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samedi 29 février 2020

DE GAULLE


Historique/Biopic/Guerre/Un film prenant sur ses aspects historiques et touchant dans son éclairage intimiste

Réalisé par Gabriel Le Bomin 
Avec Lambert Wilson, Isabelle Carré, Olivier Gourmet, Catherine Mouchet, Pierre Hancisse, Sophie Quinton, Gilles Cohen, Laurent Stocker...

Long-métrage Française 
Durée : 01h48mn
Année de production : 2019
Distributeur : SND 

Date de sortie sur nos écrans : 4 mars 2020 - Ressortie le 22 juin 2020


Résumé : Mai 1940. La guerre s’intensifie, l’armée française s’effondre, les Allemands seront bientôt à Paris. La panique gagne le gouvernement qui envisage d’accepter la défaite. Un homme, Charles de Gaulle, fraîchement promu général, veut infléchir le cours de l’Histoire. Sa femme, Yvonne de Gaulle, est son premier soutien, mais très vite les évènements les séparent. Yvonne et ses enfants se lancent sur les routes de l’exode. Charles rejoint Londres. Il veut faire entendre une autre voix : celle de la Résistance.

Bande-annonce (VOSTFR)


Ce que j'en ai pensé : plus qu'un film sur DE GAULLE, le réalisateur Gabriel Le Bomin nous propose une tranche de vie historique qui s'appuie sur le duo formé par Charles et son épouse Yvonne. Il met en exergue les enjeux de la situation, les jeux politiques qui se sont mis en place au printemps 1940 et par extension, leurs impacts sur une destinée humaine liée au devenir de son pays. Il nous présente le Général en tant que mari et père de famille avant même de le présenter comme militaire et homme d'État posant ainsi l'importance de sa famille dans l'esprit de cet homme qui a pris des risques immenses, poussés par la force de la dernière chance, pour soutenir ce que lui dictait son instinct et sa logique stratégique avec la volonté d'offrir un avenir aux siens et aux Français. 

Le réalisateur réussit à mettre en scène un drame intime sur fond de Guerre Mondiale. Il gère les aspects spectaculaires, les scènes de discussions politiques et les partages familiaux en les liant les uns aux autres comme un tout qui trouve sa justification dans chacune de ses parties. Sa mise en scène accompagne les dialogues, les rythmant en nous faisant sans cesse bouger le regard d'un côté à l'autre de l'écran, tout en restant centré sur les protagonistes et leur parole. Il utilise les plans larges pour l'horreur de la guerre, pour poser des instants décisifs ou encore pour montrer les moments de bonheur. 

Il conserve un ton narratif cohérent que ce soit pour poser des arguments, montrer l'atrocité ou au contraire la sensibilité d'un geste guidé par l'amour. La période historique est très crédible grâce aux décors et aux vêtements qui aident à nous replonger dans l'époque. Le réalisateur montre avec sensibilité, mais évite la dramaturgie envahissante. Il explique et pose les jalons de ce qu'il s'est passé. Son long-métrage devient de ce fait une fenêtre vers le passé, bénéfique pour l'exercice de la mémoire.

Les acteurs et actrices personnifient leurs protagonistes tout en évitant l'imitation à outrance. Ils réussissent à nous convaincre qu'on assiste au déroulement des événements. Ils rendent réalistes les tensions, les peurs, les doutes, les basculements... Lambert Wilson interprète avec finesse Charles de Gaulle. Aidé par un maquillage habile qui fait se rapprocher ses traits de ceux du Général sans pour autant le transformer, il fait revivre le personnage dans sa dimension humaine. 




Isabelle Carré interprète Yvonne de Gaulle, la femme qui est une pierre angulaire à la fois protectrice de sa famille et le phare de Charles dans la tourmente. 



Les hommes politiques sont interprétés par des comédiens qui savent mettre en avant les traits de personnalité marquants de leur protagoniste que ce soit Olivier Gourmet dans le rôle de Paul Reynaud, Philippe Laudenbach dans celui du Maréchal Pétain ou encore Tim Hudson dans le rôle de Winston Churchill.

Copyright photos @ SND

DE GAULLE nous fait revivre une période angoissante de notre Histoire et illustre, à travers le portrait d'une famille, la fragilité du moment et l'impact d'une volonté sur un futur. C'est un film prenant dans ses aspects historique et touchant dans son éclairage intimiste. 

NOTES DE PRODUCTION
(À ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

Entretien avec : GABRIEL LE BOMIN

D’où est venue l’idée de vous intéresser à Charles de Gaulle à ce moment précis de sa vie personnelle et de notre Histoire ?

Dans le cadre de mon travail de cinéaste, que ce soit dans le documentaire ou la fiction, j’ai souvent rencontré ou croisé Charles de Gaulle… J’avais notamment réalisé une série documentaire sur la France Libre et je m’étais dit que c’était une période que je connaissais finalement assez mal. J’avais évidement des connaissances sur la Résistance intérieure mais rien de très complet sur cette Résistance extérieure… De Gaulle était également présent dans mes documentaires sur la collaboration, sur la guerre d’Algérie, sur la Ve République dernièrement et quand nous avons commencé à réfléchir à un sujet de film sur ce personnage historique avec Valérie Ranson-Enguiale ma coscénariste, nous sommes vite tombés d’accord sur le fait que nous ne pouvions pas raconter toute sa vie car il y a plusieurs de Gaulle en un. Alors, par où l’aborder ? Ce qui nous a intéressé c’est le de Gaulle « illégitime » : l’homme de juin 1940, celui qui dit « non ». C’est sans doute le moment de sa vie où il est le plus fragile, le plus intéressant donc le plus humain… Car sous tendu à ce projet, il y avait l’ambition d’accéder à l’intime.

Qui est-il justement à cette période ?

