jeudi 1 novembre 2018

CRAZY RICH ASIANS


Comédie/Romance/Un film agréable, romantique et divertissant

Réalisé par Jon M. Chu
Avec Constance Wu, Henry Golding, Michelle Yeoh, Gemma Chan, Lisa Lu, Awkwafina, Harry Shum Jr., Ken Jeong...

Long-métrage Américain
Durée: 02h01mn
Année de production: 2018
Distributeur: Warner Bros. France 

Date de sortie sur les écrans américains : 15 août 2018
Date de sortie sur nos écrans : 7 novembre 2018


Résumé : Née à New York, Rachel Chu n'est jamais allée en Asie. En accompagnant son fiancé Nick Young au mariage de son meilleur ami à Singapour, Rachel est donc enchantée de découvrir le continent de ses ancêtres…même si elle redoute un peu de rencontrer la famille de son fiancé. Il faut dire que Nick a omis quelques détails d'importance. Car il est non seulement l'héritier d'une des familles les plus riches du pays, mais aussi l'un de ses célibataires les plus recherchés. Rachel devient alors la cible de toutes les jeunes femmes de la bonne société singapourienne en mal de maris et, pire encore, de sa future belle-mère.
Si l'amour ne s'achète pas, l'argent rend les situations parfois bien complexes…

Bande annonce (VOSTFR)


Ce que j'en ai penséce film raconte une histoire d'amour classique dans un contexte original. Les excès des gens très riches sont ici utilisés comme le fil rouge de la narration. Le réalisateur Jon M. Chu nous fait voyager de New-York à Singapour. Sous sa caméra, la culture asiatique est mise à l'honneur notamment au travers de la nourriture et des aspects familiaux. Il sait aussi forger rapidement une atmosphère amicale ou hostile, une ambiance de conte de fées ou une description visuelle de la façon dont les informations voyagent à vitesse grand V au pays des ragots. 

Le scénario reste sur un terrain assez balisé en ce qui concerne son déroulement et les retournements.Ce long-métrage change les idées, il se regarde facilement. On rit quelques fois sans que cela soit une caractéristique principale. Il tend surtout à être romantique et atteint son but avec précision. L'argent est au centre des préoccupations et de la narration. Avec les inquiétudes des gens riches, on a l'impression de prendre des vacances. Les personnages sont bien dessinés, même s'ils correspondent en tous points aux critères de la comédie romantique. Il y a d'ailleurs des clins d'œil à des films américains du même genre de par les situations que les protagonistes traversent. 

Le casting a tout pour plaire. Constance Wu interprète Rachel Chu, une jeune femme qui va devoir prouver qu'elle peut faire face aux responsabilités et devoirs que la fortune entraînent. 



Henry Golding interprète le charmant Nick Young, riche et amoureux, il est tiraillé entre tradition familiale et son envie de vivre sa vie. Michelle Yeoh interprète Eleanor Young, la mère garante de la bonne conduite de ses enfants et du respect des traditions.


L'ensemble du casting est convainquant, cependant, Awkwafina est à la fois drôle et pleine d'énergie dans le rôle de Peik Lin Goh. Son personnage est le plus original.

CRAZY RICH ASIANS fait rimer les fantaisies de riches avec sourires et romantisme. Ses atouts sont son contexte, les particularités de sa réalisation et son casting qui nous fait vivre cette aventure naïve et agréable. Il fait passer un bon moment pour se détendre. 

NOTES DE PRODUCTION
(A ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

CHAQUE FAMILLE A SON LOT DE CINGLÉS ! 
Rachel : “Tu aurais dû me dire que tu étais une sorte de Prince William de l'Asie".
Nick : “C'est ridicule. Je suis bien plus proche d'Harry". 
Que se passe-t-il lorsque l'amour de deux jeunes tourtereaux se fracasse sur une vieille fortune familiale ? CRAZY RICH ASIANS tente d'y répondre avec humour et conviction. 

Nick Young, jeune homme courtisé par le tout-Singapour, amène chez lui sa ravissante petite amie Rachel Chu, New-yorkaise à la belle réussite professionnelle, pour qu'elle rencontre sa famille… mais les présentations ne se passent pas franchement comme prévu. Pour Rachel, ce qui commence comme un merveilleux voyage romantique avec l'homme de ses rêves se transforme en combat pour rester fidèle à elle-même et à ses racines. Chemin faisant, elle doit tenir tête à ses rivales, aussi parfaites que perfides, et à une future belle-mère estimant que cette jeune Américaine d'aujourd'hui n'est pas à la hauteur de son fils…

"On a tous connu ça", note Jon M. Chu. "On a tous eu le sentiment de ne pas être à sa place – d'avoir confiance en soi à certains moments, puis d'être mal à l'aise à d'autres, d'être extérieur à une situation et de se trouver des points communs avec des gens qu'on ne connaît pas. C'est génial d'avoir une famille soudée, mais ça peut aussi vous rendre dingue. On peut se sentir gêné par ses proches. Ils se permettent de juger les gens qu'on fréquente et les choix d'avenir que l'on fait. Les mères, surtout, sont capables de mettre leur fils sur un piédestal et se mêler de leur vie pour que leur compagne en vaille la peine. Je l'ai d'ailleurs moi-même vécu avec ma propre mère", confie-t-il dans un sourire. 

Se déroulant à Singapour, CRAZY RICH ASIANS est le premier film hollywoodien contemporain entièrement joué par des comédiens asiatiques depuis 25 ans. Le récit exploite l'humour des petites manies d'une famille de telle sorte que tout le monde peut s'y reconnaître - quelle que soit son identité, quelle que soit sa fortune, et quel que soit son pays d'adoption. On retrouve là le besoin fondamental de s'intégrer, tout en restant fidèle à son identité, à une époque de métissage – et parfois de conflit – entre cultures. 

Comme l'amie de Rachel tente de la prévenir : ces gens-là ne sont pas seulement riches. Ils sont riches à millions ! Et ce n'est que la partie émergée de l'iceberg… 

Constance Wu, qui campe l'intrépide Rachel, évoque son personnage : "Elle est prof d'université et elle a été élevée par une mère célibataire issue de la classe moyenne. Aux yeux de pas mal de gens, c'est un motif de fierté, mais pas pour les Young. Eux sont fiers de leur lignée. Je n'ai pas le sentiment que le film nous explique qu'un système de valeurs est meilleur qu'un autre, mais il expose ces différences culturelles et les différences entre Asiatiques et Américains d'origine asiatique qui ne sont pas souvent abordées. Ce que j'adore chez Rachel, c'est que lorsque la situation devient épineuse, elle a le courage d'écouter ses sentiments et de trouver sa propre voie. Et même si elle en souffre parfois, c'est ce qui la caractérise". 

C'est aussi une mise à l'épreuve pour Nick, même s'il sait ce qui l'attend. "Certain que Rachel est la femme de sa vie, il doit d'abord surmonter les difficultés liées aux présentations de sa fiancée à sa famille", signale Henry Golding, qui campe ici son premier rôle au cinéma. "Il a peur qu'en découvrant le milieu où il a grandi, elle se dise qu'il ne correspond pas à l'homme dont elle est tombée amoureuse. Par ailleurs, une fois rentré au pays, il perçoit parfaitement quelles sont les forces à l'oeuvre qui se liguent contre eux, et il sait qu'en tenant tête à sa famille, Rachel et lui risquent d'en pâtir". 

"On savait que l'universalité de l'intrigue était liée à sa spécificité", signale Chu. "Plus les références culturelles étaient spécifiques – les personnages et leurs milieux –, plus on allait pouvoir imaginer une intrigue dans laquelle les spectateurs du monde entier pourraient se reconnaître sur un plan émotionnel. Car chaque culture et chaque famille a sa part de folie, ses traditions, et ses secrets les plus étranges qu'elle n'a pas envie de révéler au grand jour, mais dont, au fil du temps, elle peut être fière et qu'elle peut avoir envie de partager avec d'autres". 

En atteste la popularité mondiale du livre dont s'inspire le film – "Singapour Millionnaire" de Kevin Kwan, best-seller planétaire inscrit sur la liste du New York Times. 

L'auteur est non seulement producteur exécutif du film, mais il fait aussi une apparition dans la scène où la rumeur de la venue imminente de Nick et Rachel se propage sur les réseaux sociaux. Il a été consultant sur de nombreux aspects du film, des personnages aux costumes, des lieux de tournage aux décors : il a donné accès à l'équipe à ses albums de famille pour que les départements Décors et Costumes puissent s'en inspirer et a même mis en contact la production avec un collectionneur de montres qui a prêté une pièce exceptionnelle, accompagnée de son vigile ! "C'était le plus formidable collaborateur de création qui soit", affirme Chu. 

