mardi 8 janvier 2019

CREED II


Drame/Action/Une réalisation claire, des personnages attachants, des combats prenants, mais un scénario très convenu

Réalisé par Steven Caple Jr.
Avec Michael B. Jordan, Sylvester Stallone, Tessa Thompson, Phylicia Rashad, Dolph Lundgren, Florian Munteanu, Russell Hornsby, Wood Harris, Milo Ventimiglia, Robbie Johns...

Long-métrage Américain
Durée: 02h10mn
Année de production: 2018
Distributeur: Warner Bros. France

Date de sortie sur les écrans américains : 21 novembre 2018
Date de sortie sur nos écrans : 9 janvier 2019


Résumé : La vie est devenue un numéro d'équilibriste pour Adonis Creed. Entre ses obligations personnelles et son entraînement pour son prochain grand match, il est à la croisée des chemins. Et l'enjeu du combat est d'autant plus élevé que son rival est lié au passé de sa famille. Mais il peut compter sur la présence de Rocky Balboa à ses côtés : avec lui, il comprendra ce qui vaut la peine de se battre et découvrira qu'il n'y a rien de plus important que les valeurs familiales.

Bande annonce (VOSTFR)


Ce que j'en ai penséCREED II referme la boucle débutée avec les ROCKY. Il fait notamment écho point par point à ROCKY IV. On retrouve avec plaisir l'attachant duo Adonis Creed / Rocky Balboa. 

Le réalisateur Steven Caple Jr. nous propose une réalisation claire, bien maîtrisée qui met en valeur les instants intimes comme les moments spectaculaires. Il gère les ambiances en fonction des lieux et rend agréable le passage de l'une à l'autre. On rentre dans les combats et on s'intéresse au devenir de Creed à chaque uppercut. 

Cependant, le principal défaut du film est son scénario, non pas parce qu'il est mauvais, mais parce qu'il est hyper convenu. Le déroulement est sans surprise et on voit venir les faits longtemps avant qu'ils commencent à se produire, cela a tendance à jouer un peu sur le rythme. 

Néanmoins, le réalisateur réussit à nous entraîner dans son histoire notamment grâce aux personnages principaux qui sont joués avec crédibilité et justesse. Michael B. Jordan reprend les gants pour interpréter Adonis Creed. Il livre une performance physique impressionnante. Il est aussi à l'aise pour exprimer les sentiments que la force déterminée.


À ses côtés, Sylvester Stallone interprète le légendaire Rocky Balboa qui dans ces vieux jours sait toujours faire preuve d'une intelligence aigue quand on en vient à ce qu'il se passe sur le ring. L'acteur est touchant. Les échanges entre Adonis et Rocky sont le principal atout du film. 



Tessa Thompson est très sympathique dans le rôle de Bianca. Elle apporte une touche moderne et exprime l'inquiétude ainsi que la détermination d'une femme dont le compagnon pratique une profession prenante à haut risque.

Photos credit: Barry Wetcher
Copyright photos @ METRO-GOLDWYN-MAYER PICTURES INC. AND WARNER BROS. ENTERTAINMENT INC

Bien qu'il manque d'originalité par son histoire, CREED II répond aux attentes du film de boxe avec le cœur et les poings.

NOTES DE PRODUCTION
(A ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)
ROCKY :
"Il faut que tu te demandes si tu es là pour prouver quelque chose aux autres ou à toi-même".
Avec CREED – L'HÉRITAGE DE ROCKY BALBOA (2015), immense succès critique et public, la production avait relevé un défi quasi insurmontable : rester fidèle à l'esprit et au style de la saga ROCKY, tout en y apposant sa patte. À l'image de son jeune protagoniste, Adonis "Donnie" Creed, qui cherchait à créer sa propre légende, tout en marchant dans les brisées de son père, champion du monde poids-lourd, qu'il n'a jamais connu.

Grâce au personnage d'Adonis – fils illégitime d'Apollo Creed, adversaire de Rocky devenu par la suite son coach et ami–, le film a donné un nouveau souffle à la saga ROCKY en revenant à ses origines : s'attacher à la trajectoire d'un outsider. Le portrait sans concession d'un jeune boxeur cherchant à réaliser son rêve, mais aussi en pleine quête d'identité, a séduit toute une nouvelle génération. Un public qui n'était sans doute pas né quand ROCKY, en 1976, s'est révélé le film le plus lucratif de l'année, a raflé trois Oscars (dont celui du meilleur film) sur dix nominations, et a lancé la carrière de Sylvester Stallone.

Après six longs métrages sortis entre 1976 et 2006, sans oublier CREED en 2015, c'est la thématique de la renaissance – et la force émotionnelle du rapport père-fils – qui a poussé la production à imaginer une suite. "C'était une idée magnifique d'imaginer le personnage d'Adonis Creed, merveilleusement campé par Michael B. Jordan", s'enthousiasme Irwin Winkler, qui a produit l'ensemble des films de la saga. "Il était donc logique que la prochaine étape consiste à projeter le protagoniste dans l'avenir, à fouiller ses rapports avec Rocky, Bianca –la femme de sa vie – et sa mère adoptive Mary Anne, et à montrer comment il s'en sort une fois devenu une star montante de la boxe".

Dans CREED II, Adonis, qui cherche à s'approprier l'héritage d'un père qu'il n'a jamais connu, affronte celui-là même qui a tué Apollo… et les propres traumatismes de Rocky, plus de trente ans après. Tandis qu'Adonis décroche le titre de champion poids lourd, à la suite de son père et de son mentor Rocky, il s'interroge sur le sens de cette réussite. Se bat-il pour lui-même ou pour ce père qu'il n'a jamais rencontré ? Entretemps, un homme, venu d'Ukraine, oblige notre héros à revenir sur son passé : Ivan Drago, qui a tué Apollo Creed sur le ring avant de perdre face à Rocky au cours d'un match légendaire entre les États-Unis et l'Union soviétique. En perdant ce match, il a tout perdu – et son fils Viktor a été élevé à la dure et a grandi dans la haine, tout en s'initiant à la boxe. Lorsqu'Adonis remporte le titre de poids lourd, Ivan et Viktor Drago y voient une opportunité : ils sont résolus à le vaincre pour racheter l'honneur de leur famille.

Rocky met en garde Adonis contre les dangers qu'il court, mais ce dernier doit affronter les traumatismes du passé s'il veut aller de l'avant et être à la hauteur aux yeux de ceux qu'il aime – et à ses propres yeux. "Je crois vraiment que la vie est cyclique, et que la roue tourne", déclare Stallone. Il avait autrefois envisagé de s'attacher au parcours de Drago dans l'ex-Union soviétique, après sa défaite cuisante face à Rocky. Quand la saga a commencé à explorer les thématiques de la paternité, de la maternité et des rapports père-fils, évoqués dans le premier CREED, Stallone a repensé à Drago. "En m'attelant à l'intrigue de CREED II, je me suis dit que ce nouvel opus parlerait des fautes du père, et qu'Adonis ne serait pas le seul fils à porter le poids d'une hérédité", poursuit-il. "Du coup, je me suis posé les questions suivantes : et si Ivan Drago avait un fils ? Quelle hérédité l'aurait-elle marqué ?"

"Dans CREED II, le passé de Rocky le rattrape, tout comme Adonis qui s'y retrouve mêlé puisqu'il s'agit de l'homme qui a tué son père", ajoute la star. "C'est aussi l'épisode le plus terrible de la vie de Rocky puisqu'Apollo l'a remplacé dans le match-exhibition face à Ivan et qu'il en est mort. Par conséquent, Adonis estime qu'il doit affronter Viktor, le fils d'Ivan, pour venger son père. Quant à Ivan, après avoir été défait face à Rocky, il a tout perdu et n'a eu de cesse d'attiser la haine et la vengeance chez son fils. Ivan veut désormais prouver au monde qu'il n'est pas un minable et n'hésite pas à se servir de son père pour y parvenir, alors que Rocky craint que l'histoire ne se répète".

La volonté d'Adonis de venger la mort de son père sur le ring en affrontant le fils d'Ivan Drago semblait une progression évidente, voire inévitable, dans le parcours de ce personnage complexe. C'était aussi une manière pour lui de se poser les bonnes questions sur sa vie, son identité et ses motivations pour se battre sur le ring. "Je me suis dit que c'était une thématique intéressante, presque shakespearienne", reprend Stallone. "C'était aussi la possibilité de faire se croiser deux générations différentes et deux personnages légendaires".

Dans le film, Adonis est à l'aube d'une nouvelle vie puisqu'il fonde une famille avec Bianca. Pour Adonis, qui a grandi sans figure paternelle, le match qui l'oppose à Viktor Drago est comme la pièce manquante d'un puzzle émotionnel. "Tout s'est mis en place dès lors que Sly a eu l'idée d'introduire le personnage de Drago", note Jordan, également producteur exécutif de CREED II. "Il était logique qu'Adonis devienne boxeur comme Apollo, et que Viktor se batte à la manière de son père à lui. Dans le milieu de la boxe, les fils de boxeurs passent une grande partie de leur enfance dans la salle d'entraînement en train d'observer leurs pères, et deviennent souvent boxeurs à leur tour. C'était une idée géniale". Une idée qui par ailleurs permet de réunir plusieurs éléments dramaturgiques et personnages de la saga ROCKY.

"C'était non seulement la possibilité de raconter une histoire exaltante, émouvante et captivante, mais c'était aussi le prolongement naturel de la trajectoire d'Adonis Creed et Rocky Balboa", intervient le producteur William Chartoff, bercé dans son enfance par la saga ROCKY produite par Robert Chartoff, aujourd'hui disparu. William a également collaboré à ROCKY IV et ROCKY BALBOA (2006) qu'il a produit, tout comme CREED. "Désormais champion du monde en titre, Adonis doit soudain faire face à l'auteur de la mort de son père, puis monter sur le ring pour affronter son fils, une brute sanguinaire, incarné avec talent par Florian Munteanu. On savait que ces matchs qui pouvaient être d'une force hallucinante revêtaient une importance majeure aux yeux de nos personnages et dans la mythologie de la saga".

