toute la journée dans son panier", se souvient Zach Braff. "Personne n'allait s'isoler dans sa loge entre les prises. Michael s'est pas mal exercé à la conduite acrobatique au volant de son engin, au milieu de la circulation, avec un bus qui lui coupe la priorité. J'avais prévu des doublures pour la plus grande partie de la scène, mais les acteurs ont insisté pour faire presque tout eux-mêmes. Ils ont vraiment joué le jeu". S'ils ont autant l'air de s'amuser, c'est parce que c'était effectivement le cas.

Morgan Freeman et Michael Caine ont partagé l'affiche à plusieurs reprises, notamment dans la trilogie THE DARK KNIGHT. "Ils étaient déjà très complices quand Alan les a rejoints, mais il s'est très bien intégré", relève Zach Braff. "Ils improvisaient et se fendaient la poire, et parfois je laissais tourner la caméra, parce que je savais que si je n'arrêtais pas la scène ils allaient rester dans la peau de leur personnage et continuer à jouer, et que ça allait donner un résultat génial et hilarant. C'était vraiment super de voir ces acteurs au meilleur de leur forme". 

 Ils n'ont d'ailleurs pas hésité à associer le réalisateur dans leur dynamique. Morgan Freeman raconte : "Ce qui nous motivait, à mon avis, c'était qu'on pouvait faire marcher Zach. Il est malin, et il sait ce qu'il veut, ce qui est super, mais en même temps il n'est pas inflexible non plus. Du coup, parfois, on lui disait : 'Non, je veux pas faire ça', juste pour voir sa réaction. Mais on se faisait toujours prendre à notre propre jeu".

LE PROFESSIONNEL

L'équipe se retrouve à devoir solliciter l'aide d'un professionnel. Heureusement, Joe connaît l'homme de la situation. Il est certain que le bon à rien qui sert de père à Brooklyn est le genre de délinquant camé qui doit être en contact avec de vrais truands qu'il pourrait leur présenter sans poser trop de questions. Murphy, joué par l'acteur et humoriste britannique Peter Serafinowicz qui maîtrise à la perfection l'accent Yankee, est à la tête d'un dispensaire de cannabis médical, ce qui est sûrement son premier emploi digne de ce nom. Il s'en sort plutôt bien, même si visiblement pas assez pour payer sa pension alimentaire. Joe est la dernière personne qu'il souhaite voir passer la porte de son établissement – à part peut-être un flic – parce qu'il sait que sa visite est toujours synonyme de leçon de morale. En réalité, Joe a deux raisons de contacter Murphy. Certes, lui et ses amis ont besoin de quelqu'un qui les aide à mettre au point un braquage, mais il espère aussi convaincre cet adolescent attardé au bon fond de prendre enfin ses responsabilités. Et si ça tournait au vinaigre et qu'il finissait en prison ? Qui s'occuperait de Brooklyn ? 

 Le réalisateur a choisi Joey King, 16 ans, pour le rôle de Brooklyn, l'adolescente de 14 ans. "On a pensé le rôle pour un garçon plus jeune, mais je me suis dit qu'il serait intéressant d'explorer la relation d'un grand-père et d'une ado dynamique qu'il n'arrive pas toujours à suivre, et donc Ted a réécrit le rôle pour Joey", rapporte Zach Braff. "Je l'ai rencontrée pour la première fois sur le tournage du MONDE FANTASTIQUE D'OZ de Sam Raimi, et je me suis dit que cette gamine avait quelque chose d'unique. Et puis, je lui ai offert un rôle dans LE RÔLE DE MA VIE. C'est une actrice exceptionnelle".

"Joe et Brooklyn ont une relation privilégiée", révèle Joey King. "On dirait plus des meilleurs amis qu'un grand-père et sa petite-fille ; ils ont de grandes conversations. C'est une relation profondément touchante. Il est très fier qu'elle soit aussi intelligente, et il ne regarde que vers l'avenir, tandis qu'elle fait ressortir sa joie de vivre et son âme d'enfant. Et puis, ils se protègent mutuellement". Si Joe est bien décidé à mettre la banque à genoux coûte que coûte, il se préoccupe surtout de savoir en quoi sa décision va affecter Brooklyn. Et c'est ce qui l'amène à contacter Murphy. 

