mardi 27 novembre 2018

LES VEUVES



Thriller/Drame/Un thriller réussi avec un style particulier

Réalisé par Steve McQueen
Avec Viola Davis, Michelle Rodriguez, Elizabeth Debicki, Cynthia Erivo, Colin Farrell, Liam Neeson, Daniel Kaluuya, Brian Tyree Henry, Robert Duvall, Garret Dillahunt, Carrie Coon, Jon Bernthal, Manuel Garcia-Rulfo, Lukas Haas, Jacki Weaver...

Long-métrage Britannique
Titre original : Widows
Durée : 02h10mn
Année de production : 2018
Distributeur : Twentieth Century Fox France

Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs

Date de sortie sur les écrans britanniques : 6 novembre 2018
Date de sortie sur nos écrans : 28 novembre 2018



Résumé : Chicago, de nos jours. Quatre femmes qui ne se connaissent pas. Leurs maris viennent de mourir lors d’un braquage qui a mal tourné, les laissant avec une lourde dette à rembourser. Elles n'ont rien en commun mais décident d’unir leurs forces pour terminer ce que leurs époux avaient commencé. Et prendre leur propre destin en main…

Bande annonce (VOSTFR)



Extrait - Problème réglé (VOSTFR)



Ce que j'en ai pensé : ce film s'inspire de la série télévisée policière britannique éponyme créée par Lynda La Plante. Le réalisateur Steve McQueen nous conte cette histoire avec son style, son film a donc un ton spécifique. Avec son scénario écrit à quatre mains en collaboration avec Gillian Flynn, il s'intéresse particulièrement au caractère de ses personnages, à la façon dont leur passé influe sur leurs actions présentes. 

Il construit peu à peu le puzzle de son histoire, assemblant pièce après pièce les éléments qui forment la trame globale de son arc narratif. Il prend le temps de bien le faire et utilise des mises en scène très diverses pour nous faire rentrer dans l'action ou pour poser sa narration. Cette multiplicité de façons de tourner surprend un peu, mais correspond bien à la fois au genre de ce long-métrage et à la manière dont les faits se déroulent. 

Bien que le film dure un peu plus de deux heures, il n'y a pas vraiment de longueurs, car on comprend vite que, dans ces jeux de l’amour, il n’y a pas de hasard et qu'il faut être attentif puisque les éléments découverts au fur et à mesure ont un sens. 

 Les actrices sont superbes, chacune dans leur rôle et avec la personnalité propre à leur protagoniste que ce soit Viola Davis qui interprète Veronica, Michelle Rodriguez qui interprète Linda, Elizabeth Debicki qui interprète Alice ou encore Cynthia Erivo qui interprète Belle. Elles font toutes vibrer le feu intérieur qui habite ces femmes dont les vies ont été liées à celles de leurs maris. Il s'agit donc d'un chemin vers la libération pour ces dernières, un retour vers elles-mêmes et vers une existence affranchie du joug de la vision masculine.





Autour de ces portraits féminins, il y a une constellation d'hommes dont les personnalités diffèrent, mais qui ont le point commun, à une exception près, de ne chercher à obtenir que ce qu'ils veulent sans se préoccuper des conséquences pour les autres. Les acteurs sont impeccables et, eux aussi, mettent en avant les particularités de leurs protagonistes. On retrouve au casting Colin Farrell qui interprète Jack Mulligan, Brian Tyree Henry qui interprète Jamal, Daniel Kaluuya qui interprète Jatemme, Robert Duvall qui interprète Tom Mulligan, Liam Neeson qui interprète Harry Rawlins, Garret Dillahunt qui interprète Bash, Jon Bernthal qui interprète Florek ou encore Lukas Haas qui interprète David.



LES VEUVES est un long-métrage au rythme, à la construction et à la réalisation particuliers ce qui le rend intriguant et convaincant. Steve McQueen offre de beaux rôles à ses actrices qui les habitent complètement, emportant au passage le cœur des spectateurs. C’est un thriller réussi.

