
Action/Policier/Un film qui répond en partie aux attentes, mais qui tire en longueur
Réalisé par Takashi Miike
Avec Masataka Kubota, Nao Ohmori, Shôta Sometani, Sakurako Konishi, Becky, Jun Murakami, Seiyô Uchino, Sansei Shiomi...
Long-métrage Japonais/Britannique
Titre original : First Love
Durée : 01h48mn
Année de production : 2019
Distributeur : Haut et Court
Date de sortie sur nos écrans : 1 janvier 2020
Bande-annonce (VOSTFR)
Ce que j'en ai pensé : avec plus d’une centaine de films à son compteur cinématographique, le réalisateur Takashi Miike est prolifique. Il nous sert une histoire de yakuza entremêlée de romance légère avec son FIRST LOVE, LE DERNIER YAKUZA. La construction narrative sous forme de pieuvre qui expose chaque tentacule indépendamment pour les faire se rejoindre reste une valeur sûre pour embringuer le spectateur dans cette aventure. En effet, notre curiosité est piquée et on se met à mettre les pièces du puzzle en place pour reconstituer l’image globale.
La mise en place d’un plan foireux, dont on devine qu’il va être mené par des baltringues, nous fait d’ailleurs anticiper de bons moments en perspective. Le réalisateur apporte un point de vue culturel qui a son importance, parce qu’il montre que l’organisation criminelle des yakuzas au Japon subit un changement lié à la modernité et à la globalisation comme tout autre milieu sociétal. Il utilise aussi des situations personnelles extrêmement dramatiques pour les mettre en opposition avec des moments drôles. Il mélange donc les genres humour, drame et action.
La mise en place d’un plan foireux, dont on devine qu’il va être mené par des baltringues, nous fait d’ailleurs anticiper de bons moments en perspective. Le réalisateur apporte un point de vue culturel qui a son importance, parce qu’il montre que l’organisation criminelle des yakuzas au Japon subit un changement lié à la modernité et à la globalisation comme tout autre milieu sociétal. Il utilise aussi des situations personnelles extrêmement dramatiques pour les mettre en opposition avec des moments drôles. Il mélange donc les genres humour, drame et action.
On attend de sa part une série de scènes d’action violentes et sanglantes et ce n’est pas tout à fait ce qu’on obtient avec ce long-métrage qui se révèle assez bavard. La mise en place du contexte est un peu longue et la dynamique de l’ensemble est assez inégale. Bien qu’on apprécie qu’il prenne le parti de raconter l’histoire de laissés pour compte, le scénario tire en longueur pour en arriver à sa finalité qui ne présente pas de surprise particulière.
Indépendamment, les personnages sont bien croqués, notamment Leo, un jeune boxeur sans illusions interprété par Masataka Kubota, Otomo, un policier corrompu interprété par Nao Ohmori, Kase, un jeune yakusa ambitieux, qui sent le vent tourner et veut agir en conséquence, interprété par Shôta Sometani et Julie, une femme qui a la colère chevillée au corps et dont on ne veut pas se faire un ennemi, interprétée par Becky. Mais parfois, leurs interactions ne sonnent pas juste, notamment à cause d’un mélange des genres qui n’est pas toujours clairement délimité.
Indépendamment, les personnages sont bien croqués, notamment Leo, un jeune boxeur sans illusions interprété par Masataka Kubota, Otomo, un policier corrompu interprété par Nao Ohmori, Kase, un jeune yakusa ambitieux, qui sent le vent tourner et veut agir en conséquence, interprété par Shôta Sometani et Julie, une femme qui a la colère chevillée au corps et dont on ne veut pas se faire un ennemi, interprétée par Becky. Mais parfois, leurs interactions ne sonnent pas juste, notamment à cause d’un mélange des genres qui n’est pas toujours clairement délimité.
Source et copyright photos @ Haut & Court
FIRST LOVE, LE DERNIER YAKUZA a de bons côtés et répond dans une certaine mesure aux attentes qu’on peut avoir sur ce type de film. Cependant, il aurait mérité d’être plus court et plus dense dans son déroulement pour en faire un divertissement à conseiller absolument. On pourra cependant se laisser tenter si on apprécie le travail du réalisateur ou qu’on a envie de voir un film d’action différent.
NOTES DE PRODUCTION
(À ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)
ENTRETIEN AVEC TAKASHI MIIKE
Depuis 13 ASSASSINS et HARA KIRI : MORT
D'UN SAMOURAÏ, votre cinéma semble s'engager dans une voie plus
classique. À vos yeux, FIRST LOVE (Hatsukoi) s'inscrit-il dans la
même veine ?
Je respecte les codes du film d'époque
lorsque je tourne un film d'époque et, de même, je respecte ceux du
film de yakuza quand je tourne un film de yakuza. Cependant, je
réinterprète ces codes de manière subjective. Je respecte les
spécificités propres à chaque genre, mais je me les réapproprie
pour m'exprimer librement comme le fait tout cinéaste appartenant à
la génération actuelle. Et je crois que c'est un trait commun à
tous mes films.
