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lundi 9 mars 2020

VISIONS CHAMANIQUES : TERRITOIRES OUBLIÉS


Documentaire/Une autre vision du monde, touchant

Réalisé par David Paquin
Avec Guadalupe Retiz Tonaltmilt, Philippe Bobola, Jean Clottes, Stéphanie Lemonnier, Sandra Ingerman...

Long-métrage Français
Durée : 01h29mn
Année de production : 2019
Distributeur : Jupiter Films 

Date de sortie sur nos écrans : 11 mars 2020 - Ressortie le 22 juin 2020


Résumé : Voyage initiatique chez les Fangs du Gabon et les Shipibos au Pérou, ce film nous entraîne au son des instruments traditionnels tel le mogongo (arc en bouche), la harpe sacrée et les Icaros, à la rencontre de la sagesse des peuples traditionnels. Cette richesse traditionnelle, dite chamanique, nous rappelle que nous sommes des êtres joyeux, reliés à la nature. Nous suivons les étapes de l'initiation et les enseignements de Sandra Ingerman, auteur chamanique de renommée mondiale.

Bande-annonce (VOSTFR)


Ce que j'en ai pensé : avec VISIONS CHAMANIQUES : TERRITOIRES OUBLIÉS, le réalisateur David Paquin nous propose de nous ouvrir à une autre , celle des chamans et de leur travail sur notre lien à l'univers. Dans son récit, qui suit une initiation chamanique, il montre que des personnes sont en quête de spiritualité. Peu importe que l'on adhère ou non à ce qui nous est montré à l'écran, que notre esprit rationnel ou bien nos croyances nous fasse regarder ces rituels d'un œil méfiant, toujours est-il que le réalisateur a le mérite de nous guider à la fois dans les étapes, mais aussi dans l'attente lié à la démarche des personnes qui vont vers des chamans.

Sa réalisation est claire. Son récit est entrecoupé d'interventions de spécialistes du chamanisme ou d'historiens. Elles sont courtes, percutantes et viennent renforcer l'impact du voyage intérieur que les protagonistes traversent. On ne peut s'empêcher d'être intrigué par cette suite de gestes ordonnés qui ont un sens précis pour ceux qui les pratiquent et qui mènent vers une expérience spirituelle apparemment très forte. On est aussi touché par la démarche de ceux qui vivent cette initiation chamanique, car on comprend qu'il y a de la souffrance derrière le chemin qui les a menés jusque-là. Le réalisateur nous emmène beaucoup au Gabon puisque c'est là que se situe l'essentiel de l'action du documentaire. Il est donc agréable de découvrir des images de ce pays, des couleurs joyeuses, des rires francs et une façon de vivre différente qui peut remettre en perspective un certain nombre de nos choix au quotidien.



Copyright photos @ Jupiter Films

VISIONS CHAMANIQUES : TERRITOIRES OUBLIÉS est une parenthèse sans agressivité. Les sujets qui font naître un questionnement dans notre esprit sont parfois survolés, mais ils sont tout de même abordés, comme par exemple la possibilité de tomber sur des arnaqueurs. Dans tous les cas, voir ce documentaire provoque une forme de bien-être chez le spectateur, aidée aussi par la musique entraînante de Mystery Circus, parce qu'il propose sans imposer et nous permet de découvrir l'existence d'une activité ancienne qui trouve un sens dans le monde aujourd'hui. On ne sort pas forcément transformé du cinéma, mais au moins on prend conscience d'une façon différente d'aborder le monde qui nous entoure et c'est déjà beaucoup.

NOTES DE PRODUCTION
(À ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

« Le chamanisme est un état de conscience, la capacité d’utiliser des champs énergétiques qui ne sont pas perçus dans le quotidien du monde que nous connaissons tous. »
Carlos Castaneda - Auteur

« Le Chamanisme est une voie de la connaissance, pas de la foi, et cette connaissance ne peut pas venir de moi ou de quelqu’un d’autre de cette réalité. Pour accéder à cette connaissance, y compris la connaissance de la réalité des esprits, il est nécessaire de franchir la porte du chaman et d’acquérir la preuve empirique. »
Michael Harner - Anthropologue


LE CHAMANISME

Le chamanisme pratiqué par les peuples premiers ne véhicule ni dogme, ni religion et remonte à la nuit des temps, puisqu’on en retrouve les traces dans la plus ancienne grotte de l’humanité, la grotte de Chauvet (datant de plus de 32.000 années). Il est en contact direct avec la source de la vie. De ce fait, il n’appartient ni à une époque, ni à quelque tradition. Il se vit au présent, évolue avec l’homme.

D’un chamanisme communautaire, nous constatons aujourd’hui une évolution vers un chamanisme collectif, urbain.
De la tradition à la modernité, le chamanisme porte un message et une façon universelle, écologique d’être au monde.

« L’être humain est fait d’un corps et d’une ou plusieurs composantes invisibles, souvent qualifiées d’« âmes », qui survivent à la mort. Le monde est également double. Il y a ce monde-ci, visible, quotidien, profane, et un monde autre. C’est le monde des dieux et de leurs émissaires, des esprits de toutes sortes, des maîtres des animaux ou des végétaux, des ancêtres, des morts…
C’est le monde que décrivent les mythes. Le chamanisme suppose aussi que certains humains savent établir à volonté une communication avec le monde-autre. Ils peuvent le voir et le connaître, à la différence des autres hommes, qui ne font que le subir ou le pressentir. »
Michel Perrin - Ethnologue

LES INTERVENANTS

Sandra Ingerman
Enseignante en chamanisme depuis plus de 30 ans, Sandra Ingerman anime des ateliers sur les voyages chamaniques, la guérison holistique et la dépollution de l’environnement à l’aide de méthodes spirituelles. Elle est reconnue dans le monde entier pour avoir intégré d’anciennes méthodes de guérison traditionnelle à notre culture moderne.
Elle est l’auteure de 12 livres dont Soul Retrieval, Médecine pour la terre, Recouvrer son âme, Sur les traces du Shaman….
Sandra Ingerman a été élue parmi les 10 meilleurs leaders spirituels de 2013 par le magazine Spirituality and Health.