Copyright photos @ Twentieth Century Fox France

NOTES DE PRODUCTION
(À ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)
Je me rappelle précisément le moment où je suis tombé la première fois sur la série télé de Lynda La Plante, Les Veuves. J’avais 13 ans, j’étais chez mes parents, à plat ventre sur le tapis du salon, la tête appuyée sur mes mains ; ma façon à moi de regarder la télévision à l’époque. L’émission m’a immédiatement transporté dans l’univers du crime, où les gens les plus vulnérables et sous-estimés étaient des femmes. Jugées incapables, seule leur apparence comptait. Cependant, elles étaient si déterminées à prendre leur destin en main qu’elles parvenaient à affronter l’adversité et à trouver en elles des forces insoupçonnées. À cette période de ma vie, je me sentais très proche de ce qu’elles enduraient car j’avais le sentiment qu’on portait le même regard sur moi. Les adversaires de ces veuves les considéraient comme étant incapables d’accomplir quoi que ce soit; malgré tout, elles s’en sortaient. Cela m’a profondément marqué. Afin d’en faire une histoire d’actualité, j’ai transporté LES VEUVES dans le temps et dans l’espace : le Chicago de nos jours a remplacé le Londres des années 80. Ce changement était crucial pour me permettre d’aborder la politique, la religion, les questions sociales et raciales, les thèmes de la criminalité et du deuil. Ce qui était valable à l’échelle d’une ville comme Chicago avait vocation à dresser un portrait plus global, comme par un effet de loupe. La puissance de cette histoire reste à mes yeux l’association de ces quatre femmes : même si elles viennent de milieux raciaux, sociaux et économiques différents, elles parviennent à s’allier pour atteindre un but commun. Elles ont compris qu’en agissant ensemble, elles étaient capables de tout. 
Steve M c Queen 

LES VEUVES est tiré d’une série britannique éponyme très populaire, créée par Lynda La Plante. Le film est réalisé par Steve Mc Queen, qui a obtenu l’Oscar du Meilleur film en 2013 pour 12 YEARS A SLAVE. “Je me revois, à l’âge de 13 ans, regardant à la télévision l’émission de Lynda La Plante”, se souvient Steve McQueen. “ Le fait que ces femmes parviennent à réaliser ce dont personne ne les croyait capables m’a marqué très profondément, d’autant plus qu’à cette époque je me sentais moi-même sous-estimé. Longtemps après, lorsque je suis arrivé à Hollywood, j’ai été frappé par la quantité d’actrices talentueuses qui n’avaient pas de travail. J’ai alors pris la décision de me lancer, une fois mon projet sur l’esclavage terminé, dans la réalisation d’un film axé sur les personnages féminins.” La célèbre auteur Gillian Flynn (Gone Girl) raconte que lorsqu’elle a été approchée par Steve Mc Queen pour écrire le scénario avec lui, elle a sauté sur l’occasion : “Il m’a téléphoné, et c’était un sacré coup de fil, sorti de nulle part. Il savait que je vivais à Chicago et cherchait à faire un film de braquage, autour de quatre femmes. J’étais déjà partante. Il prévoyait par ailleurs de tourner dans la ville où je vis et que j’adore (et que je considère sous-exploitée au cinéma). Il pensait mettre en scène tous les quartiers de la ville de sorte à en faire un personnage en soi. C’est si rare que le Chicago authentique soit mis en avant au cinéma, que j’étais prête à signer sur le champ. L’histoire, selon Gillian Flynn, propose une tournure originale par rapport au film de braquage classique car chaque personnage que l’on croise provient d’un milieu différent, que ce soit sur un plan ethnique, social ou économique. “Mon moment préféré dans les films de braquage, c’est lorsque le groupe se constitue” précise -t-elle. “Je tenais à montrer que si ces femmes se rapprochent, ce n’est pas parce que l’une d’entre elles est cambrioleuse de bijoux et l’autre experte en coffres-forts, ou autres aptitudes de ce genre, mais simplement parce qu’elles se retrouvent connectées les unes aux autres à travers leurs maris”. Steve Mc Queen a contacté le producteur Iain Canning aussitôt son projet amorcé. “Steve a grandi avec cette émission, qui représentait beaucoup à ses yeux du temps où elle était diffusée à la télévision, et une histoire qui tourne autour d’un groupe de femmes est plutôt rare” souligne le producteur. “C’était intéressant pour lui de s’aventurer sur un terrain inédit. Il a réalisé des films forts sur des sujets incroyables et le temps était venu pour lui de raconter cette histoire de femmes ordinaires dans un contexte tout à fait extraordinaire dans lequel elles doivent se battre pour leur survie”. Réalisateur et producteurs ont rassemblé un casting impressionnant pour le tournage du film. Selon Steve Mc Queen, il était fondamental que les acteurs se sentent à l’aise, “comme à la maison” pourrait-on dire. “C’est simple”, déclare le réalisateur, “ce sont tous de très bons comédiens et il faut créer pour eux un environnement qui leur permette d’expérimenter et d’explorer à loisir. J’espère parvenir à le faire et à leur fournir un espace de confiance, où ils peuvent tomber les masques, s’abandonner et multiplier les tentatives pour atteindre une certaine vérité”. 