CREED II fait monter les enchères pour les protagonistes, tout en offrant aux spectateurs les scènes d'entraînement et de combat dignes de la saga sportive la plus populaire de l'histoire du cinéma. On découvrira ainsi le match de championnat opposant Adonis à Viktor au Stade olympique de Moscou, et un camp d'entraînement rudimentaire situé dans la Vallée de la Mort (Californie) où Rocky emmène Adonis.

"On cherche toujours à renouveler le genre et à explorer de nouvelles pistes, si bien qu'on a veillé à ne pas reprendre les mêmes idées qu'on avait abordées avec – je crois – une certaine réussite dans le premier CREED", note le producteur Charles Winkler, lui aussi marqué dans son enfance par la saga ROCKY. L'homme a d'ailleurs été producteur exécutif et réalisateur 2ème équipe de ROCKY BALBOA et producteur de CREED. "La plupart des spectateurs connaissent ces personnages, si bien qu'ils n'ignorent rien de leur tragédie et de l'animosité qui les a divisés autrefois, et c'est un atout. Dans ce nouvel opus, on fouille davantage les personnages, et on en ajoute de nouveaux grâce auxquels on peut aborder de nouvelles thématiques".

Derrière la caméra, la production a su passer le flambeau à un homme qui apporte une dimension supplémentaire au film. En effet, avant de signer la mise en scène de CREED II, Steven Caple, cinéaste indépendant, a écrit le scénario d'une minisérie autour de la vie et de la mort d'Emmett Till et a réalisé la série documentaire RAPTURE. Son premier long métrage, THE LAND, a été présenté au festival de Sundance en 2016 et lui a valu d'être classé parmi les "30 personnes de moins de 30 ans qui comptent à Hollywood" selon le magazine Forbes.

Réunissant un mélange détonant de personnages, THE LAND a été tourné à Cleveland, la ville natale de Caple. Le film a été tourné dans le style réaliste et sans concession qui caractérise CREED et le premier ROCKY. S'il partageait la même vision du projet que ses auteurs, Jordan raconte que la créativité et la personnalité de Caple l'imposaient pour réaliser CREED II. "Ryan Coogler et moi sommes très proches, si bien que lorsqu'il s'est avéré qu'il n'était pas disponible pour reprendre du service et qu'il a proposé le nom de Steven – en qui il a confiance et qui appartient à notre génération –, j'étais très heureux", précise Jordan. "C'était un bonheur de tourner sous sa direction. Il est extrêmement intelligent et a un vrai sens du travail d'équipe. Il cherche toujours à nuancer les choses, et a insufflé son approche naturaliste, émotionnelle et pragmatique au film".

"Si nous avions dû inventer un réalisateur pour reprendre la suite de Ryan Coogler, tout en s'appropriant totalement le projet, ç'aurait été Steven Caple Jr", signale Chartoff. "Steven n'a pas tout à fait la même sensibilité que Ryan. Et Steven sait voir ce qui se passe dans la tête de ses personnages, à chaque étape de l'intrigue. Il a une formidable capacité de concentration et il est très doué. On a une chance folle qu'il ait eu envie de réaliser ce film".

Caple était lui-même un grand fan de la saga ROCKY. "J'ai découvert ROCKY quand j'étais gamin, et en le revoyant récemment, je me suis dit qu'il est toujours d'actualité", dit-il. "On peut toujours se projeter facilement dans l'histoire d'un outsider, et on peut s'identifier sans mal à un personnage qui s'engage dans un combat qui le passionne. Tous les épisodes de la saga ROCKY abordent ces thématiques, et je me suis senti encore plus proche de l'histoire d'Adonis Creed". Il s'est senti inspiré par le nouveau souffle donné à la célèbre saga et désireux d'explorer les thèmes et les personnages découverts dans le chapitre précédent. "Le plus difficile quand on reprend le flambeau des mains de deux grands artistes, c'est de rester fidèle à l'héritage de la saga tout en y apposant sa griffe", ajoute Caple. "Sly est un vrai cinéaste et un formidable collaborateur, tout comme Ryan, et ils m'ont tous les deux encouragé à m'approprier le scénario".

Dans CREED II, Caple avait une autre perspective tout aussi exaltante : creuser un personnage crucial de la saga, Ivan Dragon, et faire découvrir celui de Viktor Drago. Dans ROCKY IV, lorsque le boxeur russe de plus d'1m90 se penchait sur Apollo Creed, couvert de sang et mortellement blessé, et déclarait sans l'ombre d'un remords "S'il meurt, eh bien qu'il meure", Drago est devenu le salaud le plus marquant de la saga ROCKY – et s'est taillé une place dans l'histoire du cinéma. Malgré la rivalité entre Creed et Apollo, Caple tenait particulièrement à éviter de réaliser un "film de vengeance", en s'attachant à ce qui compte le plus pour Adonis et Viktor : deux fils qui ont leurs propres rêves, même s'ils sont rattrapés par l'hérédité de leurs pères… et qu'ils sont liés par la même tragédie.

Au début du film, Ivan et Viktor habitent en Ukraine. Ils sont affamés et obsédés par la gloire passée d'Ivan – une gloire dont celui-ci s'est senti spolié et dont son fils a seulement entendu parler. Car il s'agit du vestige d'une époque qu'il n'a jamais connue. "Je voulais vraiment fouiller ces deux personnages", indique Caple. "D'une certaine façon, je remontais aux origines de toute cette histoire : on revient sur ce qui s'est passé après le match de 1985, sur les motivations de ces personnages et la souffrance qu'ils ont subie en vivant comme des parias après la défaite d'Ivan face à Rocky. On n'a pas revu Ivan depuis de nombreuses années : qu'est-ce qui lui est arrivé ? Qu'est-ce qu'il cherche au fond ? Je voulais découvrir comment ils ont vécu. C'était vraiment génial de se plonger dans le passé de Drago et de le revivre sous un angle inédit".

Le réalisateur était conscient que si les enjeux de l'affrontement entre Creed et Drago étaient très élevés, la force dramaturgique du film provenait surtout de la trajectoire émotionnelle des deux jeunes boxeurs et de leur entourage.

"Il faut toujours se poser cette question fondamentale : de quoi parle cette saga ?", indique Caple. "Car tout le monde sait qu'au fond, le vrai sujet n'est pas la boxe. Il ne s'agit pas de savoir si tel boxeur assène un crochet gauche ou si tel autre balance un petit coup sec. En revanche, on s'intéresse aux rapports entre nos deux sportifs et ceux qui se trouvent à leurs côtés, et même la foule et les médias, et ce qu'ils représentent. Dans quelle mesure leur état d'esprit est-il marqué par ce contexte ? En quoi le combat se déroulant sur le ring affecte-t-il les êtres chers qui les regardent ? On dépasse systématiquement le seul cadre du ring pour s'attacher à ce qui compte vraiment : le parcours des personnages".

Pour Lundgren, nous sommes toujours touchés par la plupart des métaphores de la saga ROCKY car on peut tous s'y reconnaître et qu'elles sont profondément humaines. "Dans cette histoire, c'est assez magique de voir ces personnages tenter leur chance et se pencher ensuite sur leur passé", dit-il. "On n'a pas besoin de s'intéresser à la boxe pour aimer l'un de ces films. En fin de compte, la boxe n'est pas le vrai sujet : cette saga parle de la vie. Elle permet aux gens de réfléchir à leur parcours et à leurs rêves. Dans CREED II, Steven Caple Jr. s'est parfaitement inscrit dans cette tradition. Et son film va plus loin encore".

LA FAMILLE, LA PATERNITÉ ET LE COMBAT D'UNE VIE

ADONIS :
Tu auras du mal à te regarder en face si tu ne fais pas ce que tu aimes, si tu ne fais plus de musique.Et je ne pourrai plus me regarder en face si je fais pas ça proprement. Je ne suis plus tout seul, maintenant. Et toi non plus.
Je vais le battre !
BIANCA:
Tu as plutôt intérêt !

Adonis et Bianca doivent désormais trouver leur équilibre entre les exigences de leur carrière et de leur notoriété toute nouvelle et leur vie privée. Quand ils se fiancent et décident de fonder une famille, les obstacles qu'ils tentent de surmonter ensemble deviennent l'enjeu du film. "La famille est le sujet principal de ce nouveau chapitre, et de la saga ROCKY dans son ensemble", précise le réalisateur. Rocky a entamé l'entraînement d'Adonis en lui disant que son plus redoutable adversaire n'est pas le type en face de lui sur le ring, mais celui qu'il aperçoit dans le miroir. Dans CREED II, malgré sa réussite, Adonis est toujours en prise avec ces questionnements.

"Je crois qu'Adonis se sent comme un outsider depuis qu'il est champion", indique Jordan. "Je ne pense pas qu'il ait jamais eu l'impression d'être un champion, ou qu'il se soit dit que la victoire était acquise. C'est un sentiment intéressant à jouer. Il a toujours estimé qu'il avait quelque chose à prouver. Il se demande pourquoi il éprouve un tel sentiment de vacuité". Avant de pouvoir répondre à cette question et aller de l'avant, il doit d'abord se pencher sur son passé. La présence de son père, disparu depuis longtemps, a toujours été celle d'un fantôme. Incapable de savoir dans quelle mesure il ressemble à Apollo, Adonis ne peut se comparer à lui qu'à travers la légende, les anecdotes et les symboles. Même Rocky et Mary Anne ne peuvent guère venir en aide au jeune homme dont le passé comporte de tels méandres qu'il est difficile de savoir précisément d'où il vient.

"Soudain, une véritable tornade du passé débarque dans sa vie et l'oblige à s'engager sur une voie périlleuse, à réfléchir à sa passion et aux raisons précises pour lesquelles il fait de la boxe, et se demander s'il a vraiment l'étoffe des grands champions", déclare Jordan. "Le film montre qu'il faut parfois affronter les ténèbres et la violence pour prendre conscience de ce qui compte le plus. Il faut s'attaquer à ses peurs et accepter de souffrir". Tessa Thompson était ravie de retrouver le rôle de la chanteuse Bianca car ni elle, ni Jordan, n'avait tourné dans une suite, et les deux jeunes gens étaient enchantés de poursuivre la trajectoire de leurs personnages.