C’est un homme de 50 ans dont la carrière militaire plafonne au grade de colonel. Ses théories ou ses écrits sur une guerre offensive face à l’Allemagne sont considérés avec condescendance voire mépris par l’ensemble de ses pairs, en dehors de Paul Reynaud qui devient Président du Conseil au printemps 1940, qui lui y est très attentif. C’est donc un homme qui ne parvient pas à faire aboutir ses idées et qui porte en plus la souffrance de la guerre de 14-18 durant laquelle il a été blessé et prisonnier plus de deux ans, donc peu glorieux à ses yeux… En 1940, il voit que la France est en train de s’effondrer et il ne peut rien y faire et surtout qu’une partie de la classe politique est disponible pour accepter la défaite. C’est à ce moment qu’il va tenter ce que lui-même décrit dans ses mémoires comme « le saut dans l’inconnu » : il choisit la clandestinité en quittant sa vie d’avant, laissant tout derrière lui et entrainant sa famille dans l’aventure, prenant tous les risques et assumant son bannissement (déchu de la nationalité, dégradé, condamné à mort par le gouvernement français). C’est ce moment de choix, d’engagement et donc d’extrême solitude que nous avons trouvé très romanesque. Ce qu’il y a de fascinant dans ces quelques semaines c’est qu’elles vont déterminer toute sa vision politique future, notamment quand il conçoit la Constitution de la Vème République en donnant au président de la République un pouvoir direct sur les armées.

C’est d’ailleurs ce qui renforce encore l’intérêt de « De Gaulle »: vous montrez Charles de Gaulle auprès des siens, obsédé par ce qui peut leur arriver en juin 40…

Oui, le film est l’histoire d’un couple. Yvonne et Charles de Gaulle avaient une relation forte, très construite et on le voit bien dans les lettres qu’ils s’échangent à cette époque ou dans ses « Mémoires de guerre », qu’il lui dédie « pour vous Yvonne, sans qui rien ne se serait fait ». Yvonne est très présente dans les choix qu’il fait, notamment dans ces moments où il est fragile. C’est elle qui lui donne alors la force de continuer… En caricaturant, on pourrait voir Yvonne de Gaulle comme la coach d’un boxeur qui lui dirait : « n’oublie pas qui tu es » !

Ce qui est passionnant à constater dans votre film c’est que jamais, même aux moments les plus risqués et dangereux de sa fuite vers Londres, au moment donc où il écrit l’Histoire, Charles de Gaulle ne cessera de s’inquiéter de son histoire personnelle, donc du sort de sa femme et de ses enfants…

Valérie Ranson-Enguiale a beaucoup contribué à développer cet aspect du récit. Il y a quelques biographies sur Yvonne de Gaulle mais mille fois moins que sur son mari… C’est une femme discrète, qui ne cherche pas la lumière bien au contraire… Le niveau d’exigence de Charles était tel vis-à-vis des gens qui l’entouraient qu’on ne peut pas imaginer que son épouse n’ait pas été une femme de caractère. Elle l’a littéralement choisi comme mari, alors qu’à l’époque elle était un parti convoité. « Ce sera lui et personne d’autre », confie-t-elle après leur rencontre. Yvonne de son côté a fait beaucoup de choses, notamment après-guerre avec la Fondation Anne de Gaulle pour les jeunes filles handicapées mentales, en arrachant des moyens financiers, obtenant les soutiens nécessaires : c’est une femme de combat. Avec Valérie, nous voulions axer notre récit sur le couple et sur la famille. Le récit prend fin lorsque le hasard les réunis à Londres. Entrer dans l’intimité de Charles de Gaulle était aussi une manière de voir différemment ce personnage que l’on regarde habituellement de bas vers le haut : nous voulions le montrer à hauteur d’homme…

Le film s’ouvre d’ailleurs sur une scène très intime…

Absolument, on y voit Yvonne et Charles au lit, au réveil, comme tous les couples. Dans ses « Mémoires de guerre », il écrit pour parler de sa relation avec Yvonne : « nous étions bien appuyés l’un contre l’autre ». C’est très beau. Ça veut dire que chacun tient et soutient l’autre… Je ne l’avais pas à ce point mesuré au début et cette approche correspond sans doute à notre époque où la place des femmes est beaucoup plus forte, plus lisible. « De Gaulle » est un film que je n’aurais peut-être pas pu réaliser il y a 10 ans. On m’aurait dit qu’Yvonne de Gaulle n’était pas un personnage assez intéressant… Or il me semblait important de montrer qu’à côté d’un grand homme comme Charles de Gaulle il y avait aussi une femme qui était tout sauf transparente !

La petite fille trisomique du couple de Gaulle, Anne, est-elle aussi très présente dans le film…

Il a là également écrit des lignes magnifiques sur cet enfant : « Anne était aussi une grâce, elle m’a aidé à dépasser tous les échecs et tous les hommes, à voir plus haut »

Avec cette enfant handicapée, il a été un père exemplaire en assumant un état dont alors on ne parlait pas, qui n’était pas identifié. On montre d’ailleurs dans le film comment l’annonce leur en est faite et comment Charles et Yvonne décident de garder leur fille avec eux. Dans l’autre flash-back, nous avons imaginé que c’était Yvonne qui avait pris la célèbre photo de son mari avec sa fille dans les bras sur une plage… C’était difficile, on pouvait basculer dans le pathos mais au final je trouve que ça éclaire très bien la dimension personnelle, intime du personnage avec ses proches.

Au-delà des écrits et des mémoires dont vous parliez, avez-vous voulu associer la famille de Gaulle au projet, par le biais des petits-enfants par exemple ?

Nous sommes partis des « Mémoires de guerre », des témoignages de Philippe de Gaulle et de ce que Charles et Yvonne s’étaient écrit, avec des lettres parfois très émouvantes basées sur des considérations très quotidiennes et personnelles. Puis nous nous sommes en effet posé la question d’approcher la famille de Gaulle… Mais nous voulions conserver notre libre-arbitre d’auteurs avec un point de vue critique si nécessaire. Le film ne devait pas être une hagiographie ou se placer sur une tutelle quelconque, qu’elle soit familiale ou institutionnelle… Nous ne sommes donc pas allés voir la Fondation Charles de Gaulle ou la famille de Gaulle. Mais nous les avons informés dès le début en prenant contact avec les petits-enfants, Yves de Gaulle et Anne de La Roullière.

Faire un film historique c’est emprunter un chemin de crête, un passage délicat, entre le vraisemblable, le réel, le juste. Il faut trouver et assumer l’espace de la fiction à l’intérieur de la rigueur historique.