L’actrice Viola Davis, récompensée aux Oscars, a été choisie pour incarner le rôle principal, qui doit recoller les morceaux de sa vie après la mort de son mari Harry (interprété par Liam Neeson) tué lors d’un braquage qui échoue. Viola Davis explique qu’elle n’aurait jamais imaginé avoir à jouer un tel personnage. “C’est un cap pour moi” considère-t-elle. “Je ne m’étais jamais imaginée dans un tel rôle. D’abord parce qu’il y a une belle scène d’amour. C’est aussi un film plein d’action, trépidant. C’était un rôle inattendu. Alors, quand Steve Mc Queen est venu me voir pour me dire qu’il me voyait, moi, dans ce rôle, j’étais euphorique.” Une fois cette agréable surprise passée, l’actrice révèle avoir été séduite par son personnage tout autant que par le scénario. “J’aime le cheminement de Veronica” reconnaît-t-elle. “J’aime le côté mystérieux qu’elle dégage, et en même temps elle me paraît familière. 

J’aime aussi qu’il y ait une histoire d’amour au cœur de l’intrigue.” Dans le film, Veronica est mariée à Harry Rawlings, un criminel professionnel interprété par Liam Neeson. Lorsqu’on les rencontre pour la première fois, le couple vient de connaître une perte tragique. “Ils sont totalement bouleversés par le deuil” souligne-t-elle. “Puis Harry meurt également… il ne lui reste rien, à proprement parler. Rien au niveau financier ; elle est émotionnellement épuisée. Mais elle décide de vivre”. Elle fait le choix d’aller de l’avant, en achevant le braquage que Harry était supposé mener à bien. Première étape : constituer son équipe, avec les veuves des comparses de Harry. “Au début, nous sommes toutes étrangères les unes aux autres” explique Viola Davis. “Nos seuls points communs sont que nos compagnons ont trouvé la mort ensemble et qu’ils étaient tous des cambrioleurs. C’est ce qui nous lie : nous sommes toutes ruinées et dans l’urgence de nous en sortir. Nous sommes en instinct de survie. En dehors de ce rapprochement, nous sommes diamétralement opposées.” Viola Davis ajoute que l’alchimie avec Liam Neeson a été très naturelle, particulièrement dans les scènes d’amour. “J’avais l’impression de très bien le connaître” remarquet-elle. “C’était une sensation agréable et en même temps, en étant dans le même lit que lui, à ses côtés, je pensais à tout ce que cela implique symboliquement en termes raciaux. Je sais que certains lèveront les yeux au ciel, mais je crois que cela mérite d’être souligné malgré tout ; mais voit-on souvent une femme comme moi avec un homme comme Liam Neeson, jouer les amoureux, ensemble, s’embrassant comme mari et femme ? ” Michelle Rodriguez joue le rôle de Linda, qui lutte pour maintenir à flot sa famille et sa boutique de vêtements, après la mort de son mari. 