"Murphy a tendance à se décrire comme un entrepreneur, mais en réalité c'est surtout un loser", reconnaît Serafinowicz. "Il est d'une inutilité absolue, c'est un adolescent attardé qui a refusé de grandir et d'assumer sa responsabilité de père. Il ne paye jamais sa pension alimentaire dans les temps, et il se sent coupable, mais visiblement pas assez pour y changer quoi que ce soit. Du coup, c'est un peu comme si cette gamine n'avait pas de père. Ce n'est pas un mauvais bougre, mais il faut qu'il grandisse". "On connaît Peter pour des rôles plus franchement comiques, et il a dû jouer un peu plus en retenue afin de servir de faire-valoir à Michael Caine, même si au final il n'en est pas moins drôle", confie Zach Braff. 

 Serafinowicz raconte sa collaboration avec l'une de ses idoles : "Michael Caine ne joue pas dans la même catégorie. Non seulement c'est une légende, mais c'est aussi quelqu'un d'adorable. Et pourtant, j'étais hyper stressé à l'idée de le rencontrer. Heureusement, mon personnage est censé être mal à l'aise en sa compagnie, parce qu'il passe son temps à le rabaisser, et je me suis donc servi de ça". On ignore si Murphy peut devenir l'homme que Joe attend de lui. Mais au moins tient-il son engagement d'aider les trois hommes en leur présentant un personnage trouble du nom de Jesus au casier judiciaire bien rempli et, étonnamment, au logement rempli d'animaux qu'il a recueillis. En échange d'une partie des bénéfices, il accepte de coacher nos gangsters amateurs. Tout est alors passé en revue : timing, repérage, fuite. C'est la première leçon qui sera probablement la plus compliquée : maîtriser l'art du SMS. 

 John Ortiz, qui campe le mystérieux Jesus, ajoute : "Ça n'est pas le truand typique. C'est un type solitaire, qui a dû surmonter plusieurs obstacles au quotidien dans un quartier défavorisé, et même s'il a l'air d'un gros dur, il fait preuve de beaucoup d'empathie". Quel que soit le montant de sa commission, ce sera toujours trop peu par rapport à la somme de travail que cette mission exige...

LA FEMME

Alors même que les trois vieux amis échafaudent leur plan, Albert et Annie (AnnMargret), caissière de supermarché, entament une histoire d'amour inattendue. Des deux, c'est sans doute Albert le plus surpris car il a depuis longtemps renoncé à toute vie sentimentale. Joyeuse et insouciante, Annie est sensible à l'artiste qui sommeille chez ce dernier et trouve l'occasion de lui prouver qu'il a tort de s'être autant caparaçonné. 

"Annie a un gros faible pour Al", rapporte Ann-Margret. "Elle se souvient des moments où il jouait du saxophone. Avec ses potes, il vient au supermarché presque tous les jours et achète une pomme de terre, ou une brique de soupe, et puis, de fil en aiguille, les événements s'enchaînent… sans qu'il sache comment ils en sont arrivés là". 

 "Il fallait qu'Annie soit belle, charmante et un peu dragueuse – et Ann-Margret réunit toutes ces qualités", indique Zach Braff. "Elle est magnifique, et très drôle, et ce qui est formidable, c'est qu'elle a déjà tourné avec Alan et qu'ils sont amis. Du coup, leur complicité a été immédiate. L'alchimie entre eux se retrouve magnifiquement à l'écran". 

