mardi 18 septembre 2018

L'OMBRE D'EMILY


Policier/Thriller/Une réalisation qui réserve de bonnes surprises avec de superbes actrices, mais un scénario qui a du mal à ménager le suspense et qui tire en longueur

Réalisé par Paul Feig
Avec Anna Kendrick, Blake Lively, Henry Golding, Rupert Friend, Linda Cardellini, Jean Smart, Eric Johnson, Sarah Baker...

Long-métrage Américain
Titre original : A Simple Favor
Durée : 01h58mn
Année de production : 2018
Distributeur : Metropolitan FilmExport 

Date de sortie sur les écrans américains : 14 septembre 2018
Date de sortie sur nos écrans : 26 septembre 2018


Résumé : Stephanie cherche à découvrir la vérité sur la soudaine disparition de sa meilleure amie Emily. 

Bande annonce (VOSTFR)


Ce que j'en ai pensé : le réalisateur Paul Feig mélange humour et thriller. Sa mise en scène de ces styles réussit à faire mouche pour nous faire rire ou mettre en valeur les aspects mystérieux de cette histoire. Dès le début, il choisit d'intégrer un média moderne pour retranscrire les pensées d'une des protagonistes ce qui colle bien au personnage et apporte un petit côté décalé à la narration. 

Cependant, bien que le film soit sympathique à regarder, le spectateur n'arrive pas à vraiment rentrer dans cette aventure entre deux genres dont on ne sait jamais vraiment s'il faut la prendre sérieusement ou à la légère. La première partie réserve finalement plus de surprises avec la découverte des deux protagonistes féminines principales, Anna Kendrick qui interprète Stephanie Smothers, et Blake Lively qui interprète Emily Nelson. Ces deux actrices font un superbe travail pour imposer des personnalités marquées et intrigantes à leur personnage. Leurs échanges sont aussi particuliers qu'enthousiasmants. 



Copyright photos @ Metropolitan FilmExport

La seconde partie du film déroule ses rebondissements qui ne parviennent ni vraiment à surprendre ni à convaincre. Il y a une baisse de rythme et l'ensemble tire un peu en longueur. 

L'OMBRE D'EMILY commence en pétillant puis perd de son panache dans les méandres de son développement. La réalisation est bien travaillée et les actrices sont supers. Si on aime les films de Paul Feig et/ou les actrices Anna Kendrick et Blake Lively alors on peut se laisser charmer par ce film, cependant, il ne faut pas en attendre trop de son scénario. 




NOTES DE PRODUCTION
(À ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)
Les secrets, c’est comme la confiture : c’est facile à étaler, mais c’est mauvais pour le cœur″ -- Stephanie  

Malgré les apparences, les gens ne correspondent pas toujours à l'image qu'on en a. La protagoniste de cette histoire est une improbable héroïne de film noir, la blogueuse Stephanie (Anna Kendrick), mère de famille enjouée et organisée, vivant dans une banlieue résidentielle. Dans sa quête de bonheur conjugal, d’amitié et de recettes à tomber par terre, Stephanie se retrouve malgré elle prise au piège d'un imbroglio de sombres secrets et de terribles mensonges lorsqu’elle fait la connaissance de la maman ultra-glamour Emily (Blake Lively).

Lorsque Stephanie est invitée pour la première fois chez Emily pour que leurs enfants jouent ensemble, sa curiosité est tout de suite aiguisée. Emily, au mode de vie particulièrement chic, est à la fois mystérieuse et séduisante : elle occupe un poste important dans le milieu de la haute couture, son mari est un écrivain britannique particulièrement séduisant et elle habite une maison ultra moderne qui ressemble à un décor de cinéma. Stephanie est très flattée lorsqu’Emily commence à se confier à elle et à la considérer comme sa nouvelle meilleure amie. Elle semble fréquenter les cercles les plus fermés, et Stephanie a l’impression, grâce à elle, de pouvoir pénétrer cet univers somptueux digne de ses rêves les plus fous.

″J’ai besoin que tu me rendes un petit service″, lui demande un jour Emily. Sans hésiter, Stephanie accepte avec enthousiasme de récupérer son fils Nicky à l’école. Pourtant, la situation se complique lorsqu’Emily disparaît sans laisser de traces et que Stephanie doit assumer la responsabilité de son fils, sans le moindre indice pour la guider. Suivant son credo qui veut que ″les mamans se débrouillent toutes seules″, Stephanie se charge ellemême de retrouver son amie disparue avec l’aide de ses followers. Elle n’a aucune idée de la tournure que vont prendre les événements : son amitié et sa loyauté vont être mises à l’épreuve, de redoutables secrets révélés au grand jour. Stephanie est sur le point de s'engager dans un périple angoissant, ponctué de trahisons, d’impostures, de transgressions dont elle sera parfois à l’origine.

Paul Feig (MES MEILLEURES AMIES, SPY, la série FREAKS AND GEEKS) s’éloigne ici des comédies grand public pour lesquelles il s'est fait connaître. Il se consacre à un thriller à suspense, qui relève également de la satire de la tendance actuelle à vouloir exposer sur les réseaux sociaux une vie en apparence parfaite. La productrice Jessie Henderson, qui a également produit SPY, explique : ″Ce film ne ressemble à aucun autre et c’est ce qui va plaire aux spectateurs. Globalement on a vraiment l’impression d'un projet inédit qui puise dans de nombreux genres différents″.