L’actrice exprime ses réserves sur ce rôle dans un premier temps. “Je pense que j’avais peur que l’on puisse croire que la femme que j’incarne est faible” se souvient l’actrice. “Projeter une telle image de mon personnage était ma principale crainte, moi qui me suis toujours attachée à incarner des femmes aussi indépendantes que possible. Je suis sensible en particulier à l’image de la femme latino devant affronter le machisme de notre culture. C’est mon cheval de bataille”. Finalement, elle a décidé de surmonter sa peur de l’inconnu et a changé d’avis. “Steve et moi avons pris le temps d’en parler, et je pense que c’est un véritable artiste” confie-t-elle. “J’ai réalisé que je travaille depuis 15 ans dans des films d’action. C’est confortable mais j’ai peu de place pour continuer à évoluer et grandir”. Michelle Rodriguez décrit son personnage comme étant naïve et crédule au moment où nous la rencontrons. “Linda est tombée enceinte très jeune et a épousé son amoureux du lycée, elle a été mère très tôt. Elle n’a jamais vraiment eu à prendre de décision. C’est une fois veuve qu’elle va pour la première fois agir pour elle-même.” précise l’actrice. “C’est une femme dévouée qui aime son mari et sa famille”. Elizabeth Debicki, qui interprète Alice, la très sage immigrante polonaise, affirme qu’elle souhaitait intégrer le casting pour avoir la chance de tourner avec Steve McQueen. “Steve est extrêmement chaleureux et dégage beaucoup de générosité mais il est également très rigoureux. C’est quelque chose de précieux, particulièrement pour un acteur je crois, car les acteurs sont toujours à la recherche de quelqu’un qui va exiger davantage de leur part. Il va chercher à obtenir leur confiance afin qu’ils parviennent à tout donner, pour eux-mêmes et pour leurs rôles” explique-t-elle. 

Le personnage d’Elizabeth Debicki est marié à Florek, interprété par Jon Bernthal. Elizabeth la décrit comme la veuve ayant le moins de jugeote et la plus naïve du groupe. “C’était littéralement une poupée sous l’emprise de sa mère et elle a ensuite quitté cette domination maternelle pour se soumettre aux ordres d’un mari tyrannique” explique-t-elle. “C’est d’abord quelqu’un de complètement soumis, quelqu’un qui a complètement accepté comme une vérité absolue ce que les autres lui ont toujours asséné : qu’elle ne vaut rien et qu’elle ne s’en sortira jamais toute seule.” “En repensant à la trajectoire d’Alice à travers le film, je me rends compte à quel point le chemin parcouru est immense. Elle revient de loin, puisque c’est d’abord quelqu’un qui accepté de se conformer à tout ce qu’on a pu dire d’elle, qu’elle n’est rien, un objet, sans volonté ni désir propres…Alors qu’elle n’a aucune confiance en elle, elle finit par prendre sa vie en main ”. L’actrice souligne ainsi que le fait de rejoindre le clan des veuves permet à son personnage de développer enfin son amour-propre et son estime de soi. Cynthia Erivo, dont c’est le premier rôle majeur, interprète Belle, une femme qui intervient pour aider les veuves dans leur quête. “Je pense que c’est une vraie marque de confiance de la part de Steve Mc Queen d’avoir choisi une débutante pour un rôle comme celui-ci,” commente Cynthia Erivo à propos de la décision du réalisateur de l’engager. Cynthia Erivo apprécie particulièrement la force et la complexité de son personnage. “Elle est très directe, j’ai même envie de dire stoïque par moment. Elle vient du South Side et connaît bien le danger que représente cette zone,” note-t-elle. “Elle est mère célibataire et coiffeuse, elle est intelligente et n’a quasiment peur de rien. Elle sait instinctivement ce qu’elle a à faire pour survivre. Quand l’occasion se présente d’aider ces femmes, elle ne réfléchit pas deux fois.” 

