vendredi 27 décembre 2019

L'ART DU MENSONGE


Drame/Deux merveilleux acteurs au service d'une intrigue plus dramatique qu'elle ne laisse le présager

Réalisé par Bill Condon
Avec Helen Mirren, Ian McKellen, Russell Tovey, Jim Carter, Mark Lewis Jones, Laurie Davidson, Jóhannes Haukur Jóhannesson, Lucian Msamati...

Long-métrage Américain/Canadien
Titre original : The Good Liar
Durée : 01h50mn
Année de production : 2019
Distributeur : Warner Bros. France 

Date de sortie sur les écrans américains : 15 novembre 2019
Date de sortie sur nos écrans : 1 janvier 2020


Résumé : Escroc professionnel, Roy Courtnay a déjà en vue sa prochaine cible : Betty McLeish, récemment devenue veuve, dont la fortune s'élève à des millions de dollars. Dès la première rencontre entre Roy et Betty, l'arnaqueur commence par faire son numéro bien rodé de manipulateur et la veuve, visiblement séduite, semble facile à duper. Mais cette fois, ce qui avait l'air d'une simple arnaque prend l'allure d'un jeu du chat et de la souris aux enjeux de grande ampleur. Tandis que Roy et Betty découvrent des supercheries bien plus insidieuses, les voilà qui plongent dans un monde de dangers, de complots et de trahisons …

Bande annonce (VOSTFR)


Ce que j'en ai pensé L'ART DU MENSONGE s'inspire du roman de Nicholas Searle intitulé Le Menteur (ou The good liar dans sa langue originale). Il est certain qu'il ne vaut mieux pas avoir lu le livre avant de voir le film, sinon les rebondissements perdent en intérêt. 

Le scénariste Jeffrey Hatcher a écrit cette adaptation pour son passage à l'écran. Le réalisateur Bill Condon fait honneur à cette intrigue à tiroir avec sa mise en scène propre et soignée qui laisse le spectateur deviner certains aspects, mais qui réussit toujours à créer tout de même la surprise, et ce, dès le générique de début qui nous donne déjà l'impression qu'on va se diriger vers un thème spécifique. Il nous entraîne dans ce jeu de dupe et de faux-semblants qui s'entrecroisent en réussissant toujours à conserver une cohérence de ton et d'atmosphère visuelle. 

La narration qui se déploie sur plusieurs arcs narratifs demeure toujours claire et agréable à suivre. Bien que l'ambiance paraisse donc légère au début, elle devient de plus en plus sombre avec des explosions de violence qui servent l'étude de caractères des personnages. La musique du film est composée par Carter Burwell. Elle accompagne les moments clef du récit et reste en tête même une fois l'œuvre disparue de l'écran. 

Il fallait un duo d'acteurs solides pour ce face-à-face. Le réalisateur trouve un matériau parfait pour travailler son histoire avec Helen Mirren qui interprète Betty McLeish et Ian McKellen qui interprète Roy Courtnay. Ils sont tous les deux impeccables pour faire ressortir les variations des personnalités de leurs protagonistes et nous faire sentir, à juste titre, qu'il y a plus à creuser que ce que l'on veut bien nous montrer à priori. 




Les seconds rôles viennent compléter efficacement la distribution que ce soit Russell Tovey, dans le rôle de Stephen, Jim Carter dans celui de Vincent, Mark Lewis Jones qui joue Bryn ou encore Lucian Msamati qui interprète Beni.


Crédit photos : Chiabella James & Courtesy Warner Bros. Pictures
Copyright photos © 2019 WARNER BROS. ENTERTAINMENT INC.

L'ART DU MENSONGE porte bien son nom. En tant que spectateur, on a un vrai plaisir à voir jouer deux merveilleux acteurs autour de cette intrigue qui se révèle plus tragique que ne le laisse présager son début. C'est un film qui sous des dehors calme revêt une belle intensité.