Paul Feig s’est intéressé à L’OMBRE D’EMILY parce qu’il lui semblait que le scénario possédait tous les ingrédients lui permettant de repenser le genre du thriller : une intrigue haletante, une imagination diabolique, de l’humour pince-sans-rire, des personnages à la complexité psychologique infinie et un décor de banlieue résidentielle faussement paisible. ″J’adore jouer avec différents genres, casser les codes et tordre le cou aux clichés cinématographiques pour me les réapproprier″, raconte Paul Feig. ″Lorsque j’ai reçu le scénario de L’OMBRE D’EMILY, je me suis dit : ‘Bingo !’ C’est exactement ce que j’attendais. J’ai toujours beaucoup aimé les thrillers, si bien que j'avais hâte de m’essayer à ce genre. Stephanie est l’un des personnages que j’ai le plus apprécié de porter à l’écran″.

Paul Feig s’est emparé du personnage de Stephanie pour déconstruire l’héroïne dure à cuire et cynique qu’on attend dans un thriller. Il remarque : ″On connait tous une personne comme elle : la mère de famille qui consacre sa vie à essayer de faire plaisir aux autres et dont on profite parce qu’elle est trop serviable. Ce que je voulais avant tout, c’est qu’on soit de son côté, même lorsqu’elle ouvre soudain les yeux et découvre la noirceur du monde dans lequel elle vit″.

Pour Anna Kendrick, incarner la jeune femme qui tente de plaquer son optimisme à toute épreuve sur la plus sombre des machinations s’est avéré être un vrai numéro d’équilibriste qu’elle a savouré. ″C’est une histoire qui repousse les limites de genre ; on y trouve à la fois des gags, un meurtre à élucider, beaucoup de rebondissements et de surprises. Stephanie est sans aucun doute l’un des personnages les plus optimistes que j’aie jamais joués, mais elle a tendance à se voiler la face et la réalité finit par lui sauter au visage violemment à partir du moment où Emily disparaît, et c’est ça qui est intéressant″, estime l’actrice.

Paul Feig remarque que l’équilibre à maintenir dans le film entre divertissement et frénésie à la fois psychologique et sociale l’a poussé à explorer un domaine qu’il ne connaissait pas. C’est exactement ce qu’il recherchait : ″Le film est vraiment drôle mais il vous fait aussi ressentir toutes sortes d’émotions et propose des rebondissements que je n’avais jamais envisagés auparavant. Je dois remercier Darcey Bell, l’auteur de ce fantastique roman, mais aussi la scénariste Jessica Sharzer qui a fait un travail remarquable, sans oublier nos formidables acteurs ainsi que toute l’équipe qui nous a accompagnés pour raconter cette histoire″.

DU RIRE ET DES FRISSONS : UNE ADAPTATION PLUTÔT COMPLEXE

″Disparue″, le premier roman de Darcey Bell publié en 2017, a rapidement été élevé au rang des romans les plus addictifs de l’année, tenant les lecteurs insatiables en éveil jusque tard dans la nuit. Si les critiques l’ont comparé aux "Apparences″ de Gillian Flynn, le roman a tout de même quelque chose de résolument singulier et d’actuel. En effet, cet enchevêtrement de trahisons et de vengeances renferme aussi une analyse sans concession du personnage de la maman blogueuse qui explore le monde déroutant de la maternité à l'époque actuelle : ses principales caractéristiques sont un instinct protecteur à toute épreuve, une redoutable compétition sur les réseaux sociaux, une vraie solitude, une certaine jalousie et une quête sans fin de la perfection.

Grâce à ses retournements de situation complètement inattendus et à une histoire se prêtant particulièrement bien à une adaptation pour le grand écran, les droits du film ont été achetés avant même la parution du roman. Peu de temps après, la scénariste Jessica Sharzer (NERVE, SPEAK, DIRTY DANCING) s’est attelée à son adaptation. Dès le début, Jessica Sharzer a cherché à renverser l’intrigue de la femme en détresse, devenue un classique du film de divertissement. Elle a plutôt tenté d’explorer ce schéma qui nous est si familier pour mieux le subvertir.

″On a vu beaucoup de ces histoires où on découvre tout à coup que le narrateur n’était pas fiable″, reconnaît Jessica Sharzer, ″mais ce qui m’a plu dans le roman de Darcey, c’est qu’elle aborde ça différemment. Il reste profondément pince-sans-rire d’un bout à l’autre, et c’est surtout ça que je voulais montrer. Je tenais à ce que le film respecte les codes du genre, avec tout un tas de retournements de situation, mais qu’on le fasse de façon très consciente″.

Si Jessica Sharzer a abordé le rythme effréné de l’intrigue avec un côté malicieux, elle a aussi été largement inspirée par les thèmes sous-jacents. ″C’est une histoire sur la nature des secrets, la façon dont ils se répandent et finissent par avoir des conséquences sur notre vie et nos relations avec les autres″, note-t-elle. ″Mais on parle aussi des choix qui s’offrent aux femmes″.