Colin Farrell interprète le rôle de Jack Mulligan, un politicien qui se retrouve impliqué dans le plan d’action des veuves. L’acteur admet éprouver un peu de compassion envers son personnage, dont la destinée est écrite à l’avance à cause de sa lignée familiale. Jack, fils de Tom Mulligan, interprété par Robert Duvall, est censé suivre les traces de son père et devenir le futur conseiller municipal de la 18ème circonscription de Chicago. “Il s’agit pour mon personnage de perpétuer l’héritage familial en reprenant le flambeau de son père, qui a lui-même marché dans les pas de son propre père, mais au fond ce n’est pas son souhait. Ce n’est certainement pas ce qu’il rêve de faire,” explique Colin Farrell. Mais Jack ne doit pas seulement en découdre avec ses démons personnels : il se retrouve en compétition avec un opposant énigmatique. “Un changement politique semble se profiler, et l’adversaire electoral de Jack est un afro-américain bien sous tous rapports en apparence mais ayant en réalité un passé criminel, ” poursuit Colin Farrell. “Il décide de se ranger, et se présente contre Jack. Le secteur pour lequel ils sont candidats est de prédominance afroaméricaine, cela ne se présente donc pas bien du tout pour mon personnage.” Colin Farrell se dit honoré d’avoir travaillé avec le légendaire Robert Duvall. “Il est extraordinaire. Partager des scènes avec lui a été une expérience incroyable. C’est une icône du cinéma et j’ai eu la chance de travailler à ses côtés.” Le sentiment était réciproque : Robert Duvall a vu en Colin Farrell un acteur exceptionnel. “Nous étions à l’écoute l’un de l’autre” rapporte-t-il de leurs échanges sur le plateau. “Ce n’est pas forcément évident à faire, surtout quand on cherche à atteindre l’émotion juste, mais Colin est très bon là-dedans et j’adore quand un acteur arrive à rendre crédible un sentiment bien réel au sein d’un univers fictif.” 

Robert Duvall ajoute qu’au-delà d’avoir savouré la chance de travailler avec Steve Mc Queen, il a été convaincu par son personnage et la relation compliquée qu’il entretient avec son fils. “C’est un homme âgé, en plutôt mauvais état physique, et qui essaye malgré tout de garder un certain contrôle sur les choses,” raconte-t-il. “Même si son fils, avec qui il entretient un rapport amour-haine, est aux manettes, il s’évertue à lui dire qu’il faut qu’ils gardent cette ville sous leur emprise. Il s’agit de ‘leur’ ville. Ce sont eux qui l’ont faite. Il doivent en garder le contrôle, or son fils ne veut pas l’entendre.” Bryan Tyree Henry, connu pour son travail dans la série Atlanta, interprète Jamal Manning, l’opposant politique de Jack pour la 18ème circonscription à qui Harry doit de l’argent, comme le découvre Veronica. Bryan Tyree Henry désirait fortement faire partie de ce “projet spécial”. “L’histoire et le réalisateur ont assurément retenu mon attention. Mais c’est l’écriture qui m’a également semblé formidable,” précise-t-il. L’honnêteté de son personnage l’a particulièrement séduit. “Ça me parle,” ajoute-t-il. “C’est ce qu’il dit à Jack : ‘toute ta famille est sur ce secteur, vous avez mis en oeuvre des choses ici, mais regarde la réalité en face. Rien n’a avancé. Que nous avez-vous concrètement apporté ?’ ‘Moi, en revanche, j’ai quelque chose à apporter. Je pense que l’essentiel pour Jamal et son frère, c’est qu’ils sont issus de ces quartiers. Ils viennent de là. Ils ont vraiment à coeur le sort des gens de là-bas. Et, on le sait, en politique, la fin justifie un peu les moyens.” Bryan Tyree Henry s’est senti très proche de Daniel Kaluuya qui interprète Jatemme, le frère de Jamal, tout au long du tournage. “C’était une belle rencontre, j’ai eu l’impression que Daniel était un peu comme un frère pour de vrai et cela nous a permis d’orienter l’interprétation de nos personnages dans ce sens.” 

Daniel Kaluuya, que l’on a vu dans le thriller GET OUT de Jordan Peele, interprète le frère protecteur de Jamal. “C’est facile d’imaginer Jatemme comme les gros bras de Jamal, la brute ou le sbire qui exécute tous ses ordres mais en fait je pense que Jatemme souhaite le meilleur pour son frère et tient simplement à être présent” explique l’acteur. “Leur relation est profonde et sincère, car ils se savent soudés”. Daniel Kaluuya considère son personnage comme l’alter ego de Jamal mais dans une version “homme de la rue”. “C’est le Jamal des rues” explique l’acteur. “On comprend comment ils en sont arrivés là et Jatemme, de par ses agissements, leur a permis de recevoir le soutien et le financement de la communauté. Et pour cela, il fait des choses qu’il ne devrait certainement pas faire”. Outre l’aide qu’il apporte à son frère en politique, Jatemme utilise aussi la force auprès de Veroni - ca pour récupérer l’argent que Harry devait à Jamal. “Le défunt mari de Veronica a causé beau - coup de tort aux deux frères” souligne Daniel Kaluuya “et ils exigent réparation ; ils ne vont pas baisser les bras. Mais en période électorale, ils ont intérêt à agir en toute discrétion”. 