NOTES DE PRODUCTION
(À ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

“L’ART DU MENSONGE s’intéresse à la part d'ombre de l'être humain mais non sans un soupçon d’humour noir”, affirme le réalisateur et producteur Bill Condon en évoquant son film, où les apparences sont souvent trompeuses. “C’est un thriller d’inspiration hitchcockienne, qui croise suspense, intrigue criminelle et émotions. Le récit s'articule autour de deux personnages d’une très belle complexité, interprétés par deux des plus grands acteurs de tous les temps au sommet de leur art. Ils savent vous maintenir jusqu’au bout dans l’incertitude, comme dans un bon polar. C’est terriblement amusant”.

Bill Condon sait que les spectateurs aiment être déstabilisés par ce genre d’histoire. C’est pourquoi il ajoute : “Ce qui me plait le plus, c’est d’imaginer comment le public va reconstituer ce puzzle complexe avec tous ses rebondissements. Ce ne sont pas seulement les rebondissements qui vont surprendre les gens, mais comment ils surviennent et leur raison d’être”.

Helen Mirren campe Betty, qui accepte, quoiqu'un peu à reculons, de rencontrer Roy, le personnage fringant interprété par Ian McKellen. “J’aime les personnages qui ont de l’étoffe et une certaine complexité”, affirme Helen Mirren. “Mais Betty est très touchante. Elle n’a pas du tout l’air d’être forte. Comme beaucoup de gens, elle a l’impression qu’il manque quelque chose dans sa vie. Elle cherche un compagnon, quelqu’un avec qui aller dîner ou sortir au théâtre, et soudain Roy débarque, un homme drôle et charmant qui semble répondre totalement à ses attentes”.

D'ailleurs, il semble vite évident qu'une attirance mutuelle rapproche ces deux êtres en quête d’une relation forte, qui décident de tenter leur chance l’un avec l’autre. L’ART DU MENSONGE explore l’art de la duplicité, mais également celui des rapports humains et suggère, non sans un certain cynisme, que pour réussir dans ces deux domaines il faut que les partenaires soient au même niveau.

Pour sa quatrième collaboration avec Bill Condon, Ian McKellen déclare : “Les intrigues et les rebondissements nourrissent une histoire très divertissante. Mon premier critère quand j’examine un scénario, c’est de savoir s'il s'agit d'un film que j’aimerais aller voir au cinéma. J’aime les histoires où on ne sait pas ce qui va se passer à la seconde d'après. Il y a des moments où les spectateurs seront très surpris car on ne peut rien prévoir”.

Pour tenir cette promesse, Ian McKellen évite scrupuleusement de décrire les événements dans le détail. Il se contente d'affirmer : “Disons simplement que ce sont deux personnes très intéressantes qui vont dîner ensemble…” avant d’ajouter avec un sourire en coin : “Il se peut que leurs intentions ne soient pas les mêmes”.

Une chose est sûre : lors de leur rencontre, Roy jauge Betty avec un œil expert. Derrière ses manières impeccables et l’étincelle qui brille dans ses yeux bleus, il monte un stratagème implacable pour la séduire et exploiter ses faiblesses… afin de lui soustraire jusqu’au dernier centime en sa possession. Très vite, il croit déjà qu’il a gagné la partie. Betty est bien entourée mais se sent perdue depuis la mort de son mari. Elle est chaleureuse, sensible, solitaire et peutêtre un peu trop accueillante … à son propre détriment.

Roy a toute confiance dans son stratagème bien rodé et il sait ce qu’il a à faire. Malgré tout, il est bien possible que cette femme ne soit pas la proie facile à qui il s'imaginait avoir affaire. Il est vrai que sa vie à lui est un tissu de mensonges… mais pourquoi Betty ne tromperait-elle pas, elle aussi, les apparences ? Elle pourrait bien avoir ses propres secrets.

