dimanche 18 septembre 2016

CAPTAIN FANTASTIC


Comédie dramatique/Très joli film, sensible, qui fait réfléchir

Réalisé par Matt Ross
Avec Viggo Mortensen, Frank Langella, George Mackay, Samantha Isler, Annalise Basso, Nicholas Hamilton, Shree Crooks, Charlie Shotwell...

Long-métrage Américain 
Durée: 02h00mn
Année de production: 2016
Distributeur: Mars Films 

Date de sortie sur les écrans américains : 29 juillet 2016
Date de sortie sur nos écrans : 12 octobre 2016


Résumé : Dans les forêts reculées du nord-ouest des Etats-Unis, vivant isolé de la société, un père dévoué a consacré sa vie toute entière à faire de ses six jeunes enfants d’extraordinaires adultes.
Mais quand le destin frappe sa famille, ils doivent abandonner ce paradis qu’il avait créé pour eux. La découverte du monde extérieur va l’obliger à questionner ses méthodes d’éducation et remettre en cause tout ce qu’il leur a appris.

Bande annonce (VOSTFR)


Featurette (VOSTR)


Ce que j'en ai pensé : j'ai découvert CAPTAIN FANTASTIC lors du 42ème Festival du Film Américain de Deauville. Il était présenté en compétition officielle. Il a gagné le PRIX DU JURY et le PRIX DU PUBLIC DE LA VILLE DE DEAUVILLE. Je ne suis pas toujours d'accord avec les prix remis lors des festivals cinématographiques, mais dans ce cas précis, ce choix m'a paru évident et entièrement mérité. 
La réalisation de Matt Ross est à la fois douce et sensible. Elle permet aux spectateurs de comprendre les idées développées à tous moment. Elle donne toute son ampleur à cette histoire d'amour touchante d'un père pour ses enfants. Le sujet traite d'un choix de vie, un accomplissement en soi, mais qui a des résonances complexes sur l'impact d'une éducation extra-ordinaire. Que se passe-t-il alors lorsqu'on doit se confronter à une société ordinaire ? Á travers cette question et au-delà du voyage initiatique des enfants, c'est la prise de conscience d'un père qui est au cœur de l'intrigue. Il y a un aspect philosophique important dans ce film, mais qui, fort heureusement, n'écrase pas ni la narration ni le rythme sous des allégories visuelles pénibles. Le réalisateur colle intelligemment à son sujet pour nous guider au travers ce bouleversement à la fois joyeux et triste, surprenant et cohérent.

Matt Ross, le réalisateur, sur le tournage du film
Viggo Mortensen est merveilleux dans le rôle de Ben, le père de cette famille attachante et hors du commun. Il joue de sa force tranquille pour donner à son protagoniste la crédibilité et la personnalité nécessaire pour nous permettre de comprendre sa démarche. Il laisse transparaître dans son jeu un amour infini de père pour ses enfants.




Ces derniers sont tous supers et se complètent très bien. Ils apportent des points de vue différents sur la situation et nuancent ce paradis tant désiré par leurs parents.





CAPTAIN FANTASTIC est un très joli film, riche dans son fond et beau dans sa forme. Son histoire est pleine de vie et fait chaud au cœur, mais elle sait aussi se montrer touchante et nostalgique. Elle nous laisse nous interroger sur notre façon de vivre, sur la remise en cause du système, sur notre approche de la vie et de l'éducation, sur ce que cela veut dire d'être parent. Je vous le conseille vraiment, car CAPTAIN FANTASTIC représente le meilleur du cinéma indépendant américain.


NOTES DE PRODUCTION 
(A ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

Dans les forêts du Nord- Ouest des États-Unis, Ben Cash, un père farouchement indépendant, élève sa famille aussi loin que possible de l’influence de la société de consommation. Soumettant quotidiennement ses six enfants à des enseignements rigoureux et d’intenses exercices physiques nécessaires pour survivre en pleine nature, Ben élève une tribu de « rois philosophes » dotés d’un physique d’athlète, d’une endurance exceptionnelle et d’une extraordinaire connaissance des auteurs classiques peu commune à cet âge. 

Pour Matt Ross, scénariste et réalisateur de CAPTAIN FANTASTIC, il s’agissait d’explorer les choix qu’imposent les parents à leurs enfants. « Je suis fasciné par la problématique de l’éducation. Ben a renoncé au monde extérieur et à ses ambitions personnelles pour vouer son existence à ses enfants et s’efforcer d’être le meilleur des pères possibles. Se pose alors la question : est-il le meilleur ou le pire père qui soit ? » 

Certaines expériences vécues par la famille Cash font écho à la propre enfance du réalisateur : « Ma mère s’intéressait aux modes de vie alternatifs. Quand j’étais enfant, je ne dirais pas que l’on vivait coupés du monde, mais nous vivions dans des communautés en Californie du Nord et dans l’Oregon, au milieu de nulle part, sans télévision ou accès à la plupart des innovations technologiques. » 

Comme pour la famille de CAPTAIN FANTASTIC, Matt Ross eut une enfance qui était à la fois une incroyable aventure mais aussi une expérience déstabilisante pour un enfant. « L’adolescence fut particulièrement difficile, explique-t-il. Je n’avais pas de copains de mon âge quand j’ai commencé à être attiré par les filles. Tous mes amis étaient loin alors que je voulais avoir une vie sociale. Bo, l’ainé de la famille Cash, en est à ce stade de sa vie tandis que les plus jeunes trouvent encore cette vie géniale. » 