CHICAGO, UN PERSONNAGE À PART ENTIÈRE 

Il a tout de suite été question, pour les producteurs et le réalisateur, d’utiliser Chicago comme toile de fond de l’histoire. “À mes yeux, Chicago mérite toute notre attention” précise Steve M c Queen, “les réseaux politiques, raciaux, religieux, le maintien de l’ordre et la criminalité, sont autant de domaines qui s’enchevêtrent et intera - gissent”. Le réalisateur et son chef décorateur Adam Stockhausen ont échangé dès leur première rencontre sur la place à donner à la ville de Chicago dans l’intrigue. Ce dernier se souvient de leurs questionnements : “De quelle manière Chicago est-elle impliquée dans l’histoire du film ? Comment l’intégrer d’un point de vue thématique et visuel sans dénaturer son essence et son authentici - té, tout simplement comme elle est et pas comme nous pensons qu’elle devrait être ?”. Selon le producteur délégué Bergen Swanson, Steve Mc Queen s’est montré inflexible sur le fait de tourner à Chicago même, sans substitution possible, pour conférer une véracité totale. Les acteurs eux-mêmes ont été incités à considérer la ville comme un personnage à part entière. “Chicago est un des personnages” déclare Viola Davis. “D’un côté, c’est une ville dynamique, avec ses beaux restaurants et ses magnifiques gratte-ciels sur Lakeshore Drive, ses pelouses soignées et sa scène artistique impressionnante. D’un autre côté, s’élèvent les quartiers de Lawndales, de Garfield Parks et de Inglewoods, au fort taux de criminalité. 

La ségrégation règne et elle va de pair avec la corruption”. Bergen Swanson relève le soin porté à l’authenticité des lieux. Steve Mc Queen tenait à ne pas tricher sur les endroits filmés “et c’est pour cela que nous n’avons pas cherché à tourner à Atlanta et à faire passer la capitale de la Géorgie pour Chicago” précise le chef décorateur. “Par exemple, pour qu’un appartement à Lawndale soit filmé à l’endroit exact de la ville où il est supposé se trouver, nous avons parfois modifié des éléments du scénario pour coller à la réalité.” Nick Rafferty, régisseur chargé de trouver les lieux de tournage, évoque les prospections qu’il a faites avec Adam Stockhausen, aussitôt que ce dernier a atterri à Chicago. “Nous avons pris la voiture et avons passé tous les quartiers en revue. Adam voulait comprendre comment les quartiers et leurs atmosphères changent d’une rue à l’autre. Finalement, nous avons passé la ville entière au peigne fin. Les personnages proviennent tous de milieux très différents les uns des autres”. La création de plusieurs lieux univers distincts au sein du récit a été un des défis majeurs pour le chef décorateur Adam Stockhausen. “Comment restituer la spécificité de l’univers de chacune de ces femmes, de Jamal Manning ou de Jack Mulligan ? ” déclare-t-il. “Comment distinguer visuellement chaque arc narratif ? L’architecture de Chicago fait que beaucoup d’appartements se essemblent, il a donc fallu trouver des lieux radicalement distincts qui mettent en évidence de réelles différences et soient propres et adaptés à chacune des veuves. Chaque choix devait être motivé par les personnages et l’histoire et ne devait rien devoir au hasard”. “La maison des Mulligan est un lieu qui devait présenter des caractéristiques bien particulières“ précise Nick Rafferty. L’équipe a prospecté dans Hyde Park, dans la zone de Kenwood, un quartier historique où le Président Obama possède une maison. “ Nous cherchions un endroit qui implique au premier regard que ce conseiller municipal fait lui-même partie d’un héritage. 