Pour commencer, Betty a assuré ses arrières avec son petit-fils Stephen, qui l’attend dans une voiture à proximité du restaurant pour la ramener chez elle si le dîner tournait mal. “Une simple précaution”, explique-t-elle. Et le jeune homme s’inquiète pour elle. Roy se montre compréhensif même si la présence d’un garçon protecteur dans le paysage ne l’arrange pas du tout.

Stephen est interprété par Russell Tovey, tandis que Jim Carter campe Vincent, vieux complice de Roy.

Certains détails de la vie de Roy éveillent les soupçons de Stephen, mais la charmante Betty n’en fait pas toute une affaire. Roy s’absente pour l’après-midi ? Pour aller voir un ami à l’hôpital ? Elle ne pose pas de question. “Il a une vie pleine de mystère et on ne comprend pas toujours très bien quels sont ses liens avec certaines personnes, si bien qu'on a toujours l’impression qu’il se trame quelque chose en coulisse”, remarque Helen Mirren.

Tout ceci ne semble pas calmer les ardeurs de Betty à l'égard de son nouveau prétendant. Néanmoins, Roy reste un personnage mystérieux. Il insuffle une part d’inconnu et un sens plus aigu du danger, tandis que Betty semble toujours sur le point de tomber dans ses filets.

À dire vrai, pour un homme qui vit de ses talents et ne peut pas résister à la montée d’adrénaline que procure une arnaque aux enjeux majeurs bien menée, le fait de plumer des dames fortunées est une activité secondaire. En général, il a plusieurs fers au feu.

“D’une certaine façon, l’histoire met en avant la pathologie fascinante d’un arnaqueur professionnel”, souligne Bill Condon. Le roman de Nicholas Searle dont le film est tiré s'attache davantage au parcours de Roy, mais le réalisateur a vraiment fait de l’histoire un face-à-face entre Betty et Roy, autrement dit Helen et Ian. Comme il l'explique, “le personnage féminin et son point de vue ont tout autant d’importance. L’histoire commence et se termine avec la relation qui s’est tissée entre eux”.

“Dès le début, c’était très clair pour nous que nous voulions un véritable duel”, ajoute le producteur Greg Yolen. “Le grand atout du film, c’est de voir ces deux stars se donner la réplique et nourrir leurs personnages de nuances et d'un style qui leur appartient. C’est un duo fabuleux qu’on attendait depuis bien trop longtemps à l’écran”.

C’est Greg Yolen qui a découvert le roman et l’a offert à Bill Condon, son partenaire de cinéma depuis plus de dix ans, tandis que celui-ci embarquait pour un vol transatlantique. “Quand Bill a atterri, six heures plus tard, j’ai tout de suite reçu un mail”, raconte Greg Yolen. “Il disait : ‘On tient un film !’. Je pense qu’un des grands talents de Bill en tant que réalisateur c’est d’être capable de se plonger dans des personnages complexes et des histoires qui soulèvent de nombreuses questions, et de créer une œuvre sophistiquée qui soit en même temps un pur divertissement. L’ART DU MENSONGE est un film mystérieux et plein d’émotion qui joue sur plusieurs niveaux et se révèle petit à petit sous des angles toujours nouveaux”.

Bill Condon et Greg Yolen ont fait appel au scénariste de renom Jeffrey Hatcher – avec qui ils avaient travaillé pour MR. HOLMES – pour adapter ce roman à l’écran. Jeffrey Hatcher se souvient : “De temps en temps, je tombe sur un projet et je me dis ‘celui-là, j’ai envie de m'y essayer'. Là, c’était vraiment le cas. Au cœur de l’histoire, il y a une arnaque, au cœur de cette arnaque, il y a une histoire d’amour et au cœur de celle-ci, il y a encore autre chose. C’est comme des poupées russes : à chaque fois qu’on en ouvre une, on en trouve une autre à l’intérieur”.

