vendredi 1 février 2019

MY BEAUTIFUL BOY


Drame/Un film sur un sujet difficile, bien traité avec de très belles interprétations

Réalisé par Felix Van Groeningen 
Avec Steve Carell, Timothée Chalamet, Maura Tierney, Kaitlyn Dever, Timothy Hutton, Andre Royo, Amy Ryan, Jack Dylan Grazer... 

Long-métrage Américain
Titre original : Beautiful Boy
Durée : 01h52mn
Année de production : 2018
Distributeur : Metropolitan FilmExport 

Date de sortie sur les écrans américains : 12 octobre 2018
Date de sortie sur nos écrans : 6 février 2019


Résumé : pour David Sheff, la vie de son fils, Nicolas, un jeune homme brillant, sportif, à l’esprit vif et cultivé, était déjà toute tracée : à ses 18 ans, Nic était promis à une prestigieuse carrière universitaire.

Mais le monde de David s’effondre lorsqu’il réalise que Nic a commencé à toucher à la drogue en secret dès ses 12 ans. De consommateur occasionnel, Nic est devenu accro à la méthamphétamine et plus rien ne semble possible pour le sortir de sa dépendance.

Réalisant que son fils et devenu avec le temps un parfait étranger, David décide de tout faire pour le sauver. Se confrontant à ses propres limites mais aussi celles de sa famille.

Tiré du best-seller éponyme du journaliste David Sheff et du propre récit de son fils Nic,
MY BEAUTIFUL BOY dresse un portrait unique de la manière dont l’addiction peut détruire et bouleverser les vies des utilisateurs mais aussi de leurs proches… Et comment ces familles peuvent trouver la force et le courage pour se reconstruire.

Bande annonce (VOSTFR)



Extrait - "Je suis moi, tel que tu me vois" (VOSTFR)


Ce que j'en ai penséadapté des mémoires Beautiful Boy : A Father's Journey Through His Son's Addiction de David Sheff et Tweak: Growing Up On Methamphetamines de Nic Sheff, MY BEAUTIFUL BOY raconte la descente aux enfers d'un jeune homme qui a tout pour lui et la douleur de son père qui voudrait l'aider à traverser cette épreuve, comme il l'a toujours fait quand son enfant avait un problème, mais pour qui, cette fois, la tâche est insurmontable. 

L'addiction n'est pas ici traitée sous le prisme du misérabilisme. Le film souligne d'ailleurs habilement qu'il n'y a ni cause, ni raison, juste une opportunité et une recherche d'un soi-disant bien-être qui se perd à jamais dans les volutes de la toxicité. 

Le réalisateur Felix Van Groeningen raconte une histoire spécifique, il reste centré sur ce père et sur son fils, sans chercher à justifier ou à juger. Il montre les combats et il le fait avec sensibilité. Il utilise le parallèle entre passé et présent pour enraciner cette relation père/fils précieuse qui pourtant ne suffit pas à endiguer un mal qui pourrit tout. Il y a des scènes difficiles à supporter. On ne sait pas toujours si la souffrance du père est plus terrible que celle du fils, c'est douloureux. 

Le scénario est pédagogique pour enfoncer le clou sur l'abominable inutilité de la toxicomanie et sur la destruction systématique de tout lien social et affectif que la drogue s'entête à déconstruire minutieusement. Aimer devient un ennemi face à une maladie qui annihile la personne tant qu'elle l'empoisonne. Il n'y a que des victimes. Sans chercher à faire dans le spectaculaire ou le voyeurisme, le réalisateur aborde tout cela de façon factuelle, directe et efficace. 

Steve Carell est très juste et touchant dans le rôle de David Sheff, le père de Nic, interprété par Timothée Chalamet qui, de son côté, fait vibrer les cordes de la culpabilité, de l'impuissance et de la fragilité pour produire un portrait déchirant pour les spectateurs, ce qui amplifie la compréhension de la détresse du père de Nic.



Copyright photos @ Metropolitan FilmExport

MY BEAUTIFUL BOY dépeint un drame humain et il le fait très bien. 


NOTES DE PRODUCTION
(À ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

Quelques mots sur MY BEAUTIFUL BOY par Felix van Groeningen

« J’ai été profondément ému par les récits autobiographiques de David et Nic Sheff lorsque je les ai lus en 2014. Le père et le fils y livrent leurs points de vue respectifs sur le difficile combat qu’ils ont mené contre l’addiction de Nic, mais également leurs moments de joie, d’innocence et d’amour. S’ils croient initialement posséder les armes pour remporter cette bataille et « remédier » au problème, on découvre rapidement que ce n’est pas le cas. Petit à petit, ils parviennent cependant à tirer des enseignements de leurs erreurs, même s’il arrive de les sentir complètement dépassés par les évènements tandis qu’ils prennent conscience des conséquences de la dépendance dans tous les aspects de leurs vies. »

« J’avais déjà envisagé de faire un film en anglais par le passé, mais aucune histoire ne m’avait ému comme celle des Sheff. Les relations familiales, l’illusion de contrôle et le passage du temps sont des thèmes que j’avais déjà explorés dans mes précédents films. J’avais également évoqué le sujet de la drogue, mais l’intensité brute, bouleversante, de l’histoire des Sheff – tout comme la manière dont ils la racontaient –, m’a secoué. David, Nic et leur famille éprouvent un amour inconditionnel les uns pour les autres, mais ils ont dû accepter le fait qu’il n’existe pas de remède miracle contre l’addiction et qu’il s’agit d’un combat parfaitement irrationnel. J’étais assez intimidé à l’idée de raconter leur histoire, mais cela me semblait impératif et nécessaire, et avec le soutien de Plan B, il m’a paru logique de consacrer plusieurs années de ma vie à ce projet. Je n’imaginais pas un instant l’incroyable aventure que cela allait être. »

« Les Sheff m’ont accueilli dans leur vie et se sont montrés incroyablement ouverts avec moi tout au long du projet. Ils ont fait preuve d’une remarquable sincérité, ils n’ont pas hésité à partager avec moi leurs plus grandes peurs ainsi que leur sentiment de honte. Observer la manière dont ils vivent et la proximité qu’ils partagent a été incroyable. Bien que leur histoire se déroule loin de là où j’ai grandi, j’ai trouvé la manière dont David et Nic décrivaient leur vie très familière. J’ai grandi dans une famille très différente de la leur, mais l’amour qu’ils se portent a trouvé écho en moi. L’essence même de leur superbe famille, qui a été douloureusement éprouvée, et le soutien qu’ils s’apportent mutuellement m’ont énormément touché. »

« Je réalise des films parce qu’ils m’obligent à digérer mes propres expériences et à me confronter à des sujets difficiles. J’apprends de mes films en revisitant mon passé ou en évoquant la question du deuil, par exemple. Ils m’aident à faire face à la vie, et par là à l’apprécier d’autant plus. J’ai perdu mon père alors que je n’avais que 26 ans, mais à bien des égards il continue à vivre en moi à travers mes films. C’est également la raison pour laquelle je suis attiré par les histoires père-fils. Je cherche à célébrer la vie à travers mes films. J’essaie de me mettre à la place de tous mes personnages et j’espère que l’empathie que j’ai pour eux est palpable de l’autre côté de l’écran. »

