lundi 6 mai 2019

LOURDES


Documentaire/Superbe. Une très belle leçon d'humanité et d'humilité.

Réalisé par Thierry Demaizière & Alban Teurlai

Long-métrage Français
Durée: 01h31mn
Année de production: 2018
Distributeur: Mars Films 

Date de sortie sur nos écrans : 8 mai 2019


Résumé : Le rocher de la grotte de Lourdes est caressé par des dizaines de millions de personnes qui y ont laissé l’empreinte de leurs rêves, leurs attentes, leurs espoirs et leurs peines. A Lourdes convergent toutes les fragilités, toutes les pauvretés. Le sanctuaire est un refuge pour les pèlerins qui se mettent à nu, au propre – dans les piscines où ils se plongent dévêtus – comme au figuré – dans ce rapport direct, presque charnel à la Vierge.

Les réalisateurs Thierry Demaizière et Alban Teurlai sont allés à la rencontre de ces pèlerins, qu’ils soient hospitaliers ou malades, gitans, militaires ou prostitués. Ils ont écouté leurs prières murmurées et leurs vies abîmées par l’épreuve.

Bien au-delà de la foi, ils ont filmé Lourdes comme un grand théâtre anthropologique où se croisent des histoires bouleversantes.

Bande annonce (VF)


Ce que j'en ai pensé LOURDES est un documentaire superbement humaniste d’une grande beauté visuelle. On a le cœur broyé par ces expériences de vies terribles qui s’inscrivent dans une souffrance physique et/ou morale indicible.




Les réalisateurs, Thierry Demaizière et Alban Teurlai, filment et captent, avec une précision acérée et une grande finesse, les mots, les gestes, les moments volés, souvent touchants, parfois drôles parce qu’ils nous rappellent que nous avons à faire à des êtres humains de tous âges et de toutes conditions qui viennent en toute simplicité partager ce qu’ils peuvent avec leur vision. Ils nous montrent, sans rien enjoliver, tous les aspects et tous les rôles qui jalonnent ce parcours dans un flux narratif qui paraît tout à fait naturel. 

Les réalisateurs Thierry Demaizière, à gauche, et Alban Teurlai, à droite.

Il est fascinant de découvrir comment un processus bien rôdé vient servir de baume à l’âme pour des milliers de personnes, seules face à leurs malheurs, ignorées, malmenées, cachées aux yeux du monde toute l’année à cause de handicaps trop lourds. Le vrai miracle de Lourdes est là, dans chaque geste, chaque attention, chaque moment suspendu où ils ne se sentent pas différents, jugés et où ils peuvent communier ensemble.







Ils trouvent dans ce pèlerinage une motivation et une force incroyables qui se traduisent au travers de leur foi. Ils font des sacrifices importants, supportent la douleur, prennent des risques vitaux pour accomplir ce qui leur est impossible ainsi que pour retrouver du courage et de l’espoir. 




Les réalisateurs ne versent jamais dans le prosélytisme ou la religion facile. Ils portent au travers de leur sujet un regard attentif aux autres et instructif pour nous. Peu importe qu’on soit croyant ou non, chrétien ou non, il y a du divin dans leurs images.


Copyright photos @ Mars Films

LOURDES est profondément émouvant et marquant. On ne veut plus quitter ses gens magnifiques et tellement admirables. On nous répète sans cesse qu’il faut être fort pour survivre dans ce monde, et bien ce documentaire nous prouve que les forts, à n’en pas douter, ce sont les héros de cette aventure. C’est une vraie et magnifique leçon d’humilité. 

NOTES DE PRODUCTION
(À ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

ENTRETIEN THIERRY DEMAIZIÈRE ET ALBAN TEURLAI

D’OÙ EST NÉE L’IDÉE DE CE DOCUMENTAIRE SUR LOURDES ?

Thierry Demaizière. C’est une de nos amies, Sixtine Léon-Dufour, qui nous a mis sur la piste. Elle et son mari revenaient de Lourdes comme hospitaliers et hésitaient à nous le dire par peur de nos a priori. Sixtine a fini par nous raconter ce qu’elle avait vécu là-bas : en l’écoutant, Alban et moi avons tout de suite pensé qu’il y avait là matière à un documentaire pour le cinéma.