S'agissant d'une adaptation du roman de Nicholas Searle, il a fallu transposer une partie importante de l’histoire à l’époque actuelle, où la technologie joue un rôle prépondérant et le passé reste dans l’ombre. “Dans le livre, les révélations interviennent plus tôt, et le suspense provient de la tension entre ce que les personnages vont découvrir et ce que le lecteur sait déjà”, explique Jeffrey Hatcher. “Pour le film, on a choisi une approche plus objective, ce qui permet au spectateur d’adopter le point de vue d’un personnage puis de l’autre”.

Une démarche qui convenait très bien à Nicholas Searle : “J’ai adoré le scénario", dit-il. "Jeffrey a fait un travail formidable. C’est différent mais on retrouve l’esprit du roman et cela ne m’a posé aucun problème. Bill était l'homme de la situation. Il a une psychologie très fine concernant les personnages. Il a réalisé des films très divers, toujours avec beaucoup de sensibilité, et j’apprécie sa façon de s’intéresser non seulement à l’histoire au sens large, mais également aux individus”.

À mesure que Betty et Roy apprennent à se connaître, L’ART DU MENSONGE nous emmène des boulevards animés de Londres – le terrain de prédilection de Roy – à la banlieue paisible où vit Betty… sans nous révéler ce qui se trame dans leur tête et dans leur cœur. Si on n’y regarde pas de trop près, on voit un de ces couples qui apprécie de passer du temps ensemble : Betty est heureuse et revigorée tandis que Roy, tout en charisme, raconte ses histoires avec délectation.

“On sait bien que les méchants peuvent être bourrés de charme, au point que les spectateurs peuvent finir par être de leur côté”, remarque Bill Condon. “C’est intéressant d’essayer de les rendre complices de ces personnages et de tromper leur attention pour les empêcher de commencer à se poser des questions”.

Mais ce qui se cache sous les apparences est justement au cœur de L’ART DU MENSONGE.

ACTEURS ET PERSONNAGES

Bill Condon avait vu Helen Mirren et Ian McKellen se donner la réplique sur scène à Broadway quelques années auparavant dans "La danse de la mort" d’August Strindberg. Il déclare : “Je savais qu’ils étaient des adversaires parfaits”. Ce qui l’a surpris et ravi tout à la fois une fois que le tournage de L’ART DU MENSONGE a commencé, c’est l’approche unique que chacun avait de son art… un mélange de styles qui n’est pas sans rappeler les personnages qu’ils incarnent.

“Pour Helen, ce qui importe le plus c’est l’expérience immédiate – la manière dont les choses se passent sur le moment”, souligne Bill Condon. “En revanche, Ian s’appuie beaucoup sur les répétitions et les échanges : il étudie le scénario sous toutes les coutures, de même que les décors et les costumes. C’était fascinant de les voir fonctionner ensemble. À un moment donné, ils m’ont pris à part l’un après l’autre pour me dire à quel point ils étaient admiratifs l’un de l’autre et encenser leurs techniques respectives, si différentes, qui sont autant de façons de voir le monde”.

Vu leur passé de comédiens de théâtre, les deux acteurs ont beaucoup apprécié l’approche de Bill Condon : “Je pense que c’est en partie pour cela qu’on s’est si bien entendus tout de suite : on adore tous les deux le théâtre”, déclare Ian McKellen.

Helen Mirren ajoute : “Bill adore le théâtre et on le voit dans son cinéma. Il y a quelque chose de direct et sans détour, comme pour arriver plus vite au but. Il a aussi beaucoup écrit et ça nous permet d’avoir des dialogues très affutés dans le film. En tant qu'auteur, il sait tout de suite ce qu’il faut enlever et ce qu’il faut laisser”.

Bill Condon compare ce que les spectateurs découvrent au sujet des deux protagonistes : “Au départ, on en apprend davantage sur Roy, sa vie et ses activités, tandis que Betty semble plus secrète. On la voit surtout à travers le regard de Roy, ce qui constituait un challenge pour Helen : si elle paraît être une veuve esseulée assez casanière, on se rend compte peu à peu que tout n’est pas si simple…”.

