mercredi 29 juillet 2020

THE VIGIL


Épouvante-horreur/Efficace dans ses moments d'angoisse

Réalisé par Keith Thomas
Avec Dave DavisMenashe Lustig, Malky Goldman, Lynn Cohen, Fred Melamed, Ronald Cohen...

Long-métrage Américain
Durée : 01h28mn
Année de production : 2019
Distributeur : Wild Bunch

Date de sortie sur nos écrans : 29 juillet 2020


Résumé : New York, Brooklyn. Après avoir fui sa communauté juive orthodoxe, Yakov accepte contre son gré d'assurer la veillée funèbre d'un membre décédé de celle-ci. Désormais seul avec le corps dans une maison délabrée, il se retrouve confronté à des phénomènes étranges et de plus en plus inquiétants…

Bande-annonce (VOSTFR)


Extrait - « Veilleur de nuit »


Ce que j'en ai pensé : THE VIGIL était présenté en compétition lors du 27ème Festival International du Film Fantastique de Gérardmer.


Il faut signaler que Keith Thomas est pour la première fois scénariste et réalisateur avec ce long-métrage. THE VIGIL est produit par Blumhouse Productions, il faut donc s'attendre à des sursauts et des scènes qui font grincer les dents.

À la réalisation, Keith Thomas fait un bon travail pour modifier l'ambiance de vie réelle de son long-métrage vers une atmosphère lourde de dangers tapis dans l'ombre. Il fait une virée dans le fantastique en se basant sur une pratique religieuse qui consiste à veiller les morts tout en priant pour eux. Sa mise en scène intègre les éléments modernes sans pour autant impacter le cadre vieillot et inquiétant qui entoure le héros de cette histoire. 

Keith Thomas, le réalisateur du film THE VIGIL

Mais, alors qu'il construit la tension de façon continue, il est dommage qu'il la relâche par des flash-back ou une scène extérieure. Le spectateur a alors du mal à revenir au point de tension précédent. Cette sensation en dents de scie provoque quelques ralentissements et, de ce fait, des longueurs. 

Pourtant, Keith Thomas, qui a également écrit le scénario de ce film, veille à ce que le traitement qui mélange aspects culturels, culpabilité du survivant et croyances démoniaques, soit convaincant dans l'ensemble. Seule la résolution finale manque un peu de force, on serait attendu à un moment plus intense. La musique du compositeur Michael Yezerski vient renforcer les moments d'angoisse de façon adéquate.

Dave Davis interprète Yakov Ronen. Victime d'un événement extrêmement traumatisant, Yakov est en rupture avec ses croyances. L'acteur a une bonne bouille qui le rend immédiatement sympathique. Il fait bien ressortir la fragilité de ce jeune homme et le stress qui le transperce. 

Lynn Cohen interprète une Mrs. Litvak étrange et flippante. Menashe Lustig interprète Reb Shulem, un lien pour le héros vers sa communauté. Malky Goldman interprète Sarah, une ouverture vers un possible futur pour Yakov.

THE VIGIL a le mérite de bien poser son contexte, de rester centrer sur son sujet et d'assurer quelques bons moments d'angoisse. Il manque d'intensité de bout en bout pour se distinguer en tant que film d'horreur, mais demeure sympathique quand on aime avoir peur au cinéma. 

NOTES DE PRODUCTION
(À ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

Entretien avec le scénariste et réalisateur KEITH THOMAS 

Racontez-nous la genèse de THE VIGIL ? 

J’ai toujours su que je voulais faire un film d’horreur. C’est le genre que j’aime le plus, celui avec lequel je m’identifie le plus. Mais je voulais faire un film d’horreur comme je n’en avais jamais vu. En cherchant quel angle je pourrais prendre, je me suis aperçu que je n’avais jamais vraiment vu de film d’horreur au concept basé sur la religion juive - en tous les cas, pas totalement basé là-dessus. Il y a quelques films avec des éléments bibliques ou un personnage de rabbin, mais rien qui ne soit dans ce monde-là ou qui ne vienne de ce monde-là. J’ai écrit le scénario et j’étais prêt à le tourner moi-même. Mais mon manager m’a mis en contact avec les producteurs Raphael Margules et JD Lifschitz chez Boulderlight Pictures. Il m’a dit que si une boîte allait produire le film, ce serait eux. Il avait raison. 

Comment avez-vous trouvé votre histoire ? D’où vient-elle ? 

C’est une histoire très personnelle, en fait. Quand je cherchais quel élément de la culture juive pourrait être adapté en film d’horreur, j’ai réalisé que personne n’avait encore fait de film sur un « shomer », celui qui veille et surveille les morts la nuit d’avant les funérailles permettant l’élévation et la protection de l’âme du défunt grâce à ses prières. Ça m’apparaissait fou que personne n’ait fait un film avec un tel concept. 