"Michael et moi adorons camper ces personnages, et on avait noué une vraie complicité à l'occasion du premier film", indique Tessa Thompson. "Depuis, on est restés amis et on s'est revus régulièrement. Je n'ai pas l'impression que le temps ait passé, mais plutôt qu'on a mûri ensemble". Jordan reprend : "Avec Tessa, on se dit toujours qu'Adonis et Bianca sont en train de devenir adultes. Bien évidemment, on était déjà adultes sur le tournage de CREED, mais trois ans plus tard, on se sent plus mûrs. On a des responsabilités d'adultes". Il faut dire que Jordan et sa partenaire ont les mêmes problématiques dans leur vie personnelle que celles de leurs personnages. "Dans ce nouveau chapitre, Donnie et Bianca doivent affronter les conséquences de la célébrité et du succès", souligne Tessa Thompson. "Et il nous est arrivé pas mal de choses, à Mike et moi, depuis trois ans. On doit aussi trouver le difficile équilibre entre notre vie personnelle et notre carrière. C'est intéressant que ce film s'en fasse l'écho".

Dans CREED II, Adonis et Bianca découvrent qu'un engagement ne rend pas forcément l'équilibre entre la sphère personnelle et la sphère professionnelle plus facile à trouver. Surtout lorsqu'ils apprennent que Bianca est enceinte. "Étant donné qu'ils s'apprêtent à avoir un bébé, les enjeux sont encore plus importants", signale l'actrice. "Il faut vraiment qu'ils soient sur la même longueur d'ondes".

La musique occupe toujours une place majeure dans l'existence de la jeune femme. Depuis le premier opus, elle a conquis un vaste public à Philadelphie, sa ville natale, et commence à susciter l'intérêt de maisons de disques. Quand elle est engagée par un label et qu'elle doit se rendre à Los Angeles pour enregistrer un disque, Adonis est tiraillé : il hésite à quitter son coach et mentor Rocky, surtout à un moment où il se demande comment défendre son titre de champion, mais il tient aussi à soutenir Bianca. Et comme celle-ci perd progressivement de son acuité auditive, elle sait que le temps lui est compté.

"Elle doit prendre une décision rapide si elle veut que sa carrière décolle", affirme la comédienne. "Elle est déterminée à faire de la musique tant qu'elle en est capable". Alors qu'elle a peu à peu accepté son handicap, elle souhaite s'initier – comme le fait remarquer Tessa Thompson – à la langue des signes américaine (ASL). Dans le premier opus, l'actrice a travaillé avec Zinzi Evan – alors fiancée à Coogler et devenue sa femme depuis – qui a étudié les troubles de la communication et est interprète en langue des signes américaine. Dans CREED II, Bianca et Adonis se servent de la langue des signes comme moyen de communication intime. "On s'y intéresse un peu plus dans ce nouveau chapitre car les personnages se sont appropriés cet outil de communication", reprend Tessa Thompson. En outre, celle-ci a collaboré à l'écriture des chansons, retrouvant ainsi le compositeur et producteur Ludwig Göransson qui, de son côté, a fait appel aux auteurs-interprètes Bibi Bourelly et James Fauntleroy afin d'explorer les nouvelles sonorités de l'œuvre de Bianca.

"On voulait vraiment que le style et la voix de Bianca prennent de l'ampleur et touchent un public plus large", analyse l'actrice. "Ce que j'adore chez elle, c'est qu'elle a une vraie force et que son univers est très riche. Son style a évolué et elle a envie de nouvelles sonorités. Sa musique reflète désormais sa propre nature. J'adore personnellement la musique, et celle qu'on a composée est typiquement le genre de musique que je ferais si j'étais musicienne. C'était formidable parce que j'ai pu endosser la personnalité de Bianca pour explorer cette forme artistique".

Tessa Thompson, qui vient d'une famille de musiciens et s'est produite dans un groupe, interprète trois chansons dans le film. Elle entonne notamment "I Would Go to War" en précédant Adonis et Rocky qui, eux, se dirigent vers le ring du Stade olympique de Moscou afin d'affronter Viktor Drago. "Ce que j'ai aimé dans ce passage, c'est qu'à travers cette chanson, Bianca dit à Adonis : 'Je sais ce que ce combat représente pour toi, et je suis avec toi'. Quand elle ne se consacre pas à son métier, mais qu'elle est là pour soutenir Adonis et s'occuper de leur bébé, elle se demande si ses rêves ne sont pas inaccessibles. Du coup, quand on la voit chanter, on est heureux pour elle".

Si Adonis est épaulé par son père de substitution, Rocky, pour s'entraîner au combat et surmonter les difficultés de l'existence, Bianca trouve réconfort et conseils éclairés auprès de Mary Anne. "Je trouve que c'était très important que le personnage de Mary Anne soit plus présent dans ce film et que la famille soit plus soudée que jamais", intervient Jordan. "Mary Anne occupe une place cruciale dans la vie d'Adonis, et Bianca et Mary Anne nouent désormais une vraie complicité. C'était magnifique. Ce sont des scènes extrêmement émouvantes".

En retrouvant Phylicia Rashad, Tessa Thompson et Jordan ont eu le sentiment de reformer une famille : la connivence et l'affection qui unissent les comédiens n'ont fait qu'enrichir leur jeu. "Quand on se sent à l'aise, on a davantage de liberté pour prendre des risques", note Tessa Thompson. "C'était génial de retrouver Phylicia. Avant même que je devienne comédienne, je l'admirais beaucoup comme femme et comme actrice. On a passé plusieurs jours dans les premiers rangs, à proximité du ring, et on a simplement discuté pour apprendre à se connaître. Je crois que l'affection qu'on se porte mutuellement se retrouve à l'écran – voilà encore un cas où la vie imite l'art !" Tessa Thompson et Jordan racontent que la scène du dîner où Phylicia Rashad devine que Bianca est enceinte avant même les principaux intéressés a été l'un des temps forts du tournage. "J'ai adoré voir l'intuition maternelle de Mary Anne à l'œuvre et me plonger dans cette atmosphère familiale", reprend Jordan. "Car une mère sent ce genre de choses".

"Phylicia est tellement magnifique et élégante à ce moment-là et elle comprend immédiatement que Bianca et Adonis vont avoir un bébé", ajoute Tessa Thompson. La jeune actrice précise qu'elle a beaucoup appris en la matière en écoutant et en observant Tiffany Ward, épouse du boxeur professionnel Andre Ward. Tiffany a confié à Tessa Thompson et à la production de précieuses informations sur les rapports entre les boxeurs et leurs conjointes (On la voit brièvement à l'image avec Andre et leurs deux enfants). "Elle nous a raconté que lorsqu'Andre affronte son adversaire, elle a le sentiment d'être à ses côtés sur le ring", dit Tessa Thompson. "Elle a parlé en ces termes à Steven Caple Jr : 'Nous observons nos adversaires' ou 'Nous nous préparons'. Elle disait constamment 'nous'.C'est un élément qu'on a pris en compte dans le film – Bianca et Adonis forment désormais une équipe. Bianca, elle aussi, est sur le ring avec lui". Quand Bianca demande conseil à Mary Anne pour savoir comment obtenir d'Adonis le soutien dont elle a besoin dans ses choix de carrière – alors qu'il livre lui-même un combat physique et affectif –, elle lui répond aussitôt qu'un couple, ou une équipe, fonctionne dans les deux sens : "Tu a été à ses côtés à chaque étape. Donne-lui l'occasion à son tour d'être à tes côtés. Vous formez une équipe, et n'oublie jamais que ça doit fonctionner dans les deux sens", lui dit-elle.


LE COMBAT D'UN PÈRE ET DE SON FILS POUR RÉTABLIR L'HONNEUR DE LA FAMILLE

IVAN DRAGO :
À cause de toi, j'ai tout perdu – mon pays, ma dignité, ma femme… Mon fils va anéantir ton garçon.


Tandis qu'Adonis se débat avec l'hérédité léguée par son père, à l'autre bout du monde, un jeune boxeur nourrissant des rêves de grandeur doit assumer le lourd passé de son propre père. Depuis que le champion olympique Ivan Drago a subi une défaite humiliante dans son propre pays face à Rocky Balboa, père et fils mènent une vie difficile. Ivan a perdu bien plus qu'un simple match ce soir-là : il a perdu sa femme, sa maison, ses privilèges et sa réputation. Vanté par les Soviétiques comme un exemple de leur supériorité, Ivan s'est ensuite retrouvé comme un paria en Ukraine : autrefois symbole de l'invincibilité soviétique, il est devenu un homme amer et brisé.

En revanche, il a toujours son fils, Viktor. Au fil des années, il a vu chez lui la possibilité de se venger et de retrouver son honneur. "Ivan était un champion olympique invaincu, un héros de l'Union soviétique, un homme très célèbre quand il a affronté Rocky il y a très longtemps", raconte Lundgren. "Mais il a plongé au point de travailler comme videur dans un club ukrainien. Il pense que son fils pourra lui permettre de renouer avec la gloire passée".

Lundgren souligne que l'identité d'Ivan, sa fierté et son obsession pour Rocky Balboa façonnent sa vision du monde depuis 33 ans. "C'est intéressant, à mon avis, de mettre en scène un homme marqué par une telle souffrance et une telle colère, qui se sent incompris par ses compatriotes, et qui considère Rocky comme le responsable de son malheur", reprend Lundgren. "Même si Ivan, bien entendu, tire des conclusions délirantes, il en veut à la Terre entière. J'ai joué ce personnage comme un type aveuglé par sa colère et son besoin de rédemption et conscient que l'affrontement avec Adonis ne le concerne pas directement, mais concerne son fils. C'est ce qui m'a semblé si complexe, et si beau, dans cette histoire".

Viktor, de son côté, n'a jamais rien connu d'autre qu'une existence misérable, entre l'appartement minable où il habite, les deux boulots qu'il mène de front et son entraînement quotidien. Grâce à son père, qui le coache, il a remporté quatorze combats poids lourd par K.O. Mais il est hanté par le passé d'Ivan. "Viktor se bat pour une vie meilleure, mais il aspire surtout à une famille et à l'amour, qu'il n'a jamais connus", signale Munteanu. "Sa mère Ludmilla n'est plus là. Son père a ses propres problèmes qui remontent à plus de trente ans. Viktor ne se sent pas aimé comme fils, et c'est ce qui le tourmente le plus". Avec le personnage d'Ivan Drago, Caple souhaitait révéler des facettes inédites d'un salaud bien connu des fans de la saga. "C'était formidable de le réintroduire sous un jour nouveau", dit-il. "Dolph m'a permis de jouer avec ces éléments, et a lâché prise pour camper le rôle, plongeant dans les profondeurs de son âme – ce qu'il n'aurait pas pu faire à l'époque de ROCKY IV car le personnage avait alors une autre fonction".