“On la voit comme quelqu’un de bienveillant”, complète Helen Mirren. “Elle est intelligente mais elle a une sorte d’innocence et un goût pour les convenances. En même temps, elle est très directe et c’est ce qui m’a plu”.

Mais l’intelligence est une notion subjective. On peut être très savant dans un domaine, comme l’art, l’histoire et la littérature, et ne rien connaître en matière de finance ou de placements – tout simplement parce que son conjoint s’en occupait jusque-là. Quand il rencontre Betty, Roy compte sur ce décalage assez courant. Bill Condon précise : “Tous les arnaqueurs comptent làdessus”.

Par conséquent, Helen Mirren devait jouer Betty, selon les termes du réalisateur, “comme quelqu’un d’un peu moins éduqué dans certains domaines. Mais on ne voulait pas qu’elle paraisse trop naïve au point de ne pas être crédible. Betty est très intelligente, c'est incontestable. Helen a seulement dû être un peu dans la retenue, et c’est le genre de jeu tout en nuances où elle excelle. C’est ce qui est si subtil dans ce film. Ce n’est pas un polar traditionnel car on ne fait pas semblant que Betty ne cache pas quelque chose, elle aussi. On s’en doute mais on ne trouve pas ce que c’est, on ne sait pas pourquoi ni comment elle compte s’en servir”.

Quant à Roy, on apprend immédiatement quelles sont ses intentions et ses affaires, et on mesure l’ampleur de sa détermination à obtenir ce qu’il veut. Malgré tout, on ignore encore beaucoup de choses sur lui, comme le reconnaît Ian McKellen : “Si je parle de Roy, je risquerais de dire quelque chose que celui-ci ne voudrait pas que je vous dise. On comprend très vite que c’est un arnaqueur, mais pour savoir qui il est, d’où il vient et quelles sont ses motivations, il faut voir l’histoire se dérouler tout au long du film. En tous cas, sa moustache est vraie, ça je peux vous le garantir”, glisse Ian McKellen avec malice.

Pour ce personnage, Bill Condon comptait sur l’humour pince-sans-rire de Ian McKellen, parmi ses nombreux talents : “Ian est un des plus grands acteurs shakespeariens”, rappelle-t-il. “Il a joué les méchants dans de nombreux films, mais je pense que c’est LE SEIGNEUR DES ANNEAUX et ce superbe clin d’œil magique sous les traits de Gandalf qui lui ont valu une quantité de fans invétérés à travers le monde. On retrouve toutes ces différentes facettes chez Roy”.

Au fur et à mesure des semaines, Betty et Roy se rapprochent peu à peu, jusqu’à ce qu’un incident qui tombe à point nommé accélère d’un coup leur relation. Roy fait une chute sans gravité et se foule la cheville, ce qui l’empêche de gravir les trois étages de sa garçonnière. Betty lui propose aussitôt d’utiliser la chambre d’amis de son appartement jusqu’à ce qu’il soit rétabli.

Cette proposition généreuse et spontanée n’est pas pour plaire au petit-fils prévenant mais têtu de Betty. Stephen est un étudiant doctorant joué par Russell Tovey. Il a tenté en vain de la convaincre de ne pas aller trop vite avec ce vieux charmeur – au moins jusqu’à ce qu’il ait pu se renseigner sur le passé de Roy.

“Stephen est quelqu’un d’insistant, il n’a pas peur d’être agressif et de se mettre les gens à dos”, remarque Russell Tovey. “Il tient beaucoup à Betty et endosse un rôle de protecteur, mais il va sûrement trop loin. Il est très méfiant de voir cet homme débarquer dans la vie de sa grandmère et n’apprécie pas de les voir se rapprocher aussi rapidement. Il doit constamment se forcer à ne pas dévoiler ses émotions et il devient une vraie épine dans le pied de Roy”.