C’est le sujet qui a le plus inspiré Jessica Sharzer et qui sous-tend la popularité grandissante du film noir "domestique", devenu un véritable phénomène culturel. On demande aux femmes de choisir un rôle à jouer dans la société et on les sanctionne lorsqu’elles tentent d’en sortir. Jessica Sharzer poursuit : ″Ce que j’aime, c’est que cette histoire s'attache à plusieurs femmes qui choisissent entre leur carrière et leurs enfants. Quels sont les compromis qu’on doit faire d’un côté et de l’autre ? Et qu’estce qu’on perd quand on fait ces choix ? Ce sont des sujets dont on discute tout le temps avec mes amies. Ce sont des questions importantes à se poser, je trouve ça très motivant de pouvoir aborder ce sujet dans un thriller″, ajoute-t-elle. ″Stephanie et Emily représentent deux types de femmes très différentes : une mère au foyer et une carriériste ambitieuse, qui ne seraient jamais devenues amies sans leurs fils. Je suis très intéressée par leurs différences et par le fait que les femmes se sentent encore à l’heure actuelle forcées de choisir l’une ou l’autre de ces options″.

Afin de rendre le film plus intéressant visuellement, Jessica Sharzer a fait de Stephanie la blogueuse une "vlogueuse". Si le livre alterne les points de vue, Jessica Sharzer a décidé que Stephanie serait au centre de l’action dans toutes les scènes. On suit donc son parcours, à mesure que sa personnalité de maman battante est confrontée à un déluge sans fin de soupçons, de catastrophes et de conflits psychologiques. La scénariste éprouvait une affection sincère pour le personnage de Stephanie. ″Je l’adore parce que c’est une vraie geek par certains côtés″, dit-elle en riant. ″Elle se donne beaucoup de mal, et pourtant elle sait que les autres mamans se moquent d’elle. Ses seuls vrais amis sont ses followers mais ce ne sont que des amis de substitution. Elle se sent donc seule, hantée par ses erreurs passées ; c’est ce qui la pousse à tenter d’être une maman parfaite″.

Ceci étant dit, le personnage d’Emily, la dure à cuire rusée aux antipodes de Stephanie, s’est avéré tout aussi intéressant à écrire. ″Emily est très élégante et sophistiquée mais dans son cas aussi ce n’est qu’une façade. Curieusement, toutes les deux ont un lourd passé qu’elles dissimulent de façon très différente : Stephanie confectionne des cookies allégés, tandis qu’Emily travaille dans la haute couture, un univers où tout est une question d’apparences et de mystère″, explique Jessica Sharzer.

Tout est allé très rapidement entre le moment où Jessica Sharzer a commencé à travailler sur le scénario et le début du tournage. Elle a été particulièrement flattée que ce soit Paul Feig qui se charge de la réalisation car elle adore ses comédies centrées sur des personnages féminins. ″Je me suis dit que j’avais beaucoup de chance, parce qu’on voit bien dans le travail de Paul qu’il a un vrai talent pour puiser dans ce qui rend les femmes drôles mais jamais de façon caricaturale ou pour s’en moquer″, remarque-t-elle.

Sa première lecture du scénario a beaucoup secoué Paul Feig. ″Je me souviens, j’étais dans mon jardin, assis dans un fauteuil confortable et je m’exclamais : ‘Oh mon Dieu ! Oh mon Dieu !’. Cette sensation ne m’a jamais quitté et m’a guidé tout au long de la fabrication du film″.

Paul Feig a décelé dans le scénario de Jessica Sharzer une occasion unique de déjouer les attentes des spectateurs. ″On a tendance à ranger les femmes dans des catégories bien spécifiques. L’épouse parfaite ou la connasse autoritaire. Mais dans ce film, si on croit au début que Stephanie est la maman pleine d’entrain dont on a envie de se moquer, on se rend vite compte qu’on s’est un peu trompé. Stephanie a bien d’autres facettes mais aussi des secrets. J’aime l’idée qu’on est en permanence pris de court″, résume Paul Feig. C’est l’idée qu’il a décidé d’explorer et qu’il a suivie jusqu’au bout.

Le producteur associé Mike Drake (RIDDICK) commente la démarche de Paul Feig : ″Paul n’a pas du tout abordé l’histoire comme un thriller classique ; l’intrigue ne cesse de se complexifier, tout en conservant une part de légèreté. Paul se consacre entièrement à l’art de la narration, et Jessie Henderson, productrice du film, est pour lui une partenaire inestimable. Ils savent très exactement ce qu’ils veulent et c’est ce qui a convaincu des acteurs d’un tel talent de s'associer au projet″.

Si Paul Feig a largement exploité le potentiel comique de la personnalité enjouée de Stephanie, prise dans un enchevêtrement de sombres secrets, il était aussi résolu à mettre la barre encore plus haut en matière de suspense. Le film adopte une tonalité susceptible de basculer en un instant du rire aux frissons.

″J’adore les films où on rit la moitié du temps et où on est terrifié le reste du temps″, révèle Paul Feig. ″C’est exactement comme dans la vie. On se demande souvent : ‘Est-ce que cette personne est vraiment sérieuse ? Est-ce qu’elle cache quelque chose ?’ Dans ce film, ce sont des questions centrales″.

Afin de renforcer le contraste entre humour et angoisse, Paul Feig a décidé de tourner le film à la manière d’une comédie enjouée au cœur d’une banlieue résidentielle, plutôt qu’un drame au réalisme cru, malgré toute la paranoïa et l’adrénaline qui se dégagent de l’histoire. ″Dans ce film, les scènes les plus palpitantes se passent en plein jour plutôt que dans des pièces mal éclairées″, notet-il. ″Dans les banlieues résidentielles, on ne peut rien cacher derrière les murs blancs et les grandes fenêtres. On voit ce qui s’y passe, du moins en apparence. C’est ça qui est aussi intéressant″.

