mercredi 5 août 2020

WHITE RIOT


Documentaire/Musical/Intéressant et émouvant

Réalisé par Rubika Shah

Long-métrage Britannique
Durée : 01h21mn
Année de production : 2019
Distributeur : Les Bookmakers / The Jokers

Date de sortie sur nos écrans : 5 août 2020


Bande-annonce (VOSTFR)



Extrait "David Bowie / Eric Clapton" (VOSTFR)


Résumé : Royaume-Uni, fin des années 70, en pleine explosion punk : face à la montée de l’extrême- droite nationaliste et raciste, un groupe de militants choisit la musique comme arme. C’est l’aventure de Rock Against Racism qui, avec The Clash en première ligne, va réconcilier sur des rythmes punk, rock ou reggae les communautés d’un pays en crise.

Ce que j'en ai pensé : à l'occasion de la douzième édition du Club Jokers le 16 juillet 2020, nous avons découvert le documentaire WHITE RIOT, réalisé par Rubika Shah. La réalisatrice nous (re)plonge dans l’ambiance de la fin des années 70 pour s’intéresser au mouvement Rock Against Racism. Il ne s’agit pas d’un documentaire historique, aussi, il peut être complété par des lectures ou d’autres visionnages sur cette époque pour comprendre le contexte politique et social spécifique en Angleterre à ce moment-là. Cependant, les images d’archives de la scène punk (avec des extraits de concerts de The Clash, Sham 69…), des manifestations, des témoignages de la violence des propos offrent aux spectateurs suffisamment de raisons de s’intéresser avec enthousiasme à ce mouvement et à ses membres fondateurs Red Saunders, Roger Huddle et Kate Webb. 

Le scénario écrit par Ed Gibbs et Rubika Shah décrit les étapes de la fondation du mouvement, les moyens de communication (sans Internet et sans smartphones !) utilisés, la propagation d’un message lumineux, musical et artistique pour lutter contre une haine politisée, la force d’une cause qui dépasse les egos, une volonté indéfectible qui trouve ses racines dans la lutte contre l’injustice… Des interviews récentes revenant sur ces moments avec émotion et recul transmettent la puissance marquante des ressentis à vif de ces années. La narration est fluide. 

Le film est positif. Il est utile aujourd’hui. Son message résonne comme actuel, tel une sorte de passage de relais du passé vers le présent. Qu’on s’intéresse à la musique ou à cette époque, WHITE RIOT nous transporte au cœur d’un mouvement qui a participé à lutter contre l’intolérable et à ce titre, il se révèle aussi intéressant qu’émouvant.







Copyright photos © Les Bookmakers / The Jokers

Suite à la projection, Michka Assayas , journaliste chez France Inter, écrivain et expert du rock, est venu nous raconter son souvenir contexte rock et politique de la fin des années 70. Il a partagé des anecdotes et donné des indications sur la particularité de l’état d’esprit de ces années.



Il a passé dix jours à Londres en 1978 et a vu les émeutes. Cela l'a marqué, car il était très naïf par rapport au racisme à l'époque. Pour lui, le documentaire montre un combat, mais ne s’appesantit pas trop sur l'ambiguïté des mélanges avec les skin-heads qui allaient aux concerts de reggae.

Les Parisiens étaient sensibles à l'allure des punks qui venaient souvent d’École des Beaux-Arts et travaillaient leurs tenues. Les fanzines, les affiches, les tracts étaient les moyens de communiquer et il y avait une boulimie de participer à ce mouvement, avec une énergie folle.

The Clash avait du succès, ils voulaient percer sur le marché américain, donc ils étaient plutôt du côté du business musical. Ils ont naturellement fait alliance avec l'underground. Ils ont laissé la place de premier rang à Tim Robinson, la cause étant supérieure aux egos.

Il y avait des ponts artistiques entre les punks et les musiciens de reggae qui avaient un lien autour de la révolte. À l'époque, pour aller écouter de la musique, il fallait se bouger, il fallait être à l'affût des informations. Au départ, il y avait peu de personnes aux concerts punks. Après, le punk s'est commercialisé et est devenu connu.