Matt Ross reconnaît qu’en écrivant le scénario, il s’interrogeait aussi sur les méthodes d’éducation dans l’Amérique contemporaine : « Est-ce pertinent de permettre à ses enfants d’être connectés à chaque instant à des objets électroniques ? Mais on pourrait aussi se demander s’il n’est pas irresponsable de laisser son gamin jouer aux sports de contact intense, comme le football américain que je pratiquais enfant. On sait aujourd’hui combien ce sport est dangereux. Nul besoin de vivre dans une forêt et d’escalader des rochers en famille comme le fait Ben : le risque est partout. » 

Pour le réalisateur, le personnage de Ben est aussi source d’inspiration : « J’aimerais avoir assez de courage et d’altruisme pour sacrifier mes ambitions créatives ou ma carrière pour mes enfants. Pour Ben, l’éducation de ses enfants est prioritaire. Ce choix a un prix, et c’est vraiment là le cœur du film. » 

La majorité des parents ne songerait même pas à des choix aussi radicaux. Pendant 10 ans, Ben et sa famille ont vécu dans un isolement total, au cœur d’une forêt où ils chassent et cultivent la terre pour se nourrir. Lui et sa femme Leslie ont choisi d’élever leurs enfants d’une façon si peu orthodoxe que l’on peut se demander si la fin justifie les moyens. « Par ses actes, on peut légitimement se demander s’il ne met pas la vie des siens en dangers, commente Ross. Le film soulève de vraies questions concernant les meilleures méthodes d’éducation. » Mais CAPTAIN FANTASTIC est aussi un film d’aventures, excitant, poignant et souvent drôle. L’action se déroule en partie dans cet Eden champêtre créé par Ben, et chaque progrès est célébré comme un exploit, qu’il s’agisse pour les enfants de maîtriser les arts martiaux ou démontrer leur prodigieuse connaissance de la pensée politique américaine. 

« Divertir tout en restant ancrés dans la réalité des Cash a toujours été notre priorité », commente Lynette Howell Taylor, productrice de CAPTAIN FANTASTIC et du premier film de Matt Ross, 28 HOTEL ROOMS. Admirant son approche de réalisateur, Lynette Howell Taylor ajoute : « Sa longue carrière d’acteur lui a permis de devenir un grand réalisateur. 

Lorsqu’on est dans la même pièce que Matt, on sent une chaleur, une énergie particulière. Chaque acteur se sent en confiance avec lui. Il sait que ce sera une vraie collaboration et qu’il ne s’agira pas simplement de savoir son texte en arrivant sur le plateau. C’est en partie grâce à cela que nous avons pu réunir de tels acteurs. » 

Aux côtés de Lynette Howell Taylor, on retrouve son partenaire et producteur Jamie Patricof (Electric City Entertainment) ainsi que Shivani Rawat et Monica Levinson (ShivHans Pictures). 

Pour Jamie Patricof, il s’agissait d’un scénario qui le touchait de près : « J’ai adoré ce scénario dès la première lecture, car je suis père de famille. Et je sais que bien élever ses enfants, de nos jours surtout, est une chose extrêmement difficile. Le scénario de Matt a bousculé toutes mes notions sur l’éducation et le rôle des parents et m’a bouleversé. » 

« Nous avons reçu ce projet début 2014, ajoute Shivani Rawat, et nous n’avons pas hésité une seconde. La détermination de Matt Ross et toute la passion qu’il avait mise au service du film ne pouvaient que nous inspirer. Impossible de passer à côté d’un tel scénario. » 

Lynette Howell Taylor précise : « Ce qui fait la force de cette histoire, c’est justement ce désir si personnel que Matt exprime : être le meilleur père possible. Chacun de nous a ses propres valeurs, son éthique personnelle. CAPTAIN FANTASTIC vous oblige à réfléchir – surtout lorsque l’on est parent soi-même – à ce qui est acceptable ou ne l’est pas. Ben est à l’extrémité du spectre avec ses idées radicales sur l’éducation, mais il se pose les mêmes questions que nous. » « Ce film soulèvera beaucoup de questions, ajoute-t-elle. Et le public ne sera pas forcément d’accord avec Ben. Au fond, c’est un voyage initiatique extrêmement émouvant, celui d’une famille très soudée qui a fait le choix de vivre différemment. J’espère simplement qu’au-delà d’un moment de pur divertissement – ce qui est essentiel – notre film provoquera un débat. Et si c’est le cas, nous aurons fait notre travail. »

LES PERSONNAGES 

Dans la peau de Ben, Viggo Mortensen est un roc indestructible pour sa famille. Le centre de toutes choses pour elle… et pour le film. 