ANNA KENDRICK ET BLAKE LIVELY : DEUX MAMANS AU STYLE TRÈS DIFFÉRENT

On sait déjà à quel point Anna Kendrick est une actrice éclectique. Pourtant, le rôle de Stephanie s’est avéré très nouveau pour elle. Stephanie ressemble en partie à Anna Kendrick, notamment en raison de son exubérance et de sa très grande gentillesse. Mais la prestation de l’actrice va bien au-delà car elle témoigne d'un sens inné du sarcasme, d'une grande complexité émotionnelle et d'une audace folle.

Paul Feig ne pouvait imaginer aucune autre actrice dans ce rôle. ″J’adore les prestations d’Anna de manière générale mais j’aime surtout quand elle interprète des rôles de personnages gentils, serviables et sincères, exactement comme Stephanie. Chaque fois qu’elle apparaît à l’écran, on tombe sous son charme″, remarque-t-il. ″Et pourtant, elle a un côté particulièrement acerbe qui est à mourir de rire, si bien que j’étais certain qu’Anna ferait tout pour que Stephanie n’ait pas l’air de se faire marcher sur les pieds″.

Il poursuit : ″C’est elle qui connaît la plus grande évolution au cours du film : au début, elle nous donne l’impression d’être la maman parfaite, jusqu’au moment où elle a vraiment le sentiment de se faire avoir. À ce moment-là, elle commence à se révéler et à adopter les plus grandes qualités d’Emily — une personne motivée, ambitieuse, pour qui il n’y a pas de non qui tienne. Elle commence à remettre en question sa conception de la nature humaine et elle met à profit cette découverte. Ce que j’aime beaucoup dans le travail d’Anna, c’est qu’à la fin du film, on a vraiment l’impression qu’elle a évolué″.

Anna Kendrick s’est attaquée à un personnage de femme qui semble être un peu bonne poire, mignonne, gentille mais qui refoule d'insondables peurs, regrets et émotions qu’elle ne parvient pas à affronter.

Jessie Henderson raconte : ″C’était très impressionnant d’observer Anna se glisser chaque jour dans la peau de Stephanie. Elle maîtrise de subtiles expressions du visage qui en disent long. Elle est tellement chaleureuse qu’elle attire les gens mais elle prend un soin particulier à dévoiler les fêlures de Stephanie de façon à la fois nuancée et captivante″. C’est Feig qui a convaincu Anna Kendrick d’accepter ce rôle exigeant. "Je savais que L’OMBRE D’EMILY serait un film peu conventionnel", dit-elle. Elle a également apprécié que des destins de femmes soient au cœur du projet, au-delà des codes du genre. "Les femmes ont des rapports si fusionnels, complexes, déroutants, que c'était formidable d’avoir la chance d’explorer cette dimension dans un thriller truffé de rebondissements".

Anna Kendrick a pris un vrai plaisir à jouer Stephanie et à creuser les méandres d'un personnage en apparence insouciant mais qui possède en réalité une seconde personnalité sur les réseaux sociaux. Selon l’actrice, bien que son personnage joue au détective lorsqu’Emily disparaît, elle n'en reste pas moins une mère célibataire seule et angoissée, encombrée d'un passé qu’elle cherche désespérément à oublier. "Stephanie est pleine d’entrain et voit toujours les choses du bon côté, ce qui la rend un peu irritante", déclare Anna Kendrick en riant. "Mais elle dégage aussi une certaine tristesse car elle est véritablement seule. Dans sa relation avec Emily, elle est prête à encaisser pas mal de choses car tout est préférable à la solitude. Stephanie cherche aussi l’approbation d’Emily. C’est, à mon avis, ce que vivent beaucoup de femmes dans certaines relations amicales".

Feig a laissé Anna Kendrick explorer les nombreuses aspérités de Stephanie et donner encore plus d’ampleur au rôle. "C'était formidable de travailler avec Paul, car il vous donne l’impression que tout est possible", reprend l’actrice. "On peut essayer n’importe quoi et il sait y déceler quelque chose : c’est une expérience très libératrice".

Pour la comédienne, un autre temps fort de cette collaboration a été de pouvoir forger un rapport complexe et tendu avec Blake Lively. "Dans la réalité, Blake est vraiment adorable, ouverte et chaleureuse", souligne Anna Kendrick, "si bien que c’était merveilleux de la voir témoigner de son sens de l'humour et de sa part d'ombre sous les traits d’Emily".

Blake Lively a elle aussi été heureuse de découvrir Anna Kendrick. "Anna peut rendre le moindre geste électrique. Elle est charmante, très intelligente et élégante", souligne Blake Lively. Pour celle-ci, ce projet lui a permis d'explorer une dimension nouvelle. "En incarnant Emily, c’était la première fois que j’avais la chance de jouer les méchantes, ce qui était drôle et un vrai plaisir".

L’actrice estime que cette histoire renvoie aux thrillers de l’âge d’or hollywoodien, teintés d'humour et un rien déstabilisants. "L’OMBRE D’EMILY me rappelle certains de mes vieux films préférés, où on ne sait pas ce qui va se passer jusqu’à la dernière minute", poursuit-elle. "J’adore LAURA, HANTISE, QU’EST-IL ARRIVÉ À BABY JANE ? et ÈVE. L’OMBRE D’EMILY rend hommage à ce genre de films stylisés et palpitants, aux intrigues tendues et aux personnages volontiers excessifs".