La société britannique de l'époque et les mouvements contestataires ont un parallèle en France, dans une certaine mesure, les mêmes causes ont eu les mêmes effets.

La musique jouait un rôle important et politisait ceux qui l'écoutait, même s'il y avait des ambiguïtés comme avec Sham 69 où les idées du chanteur n'étaient pas alignées avec celles de ses fans.

Il a expliqué aussi que certaines images du film peuvent porter à confusion si on ne connaît pas l'esprit punk de l'époque qui cherchait à créer le malaise et à faire ressortir tous les côtés sombres que la société tente d'ignorer. Il y avait une partie du mouvement punk qui était individualiste et ‘je m'en foutiste’ qui a fait le terreau de l'Angleterre conservatrice de Margaret Thatcher. Et il y avait aussi une partie de la scène punk qui voulait changer les choses.

Dans les années 80, le mouvement punk était déjà passé historiquement. Le film est un hommage émouvant et cette organisation était formidable, mais malheureusement leur impact n'a pas porté ses fruits au-delà de la fin des années 70. Le punk était une suite du mouvement hippie, mais plus terre-à-terre avec l'envie de faire taire la haine. Le message sur l'union inter-race n'était pas toujours entendu du public. Certains cherchaient la bagarre. Les jeunes de la fin des années 70/début des années 80 étaient très divisés. Ils se confrontaient avec des points de vue différents. Vous étiez catalogués par une coupe de cheveux ou des fringues spécifiques.

La réalisatrice est jeune et porte un regard sur un monde qui la fascine. Elle a trouvé des similitudes entre cette époque et le monde d'aujourd'hui. Il faudrait lui demander son avis sur cela.

Le mouvement Rock Against Racism n'avait pas de moyens et les groupes de musique ne cherchaient pas forcément à faire de l'argent. Le but était de faire quelque chose d'utile, pas d'être connu. Ils cherchaient l'impact moral et voulaient fédérer les gens, ce qu'ils réussissaient à faire. Ceux qui les suivaient grâce aux fanzines étaient vraiment motivés.

Découvrez 2 modules vidéo enregistrés par Michka Assayas :

"Les secrets de 3 morceaux cultes"



"Rock Against Racism"


NOTES DE PRODUCTION
(À ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

ENTRETIEN AVEC RUBIKA SHAH (RÉALISATRICE) ET ED GIBBS (PRODUCTEUR)

Quel a été le point de départ du projet ?

Rubika Shah : J’ai commencé à travailler sur White Riot parce que j’étais curieuse de la montée de l’extrême-droite dans les années 70. J’en avais entendu parler, par bribes, par ma famille, confrontée au racisme parce qu’elle est d’origine asiatique. Ignorante de cette histoire récente, j’ai décidé de me lancer dans ce voyage.

Je me suis toujours intéressée aux archives musicales et je suis tombée sur la performance des Clash au Carnaval Rock Against Racism. Je ne pouvais pas croire que ce mouvement avait existé à cette époque et que je n’en avais jamais entendu parler. Au milieu de toute cette haine, un mouvement de contre-culture avait vu le jour dans une petite imprimerie de l’Est de Londres. C’était un lieu pour que les jeunes partagent leurs points de vue. Ils croyaient en l’égalité - la musique, le punk, le graphisme étaient leurs armes.

D’autres documentaires vous ont-ils inspirés ?

Rubika Shah : Ceux du documentariste américain Brett Morgen, notamment Cobain: Montage of Heck et Chicago 10. Son sens de la narration est remarquable, et ses films vous captivent pour mieux révéler la vérité de leur sujet.

Ed Gibbs : On pourrait citer aussi Fire in Babylon, de l’Anglais Stevan Riley, sur une équipe de cricket. Il fallait trouver une façon de raconter une histoire complexe, impliquant beaucoup de personnages, d’une façon claire et captivante.

Comment avez-vous eu accès aux images d’archives, musicales ou non ?