Charles de Gaulle est bizarrement un personnage très peu abordé au cinéma…

Aucun film de cinéma ne lui a jamais été directement consacré en effet. Il y a eu quelques téléfilms mais sur la période de la traversée du désert, beaucoup de documentaires mais pas de film de fiction au cinéma même si le personnage apparaît parfois en silhouette ou en ombre, comme une sorte d’icône que l’on n’oserait pas aborder de face… C’est très étrange ! Les anglo-saxons eux ont sorti rien que l’année dernière deux films sur Churchill qui, lui, apparait dans 18 films et séries au total depuis les années 60. Je ne vous parle pas des américains qui ont maintes fois traité le sujet de leurs présidents et hauts dirigeants, de Lincoln à Obama en passant par JFK, Nixon, Bush et les autres… Ils ont la capacité à s’emparer de cette matière-là. Pas nous ! Alors devions nous y aller ? Etait-ce de l’inconscience ? En avions-nous la légitimité ? Nous avons finalement décidé de ne pas trop nous poser ces questions et de suivre notre envie, à partir du moment où cette histoire nous touchait et nous intéressait, en espérant qu’elle toucherait et intéresserait donc aussi les spectateurs. C’est quand même un moment assez incroyable de notre Histoire que nous montrons…

Avec un aspect thriller haletant car au moment où il décide de partir à Londres, de Gaulle devient un traître, un fugitif aux yeux des autorités françaises et il risque sa vie à tous moment…

C’est de cette manière que nous avons souhaité écrire ce récit avec Valérie Ranson-Enguiale : comme un film politique contemporain en racontant l’histoire de nos personnages au jour le jour. Or cette histoire est extrêmement dynamique à ce moment de leur vie et nous avons d’ailleurs dû faire des choix, alléger. De Gaulle a fait beaucoup plus d’allers-retours Paris-Londres que nous le montrons ! Il n’arrêtait pas de bouger en voiture, en avion, en bateau mais Yvonne elle aussi se déplaçait sans cesse. Durant ces quelques semaines, elle quitte la maison familiale de la Boisserie à Colombey-les-Deux-Eglises en Haute Marne pour se réfugier chez sa sœur dans le Loiret avant de partir vers la Bretagne à Carantec puis à Brest où elle tente de monter à bord d’un bateau pour l’Angleterre… Mais durant ces itinéraires complexes, aucun des deux ne sait où est l’autre : quand Charles part à Londres le 17 juin, Yvonne l’ignore… Nous le montrons dans le film, c’est en lisant un journal anglais qu’elle apprendra que son mari a lancé son fameux appel sur les ondes de la BBC ! C’est un vrai cadeau de l’Histoire pour des scénaristes…

Vous montrez aussi de manière assez frappante combien une partie des responsables politiques de cette France du printemps 1940 est prête à basculer vers l’Allemagne, à accepter l’Occupation et donc ce qui deviendra la collaboration avec sur le fond un antisémitisme au plus haut niveau de l’Etat…

C’est très courant dans l’Europe des années 30 : en France, en Allemagne bien sûr mais aussi en Italie par exemple… L’antisémitisme de Pétain est affirmé dès sa deuxième scène, tout comme son antimaçonnisme. Le premier décret qui sera promulgué par le régime de Vichy en juillet 1940 exige la publication des listes des loges de Francs-Maçons pour les afficher au fronton des mairies… C’est une obsession, comme l’antisémitisme que nous abordons dans un dialogue assez vif entre Pétain et le général Weygand puis à travers la figure politique de Georges Mandel, alors ministre de l’Intérieur. Quand de Gaulle l’interroge en lui disant qu’au vu de l’état de la France il peut être l’homme de la situation vis-à-vis des anglais, Mandel lui répond : « je suis un homme politique de l’ancienne génération, je porte ma part de responsabilité et comme vous le savez je suis juif : ça compliquera tout »… Il fera partie des gens que Pétain va faire arrêter immédiatement et déporter avant qu’il ne soit assassiné par la Milice en 44…

Avant de parler de Lambert Wilson, évoquons d’ailleurs les comédiens à qui vous avez confié les rôles des autres figures politique de l’époque. Y a-t-il une responsabilité pour un metteur en scène quand il doit faire figurer dans son film des personnages historiques comme Pétain, Mandel, Reynaud, Churchill et les autres ?

Je dirais qu’il y a plutôt une inconscience de départ ! Quand on écrit, on n’est pas encore dans le travail de représentation mais dans une phase intellectuelle forcément plus abstraite. C’est d’ailleurs assez jouissif car on peut imaginer tout ce que l’on veut, mais quand arrive le moment de l’incarnation, on se dit « mais qu’est-ce que j’ai fait » ! C’est là où le sens de la responsabilité s’impose… Ce que nous faisons dire dans le film à ces personnages qui ont existé est maîtrisé, d’autant que nous avions un conseiller historique, Olivier Wieviorka, qui a étayé, nourri et validé ce que nous avions écrit. C’est un vrai spécialiste de ce qu’a été la Résistance et il a été d’une aide précieuse… Ensuite, tout est une affaire de mise en scène : il faut que ces personnages historiques ressemblent à leurs modèles. L’époque où Michel Bouquet pouvait mettre une écharpe rouge, un chapeau, avoir un labrador en laisse et dire « je suis François Mitterrand », (ce qu’il a magnifiquement fait dans « Le promeneur du Champ de Mars » en une sorte de quintessence de l’acteur, sans aucun autre artifice), est révolue. Aujourd’hui, le cinéma doit représenter les choses d’une manière extrêmement fidèle à la réalité. « La Môme » en cela a été un marqueur fort, tout comme « Les heures sombres » dernièrement où Gary Oldman disparait littéralement pour devenir Winston Churchill… Nous en avons beaucoup parlé avec Lambert Wilson avec cette volonté de ne rien surcharger. Il fallait lui donner tous les atouts pour incarner de Gaulle, (le costume, le maquillage, les prothèses, etc), mais je voulais que le comédien reste présent. Je ne voulais pas avoir l’impression de filmer le musée Grévin ! Pour les autres personnages, j’ai en revanche cherché des acteurs qui ressemblent naturellement à leurs modèles : un Pétain, un Churchill ou un Mandel dont la proximité physique s’impose d’emblée. J’ai eu beaucoup de chance, notamment avec Churchill car le terrain avait été largement occupé ces derniers temps ! Tim Hudson est un magnifique acteur de théâtre anglais avec lequel nous n’avons eu aucun besoin de maquillage : dès les essais il était Churchill. Ensuite, il a évidemment travaillé sur l’accent, la posture et s’est aidé des accessoires…

Parlons plus largement de Lambert Wilson et de sa performance, au sens propre. C’était le choix évident dès le départ pour le rôle de Charles de Gaulle ?