"On projette différentes facettes de soi dans la vie, que l’on soit sur les réseaux sociaux, dans la sphère privée ou dans le travail", ajoute Blake Lively. "Dans ce film, c’est intéressant de se pencher sur qui l’on est par opposition à l’image de soi que l’on renvoie au monde. Les femmes sont éduquées dans l’idée qu’il faut tout faire pour maintenir un certain niveau de perfection, que ce soit intérieurement ou extérieurement, mais l’imperfection est de ce monde et c'est d'ailleurs beaucoup plus intéressant que la perfection. Les personnages du film finissent par dévoiler leur véritable identité, ce qui les rend d'autant plus attachants à mes yeux".

Avec Emily, Blake Lively a incarné un personnage extrêmement manipulateur et sûr de soi mais aussi fragile psychologiquement. Emily donne l’impression de contrôler sa vie mais malgré ses airs de réussite, sa vie ne se révèle pas du tout stable. "Quand on découvre Emily à l’écran, elle est très aguichante et imperturbable mais l’on comprend qu’elle est aussi particulièrement vulnérable", reprend l’actrice. "Sa personnalité est à l'image des nombreuses vies qu’elle a vécues. Elle me fait penser à un chat".

Blake Lively a poussé ce côté fuyant résolument félin à son maximum. "Ça a été génial de voir Blake s'imprégner totalement de ce personnage car elle est connue pour camper des femmes auxquelles on s’attache", signale Feig. "Ici, elle est totalement inattendue. Elle s’est dépassée avec brio".

Pour Blake Lively, sa profonde fascination pour Emily et ses nombreuses facettes l’a amenée à collaborer avec plaisir avec les différentes équipes concernées pour concevoir sa coiffure, son maquillage et sa garde-robe. "Blake a beaucoup d'imagination et a apporté beaucoup d’idées sur la caractérisation de son personnage, quelles qu'en soient ses manifestations, de sophistiquée à beaucoup moins soignée", souligne la productrice Jessie Henderson.

Dès le départ, Blake Lively a voulu que les spectateurs envisagent d’abord Emily comme une femme audacieuse et sans respect pour les conventions avant que cette façade ne s’effondre et révèle une personne résolument différente. "Quand j’ai lu le scénario, j’ai senti qu’il fallait donner à Emily une allure plus emblématique, contrairement au livre ou au scénario", développe l’actrice. "C'est le style auquel les spectateurs qui la connaissent s’attendent, si bien que, si elle venait à disparaître, ce serait plus simple. Elle est mystérieuse. Personne ne sait à quoi s’attendre de sa part. Ainsi, si elle suscite des attentes et que les spectateurs ont l’impression de la connaître ou peuvent deviner ses décisions, cela lui offre la liberté de se réinventer bien plus facilement. Ça n’a pas été facile d’imaginer quelque chose qui n’ait pas déjà été fait cent fois. Il fallait que ça lui soit propre, presque comme une caricature d’elle-même. Je voulais une allure bien spécifique. C’est alors que je me suis dit, 'pourquoi ne pas l’habiller exactement comme Paul ?' Pas la version féminine et sexy avec la chemise déboutonnée. Non. En costume trois-pièces bien mis, avec nœud papillon, pochette et boutons de manchette. Je voulais jouer avec les canons de la sexualité féminine car je crois sincèrement qu’il n’y a pas besoin de montrer de la peau pour évoquer la sexualité. C’est quelque chose que l’on dégage. L’intensité d’un personnage peut le suggérer, avec ou sans peau et quand on aperçoit enfin quelques centimètres de chair, le sentiment d’être un voyeur n’en est que plus stupéfiant. L’expérience n’en est que plus enivrante. Elle en a parfaitement conscience. Chez elle, tout est question de pouvoir : il s’agit de sa façon d’utiliser son pouvoir sur les autres et de jouer avec eux. C’est un personnage franchement intéressant à incarner".

Pour le producteur exécutif Mike Drake, le scénario repose, de manière imprévisible, sur la relation d’amitié et de haine entre Blake Lively et Anna Kendrick. "Il y avait là matière à travailler pour ces deux actrices. On comprend combien elles ont toutes les deux adoré explorer les différentes facettes de leurs personnages et laisser les spectateurs découvrir la vérité", résume-t-il.

LES SECONDS RÔLES

Alors que les univers de Stephanie et d’Emily, aux antipodes l’un de l’autre, commencent à se croiser, il en est de même de leurs familles. C'est ce qui a rendu exaltant les auditions pour dénicher de nouveaux acteurs susceptibles de les incarner. L’un des rôles les plus complexes à distribuer a été celui de Sean, le mari d’Emily fringuant mais désabusé, qui semble désemparé par sa disparition et qui se tourne de plus en plus vers Stephanie en quête de réconfort et de soutien… voire plus si affinités.

Pour camper ce personnage à la fois attirant et complexe, Feig a engagé Henry Golding, acteur malaysien-britannique et star montante à l'affiche de CRAZY RICH ASIANS. "Henry est séduisant, possède une voix superbe et est d’une incroyable décontraction. Plus important encore, Henry est aussi un acteur réellement passionné et talentueux", déclare le réalisateur.