Jean Clottes
Préhistorien français, spécialiste du Paléolithique supérieur et de l’art pariétal, il est Docteur ès lettres et sciences humaines depuis 1975, et a travaillé en tant que directeur des Antiquités préhistoriques de la région Midi-Pyrénées. Ancien conservateur général du Patrimoine au ministère de la Culture où il fut conseiller scientifique sur l’art préhistorique.
Il a écrit en collaboration avec David Lewis-Williams, Les Chamanes de la préhistoire où il est avancé que l’art pariétal prouve que le paléolithique supérieur était chamanique.

Philippe Bobola
Physicien, biologiste, anthropologue, psychanalyste, membre de l’Académie Européenne des Sciences des Arts et des Lettres, membre de l’AAAS (American Association for the Advancement of Science), membre de l’American Chemical Society & membre de l’Académie des Sciences de Lausanne.
Le centre de ses recherches : Dégager les lois spirituelles à partir des propriétés de la matière... en particulier de la matière atomique.
Il développe également de façon centrale une autre modélisation du temps qui permet de justifier l’existence d’autres univers parallèles au nôtre… que l’on nomme tour à tour monde invisibles, réalités non ordinaires ou... l’autre monde.

Guadalupe Retiz Tonalmilt
Guadalupe est une grand-mère chamane Mexicas (aztèque) vivant à Mexico. Elle est danseuse de la lune traditionnelle, pratique des soins chamaniques et enseigne la lecture des codecs aztèques.
Elle participe à la renaissance des cérémonies et des danses aztèques dans la ville de Mexico et dans le monde entier. Son travail s’oriente tout particulièrement auprès des femmes, visant à leur redonner confiance et pouvoir afin d’améliorer notre avenir

LES PERSONNAGES

Etincelle & Mère Universelle
Elles sont des nimas (pouvant se traduire par chamane) au Gabon. Elles pratiquent la tradition du Bwiti fang, dirigent des initiations et des cérémonies dans le monde entier. Elles travaillent sur un terrain à 10 km de la capitale, Libreville, nommée « La source ».
Le Bwiti est issu des pygmées de la forêt équatoriale. Le Bwiti (ou Bwete) est un rite initiatique originaire des populations Mitsogo et Apinzi du Gabon central. Tout en conservant la tradition et les codes, Etincelle pratique un Bwiti plus inspiré, laissant une grande place à la transe et aux révélations.

Lalas
Il joue tous les instruments lors des différents rituels et cérémonies du Bwiti, notamment la harpe lors du bwiti dissumba. Avant une cérémonie, on fait descendre l’esprit dans la harpe. Le harpiste est donc, plus qu’un musicien, un messager entre le monde des génies (les esprits) et le nôtre.

Stéphanie Lemonnier
Stéphanie Lemonnier est comédienne, metteur en scène et dramaturge. Elle déploie ses recherches autour du théâtre physique et de l’anthropologie théâtrale. Depuis peu, elle s’intéresse aux différentes pratiques chamaniques auprès de peuples traditionnels.
Elle démarre une formation d’étude chamanique, la FSS, créé par Michael Harner.

NOTE D’INTENTION

Un parcours de vie pourrait se résumer à avoir une vision et la suivre.
La mienne était de parcourir le monde, de rencontrer la diversité des cultures pour finalement me rencontrer dans mon humanité. Ce film raconte cette vision au travers des peuples traditionnels fangs du Gabon (descendants des pygmées) et Shipibos du Pérou. À leurs côtés, j’ai compris que changer consistait seulement à percevoir différemment la réalité.
La protagoniste du film, Stéphanie Lemonnier amène le spectateur à la frontière de son propre monde avant de découvrir d’autres mondes, d’autres réalités. Nous vivons tous dans un territoire défini par nos idées, nos croyances, nos habitudes, nos cadres mis en place souvent dès le plus jeune âge. Ce territoire est rassurant, confortable mais peut s’avérer être très restrictif.
Dans cette course folle vers la modernité, la mondialisation, nous, pays occidentaux avons oublié notre lien à la nature et à notre humanité.
Les peuples traditionnels ont conservé cette mémoire.
Pour retrouver ce que nous sommes, il faut souvent passer par une initiation. C’est l’action principale du film. Stéphanie suit une initiation de 10 jours dans une famille du peuple fang au Gabon.
Tout au long de ce rituel, elle sera enseignée par les nimas (pouvant se traduire par chamane) Gabonaises et deux grands-mères chamanes Sandra Ingerman et Guadalupe Retiz Tonalmilt (aztèque).
Ces initiations se pratiquent depuis toujours. Elles permettent à chacun d’avoir sa vision afin de (re)donner une direction à sa vie.

David PAQUIN

FILMOGRAPHIE
Visions Chamaniques (2019)
La Force de l’Instant (2016)
Chamanes - Le Chant de la Vie (2014)
L’Instant Magique (2011)

Source et copyright des textes des notes de production @ Jupiter Films

  
#VisionsChamaniques

samedi 15 février 2020

TOUT PEUT CHANGER, ET SI LES FEMMES COMPTAIENT À HOLLYWOOD ?


Documentaire/Passionnant, il remet les pendules à l'heure

Réalisé par Tom Donahue
Avec Geena Davis, Meryl Streep, Chloë Grace Moretz, Yara Shahidi, Natalie Portman, Taraji P. Henson, Reese Witherspoon, Jessica Chastain, Rose McGowan, Cate Blanchett, Jill Soloway, Shonda Rhimes, Sandra Oh...