Oui absolument. Quand vous commencez à réfléchir aux acteurs qui peuvent incarner le personnage à cette époque-là, (un homme de 50 ans, grand, avec de l’allure, de l’autorité et de la présence), les choses vont assez vite ! Ajoutez-y la notoriété du comédien qui doit rassurer les investisseurs et la liste se raccourcit encore… Lambert a fait la différence d’autant qu’il a le goût de jouer des personnages romanesques et des figures de l’Histoire comme l’Abbé Pierre ou le Commandant Cousteau. C’est un acteur qui ne recherche pas forcément le naturalisme, il aime construire un rôle… Etant nourrit de cette tradition anglo-saxonne, il n’a pas peur de jouer avec son corps, avec les artifices. Lambert a beaucoup aimé chercher « l’incarnation » et collaborer avec les prothésistes et les maquilleurs durant les longues heures quotidiennes de sa transformation.

Et pour l’aspect vocal du rôle ? La voix de Charles de Gaulle est reconnaissable immédiatement…

J’ai dit à Lambert que nous n’irions pas sur le terrain de l’imitation très maîtrisée. Avec un coach, il en aurait été capable mais cela à mon sens aurait empêché toute émotion… Il a bien entendu beaucoup écouté de Gaulle mais en cherchant son prononcé plutôt que son phrasé, notamment dans la scène du fameux discours du 18 juin 40.

Pour jouer le rôle d’Yvonne de Gaulle, vous avez fait appel à Isabelle Carré…

Yvonne est un personnage dont les traces nous le disions sont plus diffuses. Se sont souvent des images qui datent des années 60… Or à l’époque du film, c’est une femme qui a 40 ans, assez belle, assez féminine. Elle est caustique, piquante : on imagine bien les joutes avec Charles ! La caricature de Tante Yvonne assise docilement et silencieusement au coin du feu à l’Elysée est une fixation médiatique qui ne correspond pas à la réalité. A la mort de Charles, Yvonne a fait en sorte que peu de chose reste du personnage privé : seule l’œuvre de l’homme d’Etat devait lui survivre… Yvonne s’est ensuite retirée dans une institution religieuse du 7e arrondissement de Paris où elle a vécu dans une minuscule cellule jusqu’à sa mort en 1979. Pour ce personnage, nous étions plus libres... La sensibilité et le talent d’Isabelle Carré nous ont déterminé à lui proposer le rôle. Elle apportait aussi une dimension propre au personnage d’Yvonne : une certaine discrétion et une forme de courage. Isabelle est très populaire, elle tourne beaucoup, joue au théâtre, elle écrit... mais elle n’est pas surexposée. Elle ne cherche pas la lumière à tout prix... Alors on m’a répondu « oui mais elle est blonde » : et alors ? Le travail de construction effectué avec Lambert pouvait très bien s’appliquer à Isabelle. Une fois ce détail réglé, elle a immédiatement placé le niveau de sensibilité de son personnage au bon endroit, avec une belle et vraie pudeur et une énergie déterminante. C’est une actrice magnifique qui sait se mettre sincèrement au service d’un film en étant au cœur de toute une équipe… Au-delà de l’épouse de Charles, elle incarne aussi fortement cette mère qui fuit avec ses trois enfants sur les routes de l’exode.

Parmi les autres comédiens, citons aussi Olivier Gourmet dans le rôle de Paul Reynaud…

J’ai été très heureux et très fier de tourner avec lui. En quelques scènes, il nous livre un Reynaud extrêmement complexe, comme je le souhaitais. C’est à la fois un homme d’autorité, un chef de gouvernement mais aussi un être qui s’effrite… Il doit faire face à des événements qui le dépassent et l’abiment. De Gaulle le considérait comme un homme intelligent à qui il a toujours conservé son estime, mais hélas en dessous de la violence de la situation. Je veux aussi saluer Catherine Mouchet qui interprète Mlle Potel la gouvernante qui accompagne la famille de Gaulle et notamment la petite Anne leur fille trisomique. Laurent Stoker et Alain Langlet ont aussi accepté de venir jouer quelques scènes tout comme Sophie Quinton avec qui j’avais déjà fait un téléfilm ou encore Philippine Leroy Beaulieu ou Gilles Cohen qui ont participé à l’aventure de ce film en lui donnant leur force et leur enthousiasme… L’incarnation d’Anne de Gaulle était aussi un enjeu. En effet le film présente à trois âges différents cette petite fille porteuse de trisomie. Nous avons travaillé avec trois enfants âgées de 6 mois à 12 ans et ce fut pour tous des moments d’une grande force.

Il y a donc ce côté romantique, presque sentimental du film au cœur d’une fresque de la débâcle de 1940 et de scènes beaucoup plus spectaculaires comme le bombardement du port de Brest. Vous êtes-vous amusé à manier les outils de la reconstitution, des effets spéciaux ?

Vous savez, je pars du principe qu’il est difficile de faire un film mais que ça doit être du plaisir. Alors ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas de contraintes, de conflits ou de douleur mais il faut se lever le matin en se disant « quel bonheur d’aller sur le plateau » ! Le mot « jouer » n’est pas un hasard : faire du cinéma c’est jouer la comédie donc s’amuser… Quant aux moyens dont vous parlez, je dirais qu’ils sont indispensables si l’histoire en a besoin. C’était le cas dans « De Gaulle » et j’avoue que c’était jubilatoire d’avoir tous ces figurants, des chars d’assaut, des avions ou des bateaux. Mais tout cela coûte de l’argent et j’ai été très vigilant à ne pas dépenser de l’argent gratuitement ! Pour les figurants par exemple, j’ai même demandé à ce qu’on en mette moins car leur nombre ne se justifiait pas. La richesse d’un plan vient parfois de sa simplicité… Mais pour les scènes spectaculaires que sont celles de l’exode, du port de Brest et de l’arrivée à Falmouth la production m’a donné tous les moyens dont j’avais besoin.