Golding a été intrigué par le triangle incertain entre son personnage, Emily et Stephanie. "J’ai été fasciné par le changement de dynamique entre ces trois personnages et la rapidité avec laquelle ce changement se produit parfois au cours de l’histoire", admet-il sans détour. "J’ai aussi été intéressé par Sean, cet écrivain raté qui se redécouvre une vie quand sa femme disparaît".

"À une époque, Sean était un écrivain reconnu et tout New York parlait de lui, ce qui lui a valu l’attention d'Emily", explique Golding en évoquant ce qui attire son personnage chez Emily, puis chez Stephanie. "C’était une femme d’influence très séduisante et forte mais leur relation est devenue toxique, car il a fait d’Emily le centre de son univers quand il a cessé d’écrire. À sa disparition, il est totalement perdu et cherche compassion et réconfort auprès de Stéphanie – autant de sentiments inédits pour lui".

Golding et Feig se sont inspirés de l'allure à la fois élégante et décontractée de Cary Grant pour le personnage mais l’acteur n’hésite pas à vanter le talent d’Anna Kendrick et de Blake Lively grâce à qui il a pu donner son maximum. "Anna et Blake sont toutes les deux des forces de la nature à prendre en compte", rapporte-t-il. "Certes, j’ai été intimidé de jouer avec elles mais elles se sont toujours montrées très encourageantes. Ça a été une chance merveilleuse de les voir jouer. Elles vous font croire à tout ce qu'elles font".

Pour ajouter encore aux rebondissements du film, Miles et Nicky, les fils respectifs de Stephanie et d’Emily, nouent eux aussi une rivalité à mesure que l’intrigue se complexifie. Pour se glisser dans la peau de ces personnages exigeants, le réalisateur a choisi les jeunes acteurs Joshua Satine et Ian Ho, respectivement Miles et Nicky. Ils ont tous deux décroché ces rôles après avoir passé des auditions. "Tous les deux sont d’excellents comédiens qui ont vraiment investi leurs personnages", déclare Felg. "Nicky est colérique et en sait plus qu’on ne le croit, Miles est comme un prolongement de Stephanie à force d'avoir été tenu à l’écart de tout ce qui est triste et sombre par sa mère".

Jessie Henderson a également été impressionnée par ces stars montantes. "Joshua et Ian sont si jeunes que c’est absolument hallucinant qu’ils aient pu apprendre leur texte et encore plus d'insuffler une telle émotion à leurs personnages. On a eu beaucoup de chance de les trouver car ils ajoutent à l’authenticité de l’histoire", reconnaît-elle.

Pour compléter cette distribution, Andrew Rannells (LE NOUVEAU STAGIAIRE, la série GIRLS) campe Darren, un parent d’élève très moralisateur ; Linda Cardellini, de la série FREAKS AND GEEKS créée par Felg, interprète Diana Hyland, qui fait partie du passé mystérieux d’Emily ; Jean Smart (les séries FARGO et 24 HEURES CHRONO) incarne la mère excentrique d’Emily, Mme McLanden ; Rupert Friend (LA MORT DE STALINE, la série HOMELAND) le patron d’Emily, à la tête d’un empire de la mode à son nom, Dennis Nylon ; et Bashir Salahuddin (SNATCHED, la série GLOW) interprète l’inspecteur Summerville chargé de l’enquête.

Les producteurs avaient envie de travailler avec Rannells depuis longtemps. "Je trouve Andrew plein de talent et Paul et moi voulions tourner avec lui depuis un moment", raconte Jessie Henderson. "Il joue Darren, qui est un peu susceptible et se montre toujours méfiant des autres. Andrew le campe à merveille, avec beaucoup de légèreté en prime".

C’est comme si Darren se retrouvait au centre d’un chœur grec, aux côtés de Sona (Aparna Nancherla de MASTER OF NONE) et de Stacey (Kelly McCormack de la série KILLJOYS). "Darren fait partie d’un groupe de parents qui critiquent beaucoup, adorent les ragots et se montrent malveillants envers Stephanie", développe Rannells. "Ils voient en elle une sorte de Martha Stewart constamment en train de s'investir dans les activités de l’école, à leur grand désespoir. Elle a toujours les encas qu’il faut et les jeux qui conviennent. Darren et ses amis passent leur temps à faire des commentaires désagréables et à critiquer Stephanie, jusqu’à ce qu’ils s'aperçoivent que c’est peut-être elle qui a raison".

Pour Feig, c'était l’occasion de collaborer de nouveau avec Linda Cardellini après plusieurs années. "L’une des plus grandes expériences de ma carrière a été de diriger Linda sur FREAKS AND GEEKS", raconte-t-il. "Et c’était il y a dix-sept ans ! C’est une actrice formidable et son personnage n’a rien à voir avec la Lindsey de [la série]. Ça a donc été drôle de la voir adopter une personnalité sombre et imprévisible. On s’est bien amusés et elle sera toujours mon idole".

L’actrice remarque que Diana Hyland sert de catalyseur pour comprendre le passé d’Emily. "La vie entière de Diana s’effondre à cause d’Emily, si bien que quand elle entend à nouveau parler d’elle, elle se sent comme hantée par un fantôme. Elle passe par toutes sortes d’émotions en un très court laps de temps", signale-t-elle.