« Quel que soit le rôle joué par Viggo, le public s’identifie au personnage, commente Shivani Rawat. Je n’aurais pas pu imaginer un autre acteur dans ce rôle. Il est charismatique et c’est un gros bosseur ! Grâce à lui, le public croira en Ben. » Acteur mais aussi musicien, écrivain, photographe et peintre reconnu, Viggo Mortensen s’est personnellement investi dès le développement du film. « Viggo a été un collaborateur précieux pour nourrir le scénario, précise Matt Ross. Avec sensibilité, il a apporté des idées fortes et a même proposé de composer des musiques pour le film. Il représente à mes yeux l’excellence artistique et l’intégrité dans ce qu’elle a de plus rare. C’est une des raisons pour lesquelles Viggo fut mon premier choix : physiquement et moralement, il était Ben. » Après avoir lu le scénario, Viggo Mortensen y répondit par des notes très précises. « Ses idées ne portaient pas seulement sur la vérité émotionnelle du personnage mais aussi sur l’arc narratif, ajoute Matt Ross. J’ai beaucoup retravaillé le scénario en m’inspirant de nos échanges. » 

Viggo Mortensen était attiré par l’originalité de ce scénario sur une famille hors du commun : « Ce n’est pas seulement intelligent, c’est aussi bien construit et émouvant, explique l’acteur. J’ai ri autant que j’ai pleuré, et je pense que le public fera de même. Nous sommes restés fidèles au scénario sur le tournage, essayant simplement d’amplifier les aspects positifs. J’espère que cela incitera les gens à questionner leurs certitudes. » 

L’acteur se présenta sur le plateau, plus préparé à son rôle que ne l’avait même espéré Matt Ross. Le réalisateur avait envoyé à Viggo Mortensen une énorme caisse de livres qu’il jugeait utiles : des textes de Tom Brown, naturaliste réputé et auteur du Tom Brown’s Field Guide to Wilderness Survival, du linguiste et philosophe Noam Chomsky ou encore de Jared Diamond, scientifique et lauréat du Prix Pulitzer (De l’inégalité parmi les sociétés). Autant de textes dont Ben aurait forcément eu une connaissance intime. Matt Ross explique : « Je trouvais que c’était une manière intéressante de mieux comprendre la culture dans laquelle baignait cette famille. Par chance, Viggo connaissait déjà toutes ces oeuvres. » L’acteur avoue s’être senti proche du vécu de Ben et de sa vision du monde : « Je n’ai pas eu à lire des tonnes de manuels sur la vie en forêt ou en milieu naturel pour me sentir à l’aise sur le tournage. J’ai vécu au nord de l’Idaho, dans un lieu qui ressemble assez à celui où vit la famille Cash au début du film. Pour me préparer à ce rôle, je suis retourné là-bas et j’y ai passé quelque temps. Et j’ai fini par quitter l’Idaho direction Washington au volant d’un pick-up. À mon arrivée, j’avais l’impression d’être dans un épisode des Beverly Hillbillies ! 

Viggo Mortensen arriva sur le plateau avec quelques semaines d’avance pour participer à la création des décors, en particulier celui du jardin et de ses plantes : « J’ai même vécu dans les décors un certain temps, dit-il, et la plupart des livres que vous voyez dans le bus et la maison des Cash sont à moi. Il y a aussi mon canoë, quelques vélos, des trucs de cuisine, des couteaux, des vêtements. J’ai apporté beaucoup de plantes pour le jardin à côté du tipi. J’aime proposer des objets personnels qui semblent coller à l’univers du film. » 

Lynett Howell Taylor est restée stupéfaite devant une telle implication : « Nous lui avions loué une chambre dans un hôtel, mais Viggo n’y allait jamais. Tout juste savions-nous qu’il était quelque part, dans la forêt. Son travail reflète vraiment cette passion qui est en lui. » 

La vie que mènent Ben et ses enfants au début du film est presque idyllique, admet l’acteur : « C’est une existence assez dingue, un mode de survie sans téléphone et une communication minimale avec le monde extérieur. Ils vivent des produits de la terre et se passent de portables, d’iPads, d’ordinateurs ou de tout autre objet sophistiqué. Je ne suis pas sûr d’avoir assez de cran pour cela, mais l’idée d’élever ses enfants dans un univers aussi organique me fascine. » 

Ben ne cherche pas à protéger ses enfants, répondant aussi honnêtement que possible à leurs questions comme s’ils étaient des adultes. « J’ignore si son approche est la bonne, mais elle a quelque chose qui force l’admiration, explique Viggo Mortensen. Certains la trouveront choquante. Comment peut-on parler de philosophie, de science, de sexualité ou de mort avec un gamin de 7 ans ? Il y a, dans cette famille, une ouverture d’esprit que je trouve belle. » 

Cette existence idyllique prend fin lorsque Leslie, la femme de Ben et la mère de ses enfants meurt loin des siens, obligeant les Cash à quitter leur petit coin de paradis pour assister à ses funérailles. « C’est alors que CAPTAIN FANTASTIC se transforme en road-movie, suivant la famille jusqu’au Nouveau- Mexique où vivent les parents de Leslie, poursuit Viggo Mortensen. Notre mode de vie leur déplait et devient source de conflit. » 

Comme Bo, l’aîné, le fait remarquer à son père, malgré leur éducation poussée, leur capacité d’analyser l’oeuvre de Noam Chomsky ou leur compréhension de la Constitution américaine, leur connaissance de l’être humain se limite aux membres de la famille. 

Pour trouver les six acteurs exceptionnels qui allaient incarner la famille Cash, un casting international entre l’Angleterre, l’Australie, les États-Unis, le Canada et la Nouvelle-Zélande s’imposait. Il fallait aussi trouver des acteurs de 7 à 18 ans acceptant d’apprendre l’escalade, la chasse, les arts martiaux, les langues étrangères, le tir à l’arc et plus encore. Ils devraient posséder des notions de langage supérieures à leur niveau scolaire et être à l’aise aussi bien dans le registre comique que dans le registre dramatique. Enfin, ils devraient être crédibles non seulement comme frères et soeurs, mais aussi comme les enfants de Viggo Mortensen. 