Ce qui ne manque pas de créer des tensions entre Stephen et Betty car cette dernière place son indépendance au-dessus de tout : c’est sa vie, son appartement, ses choix.

Bill Condon avait admiré la prestation remarquable de Russell Tovey dans THE HISTORY BOYS et dans la reprise récente de ANGELS IN AMERICA à Londres où il tient le rôle principal. Il déclare : “C’est un acteur avec qui j’ai toujours voulu travailler. Le rôle de Stephen aurait pu prendre une tournure bien différente. Il aurait pu être beaucoup plus conventionnel, un universitaire un peu coincé et hautain. J’ai beaucoup aimé ce que Russell a apporté au personnage”.

Si la réaction de Stephen face à Roy est on ne peut moins enthousiaste, Russell était absolument enchanté de retrouver Ian McKellen avec qui il a collaboré sur le court-métrage LADY GREY LONDON en 2011. “Ian est vraiment super”, résume-t-il. “Il ne fait pas du tout son âge, c’est comme un pote, j’adore passer du temps avec lui. Quant à Helen, c’est un bonheur de travailler avec elle. À un moment, je me suis rendu compte que j’étais assis à côté de Gandalf et de la Reine Elizabeth. Ce sont des acteurs extrêmement respectés avec des carrières immenses, mais qui restent modestes et ont les pieds sur terre. Quand on tourne des scènes ensemble et qu’ils s'investissent dans la scène avec vous, c’est une expérience très gratifiante”.

Si Stephen veille aux intérêts de Betty du mieux qu’il peut, Roy a aussi son propre acolyte : un certain Vincent joué par Jim Carter. Cependant, ce n’est pas l’affection qui anime Vincent. Ce sont simplement de vieux complices et Vincent semble avoir endossé une variété de rôles secondaires dans les arnaques concoctées par Roy. Quand les spectateurs le découvrent, il se fait passer pour un technicien lors d’une transaction bancaire internationale qui vise à escroquer des gangsters russes insaisissables. Plus tard, Vincent prend les traits d’un conseiller en investissement que Roy présente à Betty pour qu’elle mette ses économies à l’abri sur un compte à faibles risques et hauts revenus, ce qui pourrait sembler trop beau pour être vrai.

“On ne sait pas comment ils se sont connus, mais ils semblent faire cela depuis longtemps car leur duo est très au point”, note Jim Carter. “Leur mécanique est bien huilée parce que cela fait des années qu’ils mettent au point des arnaques - c’est leur truc. Ce sont juste deux types qui veulent se faire de l’argent facile et on comprend entre les lignes que cela pourrait bien être leur dernier grand coup”.

Jim Carter retrouve Ian McKellen pour la première fois depuis leur collaboration sur RICHARD III dans les années 1990 : “C’était très marrant”, témoigne-t-il. “On s’est entendus à merveille et c’est un vrai plaisir de jouer avec lui : il est tellement généreux”.

Les deux acteurs n’ont plus eu qu’à retranscrire à l’écran cette relation naturelle et intime.

Au départ, Bill Condon se souvient : “On pourrait penser qu’il y a beaucoup d’acteurs d’un certain âge au Royaume-Uni qui seraient parfaits pour le rôle. Puis, quand on s’intéresse de plus près aux scènes que joue ce personnage, la liste se raccourcit et dans le cas présent Jim Carter était en tête. Il n’y a pas beaucoup de liens affectifs entre les personnages de cette histoire, mais on peut affirmer que le peu de chaleur humaine qui règne dans la vie de Roy lui vient de Vincent”.

TOURNAGE ANGLAIS EN DÉCORS RÉELS

À présent qu'il a achevé son troisième tournage à Londres, après MR HOLMES et LA BELLE ET LA BÊTE (2017), Bill Condon, New-yorkais vivant aux États-Unis, suscite un immense respect car il a accepté un défi que beaucoup considéraient comme impossible à relever.