Il appartient sans équivoque à la classe dominante, à l’Establishment de Chicago. C’est un propriétaire terrien. Nombre de ces demeures ont été bâties pour les magnats de Chicago.” Adam Stockhausen s’est vu en outre chargé d’une reconstitution d’époque de la 18è circonscription. “Nous avons fini par réaliser un mélange de la 18è circonscription historique et actuelle. Il y a des maisons luxueuses dans certaines zones isolées, à côté de bâtiments délabrés car ils sont abandonnés suite à de nombreux problèmes. Et ils sont vraiment collés les uns aux autres” explique-t-il. Le chef décorateur poursuit en mentionnant les nombreuses discussions et collaborations à propos de la résidence de Veronica. “Cet appartement-terrasse de grand standing, a des baies vitrées qui laissent pénétrer une lumière extraordinaire et peuvent rendre l’espace aussi chaleureux que glacial” relève-t-il. “Il peut se révéler vaste et donner une perspective immense sur toute la ville ou ressembler à une boîte qui renvoie l’image de ce qui s’y passe. Cette particularité plaisait à tout le monde je crois, et nous avons finalement utilisé les surfaces vitrées comme des miroirs reflétant la vie intérieure plutôt que comme un point de vue sur l’extérieur”. Le directeur de la photographie Sean Bobbit a travaillé étroitement avec le chef décorateur afin de traduire cinématographiquement les divers domaines représentés. “On peut montrer les différences avec subtilité par de nombreux biais, puisque le film s’étend des membres les plus riches et puissants de la société aux plus pauvres et démunis” explique Sean Bobbit. “Notamment par l’éclairage qui offre des nuances permettant de mettre en avant une chaleur plus grande chez les riches, qui sont à l’aise dans leur vie, entourés de couleurs ordinaires. En baissant la lumière on obtient des couleurs qui se mélangent et reflètent ainsi un désordre et un chaos propre aux plus pauvres”. 

Ce que le producteur Emile Sherman admire par dessus tout dans le travail de Sean Bobbit est sa capacité à passer avec facilité de plans “calmes” à l’action pure. “Que la scène soit dans le mouvement ou posée, Sean parvient à capturer son essence. Par moments dans le film, Viola se retrouve plongée en plein chaos. L’univers dans lequel ces femmes évoluent est dangereux et inquiétant et il arrivait sur le tournage que Sean cesse de bouger sa caméra pour laisser les actrices jouer dans l’ambiance déjà installée, sans modifier la lumière ni apporter d’autre changement et le cadre se créait naturellement. Je crois qu’il s’agit parfois de restreindre les interventions et ne pas trop en faire, et Sean sait parfaitement en prendre la mesure”. Afin d’ancrer le film dans la réalité, Steve Mc Queen a eu recours à la coach Tanera Marshall pour travailler l’accent de Chicago avec les acteurs. Elle décrit sa manière de procéder : “Je commence toujours par apporter des échantillons, pour avoir une base sur laquelle nos recherches pourront s’appuyer. Cela évite de tomber dans les stéréotypes. Je m’attache à reproduire les sons émis par une personne réelle, si bien que mon travail consiste à proposer divers échantillons aux acteurs et au réalisateur afin qu’ils évaluent lesquels correspondent le mieux aux personnages qu’ils créent. Je prends en considération l’ethnie, l’âge, le milieu social, les aspirations, tout ce qui caractérise la manière dont une personne parle. Je rassemble six ou sept échantillons et les leur soumets pour définir ensemble l’orientation de nos recherches”. Elle travaille ensuite auprès de chaque comédien individuellement, émettant des sons pour affiner la prononciation, l’intonation musicale, la résonance et la posture, explique-t-elle. En ce qui concerne les costumes, la chef costumière Jenny Eagan, a dû travailler main dans la main avec Steve Mc Queen et Adam Stockhausen, sur un champ très vaste afin d’habiller une multitude de personnages issus de milieux très divers. 