Long-métrage Américain
Titre original : This Changes Everything 
Durée: 01h37mn
Année de production: 2018
Distributeur: Alba Films

Date de sortie sur les écrans américains : 22 juillet 2019
Date de sortie sur nos écrans : 19 février 2020


Résumé : TOUT PEUT CHANGER, est un documentaire qui révèle ce qui se cache derrière l'une des aberrations de l'industrie du cinéma américain : la sous-représentation des femmes à Hollywood. Le réalisateur Tom Donahue met en avant des décennies de discrimination à l'égard des femmes derrière et devant la caméra, grâce notamment à une méthode inédite d’étude des données chiffrées, avec, à l’appui, des centaines de témoignages accablants. Plus important encore, le film cherche et propose des solutions qui vont au-delà de l'industrie du cinéma et bien au-delà des frontières américaines, à travers les témoignages de nombreuses voix d'Hollywood, dont Meryl Streep, Cate Blanchett, Natalie Portman, Reese Witherspoon, Sandra Oh, Jessica Chastain, Chloë Grace Moretz, Shonda Rhimes, ou encore, Geena Davis, également productrice exécutive du film ; pour mettre en exergue ce qui peut et doit changer.

Bande annonce (VOSTFR)


Ce que j'en ai pensé : TOUT PEUT CHANGER, ET SI LES FEMMES COMPTAIENT À HOLLYWOOD ? Le titre de ce documentaire pose le contexte. Le réalisateur Tom Donahue rassemble des interviews de femmes et d’hommes qui réfléchissent à l’image et à la place de la femme dans l’industrie cinématographique. 

Le réalisateur du documentaire - Tom Donahue

Le constat est accablant à tous les niveaux, on le sait, on le sent depuis longtemps, il est évident et pourtant, il devait être prouvé. Les études ont été menées et les chiffres concaténés et, sans aucune surprise, il est difficile pour une fillette ou une femme de s’identifier à une réalisatrice tant elles sont rares ou aux personnages féminins au cinéma soit parce que ces rôles sont hyper-sexualisés soit parce qu’ils sont inexistants. On a bien en tête quelques héroïnes, mais le problème est dans l’adjectif indéfini. Alors qu’on est tous capable de citer pléthores de héros masculins, il faut déjà se gratter un peu la tête pour penser à une héroïne qui ne soit pas idiote, potiche, inutile, bimbo ou tout autre qualificatif qui participe inlassablement à nous renvoyer une image de la féminité dont on se passerait bien. On découvre au travers de la caméra du réalisateur des femmes de tête, brillantes, intelligentes, qui ont des projets, des idées et qui sont lancées dans la bataille pour faire reconnaître ce truisme, le faire acter et faire bouger les lignes. 


Le réalisateur revient sur l’histoire du cinéma qui n’a pas toujours été défavorable aux femmes et sur comment la hiérarchie masculine actuelle s’est installé et à verrouiller le système. Il parle aussi de celles qui ont osé poser le sujet et qui ont été muselées. Il pose les questions, démontent les habituels arguments qui viennent inlassablement s'opposer à l'ouverture et au mélange. 

Les recherches des six d'origine

Les six d'origine

Les témoignages d'actrices telles que Geena Davis, Chloë Grace Moretz, Reese Witherspoon,   Amandla Stenberg ou Natalie Portman sont tour à tour émouvants, enthousiasmants ou effrayants. 

Amandla Stenberg

Chloë Grace Moretz

Geena Davis
 
Natalie Portman
Copyright photos © courtesy of CreativeChaos vmg, Women In Holllywood LLC 2019
Source photos © 2019 ALBA Films. Tous droits réservés.

Les actions positives des hommes pour soutenir cette remise en question sont impressionnantes dans leur volonté et leur efficacité. Il n'y a pas d'elle sans il, c'est indiscutable, mais l'inverse doit être vrai aussi. On découvre d'ailleurs des points de vue tout à fait complémentaires venant des deux sexes. Le réalisateur met en avant des faits dans un silence et avec une simplicité de mise en scène qui nous hurle une réalité bien blafarde.

TOUT PEUT CHANGER, oui, il le faut, mais sur un chemin semé d'embûches sous forme d'establishment confortable et bien décidé à ne pas se mouvoir, ce changement tant attendu paraît bien long. Ce documentaire est nécessaire et met un certain nombre de pendules à l'heure, il est grand temps. 

NOTES DE PRODUCTION
(À ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

PROPOS PAR TOM DONAHUE
RÉALISATEUR

En 2012, j’ai eu la chance de réaliser CASTING BY, mon premier long métrage documentaire qui s’attachait à Hollywood. Ce film qui, au départ, était un simple hommage à l’art du casting est rapidement devenu une première approche de la question du sexisme que doit affronter notre industrie. Les directeurs de casting n’étaient pas pris au sérieux parce qu’il s’agit encore de la seule profession à ne pas être représentée aux Oscars. J’ai fini par comprendre pourquoi : c’est une activité majoritairement féminisée dans un secteur dominé par les hommes à tous les niveaux. Cette expérience m’a donné envie d’aller plus loin et de me pencher sur les vrais décideurs, qui, au sein de cette industrie, rabaissent systématiquement les femmes. En 2015, on a entamé un périple qui, au bout de trois ans, a permis d’aboutir à TOUT PEUT CHANGER !