Le titre suggère une relation
amoureuse même si le film se déroule dans un contexte très
violent. Comment avez-vous réussi à trouver le bon équilibre ?
Ce film parle de hors-la-loi désespérés
qui tentent de profiter au maximum de l'existence mais qui, par
conséquent, risquent la mort. Dans le même temps, c'est ce qui
donne lieu à la naissance d'une relation amoureuse. Le parcours de
hors-la-loi désespérés croise celui d'autres personnages. Ce genre
d'équilibre se trouve sans calcul.
Avec FIRST LOVE, vous collaborez de
nouveau avec le scénariste Masaru Nakamura. Comment a-t-il contribué
au scénario ?
Il a tenté de dépeindre avec
romantisme des êtres importants à ses yeux, mais méprisés par la
société. J'ai tenté d'interpréter cette histoire pour montrer que
chacun d'entre nous est forcément impliqué dans la vie d'autrui,
d'une manière ou d'une autre. Masaru a exprimé la beauté de cette
situation par la violence.
Véritable film de gangster, FIRST LOVE
aborde des thèmes propres au genre comme la drogue, la corruption
policière, la guerre des gangs et la duplicité. Y a-t-il un de ces
thèmes qui soit particulièrement sensible au Japon ?
J'ai le sentiment qu'aujourd'hui les
Yakuza ne peuvent plus vivre comme ils l'ont toujours fait. C'est
sans doute mieux pour la société, mais c'est une contrainte
néanmoins. À notre époque, le sens même du mot "liberté"
est remis en question.
La présence de gangsters chinois est
surprenante. Les triades ont-elles investi la mafia japonaise ou
est-ce un choix que vous avez fait pour des raisons de dramaturgie ?
C'est la réalité actuelle au Japon.
Les yakuzas jouaient un rôle de "milice" autoproclamée,
mais ils ont perdu de leur pouvoir et les hors-la-loi d'horizons
différents, comme les gangsters chinois, profitent de la situation
et suscitent de nouveaux problèmes.
Entre les scènes de boxe, de
courses-poursuites, de fusillades et de combats au sabre, quelles
sont celles qui ont été les plus difficiles à tourner ?
Elles sont toutes difficiles à
tourner. La difficulté, c'est que le cinéma japonais évite de
prendre des risques en ne présentant au public que des films
"bienveillants" (qui ne dérangent pas le spectateur). Le
plus triste, c'est qu'aujourd'hui il est devenu difficile d'envisager
de faire un film dont l'objectif premier n'est pas de gagner de
l'argent.
Les personnages féminins sont moins
nombreux que leurs homologues masculins, mais elles s'imposent toutes
avec force. Avez-vous eu du mal à trouver les actrices correspondant
aux rôles ?
Pour Monica, l'héroïne du film, on a
organisé une audition qu'on a limitée à des comédiennes qu'on ne
connaissait pas. Je me suis dit que le spectateur aurait davantage le
sentiment que le film est réaliste en engageant une actrice
inconnue. On a eu la chance de dénicher des acteurs magnifiques.
Comment avez-vous travaillé avec le
compositeur ? Quelles consignes lui avez-vous données ?
Au départ, on ne communiquait pas,
mais je lui ai demandé de commencer par lire le scénario. Ensuite,
je l'ai laissé mûrir ses idées. Après la fin du tournage, je lui
ai montré la première version du montage qui était assez proche du
montage définitif. J'ai souhaité qu'il confronte ce qu'il avait
imaginé pour ce projet au film quasi monté. Mes consignes se
résument à cette différence entre les deux. Par la suite, le
compositeur choisit sa tonalité (qui se traduit par l'instrument
principal qu'il utilisera) et nous nous voyons. Pour l'essentiel, je
lui demande d'écrire la musique qu'il a en tête. Il a parfois des
questions auxquelles je réponds et voilà tout.
Avez-vous laissé les acteurs
improviser sur le plateau ?
C'étaient des comédiens formidables
si bien qu'ils ont improvisé de manière très spontanée. Le
scénario n'est-il pas là pour ça ?
C'est la quatrième fois que Jeremy
Thomas participe à l'un de vos films. Comment l'avez-vous rencontré
?
Jeremy est un vrai producteur. Un vrai
producteur est un prédateur qui a un flair incroyable et qui est
constamment aux aguets pour repérer les meilleurs talents. La
meilleure histoire, le meilleur musicien, le meilleur réalisateur.
C'est à travers ses goûts que Jeremy m'a rencontré. À cette
époque, il m'a impressionné. Je n'étais qu'une petite souris
insignifiante face à lui. Je crois que c'était à la Mostra de
Venise il y dix ans.
Vous êtes un cinéaste prolifique.
Qu'est-ce qui distingue ce film de vos précédents longs métrages ?
Ce film me rend heureux, comme si je
revenais à mes thèmes familiers.
En faisant le calcul, on se rend compte
que vous avez réalisé plus de 4 films par an au cours des 25
dernières années. Souhaitez-vous ralentir le tempo ?
Hmm… Je ne crois pas que cette
décision m'appartienne. Il y a quelque part en moi ce sentiment que
je suis en train de décliner physiquement, si bien que je me dis que
je devrais tourner tant que je peux. Du coup, j'ai plutôt
l'intention d'augmenter la cadence que de la ralentir. Je préférerais
encore m'arrêter totalement que de diminuer le rythme.