« Les récits de David et Nic m’ont fait prendre conscience que ma famille et moi-même entretenions certains préjugés concernant les toxicomanes. Nous ne connaissions pas toutes les manières de faire face au problème de l’addiction et de venir en aide à ceux qui en ont besoin. Leur histoire nous a inspirés à faire un film dont nous espérons modestement qu’il fera entendre la voix de ceux qui se battent contre la dépendance et qu’il présentera avec simplicité et honnêteté toute la complexité de cette maladie. »

« Lorsque je suis rentré en Belgique après avoir terminé le film, je suis moimême devenu père pour la première fois. J’ai aujourd’hui un fils. J’ignorais que l’on pouvait aimer quelqu’un à ce point, et combien cela vous rend heureux. J’espère que MY BEAUTIFUL BOY aidera les spectateurs à mieux comprendre les différents points de vue sur le sujet et qu’il ouvrira le cœur et l’esprit de ceux qui le verront comme l’histoire des Sheff l’a fait pour moi. »

NOTES DE PRODUCTION

MY BEAUTIFUL BOY

dresse le portait profondément émouvant de l’amour d’une famille et de l’engagement de ses membres les uns envers les autres pour faire face à la dépendance de leur fils et l’accompagner dans ses efforts de guérison. Tiré de deux livres, l’un écrit par le père du garçon, le journaliste David Sheff, et l’autre par Nicolas lui-même, le film raconte ses rechutes successives et la dure réalité : l’addiction peut frapper n’importe qui, n’importe quand, n’importe où.

UN TÉMOIGNAGE PERCUTANT

En 2005, David Sheff, un journaliste réputé, a écrit un article intitulé « My Addicted Son » pour le New York Times Magazine. Il y racontait avec une sincérité poignante le combat de son fils, Nic Sheff, contre l’addiction aux drogues comme la méthamphétamine, et ses propres efforts pour tenter de sauver sa famille – également composée de sa deuxième femme, Karen, et de leurs deux jeunes enfants. Un calvaire qui a duré près de dix ans.

Deux ans plus tard, le producteur Jeremy Kleiner, de Plan B Entertainment, a découvert que David Sheff avait écrit un livre sur les dix années de combat de son fils intitulé Beautiful Boy, tandis que Nic racontait ces mêmes années dans sa propre autobiographie, Tweak. Publiés simultanément, ces deux récits dressent le portrait émouvant et complexe d’une famille dans la tourmente. Après les avoir partagés avec ses partenaires au sein de Plan B, les producteurs Dede Gardner et Brad Pitt, Jeremy Kleiner leur a soumis une idée singulière : associer ces ouvrages aussi poignants qu’inestimables en un film encore plus éloquent. Toute la question était de savoir s’ils seraient capables de créer une trame narrative cohérente à partir de ces deux récits. Dede Gardner déclare : « Nous avons été époustouflés par les textes de David et Nic et avons pensé que témoigner de deux points de vue sur une même série d’évènements serait encore plus captivant que s’ils étaient exposés séparément. »

Pour écrire cette histoire et aborder le sujet sensible de la toxicomanie, les producteurs savaient qu’il leur faudrait faire appel à un scénariste et réalisateur atypique capable de les aider à traduire le point de vue du père autant que celui du fils. Jeremy Kleiner explique : « Nous étions conscients que ce film serait unique du fait qu’il est adapté de deux mémoires qui retracent plus de dix ans de la vie d’une famille. Il était en outre crucial qu’il se dégage de ces longues années de lutte contre la maladie de Nic un sentiment de souffrance mais également d’espoir et d’optimisme. »

Jeremy Kleiner et Dede Gardner avaient vu un film en flamand réalisé par le cinéaste belge Felix van Groeningen et avaient été intrigués par son style. Le producteur raconte : « ALABAMA MONROE m’a transporté dans un univers qui ressemblait à celui que j’imaginais pour MY BEAUTIFUL BOY. Notre film raconte une histoire épique mais aussi extraordinairement intime. Il souligne le caractère indissociable des joies et des épreuves de la vie qui font partie intégrante de l’expérience humaine. Le film de Felix reposait en outre sur une structure innovante, presque indescriptible, qui s’affranchissait des règles cinématographiques pour se rapprocher au plus près de la vie. » Dede Gardner ajoute : « ALABAMA MONROE racontait une histoire profondément tragique avec une délicatesse rare ; il accompagnait littéralement le spectateur en lui faisant sentir que l’épreuve n’était pas facile mais qu’il serait guidé vers son issue, et c’était exactement ce que nous recherchions pour MY BEAUTIFUL BOY. »

Felix van Groeningen est l’auteur de cinq longs métrages en flamand, dont BELGICA qui lui a valu le Prix du meilleur réalisateur dans la catégorie film dramatique international au Festival du film de Sundance 2016, et LA MERDITUDE DES CHOSES, sélection officielle de la Belgique pour l’Oscar du meilleur film étranger 2010. Au moment où son quatrième opus, le poignant drame familial sur fond de bluegrass ALABAMA MONROE, a été nommé à l’Oscar du meilleur film étranger 2014, Felix van Groeningen était devenu un réalisateur de renommée internationale et un habitué des festivals.

Sans surprise, le cinéaste primé et encensé par la critique était sollicité de toutes parts pour réaliser son premier film en anglais. Enthousiaste à l’idée de travailler avec des stars internationales qu’il admirait depuis longtemps et à la perspective de s’adresser à un plus large public, il a cependant pris son temps pour choisir le projet avec lequel il ferait ses premiers pas à Hollywood. Il se souvient : « J’ai lu de très bons scénarios mais je n’ai jamais eu la sensation d’être le réalisateur idéal pour les mettre en scène. J’ai eu du mal à trouver un projet qui me parle vraiment… jusqu’à MY BEAUTIFUL BOY. Le fait que le film soit porté par Plan B a évidemment pesé dans ma décision, mais c’est avant tout parce qu’il me semblait taillé sur mesure pour moi que j’ai accepté de le réaliser. »

L’existence confortable que mènent les Sheff dans le comté de Marin, sur la côte californienne, était très éloignée de celle de Felix van Groeningen, tant sur le plan géographique que culturel. L’amour que se portent les membres de la famille a cependant trouvé un profond écho chez le réalisateur, qui déclare : « Les Sheff forment une famille soudée dans laquelle chacun tient à être présent pour les autres. Le désir de ce genre de vie de famille affleurait déjà dans mes précédents films. C’est donc quelque chose qui m’a profondément touché. »