Je savais donc que je devais avoir un Shomer seul avec un cadavre toute une nuit. Je savais que ça devait avoir une unité de lieu, que ça devait se dérouler en temps réel. Je savais que ça allait créer de la tension. Restait à définir la menace elle-même. 

Il fallait que le démon soit lui aussi issu de la culture juive. Il m’a fallu beaucoup de recherches pour trouver le Mazik. Je l’ai trouvé dans des textes rabbiniques, des études talmudiques. C’est un démon censé habiter les endroits abandonnés. Il est plutôt obscur. En fait, dans la communauté hassidique, le terme « mazik » est utilisé pour définir les enfants turbulents, genre : « C’est un mazik, ce gamin ». Je suis revenu à la définition d’origine, ce démon destructeur que l’on trouve dans certains textes. 

Vous avez raison, il y a peu de démons dans la religion juive. En fait, le concept d’Enfer est totalement différent de celui développé dans le christianisme. 

Il n’y a même pas vraiment d’Enfer dans la religion juive - en tout cas, pas dans le concept chrétien du terme. Il n’y a même pas de Diable, encore moins de démon. Il n’y a donc pas cette écurie de créatures diaboliques que l’on trouve dans la religion chrétienne. C’est donc plus difficile pour créer de la "judé-horreur". J’ai dû concentrer mes recherches sur une période très lointaine, il y a des centaines d’années, quand la frontière entre religion et superstition était ténue.J’ai parlé avec un rabbin spécialiste de démonologie juive, surtout dans la tradition d’Europe de l’Est avant la 2nde Guerre Mondiale. Il avait toute une liste de démons. Mais ce n’était pas des démons bien dangereux. Des petits démons si vous voulez, du genre à mettre la pagaille dans votre maison, à vous causer des petits tracas… Mais ils n’étaient pas vraiment maléfiques. Ils étaient plus des nuisances qu’autre chose. C’était intéressant. 

C’est vrai qu’en fait le concept du mal dans la religion juive est bien différent de ce qu’on a l’habitude de voir dans la culture populaire. Comment avez-vous transformé ça en thème de film d’horreur ? 

Pour moi, la peur au cinéma ne marche que si elle trouve ses racines dans une horreur personnelle. Donc, quand je décide d’utiliser le Mazik, il fallait qu’il soit totalement en rapport avec le personnage principal, qu’il soit le reflet du personnage principal et de ses problèmes. J’ai fait un film sur le traumatisme et la peur qui habitent mon personnage et qui se manifestent à travers ce démon. L’aventure que l’on va vivre est une aventure intérieure. Il n’y a pas de poignard spécial ou de prières particulières qui vont mettre le démon à terre. La seule façon de le combattre, c’est d’affronter ses propres problèmes, ses propres… démons. 

Pourquoi avoir introduit le thème de la Shoah dans le film ? 

Au début, j’ai hésité à ajouter le thème de la Shoah dans THE VIGIL. Comment montrer la Shoah ? Comment l’inclure dans mon histoire ? Une fois que j’ai trouvé la réponse à cette question, une fois que j’ai compris que je pouvais garder les références à l’Holocauste en les inscrivant dans l’histoire du défunt, Mr. Litvak, en restant sur une seule atrocité, ça me semblait une évidence. Ça devait faire partie de l’histoire. Mais je ne voulais pas installer de comparaison entre les tragédies de Yakov et de Mr. Litvak. Mais je veux montrer que n’importe quel traumatisme, quel que soit son échelle, peut nous handicaper à vie. Il faut avant tout essayer de le surmonter pour avancer. 

Il n’y a pas de comparaison, c’est vrai, mais ce que disent ces 2 flashbacks, c’est que le pire démon de cette histoire, c’est l’antisémitisme, et il est toujours aussi présent. Je suppose que c’était aussi votre intention ? 

Oui, bien sûr… Ce qui arrive au frère de Yakov est inspiré d’un épisode que j’ai vécu à New York, un gamin orthodoxe attaqué dans la rue. Ils ne lui ont pas coupé les papillotes, mais ils l’ont bien harcelé. C’est resté en moi. Je vivais à New York, l’endroit que je croyais le plus ouvert au monde, et voilà que j’assistais à ça. Donc, quand j’ai dû créer l’histoire de mon personnage, c’est ce que j’ai choisi de montrer. Et ces deux dernières années, c’est de pire en pire. C’est donc encore plus pertinent aujourd’hui. 