"Dès qu'on en parle autour de soi, on vous explique que c'est absolument impossible de tourner à Londres parce que la ville est extrêmement animée et frénétique et qu'on ne peut pas interrompre la circulation… et c'est parfaitement vrai", déclare le réalisateur en riant. "Mais Greg et moi adorons y tourner – c'est un lieu extraordinaire. Surtout sur un projet comme celui-ci, où l'on a construit très peu de décors, on a un éventail incroyable de sites parmi lesquels choisir, tous réunis en un seul lieu".

C'est ainsi que l'équipe a tourné dans un immeuble de Belsize Park, qui abrite la garçonnière de Roy avec ses plafonds voûtés caractéristiques, la librairie Hatchards dans le célèbre quartier animé de Piccadilly, le grand magasin Fortnum & Mason, et le célèbre chapelier Lock & Co. Hatters sur St. James Street où Betty aide Roy à dénicher un nouvel haut-de-forme.

Pour la séquence où les deux protagonistes s'étourdissent en achats, la production a dû faire preuve d'astuces et d'imagination, comme l'indique Greg Yolen : "C'est un vrai défi logistique de tourner en plein Piccadilly", dit-il. "On ne pouvait pas fermer la rue à la circulation si bien qu'il a fallu réduire notre équipe technique au minimum et faire en sorte que tout soit réglé au cordeau afin que les piétons puissent continuer à marcher normalement tout autour de nous. Il ne fallait surtout pas qu'ils arpentent la rue et qu'ils risquent de se faire renverser par un taxi ! Le plus important consistait à trouver la bonne méthode pour s'y prendre rapidement".

Leurs efforts ont fini par être récompensés : il se dégage de la séquence finalisée une énergie et une atmosphère propres à ce quartier célèbre dans le monde entier pour ses boutiques, mais aussi la légèreté et le bonheur d'un couple venant de se rencontrer. Cependant, les obstacles n'ont pas manqué, notamment pour une scène se déroulant à la station Charing Cross du métro londonien que l'équipe a tournée entièrement sur place. Cette séquence a mobilisé la collaboration de plusieurs départements et de la Transport for London Authority, qui se méfie légitimement de tout type de violence susceptible de se dérouler sur ses voies ferrées. Autant dire qu'elle autorise très rarement les équipes de films à y tourner. Mais elle a fait une exception pour L'ART DU MENSONGE.

"C'était sans doute la séquence la plus complexe du film", affirme Yolen. "Il fallait compter avec la foule, les effets visuels et les cascades. Ce n'est pas facile de tourner sur un quai de métro – c'est bourré de pièges. À chaque fois qu'on voulait faire une nouvelle prise, il fallait faire reculer la rame, puis attendre et la percuter au bon moment. Mais notre équipe s'y est prise à merveille et on a obtenu tout ce dont nous avions besoin".

Au cours de cette scène, Roy croise un adversaire redoutable qui se tient au bord du quai. Avant que ce tout jeune homme ne puisse même se douter de ce qui se passe, Roy lui fait perdre l'équilibre avec dextérité en lui tordant le poignet et en infligeant un petit coup sec avec son parapluie. Résultat : il provoque la chute du garçon sur la voie d'un geste précis et rapide. On comprend alors qu'il peut se révéler implacable et qu'il ne recule devant rien pour protéger ses intérêts. Le superviseur effets visuels Glen Pratt explique : "On a réalisé cette cascade sur les rails grâce à un câblage. On a chronométré la rame, qu'on a ensuite filmée en train d'entrer dans la station, ce qui nous a permis d'avoir une première prise. Puis, on a tourné la scène avec Ian et sa doublure cascade qui tombe sur la voie. Enfin, une fois qu'on a été satisfaits du résultat, on a réuni les deux prises en postproduction".

Même si c'est un cascadeur qui a joué le rôle de la victime au moment crucial, McKellen a incarné Roy jusqu'au bout, en tenant lui-même le parapluie mortel !