Rubika Shah : C’est toujours un processus complexe. Cela requiert des mois de recherche sur internet, de nombreux échanges, virtuels ou non. Nous avons trouvé des images qui n’ont jamais été vues, elles dormaient dans un grenier depuis plus de trente ans. Notre chance a été aussi que beaucoup des détenteurs de droits avaient soutenu la cause de RAR et certains étaient au Carnaval d’avril 78.

Ed Gibbs : Cela prend beaucoup de temps. Certains propriétaires d’images ne savent pas exactement ce qu’il y a dessus, d’autres demandent des montants exorbitants.

C’est une surprise de découvrir les convictions nationalistes d’Eric Clapton et Rod Stewart. Ces épisodes sont-ils connus ?

Rubika Shah : L’histoire de Clapton est assez connue, mais je me suis rendue compte que beaucoup de gens ignoraient ou avaient oublié le soutien exprimé par Rod Stewart à Enoch Powell. Clapton a récemment fait savoir qu’il regrettait.

Comment avez-vous donné vie aux pages de Temporary Hoarding ?

Rubika Shah : C’est un style que mon animateur et moi avons développé pour la fabrication de White Riot : London, un court-métrage de neuf minutes qui est une préfiguration du film. Nous nous sommes inspirés de la charte graphique, le côté «scrapbook» du magazine. Nous avons isolé des éléments et les avons animés en jouant sur la vitesse pour donner un effet singulier.

Ed Gibbs : L’animation et les effets spéciaux permettent de marier l’univers esthétique du fanzine et le cinéma. C’était vital pour raconter cette histoire de rendre les pages de Temporary Hoarding vivantes. Le fanzine a plus de quarante ans. Nous voulions qu’un public d’aujourd’hui puisse y avoir accès.

En quoi le film est-il d’actualité ?

Rubika Shah : La montée du racisme et du fascisme tout autour du globe, le Brexit et le succès des populismes le rendent incroyablement actuel. Des mouvements comme Extinction Rebellion, nés de la base, montrent que le pouvoir du peuple peut être efficace, ils sont une force puissante et positive du changement. Dans mon travail, j’ai souvent traité des questions d’identité et de culture des jeunes : des gens ordinaires essayant de donner du sens à notre place dans le monde. White Riot est une histoire édifiante qui montre comment la culture des jeunes peut faire la différence.

Que sont devenus les gens que l’on voit dans le film ?

Rubika Shah : Reed a poursuivi ses activités – notamment la photographie. Les photos de Syd Shelton peuvent être vues partout dans le monde. Kate Webb est devenue journaliste. Dennis Bovell fait toujours de la musique. Steel Pulse aussi !


CHRONOLOGIE

1966

AVRIL: A Birmingham, Enoch Powell, député conservateur et membre du «cabinet fantôme» d’Edward Heath, prononce un discours qui met au pre - mier plan la question de l’immigration et donne le triste ton des années à ve - nir. Rejetant le modèle multi-cultura - liste britannique, prophétisant un ave - nir sanglant au pays, Powell demande l’arrêt immédiat de l’immigration. «C’est la première fois depuis la fin de la guerre, lit-on dans le Times, qu’un homme politique anglais important en appelle à la haine raciale d’une ma - nière aussi directe. » Son intervention reste connue comme le «Discours des fleuves de sang».

1976

MAI: David Bowie est photographié à la gare Victoria de Londres en train de faire le salut nazi. La photo fait le tour de la presse et on rappelle ses décla - rations de 1974: «La Grande-Bretagne est prête pour un leader fasciste. Après, tout, le fascisme est d’abord un nationalisme. Je crois profondément au fascisme, les peuples ont toujours été plus efficaces sous un régime militaire .» Quelques semaines plus tard, nou - veau dérapage dans une interview au magazine Playboy: «Les rock stars sont fascistes. Adolf Hitler a été l'une des premières rock stars. Regardez certains de ses films et voyez comment il bouge. Je pense qu 'il était tout aussi bon que Jagger. (…) Ce n’était pas un politicien. C’était un artiste média - tique. Il a utilisé la politique et le théâtre et a créé ce régime qui a gouverné et contrôlé le show pendant 12 ans. Il a mis en scène un pays (…) Les gens ne sont pas très malins. Ils disent qu’ils veulent la liberté, mais quand ils en ont l’occasion, ils ignorent Nietzsche et choisissent Hitler parce dès qu’il parle, musique et lumières se mettent en route à des moments stratégiques. Un peu comme un concert de rock . » Bowie se défendra plus tard en af - firmant ne pas avoir su se détacher de son personnage d’alors, le «Thin White Duke», et avoir été régulière - ment sous l’emprise de drogues dures.