En tant qu’homme réalisateur, j’étais totalement conscient de ma responsabilité en m’attelant à ce projet du fait qu’il y a beaucoup trop peu d’hommes qui s’expriment publiquement sur ce sujet. Cela n’a fait que renforcer ma conviction que de vrais changements ne peuvent se produire que si les hommes prennent position en la matière. Comme le dit Meryl Streep dans le film, «les changements n’interviendront que lorsque les hommes s’engageront». L’inégalité entre les sexes est un problème que notre société toute entière doit affronter – et pas seulement ceux qui en subissent les injustices. À mes yeux, ce film ne se veut pas uniquement une enquête sur la discrimination dans les rapports professionnels à Hollywood, mais une main tendue aux hommes pour qu’ils puissent, eux aussi, proposer des solutions. La situation ne pourra changer réellement et durablement que si les militants sur le terrain travaillent main dans la main avec ceux qui sont au pouvoir, quel qu’en soit le coût personnel ou institutionnel. Comme l’affirme Melissa Goodman de l’ACLU (Union Américaine pour les Libertés Civiles), «Si vous êtes un recruteur et que vous ne cherchez pas activement à embaucher des femmes, alors vous êtes en partie responsable de cette situation problématique».

Au cours de la première année de tournage, nous avons découvert le travail du Geena Davis Institute on Gender in Media (Institut Geena Davis sur les rapports entre les sexes dans les médias, NdT). Grâce à Geena et à son équipe, j’ai fini par comprendre l’impact considérable que peuvent avoir les inégalités entre hommes et femmes sur le monde, dans le petit milieu hollywoodien. Lorsque 50% des membres d’une société ne peuvent pas se faire entendre, c’est toute la culture qui en pâtit. Cela revient à abandonner cette société à une domination masculine toxique qui confie le pouvoir à des gens qui ne travaillent pas dans l’intérêt général.

Les données rigoureuses recueillies par l’Institut Geena Davis et d’autres organismes sur plus de dix ans mettent en lumière l’inquiétante réalité des inégalités qui frappent Hollywood. Ces chiffres ébranlent nos partis-pris inconscients et rendent le problème incontestable. Mais ils résistent aussi farouchement à l’analyse. Je me suis rendu compte que les données chiffrées à elles seules ne suffisent pas pour que ceux qui sont au pouvoir s’attaquent vraiment au problème.

Qu’il s’agisse de banals harcèlements ou d’abus de pouvoir criminels, les violences faites aux femmes et le fait qu’elles soient sous-représentées à Hollywood est une réalité de mieux en mieux connue. Et pourtant, peu de changements véritables ont été initiés dans un système dont le fonctionnement nécessite d’être revu en profondeur. Nous avons eu la chance que plusieurs décideurs d’Hollywood, hommes et femmes confondus, acceptent de répondre à nos questions devant la caméra. En outre, nous avons eu la chance d’assister à une nouvelle vague de féminisme déferler sur la scène médiatique pile au moment le tournage. Ce mouvement a poussé les femmes d’Hollywood à prendre des mesures concrètes en faveur du changement. De plus en plus de gens s’accordent à reconnaître que le temps du débat est révolu, mais ce n’est pas franchement nouveau. Le titre du film vient de mon deuxième entretien avec Geena – lorsqu’elle parle de films axés sur des personnages féminins ayant rencontré un immense succès qui ont dépassé toutes les attentes et dont beaucoup estimaient qu’ils allaient enfin faire bouger les lignes… alors que rien ne s’est passé. TOUT PEUT CHANGER  ! ne cherche pas seulement à exposer l’étendue du problème, mais appelle à passer à la vitesse supérieure pour que des changements majeurs se mettent en place : ils sont en effet nécessaires pour que nous puissions tous, en tant que culture et nation, affronter l’avenir. Meryl Streep, Cate Blanchett, Natalie Portman, Reese Witherspoon, Sandra Oh, Jessica Chastain, Chloë Grace Moretz, Shonda Rhimes, ou encore, Geena Davis, également productrice exécutive du film ; pour mettre en exergue ce qui peut et doit changer.


DERRIÈRE LA CAMÉRA

TOM DONAHUE, Réalisateur

Tom Donahue a récemment signé le documentaire LOS TIGRES DEL NORTE AT FOLSOM PRISON, diffusé cet automne sur Netflix. Le film mêle le concert du plus grand groupe mexicain à la prison de Folsom (en hommage au 50ème anniversaire du concert légendaire de Johnny Cash) aux trajectoires de détenus latinos, hommes et femmes confondus. Tom Donahue a également réalisé THANK YOU FOR YOUR SERVICE, pour Hulu, qui a été présenté à DOC NYC en novembre 2015. Enquête sur l’échec de la politique américaine en matière de santé mentale au sein de l’armée. Film «déchirant et majeur» pour le New York Times. Quant au Hollywood Reporter, il a écrit «Si ce film ne réussit pas à pousser les décideurs politiques à agir, rien ne pourra le faire».

Tom Donahue a encore signé le long métrage documentaire DAVI’S WAY et produit BLEED OUT, documentaire pour HBO, en association avec Impact Partners. On lui doit par ailleurs GUEST OF CINDY SHERMAN. Il a produit MAN PUSH CART (en sélection officielle aux festivals de Sundance et de Venise en 2006), PONIES de Nick Sandow et HIGHWAY COURTESANS, présenté à l’IDFA et au SXSW. En 2003, il a produit et monté WASHINGTON HEIGHTS, premier long métrage d’Alfredo de Villa qui a remporté cinq prix du Meilleur Film dans plusieurs festivals. Tom Donahue a également été auteur, producteur, réalisateur et monteur pour la télévision.

LE GEENA DAVIS INSTITUTE ON GENDER IN MEDIA

Fondé par la comédienne oscarisée et militante Geena Davis, l’Institut est le seul organisme de recherche du secteur médias et divertissement qui s’attache à lutter contre les inégalités entre hommes et femmes et les stéréotypes sexistes.

L’Institut a constitué la plus grande base de données sur la domination masculine dans le secteur du divertissement depuis plus de vingt ans. Il organise tous les deux ans un symposium, unique événement à réunir plus de 300 décideurs, créateurs et leaders d’opinion dans le but de partager les meilleures initiatives et de mettre en place un paysage médiatique plus équitable entre les sexes.