En ce qui concerne le scénario, Kwan a été particulièrement non interventionniste : "Je me sentais trop proche de cette histoire", dit-il. "Du coup, on a fait appel à deux formidables auteurs, Peter Chiarelli et Adele Lim. Je tenais à leur laisser une totale liberté pour qu'ils puisent dans le livre et en conservent ce qui leur semblait le plus judicieux pour le film. Entre leur vision des choses et celle de Jon, ils ont fait un boulot magnifique. Car c'est une chose de disposerd'une trentaine de pages pour mettre en place un univers, et c'en est une autre de n'avoir qu'une fraction de seconde pour le faire dans un film. Le spectateur y est immédiatement sensible". 

Pour Kwan, l'aventure a commencé avec les producteurs Nina Jacobson et Brad Simpson de Color Force et John Penotti d'Ivanhoe Pictures, fascinés par l'histoire à une époque où le livre n'était pas encore publié. 

"Je l'ai lu d'une seule traite", signale Nina Jacobson. "J'ai été totalement projetée dans cet univers que je ne connaissais pas du tout, mais que j'ai trouvé très accessible. Tous ceux qui ont été rejetés par leur belle-famille – ou à qui on a bien fait comprendre qu'ils n'avaient pas choisi la 'bonne' personne, en raison de son sexe, de ses origines ethniques ou sociales – peuvent comprendre. Nous vivons dans une société mondialisée, et nous sommes tous connectés les uns aux autres via Internet. Nous disposons d'innombrables moyens de rencontrer des gens ayant des affinités communes avec les nôtres, mais pas forcément issus des mêmes milieux. On n'a plus la même probabilité de tomber sur quelqu'un du même milieu que lorsqu'on se rencontrait dans le même quartier. Je crois que la volonté d'aller vers les autres, de rester fidèle à son identité tout en souhaitant découvrir celui ou celle dont on est tombé amoureux est atemporelle et universelle". 

Penotti ajoute : "Ce qui m'a frappé, c'est qu'on plonge dans l'histoire avec ses excentricités et ses éléments plus classiques et, surtout, ses émotions. C'est un mélange difficile à réussir. Je suis italien et mes racines plongent en Italie, j'ai une famille très nombreuse, et c'est assez évident de retrouver cette réalité dans un contexte asiatique, où l'on accorde une grande importance à l'art culinaire, au foyer, à la famille et aux traditions. À mes yeux, on tenait là une matière très riche pour un grand film". 

De son côté, l'auteur a été séduit par "la passion et le dévouement" de ses partenaires. "J'avais une confiance totale dans cette équipe. Je me suis dit que je pouvais me lancer les yeux fermés, tant qu'on respectait l'ADN de mon livre. J'ai le sentiment que le résultat correspond à mes intentions de départ". 

S'agissant du choix du réalisateur, Penotti précise : "On était convaincus, bien avant lui, que Jon était notre homme". Au-delà de ses qualités de metteur en scène, le producteur pointe une autre qualité, moins évidente : "Jon sait instinctivement ce que peut ressentir un personnage comme Rachel, qui n'est pas dans son élément". 

D'origine taïwanaise, Chu est un Américain de la première génération. "Comme j'ai grandi dans une famille d'immigrés, je reste un peu chinois dans l'âme. Mais, pour être honnête, je suis un vrai Californien ! Quand j'étais lycéen, je jouais au basket-ball et au tennis, et jepratiquais toutes ces activités typiquement américaines, et ce déchirement lié à mon identité culturelle a toujours été prégnant dans ma vie. On est obligé de choisir ce qu'on a envie de conserver de ses traditions culturelles et de sa philosophie de vie et, a contrario, ce qu'on souhaite laisser de côté. Les différentes cultures ont tendance à se rapprocher, et je crois qu'il faut respecter les êtres humains dans toute leur folie, dans leurs différences culturelles, pour y déceler leurs points communs. L'avenir appartient à la nouvelle génération qui saura reprendre à son compte des éléments de ces différentes cultures et se les approprier". 

"Je suis parvenu à un moment de ma carrière où j'avais envie de m'atteler à un projet un peu plus personnel", poursuit Chu. "Il n'y a pas beaucoup de films qui parlent de parcours comme le mien, si bien que lorsque j'ai appris qu'un projet d'adaptation de ce livre que j'adore était en préparation, j'ai été galvanisé. J'arrivais à voir le film dans ma tête. Dès l'instant où j'ai contacté Nina, Brad et John, j'ai appris qu'ils m'avaient déjà envoyé le scénario. À croire que c'était prédestiné". 

Comme le livre, le film est empreint de moments d'émotion et de scènes romantiques, mais aussi ponctué d'un certain humour candide. "La comédie est un genre formidable pour conquérir le spectateur et lui faire comprendre que l'auteur du film n'est pas dupe", reprend Chu. "Parfois, quand on cherche à faire passer un message sur une tradition culturelle et sur l'amour-propre, c'est utile de faire appel à de grands acteurs comiques. On a eu la chance de pouvoir engager des comédiens magnifiques. Et c'était très enthousiasmant d'avoir des acteurs exclusivement asiatiques pour raconter cette histoire". 

Le film réunit des artistes, aguerris et débutants confondus, issus du cinéma, de la télévision, de la musique et du stand-up dans une vaste palette de rôles, principaux et secondaires. Ils sont de nationalités et d'origines diverses, et viennent aussi bien de Singapour, Malaisie, Chine, Taïwan, Japon, Hong Kong, Corée du Sud et des Philippines, que des États-Unis, du Royaume-Uni et d'Australie. 

"Jon était aussi enthousiasmé par le film que si c'était son bébé", souligne Awkwafina, qui campe Peik Lin, ancienne camarade de chambre de Rachel, à l'université, à la fois spontanée et à la pointe de la mode. "Il était attaché à tous les personnages, il connaissait notre potentiel, et il a su mettre en place une atmosphère nous permettant de travailler au mieux. On était comme une grande famille". 

Les comédiens et les techniciens se sont rapprochés en passant du temps à Singapour et en Malaisie. "Le film est une déclaration d'amour à la gastronomie, à la culture et à la beauté de cette région du monde", indique Brad Simpson. "Il était inenvisageable de tourner ailleurs qu'à Singapour. Le métissage entre cette architecture coloniale parfaitement préservée et les gratte-ciels ultra-modernes, ou encore l'effervescence dans les rues et les Hawker Markets, en font tout le cachet. On savait aussi qu'on allait devoir tourner dans deux lieux emblématiques : le Marina Bay Sands et les célèbres Gardens by the Bay". 

"Je crois que les spectateurs du monde entier peuvent être sensibles à l'esthétique du film et – je l'espère – avoir l'impression de voyager avec les personnages", ajoute Chu. 

"Le film a un côté totalement déjanté", relève Michelle Yeoh, qui campe Eleanor, mère de Nick. "Et il parle aussi du prix à payer pour faire partie d'un tel empire et d'une telle famille, avec toutes les responsabilités qui lui incombent, et toutes les attentes qu'on est en droit d'avoir vis-à-vis d'elle. Je crois que le spectateur pourra désormais mieux comprendre cette réalité".

"Chaque personnage a un parcours qui résonne chez chacun de nous", déclare Ken Jeong, qui campe Wye Mun Goh, père parvenu et m'as-tu-vu de Lin. "Le scénario est très bien écrit et a beaucoup d'épaisseur. J'ai même été ému par certaines scènes plus intimistes". 

Au fond, CRAZY RICH ASIANS est une histoire d'amour… une sorte de conte de fée à la Cendrillon un brin ironique, où l'on croise un prince charmant, un sublime château, et une partie de bras de fer entre deux femmes au fort tempérament résolues à tracer leur propre voie. "Pour moi, c'est incontestablement un conte de fée moderne et ambitieux", affirme Chu. "Rachel est notre princesse-guerrière, et le film retrace son parcours au cours duquel elle découvre son identité : une Américaine qui se rend en Asie pour la première fois, et qui en apprend davantage sur son passé, mais aussi sur son avenir". 