Savez-vous si la communauté Hassidique a vu le film ? Avez-vous eu des réactions de leur part ? 

A part l’acteur Menashé Lustig qui est dans le film, je ne sais pas si quelqu’un dans la communauté a vu le film. Je sais que des proches de la communauté l’ont vu et ont aimé le film. Je serai vraiment curieux d’avoir leur reaction, mais ils ne vont jamais au cinéma. Ce n’est pas une communauté séculière. 

Mais on a tourné le film dans leur quartier, à Williamsburgh, à Borough Park et je voulais absolument qu’on s’affirme comme un vrai tournage. Je n’avais pas envie d’utiliser des petites caméras pour ne pas embêter. On a utilisé une grue, plus de 30 mètres de travelling… C’était un vrai tournage de film. Je ne voulais rien faire en cachette. Du coup, beaucoup de membres de la communauté sont venus nous parler. Ils voulaient savoir pourquoi on était là, ce qu’on tournait, etc. Une nuit, il devait être 2h du matin, 150 hassidiques ont entouré le tournage pour savoir ce qu’on faisait. Je n’étais pas inquiet, mais bon, ça faisait quand même beaucoup de monde. Parmi eux, il y avait des rabbins qui leur ont parlé pour leur expliquer ce qu’était le film, ce qu’on faisait, leur dire qu’on ne se moquait pas de la communauté. Et il n’y a pas eu de souci. Ils ont juste regardé. Ils étaient juste curieux. Mais personne n’a dit qu’ils iraient voir le film. Ils étaient curieux de la façon dont on faisait le film, pas du film lui-même. 

Le film est rempli de références à L’Exorciste. 

L’Exorciste est un film que j’adore et qui me fascine. Mais quand je l’ai vu, gamin, toutes les références religieuses m’échappaient, je ne comprenais pas tout. Toutes les prières en latin, les "outils" utilisés par l’exorciste, tout ça m’échappait complètement. Mais je comprenais ce qu’il se passait. Je voulais faire la même chose avec THE VIGIL. Je voulais que toutes les prières, tous les textes en hébreu, toutes les références religieuses soient juste. Mais, comme ce fut mon cas quand j’ai vu L’Exorciste gamin, vous n’avez pas besoin de savoir exactement de quoi il s’agit pour comprendre ce qu’il se passe, pour suivre le film. L’Exorciste est donc une grosse influence, mais il y a aussi L’Échelle de Jacob d’Adrian Lyne ou le Possession de Zulawski aussi. Et bien entendu tous les films d’horreur qui ont influencé ma cinéphilie. Ils sont tous là, d’une façon ou d’une autre. 

On passe une bonne partie du film à l’intérieur de cette maison si new-yorkaise. L’idée est clairement de nous enfermer avec Yakov dans la maison, c’est ça ? 

Pour être tout à fait honnête, le fait d’être coincé dans la maison me permettait de garder un contrôle, même relatif, sur tout ce qu’il se passait. Une fois qu’on est dans la maison, je pensais pouvoir plus ou moins tout diriger. Mais ça soulevait une autre question : comment garder la maison intéressante ? J’ai donc essayé de créer un monde en soi dans la maison. La pièce de devant avec le cadavre, la cuisine, l’étage, j’ai essayé de différencier tout ça en jouant sur les couleurs, le look, la lumière, le son… Chaque pièce avait son approche conceptuelle. On a beaucoup travaillé sur ça en pré-production. L’idée était de donner plus d’ampleur au film, que ce soit plus que "juste" un gars coincé dans une maison toute une nuit avec un cadavre. 

Ça explique aussi vos mouvements de camera, que vous soignez particulièrement. 

On a travaillé 2 semaines avec Zach Kuperstein, mon directeur de la photo, sur tous les placements et mouvements de caméra. Je ne voulais pas de caméra portée pour ce film. Je voulais que la caméra rôde dans la maison. Je voulais qu’elle bouge comme un chat. Elle est la plupart du temps sur un traveling. Il fallait créer une sorte de chorégraphie pour que notre acteur Dave se faufile entre les rails du traveling disposés dans la maison. On a aussi essayé de tourner le plus possible en plan sequence, histoire de laisser le temps à Dave de construire sa performance et de laisser l’angoisse monter. On a donc beaucoup travaillé à l’avance pour préparer tout ça. J’ai tout storyboardé, puis tout "photoboardé" une semaine avant le tournage. Ainsi nous avions une sorte de flip-book qui nous servait de guide sur le tournage. Tout était prêt avant même le premier « Action ! ». 