L’Institut travaille avec des décideurs et des créateurs à travers ses ateliers, stages, séances d’évaluation et de recommandations orientées recherche. Ses programmes pédagogiques visent à sensibiliser les auteurs de la nouvelle génération à l’égalité entre hommes et femmes et à les pousser à réduire les stéréotypes dans les médias pour enfants.

L’approche tripartite de l’Institut – recherche, éducation, militantisme – lui a permis de collaborer avec d’importants groupes de médias, écoles et entreprises multinationales. Les études de l’Institut sont souvent citées par de grands médias comme le New York Times, Newsweek, le Chicago Tribune, le Washington Post, USA Today, Variety, le Hollywood Reporter, le Wall Street Journal, CNN et MSNBC.

GEENA DAVIS, (Productrice exécutive)

Enfant, Geena Davis rêvait de devenir comédienne. En 1978, elle s’installe à New York pour entamer sa carrière. Après son premier rôle dans TOOTSIE (1982), elle déménage à Los Angeles où elle décroche le rôle de Wendy dans la série BUFFALO BILL (1983). Elle enchaîne avec SARA (1985). Puis, elle revient au cinéma avec TRANSYLVANIA 6-5000 (1985), FLETCH (1985), LA MOUCHE (1986) de David Cronenberg, BEETLEJUICE (1988) de Tim Burton et VOYAGEUR MALGRÉ LUI (1988) qui lui vaut un Oscar. Après avoir joué dans OBJECTIF TERRIENNE (1988) et QUICK CHANGE (1990), avec Bill Murray, elle obtient un rôle majeur dans THELMA ET LOUISE (1991) de Ridley Scott qui lui vaut une nomination aux Oscars.

En 1992, elle s’illustre dans UNE ÉQUIPE HORS DU COMMUN de Penny Marshall, avec Tom Hanks, plébiscité par la critique. Elle enchaîne avec HÉROS MALGRÉ LUI (1992) de Stephen Frears. En 1994, elle produit CHÉRIE VOTE POUR MOI de Renny Harlin. Un an plus tard, sa société The Forge produit L’ÎLE AUX PIRATES où Geena Davis campe la chef des pirates. Depuis, on l’a vue dans AU REVOIR, À JAMAIS (1996), STUART LITTLE (1999) et la suite en 2002. Côté télévision, elle s’est illustrée dans THE GEENA DAVIS SHOW (2000) et COMMANDER IN CHIEF (2005) qui lui vaut un Golden Globe. En 2008, elle tourne la comédie d’humour noir ACCIDENTS HAPPEN en Australie.



Source et copyright des textes des notes de production 
© 2019 ALBA Films. Tous droits réservés. 

  
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lundi 13 janvier 2020

TOUT PEUT CHANGER, ET SI LES FEMMES COMPTAIENT À HOLLYWOOD ?


Au cinéma le 19 février 2020

DÉCOUVREZ LA BANDE-ANNONCE DU DOCUMENTAIRE RÉVOLUTIONNAIRE
SUR LA REPRÉSENTATION DES FEMMES À HOLLYWOOD.

UN FILM DE
TOM DONAHUE

AVEC LES TÉMOIGNAGES DE :

Meryl Streep

Cate Blanchett

Natalie Portman

Tracee Ellis Ross

Geena Davis

Amandla Stenberg

Chloë Grace Moretz…


Résumé : TOUT PEUT CHANGER, est un documentaire qui révèle ce qui se cache derrière l'une des aberrations de l'industrie du cinéma et de la télévision américaine : la sous-représentation des femmes à Hollywood. Le réalisateur Tom Donahue met en avant des décennies de discrimination à l'égard des femmes derrière et devant la caméra, grâce notamment à une méthode inédite d’étude des données chiffrées, avec, à l’appui, des centaines de témoignages accablants. Plus important encore, le film cherche et propose des solutions qui vont au-delà de l'industrie du cinéma et bien au-delà des frontières américaines, à travers les témoignages de nombreuses voix d'Hollywood, dont Meryl Streep, Cate Blanchett, Natalie Portman, Reese Witherspoon, Sandra Oh, Jessica Chastain, Chloë Grace Moretz, Shonda Rhimes, ou encore, Geena Davis, également productrice exécutive du film ; pour mettre en exergue ce qui peut et doit changer.

Bande-annonce (VOSTFR)



Teasers (VOSTFR)







  
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vendredi 10 janvier 2020

SYSTÈME K


Documentaire/Un documentaire humain qui nous permet de découvrir l'art de rue kinois et les enjeux rencontrés par les artistes

Réalisé par Renaud Barret

Long-métrage Français
Durée : 01h34mn
Année de production : 2018
Distributeur : Le Pacte

Date de sortie sur nos écrans : 15 janvier 2020



Résumé : "Système K" comme Kinshasa. Au milieu de l'indescriptible chaos social et politique, une scène contemporaine bouillonnante crée à partir de rien, crie sa colère et rêve de reconnaissance. 

Malgré le harcèlement des autorités et les difficultés personnelles des artistes, le mouvement envahit la rue et plus rien ne l'arrêtera !

Bande annonce (VOSTFR)



Ce que j'en ai pensé : K. comme Kinshasa qui est la capitale et la plus grande ville de la république démocratique du Congo avec plus de 17 millions d'habitants. Avec son documentaire, Renaud Barret nous propose une ouverture sur la vie des Kinois au travers du prisme de l'art et plus exactement de l'art de rue. Il pose des portraits d'artistes professionnels ou autodidactes qui cherchent tous à la fois à échapper au quotidien grâce à leur moyen d'expression et à dénoncer les outrages politiques avec une volonté commune. 