Alban Teurlai. À notre grande stupéfaction, aucun documentaire au cinéma n’avait été réalisé sur Lourdes. Il y a eu des fictions, de nombreux reportages télévisés sur les rues marchandes et les marchands du Temple mais rien sur les pèlerins, rien sur leur démarches : pourquoi viennent-ils ? Qu’espèrent-ils ? Que représente la Vierge pour eux ?

T.D. Stéphane Célérier de Mars Films, avec qui nous avions coproduit ROCCO nous a aussitôt donné le feu vert. Avec une consigne : ne pas nous moquer de ces gens. Nous n’en avions pas l’intention. Nous sommes des portraitistes et travaillons plutôt dans l’empathie. LOURDES a démarré comme ça, sans que nous n’y soyons jamais allés.

QU’EST-CE QUI VOUS MOTIVAIT DANS CE PROJET ? ÊTES-VOUS CROYANT ?

T.D. Je suis agnostique et Alban est athée. LOURDES n’est pas un film sur la religion. Ce qui se passe là-bas dépasse une quelconque démarche de foi. Pour reprendre une phrase de Jean-Claude Guillebaud dans un article publié dans « La Vie », « On peut (y) mettre de côté ses croyances, qui relèvent de l’ordre privé, et déceler en ce lieu un « quelque chose » de bouleversant ». C’est ce « quelque chose » qui nous intriguait. On avait l’intuition que Lourdes devait être un creuset d’humanité et qu’il devait s’y passer « quelque chose » d’un peu dingue sur la condition humaine ; « quelque chose » qui dépassait même la foi et qui interrogeait notre rapport à la souffrance et à la mort.

LE FILM SUIT UNE DIZAINE DE PERSONNAGES D’ORIGINES ET DE CONDITIONS DIFFÉRENTES : COMMENT RÉUSSIT-ON À TROUVER DES TÉMOINS QUI ACCEPTENT DE SE CONFIER DE MANIÈRE AUSSI INTIME DEVANT LA CAMÉRA ?

A.T. Cela a nécessité un énorme travail : huit mois et trois enquêtrices qui ont appelé tous les diocèses. Nous voulions trouver des destins qui ont une valeur universelle, aborder tous les milieux et suivre des pèlerinages très divers : travestis du bois de Boulogne, militaires, gitans etc…

T.D. Lourdes c’est avant tout une foule, il fallait extraire de cette foule des itinéraires et choisir des pèlerins capables de parler de leur démarche à la première personne, au-delà de tout catéchisme, pour que ce qu’ils disent puisse parler à des non croyants comme nous.

A.T. Et puis il y a eu des hasards incroyables, comme Jean D’Artigues, cet ancien chef d’entreprise atteint de la maladie de Charcot. C’est le témoin que nous cherchions, un homme transcendé par la maladie qui aborde sereinement l’idée de la mort.

LE LIEN AVEC CES PÈLERINS A-T-IL ÉTÉ LONG À TISSER ?

A.T. Beaucoup d’entre eux nous avaient dit que le pèlerinage commençait au moment où ils préparaient leur valise. Nous avons choisi d’en filmer certains dès cette étape - le militaire et sa famille, qui viennent de Lille, Cédric et ses parents, qui viennent de Bourges, Isidore, le travesti du bois de Boulogne… C’était le temps nécessaire pour qu’ils s’habituent à la caméra, pour qu’ils nous accordent leur confiance.

BEAUCOUP DES PERSONNES QUI VIENNENT À LOURDES SONT LOURDEMENT HANDICAPÉES. POURTANT, TRÈS VITE, ON RÉUSSIT À DÉPASSER LEUR INVALIDITÉ…

T.D. Oui parce que d’un seul coup, le corps infirme, que notre société, qui prône le beau, a tendance à cacher, a non seulement sa place ici à Lourdes mais il est au cœur même de l’événement.
A.T. L’arrivée des malades, à la sortie des bus, devait créer une sorte de choc pour le spectateur ; qu’il se demande s’il va pouvoir supporter de les voir.

T.D. Et qui sommes-nous pour juger ceux qui décident d’aller à Lourdes ? Que ferions-nous le jour où un médecin vous dit qu’il n’y a plus aucun espoir ?

LA CRAINTE QUE BEAUCOUP DE CES PÈLERINS INSPIRENT EST TRÈS BIEN RÉSUMÉE PAR LE PÈRE JEAN À LA FIN : « LES GENS CASSÉS NOUS EMBÊTENT », DIT-IL.