Tout autre qu'Albert serait métamorphosé par l'amour. Mais comme l'indique Arkin, "Al ne change pas. Le fait qu'il reste égal à lui-même est l'un des ressorts de la comédie. Toute relation nous fait évoluer mais en ce qui concerne Al, je pense qu'à la limite il devient un peu plus conciliant". "En tout cas, il est toujours aussi grognon", rétorque Ann-Margret. "Tu le trouves grognon ?", interroge Arkin, avant de reconnaître : "Il se retrouve du jour au lendemain engagé dans une relation dont il ne voulait pas, et il ne sait pas du tout comment il en est arrivé là. Mais c'est une histoire qui semble marcher". 

 La connivence qui unit Arkin et Ann-Margret est sans doute manifeste dans la séquence de la kermesse où ils montent tous les deux sur une scène de karaoké. "On a réussi un véritable exploit", avance De Line. "On a fait chanter Ann-Margret et Alan Arkin en duo et c'était un vrai bonheur. Je ne l'avais pas entendue chanter depuis des années et elle a toujours une voix magnifique – et qui se doutait qu'Alan savait chanter ? Il a une très belle voix. On a découvert qu'il avait été chanteur professionnel, il y a très longtemps, au sein d'un groupe de folk avant de renoncer à sa carrière musicale pour se consacrer au métier d'acteur. Du coup, ils ont chanté dans les conditions du direct et se sont bien marrés".

LA TENSION MONTE D'UN CRAN

Comme dans tout film de braquage qui se respecte, un personnage tente de contrecarrer les plans de nos cambrioleurs amateurs : il s'agit de Hamer, agent du FBI assez content de lui, campé par Matt Dillon. "Il est parfaitement crédible en agent du FBI, tout en étant un bon faire-valoir pour nos trois protagonistes et en étant très drôle", affirme Braff. 


Chargé d'enquêter sur le premier braquage, dont Joe était témoin, Hamer tente encore de comprendre l'enchaînement des événements lorsque, à sa grande surprise, la même banque est attaquée pour la deuxième fois ! "Hamer veut résoudre l'affaire", note Dillon. "C'est le genre de type qui se doit d'avoir toujours raison. Quand il fait la connaissance de Joe, simple témoin du premier braquage qui ne s'est encore rendu coupable d'aucun délit, Hamer a le sentiment que son interlocuteur est un rien condescendant. En effet, il se permet de lui donner des conseils professionnels et lui suggère de s'inspirer de la série NEW YORK POLICE JUDICIAIRE. 

Hamer trouve ses remarques amusantes, même si elles sont à la limite d'être insultantes". Hamer n'est pas idiot pour autant. C'est un bon enquêteur et il a l'intuition que ces trois vieux grincheux mijotent quelque chose – sans savoir quoi précisément. Mais il n'est pas du genre à renoncer facilement… 

JUSTE EN FACE DE MANHATTAN

Le tournage s'est déroulé dans le Queens et à Brooklyn. Pour Braff, lui-même originaire du New Jersey, tourner à New York était essentiel. "Quand on tourne dans ces décors naturels, une atmosphère particulière liée à la population, aux couleurs et à l'architecture imprègne l'image", signale le réalisateur. "C'était difficile. Il faisait très chaud. Et les New-yorkais ne vous facilitent pas toujours la tâche, surtout quand on occupe tout un trottoir, mais j'étais convaincu qu'on ne pouvait pas tourner ailleurs". 

 Braff a fait équipe avec le chef-opérateur Rodney Charters avec qui il avait travaillé sur quelques pilotes de série. Le cinéaste salue le style du directeur de la photo : "Il est très rapide, ce qui correspond à ma méthode de travail, et il signe une lumière impeccable. Le style est magnifique et les plans sont très bien éclairés. Rodney sait vraiment mettre la ville en valeur". Les trois décors majeurs du film sont la banque, le marché et la kermesse. Le bâtiment de la Williamsburg Savings Bank, située sur Hanson Place, est un site historique de Brooklyn dont l'horloge à son sommet surplombe le quartier de Fort Greene et d'Atlantic Avenue. Reconverti pour l'essentiel en immeuble d'habitation, il accueille de nombreux événements, disposant toujours de son hall d'accueil Art Déco, de son plafond en arc de cercle de 20 mètres de haut, de ses sols en marbre, de ses vitraux et de ses mosaïques multicolores. La production l'a choisi pour son volume et sa hauteur sous plafond : il s'adapte en effet parfaitement au style de mise en scène de Braff et Charters qui mobilisent plusieurs caméras, des grues et des Dolly afin de susciter un sentiment de tension et d'amples mouvements d'appareil. 