L'AMOUR, CETTE FORCE IRRÉSISTIBLE… 

Prof d'économie à New York University, Rachel Wu est une jeune femme à la réussite éclatante, pourvue d'une solide éthique professionnelle, qui a toujours affronté les difficultés de l'existence avec pragmatisme. Lorsqu'on lui refuse une promotion, elle a l'habitude de se remettre en question et de redoubler d'efforts. Mais ce qui s'avère déconcertant à présent, c'est que ses qualités et sa brillante carrière, qui suscitent l'admiration aux Etats-Unis, laissent les gens de marbre à Singapour. Par conséquent, "quand elle débarque à Singapour et qu'elle constate que tout le monde cherche à la rabaisser, elle a tendance à se dire qu'elle n'est pas à la hauteur", intervient Constance Wu. "Il faut qu'elle arrive à se convaincre qu'elle a suffisamment de qualités et de force pour affronter cette situation. Il faut qu'elle arrive à se défendre et à accepter la personne qu'elle est en train de devenir : une femme prête à se battre, non seulement pour le bonheur de Nick, mais pour le sien". 

S'il y a bien une chose qu'elle ne peut pas faire, c'est se faire passer pour quelqu'un qu'elle n'est qu'elle n'est pas. Ce n'est tout simplement pas son style.

"Rachel incarne le point de vue du spectateur", reprend Constance Wu. "On découvre tout à travers son regard. Elle mène une vie normale, elle retrouve son petit copain au karaoké après le boulot, etc. Elle a gagné tout ce qu'elle possède à la sueur de son front, et elle est restée humble et reconnaissante. Du coup, quand elle se retrouve projetée dans ce monde luxueux qui lui est totalement inconnu, elle a du mal à comprendre. La richesse est un phénomène que connaissent la plupart des gens : être riche, ça veut dire qu'on peut s'offrir tout ce qu'on veut. Mais la très grande fortune, ça implique qu'on peut s'offrir tout ce qu'on veut et contrôler le marché". 

Ce qui est positif, note la comédienne, c'est que "Rachel et Nick s'aiment sincèrement. L'amour transcende les différences sociales et culturelles, et la logique rationnelle. Quand on a rencontré l'homme ou la femme de sa vie, on le sait, et c'est ce que représentent Rachel et Nick l'un pour l'autre". 

Mais cela suffira-t-il ? 

Constance Wu, remarquée dans BIENVENUE CHEZ LES HUANG, était la première – et la seule – comédienne à laquelle la production ait songé. Les producteurs étaient si déterminés à lui confier le rôle, et elle avait une telle envie de participer au film, que le tournage a été retardé pour s'adapter à son emploi du temps. Penotti précise : "Constance était notre Rachel depuis le début. On n'a contacté personne d'autre. Quand elle s'est montrée intéressée par le rôle, on s'est dit qu'on tenait enfin un film. Grâce à son énergie, son exubérance, son intelligence et sa volonté de porter un regard neuf sur le monde – et à l'exprimer à l'écran avec naturel –, elle incarnait Rachel à la perfection". 

Née aux États-Unis de parents américano-taïwanais, "Constance était, à bien des égards, l'incarnation même de Rachel", analyse Nina Jacobson. "Elle est sûre d'elle, drôle, sympa, accessible, bref, elle est emblématique de l'Américaine d'aujourd'hui et elle est une vraie bouffée d'oxygène pour un type comme Nick". 

Bien entendu, la parfaite Rachel méritait un Nick tout aussi parfait, mais la tâche s'est révélée beaucoup plus ardue. Des milliers d'acteurs ont été auditionnés dans le monde entier et par Internet. "On recherchait un acteur qui pouvait, de manière crédible, être originaire de Singapour tout en ayant grandi en Angleterre, et donc avoir un accent très particulier", signale Chu. "Il fallait qu'il soit extrêmement charmant et attachant, beau garçon, et pourvu d'un solide sens de l'humour. Bref, un vrai héros". De manière inespérée, un employé de la production qui avait repéré Henry Golding à la télévision a suggéré à Chu de se pencher sur son cas. "Il animait des émissions de voyage", se souvient le réalisateur. "Quand on le voyait parler avecles gens dans la rue, on se rendait compte que c'était un type très élégant qui dégageait un charisme fou".

"C'est le genre de type avec qui toutes les filles aimeraient sortir ou passer un bon moment", déclare Nina Jacobson. 

C'est surtout l'alchimie entre Golding et Constance Wu qui a convaincu la production. La comédienne faisait d'ailleurs des lectures avec des partenaires potentiels quand Golding a écourté son propre voyage de noces pour rencontrer Constance Wu en personne. Chu se souvient : "On sentait immédiatement que ces deux-là faisaient des étincelles. Je savais que le spectateur allait s'éprendre de ce couple. On a envie qu'ils s'embrassent. On a envie de les voir se battre. On a juste envie de les voir ensemble". 

Si on ajoute à ses traits de caractère une certaine fragilité et un rien de candeur touchante, on a le portrait complet de Nick Young, garçon tiraillé entre des forces contraires, tâchant de faire coïncider ses désirs avec ce qu'on attend de lui. L'acteur explique : "Il a grandi avec une cuiller en argent dans la bouche, mais il s'est rendu compte que même s'il était l'héritier tout désigné de l'empire familial, il lui fallait trouver sa propre voie. Il est tombé amoureux d'une femme qui fait ressortir ce qu'il y a de mieux chez lui, mais ignore tout de ses origines". 

Une situation que Golding connaît bien. "Je suis originaire de Sarawak, l'État de Malaisie situé sur l'île de Bornéo, et je suis à moitié britannique", souligne-t-il. "Quand j'étais gamin, j'ai grandi au Royaume-Uni, mais j'ai ensuite vécu l'essentiel du temps en Asie, si bien que je peux comprendre ce que ça fait de ne pas se sentir totalement dans son élément ou d'avoir l'impression d'être tiraillé entre deux cultures. Je me suis imprégné de plusieurs cultures, tout comme Nick. Il a puisé des choses dans chacune des facettes de son parcours et se les est appropriées. Et je crois que sa force, c'est de ne pas forcément suivre les consignes de qui que ce soit. Il veut simplement être lui-même". 

C'est un objectif louable et, quand il est à New York, Nick a la possibilité de l'atteindre. Mais dès qu'il se retrouve à Singapour, c'est la fin de la récréation ! D'ailleurs, la récréation était presque finie dans l'avion le ramenant au pays, car lorsque Rachel et lui ont été traités comme des rois par la compagnie aérienne, il a bien dû lui admettre que sa famille avait des parts dans la société aéronautique… 

Alors que Rachel tente de se frayer un chemin dans ce terrifiant champ de mines, Nick, lui aussi, doit faire un effort. Car s'il s'agit d'une histoire digne d'un conte de fée, elle n'est pas dénuée de rebondissements. "Il n'est pas là pour la sauver", précise Chu. "Il ne possède pas un plan brillant pour la protéger contre les dragons qui rôdent. Elle doit se débrouiller toute seule.

Dans le même temps, elle lui donne la possibilité de faire des choix importants qu'il a toujours cherché à éviter". 

Et tout commence par sa mère… 

L'INDÉBOULONNABLE ELEANOR YOUNG 

Ceux qui ont vraiment du pouvoir n'ont pas besoin d'élever la voix. C'est ce qu'a dit Michelle Yeoh à Chu en tentant de mieux cerner son personnage, Eleanor Young. Le réalisateur se souvient : "Elle m'a dit : 'Ce n'est pas à moi d'aller voir Rachel, c'est à elle d'aller vers moi. Je ne crie pas parce que les gens qui ont vraiment du pouvoir n'ont pas besoin de crier. Ils n'ont pas besoin de bouger un petit doigt ou de dépenser la moindre énergie – et cette attitude peut se révéler particulièrement humiliante'". 

Figure charismatique, inspirant la terreur selon certains, Eleanor est l'incarnation même de l'élégance et du raffinement, depuis sa coiffure impeccable jusqu'à ses chaussures sur mesure, comme seule l'incomparable Michelle Yeoh pouvait l'interpréter. Comptant parmi les rares actrices chinoises à obtenir une vraie notoriété internationale dans les années 90, elle a suscité l'admiration de ses partenaires et des techniciens, et plus encore de Chu. Celui-ci confie : "Quand j'étais gamin, je voyais ses films qui me galvanisaient. Je n'oublierai jamais la fois où je suis allé voir TIGRE ET DRAGON dans une salle comble et où le public criait et l'ovationnait". 