T.D. C’est donc un prêtre qui a le courage de dire que le corps malade l’effraie. C’est assez rock and roll, on est loin de la doctrine chrétienne et des clichés sur la compassion béni oui-oui. Tous ces corps en souffrance posent des questions très vastes sur l’acceptation. Un de nos personnages, atteint de la maladie de Charcot dit quelque chose de très fort « ces souffrances visibles en renvoient à d’autres, invisibles celles-là ». Nous sommes effectivement tous infirmes de quelque chose.

POUR AUTANT, ON NE SENT PAS DE COLÈRE CHEZ CES PERSONNES. PLUTÔT UNE FERVEUR ET PARFOIS MÊME UNE CERTAINE GAIETÉ.

T.D. La colère a sans doute existé mais quand on se rend à Lourdes, ce sentiment n’existe plus. On vient là pour ne plus être seul. J’imagine que, lors des processions mariales en particulier, au milieu de la foule, avec ces milliers de cierges allumés, on doit être emporté dans une sorte de communauté de destins.

DES DESTINS RENVOYÉS À LEUR FINITUDE… JEAN PARLE D’UNE COMMUNAUTÉ DE CONDAMNÉS À MORT.

T.D. On est tous condamnés à mort mais à Lourdes la question est plus urgente et fondamentale car la plupart des malades sont souvent confrontés à des vies très courtes. Certains viennent espérer une guérison quand la médecine ne peut plus rien faire et c’est d’ailleurs ce qui rend si dense et intense la personnalité de ces pèlerins.

L’ARRIVÉE DANS LA GROTTE DONNE LIEU À DES SCÈNES ASSEZ DÉCONCERTANTES : CE MILITAIRE, PÈRE DE DEUX PETITS GARÇONS MALADES, DONT ON SAIT QUE LE PLUS JEUNE N’ATTEINDRA PAS SES DEUX ANS, QUI INCITE L’AÎNÉ À FROTTER LE DOUDOU DU PREMIER SUR LA PAROI…

A.T. Certains y frottent même leur téléphone, leur porte-monnaie et nous étions nous-mêmes un peu hallucinés en tournant ces séquences mais, en découvrant le parcours de chacun, nous avons très vite cessé de juger. Ce serait monstrueux de juger ce père. S’il a besoin de ce geste, respect !

LUI ET SA FAMILLE SONT D’UNE GRANDE DIGNITÉ ET ANIMÉS D’UNE FOI PROFONDE. IL EST BOULEVERSANT LORSQU’IL PRIE DANS L’ÉGLISE.

T.D. « Que viennent chercher ces gens ? », cette interrogation était au coeur de notre projet. Assez vite, nous avons compris que l’instant où tout se joue, c’est lorsqu’ils touchent la roche et lorsqu’ils vont prier. Il fallait que nous arrivions à percer le secret de la prière pour comprendre le cœur de Lourdes.  A.T. LOURDES n’existait pas sans ces scènes. Nous avons donc demandé aux personnes que nous filmions si elles accepteraient de dire leurs prières à voix basse – on se doutait bien qu’elles ne venaient pas en pèlerinage pour réciter de simples « Je vous salue Marie ». Elles ont accepté assez facilement. Ce militaire, par exemple, qui avait tant de mal à parler de ses enfants devant nous, était plus à l’aise en s’adressant directement à la Vierge, et pourtant il savait que nous le filmions.

ON SE SENT À LA FOIS DANS SA TÊTE ET DANS SON COEUR ET, EN MÊME TEMPS, À UNE DISTANCE PRESQUE MÉTAPHYSIQUE. COMMENT FILME-T-ON UNE TELLE SÉQUENCE ?

T.D. Nous étions très loin dans l’église mais le chef opérateur son était très près. C’est ce qui donne ce moment très intime. Nous avons employé le même procédé avec Isidore, le travesti, et avec Jean, atteint de la maladie de Charcot. Emmanuel Guionet, notre ingénieur du son a su capter ces prières à voix basse.

CONTRAIREMENT AUX IDÉES REÇUES, LE MIRACLE N’OCCUPE PAS UNE PLACE PRÉPONDÉRANTE DANS CES PRIÈRES.

T.D. Plus on s’approche de Lourdes et plus on s’aperçoit qu’il devient secondaire. « On voit tellement plus grave à côté de soi, on n’ose pas le demander», reconnaît Jean. Au fond, pour la plupart, l’espoir du miracle n’existe que pour tenir.