“Les personnages sont nombreux et se situent dans des zones aussi différentes que Lawndale ou Lake Shore Drive, ce qui implique des contextes socio-économiques très diversifiés, mais aussi des environnements ethniques et raciaux distincts. Il fallait être respectueux de toutes ces caractéristiques, leur correspondre, tout en créant une homogénéité pour que ce travail, si l’on peut dire, passe inaperçu.” “C’est très agréable de travailler avec Jenny” relève le producteur Iain Canning. Si vous observez les quatre héroïnes, on perçoit leur parcours, l’évolution de leurs personnages, de leurs garde-robes, on voit si ces changements sont dus à des circonstances économiques ou pas et comment se construisent leurs personnalités. Jenny a appréhendé sa mission avec beaucoup de réflexion et de méthode afin de préserver un aspect le plus naturel possible, sans s’interdire un peu de fantaisie pour le plaisir”. Selon la chef costumière, le personnage le plus facile à habiller a été celui qu’interprète Colin Farrell, Jack Mulligan. “On a visé juste, dès le premier coup d’oeil”, explique-t-elle. “Il s’agit d’un homme qui n’est pas exubérant mais riche, il porte donc des costumes élégants mais pas forcément du sur mesure. On est dans le prêt-à-porter, fabriqué en Amérique, c’est un homme facile à dépeindre, si bien que Colin est arrivé, a fait de rapides essayages et a immédiatement décrété que c’était parfait.” Pour le personnage de Jamal en revanche, le travail a été bien différent. “dans le processus de création de son personnage, nous avons demandé à l’acteur Brian Tyree Henry comment lui le voyait précisément. On aurait pu aller vers le clinquant. Mais nous avons opté pour un style adapté au profil du politicien qui rentre dans le moule de ce qu’on attend de lui et qui inspire confiance. Nous sommes donc restés sobres. Nous avons gardé en tête l’idée que Jamal puisse se rapprocher des gens dont il espère recueillir les voix, et Brian a été très réceptif à nos propositions”. 

ÊTRE FIDÈLE AU SCÉNARIO ET RESTER DANS LE VRAI 

Selon Bergen Swanson, Steve M c Queen avait à coeur de préserver le réalisme du film, sans effets qui puissent le ternir. “On peut remarquer dans le film une certaine simplicité dans les cascades ou dans les scènes d’action” annonce-t-il. “De grands événements se déroulent par moments mais ils restent toujours fondés sur la réalité. C’était une consigne majeure du réalisateur pour tous les départements techniques que de s’attacher à la véracité.” Outre les quatre protagonistes féminines, leurs maris et les différents univers représentés (dont certains ne se recoupent jamais), le film affiche plus de 80 rôles parlants, une équipe de 40 cascadeurs et plus de 80 lieux différents. Steve M c Queen et son équipe ont su s’adap - ter aux incessants changements de planning, constate avec admiration le producteur en relevant qu’ “avec tous ces déplacements, le moindre changement affectait le programme tout entier”. Iain Canning avoue qu’il leur a fallu surmonter quelques défis logistiques, surtout du fait d’un casting très impor - tant et international. “Ce qui nous a facilité la tâche c’est que beaucoup d’acteurs voulaient travailler avec Steve et faire partie du projet LES VEUVES même s’il fallait pour cela faire des compromis. Nous avons tous des agendas bien remplis, soit par des émissions de télévision soit par d’autres tournages de films, mais la formidable envie de chacun a aidé à la gestion de la logistique”. 

Le producteur ajoute qu’il n’y avait cependant pas lieu de se plaindre : les quelques conflits de planning occasion - nels, étaient “des problèmes de riches” au regard de la chance de collaborer avec autant de grands acteurs. La scène de poursuite en voiture, qui conduit à l’explo - sion de la fourgonnette en fuite et s’achève par la mort des cambrioleurs, met en scène de multiples cascades et a requis nombre d’effets spéciaux. Le superviseur de ces effets spéciaux, Michael Gaspar, évoque sa conver - sation avec Steve M c Queen à propos de cette scène : “Il m’a demandé de mettre en place un dispositif un peu différent de la traditionnelle explosion et de l’embrase - ment qui suit d’ordinaire”. Michael Gaspar détaille la complexité de l’exécution : “L’extrémité avant devait sortir du hangar en feu en tournoyant, il fallait maintenir les flammes vives pour respecter le scénario, tandis que l’arrière de la four - gonnette devait exploser et virevolter dans un bruit assourdissant”. L’équipe devait assurer un niveau de sécurité maximal et éviter tout dommage collatéral. “La grande difficulté était de faire apparaître l’avant de la camionnette hors du hangar sans que le bâtiment soit endommagé” expliquet-il. “L’exactitude de nos calculs lors de la réalisation des tests préalables était cruciale. Faire en sorte qu’une partie de la camionnette percute la voiture de police garée devant la porte a été le moment le plus critique”.

Source et copyright des textes des notes de production @ Twentieth Century Fox France

  


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