"Eleanor est ce qu'on appelle à Singapour une 'mère lionne'", signale Golding. Et encore, le mot est faible quand on voit comment se déroule sa première rencontre avec la petite amie de son fils ! Rachel, dans une robe qu'elle a empruntée pour l'occasion, se montre chaleureuse et lui tend spontanément les bras avec respect – mais Eleanor a un mouvement de recul. 

Pour autant, Michelle Yeoh s'est efforcée de ne pas faire d'Eleanor un monstre, afin que les mères du monde entier puissent se retrouver en elle. "Tous ceux qui croisent son regard tremblent, mais Eleanor est une mère protectrice et affectueuse", prévient la comédienne. "Elle tente de maintenir l'unité familiale, pas seulement pour ses proches, mais pour tous ceux – nombreux – qui dépendent d'eux. Elle a envoyé son fils à l'étranger pour ses études, mais elle souhaite à présent qu'il rentre au pays pour reprendre les rênes de l'entreprise". 

"Elle se dit que cette jeune femme ne convient pas à son fils car elle ne connaît rien aux codes des familles chinoises traditionnelles", poursuit Michelle Yeoh. "Son fils a besoin de quelqu'un qui le soutienne – comme Eleanor l'a fait pour son mari – et elle a le sentiment qu'il ne serait pas juste de s'attendre à une telle attitude de la part de Rachel car elle n'y est pas du tout préparée. Elle ne correspond tout simplement pas à ce dont Nick a besoin". 

"Michelle voulait camper Eleanor comme l'avait envisagée Kwan, autrement dit comme un être humain", ajoute Chu. "On l'apprécie dans une scène, et on la déteste dans une autre, et c'est ce qui est génial chez elle". 

Détail amusant, comme le signale le réalisateur, "Rachel est tout aussi pleine de préjugés. Elle ne voit chez Eleanor que sa fortune et son pouvoir, et elle la juge rapidement. Les deux femmes doivent aller au-delà des apparences". 

Il s'agit d'une histoire où la famille est un thème sous-jacent. Simpson note : "La plupart des comédies sentimentales s'attachent à la tension au sein du couple, mais je crois qu'on est tous d'accord pour dire que c'est avec les beaux-parents qu'on a le plus de tensions. Dans le livre et dans le film, Nick doit affronter un dilemme insoluble : doit-il choisir sa famille ou l'amour de sa vie ? Il était évident, depuis le début, que le triangle Rachel-Nick-Eleanor serait au coeur du récit". 

La réponse tient sans doute dans le rapport d'Eleanor avec sa propre belle-mère : la vraie matriarche de la famille, Ah Ma (terme chinois pour "grand-mère"), campée avec une grâce imposante par Lisa Lu. Malgré son élégance et son sourire enjôleur, et sa faiblesse physique, elle n'est pas du genre à céder un pouce de son immense pouvoir à une femme qui, au bout de trente ans, n'a toujours pas gagné sa confiance. 

"Eleanor est sans doute celle qui représente la dynastie à l'extérieur, mais Ah Ma est la chef de famille", affirme Lisa Lu. "C'est elle qui a rendu le clan prospère, et elle s'occupe toujours des affaires familiales". 

"Lisa est une légende", note Chu en parlant de la comédienne originaire de Pékin, qui a tourné pour le cinéma et la télévision, en Chine et aux États-Unis. "Sa présence m'a impressionné. Elle a une vitalité extraordinaire et, malgré son expérience, elle se remet constamment en cause. C'était un privilège – et un vrai bonheur – de les avoir toutes les trois, Lisa, Michelle et Constance – trois générations de femmes au fort tempérament – camper trois femmes fortes de générations différentes à l'écran". 

Au départ, il semble qu'Ah Ma s'entiche de Rachel, laissant Nick penser qu'elle s'est radoucie depuis sa précédente visite. Mais il ne devrait sans doute pas fonder trop d'espoir là-dessus. 

L'ÉQUIPE DE RACHEL

SI Eleanor est peu accueillante et Ah Ma insondable, Rachel peut au moins compter sur quelques amis fidèles, à commencer sa vieille copine – et collègue – Peik Lin Goh (campée par la rappeuse, auteur et actrice Awkwafina). Véritable force de la nature portant effrontément une perruque blonde et conduisant une Audi rose – avec une robe de cocktail dans le coffre –, Peik Lin est intelligente, redoutablement caustique et sans la moindre censure, qu'il s'agisse de ses opinions ou de ses tenues extravagantes. "Elle est d'une franchise redoutable", analyse Chu. "Même si on se dit qu'elle plaisante, Peik Lin dit ses quatre vérités à qui veut l'entendre – ou pas. Elle n'hésite pas à insister lourdement auprès de Rachel, en cas de besoin. Quand il existe une solution simple à une situation ridicule, elle la verbalise haut et fort. Elle est aux antipodes de Rachel, et ce tandem comique, qui tient du buddy-movie, fonctionne à merveille". 

"Il nous fallait quelqu'un qui ne verse pas dans le sentimentalisme ou qui ne soit pas mesuré dans ses propos, mais qui amuse le spectateur – et qui rêver de mieux qu'Awkwafina ?", poursuit-il. "Je suis très fan de ce qu'elle fait. Ses morceaux de rap sont géniaux. Chez Awkwafina, même un truc aussi banal que choisir une robe prend l'allure d'un commentaire sarcastique sur notre culture". 

Mais Peik Lin est une planche de salut pour Rachel. Marginale selon les critères de la famille de Nick, elle maîtrise suffisamment les codes pour savoir ce qu'on ne dit pas ou ce qu'on ne fait pas – ou quelles chaussures on ne porte pas – quand on est chez les Young. "Elle occupe une fonction importante dans la mesure où elle guide Rachel et où elle l'empêche de se ridiculiser dans ce milieu qu'elle ne connaît pas", déclare Awkwafina. "Elle n'appartient pas à ce monde, mais elle en connaît parfaitement les rouages. Elle est riche, mais sa fortune est récente et on peut sans doute s'identifier à sa famille plus facilement. C'est aussi une famille particulièrement dysfonctionnelle". 

Dysfonctionnelle, certes, mais pas dans un sens péjoratif. "En fin de compte, Peik Lin est là pour Rachel", ajoute Chu. "On la juge, et on juge sa famille sur les apparences, et à mesure qu'avance l'intrigue, on constate qu'ils sont de plus en plus comme la famille de Rachel. Ils sont très généreux. Et je me suis dit que cette évolution – on les juge d'abord, puis on s'attache à eux – pouvait être formidable". 

Awkwafina a apprécié de pouvoir renvoyer la balle à un partenaire réputé, lui aussi, pour son sens de l'impro, sa force comique et ses interprétations audacieuses : Ken Jeong qui campe son père, Wye Mun Goh. "Ken me fait rire comme je n'avais jamais ri avant", dit-elle. "Je pense que j'ai dû perdre une bonne heure de concentration à cause de lui. En impro, je lâche prise et je peux partir en live pendant trois heures !"

Jeong rétorque : "C'était génial et vu comme on s'entendait bien, il est clair qu'on avait la même sensibilité. Ce casting était incroyable. On était aussitôt sur la même longueur d'ondes, on blaguait, et je me suis dit 'on pourrait vraiment croire que c'est ma fille'". 

Loin de la fortune stupéfiante, mais discrète, des Young, les Goh sont dans l'ostentation : ils aiment afficher leurs bijoux, leurs vêtements de grands couturiers et leur Bentley. "Les Goh sont aux antipodes des Young, dont la fortune remonte à plusieurs générations", déclare Jeong. "M. Goh est un nouveau riche, si bien que tout, dans son attitude, est tape-à-l'oeil et outrancier, et ses vêtements davantage encore". 

Grand fan du roman, Jeong était disposé à jouer n'importe quel rôle, même s'il se sentait particulièrement inspiré par Goh. "On a commencé à jouer avec le personnage et tout ce qui se passe lorsque Peik Lin invite Rachel chez ses parents", rapporte Chu. "Il a beaucoup mis de sa personnalité dans son personnage, et c'était un bonheur de travailler avec lui". 

Mais si Rachel est adoptée par les Goh, elle a surtout besoin d'un allié "de l'intérieur", surtout lorsque son chevalier en costume de lin blanc est mobilisé par d'incessantes obligations familiales. Heureusement, Astrid Young Theo est là ! Rien d'étonnant à ce qu'elle soit la cousine préférée de Nick et la seule du clan familial à avoir autant les pieds sur terre que lui – même si elle est sublime, qu'elle a du style, une grande fortune et un goût impeccable qui font d'elle l'une des femmes les plus en vue de l'île. 