En 1985, le rôle d'Ivan Drago a été décisif dans la carrière de Lundgren. "Quand j'ai assisté à l'avant-première de ROCKY IV, personne ne savait qui j'étais", relate l'acteur d'origine suédoise. "Mais quand je suis ressorti de la projection, tout le monde était au courant !" Pourtant, même s'il est devenu depuis un comédien et réalisateur reconnu, Lundgren ne se doutait pas qu'il camperait à nouveau le personnage. "Je n'aurais jamais imaginé que je me retrouverais, environ 70 films plus tard, à incarner de nouveau Ivan Drago !" Sa proximité avec le personnage est palpable à l'écran : "Dans CREED II, je redécouvre ce personnage 33 ans plus tard, et je dévoile un aspect de sa personnalité qu'il aurait souhaité révéler à l'époque, mais qu'il n'a pas pu faire", dit-il. "On découvre un peu de moi derrière le masque d'Ivan Drago".

Depuis qu'il a tourné ROCKY IV, on lui mentionne le nom d'Ivan Drago presque tous les jours. "C'est un phénomène qui se produit où que je me trouve dans le monde", ajoute-t-il. "À croire qu'il fait partie de ces personnages qui deviennent légendaires au fil des années. Le passage du temps est l'un des thèmes majeurs du film. Dans la plupart de ses films, Stallone a un don inné pour transposer la réalité. Il y a des détails sur sa vie qui se rapprochent de celle de Rocky, et des détails sur la mienne qui me rapprochent d'Ivan Drago. Dans notre première scène ensemble, Rocky s'exclame 'ça doit faire un million d'années' et Ivan lui répond 'j'ai l'impression que c'était hier'. Il y a des échos d'une époque à l'autre, d'un personnage à l'autre".

En 2010, Lundgren, sous les traits de Gunner Jensen, donnait la réplique à Stallone dans EXPENDABLES : UNITÉ SPÉCIALE, mais il était loin de s'imaginer qu'il endosserait un jour son rôle le plus sombre. Jusqu'à ce qu'il reçoive un SMS de Stallone : "C'était un message assez court qui disait : 'accepterais-tu de jouer Ivan Drago à nouveau ? J'ai une idée qui part des fautes commises par les pères'", se rappelle Lundgren. "Je me suis dit que c'était franchement tentant !"

"Même quand les gens prennent de l'âge, ils ne renoncent pas à leurs rêves, et Drago n'a pas réalisé tous ses rêves", explique Stallone. "Mais je crois que pas mal de gens qui ont connu la gloire ont ensuite plongé. Ivan et son fils estiment que la vie a été injuste avec eux et leur a infligé des coups bas. Tout s'est déréglé en un seul moment et leur vie entière a été anéantie. Ivan considère que Rocky est le seul auteur de son autodestruction – sa femme et sa famille l'ont quitté, son pays l'a  abandonné et il vit dans la pauvreté… Il est malheureux et veut se venger. C'est ce qu'il fait dans CREED II".

Lundgren s'est senti plus enthousiaste encore après sa rencontre avec Steven Caple Jr. : il a travaillé avec le réalisateur pour donner de l'envergure et de l'humanité à Ivan Drago. "Steven Caple est un réalisateur de très grand talent", affirme Lundgren. "Je l'ai apprécié dès que je l'ai rencontré. J'ai tout de suite senti qu'il allait faire un boulot formidable. Sa vision des personnages et sa compréhension des êtres en souffrance et vivant dans le dénuement sont extraordinaires. C'est impressionnant de voir un si jeune artiste posséder un tel recul".

Par ailleurs, le parallèle entre ses propres difficultés relationnelles avec son père et les rapports entre Ivan et Viktor était très riche à ses yeux. "Je n'ai jamais été très proche de mon père, qui a grandi pendant la Dépression et a vécu une enfance très dure", détaille Lundgren. "Bien évidemment, quand j'étais gamin, je ne pensais pas que ce contexte puisse l'avoir marqué et expliquer son comportement. Au contraire, je me sentais parfois très maltraité. Mon père était officier dans l'armée et me frappait parfois. C'est assez proche des relations entre Viktor et Ivan. Je pouvais donc m'inspirer de ma propre expérience".

"Ce qui est magnifique dans ce film, c'est qu'il parle de la nécessité d'enrayer le cycle de la violence et de convaincre les pères et les fils de cet impératif", dit-il. "J'ai pardonné mon père pour tout ce qu'il m'a fait, mais quand j'étais plus jeune, c'était difficile à vivre. Au cinéma, ce genre d'histoire me touche toujours".

Ivan parle russe, ce qui s'est révélé difficile pour le comédien pourtant polyglotte. "J'avais une quarantaine de lignes de dialogue en russe pour ce film", ajoute-t-il. "On a dû se dire que comme je suis suédois, je pouvais aussi parler russe ! Mais ce n'est pas le cas. On a fait appel à un coach. Steven voulait que le résultat soit réaliste, mais ça a été très dur".

Lundgren a également collaboré avec le réalisateur pour modifier son physique et vieillir le personnage afin de traduire visuellement la pauvreté et les souffrances endurées. "Quand j'ai suggéré à Steven de me jaunir les dents, de m'ajouter des cheveux gris, de me faire un teint plus pâle et d'avoir l'air amaigri, il était un peu contre au départ, mais il a ensuite décidé d'aller encore plus loin", relate Lundgren. "Du coup, en plus du reste, je porte des vêtements très amples, comme s'ils étaient trois tailles trop grands. Par conséquent, même si je me suis entraîné pour être à la hauteur des scènes de coaching avec Florian, j'avais toujours l'air maigre".


COMMENT RAFLER LE TITRE
ROCKY :
Écoute, ce garçon a été élevé dans la haine. Ce n'est pas ton cas.Ce type… pourrait être dangereux.

Pour le fils de Drago, Viktor, la production recherchait un acteur qui ressemble physiquement à ce personnage imposant, mais qui sache aussi jouer et boxer. Il leur fallait aussi un comédien capable d'incarner un antagoniste, à la fois redoutable force de la nature sur le ring et fils blessé en quête de reconnaissance. Les recherches ont duré plusieurs mois et se sont déroulées dans le monde entier. La production a rencontré des comédiens et des sportifs de diverses disciplines – arts martiaux, kick-boxing, boxe, et football américain. Après avoir passé plusieurs mois à consulter des centaines de photos, vidéos et d'enregistrements d'auditions, Stallone a déniché le boxeur allemand Florian "Big Nasty" Munteanu, de 106 kg et mesurant 1m95.

"J'ai eu une intuition concernant Florian", note Stallone. "C'est très difficile d'obtenir tout ce qu'on recherche chez la même personne dans ce genre de casting. On voyait des types baraqués capables de boxer mais pas de jouer. Ou des types qui avaient fière allure mais qui étaient incapables de boxer. Florian est unique en son genre". Munteanu, poids lourd amateur ayant remporté 68 matchs et perdu 10 autres (avec 6 matchs nuls), a été informé par son coach que les producteurs de CREED II l'avaient repéré grâce à ses photos et vidéos, et souhaitaient savoir s'il accepterait de passer une audition. Peu après, le boxeur d'origine germano-roumaine âgé de 27 ans – bercé, dans son enfance, par la saga ROCKY découverte avec son père, lui-même fervent boxeur – s'est vu confirmer que "Sylvester Stallone [souhaitait] s'entretenir avec lui via Skype".

"C'était totalement surréaliste de passer une audition via Skype avec Stallone, qui était l'un de mes héros quand j'étais gamin", confie l'athlète. "Surtout pour décrocher le rôle d'un boxeur, moi qui ai grandi en voyant et en revoyant les films de la saga ROCKY. Je ne pourrais pas pu décrire ce que j'ai ressenti quand l'écran d'ordinateur s'est allumé, que j'ai vu Stallone devant moi et pris conscience que ce qui se passait était réel". Suite à cette audition très positive, Munteanu a eu rendez-vous avec le réalisateur qui s'est révélé fructueux et la nouvelle de son engagement lui est parvenue sur un mode très cinématographique ! "J'ai passé ma dernière audition à Los Angeles, juste avant Noël, et je suis reparti ensuite chez moi à Munich", se souvient-il. "J'ai reçu un appel de mon agent le 23 décembre au soir, mais mes parents dormaient déjà. Du coup, le lendemain, j'avais un super cadeau de Noël pour mes parents : je leur ai appris que j'avais décroché le rôle ! On ne pourrait pas imaginer un scénario pareil".

Stallone explique que la phase de casting et d'auditions, qui a duré plusieurs mois, pour dénicher Viktor Drago lui a rappelé les recherches entreprises, plus de trente ans auparavant, pour trouver un comédien capable d'incarner Ivan Drago. "Ça nous avait pris neuf mois, et nous avions consulté des milliers de photos, d'enregistrements et d'auditions avant de tomber sur Dolph Lundgren", se remémore Stallone. "Dolph était incomparable. Il était beau, grand, blond, et il savait boxer ! Il avait été champion du monde de karaté pendant très longtemps en Suède et en Europe, si bien qu'il était conscient de ce que nécessitait le rôle. Florian est comme lui. Il sait vraiment se battre. Et en plus, il est formidablement baraqué et musclé. Quand je l'ai rencontré, je me suis dit 'Waouh !' Et ensuite, on s'est rendu compte qu'il savait jouer".

Lundgren a, lui aussi, été frappé par les nombreux points communs entre Munteanu et lui-même. "Nous avons beaucoup de choses en commun", dit-il. "Il a le même âge que j'avais quand j'ai incarné Ivan. Je suis européen, tout comme lui. On a tous les deux commencé à nous entraîner physiquement et à pratiquer des sports de combat à l'âge de 10 ans. Je me suis dirigé vers le karaté, et lui vers le kick-boxing et la boxe. Je crois que Michael et Stallone font à peu près la même taille, et Florian est de la même taille que moi, si bien que le contraste physique est comparable".