Par ailleurs, la chef-décoratrice Anne Ross a réussi à y trouver ce mélange de vieux et de neuf qui, selon elle, est très répandu : "On est tous allés un jour dans une banque qui a été imposante autrefois et qui a été aménagée en un espace aseptisé en formica et équipé de mobilier de bureau de piètre qualité qui ne s'accorde pas du tout au cadre environnant", dit-elle. Le plus difficile pour la scène de vol à la tire consistait à dénicher une supérette de quartier avec parking attenant : "La plupart des supérettes de New York n'offrent pas ce service", précise Anne Ross. Par chance, elle avait son idée : le supermarché Key Foods sur Grand Street dans le quartier de Williamsburg à Brooklyn, à deux pas de son ancien appartement. Le magasin correspondait également à la surface et à l'ancienneté recherchées : il a donc été rebaptisé Value Town, enseigne résolument bas de gamme – et contraire à tout esprit bobo – où Willie, Joe et Albert font leurs courses. 

Anne Ross et la décoratrice de plateau Sara Parks ont conçu ex nihilo la kermesse Knights of Hudson (les Chevalier de l'Hudson, NdT) au Williamsburg East River State Park, sans oublier sa grande roue, sa maison hantée, son stand de karaoké, et son bassin où Joe plonge pour une bonne cause. Mais si ces sites posaient de véritables problèmes logistiques, Anne Ross a particulièrement apprécié les décors qui, selon son expression, possédaient du "cachet et du caractère", comme les intérieurs des maisons de Joe, Willie et Al, construits sur les plateaux des Gold Coast Studios de Bethpage. Par exemple, souligne-t-elle, "Joe possède sa maison depuis très longtemps et y a vécu avec sa femme, si bien qu'on a imaginé des pièces très encombrées car il habite sans doute là depuis le milieu ou la fin des années 60. On y ajouté quelques touches british, comme la moquette et le papier-peint, et on s'est dit que Joe devait être fan de l'équipe de foot de Chelsea – comme l'est d'ailleurs Michael Caine – et on a donc posé ici et là quelques gadgets et accessoires estampillés Chelsea. En revanche, Willie et Al n'ont pas toujours habité en face de chez Joe. Ils n'y vivent probablement que depuis qu'ils sont à la retraite, ou après que la femme d'Al soit décédée et qu'ils ne deviennent colocataires. Leur maison est donc aménagée dans un style plus récent et plus sobre sans bibelots personnels".

Pour autant, poursuit-elle, "on retrouve le passé musical d'Al dans les affiches de jazz qu'il a collées aux murs, tandis que la chambre de Willie est ornée de nombreuses photos de famille et de voyages dans l'espace – car il s'agit là, encore une fois, d'une authentique passion de Morgan". Il était également essentiel que les personnages habitent un quartier d'où ils aperçoivent, au loin, un tout autre univers : "Nos trois protagonistes vivent à Brooklyn et on sent bien qu'il s'agit d'un quartier populaire", analyse De Line. "Et pourtant, de l'autre côté du fleuve, on aperçoit la crête scintillante des gratte-ciels de Manhattan et Wall Street, où gravitent de grandes fortunes". 

 Anne Ross, qui a recherché des coins peu connus de Brooklyn et du Queens, était convaincue que l'intrigue devait se dérouler dans des quartiers excentrés. "Le fait que beaucoup de gens ne puissent plus vivre à Manhattan n'est pas une découverte", dit-elle. Mais elle remarque : "Brooklyn et le Queens sont en train de s'embourgeoiser également. On y trouve pas mal de gratte-ciels en verre jouxtant de petites maisons, comme si les classes populaires étaient envahies". Les extérieurs des maisons ont été repérés à Long Island City, dans une rue calme bordée de modestes propriétés de plain-pied et donnant sur le RFK/Triborough Bridge. 