4 JUIN : Dans l’East End de Londres, Gurdip Singh Chaggar, étudiant sikh de 18 ans, est assassiné par de jeunes néo-fascistes. C’est le début d’une série d’agressions racistes contre la population d’origine indienne qui conduira, deux ans plus tard – et après le meurtre médiatisé d’Altab Ali – à la formation du Comité d’Action contre les Attaques Racistes.

5 AOÛT: En concert à Birmingham, Eric Clapton, probablement ivre, se lance dans une longue harangue poli - tique: il appelle à voter pour le conservateur Enoch Powell, connu pour ses positions anti-immigration et prévient ses fans que la Grande-Bretagne est en train de devenir une «colonie noire». On trouve dans le livre Rebel rock: The Politics of Popular Music, de John Street, une transcription de la diatribe du musicien: « Y a-t-il des étrangers dans le public ce soir ? Si oui, levez la main. Les ba - sanés, je veux dire, c’est vous que je regarde. Où êtes-vous ? Je suis désolé mais un putain de basané… un Arabe a touché les fesses de ma femme. On va me dire que, oui, c’est à ça que res - semblent tous ces foutus étrangers et tous ces basanés, ils sont dégoûtants, c’est la vérité. Eh bien, où que vous soyez, je pense que vous devriez tous partir. Pas seulement quitter la salle mais quitter notre pays. Je ne veux pas de vous ici, dans la salle ou dans mon pays. Écoutez-moi, les mecs ! Je pense que nous devrions voter pour Enoch Powell. Enoch est notre homme. Je pense qu’Enoch a raison, je pense que nous devrions tous les renvoyer chez eux. Empêchez la Grande-Bretagne de devenir une colonie noire.»

30 AOÛT : Lancé dix ans plus tôt, le Carnaval de Notting Hill n’est plus considéré comme une simple manifestation festive et musicale. Le Carnival and Arts Committee soutient qu’il n’est pas un « événement apolitique » mais l’expression «d’une minorité dont les désavantages ont conduit à la frustration». Le dernier jour de l’édition 1976 tourne à l’émeute : la foule tente de protéger un pickpocket poursuivi par les policiers, dont la présence, et surtout le nombre, sont vus comme une provocation en ces temps de tension sociale et ethnique. La rixe dure plusieurs heures et fait 160 blessés.

SEPTEMBRE: Un petit groupe d’artistes et d’activistes, menés par le photographe Red Saunders, publient dans l’hebdomadaire New Musical Express une lettreouverte à Eric Clapton: «Quelle mouche te pique, Eric? (…) Ressaisis-toi. La moitié de la musique est noire. Tu es le plus grand colon du rock. Tu es un bon musicien, certes, mais où serais-tu sans le blues et le R&B? Toi aussi, il faut que tu combattes ce poison qu’est le racisme. (…) Nous avons décidé de lancer un mouvement populaire contre le poison de la musique raciste. (…) P-S : Qui a tiré sur le shérif, Eric ? Certainement pas toi! » [en 1973, Eric Clapton a connu un grand succès avec sa reprise de I Shot the Sheriff, de Bob Marley]. C’est la naissance du mouvement Rock Against Racism, ou RAR.

NOVEMBRE: Le premier concert organisé par Rock Against Racism a lieu dans l’East End de Londres. Il réunit la chanteuse Carol Grimes et le groupe de reggae Matumbi. A la fin du concert, comme souvent à l’avenir dans les soirées RAR, les deux groupes jouent ensemble. Dans la foulée paraît le premier numéro du fanzine Temporary Hoarding (littéralement: panneau d’affichage temporaire), l’organe officiel de RAR. Le premier édito sonne comme une déclaration d’intention: «On veut de la musique rebelle, de la musique de la rue, de la musique capable d’annihiler la méfiance et la peur mutuelle. Une musique de crise. Une musique de maintenant. Une musique qui sait contre qui elle se bat. Rock contre le Racisme! Aimez la musique, haïssez le racisme!»