Renaud Barret offre un temps à chacun pour qu'ils et elle puissent expliquer un peu le contexte de leur démarche, leurs créations, leurs moyens, ainsi que les aspects culturels qui forment, en partie, la spécificité de leurs œuvres. Il réussit à insuffler des atmosphères différentes en fonction de l'histoire de chaque créateur. Il montre aussi dans certains plans combien ils sont minuscules au milieu de l'immense cité et, pourtant, ils ne se découragent pas face aux autorités qui les pourchassent, ni face à leur impuissance à l'échelle du quotidien ou face au temps que cela prendra pour faire changer les choses. 

Le réalisateur met plus en avant les performances de rue qui marquent les esprits des badauds participatifs, surpris, dégoûtés, curieux, intéressés, moqueurs, un soupçon agressifs parfois face à ces mises en scène qu'ils ne comprennent pas forcément ou qui viennent froisser leurs croyances d'une façon ou d'une autre. Il faut dire que le besoin intense de passer des messages forts se transforme en idées qui cherchent à choquer pour provoquer le réveil des consciences. Il est aussi clair que les artistes ne souhaitent pas toujours expliquer le sens de leur démonstration, ils veulent que le public réfléchisse aux déclarations métaphoriques et trouve des réponses en faisant des rapprochements avec ce que la population vit dans la capitale ou dans l'ensemble du pays. 






Copyright photos @ Le Pacte

On est intrigué et étonné par chaque nouvelle forme d'expression. On est aussi attristé et touché par la misère et la souffrance qui sont très présentes, mais qui sont exprimées avec une grande pudeur. 

Ce sujet ouvre des questionnements plus globaux qui resteront sans réponse, le réalisateur demeurant centré sur les artistes Freddy Tsimba, Béni Baras, Yas Llunga & Majestikos, Strombo Kayumba, Flory et Junior, Kokoko! ou encore Géraldine Tobé, la seule artiste femme représentée.

SYSTÈME K explique, montre et démontre que l'art est hyper actif à Kinshasa. Cette communication importante et non-violente trace inlassablement son chemin. Il est fort bien que Renaud Barret nous transmette leurs messages dans son documentaire qui participera, on l'espère, à faire (re)connaître cette vibrante scène artistique kinoise.


NOTES DE PRODUCTION
(À ne lire qu'après avoir vu le documentaire pour éviter les spoilers !)

ENTRETIEN AVEC RENAUD BARRET
Par Olivier Marboeuf


Vous vous souvenez de votre première rencontre avec Kinshasa ?

Oui bien sûr, ça n’a pas été une simple rencontre mais un vrai choc, une sorte d’hallucination. On est en 2003, je travaille à cette époque en France comme graphiste et directeur artistique. Ça marche bien, je suis tranquille. Je fais beaucoup d’images. Et un jour une journaliste grand reporter me propose de l’accompagner faire des photos à la frontière entre le Rwanda et la République Démocratique du Congo. On arrive alors dans une zone de guerre, un camp de démobilisation d’enfants soldats. Je dois faire une série de portraits de ces gosses. Mais je débarque dans un paysage comme je n’en avais jamais vu, une ville frontière, un camp de réfugiés, le far west. Et puis au bout de deux jours, des obus de mortier tombent de tous les côtés. On est rapatrié à Kinshasa. On se retrouve enfermé dans une chambre d’hôtel. Moi, je n’en peux plus, il faut que je sorte. À Kinshasa, le ghetto est accolé à la ville. Je cherche des cigarettes et je rencontre un musicien qui marche avec une guitare dans le dos. Je lui parle, on entre ensemble dans la cité. Voilà, ça commence aussi simplement que ça. Là, il y avait tout, la musique, une énergie incroyable. Je n’avais jamais vu, jamais ressenti un truc pareil dans une ville. Une forme un peu mutante toujours en mouvement. À partir de là, je rentre à Paris, je plaque tout, j’achète des caméras et je repars là-bas. Je fais un film, deux films, trois films, un album, deux albums. Je deviens un peu comme ça producteur, puis réalisateur, de manière un peu accidentelle, en vivant dans cette énergie de la ville.

Comment avez-vous rencontré les personnages de SYSTÈME K ?

Une large partie de la scène que l’on aperçoit dans le film, je l’ai rencontrée par une imprégnation lente dans la folie de cet endroit. C’est une scène assez atomisée, chacun mène ses expériences. Moi, je me suis d’abord intéressé à la musique. Quand j’allais d’un endroit à un autre, je voyais sans cesse ces artistes en train de fabriquer des choses. Mais ce qui a déclenché mon envie de faire ce film, c’est ma rencontre avec ce jeune artiste, Béni Baras, qui était en train de brûler du plastique. Ce n’était pas la plus belle chose que j’avais vue de ma vie, mais il avait une incroyable motivation dans son geste, un désir de vie dans une situation très limite, entre la vie et la mort.

Et comment sont arrivés les autres personnages ?

J’ai mis cinq ans à faire ce film. Je ne savais pas vraiment au début ce que je voulais faire. C’était plutôt des sensations, l’envie d’un trip circulaire dans la scène des arts visuels de Kinshasa. Je voulais que ce soit quelque chose de symbolique, une forme de manifeste de l’urgence. J’ai commencé à regarder du côté des outsiders, des gens qui traînaient aux Beaux-Arts sans être inscrits, mais qui dormaient là, qui faisaient leurs petites histoires. Il y avait aussi tous ces créateurs ambulants dans la ville, des gens dont tu ne sais pas à la fin s’ils sont artistes ou fous. J’étais moi-même dans une quête de sens à ce moment-là. Et puis je rencontre Béni, qui vivait comme un squatteur aux Beaux-Arts. Un jour il me dit : « Moi si je ne faisais pas de l’art, je serais mort ». C’était un gamin sdf, métis, ghetto, qui avait survécu à toutes les humiliations. Et là, j’ai compris qu’il fallait faire ce film. J’avais déjà rencontré à l’époque Freddy Tsimba et je me décide à lui demander s’il veut en être. Je lui parle de mon idée de film : un film un peu ovni, un hommage à la ville. Il me dit : « Ça, c’est formidable ! ».