Jeremy Kleiner et Dede Gardner ont rencontré Felix van Groeningen pour la première fois en 2014. Au cours de leur discussion sur MY BEAUTIFUL BOY, le réalisateur a vu émerger plusieurs thèmes qu’il avait explorés dans ses précédents films, comme les conflits familiaux, la perte de contrôle et le passage du temps – des thèmes à forte résonance émotionnelle qu’il a plaisir à explorer sous forme de narration visuelle. Dede Gardner déclare : « Dans son travail, Felix fait passer l’honnêteté avant tout le reste ; il ne supporte pas les artifices, ce qui fait de lui un réalisateur extrêmement bienveillant et patient, que ce soit avec ses acteurs, avec le scénario ou avec la structure temporelle de la trame narrative. Ses films sont empreints d’une intensité sourde qui tient au profond respect qu’il porte à l’histoire qu’il raconte. »

Pour le cinéaste, les livres des Sheff, avec leur foule de détails évocateurs, se prêtaient particulièrement bien à une adaptation sur grand écran. Il explique : « Les récits de David et Nic sont très visuels. C’est sans doute dû au fait qu’ils sont passionnés de cinéma et que lorsqu’ils écrivent, ils peignent des images ou des situations intrinsèquement cinématographiques. C’est notamment le cas du moment où ils vont surfer : soudain le brouillard s’abat sur eux et David perd son fils de vue. Il s’agit d’une merveilleuse métaphore. C’est le caractère mythique et universel de l’histoire qui m’a convaincu qu’elle valait la peine que j’y consacre trois ou quatre ans de ma vie. »

Ce qui rend également ces livres uniques aux yeux de Felix van Groeningen, c’est le lien inaltérable qui unit Nic et son père. Il commente : « Leur relation est assez incroyable. J’étais très impatient de raconter leur lien privilégié, ce qu’ils partagent et ce qu’ils risquent de perdre. C’est d’autant plus bouleversant qu’il s’agit d’une famille aimante au sein de laquelle personne ne parvient vraiment à comprendre ce qui leur arrive. »

Le réalisateur poursuit : « En outre, ce n’est pas l’histoire d’une seule personne ; Nic et David jouent un rôle aussi important l’un que l’autre dans le déroulé des évènements. Les films qui traitent de l’addiction racontent souvent l’histoire de toxicomanes qui sortent de cure de désintoxication et tentent de reconstruire leur vie, ou bien de leur combat jalonné de hauts et de bas. Mais je n’avais encore jamais vu un film dans lequel une famille tout entière est confrontée à cette épreuve. C’est un sujet très difficile auquel les personnages opposent cependant un profond amour de la vie qui leur procure aussi de grandes joies. »

MY BEAUTIFUL BOY détrône le mythe selon lequel l’addiction serait corrélée à la pauvreté et à la précarité. Dede Gardner commente : « Il s’agit d’un phénomène qui touche tout le monde sans distinction de revenus, et sans lien avec l’amour que l’on reçoit ou notre niveau d’éducation. Je ne connais personne qui ne soit pas affecté de près ou de loin par le sujet. La raison pour laquelle il nous est si difficile de voir tomber dans la drogue ce jeune homme issu d’une famille aisée et pour qui ses proches sont prêts à tout, c’est que cela va à l’encontre de nos idées toutes faites sur l’addiction. Ça a été notre point de départ. »

Au lieu d’essayer de pointer du doigt d’éventuels responsables de l’addiction de Nic, MY BEAUTIFUL BOY pose un regard intime et lucide sur le combat de sa famille face à un phénomène ravageur et croissant. Felix van Groeningen commente : « Dans le passé – et parfois encore aujourd’hui – l’addiction était considérée comme une faiblesse de caractère ou la conséquence d’abus et de maltraitance. Les toxicomanes étaient mis à l’écart. Nous avons cependant désormais pris conscience que c’est quelque chose qui peut toucher n’importe qui, n’importe où. »

DEUX BEST-SELLERS POUR UN FILM

David Sheff confie qu’il n’avait pas prévu de publier Beautiful Boy. L’écriture était initialement pour lui un moyen de faire face au chaos et à l’incertitude auxquels il était confronté à cette période de sa vie. Il se souvient : « Lorsque je n’arrivais pas à trouver le sommeil, je me levais et j’écrivais. Quand je relisais par la suite les notes que j’avais couchées sur le papier en plein milieu de la nuit, la douleur insoutenable qui m’avait poussé à écrire me revenait de plein fouet. »

Nic a quant à lui entamé l’écriture de ses mémoires suite à une énième rechute. Après avoir été prié de quitter un centre de désintoxication du Nouveau-Mexique, le jeune homme a disparu sans donner de nouvelles à sa famille pendant près de 18 mois. Il raconte : « Pendant longtemps, mon père et moi ne nous sommes pas parlé. Je ne l’ai pas contacté par peur de le décevoir une fois de plus. Mais après six mois de sobriété, j’ai repris contact. Il se trouve qu’il avait lui aussi écrit durant cette période. Il m’a demandé de lui envoyer mon livre et il m’a fait parvenir le sien. »

David Sheff a été stupéfait par ce qu’il a lu. Il confie : « J’en ai pleuré toutes les larmes de mon corps. Je pensais savoir ce qu’il avait traversé, mais c’était encore pire que tout ce que j’avais pu imaginer. »

Nic a lui aussi été abasourdi par le point de vue de son père sur les événements, inconscient du chaos qu’il avait provoqué au sein de sa propre famille. Il déclare : « Pour la première fois, j’ai compris l’enfer que je lui avais fait vivre, ainsi qu’aux miens. J’avais jusqu’alors toujours pensé que si je mourais d’une overdose, ça me regardait et que cela ne l’affecterait pas outre mesure, alors qu’en réalité mon addiction avait des conséquences sur tous les aspects de sa vie. Il souffrait constamment, et je l’ignorais. De son côté, il pensait que je passais mon temps à faire la fête, mais il a découvert que ce n’était pas le cas. Je souffrais aussi atrocement. »

Les deux hommes n’en sont pas revenus de l’accueil élogieux qui a été réservé à leurs ouvrages et du succès des ventes. Beautiful Boy et Tweak sont rapidement devenus des best-sellers. David Sheff déclare : « Nous n’étions pas du tout préparés à ça. Les gens ont été bouleversés par nos livres parce qu’ils racontaient une histoire que personne n’avait encore jamais racontée. Il n’existait jusqu’alors aucun récit autobiographique sur l’addiction fait par un garçon de l’âge de Nic. C’était puissant et inédit. Quant à ma version, elle racontait le drame secret que vivent les familles. »

C’est l’idée d’adapter leurs deux récits ensemble qui a convaincu les Sheff de céder les droits de leurs ouvrages à Plan B. David Sheff commente : « Je savais que faire fusionner nos deux livres serait compliqué. S’ils avaient choisi de raconter l’histoire d’un seul point de vue, ça aurait été beaucoup plus évident, mais j’ai tout de suite été séduit à l’idée de cette narration en miroir qui reflète parfaitement la nature de l’histoire, car il s’agit de deux visions très différentes des mêmes événements. »