La présence de Jean Smart au générique s'est révélée tout aussi importante aux yeux du réalisateur. "J’ai eu la chance de connaître personnellement la merveilleuse Jean Smart pendant quelques années et c’est un vraie pro", poursuit-il. "Elle a beaucoup contribué à la création de son personnage, notamment avec l’idée que Mme McLanden puisse porter un survêtement chic, car elle cherche à maintenir l’illusion qu’elle est riche et élégante malgré son état de déliquescence".

Ce personnage a été une révélation pour l’actrice. "Elle a eu une vie très mouvementée et elle est devenue un peu excentrique", évoque Jean Smart. "Et ça a été fantastique de pouvoir travailler une fois de plus avec Anna Kendrick".

Pour l’extravagant Dennis Nylon, les producteurs ont eu la chance que Rupert Friend lise le scénario et les sollicite pour le rôle. "Ça m’a surpris que Rupert soit intéressé", reconnaît Feig, "mais à la seconde où il a joué le personnage et proposé des idées, il a été parfait. On s’est bien amusés à changer et à enrichir son rôle".

L’inspecteur Summerville se joint lui aussi à la mêlée. Il essaie à la fois de retrouver Emily et de comprendre pourquoi l’histoire ne tient pas debout. "Bashir Salahuddin est parfait pour ce rôle", poursuit Jessie Henderson. "Il est incroyablement drôle et possède l’air sérieux nécessaire. Entre lui et Stephanie, c’est le jeu du chat et de la souris et il a toujours l’air de surgir au mauvais moment. Bashir permet de vraiment détendre l'atmosphère, même si cela a tendance à rendre Stephanie et les spectateurs plus anxieux".

LES APPARENCES PEUVENT S’AVÉRER TROMPEUSES : LES DÉCORS

Situé dans une région rurale verdoyante du Connecticut aux allures faussement tranquilles, L’OMBRE D’EMILY est un film solaire et chatoyant, tout en appartenant à un registre très sombre. Dès le début, Feig a su qu’il voulait jouer avec l’idée d’une atmosphère contemporaine de film noir se déroulant en banlieue : la beauté et la légèreté de l’univers visuel du film tranchent violemment avec les constants soubresauts de l’histoire de Stephanie et d’Emily.

Feig a collaboré avec une équipe de choc pour y parvenir. À commencer par le directeur de la photographie nommé aux Oscars John Schwartzman, notamment connu pour sa magnifique lumière sur PUR SANG : LA LÉGENDE DE SEABISCUIT, ROCK, JURASSIC WORLD et PEARL HARBOR. Amis de longue date, ils se sont connus à l’école de cinéma et Schwartzman avait apprécié leur première collaboration.

Dès le départ, Schwartzman et Feig ont envisagé de faire appel aux dispositifs traditionnels du suspense tout en s’en éloignant. "Il était primordial de continuer à jouer avec le fait que personne ne sait ce qui se passe vraiment jusqu’à la fin du film. C’est pour cette raison que je ne voulais pas recourir à l’habituelle ombre sur le mur typique du genre. C’était trop flagrant et ça dévoilait beaucoup trop l’histoire", insiste Schwartzman.

En explorant d’autres représentations de la paranoïa, Schwartzman s’est inspiré de l'univers néo-noir de BLUE VELVET de David Lynch comme ligne directrice. "Je me suis intéressé aux couleurs éclatantes de ce film et je m’en suis nourri", raconte le directeur de la photographie. "Je ne cherchais pas à cacher quoi que ce soit dans les ombres. J’ai préféré mettre en valeur les décors et les accessoires et laisser les spectateurs comprendre leur signification".

À l’aide de la caméra dernier cri Panavision DXL équipée d'objectifs Panavision Primo 70mm, Schwartzman tenait à jouer avec l’immédiateté des événements et faire partager aux spectateurs la stupeur que ressent Stephanie à la disparition d’Emily. Il s'est également amusé avec la dimension visuelle des blogs vidéo d’Emily. "On voulait que les spectateurs aient l’impression de suivre le blog de Stephanie", explique-t-il, "j’ai dit à Paul 'Filmons Anna en train de tourner les scènes du blog et je les refilmerai ensuite en très haute définition sur écran géant'. C’est ce qui a donné cette texture pixellisée. Il y a aussi de petits clins d’œil dans chacune de ces scènes de blogs, ce qui les rend très drôles. Leur ton évolue au même rythme que le mystère".

"Ce qui est merveilleux au début, c’est que Stephanie livre au spectateur ses commentaires par l’intermédiaire des blogs vidéo", reprend Feig, "ce qui permet de savoir ce qu’elle pense et de voir comment ses fans la perçoivent. Mais le blog se transforme ensuite en outil dont Stephanie se sert contre Emily, lui envoyant des messages cryptés à l’insu de ses fans".

Un autre temps fort pour Schwartzman a consisté à éclairer la maison de verre d’Emily, ultra-moderne – lieu de tournage découvert par le chef décorateur Jefferson Sage, qui travaille avec Feig depuis FREAKS AND GEEKS et qui a collaboré à MES MEILLEURES AMIES. "La maison d’Emily devait être immaculée et haut de gamme. Elle est tout en volume, pleine d’espaces vides, avec de grandes baies vitrées et un simple jeu de lumière", souligne Sage.

Les producteurs ont eu de la chance pendant les repérages. "La maison que l’on a fini par trouver possède un merveilleux sol en béton que l’on a pu utiliser pour déplacer les caméras dans toutes les directions", explique le réalisateur. " il y avait beaucoup d’espace, ce qui était important car John Schwartzman est le roi des mouvements de caméra".