« Nous avons pris beaucoup de temps à choisir chaque acteur, explique Shivani Rawat. Matt a été formidable, il leur a beaucoup parlé pour vraiment saisir ce que chacun pouvait apporter à son personnage. » 

Lynett Howell Taylor ajoute : « Ce casting était un vrai défi, mais nous nous sommes beaucoup amusés car chacun des six enfants avait été encouragé à être aussi individualiste et original que son prénom, inventé par ses parents. L’un des aspects du scénario que je préfère, c’est que chacun d’eux a un ressenti différent. Il fallait donc laisser à chacun assez de temps pour qu’il se raconte : ils ont tous une scène qui nous permet de comprendre à quel stade de leur vie ils se trouvent. Tous ces acteurs ont non seulement un talent immense, mais aussi une véritable passion pour leur métier. Chacun a apporté sa magie particulière au film. » 

Jamie Patricof acquiesce : « Je n’avais jamais vécu un casting aussi complexe que celui qui nous a permis de créer cette famille ex nihilo. Mais c’est là tout le talent de Matt, et c’était essentiel à la réussite du film. » Bo, le fils ainé interprété par l’acteur britannique George MacKay, est à un stade de sa vie où il n’aspire qu’à une chose : quitter sa famille. Mais malgré ses prouesses physiques et intellectuelles, il souffre d’être aussi inadapté à la vie en société. « En quittant l’adolescence, explique Matt Ross, il traverse une crise identitaire. Il ne sait pas comment se comporter en société, surtout lorsqu’il s’agit des filles. En un sens, son cheminement intérieur est aussi important que celui de Ben. Il est temps pour lui de quitter le nid pour trouver sa place dans le monde. » 

George MacKay a été séduit par le scénario dès la scène d’ouverture où l’on découvre Bo chassant un cerf pour sa famille, symbole de son passage à l’âge adulte : « Je me souviens qu’en lisant ce passage, j’essayais de tout absorber, le paysage, le cerf et cette famille. On aperçoit tout d’abord cet enfant sauvage couvert de boue, suivi par une bande de gamins. Qui sont-ils ? Que font-ils ? Et soudain, venu de nulle part, surgit la figure du père. C’était surréaliste à mes yeux, j’étais totalement captivé. » 

Il poursuit : « Bo est en train de chercher sa propre voie. Sa vie de famille lui semblait presque idéale jusqu’ici mais il est conscient des nombreuses failles dans son éducation. Et malgré son amour et son respect pour son père, il sait qu’il ne pourra combler ses manques qu’en affrontant le monde extérieur. » Les sœurs jumelles de Bo – Vespyr et Kielyr – ont 15 ans et sont interprétées par Annalise Basso et Samantha Isler. 

Adolescentes fougueuses, elles se débrouillent aussi bien que Bo dans la forêt mais doivent combler le vide laissé par leur mère. Matt Ross commente : « Je voulais des personnages féminins qui n’aient pas froid aux yeux. Elles sont aussi fortes et compétentes que leurs frères mais doivent assumer d’autres responsabilités car ce sont aussi les deux filles les plus âgées. » 

Ayant grandi à la campagne dans le Missouri, Annalise Basso se sent très proche de son personnage : « J’ai étudié à la maison pendant un certain temps, et on allait jouer dehors avec mon frère et ma soeur dès qu’on avait un moment de libre. Nous ne regardions pas beaucoup la télévision, j’ai donc facilement pu m’identifier à Vespyr. Aujourd’hui, j’habite en ville, mais une part de moi aimerait vivre comme Vespyr. Je pense qu’il y a un équilibre idéal à trouver entre la vie que je mène aujourd’hui et une vie isolée de tout. » Samantha Isler, quant à elle, fut si émue à la lecture du scénario qu’elle remercia Matt Ross d’avoir écrit des personnages aussi réalistes et intelligents pour de jeunes acteurs : « C’est très rare, commente-t-elle, surtout lorsqu’il s’agit de rôles féminins. Les adolescentes sont trop souvent de jeunes écervelées, des stéréotypes. Mon personnage est une dure à cuire, mais elle est aussi intelligente qu’excessivement féminine. Elle veut s’intégrer au monde qu’elle découvre sans pour autant abandonner celui qu’elle a connu. Au fil de l’histoire, on la voit s’intéresser aux autres et se transformer subtilement à leurs contacts. » 

Interprété par l’acteur australien Nicholas Hamilton, Rellian, 12 ans, est le rebelle de la famille, celui qui remet en question les choix de vie imposés par leurs parents. De toute la fratrie, c’est celui qui rêve d’une vie plus conventionnelle. La productrice Lynette Howell Taylor commente : « Rellian regarde autour de lui et se demande pourquoi sa famille vit ainsi. Il sait que d’autres gens vivent différemment. Il sait que le monde entier célèbre Noël alors que les Cash, pour une raison qui lui échappe, fêtent la St Chomsky. Et il ne veut plus de cette vie. » 