Le cinéma fantastique est aujourd’hui très influencé par le style instauré par la saga Insidious. Avez-vous essayé d’aller contre ça ? 

Non, pas vraiment. Je voulais utiliser tous les moyens possibles pour créer la peur. Pas de problème pour la "peur-surprise", que les gens connaissent bien, avec un truc qui saute sur la caméra et la musique poussée à fond. J’essaye aussi la peur plus subtile. Je voulais toutes les peurs possibles pour effrayer le plus de public possible. Certains n’en peuvent plus des "peurs-surprises", ils préfèrent l’effroi plus psychologique. Je voulais les avoir de mon côté aussi. 

En même temps, je regarde beaucoup de films fantastiques, j’ai un peu l’impression d’avoir tout vu au niveau de la peur à l’écran. J’avais donc envie d’essayer de nouvelles choses. Pour moi, l’intérêt de l’effet de peur se situe dans sa construction. La tension qui précède la peur est ce qui m’intéresse le plus. J’ai donc essayé de faire trainer ça le plus longtemps possible histoire de garder le public mal à l’aise le plus longtemps possible avant la catharsis de l’effet horrifique. Je voulais que le public soit dans la peau du personnage principal, qu’il ait l’impression d’être dans la pièce avec lui. 

Pour que ça marche, il faut que l’identification opère. Et pour ça, il faut l’acteur à la hauteur. Comment avez-vous choisi Dave Davies ? 

Trouvez Dave, ça a été un vrai miracle. Quand j’écrivais le scénario, dans ma tête, le personnage de Yakov ressemblait à Dave Davis. Quand on a commencé le casting, on a d’abord cherché un acteur qui parle yiddish et qui vient de cette communauté. Il nous semblait logique d’avoir quelqu’un qui comprenait ces prières, quelqu’un qui les récitait comme les Hassidiques les récitent, quelqu’un qui connaissait ce monde. On a donc auditionné beaucoup d’acteurs qui venait de cette communauté, qui l’ont quitté pour vivre une vie plus séculière. Certains d’entre eux sont d’ailleurs dans le film dans d’autres rôles. Ils étaient super, mais aucun n’avait le truc qui était dans ma tête et qui faisait mon Yakov. 

J’ai donc fait une pause dans mon casting pendant quelques jours. Et pendant cette pause, j’ai vu sur Netflix, Bomb City, un film sur un punk assassiné au Texas dans les années 80. Dave Davis est la star du film. Il y porte une mohawk géante verte. Je voulais sa personnalité, son visage. J’ai toujours dit à mes producteurs que dans THE VIGIL, il y a trois décors : la ville, la maison et le visage de Yakov. Quand j’ai vu le visage de Dave dans Bomb City, j’ai tout de suite su que c’était lui. En ligne, j’ai découvert qu’il était juif et né dans le New Jersey. Il fallait que je le trouve. Après plusieurs e-mails avec son agent, j’ai réussi à lui parler directement. Il a lu le scénario, l’a adoré. On a fait quelques essais par Skype. Et c’était une évidence. C’était lui. 

Avant le tournage, il a passé 10 jours dans la communauté. Il a vécu là-bas. Il a appris tous les dialogue en Yiddish, toutes les prières. Il a plongé dans le projet à 100%. Il est devenu Yakov. Et en même temps, le projet a réveillé son judaïsme. Il a trouvé quelque chose de nouveau dans son propre rapport à sa religion en faisant le film. 

Je suis très proche du personnage de Yakov. Ma mère est juive, mon père ne l’était pas. J’ai été élevé dans la culture juive, plus que dans la religion elle-même. On est de New York. Je n’ai pas adopté d’identité juive avant le lycée. J’ai commencé à aller à la synagogue avec ma mère. Elle y allait de plus en plus après la mort de mon grand-père. J’ai commencé à appréhender plus précisément ma spiritualité mais je vivais une vie très moderne, très séculière. J’ai fini par entrer dans une fac rabbinique à New York, la Hebrew Union College. J’y ai fait une maîtrise d’éducation religieuse pour devenir directeur d’école juive. 

J’ai réalisé 2 choses dans cette école. D’abord, j’adore étudier, me plonger dans les textes théologiques. Ma thèse, c’était sur les monstres et les démons de la Torah… Oui, c’était déjà là. Mais j’ai aussi réalisé que je ne pourrais pas trouver mon chemin spirituel à travers les religions organisées. Ce film est en fait l’illustration de mon propre chemin spirituel. Comme Yakov à la fin du film, je dois trouver ma propre voie dans la spiritualité pour en trouver la signification.

Source et copyright des textes des notes de production @ Wild Bunch
© 2019 The Vigil Movie, LLC.

  
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