DANS LOURDES, IL N’Y A PAS DE MIRACLES MAIS LA RUMEUR D’UNE APPARITION DE LA VIERGE, CAPTÉE ET RE-FILMÉE À L’INFINI SUR DES PORTABLES PAR LA COMMUNAUTÉ DES GITANS.

T.D. Les gitans étaient nos chouchous : drôles, farfelus, déjantés, ils ont une foi enfantine. Comme ils ne savent pas renvoyer les vidéos d’un téléphone à un autre, ils les re-filment et cela donne sur l’écran de leur Iphone une aura de plus en plus surnaturelle à cette Vierge. Vrai phénomène ? Trucage ? Il s’agit en réalité d’un effet d’optique : prise dans l’axe du ciel, la statue semble réellement y apparaître. Les gitans n’en démordaient pas : c’était une apparition !

LE FILM EST TRUFFÉ DE SCÉNETTES DRÔLES, INCONGRUES OU ÉMOUVANTES, COMME CELLE DE CET ANCIEN COUVREUR TOMBÉ D’UN TOIT QUI PARTAGE UNE CIGARETTE AVEC UN JEUNE SOIGNANT.

A.T. Ce sont des conversations croisées au détour d’un couloir, les hasards d’une pause-cigarette. Il est très émouvant ce couvreur ! Extrêmement poétique.

EN DEHORS DE JEAN, L’ANCIEN CHEF D’ENTREPRISE, LA PLUPART DES PÈLERINS VIENNENT DE MILIEUX TRÈS POPULAIRES.

A.T. Si Lourdes est un pèlerinage très populaire, c’est dû à la personnalité de Bernadette Soubirous à qui est apparue la Vierge .C’est une bergère dont le père est en prison, elle et sa famille sont considérées comme des moins que rien. Elle s’émeut d’ailleurs que la Vierge se soit adressée à elle, et elle a cette phrase qui est devenue un slogan à Lourdes : « Elle m’a regardée comme une personne ». Beaucoup des pèlerins qui subissent quotidiennement le regard effrayé des gens dans la rue ou vivent isolés dans des Ehpad s’identifient à cette petite paysanne qui s’exprimait en patois : eux aussi se sentent enfin regardés comme des personnes et traités comme telles. Ces pèlerins pour la plupart très modestes économisent toute l’année pour venir à Lourdes.

ON EST ÉTONNÉ DE VOIR AUTANT DE MILITAIRES PARTICIPER AUX PÈLERINAGES.

T.D. Historiquement, l’Ordre des Chevaliers de Malte, à l’origine de la création du pèlerinage de Lourdes, a fait appel aux militaires pour l’organiser. Lourdes est donc devenu un rendez-vous important pour les militaires et l’organisation de Lourdes est restée très militaire.

À CÔTÉ D’EUX, IL Y A AUSSI TOUS CES BÉNÉVOLES VENUS PRENDRE SOIN D’EUX ; L’ALCHIMIE QUI PASSE ENTRE LES UNS ET LES AUTRES EST ASSEZ FASCINANTE.

T.D. C’est un véritable don de soi : ces personnes consacrent souvent une de leurs semaines de vacances pour s’occuper des malades. Elles paient leur voyage, leur hôtel et leurs repas, beaucoup sont très jeunes. On sort complètement des clichés de « Marie-Chantal » venues s’acheter une bonne conscience.

A.T. On sent qu’elles vivent un moment très fort et ce moment est partagé des deux côtés. Grâce à ces bénévoles, les malades, qui quelquefois, ne voient plus leur famille et se sentent abandonnés dans leur maison de retraite ont le sentiment d’être en vacances à Lourdes. On les lave tous les jours, on les change plusieurs fois par jour, on les dorlote. Non seulement, ils ne se sentent plus montrés du doigt mais ils sont choyés. C’est fabuleux pour eux.

IL Y A PARFOIS DE LA MALADRESSE DANS LES GESTES DES HOSPITALIERS - À L’OCCASION DE LA TOILETTE, PAR EXEMPLE.

T.D. Ce n’est pas leur travail et les malades apprécient justement leur gaucherie. Cela contribue à créer un lien très fort.

A.T. On s’est d’ailleurs vite rendu compte des échanges incroyables qui se nouaient dans les chambres durant ces toilettes : c’est ce qui nous a décidés à les filmer.