D'après Chartoff, "Si Sly a l'intuition qu'on devrait prendre telle ou telle décision dans un film de la saga, ou qu'on devrait engager tel acteur ou imaginer tel personnage, il faut l'écouter, car personne ne connaît ROCKY aussi bien que lui. Du coup, quand Sly nous a parlé de Florian, on s'est tous intéressés à ce qu'il avait fait avant, et on a compris qu'il était notre homme". Très vite, Munteanu était de retour à Los Angeles, puis à Philadelphie, pour entamer ses trois mois d'entraînement et de préparation à la chorégraphie nécessaires au tournage des longues scènes de boxe du film.

                        Lundgren indique qu'il a passé beaucoup de temps avec Munteanu à Los Angeles après que ce dernier ait été engagé, ce qui a rendu le tournage plus simple par la suite. "On avait vraiment le sentiment d'avoir une relation de père à fils, parce qu'il m'a laissé entrer dans son monde", souligne Lundgren. "On s'est entraînés, on a dîné ensemble, et on a parlé pendant des heures des personnages et du film. À l'écran, on ressent notre très grande proximité".

                        Jordan, qui a lui-même passé des mois à s'entraîner et à s'initier à la chorégraphie des combats avec Munteanu, a également été impressionné par ses talents de boxeur et d'acteur. "Florian est d'une grande humilité, il a envie de travailler et d'apprendre, et on a rapidement noué une vraie complicité sur le ring grâce à cet entraînement", intervient Jordan. "Il insuffle beaucoup d'émotion au personnage, et lui donne une vraie envergure. Son jeu est d'une grande richesse". Pour Munteanu, l'occasion de tourner avec Jordan et ses "mentors", Lundgren et Stallone, a fait de lui "un meilleur acteur et une personne meilleure". Il déclare : "On ne progresse que si l'on s'entoure de gens qui peuvent vous apprendre des choses – des gens qui sont meilleurs ou plus expérimentés que vous. J'ai énormément appris au contact de Michael, Sly et Dolph. Je les ai écoutés et j'ai tâché de m'imprégner de leur expérience".

                        Munteanu salue aussi le réalisateur d'avoir su l'emmener dans des directions inattendues. "Sly m'a trouvé et Steven Caple m'a fait travailler mon jeu, et a consacré beaucoup de temps à m'accompagner", ajoute-t-il. "Il m'a toujours encouragé à être naturel devant la caméra. Je discutais systématiquement avec lui juste avant la prise pour me mettre dans la bonne ambiance". L'amitié de Jordan n'a fait qu'accroître l'aisance du jeune boxeur dans ce nouvel univers. "Avec Michael, on a presque le même âge, et on attache de l'importance aux mêmes valeurs", poursuit-il. "À ses yeux, la famille, c'est sacré et il aime s'entourer de gens loyaux et honnêtes. On s'est aussitôt très bien entendus, et au bout de quelques semaines, on est devenus amis. C'était formidable pour moi car, outre le fait que j'étais le petit nouveau sur le plateau, je n'avais ni famille, ni amis à mes côtés, pendant le tournage. Michael m'a dit que si j'avais besoin de quoi que ce soit, je pouvais aller le voir, et j'y vraiment été sensible".


DÉCISIONS PARTAGÉES
ROCKY :
C'est dingue comme ceux que tu aimes le plus sont ceux qui te font le plus souffrir, sans même que tu t'en rendes compte.  

L'absence d'un père ou d'une mère peut provoquer une terrible souffrance affective chez un enfant – et cette absence, ou la séparation entre parent et enfant – est un thème central dans CREED II. Le vide laissé par l'absence de son père a été un moteur chez Adonis, avant même que Mary Anne Creed ne le découvre dans un centre de détention pour mineurs, ne l'adopte et ne l'élève comme son propre fils. Et pourtant, la présence de son père lui a toujours manqué. C'est aussi l'absence d'une mère qui a profondément marqué Viktor. Après la défaite cuisante de son père face à Rocky, Ludmilla, mère de Viktor, est partie et a laissé le soin à son mari, homme profondément meurtri et en colère, d'élever leur jeune fils. "Ivan et Viktor ont toujours eu le sentiment d'être seuls et d'avoir le monde entier contre eux", note Lundgren. "Ils étaient pauvres et devaient trimer pour survivre. Très tôt, Ivan a compris que Viktor avait une chance de devenir bon boxeur. Au fil des années, Ivan a constaté que son fils progressait sur le ring et qu'il pouvait se servir de son fils pour en finir avec la pauvreté et renouer avec la gloire".

Quand le deuxième match de l'histoire opposant Creed à Drago se concrétise, les deux hommes se retrouvent sous les feux des projecteurs : invités à revenir en Russie, ils font de nouveau la fierté du pays et sont montrés comme des exemples de la force et de la résilience russes. "Viktor souhaite affronter son adversaire car, pour lui, c'est la chance de sa vie", indique Munteanu. "C'est son moyen de s'en sortir, et il se bat pour de bonnes raisons. Pour lui, Adonis Creed n'est pas le problème. Adonis n'est qu'un obstacle dressé sur son chemin. À ce moment-là, Adonis est au sommet – il est détenteur du titre, il a de l'argent, et il est respecté. Ce n'est pas le cas de Viktor. Du coup, Viktor est plus affamé que lui. Les enjeux émotionnels sont très forts, pour Adonis comme pour Viktor. On sait ce qu'ils ont enduré tous les deux".

LE RÉGLAGE DU COMBAT
ROCKY :
Pourquoi tu veux l'affronter ?Je comprends pourquoi eux ont envie que tu l'affrontes.Et toi ? Qu'est-ce que tu cherches ?

Pour un film de boxe, les acteurs doivent s'entraîner plusieurs mois pour être en mesure de monter sur le ring. Pour être en forme et s'initier à la chorégraphie des combats, ils doivent se soumettre à une discipline de fer, à une grande concentration et à plusieurs heures de travail exténuant dépassant de loin les exigences habituelles d'un tournage. À la fois interprète du rôle-titre et producteur exécutif, Jordan s'est beaucoup investi dans le développement du projet : il s'agissait d'offrir aux spectateurs les scènes de boxe réalistes et hors du commun auxquelles la saga ROCKY les a habitués.

Le chef-cascadeur Danny Hernandez et son équipe ont travaillé avec Caple et Jordan pour pouvoir surprendre les fans. Comme le dit Hernandez, "Comment s'y prendre pour faire encore monter d'un cran les scènes d'action ? Surtout face à un boxeur comme Drago, comment faire pour renouveler le style de combat d'Adonis Creed ?" Étant donné que Jordan savait à quoi s'attendre pendant l'entraînement, lui qui était passé par là pour le premier opus, il était conscient qu'il allait devoir se surpasser, y compris physiquement. "Pour le premier film, je n'aurais jamais pu m'imaginer ce que je m'apprêtais à faire – mais la deuxième fois, c'était pire", plaisante Jordan.

Pour le premier chapitre, le boxeur Andre Ward, qui campe à nouveau le rival poids lourd Danny "Stuntman" Wheeler, a entraîné Jordan, mais cette fois-ci, comme il l'exprime lui-même, l'acteur savait comment s'y prendre. "C'est bien de constater qu'il connaît le sport", dit-il. "Tout se passe beaucoup mieux quand on est sur le plateau, car il est déjà aguerri. Il sait jouer, mais il sait aussi boxer avec conviction parce qu'il s'est entraîné très dur".

Jordan était conscient que le réalisme était décisif. "Il fallait absolument que je me glisse dans la peau d'un boxeur quand je monte sur le ring", affirme le comédien. "Il fallait que je le sente au fond de moi. Je me suis entraîné tous les jours jusqu'à l'épuisement. Parfois, je m'entraînais deux fois par jour, et je rentrais chez moi avec les mains enflées. Quand on a confiance en soi et dans ce qu'on fait, c'est plus facile de se sentir en pleine possession de ses moyens face à la caméra". Pour y parvenir, Jordan a notamment travaillé avec l'entraîneur de boxe Patrice "Boogie" Harris qui déclare : "Jordan a été surnommé 'Monsieur Pattes d'ours' parce que je travaille pas mal avec ces protections". Harris, qui dirige un club de boxe dans la région de Washington et de Baltimore, pratique la discipline depuis 33 ans et a été repéré par Jordan sur Instagram.

"Je poste des vidéos sur ma page Instagram et un jour mon fils me dit : 'Il y a Michael B. Jordan qui te suit'", raconte le sportif. "Je lui ai répondu : 'Qui me suit ?' Et du coup, je me suis mis à le suivre à mon tour. Deux semaines plus tard environ, quelqu'un m'a envoyé un message privé pour me demander si la perspective de participer à un projet de film pouvait m'intéresser, et puis on m'a appelé pour savoir si j'accepterais de travailler sur le plateau de CREED II, car Michael B. Jordan souhaitait travailler avec moi".

"La collaboration avec Boogie a été décisive dans ma préparation", indique Jordan. "Il m'a appris des tas de choses, y compris des petits détails à connaître sur le ring et dans les coins auxquels on ne pensait pas, ou des gestes qu'un vrai boxeur ferait dans un tel contexte. Grâce à Boogie, ma prestation a été aussi réaliste que possible". Le travail avec les pattes d'ours fait partie intégrante du conditionnement cardiaque d'un boxeur. Celui-ci doit aussi pratiquer sans relâche l'entraînement au sac de frappe et au saut à la corde. Les boxeurs font ainsi des rounds avec des mitaines et s'entraînent à la corde à sauter. Jordan tenait à ce que Harris le fasse travailler comme un authentique boxeur et le surprenne par des tactiques inattendues auxquelles il puisse parer afin de développer sa rapidité et sa coordination.