Astrid est l'un des personnages du livre préférés des lecteurs : "Sa trajectoire est d'une telle richesse qu'on a dû faire des choix stratégiques pour savoir ce qu'on en conservait dans le film", reconnaît le réalisateur. "Le casting était également un casse-tête car Astrid est si parfaite qu'on se demande s'il existe quelqu'un comme elle sur cette planète". En accord avec les préférences des lecteurs, le réalisateur a fini par engager Gemma Chan. "Elle est chaleureuse et élégante. Elle peut sembler attachante et inaccessible à la fois et, à mon avis, c'est la clé pour camper Astrid dans toute sa complexité. Gemma était l'incarnation parfaite du rôle", dit-il. 

"Astrid est mon personnage préféré", signale Gemma Chan. "Je sais que c'est le préféré de pas mal de gens, si bien que j'ai ressenti une certaine pression, mais pour moi, il s'agissait de se glisser dans sa tête et dans sa peau. Il s'agissait de cerner la vérité de sa trajectoire émotionnelle". 

"Astrid est issue d'un milieu privilégié, mais elle ne se laisse pas piéger par les écueils de l'argent", poursuit-elle. "Elle a les pieds sur terre et elle est bienveillante. Une sorte de mythe s'est bâtie autour d'elle si bien que tout le monde estime qu'elle est l'incarnation de la perfection. Elle a une vie parfaite, un mari parfait, une maison parfaite, un enfant parfait… mais elle doit se battre pour maintenir l'équilibre de son monde, d'autant que celui-ci s'écroule au moment où on fait sa connaissance; pour moi, c'est très intéressant de jouer un personnage qui tente de préserver les apparences, en dépit de tout ce qui s'y déroule à l'abri des regards". 

D'ailleurs, Nick et Rachel débarquent au moment même où Astrid découvre, bouleversée, que son mari la trompe. Étant donné qu'elle a besoin d'intimité pour régler ses problèmes, Astrid met du temps à se sentir proche de Rachel. Mais c'est le genre de relation qui mérite d'être patient. 

Dans le même temps, Rachel est chaleureusement accueillie par le meilleur ami de Nick, Colin Khoo (Chris Pang), et par la fiancée de celui-ci, Araminta Lee (Sonoya Mizuno). Si Rachel et Nick sont venus à Singapour, c'est justement pour assister au mariage de Colin et d'Araminta. 

"Araminta aime bien Nick", remarque Sonoya Mizuno. "Nick rend Colin heureux et, du coup, tout ce qui rend Nick heureux est bon pour Colin et donc aussi pour Araminta, si bien qu'elle accepte Rachel sans se poser de question. Araminta est mannequin et l'icône de la mode la plus adulée de Singapour, ainsi que l'héritière d'une fortune de plusieurs millions de dollars. Elle se sent très rassurée par son statut et elle s'apprête à épouser le grand amour de sa vie si bien que, contrairement à la plupart des femmes du film, elle ne se sent pas menacée. Quand on fait sa connaissance, elle est en pyjamas, elle porte des lunettes, mais pas de maquillage, et c'est aussi sa vraie nature !" 

Mais Araminta a d'autres facettes… C'est ainsi que sa mère, magnat de l'immobilier, lui met à disposition son propre hôtel de luxe, situé dans une station balnéaire de Sumatra, pour son enterrement de vie de jeune fille … ainsi que son jet privé pour y amener tous ses amis ! Et d'ici la fête, Araminta est bien trop accaparée par ses préparatifs de mariage pour s'occuper de Rachel. 

De son côté, Colin oblige Nick à regarder la réalité en face : à son avis, quelle va être l'issue de cette situation ? Et a-t-il pensé aux souffrances endurées par la pauvre Rachel ? Il faut qu'il l'entende, que ça lui plaise ou pas ! "Colin est le confident de Nick et son meilleur ami", Chris Pang. "Ils ont toujours été présents l'un pour l'autre, et ils sont meilleurs amis depuis toujours et le resteront jusqu'à la fin de leurs jours". 

Pour se préparer au rôle, Pang s'en entretenu avec Kwan car "la plupart de ces personnages s'inspirent de personnes réelles qu'il a croisées dans sa vie, si bien qu'il m'a parlé du 'vrai' Colin. Je ne sais toujours pas de qui il s'agit, car Kevin a fait en sorte de ne pas trop en dire, mais en tout cas j'ai appris une chose – c'est que je lui ressemble un peu", confie-t-il en souriant. "Il y a donc un type, quelque part, qui me ressemble. Si vous découvrez un jour qui c'est, tenez-moi au courant !"

Parmi les partisans de Rachel, il y a encore le styliste Oliver T'Sien qui se décrit lui-même comme "le mouton noir – et désargenté – de la famille". Il est suffisamment malin pour être resté dans les bonnes grâces d'Eleanor en sachant se rendre utile : il réussit à se procurer une carpe koi, espèce très rare, pour le bassin de la propriété, ou un gong cambodgien pour le salon, ou encore à diriger habilement vers la sortie un convive récalcitrant lors d'une réception mondaine. 

Oliver est interprété par Nico Santos qui, pour se documenter sur ce milieu ultra-privilégié, a commencé par travailler dans une boutique haut de gamme de San Francisco où, dit-il, "la plupart de mes clients étaient d'une richesse insolente. Quand j'ai lu le livre, je me suis dit que je connaissais très bien ces gens puisque je leur avais souvent vendu un sac à main ou une robe de soirée de grand couturier. Ils venaient dans la boutique pour s'acheter une tenue pour un dîner et, alors qu'ils venaient de dépenser 60 000 dollars, on aurait dit qu'ils avaient fait quelques courses au centre commercial". 

Oliver se prend d'affection pour Rachel, tout en sympathisant également avec Peik Lin, la fashionista à la répartie caustique. Ces deux-là ne cessent de délirer tous les deux en ayant l'air de comploter tout au long du film. 

Santos décrit son personnage : "Oliver est élégant, il adore les fringues et c'est un peu la reine des commères. Il perce à jour Rachel dans une fête incroyable et a envie de l'aider. C'est un membre de la famille, tout en étant un peu outsider, et pas mal de gens peuvent s'identifier à lui : il rêve d'appartenir à un petit cercle de privilégiés sans y parvenir…" 

LA FAMILLE ÉLARGIE 

Eddie et Alistair Cheng sont les autres cousins de Nick prêts à participer aux festivités. Bien qu'ils soient frères, ils sont totalement dissemblables. 

Ronny Chieng campe Eddie, ambitieux banquier d'affaires et père de famille, comme en attestent les photos où le voit aux côtés de sa femme et de ses enfants qui prennent la pose. "Il y a de l'amour entre eux, mais ils sont aussi animés par cette étrange mentalité d'hommes d'affaires qui fait qu'ils ont tous deux envie de certaines choses, et qu'ils font équipe pour les obtenir", note Chieng. Amusé par le fait que son personnage, très soucieux de son image, ne comprenne pas bien ce qui attire Nick chez cette Américaine, il note : "Eddie tente de cerner Rachel, et de comprendre pourquoi Nick l'a choisie et ce qu'il y a de tellement extraordinaire chez elle. Si elle est si importante, comment se fait-il qu'il n'ait jamais entendu parler d'elle ? Se pourrait-il qu'elle ne soit qu'une prolo ?"

De son côté, Alistair, qui a fui le moindre poste à responsabilité dans la finance ou l'immobilier, aspire à devenir producteur de cinéma. Un choix que la famille ne peut tolérer, espérant sans doute que cela finira par lui passer. Remy Hii, qui tient le rôle, ajoute : "Il me fait penser à un type qui a pris ses jambes à son cou pour partir le plus loin d'ici. Il utilise son argent pour financer des films de kung-fu de série B totalement déjantés".

Il a récemment fait tourner une comédienne, Kitty Pong (Fiona Xie), assez superficielle. "Elle doit sa carrière aux projets qu'il finance pour elle", affirme Hii. "Ils forment un couple intéressant. Je n'en dirai pas plus". 

Mais les facéties d'Alistair sont dérisoires à côté des outrances et du mauvais goût de Bernard Tai, campé avec bonheur par Jimmy O. Yang. S'il n'est pas vraiment de la famille, il a la chance d'organiser l'enterrement de vie de garçon de Colin, en raison des liens entre l'entreprise de son père et le père de Colin. Autrement dit, ils l'ont sur le dos. Selon Yang, c'est "un playboy milliardaire qui ne fait pas grand-chose de sa vie, si ce n'est faire la fête et s'amuser. C'est un crétin fini, mais il est très narcissique et il aime la vie. Imaginez un gamin de 18 ans qui vient d'avoir le Bac … à la tête d'un milliard de dollars". 