À quel public FIRST LOVE devrait-il
s'adresser au Japon ? Pensez-vous qu'il soit encore possible de
choquer le spectateur au cinéma ?
Le système de classification au Japon
est progressiste. Ce film peut être vu par des enfants d'école
maternelle s'ils viennent au cinéma accompagnés par leurs parents.
Cependant, je pense que les enfants n'iront pas voir ce film. Les
enfants ont, curieusement, une sorte de sixième sens qui les protège
des dangers les menaçant. Dans le même temps, j'ai foi dans la
force du cinéma. Le mode de distribution des films est peut-être en
train de changer mais cela ne change rien à ma vision des films. Et
le cinéma continuera à bousculer le spectateur.
Quel message aimeriez-vous adresser au
public en amont de l'avant-première mondiale de FIRST LOVE ?
J'espère que le film vous plaira. J'ai
hâte de vous retrouver dans les salles de cinéma !
À propos de TAKASHI MIIKE
Né le 24 août 1960, Takashi Miike
passe sa jeunesse dans le quartier coréen (Yao) d’Osaka au japon,
Il sortira diplômé de l’Institut de cinéma Yokohama, Hoso Eiga
Senmon Gakko, dont le doyen n’est autre que Shohei Imamura. Après
une expérience à la télévision, Miike sera repêché par Imamura
qui fera de lui son assistant réalisateur sur Zegen, Le Seigneur des
Bordels et Pluie Noire.
Ses premiers films se font directement
en vidéo grâce au système V-cinéma, une façon pour les studios
japonais de permettre aux jeunes cinéastes de montrer leur
savoir-faire sans user de gros budgets. Il est reconnu par ses pairs
avec Les Affranchis de Shinjuku, son style y est déjà énergique.
Cinéaste acharné, il multiplie les tournages en explorant de
nouveaux genres. Takashi Miike aura réalisé plus de 100 films entre
la fin des années 90 et 2019. On le voit pervertir autant le Yakusa
Eiga (Film de mafieux), que la comédie burlesque (Yatterman) en
passant par le drame intimiste (Visitor Q), le western (Sukiyaki
Western Django), le cinéma horrifique (La Mort en Ligne) ou
l’adaptation de manga (Crows Zero 1 et 2, Ichi The Killer, Terra
Formas) et le Tokusatsu, c'est à dire les films de super-héros à
la japonaise (Zebraman) et le film d’action (Dead or Alive 1, 2,
3).
Très vite, on peut lui reconnaitre une
volonté d’exprimer par le cinéma les tendances « do it yourself
» de la culture punk. Il y a chez Miike une pulsion incontrôlable
d’envoyer balader les idées toutes faites et de tendre à la
société japonaise un miroir à peine déformant d’un monde
particulièrement violent qui n’offre à personne la possibilité
d’un avenir radieux : No Future.
Qu’il se tourne vers les films pour
enfants ou vers le cinéma gore, on remarque une même envie de salir
ses personnages avec des fluides corporels ou en situant l’action
dans des décharges publiques. De film en film c’est aussi un
cinéma baigné par une vision mélancolique mais humaniste de la vie
qui se détache. Bird People In China en est l’exemple le plus
flagrant. Il faut se tourner vers Gozu, son film manifeste pour avoir
une vision plus globale de son art. Une histoire de Yakuza
paranoïaque sous influence de l’écriture automatique. Takashi
Miike montre une réelle jouissance à compiler ses thèmes de
prédilection tout en construisant une architecture cinématographique
unique. Après avoir été salué par Quentin Tarantino, Audition a
eu les honneurs de la critique occidentale.
Il a signé récemment Jojo’s Bizarre
Adventures. Pour son centième film, Blade of the Immortal (2017) est
une adaptation du manga « L’habitant de l’infini » de Hiroaki
Samura pour lequel il a monté les marches à Cannes en compagnie de
Takuya Kimura. Il présente à Cannes en Mai 2019, son nouvel opus,
FIRST LOVE (Hatsukoi) dans le cadre de la Quinzaine des réalisateurs.
Il retrouve l’acteur Masataka Kubota, déjà dirigé dans 13
Assassins et Nao Otomo, qui tenait le premier rôle dans Ichi The
Killer. Parmi ses fidèles collaborateurs, il s’est à nouveau
attaché les services du scénariste Masaru Nakamura (Bird People in
China, Sukiyaki Western : Django), son compositeur Koji Endo (13
assassins, Hara-Kiri : Mort d’un Samouraï) et son directeur de la
photographie Nobuyasu Kita (13 Assassins, Hara-Kiri : Mort d’un
Samouraï, Blade of the Immortal)
Source : Gael Martin - Blog Médiapart
- droits réservés
Source et copyright des textes des notes de production @ Haut et Court
#FirstLove

Autre post du blog lié à FIRST LOVE, LE DERNIER YAKUZA
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire
Remarque : Seul un membre de ce blog est autorisé à enregistrer un commentaire.