Ensuite j’ai rencontré des artistes féminins que je trouvais très intéressantes. Beaucoup de gens m’ont lâché, ont changé d’idée. Il y a une telle misère que se développe une véritable paranoïa chez les artistes. Et puis il y a la question de l’argent qui revient en permanence. Ça a écrémé de facto les impatients. Quand j’ai rencontré Géraldine, elle m’a dit tout de suite oui car elle avait traversé des choses qu’elle voulait raconter. Je ne débarquais pas non plus de nulle part là-bas, j’avais fait quatre films, tous les gens qui étaient dans ces films étaient sortis, avec des destins et des réussites divers, mais il s’était passé pas mal de choses et tout le monde le savait. Disons que j’avais une image de producteur assez forte même si ma réalité matérielle était en fait très compliquée. C’est un film que je portais un peu seul à cette époque, à bout de bras en fait, avec ma folie. J’avais tout fait un peu à l’envers comme d’habitude, mais ce n’est pas vraiment possible de faire autrement là-bas. Je m’étais juré de ne plus jamais travailler comme ça, d’écrire d’abord, mais le réel du lieu est toujours plus fort. La personne en face de toi peut mourir demain. Ça, c’est la réalité du lieu. Deux personnes du projet de départ sont mortes en route. Donc voilà, avec ce genre d’aventures, tu repars toujours un peu à zéro. Tu ne peux pas dire avant de te plonger dedans ce qui va se passer. On parle d’une scène artistique, mais il n’y a pas de scène artistique. C’est comme si tu plongeais ton doigt et que jaillissait une étincelle, et puis une autre. C’est ta manière d’y aller, l’aventure de ton œil qui fait que les choses s’assemblent autour de toi d’une certaine manière. C’est pour cela que les gens sont un peu perdus à Kinshasa et qu’ils ne trouvent pas ce qu’ils cherchent. Ils pensent qu’ils vont voir un groupe ici, un groupe là, mais ce n’est pas comme ça que ça marche. Il faut t’engager vraiment dans la ville pour voir quelque chose apparaître. Avec la matière de SYSTÈME K, j’aurais pu faire dix films différents. Je n’ai pas arrêté de tourner, de faire des allers-retours pour chercher un peu de moyens, de revenir tourner quand un performeur m’appelait avec une nouvelle idée et les séquences se construisaient comme ça, avec l’énergie et l’implication de tous. Il y a eu aussi des artistes qui ont quitté le navire alors qu’on avait commencé à construire quelque chose ensemble, et du coup ça n’avait plus de sens de garder cette matière. Mais tu te dis que c’est un signe, qu’un départ ouvre d’autres choses.

L’un des fils conducteurs de SYSTÈME K, c’est la question de la matière. On sait que la RD Congo est un pays très riche en matières premières et quelque part les artistes que tu rencontres fabriquent des mondes avec les rebuts de cette société. Et quand on regarde les performeurs, c’est aussi avec la matière des conflits sociaux et économiques du pays qu’ils produisent.

Oui, tout à fait. Il y a une espèce de cycle un peu ironique à vouloir travailler à partir des rebuts de ce qui a été fabriqué avec tes propres richesses alors que tu n’en as en fait pas vraiment profité. C’est un peu une manière pour les artistes de récupérer leur héritage. Je crois pouvoir dire, maintenant que je connais bien le pays, que la RD Congo est une forme de caricature de ce qu’il y a de pire en terme de vol, de rapt, d’injustice érigée en système de pouvoir. Ce geste des artistes est une manière de récupérer quelque chose de l’histoire de cette matière afin de retrouver une forme d’identité. Les jeunes intellectuels qui vivent là-bas se posent sans cesse cette question : « Qui sommes-nous ? On n’a pas dessiné nos frontières et on n’a pas raconté notre histoire ». Ils ont une forme d’agressivité, de rage, une forme d’impuissance aussi.

J’ai le sentiment que la performance, qui a une place importante dans votre film, est justement une manière de donner à voir sans intermédiaire, sans institution, de façon très directe, certaines histoires toxiques que le corps social congolais a incorporé.

Oui, c’est un art très direct, urgent. Les artistes parlent d’idées souvent assez simples : on n’a pas d’eau, pas d’électricité… Et on en fait quelque chose. Ce qui fait que la population va directement réagir et même interagir. Tous ces artistes ont le souci de faire passer des messages. C’est leur motivation principale. Il y a une forme d’amour pour les leurs alors qu’on est en face d’une population peu ou pas scolarisée depuis bientôt deux générations. C’est une vraie bombe à retardement. Les artistes sont en rébellion contre cette apocalypse discrète qui est en train de s’installer. Alors ils prennent la rue. Comme les gens sont dans la survie, abrutis de souffrance, le temps du sens critique, le temps de la réflexion est évidemment très réduit. C’est pour ça que les artistes interpellent la population de façon très directe, dans la rue. Ce sont des actes très réguliers. Tous ces jeunes gens n’attendent pas qu’il y ait une caméra pour agir. Ils sortent comme ça deux à trois fois par semaine. C’est une forme d’exutoire, presqu’une thérapie pour eux. Des artistes qui pratiquent déjà plusieurs médias trouvent dans la performance un art qui n’a pas de limite et qui a vocation à interpeller, à créer la discussion. On voit bien que quand Freddy Tsimba installe sa maison construite en machettes, les gens se mettent à parler et cela suffit pour que le commissariat du coin débarque et embarque tout le monde. Même s’ils ne sont pas très malins, les policiers sentent bien que cela veut dire quelque chose de la réalité d’un pays construit sur le sang. En RD Congo, il n’y a pas vraiment de marché intérieur pour l’art. Il n’y a pas cette classe intellectuelle qui pourrait servir d’intermédiaire pour les artistes. Tout passe donc par les institutions étrangères. Mais la performance échappe aussi à ça car c’est une forme un peu sans valeur qui déborde du côté du politique et c’est ce qui m’intéresse.