1977

26 MARS: Sortie du premier single du groupe The Clash, White Riot. Le titre est inspiré des affrontements avec la police qui ont eu lieu l’année précédente au Carnaval de Notting Hill, auquel assistaient Joe Strummer et Mick Jones. Pour eux, il s’agit moins d’un appel à l’insurrection que d’un rappel: Noirs et Blancs doivent se sentir également concernés par l’oppression économique et policière. Le titre rentre début avril dans le Top 40.

5 MAI: après une forte campagne anti-migrants, le National Front obtient le meilleur score de son histoire aux élections régionales du Greater London Council: 5,3 % des suffrages (soit près de 120.000 voix)

13 AOÛT: Une marche anti-immigration est organisée par le National Front au sud-est de Londres, à Lewisham, où le parti d’extrême-droite a devancé le Parti Travailliste aux récentes élections, et où la police a multiplié les arrestations arbitraires de jeunes Noirs. Martin Webster, «organisateur des activités nationales» du parti, n’avance pas masqué: «Nous pensons qu’une société multi-raciale est une erreur, qu’elle est néfaste et nous voulons la détruire.» Des militants anti-racistes attendent les manifestants, la police s’en mêle et la situation dégénère: l’affrontement sera connu sur le nom de «bataille de Lewisham». Bilan: plus de cent blessés, plus de deux cents arrestations.

6 DÉCEMBRE: Diffusion sur BBC 1 de cinq chansons de Sham 69, dont leur futur hit Borstal Breakout, jouées en live dans l’émission du célèbre animateur John Peel, défricheur de musiques nouvelles. L’émission contribue à la popularité du groupe et à sa signature chez une «major» du disque, Polydor.

1978

30 AVRIL: Avec l’appui de l’Anti-Nazi League, RAR organise un Carnaval à Londres : un défilé de Trafalgar square à l’East End - plus de dix kilomètres - qui s’achève par un concert géant à Victoria Park, auquel assistent plus de cent mille personnes. Ce concert a souvent été baptisé le «Woodstock Punk». Il rassemble plusieurs groupes familiers de RAR et de l’anti-racisme, notamment X-Ray Spex, la formation de Poly Styrene, Steel Pulse, The Clash, qui accepte de laisser la vedette au Tom Robinson Band. Jimmy Pursey rejoint les Clash sur scène pour chanter avec eux White Riot: un geste significatif quand on sait que son groupe, Sham 69, est aimé des skinheads d’extrême-droite.

JUIN: Le premier album de The Tom Robinson Band, Power in the darkness, s’installe pendant plusieurs semaines dans le Top album du hit-parade, où il grimpera jusqu’à la quatrième place.

AUTOMNE: On estime que plus de 400.000 personnes ont assisté à un concert RAR aux quatre coins du pays.

1979

3 MAI: Le National Front subit un large revers aux élections législatives, n’enregistrant que 1,3 % des suffrages. Mais le scrutin marque aussi la victoire des Conservateurs et de Margaret Thatcher, qui a su attirer l’électeur frontiste en ne cachant pas qu’Enoch Powel l’a inspirée.

1981

AVRIL: Des émeutes éclatent dans toute l’Angleterre, et particulièrement à Brixton, au sud de Londres, rendant prophétique la chanson des Clash, Guns of Brixton, parue deux ans plus tôt. Elles opposent à la police une population multi-ethnique, fatiguée de la «sus law» - la loi sur les suspects qui autorise à la police interpellations et fouilles sans raison – et victime de la misère sociale née de la politique économique de Margaret Thatcher.