Parmi les personnages qu'on croise dans le film, on peut encore citer l'ex-petite amie de Nick, Amanda (Jing Lusi), dont les intentions ne sont guère rassurantes ; le mari infidèle d'Astrid, Michael (Pierre Png) et l'adorable mère de Rachel, Kerry (Tan Kheng Hua). 

En portant le livre de Kwan à l'écran, le réalisateur a brossé une galerie de portraits et de personnalités qui gravitent autour du trio de protagonistes, Rachel, Nick et Eleanor. Étant donné que le film adopte surtout le point de vue de Rachel, la production tenait à ce que l'histoire d'amour soit l'enjeu principal – leur couple survivra-t-il au voyage ? – et à faire intervenir les autres personnages à travers leurs rapports à Rachel et Nick. 

"Kevin a imaginé un foisonnement de personnages – membres de la famille et amis – d'une telle richesse qu'il a fallu qu'on décide lesquels mettre en avant", estime la scénariste Adele Lim. "Et certains protagonistes du film sont des croisements entre plusieurs personnages du livre. On avait le sentiment que Rachel avait la trajectoire la plus intéressante, puisqu'au départ, elle se sent mal à l'aise et qu'il lui faut prendre conscience qu'elle est largement à la hauteur et qu'elle est au moins aussi forte que les autres". 

"En s'attachant au parcours de Rachel, on avait un personnage auquel le spectateur peut facilement s'identifier", ajoute le scénariste Peter Chiarelli, "et un moyen de découvrir ce monde d'une richesse délirante. Il semblait logique de faire intervenir les autres personnages via leurs rapports à Rachel et Nick car, en tant qu'héritier naturel de l'empire familial selon les voeux d'Ah Ma, Nick a toujours été le soleil autour duquel tous les autres gravitent".

Les comédiens ont rapidement tissé des liens sur le plateau, et entre les prises. "Tout le monde s'encourageait et s'épaulait, et on entendait souvent 'vas-y, ta scène peut être encore plus drôle'", se remémore Chu. "C'était un travail d'équipe : on avait presque le sentiment d'être une famille où chacun faisait part aux autres de son interprétation de tel ou tel personnage, et où on construisait l'intrigue ensemble. J'ai le sentiment qu'on retrouve cette énergie à l'écran". 

EN 1ÈRE CLASSE POUR SINGAPOUR 

Pour tous ceux qui connaissent bien le livre de Kwan, Singapour, avec son activité incessante, sa chaleur et son incomparable dynamisme, joue un rôle à part entière. La production était convaincue qu'il n'était pas envisageable de tourner en dehors de l'Asie du sud-est. "Le style visuel et l'exotisme du film viennent du fait qu'on a vraiment tourné dans cette région du monde", précise Chu. "Quelle que soit la direction dans laquelle on pointait la caméra, on découvrait un lieu étonnant. Singapour est un métissage de cultures hors du commun".

Ce décor naturel a produit ses effets sur les acteurs également. Comme le signale Michelle Yeoh : "Quand on est à Singapour, où règnent une atmosphère tropicale, l'odeur de la nourriture qui s'échappe des 'Hawker centers' et les couleurs chatoyantes des fleurs et des plantes etc., on se rend compte qu'il n'y a rien de tel que de tourner dans un cadre pareil". 

Pour CRAZY RICH ASIANS, la production a tourné dans plusieurs sites singapouriens comme l'Esplanade Park, l'hôtel Marina Bay Sands, et le célèbre Gardens by the Bay – ainsi qu'en Malaisie, et notamment sur l'île de Langkawi, sur celle de Penang, et à Kuala Lumpur. La capitale malaisienne a même campé le quartier du West Village de Manhattan, pour les premières scènes du film, et l'aéroport du pays a été utilisé pour JFK. En Malaisie, la production a trouvé l'espace suffisant pour figurer Tyersall Park, gigantesque domaine colonial fictif de la famille Young, et son parc environnant. 

Le domaine de Tyersall Park est l'un des décors les plus spectaculaires du film. En se documentant sur ce que pourraient être l'architecture et l'histoire de la demeure familiale de Nick, le chef-décorateur Nelson Coastes s'est immergé dans la culture des Pernakan, qui est née dans le Détroit de Singapour, et qui n'est ni de style chinois, taïwanais ou hongkongais, mais un mélange des trois, mâtiné d'influences européennes. Son architecture présente des moulages en plâtre représentant souvent des motifs floraux ou animaliers, des persiennes et des carreaux de céramique colorés et vernissés. Comme il est probable que le domaine appartienne à la famille Young depuis plusieurs générations, et que Coates souhaitait traduire visuellement cette dimension historique, il semblait indiqué de s'inspirer du style peranakan.

La production a utilisé deux domaines voisins des jardins botaniques de Perdana à Kuala Lumpur, connus sous le nom de Carcosa Seri Negara. Conçus pour servir de résidence au gouverneur britannique de la région de Singapour au début du XXème siècle, les deux bâtiments de style néo-Tudor ont été aménagés en hôtels – avant d'être fermés récemment. Après avoir choisi le Seri Negara pour les extérieurs et le Carcosa pour les intérieurs, l'équipe de Coates a vidé les deux bâtiments, puis a entrepris des rénovations d'envergure au niveau de la toiture, des escaliers, des murs et des sols. Elle a aménagé l'imposante façade en terrasses et a repeint l'ensemble dans le style caractéristique de Singapour, avec des murs blancs, des toits noirs et des ornementations richement décorées. 

Tyersall Park se définit surtout par sa majesté ancestrale. "On voulait qu'il se dégage des intérieurs une atmosphère royale et une beauté sobre et élégante", poursuit Coates. "Les meubles ont des lignes symétriques, comme dans la plupart des demeures de style peranakan, mais c'est une maison dans laquelle on sent qu'on a vécu et que des enfants n'ont cessé de courir dans tous les sens. Jon tenait à ce que cette maison soit accessible, si bien que le choix des couleurs et la circulation entre les pièces étaient importants. On s'est servi des immenses porches voûtés, et on a tout rehaussé avec des moulures, des tentures murales, de la peinture, des tapis, des vitrages, des dorures, et le résultat final était sublime. On a même restauré un magnifique sol à chevrons qu'on a retrouvé sous le parquet". 

De nombreux détails soulignent l'authenticité du décor, à commencer par une fresque murale dans la salle à manger, peinte à la main, représentant des scènes de la vie singapourienne, dans des teintes de jaunes, rouges et verts pastel sur un fond bleu canard. Dans le vestibule, tapissé d'un papier peint de style William Morris, on découvre un imposant escalier central dans des tons vert pâle très doux et un tigre grandeur nature, en train de se cabrer, conçu par Coates. Fabriqué en tissu et en mousse par des sculpteurs de Bankgok, le tigre était si criant de vérité qu'il a été retenu par des douaniers soupçonnant qu'il s'agissait d'un authentique animal empaillé, pratique totalement illégale. 

Par ailleurs, selon le chef-décorateur, "comme toutes les familles, les Young tiennent énormément à leur patrimoine qui leur a été transmis de génération en génération, à l'instar de photographies encadrées, de magnifiques meubles de style perenakan, des oeuvres d'art et des objets en verre soufflé. On peut supposer qu'ils ont sillonné le monde si bien qu'ils possèdent des objets chinois et perenakans, mais aussi français, anglais et italiens". 

Coates a même proposé à Kevin Kwan de prêter ses propres photos de famille que l'on trouve un peu partout à Tyersall Park.

Coates a également conçu le jardin d'hiver adjacent, abritant le précieux épiphyllum à larges feuilles d'Ah Ma, point d'orgue de sa fête annuelle célébrant sa fugace floraison. Il mêle des influences chinoises et coloniales, avec une toiture verte à plusieurs niveaux, des colonnes blanches extérieures et un perron, des portes munies de persiennes sculptées, tandis qu'à l'intérieur, les murs sont décorés, le sol est recouvert d'un carrelage de style peranakan dans des tons vert canard, rouge et ocre. On trouve dans la maison meubles anciens et objets d'art, ainsi que des fleurs de variétés rares et des oiseaux exotiques. Le décor du jardin d'hiver a été construit en seulement 16 jours – une prouesse quand on sait que des pluies diluviennes interrompaient les travaux tous les jours. 