LA RELATION QUI SE NOUE ENTRE LA VIEILLE DAME DE QUATRE-VINGT-QUINZE ANS ET LA JEUNE BÉNÉVOLE TATOUÉE DE LA TÊTE AUX PIEDS QUI EN A VINGT-DEUX EST AUSSI TOUCHANTE QU’ELLE SEMBLE IMPROBABLE.

A.T. Elle est malhabile ; ça ne doit pas être simple pour cette jeune femme d’être confrontée au corps nu d’une personne si âgée. Pourtant, le courant passe et un lien va naître le temps du pèlerinage.

LÀ ENCORE CE SONT DES SCÈNES TRÈS INTIMES…

T.D. La caméra d’Alban selon moi protège leur intimité. A.T. Il faut être pudique, savoir s’arrêter à temps. Bizarrement, alors que nous y allions sur la pointe des pieds, certains malades, proche de la chambre où nous filmions, réclamaient notre présence : ils étaient contents de nous voir arriver, cela leur amenait un peu de joie et de distraction.

VOUS MONTREZ L’ATTACHEMENT QU’ÉPROUVENT LES BÉNÉVOLES POUR DES PÈLERINS QUI REVIENNENT CHAQUE ANNÉE : LE CAS DE JEAN-LOUIS, PARALYSÉ APRÈS UNE TENTATIVE DE SUICIDE, ET QUI NE S’EXPRIME QU’EN COCHANT DES LETTRES SUR UN ABÉCÉDAIRE.

T.D. Il a un charme dingue. Depuis quatorze ans qu’il vient, il est devenu une sorte de mascotte.

COMMENT EXPLIQUER QUE LE MOMENT DU DÉPART SOIT AUSSI DÉCHIRANT NOTAMMENT POUR LES HOSPITALIERS ?

A.T. Tous disent la même chose, ils disent repartir avec le sentiment d’avoir plus reçu que donné.

T.D. Ils se sont mis au service d’autre chose que d’eux-mêmes.

LE FILM S’ACHÈVE SUR CES SCÈNES INCROYABLES DANS LES PISCINES OÙ LES PÈLERINS VIENNENT S’IMMERGER AVEC LES BAINS QUE PRENNENT JEAN, CÉLINE, LE MILITAIRE ET SON PETIT GARÇON.

T.D. C’est la première fois qu’une caméra de cinéma pénétrait dans ce lieu et nous remercions le sanctuaire de Lourdes de nous l’avoir permis, nous avons réussi à vaincre leurs réticences. Le bain de Jean a été un moment hallucinant. Huit ou neuf gars étaient présents pour débrancher les sondes qu’il a sur le corps, le porter ; on se serait cru dans un bloc opératoire. Pour moi, qui ne suis pas croyant, ce grand malade qui n’hésite pas à s’immerger dans l’eau froide malgré son état raconte tout ce que peut faire faire la foi. La plénitude qu’il a alors dans le regard touche à la transcendance.

A.T. C’est cette image du film que nous avons décidé de monter pour terminer le film.

VOUS N’ÉVOQUEZ QUE TRÈS FURTIVEMENT ET SANS AUCUN JUGEMENT L’ASPECT COMMERCIAL DE LOURDES.

T.D. On trouvait dommage de réduire Lourdes aux rues commerçantes. C’est l’image que renvoient le plus souvent les medias, avec un certain mépris de classe d’ailleurs…

A.T. Moins cliché et plus vrai, on a préféré évoquer brièvement la fête et l’alcool le soir pour décompresser après une journée. Les hospitaliers se lèvent très tôt pour laver les malades mais ils font aussi la fête la nuit, les bars sont pleins. C’est aussi ça Lourdes.

COMBIEN DE TEMPS LE TOURNAGE A-T-IL DURÉ ?

A.T. Presque un an. Les premiers jours, nous étions effarés. Lourdes, c’est une organisation militaire, avec des milliers de personnes et des horaires millimétrés – première messe à cinq heures, visite de la grotte à treize, nouvelle messe à quatorze, puis quartier libre pour acheter la gourde ; ensuite, rendez-vous à la fontaine… Nous étions face à un flot continu, une gigantesque machine à laver. On a tourné des heures et des heures de messes et de processions. À l’arrivée, nous avions deux cent cinquante heures de rushes.

COMME TOUJOURS, VOUS ATTACHEZ ÉNORMÉMENT D’IMPORTANCE AUX CORPS.