Le journaliste et écrivain rappelle que l’addiction est encore largement incomprise, qu’il s’agit d’une maladie souvent honteuse qui empêche les victimes de parler de ce qu’elles vivent. Il espère donc que MY BEAUTIFUL BOY contribuera à amorcer un dialogue plus que nécessaire sur le sujet. Il déclare : « Nous condamnons les mauvais choix des toxicomanes, nous jugeons leurs familles, nous nous jugeons nous-mêmes, si bien que nous avons stigmatisé l’addiction. Le jugement est tellement sévère que nous nous cachons, et ce faisant, nous avons le sentiment d’être seuls. Tout le monde préfère se dire que c’est quelque chose qui n’arrive qu’aux autres, mais il est en réalité difficile de trouver une famille qui n’a pas été confrontée au problème de l’addiction. »

UN ÉQUILIBRE DÉLICAT

Cela n’a pas empêché Nic et David Sheff de ressentir une certaine appréhension lorsque MY BEAUTIFUL BOY est entré en développement. Ils confiaient après tout le combat le plus difficile et le plus personnel de leur vie à des gens qu’ils venaient à peine de rencontrer. Nic Sheff confie : « Nous ne voulions pas que ce que nous avions traversé soit banalisé ou traduit sans authenticité. Tant de familles sont confrontées à ce problème qu’il était essentiel pour nous que les thèmes de l’accoutumance et de la guérison soient abordés avec subtilité, complexité et réalisme. Mais en discutant avec Jeremy et Dede, nous nous sommes sentis compris, nous savions qu’ils nous protégeraient sans pour autant s’éloigner de la réalité. Ils tenaient à raconter notre histoire correctement, sans aucun sensationnalisme. » Son père ajoute : « Il était évident que nous étions entre les mains de gens dignes de confiance qui traiteraient le sujet, nos écrits et notre famille avec le plus grand respect. »

Après avoir envoyé ALABAMA MONROE à la famille Sheff, les producteurs leur ont présenté Felix van Groeningen afin qu’ils apprennent à connaître l’homme qui allait raconter leur histoire. Et très vite, le cinéaste a obtenu leur aval. Il se souvient : « Nous nous sommes immédiatement bien entendus. Ils m’ont tout de suite accordé leur confiance, en partie parce qu’ils avaient vu mes précédents films et qu’ils pensaient que j’étais le candidat idéal pour raconter leur histoire. Mais avec le temps, nous avons également noué de solides liens personnels. »

Les précédents films de Felix van Groeningen ont convaincu David Sheff qu’ils avaient affaire à un grand artiste. Ce dernier déclare : « Nous étions très honorés que Felix ait envie de faire ce film. » Les Sheff ont alors invité le réalisateur chez eux à Inverness, en Californie, pour qu’il puisse se faire une idée de leur vie. David Sheff se souvient : « Il a passé des heures et des heures en notre compagnie, il a même dormi dans notre cabanon. Nous nous sommes baladés sur la plage, nous avons partagé de succulents repas, mais nous avons surtout énormément parlé. Nous lui avons montré nos albums et nos films de famille, et il nous a posé des millions de questions. »

Le journaliste et écrivain a très vite su que le réalisateur ferait un film qui raconterait leur expérience collective de manière authentique. Il commente : « La volonté de Felix de raconter une histoire fidèle à la réalité était palpable. Ce que j’ai tout de suite apprécié chez lui, c’est sa détermination à montrer l’addiction dans toute sa complexité. »

Tout ce temps passé auprès de la famille Sheff a permis à Felix van Groeningen de comprendre encore mieux la relation qui unissait le père et le fils, mais également de tisser des liens durables avec les deux hommes. Il raconte : « David et Nic ont tous les deux été incroyablement ouverts. Ils ont fait preuve d’une remarquable sincérité, ils m’ont confié leurs plus grandes terreurs et leur sentiment de honte. Nous n’avions pas prévu de devenir amis, mais c’est ce qui s’est produit. Nous sommes restés en contact après le tournage. Et lorsque je me suis installé à Los Angeles l’année suivante, c’est Nic qui m’a appris à surfer. »

Bien que Felix van Groeningen soit l’auteur des scénarios très personnels et habilement construits de la plupart de ses films, son emploi du temps très chargé ne lui permettait pas d’écrire MY BEAUTIFUL BOY dans les délais souhaités par la production. Dede Gardner déclare : « Je pense qu’il ne pouvait pas imaginer mettre en scène un film qu’il n’aurait pas également écrit, c’est pourquoi nous lui avons demandé s’il était envisageable pour lui que nous fassions appel à un scénariste avec lequel il pourrait ensuite collaborer pour façonner le film à son image, comme le font tous les réalisateurs. »

Luke Davies, nommé aux Oscars pour le scénario de LION, a rencontré les producteurs de MY BEAUTIFUL BOY en 2014 afin de leur exposer sa vision de l’adaptation des livres de David et Nic Sheff. Après avoir lui-même survécu à près de dix ans de consommation d’héroïne, il a écrit Candy, un roman qui raconte l’intense histoire d’amour de deux toxicomanes, qu’il a ensuite adapté pour le cinéma avec le coscénariste et réalisateur Neil Armfield en 2006 pour les acteurs Heath Ledger et Abbie Cornish.

Luke Davies déclare : « Je n’avais pas très envie de me repencher sur le sujet de l’addiction, mais j’ai pris conscience que je n’avais jamais vraiment réfléchi à la manière dont mes problèmes avaient affecté mon père. À certains égards, ce projet m’a permis de me rapprocher de lui et de mieux comprendre ce qu’il avait dû ressentir durant toutes ces années. Et cela a complètement modifié mon attitude. »

Le scénariste et le réalisateur se sont rencontrés pour la première fois en Australie, le pays natal de Luke Davies, pour discuter des récits de David et Nic Sheff. Plus tard, entre des sessions de travail à Paris, ils ont rejoint Plan B à Los Angeles afin de fusionner les points de vue du père et du fils – un processus long et difficile. Luke Davies se souvient : « Les livres sont complémentaires dans le sens où ils nous permettent de voir ce qui se passe dans l’esprit délirant de Nic tandis que David traverse des moments très durs. Toute la difficulté a consisté à harmoniser leurs expériences sur le plan émotionnel, car nous ne voulions pas donner l’impression d’avoir affaire à deux films différents en passant constamment d’un point de vue à l’autre. »

Associer les points de vue de David et Nic Sheff n’a rien eu d’évident, mais ça a aussi été l’un des aspects les plus intéressants du projet pour Felix van Groeningen. Il explique : « Par moments, nous avons choisi de faire disparaître l’un des deux personnages de manière à pouvoir nous immerger complètement dans la vie de l’autre. Le fait de n’en suivre qu’un permet de mieux le comprendre. On découvre par exemple comment et pourquoi Nic replonge, et forts de cette information, on retrouve David pour voir comment cela l’affecte, et ainsi de suite. »