La palette de couleurs à l’intérieur de la maison d’Emily – des gris et des blancs froids – tranche avec celle de la demeure de banlieue plus modeste de Stephanie faite de couleurs vives. "Ces deux maisons nous racontent visuellement les histoires très différentes de ces personnages, nous renseignant sur leur identité et leurs origines", fait remarquer Sage.

L’un des décors préférés de Sage reste la propriété délabrée de Mme McLanden, filmée sur les terres vastes et inquiétantes d’un ancien domaine ayant appartenu à de riches entrepreneurs canadiens. "On s’est amusés à créer ce décor, car Mme McLanden était riche autrefois mais la situation s'est renversée et on a donc voulu suggérer que sa grandeur et sa richesse passées se résument à un tas de vieilleries. C’est drôle et effrayant tout à la fois", poursuit-il.

Le réalisateur a surtout été impressionné par le travail de Sage pour créer les bureaux en enfilade de la Dennis Nylon construits de A à Z dans un entrepôt désaffecté. "Le décor de la Dennis Nylon est le chef d’œuvre de Jeff", déclare Feig, admiratif. "L’aménagement en open space est visuellement exaltant, surtout quand on y voit Stephanie s’y déplacer furtivement. Elle est exposée aux yeux de tous".

Tout comme Schwartzman, Sage s’est amusé à enfreindre les règles. "On voulait créer une tension extrême mais en même temps, on souhaitait que les spectateurs puissent prendre du recul et rient", ajoute-t-il. "C’est ce qui a influencé les lignes et nous a fait en exagérer un peu le style. Alors qu’on aurait tendance à montrer des endroits peu reluisants pour donner une touche de réalisme au décor, on a ici choisi de rendre le moindre recoin impeccable".

Il fait également remarquer que le film est d'une fluidité inhabituelle. "L’un de nos principaux objectifs a été de faire en sorte que les scènes de transition soient aussi fortes que le reste de l’action, on passe d’une scène à une autre en préservant la tension narrative", reprend Sage.

Autre élément fondamental : les tenues confectionnées par Renée Ehrlich Kalfus, qui a récemment élaboré les costumes d’époque pour le film oscarisé, LES FIGURES DE L’OMBRE. Feig s’est montré très clair dans ses directives. "Je voulais que Stephanie porte des tenues très colorées", se souvient le réalisateur. "C’est sa façon de camoufler ses démons intérieurs en s’entourant de couleurs joyeuses et elle porte des vêtements vraiment décalés. Renée est une créatrice épatante et elle a fait un travail fabuleux avec Anna et Blake".

La chef costumière estime que les deux personnages principaux ont beaucoup plus de choses en commun qu’au premier abord. "Elles sont intelligentes et se réfugient derrière une sorte d’armure et cela a servi de ligne directrice pour leurs costumes. Le personnage de Stephanie se pose en mère pétillante qui vit en banlieue et fait tout elle-même. Sa garde-robe évoque donc son côté banlieusard et attachant mais ses tenues s’assombrissent à mesure qu’elle comprend ce qui se passe. Emily est tout le contraire et s’habille presque comme Paul Feig : en costumes pour homme extraordinairement emblématiques. C’est un style percutant que l’on a accentué. On espère qu’elles conservent toutes les deux leur part de mystère, car cette histoire parle justement du fait que les gens ne sont pas toujours tels qu’on les imagine".

Les exigences vestimentaires du film ont été considérables : Anna Kendrick se change à elle seule 39 fois, mais Renée Ehrlich Kalfus a particulièrement apprécié de travailler avec les deux actrices. "Elles attirent chacune l’œil à leur façon. Je me suis bien amusée à voir comment leurs costumes nous renseignent sur ces personnages", déclare-t-elle.

Orchestrant le plateau avec un planning très serré, Feig avait une vision très précise du film et a réussi à l’imposer malgré l'évolution délirante de l’histoire. ”Paul excelle dans sa direction car c’est un réalisateur formidablement déterminé”, indique la chef décoratrice. ”Il est intelligent, intuitif, toujours très élégant en costume trois-pièces. Il possède aussi un merveilleux sens du comique”.

Acteurs et membres de l’équipe technique confondus étaient heureux de témoigner à l’écran de ce mélange d’intelligence et de finesse d’esprit. ”Grâce à Paul, tout le monde a pu s’aventurer sur de nouveaux territoires tout en se sentant encouragé”, intervient Mike Drake.

”Paul a mis en place un environnement propice à la créativité en toute quiétude. Les gens s’y révèlent encore meilleurs dans leur domaine qu’ils ne le sont déjà”, ajoute Jessie Henderson. ”Sur ce film, on a réuni des acteurs et des techniciens merveilleux, que Paul a amenés à repousser leurs limites. C’est l’un de ses talents”.

Résultat : un film qui place les spectateurs dans l’expectative qui permet de ressentir chaque émotion, jusqu’à la toute dernière seconde. ”Chaque révélation du film est plus amusante et choquante que la précédente et laisse les spectateurs sur le quivive”, résume la productrice. ”C’est le genre de film ponctué de ces petits détails qui passent inaperçus mais qui laissent présager que ce sera vraiment génial de le revoir encore et encore”.  

  
#lombredemily


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