Coates s'est ensuite éloigné du bon goût et des traditions pour mettre au point l'ultime enterrement de vie de garçon et assouvir ainsi le fantasme de Bernard Tai. Il est même allé plus loin que le livre en passant d'un yacht à un cargo pour que l'envergure des lieux soit immédiatement perceptible – avec la bénédiction de Kwan. "Dans le livre, ils font la fête sur un gigantesque yacht. Mais Jon a choisi d'aller vraiment plus loin", signale l'auteur en riant. "Il m'a dit 'faisons une fête sur un super tanker ! Construisons ce décor hallucinant, avec une fosse d'orchestre, des jacuzzis, et tous ces gadgets', et c'est tout simplement fou de voir tout ce qui a été construit". 

Dans un parking, Coates a construit le décor du bateau pour y accueillir, notamment, des tables de jeu, une salle de jeux, un terrain de basket-ball, un mur d'escalade, un gigantesque buffet d'espadons, une cabine de DJ conçue à partir de l'avant d'une Rolls Royce, un héliport, et une course virtuelle de Ducati à travers Singapour. Le navire est fréquenté par des convives triés sur le volet et une bande de véritables reines de beauté du monde entier, vêtues de leur costume de concours de beauté. 

Mais le vrai temps fort du film est le mariage à 40 millions de dollars de Colin et Araminta, qui illustre sans doute le mieux un élément que Chu a découvert en s'attelant au projet : "Il ne s'agit pas tant de la somme d'argent qu'on dépense, car tous les gens à ce niveau de fortune peuvent dépenser beaucoup et s'offrir le même yacht, le même immeuble ou la même voiture. Mais quand on a de l'argent, et que tous ses amis ont de l'argent, ce qui fait la différence, c'est la manière dont on se l'approprie et la créativité dont on fait preuve". 

Par conséquent, reprend-il, "il fallait que ce soit un mariage comme on n'en a jamais vu". 

La scène a été inspirée par le style d'un hôtel que Chu et Coates avaient repéré, où des éléments naturels ont été intégrés : la mariée, dans sa splendeur, s'avance pieds nus sur un chemin d'eau coulant doucement vers l'autel.

La réception du mariage a été tournée au CHIJMES de Singapour dans une symphonie de verts, avec des feuilles de 24 arbres du voyageur dans la nef, ainsi que des orchidées et des bromélias de toutes les couleurs disposés le long de l'allée centrale menant à une arche chinoise en pierre. Les invités s'asseyaient sur des bancs de velours sur mesure au milieu d'herbes d'un mètre de haut. "Il y a là comme une explosion de nature à laquelle on ne s'attend pas dans une église", commente Coates. "On voulait que ce soit tout en nuances, et qu'il y ait une touche de classicisme, si bien qu'il y a des éventails en bambou de 2,5 m mêlés à l'imagerie classique du phénix et du dragon, et des lanternes traditionnelles peintes à la main ornées du nom des mariés et de scènes de prospérité et de fertilité – sachant que chaque lanterne a été peinte par un maître en trois semaines chacune. Le sol tout entier compose un panneau perforé ponctué de touffes d'herbes, si bien qu'on pouvait les enlever et les faire disparaître en cas de besoin". 

La spécialiste culinaire Pelita Lim a fait en sorte que chaque plat soit aussi authentique qu'un régal pour les yeux, "jusqu'aux plus infimes détails des tranches de gâteau sur chaque assiette", précise Coates. "Le Kue Lapis est un gâteau coloré à plusieurs couches, composé d'oeufs, de sucre et d'épices, et un simple morceau de ce dessert peut vous coûter jusqu'à 25 dollars dans un bel hôtel". 

"Astrid et son mari viennent de rompre, Rachel est sous un feu nourri d'attaques en tous genres, et Nick tente de trouver sa voie, et nous voilà dans ce mariage somptueux !", note Chu. En outre, "c'est ce qui nous permet de nous représenter l'organisation d'un mariage censé être l'un des plus gros événements mondains de l'année". 

MIEUX VAUT AVOIR LA TÊTE DE L’EMPLOI 

Aisance financière et classe sociale se reflètent également dans les vêtements et les bijoux : "J’ai vraiment aimé l’idée de pouvoir traduire la juxtaposition d'une fortune acquise de longue date et d'une autre, beaucoup plus récente, à travers les tenues", confie la chef-costumière Mary Vogt. "Ce sont deux univers complètement différents, auxquels il faut ajouter Singapour qui mêle des éléments malais et chinois, ainsi qu’indiens et anglais : ça donne une esthétique universelle, multiculturelle et riche". 

Elle a demandé à Kevin Kwan de l’aider à se procurer des pièces culturellement emblématiques : "Kevin comprend la diversité de ces tenues, leurs couleurs et la variété de ces différentes influences. Il m’a donné des contacts comme, par exemple, la créatrice de joaillerie Michelle Ong qui a fourni des bijoux pour les personnages d’Eleanor et Ah Ma". 

Elle a également cherché à intégrer des éléments typiques du conte de fées dans les costumes. Les indications de Chu se résumaient par " 'De la couleur ! Plein de couleurs !'", se souvient-elle. "Il voulait montrer que l’univers de Rachel à New York est un peu comme celui de Dorothy dans le Kansas : plus pesant, avec du noir, du blanc et des gris. Quand elle descend de l’avion à Singapour, tout à coup c’est comme si on était transporté au pays d'Oz, où tout est plus fort, la nourriture y est meilleure et tout est un petit plus à la mode". 

La garde-robe comprend des créations de la costumière, ainsi que des tenues empruntées ou achetées auprès de grands noms de la mode comme Valentino, Armani, Dior, Elie Saab, Carolina Herrera, Marchesa, Ralph Lauren, Stella McCartney ou encore Alexander McQueen, ainsi que Chopard, Bulgari et Swarovski, à l’aide d’une véritable armée d’assistants envoyés au Royaume-Uni, à Hong Kong et aux États-Unis. 

"On nous a prêté des millions de dollars en joaillerie, on avait des équipes de sécurité qui patrouillaient et des dates précises de fin de prêt, car les pièces devaient retourner au coffre. On n’aurait jamais pu se les offrir ou même les louer, car des bijoux pareils ne peuvent être loués", explique Chu. 

"Les bijoux fantaisie signés Swarovski sont superbes et on s’en est servi pour les acteurs en arrière-plan, mais pour les acteurs principaux, toute la joaillerie aperçue à l’écran est réelle", confirme Mary Vogt. "Chopard et Bulgari nous ont prêté des bijoux magnifiques et les acteurs ont vraiment apprécié de pouvoir les porter. Mais Michelle a aussi arboré certains de ses bijoux personnels et ils sont absolument fabuleux". 

Le goût sûr de l’actrice a même aidé les équipes techniques d’une manière imprévue. Dans le film, son personnage porte une bague très particulière qui attire l’oeil de Rachel et pour laquelle celle-ci la complimente. Malheureusement, les producteurs ont découvert que la bague conçue en prépa pour cette scène ne correspondait pas à leurs attentes. "C’était le premier jour de tournage de Michelle", se souvient Nina Jacobson. "Elle a dit 'J’ai une bague, elle vous conviendrait ?', et c’était exactement ce qu’il nous fallait : elle était similaire à ce que nous avions envisagé mais en bien mieux et elle nous l’a prêtée généreusement pour cette scène". 

Néanmoins, Mary Voigt précise que les costumes et bijoux ne doivent pas prendre le dessus sur le reste : "Par exemple, Gemma Chan porte des robes extraordinaires sous les traits d'Astrid mais le public ne doit pas voir la robe en premier : on doit la regarder, elle, et être ébahi et peut-être un peu plus tard 'Est-ce du Valentino ?' "

Gemma Chan est fan d’Audrey Hepburn et, pour sa première apparition, la costumière a choisi une robe Christian Dior rose pâle sans manches avec une jupe évasée tombant juste sous le genou, accessoirisée par des lunettes noires surdimensionnées de style "Jackie O" qui rappellent l’élégance intemporelle de l’actrice de DIAMANTS SUR CANAPÉ. La même inclinaison se retrouve dans l’allure d’Astrid lorsqu’elle porte un simple t-shirt et un pantalon cintré de toile. "Astrid n’est pas intéressée par le coût des vêtements ou leur côté voyant, elle aime les choses pour ce qu’elles sont. Ça peut coûter quelques millions ou être une trouvaille du marché aux puces, peu importe : elle aime mélanger différents styles. C’était vraiment amusant de travailler avec Mary pour constituer la garde-robe d'Astrid", commente Gemma Chan. 