Chaque cycle de désintoxication et de rechute modifie la perception que David et Nic ont d’eux-mêmes, mais également l’un de l’autre. Le réalisateur poursuit : « Il était important que les personnages du film suivent leur propre arc dramatique. Dans son livre, David raconte les évènements avec du recul alors que le film se doit de raconter ce qui se passe au moment où cela se produit. Trouver l’équilibre entre ces deux éléments et les juxtaposer était crucial. »

Felix van Groeningen et Luke Davies sont parvenus à écrire un scénario qui raconte l’expérience profondément émouvante qu’ont vécue le père et le fils sans émettre le moindre jugement à l’encontre de l’un ou de l’autre. Le scénariste commente : « Écrire avec Felix a été à la fois chaotique et merveilleux. À chaque fois que quelque chose ne fonctionnait pas, nous revenions à la chronologie et recommencions au début. Une fois la structure de l’histoire définie, Felix a mis la dernière main au scénario en lui imposant sa patte. »

L’épreuve traversée par les Sheff est loin d’être isolée dans l’Amérique d’aujourd’hui, mais Luke Davies est convaincu que leur histoire trouvera également écho chez tous les parents, quand bien même n’ont-ils pas été confrontés à l’addiction. Il déclare : « Élever un enfant est un élément fondamental de l’expérience humaine. Lorsqu’il atteint l’âge adulte, ses parents doivent lâcher prise et le laisser se débrouiller seul. À cet égard, cette histoire est remplie de joies et de peines communes à tous les parents. »

MY BEAUTIFUL BOY amplifie cependant certaines de ces peines, comme l’explique le scénariste : « Cette épreuve oblige David à s’interroger sur ses qualités de père et sur sa capacité à protéger son fils contre les monstres que sont ces forces addictives qui tiraillent Nic. Quelque part, il s’agit donc du combat d’un père et de son fils contre un ennemi apparemment invincible. »

UN PÈRE ET SON FILS

Dès la phase de développement du projet, les cinéastes ont pris conscience que l’un des plus grands défis consisterait à trouver des acteurs dotés d’une intensité équivalente pour interpréter les rôles principaux du film. Ils ont donc fait appel à un duo d’acteurs nommés aux Oscars qui ont tracé leur propre chemin pour s’imposer parmi les artistes les plus polyvalents d’Hollywood.

Timothée Chalamet, qui incarne Nic, s’est affranchi des rôles de fils, de frère ou de petit ami conventionnels lorsqu’il a pris part à CALL ME BY YOUR NAME de Luca Guadagnino, dans lequel il livrait une performance inoubliable. Il confère à son personnage une sensibilité, une intelligence et une audace teintée d’insouciance qui n’aliènent jamais les spectateurs.

David Sheff est quant à lui incarné par Steve Carell, qui livre une interprétation empreinte de gravité autant que de désespoir et de fureur. L’acteur, qui s’est fait connaître grâce à ses talents comiques dans les populaires 40 ANS, TOUJOURS PUCEAU et « The Office », s’est récemment distingué dans les rôles principaux de prestigieux drames tels que FOXCATCHER et THE BIG SHORT : LE CASSE DU SIÈCLE.

Lorsqu’il a fallu attribuer les rôles du film, Felix van Groeningen a demandé à Dede Gardner et Jeremy Kleiner, qui avaient travaillé avec Steve Carell sur THE BIG SHORT : LE CASSE DU SIÈCLE, s’ils pensaient pouvoir convaincre l’acteur d’interpréter David. Un choix qu’ils ont immédiatement validé, comme l’explique Jeremy Kleiner : « Le personnage était taillé sur mesure pour Steve. David est un homme dévoué à sa famille et Steve est l’incarnation même de la figure paternelle. Il est tout simplement grandiose dans le film. Il est capable d’exprimer toute la gamme des émotions humaines avec très peu de dialogue. »

L’acteur confie avoir hésité avant d’accepter le rôle. Il explique : « Ma plus grande peur était que le film aborde le thème de l’addiction de manière très hollywoodienne et qu’il ne raconte pas vraiment les faits avec sincérité. Mais le scénario de MY BEAUTIFUL BOY m’a fait l’effet d’une claque : il n’y avait ni héros ni méchant, simplement la vie telle que nous la connaissons. »

Steve Carell appréhendait un peu sa rencontre avec David Sheff en amont du tournage, craignant qu’une gêne ne s’installe entre eux. L’acteur explique : « Je ne voulais pas lui donner l’impression qu’il était une sorte de projet scientifique en le bombardant de questions, mais en même temps je tenais à comprendre qui il était et ce qu’il avait traversé. De l’extérieur, les Sheff semblaient être une famille qui, sans être parfaite, était cependant très heureuse et dont tous les membres étaient bien intentionnés, y compris Nic. »

David Sheff a pour sa part été quelque peu désorienté par le tournage de ce film basé sur sa vie, et voir Steve Carell l’interpréter à l’écran a rendu la situation encore plus étrange. Il commente : « Steve est un comique de génie qui a aussi été récemment salué pour ses rôles dans des drames tels que FOXCATCHER et THE BIG SHORT : LE CASSE DU SIÈCLE, que j’ai adoré. J’étais donc très honoré qu’il souhaite prendre part au film. »

Felix van Groeningen déclare : « Steve sait ce qu’il veut mais c’est aussi un collaborateur rêvé pour tout cinéaste. C’était la première fois que je dirigeais un film dans une langue différente de la mienne et interprété par une célèbre star de cinéma. C’était intimidant, mais Steve s’est montré très ouvert. »

L’acteur avait entendu dire que Felix van Groeningen possédait une très grande intelligence émotionnelle, ce que leur première rencontre a confirmé. Il confie : « Felix a de la douceur et de la force en lui. Comme moi, il ne voulait pas suivre la voie de la facilité. Il avait une vision très claire de ce qu’il désirait faire, en particulier avec les personnages de David et Nic. Tout ce qu’il fait est marqué par l’honnêteté. »

Sur le tournage, Steve Carell a été émerveillé par les images qu’il a découvertes en regardant les rushs. Il explique : « Felix possède un talent indéniable pour raconter des histoires sur le plan visuel. Il a imaginé de magnifiques plans tout en jouant avec les notions de métaphore et d’ironie dans sa manière de filmer. Il ne se contente jamais de placer la caméra et d’enregistrer des dialogues, il cherche toujours à donner davantage d’épaisseur à une scène, que ce soit en termes de cadrage ou d’éclairage. »

L’acteur poursuit : « MY BEAUTIFUL BOY soulève beaucoup de questions importantes, sans pour autant essayer de répondre à chacune d’entre elles. Il s’agit avant tout de l’histoire ultra réaliste d’un père et de son fils confrontés à une terrible épreuve qu’ils tentent de surmonter ensemble, une histoire qui raconte l’urgence presque viscérale ressentie par David en raison de l’amour sans bornes qu’il porte à sa famille. Il ne demande pas mieux que de prendre soin de ses proches. Et la vulnérabilité physique et émotionnelle de Timothée m’a été d’une aide précieuse pour parvenir à exprimer cette urgence. »