JUILLET: Au Carnaval RAR de Leeds, un des deux chanteurs des Specials, Neville Staple, admire la mixité du public: «J’ai l’impression de voir une immense peau de zèbre déployée jusqu’à l’horizon! Tout est noir et blanc, noir et blanc!» Via ses nombreuses antennes régionales, Rock Against Racism organisera et parrainera de nombreux concerts jusqu’en 1982, mêlant à chaque fois artistes blancs et noirs, reggae et punk, ska et new-wave. Il y aura quinze numéros de Temporary Hoarding.


ROCK AGAINST RACISM : LES MEMBRES FONDATEURS

RED SAUNDERS Red Saunders est un photographe professionnel qui combine sa pratique avec de l’activisme culturel, artistique, musical et politique. Il est à l’origine de Rock Against Racism. Il s’est spécialisé dans le portrait, travaillant pendant près de vingt ans pour le Sunday Times Magazine, Rolling Stone, GQ, Time, Life, et les magazines du groupe Condé Nast. Il a fait partie du groupe de théâtre radical CAST. L’un de ses derniers projets, Hidden, vise à reconstituer par la photographie quelques moments oubliés de l’histoire des luttes pour la justice sociale et la démocratie.

ROGER HUDDLE Auteur, graphiste et socialiste, Roger Huddle est né à Wal - thamstow, dans le nord-est de Londres, où il réside encore aujourd’hui. Le militantisme a toujours été au centre de sa vie: il a été tour à tour membre fondateur de Rock Against Racism, actif dans la campagne Artists Against Cuts et aujourd’hui engagé dans des actions concernant le maintien des niveaux de retraite. Ces dix dernières années, il a pratiqué intensivement l’écriture créative, l’étude de l’histoire de l’art et le jardinage. Ses influences principales : le créateur libertaire du XIXème siècle William Morris, le jazz, le constructivisme et Marx.

KATE WEBB Journaliste, Kate Webb est une contributrice régulière au Times Literary Supplement et à The Spectator. Elle a également écrit pour The Guardian, Observer, Al Jazeera, Daily Telegraph, Guernica, Cineaste, Electric Literature, British Review of Journalism, etc. Elle a publié des essais sur Angela Carter et Christina Stead.

LES GROUPES

THE CLASH

Formé en 1976, à l’avant-garde du punk anglais, The Clash va rapidement devenir le groupe de rock le plus iconique de l’époque, symbole de contestation intelligente et de rébellion esthétique. Son influence est d’autant plus importante qu’il est une formation pionnière dans l’intégration du reggae, du dub, du funk, du jazz et du hip-hop au punk-rock du moment. Cela fait de The Clash l’un des groupes les plus respectés et les plus «samplés» par les DJ d’aujourd’hui. Avant sa séparation en 1986, The Clash a sorti six albums, dont le légendaire double album London Calling (1979), élu album de la décennie par le magazine Rolling Stone, et le triple album plus expérimental Sandinista ! (1980).

STEEL PULSE

Ce groupe de reggae est originaire d’Handsworth, une banlieue au Nord de Birmingham où se sont installés beaucoup d’immigrants afro-caribéens, indiens et plus largement asiatiques. Le premier album du groupe, Handsworth Revolution, comprend notamment le titre Ku Klux Klan qui dénonce le racisme de la société britannique de l’époque.

TOM ROBINSON

Né à Cambrigde en 1950, Tom Robinson s’est fait connaître à la fin des années 70 comme musicien et activiste LGBT au sein du Tom Robinson Band, l’un des premiers soutiens de Rock Against Racism et d’Amnesty International. En 1977, leur premier single, 2-4-6-8 Motorway est l’un des jalons de la musique pop-rock anglaise du moment. Le premier album du groupe, Power in the Darkness est devenu disque d’or au Japon et au Royaume-Uni. Tom Robinson a connu par la suite une fructueuse carrière solo, et a co-écrit des morceaux avec notamment Peter Gabriel, Elton John et Dan Hartman.