Nicholas Hamilton s’est réjoui de la liberté de jeu, si rare, que leur a laissée le réalisateur : « Matt est un incroyable réalisateur et scénariste. Je n’avais pas souvent eu l’occasion d’improviser, et il nous a laissé très libres. S’il détestait un truc, il le disait et on lui proposait autre chose. J’ai adoré. » Zaja et Nai, les plus jeunes, ont passé toute leur vie dans la forêt. Élevés avec la même rigueur que les autres malgré leur jeune âge, ils ont en eux une fougue, une fureur de vivre. « À ce stade de leur vie, Zaja et Nai aiment encore cet environnement naturel, commente Lynette Howell Taylor. Je trouve intéressant de montrer comment chaque décision parentale affecte chaque enfant différemment, selon son âge. » 

Shree Crooks, qui incarne Zaja, a adoré l’idée d’une grande famille vivant en pleine nature : « C’est un des moments du tournage que j’ai préféré. Je vis à L.A. mais j’aime beaucoup la nature et l’idée de pouvoir y survivre, seule. Bien sûr, il y a moins de boutiques, mais on y trouve des bois magnifiques, des rivières et des lacs. Et comme je suis fille unique, j’ai aimé me retrouver entourée de frères et soeurs. Dans le film, on traverse beaucoup d’épreuves mais chacun est là pour l’autre. C’est vraiment une très belle histoire. » 

Zaja a 9 ans, un âge où elle a commencé à comprendre que les choses meurent et que tout être est mortel. « C’est pour cela qu’elle s’intéresse à la taxidermie et développe une fascination morbide pour la mort, explique Matt Ross. Ses sujets de prédilection – l’Holocauste ou Pol Pot et les Khmers rouges – semblent peu appropriés pour une petite fille, mais ces six enfants ont des centres d’intérêt inhabituels en l’absence de jeux vidéo, de postes de télévision ou d’ordinateurs. C’est par les livres qu’ils découvrent le monde. » 

Interprété par Charlie Shotwell, Nai, le plus jeune de la fratrie, n’a que 7 ans : « C’est une sorte de nudiste, confie-t-il, le corps humain le fascine. Il vit dans un tipi très confortable, ce que j’ai adoré. L’intérieur ressemble un peu à la cabane en bois où Leslie habitait avec son père, enfant. Il y a des livres sympas, comme les Alice de la Bibliothèque rose, La Petite Maison dans la prairie ou Les Frères Hardy que maman avait dû lire. Ils vivaient assez isolés, et ma vie ressemble à la sienne. » 

Les jeunes acteurs s’entraînèrent dans un camp en pleine nature pour s’initier aux techniques de base nécessaires pour survivre en forêt. « Ils ont appris à faire un feu, dépecer un cerf, pister un animal, escalader les rochers et même quelques techniques d’arts martiaux, précise Matt Ross. Annelise et Samantha ont appris l’espéranto et Shree a acquis quelques notions de taxidermie. Je ne leur demandais pas de devenir des experts, mais il fallait qu’ils soient crédibles à l’écran. » Le réalisateur leur donna aussi une liste de lectures, parmi lesquelles Lies My Teacher Told Me : Everything Your American History Textbook Got Wrong de James W. Loewen et Une Histoire populaire des États-Unis de Howard Zinn : « J’ai voulu leur donner un contexte historique et social, pour qu’ils comprennent au moins qui était Noam Chomsky, précise Matt Ross. Je leur ai aussi fait signer un contrat ridicule interdisant la malbouffe, les iPad ou les portables sur le tournage. Il ne s’agissait pas de le respecter à la lettre, mais je voulais qu’ils réfléchissent au mode de vie de cette famille. » Viggo Mortensen avoue que jouer avec six jeunes enfants lui semblait un défi de taille : « J’ai été impressionné – et soulagé – de voir qu’ils étaient non seulement talentueux mais qu’ils avaient aussi beaucoup travaillé en amont. Matt était si respectueux et d’une telle gentillesse avec eux qu’ils le lui ont rendu au centuple. Même Charlie et Shree, les plus jeunes, ont prouvé qu’ils avaient un vrai talent d’improvisation, quelle que soit la scène. Cela se voit à l’écran, et c’est beau. » Durant une courte période de répétitions à Seattle, Matt Ross travailla avec chacun des jeunes acteurs, leur expliquant leur personnage pour s’assurer que tous comprenaient bien la dynamique de leur rôle. « Nous avons beaucoup improvisé, se souvient- il. Nous avions la chance d’avoir avec nous des parents enthousiastes et d’incroyables jeunes talents. Au fil des mois, plus je travaillais avec eux, et plus j’en tombais amoureux. » Dès qu’il quitte l’enceinte de sa forêt bien aimée, Ben doit affronter les tentations du monde qu’il a fui, des fast-food aux jeux vidéo. En essayant d’en détourner ses enfants et de les obliger à rester fidèles à ses préceptes, il entre en conflit avec ses beaux-parents, Jack et Abigail, sa soeur Harper et son mari Dave. 