Steve Carell a rencontré son jeune partenaire pour la première fois lors de leur lecture commune avec Felix van Groeningen. Il se souvient : « Lorsqu’il a quitté la pièce, nous nous sommes tous regardés en hochant la tête. J’ai immédiatement senti que le courant passait entre nous. Timothée est un garçon adorable et très ouvert, tout comme son personnage. Même au plus bas, quand il est totalement perdu et intoxiqué, le merveilleux petit garçon qu’était Nic continue à transparaître. Timothée a su entretenir cette petite flamme en lui, c’est un acteur lumineux. »

Timothée Chalamet a retenu l’attention de Dede Gardner lorsqu’elle l’a vu jouer sur scène à New York. À seulement 22 ans, il est déjà l’un des acteurs phares de sa génération grâce à ses rôles dans des films tels que LADY BIRD, INTERSTELLAR et le remake des QUATRE FILLES DU DOCTEUR MARCH, aux côtés de Meryl Streep, dont la sortie est prévue en 2020. La productrice déclare : « Timothée est un jeune homme extraordinaire et incroyablement talentueux. C’est également une vieille âme, il a vécu beaucoup de choses malgré son jeune âge. Et je pense que c’est aussi vrai de Nic. »

C’est Dede Gardner qui a suggéré à ses partenaires d’auditionner le jeune homme pour le rôle de Nic. Felix van Groeningen se souvient : « Face à Steve, Timothée a été d’une justesse absolue. Lorsqu’ils ont eu fini leur lecture, il ne subsistait pas l’ombre d’un doute dans mon esprit : il avait la capacité d’incarner cet adorable adolescent proche de son père, mais également son double diabolique sous l’emprise de la drogue. Sur le plan émotionnel, on lit en Timothée comme dans un livre ouvert. Il se met à nu et il est tellement présent et vrai qu’il est impossible de ne pas s’attacher à lui. »

À l’image de Nic, le jeune acteur parvient à être tout à la fois cet adorable garçon que David aime tant et veut protéger, et un jeune homme hors de contrôle, le tout sans perdre la sympathie des spectateurs. Le réalisateur commente : « Timothée a saisi l’essence de Nic. Il a fait du personnage quelqu’un que l’on aime tellement qu’on ne peut s’empêcher d’avoir peur pour lui. Ce qui rend sa descente aux enfers particulièrement triste et douloureuse à regarder, c’est qu’il est suffisamment lucide pour savoir ce qu’il fait. Il est prisonnier des drogues et de la situation dans laquelle il se retrouve. Dans son livre, Nic décrit très bien le cycle de la honte qui se met en place : on rechute, on se sent coupable donc on consomme plus de drogue ; on arrive à court d’argent alors on vole ; et on prend encore plus de drogue pour oublier toutes ces choses horribles qu’on a faites. Timothée a compris cela dès le début. »

L’acteur confie s’être référé à Tweak tout au long du tournage. Il déclare : « Le livre dresse un portrait à la première personne déchirant, incisif et instantané. Phrase par phrase, page par page, il livre une description très détaillée de ce que Nic a traversé et des affres de la dépendance. Ce que j’en ai compris, c’est que dans ces cas-là, on n’est plus vraiment soi-même. C’est un peu comme s’il y avait deux Nic. »

Timothée Chalamet évoque avec une pointe d’humour les « super-pouvoirs » de Felix van Groeningen, capable de comprendre les moindres nuances du comportement humain comme personne. Il observe : « Il a tout simplement un don pour ce genre de choses. Ses remarques pendant le tournage étaient toujours d’une pertinence extraordinaire, elles témoignaient systématiquement d’une profonde réflexion et d’une compréhension parfaite de la complexité des mécanismes émotionnels à l’œuvre dans MY BEAUTIFUL BOY. »

Nic Sheff se souvient de sa rencontre avec l’acteur avant le début du tournage. « Timothée était doux et sensible mais également anxieux lors de notre première rencontre. Il s’est montré très respectueux et tenait à raconter l’histoire de la manière la plus juste et sincère possible. Il m’a posé plein de questions judicieuses, en particulier concernant la consommation de drogue. »

L’acteur confie que sa plus grande peur était que les Sheff voient le film et ne le trouvent pas à la hauteur. Mais à en croire David Sheff, c’est tout le contraire qui s’est produit : « C’est très étrange de le voir dans le rôle tant son apparence et sa manière de se déplacer rappellent celles de Nic à cette période. Au lieu de s’asseoir normalement dans le canapé, il sautait par-dessus le dossier exactement comme Nic avait l’habitude de le faire. »

La comparaison des versions de l’histoire exposées dans les livres de David et Nic Sheff a été particulièrement révélatrice pour Timothée Chalamet, qui déclare : « Ce que Nic raconte dans Tweak a en réalité très peu à voir avec la souffrance familiale décrite par David dans Beautiful Boy. Il raconte ses propres expériences. Il ne pense qu’à ce qui se trouve sous ses yeux et à sa prochaine dose. C’est un récit ancré dans le présent et très intime qui ne prend pas en compte l’effet dévastateur de son addiction sur ses proches. »

L’AMOUR DE DEUX MÈRES

Dede Gardner déclare : « Puisqu’il s’agit principalement de l’histoire de David et Nic, il aurait été facile de réduire la mère et la belle-mère du jeune homme à des clichés, avec d’un côté la femme d’affaires et de l’autre l’artiste. Mais ce sont en réalité toutes les deux de très bonnes mères, quoique différentes, et leur rôle est essentiel dans l’histoire. »

Dans le rôle de Karen Barbour, la belle-mère de Nic et l’épouse de David, Maura Tierney exprime une force discrète mais indéniable, ainsi qu’une profonde affection pour Nic. Jeremy Kleiner confie : « Maura livre une magnifique interprétation de Karen. Le lien profond qui l’unit à Nic est évident. Mais lorsque le comportement de ce dernier dépasse les bornes, elle se sent bafouée et cherche à protéger ses propres enfants, les petits Jasper et Daisy. »

L’actrice, lauréate d’un Golden Globe pour le rôle d’Helen Solloway dans « The Affair », a particulièrement aimé la manière dont le scénario aborde un sujet grave par le biais d’une histoire universellement accessible. Elle explique : « Je pense que l’addiction est liée au sentiment d’être jugé ou de se sentir invisible. Les gens consomment de la drogue pour ne plus avoir à se soucier de ce que pensent les autres. Au début, Nic semble seulement avoir fait fausse route et David et Karen prennent immédiatement le problème à bras-le-corps. Mais les choses ne sont pas toujours ce qu’on aimerait qu’elles soient. »