POLY STYRENE

Marianne Joan Elliot-Said, alias Poly Styrene, était une pionnière du punk-rock, dont le chant intense et brut et les costumes de scène colorés et subversifs ont inspi ré une génération de femmes dans le rock. C’est après avoir assisté à un concert des Sex Pistols qu’elle a pris le nom de Poly Styrene et formé, dès 1976, le groupe X-ray Spex, dont elle écrit et chante les textes. Ses chansons courtes, pleines d’humour ou de colère dénoncent le sexisme, le racisme ou le consumérisme et vont assurer au groupe une base de fans. Sa chanson la plus connue est Oh Bondage, Up Yours en 1977, mais le groupe se dissoudra deux ans plus tard, après la sortie de l’album Germ free adolescents. Elle poursuit sa carrière en solo et son album Generation indigo sort au printemps 2011, quelques semaines avant sa mort d’un cancer à 53 ans.

ALIEN KULTURE

Actif de 1979 à 1981, Alien Kulture a été fondé par Ausaf Abbas, Azhar Rana, Pervez Bilgrami, tous trois d’origine asiatique et de Huw Jones, le «blanc-bec» du groupe, comme il aimait à se faire appeler. Inspiré par la scène punk naissante, l’Anti-Nazi League et la série de concerts de Rock Against Racism, le groupe cherche à exprimer les frustrations des immigrés asiatiques de la seconde génération durant une période de tension ethnique et d’émeute raciale. Ses membres trouvent dans la musique une forme d’action politique qu’ils n’ont pu mener via les moyens classiques. Leur nom est une réponse à une déclaration de Margaret Thatcher, récemment désignée Premier Ministre, où elle dit craindre que le Royaume-Uni ne soit «submergé par des gens de culture différente». Leurs chansons qui évoquent le racisme ou des questions plus propres à la communauté d’origine asiatique, comme les mariages arrangés, provoquent aussi bien des attaques des néo-Nazis proches du National Front que de leur propre communauté, qui se sent diffamée. Leur single Culture Crossover (face B: Asian youth) est publié par Rock Against Racism Records, mais le groupe se dissoudra après une trentaine de concerts.

SHAM 69

Formé en 1975 à Hersham dans la banlieue de Londres, Sham 69 a été l’un des groupes punk les plus célèbres d’Angleterre, avec cinq singles dans le Top 20, notamment If the kids are united et Hurry up Harry. La popularité du groupe l’a conduit à être reçu à Top of the pops, la célèbre émission musicale de la BBC. Le groupe a «splitté» en 1979, son leader Jimmy Pursey continuant une carrière solo. Puis Sham 69 s’est reformé en 1987 et il reste actif depuis.

THE SELECTER

Formé à Coventry, The Selecter est un groupe de ska «2-tone», l’un des pionniers du «revival» de cette musique caribéenne. Il tient son nom du vocable dont on désigne les DJ en Jamaïque. La chanteuse Pauline Black rejoint le groupe naissant à l’été 1979 et impose une voix à la riche tessiture et une forte personnalité. Après le premier album Too much pressure, paru en février 1980, qui contient notamment les singles Three Minute Hero et Missing Words, le groupe connaîtra succès et éclipses. Ses deux leaders, Pauline Black et le «songwriter» Neol Davies s’en disputeront la paternité, qui reviendra, finalement à la chanteuse. Le groupe est toujours en activité.

DERRIÈRE LA CAMÉRA

RUBIKA SHAH

Les films de Rubika Shah ont été présentés dans les festivals de Sundance, Berlin, Tribeca, etc. Après des documentaires consacrés à Gore Vidal et Spike Lee, elle a signé en 2015 le court-métrage Let’s dance: Bowie down under, dont elle prépare une version longue. White Riot a également commencé sous la forme d’un court-métrage, White Riot : London. Le long métrage a reçu le Grierson Award, Prix du Meilleur documentaire au Festival de Londres 2019 et une mention dans la section Generation du Festival de Berlin 2020.

ED GIBBS

Ed Gibbs a produit plusieurs films, dont White Riot. Ses productions ont été montrées dans les festivals de Sundance, Berlin, Tribeca, etc. Il est aussi journaliste et critique, travaillant notamment pour ABC News, BBC News, Little White Lies, Rolling Stone, Time out et The Guardian.


Source et copyright des textes et photos des notes de production 
@ Les Bookmakers / The Jokers

  
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