« Un tel film nécessitait de grands seconds rôles portés par de grands acteurs, ajoute Lynette Howell Taylor. Et nous avons eu la chance que Frank Langella, Ann Dowd, Kathryn Hahn et Steve Zahn acceptent de venir quelques jours grâce à la force du scénario et la présence de Viggo. » 

Harper, interprétée par Kathryn Hahn, et son mari Dave, incarné par Steve Zahn, pensent qu’il faut protéger les enfants des dures réalités de la vie. En cela, ils s’opposent totalement à Ben et ce choc des cultures permet d’alterner des scènes graves et des scènes de comédie. « C’est un magnifique scénario, commente Kathryn Hahn. Matt a une vision si passionnante et singulière que l’idée d’aller encore plus loin que ce qu’il avait écrit me passionnait aussi. Harper est un personnage à part entière qui aime vraiment son frère et sa famille. Elle ne veut que leur bonheur. » 

Plus jeune que Ben, Harper tente d’être son lien avec le monde extérieur. « Ben a construit une très jolie bulle pour sa famille, ajoute Kathryn Hahn, et Harper l’admire pour cela. La mort de Leslie est un séisme. Ma mère disait toujours : « L’amour, c’est comme le mercure. Si tu tentes de le retenir entre tes doigts, il t’échappe. Mais si tu ouvres simplement la main, il s’y blottira. » C’est la leçon que Ben doit apprendre. Il doit laisser ces extraordinaires enfants quitter le nid. C’est terrible et douloureux, mais c’est aussi beau et pur. » Pour Steve Zahn, Harper et Dave représentent une vision plus équilibrée : ils veulent éduquer leurs enfants de façon responsable et les protéger tout en leur donnant les armes nécessaires pour s’intégrer au monde qui les entoure. « Paradoxalement, cela se retourne contre nous, explique l’acteur. Sur bien des points, la méthode de Ben est meilleure que la nôtre. L’éducation est un art subtil et difficile : vous voulez que vos enfants deviennent des êtres indépendants et qu’ils développent leur propre personnalité, mais vous voulez aussi les protéger. » 

Il ajoute : « De tels scénarios sont rares – que dis-je, rarissimes – et j’ai été très honoré qu’on fasse appel à moi. C’est drôle et poignant, mais jamais forcé. Chaque personnage est complexe, et les dialogues simplement formidables. » Pour incarner les parents de Leslie, purs bastions des règles de bienséance dans la riche communauté conservatrice d’Albuquerque (Nouveau-Mexique), Matt Ross et les producteurs ont fait appel à deux acteurs confirmés, Frank Langella et Ann Dowd. Lorsque Jack et Abigail perdent leur fille unique, ils rendent Ben et ses choix de vie responsables de cette tragédie. 

« Une grande partie du public donnera raison à Jack, commente Monica Levinson. Il incarne l’autre côté de la médaille. C’était un personnage difficile à jouer, et Frank Langella réussit à merveille à faire entendre sa voix et sa vision des choses. » Dans le rôle de Jack, un père fou de douleur qui s’oppose violemment aux méthodes d’éducation de ses petits-enfants, Franck Langella campe une figure autoritaire, inflexible mais fondamentalement touchante. « C’est un scénario plein de finesse, commente l’acteur. Et très beau dans ce qu’il dit sur les relations père-enfants. Jack se débat entre colère, culpabilité, regret et tristesse. Autant de sentiments complexes qu’il est très intéressant de jouer. » 

L’acteur ajoute : « Travailler avec Matt Ross et Viggo Mortensen était terriblement tentant. Sur un plateau, tout dépend de la personnalité du réalisateur, et Matt dégage quelque chose de calme et de rassurant. Et bien sûr, connaissant le travail de Viggo, j’avais très envie de lui donner la réplique. Ben n’est pas un héros et Jack n’est pas un sale type. Nos personnalités sont complexes mais nous aimons tous deux la même femme et les mêmes enfants. Ils ne sont pas si différents que cela, au fond, et c’est sans doute tout le paradoxe de leur désaccord. » 

Jamie Patricof a trouvé fascinante cette synergie entre Ben et son beau-père : « Regarder Franck et Viggo jouer ensemble était un pur bonheur. Leurs personnages représentent deux mondes diamétralement opposés et c’était palpable au tournage. Comme tous les bons acteurs, leur jeu laissait transparaître leur personnalité et leur propre conception du bien et du mal. » 

Ann Dowd a donné à Abigail cette sorte de douce résilience sans laquelle une femme ne peut vivre toute une vie aux côtés d’une forte personnalité comme Jack. « Nous avons eu la chance qu’Ann accepte d’incarner Abigail, développe Monica Levinson. Elle a su lui donner toute sa dimension. Elle est tout simplement magistrale dans ce rôle. » 

Ann Dowd n’a pu résister à l’exploration, tout en finesse, que fait Matt Ross de l’éducation parentale : « On ne m’avait jamais proposé un scénario aussi original. Outre sa finesse psychologique, il offrait une palette de personnages aussi différents les uns des autres qu’intéressants. Je ne connais aucun père qui élèverait ses enfants au milieu des bois. Je ne connais pas de fratrie élevée de cette étonnante façon. Et je ne connais aucun acteur capable, comme Viggo le fait, de rendre justice à un tel personnage. C’était un partenaire attentionné, d’une générosité sans pareille et sans une once d’ego. »

LES COULISSES DU TOURNAGE 

L’action de CAPTAIN FANTASTIC se déroule sur un vaste territoire d’environ 2500 kms, traversé de sinueuses autoroutes, allant des forêts humides du Nord-Ouest américain aux hautes plaines désertiques du Nouveau-Mexique jusqu’à Albuquerque. 

Le tournage a débuté à Seattle et ses environs avant de se poursuivre dans l’État de Washington. C’est là que commença pour l’équipe une expérience digne d’un road-movie, à l’image de l’odyssée vécue par la famille Cash. 