"Boogie est très doué et maîtrise parfaitement la rapidité et la technique et il vous fait vraiment progresser", reprend Jordan. "Si Adonis doit être plus rapide et plus fort, et capable de battre et de surpasser le redoutable Viktor, c'est grâce à Boogie qu'il peut y arriver". Harris comprend désormais pourquoi Jordan lui a demandé, au début de son entraînement, de le traiter comme un vrai boxeur. "Et c'est ce que j'ai fait", assure Harris. "Il a fait preuve de concentration, comme un authentique athlète. Lui et ses partenaires devaient être capables de se déplacer comme des boxeurs. Je les ai vus basculer dans un autre monde en entendant 'Action !' Avec ce simple mot, tout bascule". Harris a été particulièrement impressionné de voir que les qualités et compétences des boxeurs – courage, détermination, endurance, volonté, concentration, force – sont les mêmes que celles des acteurs les interprétant dans CREED II. Jordan et Munteanu pouvaient certes faire semblant de s'envoyer des coups pour les besoins du film, mais Harris, malgré sa longue expérience, s'est dit bluffé par les heures d'entraînement et les efforts déployés par les acteurs pour parvenir à un tel résultat. "S'envoyer des coups, les esquiver et se souvenir des combinaisons d'attaques, répéter ces gestes, encore et encore, sans relâcher la pression – c'est un sacré boulot", dit-il. "Et il faut vraiment s'y consacrer totalement pour que le rendu soit réaliste à l'image".


LE MATCH DU SIÈCLE 
VIKTOR :
Et si tu dois y laisser ta peau…

ADONIS :
… j'y laisserai ma peau.

Jordan explique que lorsqu'il a découvert son partenaire, ennemi juré et adversaire Florian "Big Natsty" Munteanu, il s'est exclamé : "Dans quelle catégorie est-ce qu'on va se battre ? Il est gigantesque !" Pendant la pesée, Munteanu se souvient qu'ils étaient tous les deux conscients qu'ils allaient devoir travailler pour espérer se battre dans la catégorie poids lourd. "Je crois bien que Mike pesait environ 86 kg et qu'il faut peser au moins 90 kg pour être poids lourd", se rappelle Munteanu. "Il pesait 22 kg de moins que moi". Pour surmonter cet écart, Munteanu a dû perdre du poids et Jordan s'étoffer.

"Je n'ai sans doute jamais été aussi baraqué", note Jordan. "Je suis plus imposant que dans le premier CREED et BLACK PANTHER. Tout est affaire d'entraînement. Un boxeur doit avoir une certaine allure et peser un certain poids. Pour être à la hauteur, on a intensifié les exercices de cardio, en parallèle de l'entraînement à la boxe, ce qui représente un gros effort physique – sur un rythme de deux fois par jour, tous les jours pendant six semaines". Selon Hernandez, Jordan "était gonflé à bloc et tenait à s'entraîner comme un véritable athlète. Il a fait preuve d'un engagement total, en se soumettant à un entraînement délirant. On s'entraînait et on répétait les scènes de combat, côte à côte, jusqu'à ce que je lui dise : 'tu as besoin de faire une pause', et il se mettait alors à frapper dans un sac. Il travaillait sans cesse. Il ne s'arrêtait jamais".

Tout comme Jordan, Munteanu souhaitait, pendant la prépa, acquérir la force et l'endurance dont il aurait besoin pour les longues de tournage des scènes de boxe. "Il fallait que je sois baraqué, mais que je fasse fondre aussi ma graisse", note Munteanu. "Je campe le fils de Drago, si bien que je devais être intimidant physiquement, plus grand et plus imposant qu'Adonis. Je remplissais parfaitement ces critères. Je ne me suis jamais senti autant en forme". Boxeur professionnel, il ajoute que la capacité de concentration et l'éthique professionnelle qu'il a acquises étaient un atout. "Quand on est un sportif professionnel, il faut toujours de la détermination, de la concentration et beaucoup de travail. Chacun est responsable de son niveau, en fonction des efforts et de la concentration qu'il est prêt à consentir. Et pour un film comme celui-ci, il faut une sacrée concentration ! Je n'avais jamais vécu une expérience d'une telle intensité sur une aussi longue période auparavant. Il faut se souvenir des gestes, mais aussi exprimer toute une gamme d'émotions".

Pour un boxeur professionnel, habitué à asséner des coups et non à les retenir, l'apprentissage de la chorégraphie combats pour les besoins d'un tournage n'a rien d'évident. "Il s'agit de ne pas faire mal et d'esquiver les coups", indique Munteanu. "C'est différent d'un match de boxe". Jordan et Munteanu ont travaillé avec Hernandez et son équipe, dont Daniel Bernhardt et Don Theerathada faisaient partie. Ils ont ainsi progressé étape par étape, s'engageant dans ce que Jordan appelle un "ballet violent, une sorte de danse brutale que nous répétions jour après jour. C'était un entraînement extrêmement intensif, mais qui s'est avéré efficace".

S'il s'agit d'abord d'esquiver les coups, un match de cinéma se démarque d'un authentique affrontement sur le ring dans la mesure où il faut tendre les bras et asséner des frappes plus amples et plus longues – à l'inverse des gestes serrés et lents des vrais boxeurs. "Tout est une question de distance", précise Munteanu. "Bien évidemment, la distance pour un film est différente de celle requise pour un vrai match puisqu'il faut se positionner de sorte à éviter le contact avec l'adversaire. Il faut donc adapter son style".

Est-il un attaquant ? Ou est-il plutôt sur la défensive ? Comment bouge-t-il la tête ? Hernandez signale que grâce à son expérience, Munteanu était constamment prêt à l'attaque, si bien qu'il fallait faire en sorte d'atténuer ses coups et s'assurer que ses frappes ne blessent pas son adversaire. "Florian a très vite compris et a fait preuve d'une grande capacité d'écoute et de travail", note Hernandez. "Il n'avait pas d'ego et ne se la jouait pas parce qu'il était lui-même boxeur. Il est très ouvert et réceptif aux conseils qu'on lui donne, et il s'efforce de faire les choses bien". Le style de combat est ensuite une étape essentielle. Car c'est lui qui définit la "personnalité" du boxeur. Hernandez a fourni à Caple et aux comédiens de la documentation et leur a montré des images de son équipe pour qu'ils cernent bien les différentes phases d'un match.

Le chef-cascadeur indique que sa collaboration avec le réalisateur s'est révélée formidable dans la mesure où ils ont imaginé seize rounds différents. Caple tenait à ce que chacun d'entre eux ait sa propre "marque de fabrique" et s'intègre dans l'histoire, mêlant tactiques de combat et événements et entraînant le spectateur au cœur de l'action. "C'est un ballet violent, comme une sorte de chanson ou de chorégraphie", explique le réalisateur. "Il y a un début, puis l'action va crescendo jusqu'au point d'orgue, et redescend jusqu'à la fin. On a imaginé cet enchaînement pour chaque round et inscrit ce schéma au sein de la chorégraphie des combats".

Hernandez a travaillé avec chaque comédien, s'inspirant de ses propres talents et forces pour concevoir son style de boxe. Les acteurs ont également visionné des matchs de boxe et observé les techniques de boxeurs, puis regardé les films précédents de la saga afin d'étudier des styles de combat existants, à commencer par CREED afin de se pencher sur le style mis au point par Jordan. Après avoir travaillé séparément avec les deux principaux comédiens pour définir le rythme de la chorégraphie, Hernandez les a réunis afin qu'ils puissent élaborer ensemble le combat. Ils ont commencé par un round à six mouvements différents. "On a démarré très lentement, afin qu'ils puissent se connaître et se faire confiance, ce qui permet d'affiner le rythme et la cadence de la chorégraphie", rapporte le chef-cascadeur. "Au bout d'un moment, le mouvement devient très fluide. À partir de là, on peut prendre de la vitesse".

"La dimension psychologique et l'attitude à adopter viennent ensuite", reprend Jordan. "Au départ, il faut apprendre à se connaître, à nouer une certaine complicité, à se faire confiance sur le ring pour pouvoir envoyer des coups en étant très proches l'un de l'autre – et il faut avoir suffisamment confiance en l'autre pour savoir que ses coups sont assénés en fonction de ses propres mouvements et esquives, eux-mêmes en réaction aux frappes qu'on reçoit". Son partenaire renchérit : "C'est pour cela qu'il nous a fallu trois mois de préparation avant d'échafauder cette confiance entre nous. On voulait que le résultat soit réaliste. Il y avait beaucoup de choses à garder en tête, et il fallait constamment évaluer les distances. Et pour avoir l'air crédible, il fallait que je frappe de toutes mes forces – en frappant dans le vide, pas Michael". Munteanu a très bien su éviter son partenaire, sauf au cours du dernier round du match opposant Creed et Drago en Russie.

Après que Munteanu ait discuté avec Caple pour "se mettre dans le bon état d'esprit" en vue d'une scène très éprouvante psychologiquement, il est monté sur le ring et le coup qu'il était censé asséner – un redoutable crochet gauche – a atteint Jordan. "J'ai plongé mon regard dans celui de Florian", raconte Jordan, "et je me suis dit : 'Il n'est plus là ! Bon Dieu, ce n'est plus lui !' Je hurlais intérieurement : 'Florian, c'est moi, c'est Mike ! Mais le coup est parti et je l'ai contré. Peu importe que je le contre ou pas car il est très fort et – Boum ! – je me le suis pris et je l'ai senti ! Ça m'a rappelé quelque chose. Je savais que c'était un moment très fort pour Florian : c'est un acteur débutant et il puisait dans des émotions dans lesquelles il n'avait jamais puisé auparavant. Je sais ce que c'est. J'étais très fier de lui, parce que je savais qu'il était naturel. C'est très jouissif pour un acteur de jouer une scène en lâchant prise comme ça".

Mais pour faire partie de ce club très fermé, ce sacrifice en valait la peine. "Personne ne sait ce que c'est avant d'avoir vécu une telle expérience", note Jordan. "Je ne parle pas seulement de la scène en tant que telle. Je parle aussi de tout le dispositif : l'entraînement, les longues journées de tournage où on boxe sans arrêt, la répétition de la chorégraphie, les coups qu'on se prend tous les jours. Très peu de gens vivent ça. C'est un club très fermé. Et Flo est maintenant comme mon frère".

D'UNE GÉNÉRATION À L'AUTRE

DRAGO :
Tout a changé ce soir-là.

ROCKY :
C'était il y a très longtemps…

DRAGO :
…Pour moi, c'était hier.