Avec le temps, savez-vous pourquoi l’Histoire et notamment celle des guerres vous intéresse tant ? C’est un élément que l’on retrouve dans vos documentaires mais aussi au cinéma dans « Les fragments d’Antonin », « Nos patriotes » et « De Gaulle »…

Pas du tout, même si c’est une réalité que je ne fuis pas ! Mais j’ai aussi travaillé pour Arte par exemple sur des sujets plus contemporains, une comédie, un thriller… Mais quand je travaille sur des images d’archives pour mes documentaires, ce que je vois nourrit mes scénarii de fiction. Par exemple, j’ai découvert des photos du port de Brest dont nous parlions au moment de la fuite vers l’Angleterre, où il y avait des milliers de valises abandonnées et même des chevaux morts. Pourquoi ? Simplement parce qu’il fallait alléger les bateaux pour privilégier les humains… J’ai immédiatement dit à Nicolas de Boiscuillé mon chef déco qu’il fallait faire figurer cette scène à l’écran. L’histoire m’intéresse car elle est faîte d’une matière narrative très dense. Ce n’est pas de la fausse modestie mais je pense ne pas avoir beaucoup d’imagination : raconter ma vie ne m’intéresse pas du tout. Ce qui me passionne c’est l’actualité, j’adorerais faire un film politique contemporain et avec « De Gaulle » j’ai le sentiment d’en avoir tourné un sur l’actualité politique de 1940. Et puis je suis persuadé que les films d’histoire sont l’émanation de leur époque : à travers l’évocation du passé on y parle aussi du présent. Regardez la manière dont la Grande Guerre a alimenté le cinéma depuis un siècle : au moment de la guerre du Viêt Nam, les films traitant de 14-18 sont une critique de ce conflit-là. Dans les années 2000, on traite à travers lui un sentiment de victimisation de la société, alors dans l’air du temps, à travers le terrorisme, le climat, les médias, la malbouffe et la crise en général… Moi-même je n’y ai pas échappé : Antonin dans mon film « Les fragments d’Antonin » est un personnage de victime qui subit les ravages du conflit. Au contraire dans les années 30, parler de 14-18 c’est mettre en avant les figures héroïques. Enfin, le film historique permet en terme de mise en scène ce que j’appelle le style. Tous les éléments que vous placez devant votre caméra ont été choisis : du tissu d’un meuble à un costume en passant par le moindre accessoire et même la couleur globale. C’est plus aléatoire dans un film contemporain où les éléments du réel sont moins maîtrisés.

Pour terminer, que retenez-vous au final de ce Charles de Gaulle que vous avez imaginé à ce moment précis de sa vie et de notre Histoire ?

Il reste une inconnue dont nous avons beaucoup parlé avec Lambert : qu’est-ce qui peut pousser un homme, avec ses limites et ses forces, à faire un choix politique et personnel aussi incroyable ? Alors que la France s’effondre, que l’ennemi occupe Paris, que le gouvernement demande la paix et accepte de travailler avec l’Allemagne, cet homme dit « non »… Et c’est homme-là estime aussi que la voix de la France désormais sera la sienne, en demandant à ceux qui le veulent de le suivre… Est-ce de la folie ? De l’orgueil ? Du patriotisme ? Le sens de l’Histoire ? Une vista politique ? Je pense que c’est en fait la conjugaison de tout cela ! De Gaulle en parle formidablement dans ses mémoires : il décrit à la fois sa grande fragilité et sa détermination totale. Il sait, il sent qu’il doit accomplir ce destin, même si à un moment il propose à d’autres comme Reynaud, Mandel, Weygand ou au général Noguès, (le représentant des forces françaises d’Afrique du Nord), d’être la voix de la France à Londres. Tous les historiens ont travaillé sur cette question mais la réponse reste un mystère indicible : à ce moment, de Gaulle a fini par décider que cet homme-là ce serait lui. C’est passionnant !

Entretien avec : Lambert Wilson

Avant de vous lancer dans ce projet, quelle perception aviez-vous de Charles de Gaulle à l’époque du film, au printemps 1940 ? J’avais le souvenir de la photo d’un homme assez jeune. Des clichés du début de la guerre où il a la cigarette au bec : quelque chose de graphique qui m’avait attiré de la même manière que les profils de Montand sur scène. Ce sont des sortes de figures élégantes, intrigantes qui font se dire : « tiens ce type, il a un truc » ! Au-delà de ça, historiquement, l’époque était très très vague pour moi. Mais concernant de Gaulle j’étais en fait sur le plateau du film le seul à l’avoir jamais rencontré puisqu’en 1965, j’ai été invité au Noël de l’Elysée sous sa présidence… J’ai d’ailleurs toujours à la maison, dans un cadre, le bristol où le général de Gaulle et Madame me convient à cette fête. Ça a d’ailleurs donné lieu au premier vrai dilemme entre mon père et moi : en tant que directeur d’un Théâtre National à l’époque, il était régulièrement invité à l’Elysée et il a pensé qu’il s’agissait là d’une erreur et que cette invitation s’adressait à lui ! Mon père avait téléphoné aux services de la Présidence pour leur signaler cette erreur qui n’en n‘était pas une… C’est là que les problèmes ont commencé entre nous !

Vous avez donc approché Charles de Gaulle sur la fin de son règne politique…

Oui et c’est pour cela que j’en ai gardé l’image d’un homme vieillissant, un peu pachydermique avec cette voix trainante et grandiloquente que l’on a tant imitée. Ce sont aussi des souvenirs de la télévision d’hier, au même titre que « La piste aux étoiles » ou « 36 chandelles ». Le vieux de Gaulle était presque une caricature de lui-même qui, dans ma naïveté d’écolier de ces années-là, est associé à quelque chose que l’on rejetait, à un pouvoir qui était remis en question… J’avais 10 ans en 1968 donc tout ce qu’on a dit contre de Gaulle s’est forcément distillé dans mon inconscient…

Cela veut dire que vous avez été surpris quand Gabriel le Bomin et Valérie Ranson-Enguiale sa coscénariste, vous ont parlé d’un de Gaulle aventurier, rebelle et amoureux ?