« C’était un vrai défi budgétaire, admet Lynette Howell Taylor, car nous avions une très grosse équipe mais aussi de jeunes acteurs à considérer. Matt tenait à laisser une part belle à l’improvisation et je crois qu’il a eu cette liberté, mais tout le monde avait à coeur de faire ce film dans le temps et le budget impartis. Nous avons eu la chance d’avoir une formidable équipe, à commencer par Stéphane Fontaine, notre directeur de la photographie. » 

Lauréat de 3 César pour DE ROUILLE ET D’OS, UN PROPHÈTE et DE BATTRE MON COEUR S’EST ARRÊTÉ, Stéphane Fontaine possédait aux yeux du réalisateur deux qualités complémentaires et essentielles pour traduire l’atmosphère du film. « Nous voulions filmer les enfants de façon organique sans sacrifier l’esthétisme du film, explique Matt Ross. Je considère ses films comme des chefs-d’oeuvre cinématographiques. Sa caméra sait raconter une histoire. Je voulais un environnement où les acteurs évoluent librement (sans repères au sol). Il nous fallait quelqu’un qui ait l’intuition du geste, du jeu de l’acteur. Stéphane n’a pas hésité une seconde à poursuivre les enfants à travers les bois, caméra à l’épaule. C’était précisément cette énergie qu’il fallait pour capter ce que nous voulions dans des décors magnifiquement éclairés. » 

Matt Ross poursuit : « Il nous arrivait de devoir tout changer à la dernière minute, mais Stéphane est un artisan de la lumière. Je n’aime travailler qu’avec des gens qui peuvent m’apprendre des choses, et donc me surprendre. Ils m’obligent à démontrer pourquoi j’ai raison, ou à comprendre que j’ai tort. » Russell Barnes, le chef décorateur, a voulu créer de toutes pièces le lieu de vie des Cash en prenant soin de rester réaliste. Matt Ross lui avait donné des indications mais fut ravi de trouver en Russell un partenaire de taille. Le réalisateur raconte : « Russell m’a proposé des idées auxquelles je n’avais pas pensé, comme les panneaux d’énergie solaire. Il m’a demandé d’où venait l’eau, quels étaient les équipements sanitaires ou domestiques pour faire la cuisine, par exemple. Il s’agissait à chaque fois de trouver des solutions logiques dans un tel contexte. » 

Du tipi qui abrite la famille jusqu’aux systèmes complexes de poulies et de plateformes permettant de circuler entre les arbres, Russell Barnes construisit un environnement aussi soigneusement détaillé que pratique. La productrice Lynette Howell Taylor commente : « Russell est génial. Il a construit un monde que nous avons laissé derrière nous, dans la forêt, si cool qu’il est devenu une destination touristique. Et lorsqu’il a dû créer un univers totalement différent au Nouveau- Mexique, dans la majestueuse demeure des beaux-parents de Ben, il l’a fait avec le même talent. » 

Ayant grandi sur une île de 7000 habitants dotée d’un réseau électrique des plus fantasques, Russell Barnes était l’homme idéal pour créer, au coeur de la forêt, l’univers des Cash. Il confie : « J’étais fait pour ce film car toute l’histoire trouvait de profonds échos en moi. J’ai adoré construire cette maison dans la forêt tout comme j’ai adoré créer « Steve », le bus de la famille. Matt était toujours positif et sa culture, son intelligence m’ont frappé. Il m’a poussé à aller plus loin dans mon imaginaire, à peaufiner chacun des détails que l’on verrait à l’image. » 

Le chef décorateur avait une priorité : que tout soit pratique et fonctionnel. Russell Barnes commente : « Je me suis d’abord demandé comment sept personnes pourraient vivre et travailler dans un tel environnement. Je devais imaginer l’espace qu’il faudrait à chacun, la quantité d’eau dont ils auraient besoin et toutes les choses nécessaires au quotidien. Dès que je m’en suis fait une idée précise, j’ai commencé à travailler sur l’aspect esthétique. J’ai regardé des centaines de photos de lieux où s’étaient volontairement isolés des hommes, des familles et j’y ai découvert une mine d’informations sur les modes de survie en milieu naturel. » Monica Levinson ajoute : « La beauté de cet univers est encore plus saisissante dans la réalité qu’à l’écran. J’aurais aimé que la caméra puisse le dévoiler entièrement, mais c’était impossible puisque nous le filmions niché entre les arbres, dans son écrin naturel. Russell a vraiment créé un lieu de travail pour les Cash, mais aussi un lieu où les acteurs pouvaient travailler en toute confiance. » 

Jamie Patricof développe : « Russell a créé un îlot de vie enchanteur, ou plutôt une ville. Tous les détails, jusqu’aux plus infimes, n’ont qu’un but : montrer que Ben a imaginé cette utopie en pensant aux moindres besoins ou désirs de ses enfants. Quand j’ai vu ce décor naturel pour la première fois, j’aurais adoré partager ce moment avec mes enfants. J’ai eu ce même sentiment en découvrant Steve. 

Steve n’est autre que le bus des Cash que Russell Barnes a créé à partir d’un vieil autobus scolaire. « C’est un des plus grands défis de ma carrière, confie le chef décorateur. Il devait être assez pratique pour un road trip, mais assez grand pour accueillir une équipe de tournage. On a cherché pendant des semaines l’autobus idéal et finalement trouvé un Bluebird, célèbre marque d’autobus scolaires américains. 