Sa rencontre avec la vraie Karen Barbour a permis à Maura Tierney de voir en son personnage davantage que la simple figure de la belle-mère. Elle commente : « Elle entretient une relation spéciale avec Nic. Karen est une artiste reconnue et ensemble, ils aimaient peindre et dessiner, mais aussi parler français et faire des jeux de mots. Elle avait, et a toujours, des liens affectifs très forts avec lui. »

L’actrice a pris beaucoup de plaisir à travailler avec Felix van Groeningen. Elle déclare : « J’ai toute confiance en Felix. Je n’ai eu aucun problème à suivre ses directions de jeu, ce qui n’est pas toujours le cas. Je pense que cela tient au fait qu’il a une vision très particulière qui laisse toute sa place à l’inattendu et à l’imprévu. »

Vicki, la première femme de David et la mère biologique de Nic, est interprétée par Amy Ryan. Vicki s’est remariée et vit à Los Angeles, où Nic passait toutes ses vacances quand il était petit. Lorsqu’elle apprend que son fils a un sérieux problème avec la drogue, Vicki tombe des nues. Jeremy Kleiner déclare : « À l’instar de Karen, elle est un roc pour Nic. C’est elle qui prend le relais lorsque David est incapable de continuer. »

Amy Ryan a tout de suite compris le dilemme auquel sont confrontés Vicki, David et Karen : sont-ils responsables de l’addiction de Nic ? Et comment peuvent-ils l’aider ? L’actrice, nommée à l’Oscar et au Golden Globe du meilleur second rôle pour GONE BABY GONE, commente : « En tant que parent, on s’interroge forcément pour savoir si on n’aurait pas pu faire différemment. Chacun des trois parents se pose cette question. Il leur arrive de ne pas être d’accord sur ce qui sera le mieux pour Nic, mais le plus important c’est qu’ils sont là pour lui. »

Comme ses partenaires, Amy Ryan confie avoir le plus grand respect pour Felix van Groeningen. Elle explique : « Il sait généralement exactement ce qu’il veut et dans les rares occasions où il hésite, on voit son mécanisme de réflexion à l’œuvre. Les autres réalisateurs pensent être obligés d’avoir réponse à tout et se cachent derrière une façade faite de fausse assurance et d’autorité alors qu’avec Felix, il s’agit d’un processus collectif qui bénéficie à tous, on a envie de trouver des solutions avec lui. »

Elle poursuit : « Felix est un auteur, un vrai ; il fait des films magnifiques et remplis de poésie. La manière dont il tourne, les tableaux qu’il peint et la manière dont es personnages évoluent dans leur univers diffèrent des autres œuvres cinématographiques. Et puis tous ses films délivrent un message d’espoir. »

L’actrice était également très enthousiaste à l’idée de retravailler avec Steve Carell, avec qui elle a formé un couple dans « The Office ». Leur première scène commune dans MY BEAUTIFUL BOY intervient assez tard dans le film. Nic a fait une overdose et ses parents retombent immédiatement dans des schémas douloureusement familiers. Amy Ryan raconte : « Il s’agit d’une scène poignante mais lorsqu’on s’est vus, Steve et moi n’avons pas pu nous retenir de rire. Je pense que Felix n’a pas bien compris ce qui nous prenait ! »

LA MUSIQUE

Les pages de Beautiful Boy sont jalonnées de références au lien profond qui unit Nic et David à travers la musique, qu’il s’agisse de rock classique, de punk ou de grunge. Felix van Groeningen s’est donc attelé à la création d’une bande originale éclectique et personnelle. Il a d’abord pensé faire appel à un compositeur pour écrire la musique originale du film, avant d’opter pour une approche moins conventionnelle. À la suggestion du monteur Nico Leunen, le réalisateur a en effet décidé de créer une bande originale entièrement composée de morceaux existants, y compris les chansons qui revêtent une signification particulière pour les Sheff.

Le cinéaste déclare : « J’avais évidemment prévu d’inclure certains des titres mentionnés par Nic et David dans leurs livres. Le titre du film, MY BEAUTIFUL BOY, est d’ailleurs celui d’une chanson de John Lennon qui revêt une importance singulière aux yeux de David parce qu’il a interviewé le chanteur au début de sa carrière. »

David Sheff admet être « quelque peu obsédé » par la musique, en particulier celle du film. Il confie : « La musique choisie par Felix est extraordinaire. Il a utilisé la chanson de John Lennon de manière très subtile : Steve, qui joue mon personnage, est en train de la chanter à son fils, et petit à petit John Lennon prend le relais. C’est tout simplement magnifique et très touchant. »

Parmi les souvenirs musicaux préférés de David Sheff figure le moment où Nic et lui étaient en voiture et que « Territorial Pissing » de Nirvana est passé à la radio. Il se souvient : « Nic a grandi avec Nirvana, et c’était la première fois qu’il m’apprenait quelque chose en matière de musique. Dans le film, Timothée secoue la tête dans tous les sens tandis que Steve le regarde avec affection en profitant de ce moment. C’est très beau à voir, et puis cette chanson est très éloquente, elle en dit long sur la colère et la violence que Nic ressentait à cette époque. »

Le réalisateur confie que trouver les bonnes chansons, obtenir l’autorisation de les utiliser, les monter sur la bonne durée et les intégrer à la trame narrative a demandé beaucoup de travail, mais qu’il ne peut imaginer le film sans elles. « Certains de ces titres font partie de ceux que David ne peut plus écouter aujourd’hui. Dans son livre, il conseille d’ailleurs aux parents de toxicomanes de faire attention à ces morceaux parce qu’ils ne manqueront pas de les faire pleurer. »

La bande originale de MY BEAUTIFUL BOY réunit des légendes du rock telles que John Lennon et Neil Young ainsi que des artistes alternatifs comme le groupe de rock d'avant-garde islandais Sigur Rós. Felix van Groeningen commente : « J’aime l’éclectisme des chansons que nous avons sélectionnées parce qu’il reflète les goûts variés de David et Nic. « Svefn-g-englar » de Sigur Rós, avec ses sonorités indie pop et son ambiance mystique et planante, fonctionne à merveille dans le film. Le titre atteint son paroxysme au moment où Nic se shoote, on réalise alors qu’il vient de rechuter massivement, ce qui est exactement l’inverse de ce à quoi l’on s’attendait. La musique ne nous prépare pas du tout à ça, ce qui rend ce moment encore plus bouleversant. »

UN TRIO D’EXPÉRIENCE

Pour l’aider à réaliser son premier film en anglais, Felix van Groeningen a fait appel à deux de ses collaborateurs de longue date : le directeur de la photographie Ruben Impens, qui a pris part à ses cinq précédents longs métrages, dont les films primés ALABAMA MONROE et BELGICA ; et le chef monteur Nico Leunen, qui collabore lui aussi pour la cinquième fois avec le réalisateur.