Stallone explique que pendant que Lundgren et lui observaient Jordan et Munteanu se préparer au combat, le comédien suédois lui a rappelé l'entraînement qu'ils avaient suivi pour le tournage du match spectaculaire de ROCKY IV. "Je ne me rendais pas compte que cette scène, qu'on répétait plusieurs fois par jour, était aussi extraordinaire", relate Stallone. "On s'est entraînés pendant six mois, à raison de deux fois par jour, pour notre match. J'avais oublié, mais comme Dolph est un petit génie des maths" – Lundgren a un Master en ingénierie chimique et a obtenu une bourse Fullbright pour intégrer le MIT –"il m'a rappelé toutes les heures qu'on y a consacrées, et les mois de préparation et de répétitions. On faisait une heure de muscu et une heure de boxe le matin, puis de nouveau l'après-midi. C'était un vrai challenge. Je lui ai demandé comment on avait bien pu réussir un truc pareil. Du coup, c'était fantastique de voir Adonis et Viktor Drago, qui incarnent la nouvelle génération, reprendre le flambeau. Ce match-là a la même intensité que celui qu'on disputait à l'époque – il est peut-être plus spectaculaire encore".

Et l'intensité était bien au rendez-vous quand on sait que Stallone a fini en unité de soins intensifs en tournant ROCKY IV, après avoir dirigé Lundgren pour qu'il l'affronte réellement. Ce dernier, qui venait de disputer plusieurs championnats de karaté en Australie et en Suède, a envoyé un uppercut dans la poitrine de Stallone avec une telle force que son cœur a été comprimé contre sa cage thoracique. Transporté par avion depuis le plateau de Vancouver, Stallone a été hospitalisé à Los Angeles pendant huit jours.

Dans CREED II, les deux vieux adversaires sont dans les coins, pas au milieu du ring – même s'ils continuent de se jauger. Et ce n'est pas parce qu'ils sont sur la ligne de touche que Stallone, 72 ans, et Lundgren, 61 ans, sont trop vieux pour s'affronter. "Si on demandait à Sly de monter sur le ring avec Dolph, ils seraient sans doute capables de boxer pendant une douzaine de rounds, sans problème", signale Hernandez. "Ils n'ont jamais perdu leur éthique professionnelle. Ils ont toujours été en grande forme, ont travaillé dur, et ça se voit".


AU CŒUR DE L'ENFER
ROCKY :
Tu veux retourner en enfer, alors autant t'y habituer tout de suite.

Tandis que l'effervescence s'intensifie autour d'un nouveau match entre Creed et Drago et qu'Adonis ressent une pression de plus en plus forte, Rocky sait qu'il est temps de revenir à l'essentiel : il ne faut plus se laisser distraire par le superflu et se rendre là où Adonis peut affronter et vaincre ses démons intérieurs. Un endroit où "les gens meurent pour mieux renaître" : il s'agit de Purgatoria El Box, un camp d'entraînement des plus rudimentaires pour que les boxeurs se retrouvent face à eux-mêmes dans le cadre aride et désertique de la Vallée de la Mort.

C'est là qu'Adonis, débarrassé de ses gants et contraint de puiser au fond de lui-même pour trouver le boxeur qui sommeille en lui, doit taper dans des pneus et des sacs tachés de sang, frapper le sol avec une masse, et courir le long d'une route à l'asphalte brûlant. Au bout de dix semaines de tournage à Philadelphie, Caple, Jordan, Stallone et l'équipe technique se sont rendus à Deming, au Nouveau-Mexique (qui a campé la Vallée de la Mort) pour tourner les scènes se déroulant dans le désert. "Quand on a quitté Philadelphie et qu'on a débarqué en plein désert du Nouveau-Mexique, on avait le sentiment de plonger au cœur des ténèbres", raconte le directeur de la photo Kramer Morgenthau, en riant. "Dans le scénario, on est censés terminer le tournage dans un lieu appelé 'purgatoire'. Rocky emmène Adonis dans ce campement rudimentaire, dans un trou totalement paumé, afin qu'il soit fin prêt pour son match contre Viktor".

Autant dire qu'il s'agissait d'un bouleversement majeur pour une équipe qui venait de passer six mois, depuis janvier 2018, à tourner en extérieurs sous des températures glaciales, ou dans des salles de sport, des hôpitaux, des appartements et les studios de SunCenter à Aston, en Pennsylvanie. Situé à deux heures de route d'El Paso, au Texas, sur l'autoroute I-10 bordant la frontière américano-mexicaine, la ville de Deming était le site idéal pour le campement de Purgatoria El Box et sa région digne de l'enfer.

Le passage des espaces urbains et des salles de sport encombrées aux paysages désertiques du sud-ouest américain distingue CREED II des précédents films de la saga. "Les séquences de montage d'entraînement font partie de la légende de ROCKY", affirme Caple. "Il est important qu'elles soient filmées d'une certaine manière. Dans la boxe, on est confronté à son adversaire, mais en réalité, on est surtout confronté à soi-même. On y fait allusion dans la séquence de montage".

Le paysage désolé et la solitude d'Adonis renforcent non seulement l'isolement total d'Adonis, qui fait partie de la trajectoire d'un boxeur, mais ils enrichissent encore à l'iconographie de la saga. "C'est génial de trouver de nouveaux moyens de renouveler cette iconographie", indique le chef-opérateur. "C'est, à mon avis, le rêve de tout directeur de la photo de collaborer à un film de boxe car il s'agit d'un sport très visuel". L'image d'Adonis en train de boxer contre un adversaire imaginaire au clair de lune, éclairé par les flammes vacillant derrière lui, illustre les propos de Morgenthau. "Parfois, il faut affronter le feu avant de voir ce qui compte vraiment", signale Jordan. "Adonis a besoin de passer par là. C'est celui qui en veut le plus qui gagne".


LE STYLE VISUEL
ROCKY :
Il faut parfois revenir à l'essentiel.

Pour l'esthétique du film, Steven Caple a été marqué par l'atmosphère visuelle du premier opus. Le style réaliste et sans concession de CREED était en soi un hommage au ROCKY de 1976. Pour ce nouveau chapitre, le réalisateur a collaboré avec le directeur de la photo Kramer Morgenthau, le chef-décorateur Franco-Giacomo Carbone, le directeur artistique Jesse Rosenthal et la chef-costumière Lizz Wolf afin de mettre au point une esthétique alliant des clairs obscurs et des ombres aux éclairages contrastés des matchs-exhibitions.

"Avec Steven, on voulait vraiment trouver notre propre style tout en restant fidèle à l'esthétique imaginée par Ryan et Maryse", indique le chef-opérateur. "Steven vient du cinéma indépendant et souhaitait que le film soit réaliste, avec de la matière, des premiers plans très riches, et une grande proximité avec les personnages". Caple tenait à multiplier les mouvements de caméra et les cadrages et à utiliser toute la gamme chromatique pour définir la tonalité d'ensemble et mettre en valeur les scènes d'action. Il a abordé l'esthétique de chaque plan, comme il a l'a fait s'agissant de la chorégraphie des combats avec les acteurs et Hernandez : il a mis à profit les angles de caméra, le cadre, le rythme et les mouvements d'appareil pour rehausser l'impact dramaturgique ou ajouter du sens à une scène. Dans son approche pragmatique, Caple utilise le jeu des matières, la variété des points de vue et le son pour plonger le spectateur au cœur des événements vécus par les spectateurs.

Par exemple, on voit Bianca, à proximité du ring, observer Adonis qui encaisse coup retentissant après coup retentissant. Quand elle éteint son appareil auditif qui fonctionne mal, Caple adopte le point de vue de Bianca et le bruit assourdissant cesse soudain : la plongée brutale dans le silence ne fait que souligner la violence de chaque coup du combat auquel elle assiste.

L'intrigue de CREED II se déroule aux quatre coins du monde, de Philadelphie à New York, de Los Angeles à Las Vegas, de Moscou à l'Ukraine, en passant par la Vallée de la Mort. L'une des plus grandes difficultés pour une équipe de production s'attelant à un film se déroulant dans plusieurs lieux consiste à trouver la plupart des décors à proximité du studio ou de la ville où se concentre l'action. En ce qui concerne la saga ROCKY, la ville en question est Philadelphie, en Pennsylvanie. "On a eu la chance de trouver des décors qui nous ont permis de rester essentiellement au même endroit – à Philadelphie, ville natale de Rocky", précise Morgenthau. "Les habitants de Philadelphie sont adorables et sont fous de leur fils spirituel, Rocky Balboa".

Les spectateurs reconnaîtront plusieurs sites – qu'il s'agisse de maisons, bâtiments, magasins, monuments et autres lieux. "On s'est servi de pas mal de lieux du premier ROCKY, et de certains découverts dans ROCKY BALBOA et CREED", indique la régisseuse d'extérieurs Patricia Taggart. "Il y a pas mal de sites emblématiques dans ce film, devenus reconnaissables du public et des touristes qui viennent les voir. Je pense à des endroits comme le Victor Café, la maison de Rocky à South Philly [au sud de la ville, NdT], le marché italien et, bien entendu, les célèbres marches du Philadelphia Museum of Art. Je ne vois pas d'autre personnage aussi étroitement associé à une ville que Rocky Balboa avec Philadelphie". Pendant le tournage du premier opus, le jeune acteur et l'équipe technique étaient sidérés par les réactions suscitées par le passage de Stallone. "Ils criaient 'Rocky', plus encore que 'Sly'", raconte Jordan. "C'est totalement surréaliste ! Il y a même une statue – représentant un homme dans le rôle d'un personnage de fiction – érigée devant le musée, et les visiteurs du monde entier se prennent en photo avec elle". La statue de Rocky, représentant Rocky Balboa les bras levés en signe de triomphe, est devenue l'un des sites touristiques de Philadelphie les plus populaires. Elle avait d'abord été utilisée dans ROCKY III, comme accessoire au sommet des 72 marches de l'escalier du musée. En 1982, Stallone a confié au sculpteur A. Thomas Schomberg la mission de créer, pour les besoins du film, la fameuse statue en bronze : par la suite, celle-ci a été offerte à la ville. La statue de Rocky a d'abord été posée en haut de l'escalier – les "Rocky Steps", comme on les appelle dans le monde entier –, puis elle a été déplacée à l'entrée du Spectrum où elle restée jusqu'en 2002. Elle revient au musée en 2006 où elle fixée sur un piédestal à droite de l'escalier, sur Benjamin Franklin Parkway, à proximité de Logan Square.