Ce qui est amusant c’est que l’on m’avait déjà proposé par le passé d’incarner ce personnage… Cela me terrorisait car j’imaginais alors un vrai biopic qui aurait englobé la partie vieillissante de son parcours. Ce qui m’a paru irrésistible dans le projet de Gabriel et Valérie c’est justement de montrer cet homme-là à ce moment-là et même durant ce mois-là, en juin 1940. J’ai donc commencé à regarder des images de lui à l’époque en me concentrant sur sa physicalité et là, je me suis dit que c’était possible… C’est une période très intéressante car il apparait alors dans la sphère publique et politique. Il a entrepris beaucoup de projets avant mais ils ne sont pas documentés… Cela nous donnait une véritable liberté, sans nous écraser de références visuelles. Il fallait presque inventer l’homme de ce temps-là…

De quelle manière avez-vous procédé ?

Je me suis immédiatement précipité sur internet pour écouter l’appel du 18 juin, qui est d’ailleurs un enregistrement postérieur à cette date. Il y a déjà ce timbre de tribun si reconnaissable mais je me suis dit que l’on pouvait aller au-delà et trouver un personnage plus secret : un homme privé sur lequel on a finalement peu d’informations. J’ai découvert quelqu’un qui est alors déjà dans la maturité mais qui n’est pas chargé du poids et des défauts de la statue du commandeur qu’on lui élèvera plus tard… C’est moins intimidant à jouer ! Et puis « De Gaulle » est un film qui raconte un mois de la vie d’un groupe de personnages, hommes et femmes. Un mois trépidant, insensé, fou historiquement ! C’est ce qui me plaisait le plus dans ce projet.

Ce qui est également passionnant dans le film, c’est qu’il montre un Charles de Gaulle amoureux, constamment dans l’inquiétude de ce qui peut arriver à sa femme et à ses enfants…

Oui c’est la merveilleuse surprise du scénario. Vous savez, je me suis déjà mis en colère dans des diners ou lors d’avant-premières où nous présentions le film, face à des gens qui certes étaient intéressés par le sujet mais qui se mettaient à ricaner quand on parlait d’Yvonne de Gaulle. Dans l’inconscient collectif, cette femme est tellement perçue comme « tante Yvonne », une dame empâtée, quintessence de la bourgeoise potiche… Alors qu’il suffit de regarder une de ses photos à 40 ans pour découvrir une très belle femme, pétillante, une extraordinaire héroïne. Ça m’énerve terriblement ! J’ai déjà vécu cela avec Cousteau pour le film « L’odyssée » : une attitude condescendante fondée sur absolument rien ou plutôt sur une ignorance crasse… J’avoue cependant que je méconnaissais la passion amoureuse entre Charles et Yvonne ou de leur vie familiale. Ça a été une découverte formidable car c’est très romanesque et chacun peut s’y projeter. Beaucoup de couples dans le monde vivent cela aujourd’hui, se disant un au revoir qui peut être définitif, lui partant faire la guerre et elle fuyant le conflit avec les enfants. Cela arrive dans tellement de pays… Nous sommes nous très protégés donc on oublie ces destins fracassés…

Vous parliez de la voix du général de Gaulle, de ce timbre si particulier. Vous n’en proposez pas une imitation dans le film mais une interprétation…

Pour être honnête, j’avoue que nous avons pensé à le faire au début. Mais avec Gabriel nous nous sommes dit que dans des moments intimes ou quotidien, de Gaulle ne pouvait pas utiliser un ton grandiloquent. C’était un tribun exceptionnel qui s’adressait à des foules et qui, à l’époque du film, commence à trouver ce ton-là notamment lors de ses interventions à la BBC. Mais c’est un timbre très daté qui était forcément différent quand il était avec les siens. Alors nous avons essayé quand même, dans la scène du début du film où de Gaulle donne une première interview après la bataille de France. Je suis arrivé sur le plateau chargé de la voix, des intonations de l’appel du 18 juin mais Gabriel m’a tout de suite dit « c’est inécoutable » ! Ce n’est pas que je faisais mal les choses, c’est juste que l’on ne peut plus entendre quelqu’un parler comme ça… Tout est exagéré, dans l’emphase : on roulait les « r », on étirait les syllabes à la manière des tragédiens de la Comédie Française au 19e siècle ! Réécoutez le magnifique discours de Malraux pour l’entrée de Jean Moulin au Panthéon : c’est presque du Sarah Bernhardt ! Donc nous ne sommes pas allés sur ce terrain. Je savais qu’une partie du public attendait cela et se dirait que j’avais voulu éviter l’obstacle mais ne pas l’avoir fait abouti à quelque chose de plus intéressant : montrer qui est vraiment cet homme et ce qu’il ressent.

Mais comment avez-vous travaillé pour la scène obligée du fameux appel du 18 juin ?

C’est la seule occasion où j’ai vraiment essayé de m’approcher au plus près du timbre Gaullien. Je l’avais à l’oreille et j’en ai gardé la musicalité. C’est assez compliqué à faire car juste avant à l’écran, on est dans une scène banale où on dit à de Gaulle que ça va être à lui et subitement, il doit devenir le tribun qui s’adresse à un pays en déroute depuis une cabine de 5 mètres carrés dans un studio de radio londonien ! Il faut assumer cela et je me suis beaucoup posé de questions, notamment quand je me suis retrouvé face à Tim Hudson qui incarne magnifiquement Churchill. Lui n’a pas hésité à jouer avec l’accent de son personnage, dans une caractérisation assez forte. Mais les anglais ont un avantage sur nous, c’est que dans leur société on situe sa classe selon son accent, sa manière de parler. Chez nous, c’est plus lié à une situation géographique, entre le nord et le sud par exemple… J’ai fini par comprendre qu’essayer de trop coller à la voix de de Gaulle apporterait une théâtralité qui pouvait être dangereuse et créer une distance avec le personnage…

Le fait que cet aspect-là ne manque pas au final vient aussi du fait que, physiquement, vous êtes de Gaulle dès la première image. Vous avez déjà par le passé utilisé la technique du maquillage à travers les films sur l’Abbé Pierre ou le Commandant Cousteau. C’est un artifice que vous aimez manier ?