Ruben Impens et Nico Leunen se sont rendus aux États-Unis avant le début du tournage afin d’assister aux deux semaines de répétitions avec le réalisateur et les acteurs. Felix van Groeningen confie : « Je sais qu’il n’entre pas dans les habitudes de répéter aux États-Unis, mais c’est très important pour moi. Je veux avoir le temps d’explorer plusieurs options avec les acteurs pendant que nous apprenons à nous connaître. J’aime essayer différentes choses mais une fois sur le tournage, le temps nous est compté et c’est plus difficile. Il est donc crucial de s’accorder ce temps en amont. »

La présence du directeur de la photographie a également permis au cinéaste de commencer à définir les mouvements des acteurs et de la caméra avant le tournage. Il est même arrivé que Ruben Impens filme les répétitions, de manière à ce que le réalisateur puisse évaluer une scène avant de la finaliser. Felix van Groeningen déclare : « Ruben a joué un rôle essentiel sur tous les films que nous avons tournés ensemble. Nous nous connaissons tellement bien que nous n’avons même pas besoin de nous parler pour nous comprendre. Il n’est pas seulement question du cadrage pour nous, nous prenons en compte l’histoire, les personnages, l’atmosphère et les décors. »

Il ajoute : « Ce qui fonctionne pour Ruben et moi, c’est de conserver une certaine souplesse. Quand on commence un nouveau film, on aspire toujours à faire quelque chose de différent. On essaie simplement de ne pas prendre toutes les décisions dès le début. Petit à petit, on se met d’accord sur un format d’image, sur la caméra avec laquelle nous allons tourner et sur la manière dont on va la manier. Rien n’est jamais gravé dans la pierre. »

Dans ses films, Felix van Groeningen prend depuis longtemps plaisir à jouer sur la notion de temps. Mais si MY BEAUTIFUL BOY comprend de nombreux flashbacks qui mettent en scène une période heureuse de la vie de Nic, avant qu’il ne tombe dans la drogue, l’histoire est racontée de manière relativement linéaire en comparaison de certains de ses précédents films. Le réalisateur explique : « Nous jouons sur la notion de temps au début du film de manière à capter l’attention des spectateurs avant de plonger dans le vif du sujet. Les flashbacks, quant à eux, sont là pour nous montrer ce que la famille Sheff a perdu ou est sur le point de perdre. »

Nico Leunen considère la non-linéarité temporelle comme une constante de l’œuvre de Felix van Groeningen. Il déclare : « Felix et moi avons pour habitude de décomposer l’histoire et de la recomposer comme si les images n’étaient que de simples ingrédients bruts. Nous travaillons de cette manière depuis notre premier film. Je me fie toujours à ma conviction que ça finira forcément par avoir du sens ! »

La structure narrative de MY BEAUTIFUL BOY est inspirée de la manière dont fonctionne la mémoire. Le chef monteur explique : « À chaque tournant de notre vie, nous nous demandons comment nous en sommes arrivés là. C’est une réaction tout ce qu’il y a de plus naturelle, et c’est la raison pour laquelle les spectateurs répondent si bien à ce genre de structure narrative. Mais pour que cela fonctionne, il y a un secret : ces va-et-vient temporels doivent suivre une logique émotionnelle. Toute la difficulté ici a été de trouver l’équilibre entre les personnages de David et Nic, c’était très important car il s’agit de leur histoire à tous les deux. »

La collaboration de Felix van Groeningen, Ruben Impens et Nico Leunen a été une révélation pour la productrice Dede Gardner, qui explique : « Ils se connaissent parfaitement et savent comment travailler ensemble pour créer quelque chose d’unique, c’est une force qui vient de leur histoire commune. »

UN MESSAGE D’ESPOIR

À eux deux, Beautiful Boy et Tweak couvrent une période d’environ huit ans au cours de laquelle Nic Sheff a été admis dans 7 centres de désintoxication et a fait 13 rechutes. Tandis que ces livres posent un regard lucide sur l’incertitude et la souffrance endurées par les familles comme celle des Sheff, ils dressent également un portrait bienveillant et optimiste d’un père et de son fils unis par un amour inconditionnel qui transcende les obstacles s’élevant sur leur chemin. Et l’équipe de MY BEAUTIFUL BOY a délibérément choisi de se concentrer sur ce dernier aspect.

Jeremy Kleiner commente : « L’addiction est le sujet central du film, mais au-delà de cela, on est captivé par la relation, certes conflictuelle, mais pleine d’amour entre un père et son fils. L’histoire est aussi poignante qu’elle est porteuse d’espoir et source d’inspiration. Elle définit un idéal parental qui consiste à ne jamais baisser les bras face à l’adversité. Dans le rôle de David, Steve Carell incarne le genre de père que nous rêverions tous d’être, car il est facile d’aimer quand tout va bien, mais ça l’est beaucoup moins quand votre enfant succombe à l’addiction. »

Nic Sheff, qui continue à écrire et apporte son soutien aux familles confrontées à l’addiction, confie que malgré le fait que MY BEAUTIFUL BOY soit fidèle à son récit et à celui de son père, il lui a permis de poser un regard nouveau sur sa propre expérience. Il explique : « Le film m’a permis de revivre mon passé et de découvrir certains événements sous un jour inédit. Plan B, Amazon et Felix nous ont permis, à ma famille et à moi, de mesurer le chemin parcouru. Au-delà de son caractère artistique, il m’a rappelé combien j’avais de la chance d’être en vie et en bonne santé. »

Il ajoute : « J’ai été surpris par la justesse et le réalisme du film. Il ne met pas en scène des gens qui veulent se droguer parce que c’est ‘fun’. C’est un acte engendré par la souffrance et je pense que c’est important de le montrer. J’espère que les spectateurs comprendront les mécanismes qui m’ont amené, moi et beaucoup d’autres, à consommer de la drogue. J’espère aussi que les toxicomanes prendront conscience qu’ils ne sont pas seuls et qu’on peut s’en sortir. »

David Sheff milite lui aussi auprès de groupes et de particuliers qu’il informe sur la maladie qu’est l’addiction, les traitements qui existent et la possibilité d’en guérir. Il déclare : « Jusqu’à 150 personnes meurent chaque jour d’une overdose. La seule manière de remédier à ce problème est de reconnaître l’addiction comme une maladie. Beaucoup de gens pensent encore qu’il s’agit d’un choix, mais personne ne choisit de devenir dépendant. »



À l’occasion de ses interventions dans des écoles, des centres communautaires ou des hôpitaux, David Sheff rencontre de très nombreuses familles dont les enfants ne s’en sont pas sortis. Il raconte : « C’est souvent la même histoire : après s’être vu prescrire de puissants analgésiques type Vicodin ou OxyContin suite à une fracture de la jambe par exemple, ces jeunes se sont mis à consommer de l’héroïne et ont fait une overdose dont ils sont morts. J’ai conscience de la chance qui est la mienne d’avoir encore mon fils à mes côtés. »  

Textes des notes de production @ Pascale & Gilles Legardinier
Source et copyright des textes des notes de production @ Metropolitan FilmExport & AMAZON CONTENT SERVICES LLC - Tous droits réservés

  
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