Je me rappelle que le chorégraphe congolais Faustin Linyekula disait que pour faire de la performance à Kinshasa il fallait réussir être au-dessus de la performance quotidienne de la ville.

Oui, c’est très juste. Tout est déjà très visuel, saturé de formes et de messages, tout est très présent et mouvant à la fois. Kinshasa est un véritable tableau vivant. Si tu veux exister là-dedans en tant qu’artiste, il faut réussir à faire quelque chose de plus. Car il y a des gestes, des formes partout, qui font partie des conditions de survie. La moindre petite boutique de charge de téléphone est déjà une installation sauvage pour aller chercher du courant. Il y a une forme de bruit de fond. Je me dis souvent que c’est une ville de performances. Quand tu vois le Kongo Astronaut dans le film, tu le vois qui se détache lentement d’un fond qui est aussi riche, aussi baroque que sa combinaison. La performance est donc un hommage à la ville, mais pour être un hommage, comme le dit bien Faustin Linyekula, il faut réussir à être au-dessus de ce que la ville, la survie dans la ville, fait déjà sans toi.

Il y a aussi ce contraste entre une vitalité radicale et une morbidité omniprésente que capte le film. Quelque chose qui a à voir avec le rythme de la ville mais aussi à des formes de reprises des pratiques rituels.
La durée de vie moyenne est autour de 45 ans en RDC avec des morts qui peuvent être souvent violentes. Et il y a à côté de ça cette vitalité impensable que rien n’arrête, ce flux de population qui arrive coûte que coûte et qui fait que la rue est massivement peuplée d’enfants. C’est le premier niveau. Ensuite, chez toute une génération d’artistes qui réinvestissent les pratiques rituelles, il y a aussi une tentative de palier à l’acculturation auquel participe notamment des centaines d’églises dites «de réveil». Ces artistes veulent récupérer quelque chose d’un héritage mystique qui a été parfois dévalorisé voire diabolisé comme tout ce qui relève des formes associées à la sorcellerie. Cela me fait penser aux messagers de Kimpa Vita, ces jeunes qui ont réinventé quelque chose qui n’existait pas en reprenant en main une croyance ancestrale dont il ne restait que peu de traces, si ce ne sont les écrits des missionnaires. Ils sont allés dans les grottes du Bas-congo récupérer des symboles, ont fabriqué des vêtements sophistiqués en rafia, ont racheté de l’art pour monter une espèce de phalanstère. Et ils ont aussi créé leur propre alphabet Congo avec lequel ils communiquent par téléphone. Leur croyance s’appuie sur la figure de Maman Kimpa Vita, la Jeanne d’Arc congolaise, brûlée par les missionnaires. Ils en ont fait une icône. Il y a chez eux ce désir de « reculturation ». On peut critiquer ce que l’on veut, battre en brèche leurs récits, ils ont créé les conditions d’une communauté, installée en face de l’aéroport, qui rassemble aujourd’hui près de 2 000 membres. Ils refusent l’argent, ce qui n’est pas rien en RD Congo ! Ce sont vraiment des héros pour toute la communauté des artistes. Pour eux, c’est la société futuriste par excellence. Car ici tu dois inventer le futur comme tu dois inventer le passé et la matière première de ce temps c’est la ville.

Le film sort en France.

C’est un film qui donne du courage, qui est galvanisant, je crois. Qui parle de l’amour du présent alors qu’ici, en Europe, on est un peu dans la nostalgie morbide, ou le projet anxiogène… J’étais très content de la présentation du film à la Berlinale. Il y avait les projections pour les professionnels et d’autres hors-les-murs dans des cinémas très populaires. Les séances étaient complètes avec des publics très familiaux, d’un peu partout. J’ai été très ému de voir que les gens réagissaient alors qu’ils n’étaient pas forcément africains, ni connaisseurs du milieu de l’art. C’est un film accessible, mais qui fait réfléchir et met en perspective, car il dit aussi une urgence dans l’art, dans la création coûte que coûte et sans compromis. Je trouve qu’il a beaucoup à nous apprendre. C’est un film qui dit en filigrane aussi la violence de la prédation de nos démocraties occidentales. On l’a cachée sous le tapis mais c’est encore pire. Quand on voit ce par quoi doivent passer ces jeunes artistes, au mépris de leur santé, sans horizon, sans argent… Cette détermination, cette radicalité, ça touche les gens, ça leur met une claque. Ce n’est pas juste un film sur l’art mais un film sur la fonction des artistes dans une société. Ces artistes participent à la culture d’un pays, ils en sont les ferments, les principes actifs. 









RENAUD BARRET

Renaud Barret est né le 2 avril 1970. À l’origine graphiste et photographe, Renaud tombe amoureux des cultures urbaines africaines dès l’âge de 20 ans. Il découvre la ville de Kinshasa en 2003 et ne la quitte plus depuis. Il y réalise plusieurs documentaires (dont certains réalisés avec Florent de La Tullaye). Renaud Barret aime filmer les laissés pour compte, les outsiders ; ceux qui sont supposés avoir déjà perdu mais qui n’abandonnent pas, ceux qui finissent par réaliser leurs rêves. En plus de son activité de cinéaste, Renaud produit des musiciens congolais par le biais de La Belle Kinoise Prod, son agence à Kinshasa.

Source et copyright des textes des notes de production @ Le Pacte

  
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