C’est une technique qui fait chaque année des progrès hallucinants : ça me fait rêver en tant qu’acteur en me donnant des possibilités infinies… Je veux saluer les équipes de l’Atelier 69 avec qui nous avons travaillé et qui ont fait un travail exceptionnel. Nous avons décidé de prendre notre temps… Au départ, soyons francs, il a fallu convaincre les investisseurs et j’ai dit à Gabriel et Farid Lahouassa le producteur que nous devions montrer une première image de moi en de Gaulle. Tout cela restait très empirique. Nous avons donc organisé une séance photo et certains clichés ont été publiés dans « Paris Match » : c’était encore très artisanal par rapport à ce que nous avons obtenu par la suite mais il y a eu là comme une évidence. Oui, c’était possible, crédible… Je me souviens que ces clichés ont été pris aux Invalides et que je croisais dans les couloirs de véritables militaires, des gradés qui étaient très impressionnés ! De Gaulle reste une figure encore très importante, très présente dans l’Armée…

Pratiquement, de quelle manière avez-vous procédé pour trouver le bon maquillage ?

Il y a eu beaucoup de séance d’affinage, de préparation et c’est curieux car le général m’apparaissait de temps en temps mais ça me faisait presque peur. En regardant ce que nous venions de tourner sur le moniteur, je l’apercevais parfois à travers moi de manière troublante puis plus du tout… La marge de manœuvre est assez mince car il ne faut pas non plus trop en faire sur la ressemblance physique. Nous avons par exemple songé à travailler sur la forme des yeux : ceux de de Gaulle étaient plus tombants que les miens mais quand on touche au regard d’un acteur, on casse quelque chose… Subitement, le masque du déguisement apparait très clairement. Gabriel a donc préféré aller moins loin sur le maquillage mais conserver de la vitalité… Pratiquement, cela représentait près de 3 heures ½ de travail par jour entre le maquillage, la pose des prothèses, la coiffure et l’habillage. Tout cela évidemment en amont de la journée de tournage et sans parler des 40 minutes nécessaires au démaquillage après ce tournage… Ce qui donne une amplitude de travail à la fois très longue mais aussi extrêmement millimétrée pour les maquilleurs. J’ajoute que nous avons tourné durant l’été 2019, en pleine canicule avec près de 43° à Paris… Je me souviens que pour la scène durant laquelle le Ministère de la Guerre plie bagage et brûle ses archives, je me suis retrouvé costumé et maquillé en plein soleil à côté du feu. Je transpirais tellement sous le masque de silicone que ma sueur faisait des poches d’eau qu’il fallait percer en permanence ! Mais ces péripéties n’enlèvent rien au plaisir final du résultat. Vous savez, c’est le rêve de tout acteur. On a besoin de deux bases à mon sens pour jouer la comédie : il faut identifier son modèle et dans un deuxième temps tenter de s’en rapprocher le plus possible en se transformant… J’ai eu cette sensation-là sur Cousteau quand je l’incarne à la fin de sa vie. Pour de Gaulle, je l’ai ressentie de bout en bout… Mais c’est un exercice auquel il faut entièrement se plier. Par exemple Philippe Laudenbach qui joue Pétain s’est fait raser la moitié de la tête pour que sa perruque tienne parfaitement. A ce niveau-là d’exigence de transformation, les acteurs doivent faire des concessions…

Reste, vous le disiez que l’essentiel du film est ailleurs, dans la relation intime entre Charles et Yvonne de Gaulle…

Oui et nous avions peu de matière à ce sujet. On sait qu’ils étaient tous les deux issus de familles catholiques très pratiquantes ou que le drame de la naissance de la petite Anne, enfant trisomique, a soudé leur couple mais le reste est un mystère… Le film débute par le geste intime d’un homme touchant une femme dans leur lit au réveil et cet homme c’est Charles de Gaulle ! Il fallait imaginer comment ça se passait, de quelle manière ils s’étreignaient ou même se parlaient tout simplement. Ces gens ont existé, ils sont très connus mais nous devons quand même les montrer dans des aspects de leur vie auxquels personne à part eux n’a eu accès… Pour figurer un conseil de ministres ou une allocution à la BBC, on sait : il y a des photos, des images. Il y a toujours une responsabilité vis-à-vis des familles, des descendants. On ne peut pas faire ni montrer n’importe quoi… Gabriel est pudique, intelligent et respectueux. Il m’a sans cesse rappelé, (quand de temps en temps j’osais des choses qui le rendaient peut-être plus humain), que l’homme que j’incarnais était le général de Gaulle !

Il y a plusieurs films en un dans « De Gaulle » : un sur la débâcle, un sur le début d’un destin, un sur une histoire d’amour. De quelle manière avez-vous observé Gabriel le Bomin votre réalisateur évoluer à travers ces genres multiples ?

J’ai constaté qu’il avait beaucoup évolué durant ce tournage. Gabriel était aux commandes d’un gros film qui avait été très bien préparé et de diverses façons. Rappelons d’abord que c’est un réalisateur qui a débuté sa carrière au service cinéma de l’armée durant son service militaire et qui maîtrise le sujet de la guerre pour y avoir consacré ses deux premiers films de cinéma et plusieurs documentaires. Mais l’ampleur de ce projet l’a peut-être un peu impressionné au début sur le plateau, Et puis très vite il a trouvé ses marques car son sujet le passionnait. Gabriel adore la politique et la manière dont certains destins peuvent se mêler. Or, « De Gaulle » raconte un mois totalement insensé de l’Histoire de France. Ensuite, je sais qu’il a été surpris par ce qu’Isabelle et moi avons pu lui proposer de l’intimité de Charles et Yvonne de Gaulle. Gabriel a aimé ça et s’est laissé aller à une confiance à laquelle il ne s’attendait peut-être pas au départ… Voir ces figures historiques devenir des personnages de chair, de sang et de sentiments l’a ravi. Ce qui m’a frappé c’est qu’il a alors exprimé une fantaisie que je ne soupçonnais pas ! Gabriel a un côté assez scolaire, très sage mais, il a aussi beaucoup d’humour… Ensuite, dans le travail au quotidien, nous nous sommes attachés chaque jour à bien nous rappeler où en étaient les personnages, au moment de l’action que nous tournions. Il y a un tel enchainement d’événements durant ces semaines et même ces jours de mai-juin 1940 qu’il fallait sans cesse, (puisque nous tournons dans le désordre), se souvenir de ce qui s’était passé ou allait arriver. Par exemple les allers-retours entre Paris et Londres : de Gaulle en a fait de multiples et Churchill lui aussi est venu en France, ce qui a d’ailleurs rendu possible le lien entre eux. Alors nous n’avons pas pu tout montrer mais quand nous le faisons il fallait absolument savoir à quel moment de leur relation nous en étions…

Parlons de votre partenaire principale dans le film : Isabelle Carré… Vous formez à l’écran un couple solide et crédible alors que vos personnages sont séparés durant une bonne partie de l’histoire.