À une échelle plus modeste, Rachel possède elle aussi un style éclectique. Mary Vogt a créé pour elle une série de tenues qui traduisent ses bouleversements intérieurs. À New York, elle a l’air plus forte tandis qu’à Singapour elle semble davantage vulnérable dans sa robe à fleurs blanches et roses de Giambattista Valli, avant de faire une impression durable lors du mariage dans une robe Marchesa de mousseline bleue pâle rebrodée de fleurs. 

"Rachel a l'occasion de porter des tenues incroyables", raconte Constance Wu. "Ma tenue préférée ? Oh, je ne peux pas choisir, je les aime toutes !" 

La costumière a trouvé chez Dolce & Gabbana l’inspiration pour les costumes et smokings portés par Nick Young à l’exception de certaines tenues : "Henry a tout du héros au charme classique et discret et on lui a conçu plusieurs costumes et chemises de lin blanc, tous faits sur mesure à Singapour et Kuala Lumpur, qui lui allaient parfaitement. Il avait l’air fabuleux quand il les portait", dit-elle. 

Pour l’acteur, ces costumes ont été d’une aide précieuse pour se glisser dans la peau du personnage. "Mary m’a fait porter des costumes vraiment chics, mais le costume de lin remporte la palme de l’élégance. À chaque fois que je le porte, c’est comme revêtir une armure et j’avais vraiment l’impression d’être transporté dans son monde", confie-t-il. 

Pour le personnage d’Eleanor, Mary Vogt a été inspirée par l’actrice Michelle Yeoh elle-même. "Comme son personnage, Michelle est élégante : elle possède la grâce et la façon de se mouvoir d’une danseuse, et je voulais qu’elle ait l’air décontractée et qu’elle puisse tout oser, car c’est ainsi que Kevin la décrit dans son livre", reprend la chef-costumière. "On lui a fait porter des pantalons larges et des hauts en soie de Carolina Herrera, ainsi qu’une longue robe bordeaux de Valentino, ornée d’une grande broche pour la fête des fleurs Tan Hua. Lors du mariage, elle porte une robe de satin de soie bleue pâle et or, dont le tulle est brodé à la main, assorti de son manteau (le tout par Elie Saab), avec une broche en diamants jaunes et blancs de Michelle Ong portée comme boucle de ceinture. C’est une tenue vraiment forte mais ça lui va à merveille". 

Peik Lin, elle, a une allure complètement exubérante qui tranche avec la simplicité de Rachel, le rétro cool d’Astrid et les lignes classiques d’Eleanor. "Peik Lin a un style très tapageur, c’est quelqu’un qui s’amuse avec ses vêtements ! On avait des talons scandaleux de plus de 12 centimètres et Awkwafina les a portés avec beaucoup d’assurance. Elle peut tout porter, car c’est une actrice avec une si forte personnalité qu’on la remarque avant ses vêtements". Peik Lin arbore des tenues très variées : des pyjamas Stella McCartney portés de jour mais aussi des chemises ornées de lapins ainsi qu’un costume de chauffeur remis au goût du jour avec casquette et bottes montantes. 

"Peik Lin a un peu le style de vie d’un rappeur", plaisante Awkwafina. 

L’un des plus grands défis relevés par la créatrice des costumes a été la robe de mariée extraordinaire d’Araminta Lee. Elle comprend une sorte de corset avec une imposante jupe faite de plusieurs volants superposés de longueurs différentes complétée d’une traîne. Rien d’impossible, mais là où les choses se compliquent, c’est que la robe devait être étanche, car l'allée que la future mariée emprunte devant l’autel se transforme en ruisseau. "Elle pesait une tonne, et ça doit être la seule robe de mariée étanche au monde ! Sonoya est une danseuse et une sportive, elle a de la force, et elle a donc pu porter cette robe comme si elle était aussi légère que l’air". 

ODE AU BONHEUR 

CRAZY RICH ASIANS possède une BO riche et variée, qui mêle des genres radicalement différents comme des chansons traditionnelles chinoises interprétées pour le film par un groupe de jazz et de swing, ou encore des tubes de variété et de rock américains interprétés par des artistes asiatiques contemporains. "Je voulais de la musique des années 1960 et 1970, quand Singapour était un pays neuf, et des chansons chinoises qui ne soient pas anciennes mais qui reflètent ce qui était populaire à cette époque", précise Chu. "J’aimais aussi l’idée de chansons américaines chantées en chinois car le côté 'village global' – et le fait que les cultures s'influencent mutuellement – constitue un thème fort du film". 

Chu et le superviseur musical Gabe Hilfer ont réuni plusieurs morceaux comprenant notamment une ouverture musicale joyeuse du film avec le titre "Money (That’s What I Want)" de Cheryl K., interprété par le chanteur R&B Miguel. On entend également plusieurs morceaux de Jasmine Chen, que l’artiste elle-même interprète à l’écran, accompagnée d’un quatuor de jazz pour "Swinging Five", "Chang Hai" ou encore "Give Me a Kiss", entendus lors de la fête des fleurs Tan Hau organisée par Ah Ma, et que l’on retrouve également lors de la fête de mariage avec "Wo Yao Ni De Ai (I Want Your Love, I Want You to be My Baby)" et "When Love is Away". Le classique d’Elvis "Can’t Help Falling in Love", qui était la chanson de mariage des parents du réalisateur, est interprété par Kina Granis pendant la réception. Vers la fin du film, Awkwafina se lance dans un rap original sur la version de Cheryl K. de "Money (That’s What I Want)" pour accompagner les spectateurs jusqu’à la fin du générique. 

"C’est un mélange éclectique mais qui forme un tout très cohérent", ajoute Chu, "de l’ancien au contemporain, en passant par les remix, le rap, le hip-hop et le jazz sans compter, en plus de tout ça, la composition extraordinaire de Brian Tyler, qui, grâce à un orchestre complet, plonge le film dans l’ambiance d’un vieux film hollywoodien". 

"Jon et moi voulions faire référence aux grandes comédies romantiques, tout en y apportant le charisme et la beauté de la culture asiatique", déclare Tyler. "J’ai composé dans l’esprit rétro d’un big band de jazz en ajoutant des cordes classiques et de la musique traditionnelle asiatique. Le jazz a procuré un arrière-fond amusant et désuet, et les cordes ont retranscrit les thèmes principaux, l’amour et la perte au coeur des relations familiales et amoureuses. En tant que compositeur, travailler sur un film qui aborde ces thèmes a été pour moi une expérience hallucinante". 

Sur un plan personnel, Chu révèle que le tournage a coïncidé avec la naissance de sa fille et il en est venu tout naturellement à se demander ce qu’il allait lui transmettre et en quoi il aimerait que sa jeunesse soit différente de la sienne… "Avec cette histoire où le personnage principal est quelqu’un de fort comme Rachel, j’étais vraiment conscient de ce que ma fille allait peut-être affronter dans la vie en devant adopter plusieurs cultures pour trouver sa propre identité. Ce film est une histoire d’amour et une comédie qui porte sur la famille, la culture, les confits et les réconciliations. Il est aussi représentatif de nos choix en tant que nouvelle génération : ils portent sur ce que nos parents nous ont transmis, ce qu’on a appris et ce qu’on veut transmettre à nos enfants", détaille-t-il. 

Pendant la première visite de Kevin Kwan sur le plateau, le réalisateur révèle que Chan lui a confié comment il avait débuté son livre. "Quand Kevin a allumé son ordinateur, il a écrit 'Joie' sur un post-it et l’a collé sur l’écran et chaque jour il regardait ce mot tandis qu’il écrivait. Il s’est dit que, quoi qu’il arrive, c’était la chose la plus importante qu’il souhaitait transmettre dans son livre", raconte Chan. 

"Sept ans plus tard, on réalise ce film et il [Kwan, NdT.] me dit : 'Quoi que tu fasses, c’est la seule chose qui compte. Si tu peux transmettre de la joie, ça marchera'. C’est devenu notre ligne rouge pour nous guider tout au long du film. Et j’espère que les spectateurs ressentiront eux aussi cette joie en voyant le film", conclut le réalisateur. 

Source et copyright des textes des notes de production @ Warner Bros. France

  
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