À l’aide d’une maquette en carton, Russell Barnes a construit des modèles réduits de lits superposés, d’espaces de rangement, une salle de classe et tout ce dont une famille pouvait avoir besoin. Il s’en explique : « Cela me permettait d’interchanger tous les éléments en quelques secondes, comme dans Tetris ! Cela m’a beaucoup aidé à finaliser les décors. » 

Pour donner au film une cohérence esthétique, Russell Barnes a étroitement collaboré avec Courtney Hoffman, la chef costumière du film. Matt Ross commente : « Ils ont étoffé cet univers en apportant un autre regard. Tous les deux l’ont rendu plus riche, plus réel et plus complexe. » 

Courtney Hoffman ne pouvait qu’être séduite par l’audace visuelle du scénario. Elle raconte : « La puissance émotionnelle qui s’en dégage est un attrait supplémentaire, mais dès la première page, lorsqu’ils émergent de la forêt couverts de boue, j’étais conquise. Prête au voyage où qu’il me mène. » Courtney Hoffman est arrivée sur le tournage avec un album plein de références visuelles et le souhait de définir les personnages à travers leurs vêtements. Une vision partagée par Matt Ross. Shivani Rawat raconte : « Dès notre première rencontre, elle m’a décrit sa vision dans les moindres détails. Chaque vêtement avait été mûrement pensé pour mieux définir la personnalité de chacun. » 

Elle s’est aussi inspirée de l’histoire personnelle des personnages pour la raconter, visuellement. La chef costumière explique : « J’ai tenté d’imaginer quels vêtements Ben et Leslie auraient emporté avec eux, et si cela influençait la façon dont s’habillent aujourd’hui leurs enfants. Les deux aînées pourraient porter les anciens vêtements de leur mère. Les plus jeunes portent les vêtements hérités de leurs aînés ou retouchés. Parfois ils s’habillent avec des peaux provenant de la chasse. Nous voulions que l’on sente que tout est fait main, ils savent tous faire du crochet, tricoter ou coudre. S’il leur arrive de perdre un bouton de chemise, ou de trouer un jean, pas question de le jeter : ils réparent, c’est tout. » Monica Levinson ajoute : « Courtney est allée partout, dans les friperies, les braderies et sur les sites internet pour dénicher des pièces qui colleraient aux personnages. Elle a trouvé des choses incroyables, surtout pour les enfants. Elles ont quelque chose de magique qui sert le film. » 

Courtney Hoffman ajoute : « Le but était de créer des costumes qui auraient l’air d’avoir déjà vécu 10 ans. C’était un très beau défi mais mon équipe était composée de gens qui ont l’amour de leur métier. Un peu comme ces mères qui recousent un trou de pantalon puis prennent le temps de coller un patch de monstre rigolo, avec amour. » 

À ses yeux, une pièce cousue à la main symbolise cet amour plus que toute autre. Pour illustrer cette idée, elle poursuit : « Je suis particulièrement fière de la veste de funérailles de Bo. Nous l’avons créée avec les chutes de tissus provenant de tous les costumes rapiécés, raccourcis ou déchirés durant le tournage. Il symbolise la réincarnation et le cercle de la vie. Nous avons littéralement créé un vêtement qui est la manifestation physique ou la réincarnation d’autres vêtements. » Courtney Hoffman continue : « Je voulais que Ben porte sa tenue de mariage aux funérailles de sa femme. C’était audacieux mais Viggo m’a suivie : il m’a envoyé la photo d’une chemise western à carreaux rouges des années 70, avec des boutons pression, qu’il avait portée à son premier mariage. J’ai cherché un smoking rouge cerise pour aller avec sur tous les sites internet possibles et inimaginables ! » 

L’histoire de CAPTAIN FANTASTIC a permis à Matt Ross de réfléchir à ce que lui-même aurait fait à la place de Ben : « Cette question est vraiment à l’origine du scénario. Ben a tout abandonné pour donner cette éducation si particulière à ses enfants. Mais en leur apprenant à survivre dans son monde, il les a rendus incapables d’évoluer dans le monde réel. Ce film raconte l’histoire d’un homme en quête d’un juste équilibre. » 

Matt Ross conclut : « J’espère que CAPTAIN FANTASTIC sera à la fois drôle et triste mais surtout, émouvant. Et qu’il invitera les gens à examiner leur vie et leurs idées. On dit souvent que les films d’auteur vous amènent à réfléchir parce qu’ils s’intéressent d’avantage à la psychologie des personnages et qu’ils sont moins clichés, plus nuancés et plus stimulants pour l’intellect. De même, on dit que les films produits par Hollywood manquent de nuances ou de complexité parce qu’ils privilégient l’action et les montées d’adrénaline. Dans les deux cas, ces films échoueront s’ils ne reposent que sur cela. Je crois que le Graal ultime, c’est de faire des films à la fois intelligents et émouvants pour offrir deux heures de bonheur au public. J’espère que l’odyssée de la famille Cash est de ceux-là, et que le public rira et pleurera avec elle tout en réfléchissant aux questions qu’il soulève. »

2 commentaires:

  1. Merci pour les belles informations dans la rubrique "Notes de la production"! Et rassurez-vous, j'avais vu le film auparavant. Merci encore!

    RépondreSupprimer