La production a déniché à Astoria, dans le Queens, plusieurs sites comme le Ditmars Park où les trois protagonistes jouent à la pétanque, et la PS 122 Mamie Fay School qui sert de cadre au lycée Junior High de Brooklyn. L'équipe a également tourné dans le Queens au College Point, où le VFW Post 885 campe le QG des Knights of Hudson, à Richmond Hill, où Bangert's Flowers a été aménagé en dispensaire de cannabis de Murphy, et à Maspeth où le célèbre Goodfellas Diner datant des années 60 est devenu Nat's où nos trois acolytes se retrouvent pour boire un café et – les bons jours – manger une part de gâteau. L'appartement d'Annie a été déniché à East Williamsburg et le Brooklyn Army Terminal de Sunset Park a servi de cadre à une scène à l'extérieur du Semtech Steel, inventé pour les besoins du film. Le chef-costumier Gary Jones a étoffé ses recherches en se rendant dans le quartier et en prenant des photos des passants à la volée. En partant du principe que les trois vieux amis ont peu de moyens, il a rappelé les origines anglaises de Joe à travers sa casquette, son blazer et son gilet, tandis que Willie porte des pulls et des pantalons plus sport et qu'Al, en bon anticonformiste, se balade en shorts la plupart du temps. 

Jones, qui avait déjà travaillé avec Ann-Margret, a trouvé chez la comédienne une précieuse collaboratrice pour imaginer le style d'Annie : "C'est une femme d'un certain âge, mais incontestablement quelqu'un d'enjoué et de sexy", dit-il. "On voulait que cet état d'esprit se retrouve dans ses vêtements de façon très réaliste". Quand elle ne porte pas sa blouse vert émeraude des magasins Value Town, Annie privilégie des tenues vaporeuses aux teintes vives. Tout en prétendant qu'il n'est en rien affecté par ses sentiments, Albert change légèrement de style après être tombé amoureux de sa belle. 

"Il commence à porter des tenues plus stylées aux couleurs plus claires et plus chaudes, et on voit bien qu'il n'est plus dans le même état d'esprit", indique Jones. "Au départ, il est maussade et il porte des shorts sombres très simples, sans le moindre effort esthétique. Il se met à changer quand il enfile un costume – assez stylé – pour le braquage et qu'il porte un peu de mohair, comme un vestige de sa gloire passée. Albert joue de nouveau du saxophone, ce qui fait ressortir un autre aspect de sa personnalité. On se met à croire qu'il est peut-être sur le point d'aller de l'avant et de changer de vie". 

 À cet égard, Albert souligne la transformation des trois camarades. "On a réuni des comédiens extraordinaires et l'intrigue est à la fois délirante, crédible et émouvante", reprend De Line. "Elle met en jeu des relations humaines formidables, des liens familiaux, une histoire d'amour et un braquage complexe échafaudé et mis en œuvre à la lettre par nos trois gaillards. Je pense que le public va apprécier. On parle de gens ordinaires face au système, et plus encore, de types qui se disaient sans doute 'On est foutus, et nos vies sont finies', mais tout à coup, ils reprennent le pouvoir. Ils retrouvent confiance en eux et se sentent plus considérés". 

 Zach Braff conclut : "Quand je pense aux films que j'aime, ils ont tous en commun de mêler l'émotion à l'humour. Ce qui me plaît, c'est de pouvoir rire à un moment donné, et puis de me sentir ému l'instant d'après, et j'espère que le spectateur ressentira ça avec BRAQUAGE À L'ANCIENNE. C'est une comédie policière interprétée par trois légendes vivantes – autrement dit, c'est le genre de film qu'on peut voir en famille car il a de quoi séduire les publics de tous les âges".

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