T.D. C’est un lien que l’on retrouve effectivement dans tous nos films et les corps sont au cœur de Lourdes. Pourtant, sans esquiver ce regard, nous ne pouvions pas non plus nous attarder dessus.

MAIS VOUS LES ISOLEZ, VOUS VOUS FOCALISEZ SUR LES MAINS, LES REGARDS, LES VISAGES EN LES OPPOSANT CONSTAMMENT AUX PLANS DE FOULES.

A.T. Les mains sont assez fascinantes à Lourdes lorsqu‘elles caressent le rocher, des vieilles mains, des plus jeunes… ce toucher de la main sur la pierre racontait mieux que n’importe quelle image ce rapport au sacré.

L’IMAGE EST TRÈS SOIGNÉE. IL ÉMANE DE TOUS CES GENS UNE VRAIE GRÂCE.

A.T. C’est le minimum qu’on leur devait et c’est une question de respect par rapport à la parole donnée. Ils se sont confiés et mis à nu ; en retour, nous avons eu envie de les mettre dans une sorte d’écrin.

PARLEZ-NOUS DE LA MUSIQUE.

A.T. Pierre Avia, qui fait la musique de tous nos films, l’a composée. Il y avait deux écueils à éviter : ne pas céder à la tentation de mettre des morceaux grandiloquents sur la souffrance ou sur la foule et ne pas tomber non plus dans la musique liturgique. Au final, la partition d’Avia, qui distille parfois une sorte d’angoisse, raconte bien la tension de ces pèlerins.

UN MOT SUR LE MONTAGE.

T.D. Il nous a pris quatre mois et nous avons dû sacrifier beaucoup de personnages attachants – beaucoup de scènes avec les gitans et des Antillais qu’on ne voit plus du tout. C’était douloureux mais il fallait garder le cap que nous nous étions fixés : que viennent chercher ces gens ?

VOUS TRAVAILLEZ ENSEMBLE DEPUIS DIX ANS. COMMENT FONCTIONNE VOTRE BINÔME ?

T.D. En résumé, il est l’œil, je suis l’oreille.

A.T. Même si Thierry ne tient pas la caméra lorsque je filme une séquence, il est avec moi et voit ce que je ne peux pas voir. C’est souvent lui qui m’indique : « Tiens, là, il se passe quelque chose ». On est intéressés par les mêmes choses.

PORTRAITS D’ACTEURS, DE COUTURIERS CÉLÈBRES OU D’INCONNUS, DOCUMENTAIRE SUR LA DANSE (RELÈVE) OU LA PORNOGRAPHIE (ROCCO) : DEPUIS VOS DÉBUTS AU LONG MÉTRAGE, VOUS N’AVEZ CESSÉ DE TRAVERSER DES UNIVERS DIFFÉRENTS.

T.D. L’éclectisme est notre marque de fabrique, on traverse des mondes très différents mais on cherche toujours la même chose et ne nous demandez pas ce qu’on cherche car on ne le sait pas…

A.T. Sans se comparer évidemment à lui, on aime bien cette citation de Pierre Soulages : « C’est ce que je cherche qui m’apprend ce que je fais ».

LES GRANDES DATES DE L’HISTOIRE DU SANCTUAIRE DE LOURDES

1858 Du 11 février au 16 juillet, Bernadette Soubirous assiste à 18 apparitions de la Vierge Marie à la Grotte de Massabielle.
1862 Reconnaissance officielle des Apparitions par Mgr Laurence.
1871 Premiers grands trains de pèlerinages et inauguration de la basilique de l’Immaculée Conception.
1883 Création du bureau des Constatations médicales de Lourdes.
1889 Inauguration de la basilique Notre-Dame du Rosaire.
1933 Canonisation de sainte Bernadette.
1957 Encyclique du pape Pie XII sur le pèlerinage à Lourdes.
1958 Centenaire des Apparitions. Inauguration de la basilique Saint-Pie X.
1971 Création du « Bureau de presse du Sanctuaire ».
1983 Pèlerinage de Jean-Paul II à Lourdes.
1988 Inauguration de l’église Sainte-Bernadette.
2008 Jubilé des 150 ans des Apparitions et voyage du pape Benoît XVI.
2018 L’Église catholique reconnaît le 70ème miracle survenu à Lourdes.

Source et copyright des textes des notes de production @ Mars Films

  
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