Entretemps, les "Rocky Steps" ont continué d'attirer les touristes, avec ou sans l'effigie de Rocky au sommet. Tous les jours, quelle que soit la météo, des dizaines de gens arpentent l'escalier, en marchant, en courant ou en piquant un sprint, et lèvent les bras une fois parvenus au sommet.

"Philadelphie est une ville totalement à part – c'est là que tout a commencé", précise Stallone. "Je joue aussi le personnage de Rambo depuis des années, et on m'associe avec lui, mais en ce qui concerne Rocky, c'est encore autre chose. Il représente monsieur tout-le-monde, l'outsider qui tente de relever un défi, et les habitants de Philadelphie l'ont adopté d'une manière incroyable. Je crois même que si Rocky Balboa se présentait aux municipales, il serait élu maire de Philadelphie".

Dans CREED II, on aperçoit à quelques reprises la statue de Rocky et l'escalier, notamment lorsque Ivan et Viktor Drago, qui viennent de débarquer, surveillent le célèbre site consacré à leur adversaire. Quand Rocky refuse d'entraîner son protégé pour le match, Adonis et Bianca s'installent à Los Angeles où celle-ci peut enregistrer son disque. Au volant, Adonis jette un œil à la ville qui défile, et aperçoit les "Rocky Steps" et la statue. "Ces sites emblématiques orientent largement le style du film et possèdent leur propre langage visuel", déclare Morgenthau. "Par moments, on en a repris les codes visuels, et à d'autres moments, on s'en est éloignés".

Le Victor Café, restaurant italien situé sur Dickinson Street à South Philly, n'a pas nécessité d'importants aménagements pour devenir Adrian's, bar et restaurant de Rocky, d'abord aperçu dans ROCKY BALBOA. Max's Cheesesteaks, sur Germantown Avenue (également à South Philly), est un lieu chargé de symboles pour Bianca et Adonis car leur premier rendez-vous amoureux a eu lieu à l'Eagle Bar, jouxtant le restaurant. Dans CREED II, c'est aussi là qu'ils aperçoivent, à la télévision du bar, Drago et l'entendent défier Adonis. Quant à la maison de Rocky, au 2504 Federal Street, à South Philadelphia, elle est aussi devenue un site touristique pour les fans de la saga.

Certains spectateurs reconnaîtront deux salles de sports. À commencer par Little Duke's Gym, où Apollo Creed s'entraînait autrefois et où Adonis, dans le premier opus, fait la connaissance de Danny "Stuntman" Wheeler et doit lui céder sa Mustang adorée suite à un pari impulsif… puis la gagne à nouveau – avec son titre de champion poids lourd – au début de CREED II. On aperçoit aussi le Front Street Gym dans le quartier de Kensington, à North Philly [au nord de la ville, NdT], où Rocky entraîne Adonis. C'est un autre site emblématique pour tous ceux qui recherchent authenticité et cachet. De vieux pots de peinture sont suspendus au plafond pour colmater les fuites d'eau, d'énormes sacs de frappe sont réunis par du chatterton et se balancent le long de chaînes rouillées, elles-mêmes fixées à des planches qui parcourent le plafond. Et la salle n'a guère changé depuis longtemps…

La production a été ravie de dénicher de nombreux décors, très différents, dans la région de Philadelphie, permettant d'y tourner des scènes se déroulant en Russie, en Ukraine, à Las Vegas et à Los Angeles.

La production a souvent utilisé un motif visuel récurrent dans la saga : la silhouette de Rocky ou d'Adonis, évocatrice d'émotions diverses, en fonction de la scène. "L'iconographie de la silhouette de Rocky est très identifiable pour les gens", reprend le chef-opérateur. Celui-ci a d'ailleurs souvent utilisé des silhouettes, des projecteurs, et des clairs obscurs pour souligner l'état d'esprit des personnages.

"On s'est servi des silhouettes pour montrer la solitude de Rocky et le sentiment d'isolement d'Adonis", poursuit-il. "Concernant Adonis, on tenait à évoquer sa vulnérabilité et le fait qu'il vive dans l'ombre de son père, si bien qu'on l'a filmé, en silhouette, sur de vastes arrière-plans et des fresques murales d'Apollo. C'est ce qui nous a permis d'indiquer visuellement le poids de l'hérédité qui pèse sur ses épaules, et la pression qu'il ressent – lui, le fils d'une légende de la boxe – pour être à la hauteur des attentes".

"Tous les jours, Steven et Kramer tournaient au moins un ou deux plans qui me laissaient bouche bée d'admiration", signale Chartoff. "Ils en disaient bien plus que ce que les personnages exprimaient à l'image". Comme dans cette scène où Adonis se gare devant chez Little Duke's, descend de sa voiture et entre dans la salle. Mais le sous-texte est ici très éloquent : Adonis vient de battre Wheeler, entraîné par Little Duke, pour remporter le titre de champion poids lourd ; il est venu à Philadelphie pour s'entraîner avec Rocky, et non Little Duke, lui-même fils de l'ancien coach d'Apollo, Duke, qui fait partie de la "famille" du champion décédé… et désormais, Adonis a besoin de l'aide de Little Duke puisque Rocky lui a refusé la sienne.

C'est ainsi que Caple et Morgenthau filment cette scène qui pourrait sembler inutile, mais qui permet de camper le parcours d'Adonis en images. Une fois que celui-ci s'est garé, il reste dans la voiture et la caméra s'introduit dans l'habitacle, juste derrière lui. Hésitant à pousser la porte de la salle de sport, Adonis regarde autour de lui et on aperçoit alors ses yeux – cadrés dans le rétroviseur – qui regardent fixement à travers le pare-brises : il s'agit d'une immense fresque murale d'Apollo Creed que distingue le spectateur à son tour.

Le style visuel des scènes familiales – réunissant Adonis, Bianca et leur bébé – possède une tonalité différente. "C'était fondamental pour Steven de cerner la proximité de cette petite famille, de montrer leurs moments d'intimité et de faire en sorte que la caméra soit aussi discrète que possible", analyse le chef-opérateur. "La palette de couleurs est plus chaleureuse et la caméra est immobile, comme si le spectateur était dans la pièce et observait ces moments d'intimité, et ces jeunes parents découvrant leur nouveau-né". Pour Caple, ces passages cadrés en plans fixes offrent un instant de répit et tranchent avec les scènes riches en émotions, captées par une caméra extrêmement mobile. Par conséquent, on ressent, tout comme Adonis et les autres personnages, l'alternance entre des pics d'angoisse et de stress et des moments plus doux et plus sereins.

À l'inverse, le réalisateur souhaitait multiplier les angles de prises de vue "subjectifs" pour les scènes d'action et de suspense, à l'instar des séquences de boxes, afin de plonger le spectateur au cœur de l'action. "Pour ces scènes-là, on a utilisé tous les dispositifs de prises de vue imaginables", précise Morgenthau. "On a eu recours à une grue télescopique, un cardan, des Dollys… On a même utilisé des drones et des caméras spéciales pour filmer le ring en plongée. On a aussi beaucoup filmé caméra à l'épaule. Bref, je crois bien qu'on a fait appel à toutes les options de prises de vue ! On est vraiment allés dans toutes les directions possibles pour ce film".

Le réalisateur souhaitait ralentir l'action à certains moments des matchs pour souligner les coups physiques et affectifs de ce "ballet violent". Morgenthau s'est alors servi de la caméra Arriflex Arri Alexa, équipée d'objectifs Panavision, mais aussi de la Phantom à haute vitesse permettant de filmer à 1000 images par seconde. De nombreuses scènes ont par ailleurs été tournées à 120 images par seconde. Les scènes de boxe ont été soigneusement préparées à l'avance : les différentes phases qui les composent ont chacune leur propre style, mais se fondent harmonieusement dans la palette de couleurs associée à telle ou telle ambiance.

"Tout d'abord, les sorties de ring des boxeurs étaient très importantes aux yeux de Steven, si bien que nous avons fait pas mal de recherches pour savoir à quoi ressemblaient les vrais matchs, et on a conçu ces sorties de ring en fonction de la personnalité des personnages", ajoute le directeur de la photo. "Quand ils sont au tapis, outre l'éclairage du ring, on a travaillé sur les éclairages autour du ring qui permettent d'obtenir l'atmosphère recherchée".

Caple souhaitait que les éclairages dynamiques utilisés pour les matchs traduisent les émotions de la scène, si bien qu'il s'est lancé dans des recherches avec son chef-opérateur. Quand le réalisateur a découvert, au cours d'un match disputé par Klitschko, un ring transformé en cage et traversé de rayons de lumière, il a souhaité un dispositif similaire. Il a soumis l'idée au concepteur éclairages John Duncan Jr., habitant Philadelphie, et celui-ci a imaginé les éclairages utilisés autour du ring et au sol de l'arène pendant les matchs. "On s'est inspiré de ce que j'avais vu et on a conçu notre propre éclairage : on a le sentiment que les rayons de lumière encerclent le ring en tombant du plafond comme des colonnes", signale le réalisateur. "On dirait une cage et j'ai été surpris par la force et la dimension spectaculaire du résultat, et par la manière dont ce dispositif souligne l'émotion de la scène à plusieurs égards".

"C'est très impressionnant d'observer deux individus qui s'affrontent de manière bestiale, mais avec un sens artistique indéniable – et cela résume très bien la boxe", affirme Chartoff. "C'est un spectacle fascinant". Lundgren intervient : "Quand on a deux types sur un ring, on a l'impression de remonter à la Rome antique et aux combats se déroulant au Colisée. Il s'agit d'une forme de combat à la vie à la mort qu'on encadre par des règles, puis qu'on laisse se dérouler. On peut tous se reconnaître dans une lutte pour la survie et la volonté de trouver sa place dans le monde. La boxe est une métaphore de la survie".

Mais comme le précise Jordan, CREED II aborde cette thématique, mais aussi les trajectoires de Rocky, Adonis, Bianca et Mary Anne qui sont si chères aux spectateurs du monde entier. "On retrouve une histoire d'amour, l'importance de la famille, les scènes d'action, les matchs de boxe et, au fond, l'itinéraire d'un outsider", conclut l'acteur. "Adonis est encore en train d'apprendre et de mûrir, si bien qu'il s'agit d'un film crucial pour son personnage. C'est assez exaltant".

Source et copyright des textes des notes de production @ Warner Bros. France

  
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