Par la suite, l'équipe s'est installée à Leatherhead, dans le Surrey (dans les environs de Londres), pour dénicher la propriété à un seul étage utilisée pour les extérieurs de la maison de banlieue de Betty. Quant aux intérieurs, ils ont été construits sur un plateau des studios de Shepperton.

Le chef-décorateur John Stevenson explique : "On a choisi une palette de tons doux pour le style d'ensemble. Roy est un personnage énigmatique et délicieusement rusé, si bien que son appartement élégant nécessitait des teintes encore plus sombres et inquiétantes. On l'a surnommé 'whisky et cigares', autrement dit des murs ocre, des canapés en cuir, des œuvres d'art et des antiquités précieuses qui indiquent que leur propriétaire est un homme dont les goûts requièrent des moyens importants tout en étant classiques".

"À l'inverse", poursuit Stevenson, "on s'est dit que la maison de Betty devait évoquer un intérieur plus traditionnellement féminin, avec des couleurs pastel et une atmosphère paisible – en apparence. Il s'agit d'un univers en trompe-l'œil qui, malgré un espace relativement exigu, se révèle complexe. Les longs couloirs, l'emplacement des portes et les cloisons aux verres dépolis ajoutent au sentiment de danger qui règne en ces lieux et offrent à la caméra un espace où elle peut circuler librement".

"John a parfaitement su créer cette maison qui semble, à première vue, parfaitement normale et banale", indique Condon. "C'est là qu'une bonne partie du film se déroule et on se rend compte peu à peu que cet espace est plus riche qu'il y paraît et qu'il dégage une atmosphère qui vous met légèrement mal à l'aise".

À cet égard, la maison de Betty n'est qu'un indice trompeur du film parmi d'autres. De même, les déplacements de Roy en ville, où l'homme fait preuve d'une violence déconcertante, tranchent avec les charmantes scènes de conversations feutrées où le moindre mot – et le moindre regard – en dit long. À moins que celui-ci, au contraire, n'exprime rien du tout…

La photo de Tobias Schliessler et les costumes de Keith Madden contribuent également au climat mystérieux du film et à sa palette chromatique.

Une fois le tournage achevé, le réalisateur a travaillé aux côtés de sa monteuse Virginia Katz où il a continué à découvrir de nouvelles interprétations dans chacun des plans. "Je dois dire que ce film a été un vrai bonheur du début à la fin, mais j'ai particulièrement apprécié le montage", confie Condon. "Réfléchir à la manière dont les plans étaient censés véhiculer telle ou telle information sur l'intrigue et les personnages était d'une grande complexité. Le simple ajout ou retrait d'un plan – ou d'un dialogue – avait une telle incidence sur le résultat final que j'avais l'impression de devoir participer à un championnat de mots croisés ! Il en allait de même pour la musique qui reste l'ingrédient final qui relie toutes les pièces de l'ensemble".

Condon a collaboré avec le compositeur Carter Burwell. "Au départ, la partition est assez romantique et évoque un style européen, puis elle change", souligne le réalisateur. "Carter sait, mieux que quiconque, faire ressortir des émotions qui se trouvent enfouies et, quand on sait ce qu'on veut, il réussit à semer de petits indices musicaux tout au long du film".

Yolen remarque : "Une fois que l'énigme est résolue, on repense au jeu des acteurs et on se rend compte de toutes les nuances qu'ils ont exprimées. C'est grâce à eux que le film est une formidable expérience cinématographique qui, je l'espère, suscitera des réactions intéressantes et inattendues".

S'agissant d'un film sur les secrets et mensonges, Condon conclut : "Le mieux dans un film comme celui-là, c'est qu'on ne sait jamais à quoi s'attendre ou pourquoi tel événement se produit. Et c'est ce qui procure un plaisir jouissif".  

Source et copyright des textes des notes de production @ Warner Bros. France

  
#LArtDuMensonge

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