Isabelle et moi nous connaissions depuis le tournage du film « Cœurs » d’Alain Resnais, dans lequel nous étions amoureux l’un de l’autre. Nous avions donc déjà vécu ce sentiment au cinéma… Alors je sais que les acteurs utilisent souvent l’expression « c’est une Rolls » mais avec elle c’est vrai ! Isabelle a une puissance émotionnelle immédiate. On répète une scène de retrouvailles ou d’adieu et dans l’instant, d’un regard elle vous balance une décharge électrique. Tout est facile avec elle car on ne joue pas : elle est juste, investie, vraie… Isabelle a apporté quelque chose de fondamental pour le rôle d’Yvonne : une bonté de Sainte quasiment ! Cette femme était une sorte de Mère Courage qui a traversé l’épreuve de la débâcle avec ses enfants, dont une petite fille trisomique. Or, nous avons tourné avec une vraie petite trisomique et c’est très compliqué. Moi je n’y ai pas beaucoup été confronté mais Isabelle était en première ligne et c’est un saut dans l’inconnu permanent, même si les parents de cette enfant étaient bien entendu présents sur le plateau. Isabelle a été d’une douceur incroyable. Elle a cet instinct de la mère de famille, étant très maternelle dans la vie. Croyez-moi, certaines actrices peuvent le jouer mais ne le sont pas du tout en réalité ! C’est une femme qui me fascine dans sa profondeur des rapports humains, l’attention sincère qu’elle porte aux autres… Et je dois dire qu’au départ, j’avais imaginé quelqu’un de très différent pour jouer le rôle. Une actrice sans doute moins blonde ! Je voyais Yvonne comme une sorte de petit pruneau sombre mais j’ai été convaincu à la minute où j’ai vu Isabelle maquillée et perruquée… Je trouve qu’elle est formidable aux côtés de Catherine Mouchet qui joue la gouvernante de la famille et de Sophie Quinton qui interprète sa sœur. Enfin, Isabelle est quelqu’un d’extrêmement discret. Jamais elle n’empiète sur votre liberté…

Incarner un personnage aussi fort que Charles de Gaulle est rare dans la carrière d’un acteur mais vous êtes un habitué de la chose après l’Abbé Pierre et le Commandant Cousteau !

Je n’y pense pas trop mais je me dis aussi qu’il ne faudrait pas que ça devienne une habitude et donc ridicule ! Je contrebalance cela avec des rôles très différents, du théâtre comme « Le misanthrope » ou de la musique sur scène avec mon spectacle sur Kurt Weill… Mais j’ai incarné d’autres personnages ayant existé, même s’ils étaient moins connus du public, comme le Père Christian dans « Des hommes et des dieux ». Pour de Gaulle, ce qui m’a fait rire et qui me ramène pour finir à mon père, c’est qu’il avait la sensation d’être un fils d’immigré irlandais dont le nom, Wilson, sonnait bizarrement auprès de mes camarades quand j’étais enfant. Cette impression de ne pas être vraiment français… Et que l’arrière-petit-fils de ces immigrés irlandais incarne le général de Gaulle m’amuse beaucoup ! Je me souviens d’ailleurs que mon père, fraichement nommé à la tête du Théâtre National Populaire, avait été invité à l’Elysée et convié auprès de de Gaulle pour un aparté. Ils étaient tous les deux assez grands et le général a demandé à mon père de rester un peu à ses côtés en lui disant : « ça me fait du bien : ils sont si petits… » ça veut dire tellement de chose !

Entretien avec : Isabelle Carré

Nous avons toutes et tous l’image d’Yvonne de Gaulle apparaissant dans l’ombre de son mari en photo ou à la télévision. Soupçonniez-vous que derrière la caricature de « Tante Yvonne » se cachait une femme aussi passionnée et vivante ?

Non pas du tout et c’est d’ailleurs ce qui était très intéressant quand Gabriel m’a proposé ce scénario écrit avec Valérie Ranson-Enguiale. J’avais moi aussi en tête l’image d’une femme un peu « popote », désuète, dans ses casseroles ! Mais justement, cette discrétion m’intriguait et j’avais très envie de creuser derrière tout cela… J’ai donc regardé des documentaires, des reportages, (même s’il existe très peu de choses), qui déjà montraient que cette apparence effacée ne lui correspondait mais qu’Yvonne n’avait rien fait pour la contredire. Je crois que cela l’arrangeait et lui permettait de se cacher derrière pour avoir les mains libres et être complètement elle-même…Yvonne de Gaulle a même utilisé la presse et les premières photos « people » de l’époque, (dès leur séjour à Londres en fait car Churchill ne le trouvait pas assez « visibles » !), pour se dévoiler en femme très sage en train de coudre derrière Charles ! Je trouve que c’est au final assez malin. Je comprends totalement ce retrait volontaire et la liberté qu’elle en a tirée…

Au-delà de ces quelques images dont vous parlez et du scénario du film, comment avez-vous travaillé ce personnage si méconnu et l’avez-vous laissé venir à vous ? La transformation physique vous a aidée ?

Il est vrai que porter une perruque m’a beaucoup aidée mais ça m’allait bien de ne pas trop disparaitre derrière le maquillage, dans une sorte d’imitation. Je ne suis pas très forte à ce jeu-là ! On a très peu entendu la voix d’Yvonne de Gaulle par exemple donc tout était à inventer… En revanche, je savais que c’était une femme d’engagement, notamment auprès des enfants trisomiques puisqu’elle a créé un établissement spécialisé pour les jeunes filles atteintes de ce syndrome. On a des lettres écrites de sa main évoquant jusqu’à l’approvisionnement en bois de chauffage ! En dehors de donner de l’argent et son temps, elle était donc partie prenante de cette cause… Yvonne et Charles de Gaulle ont été dévastés à la mort d’Anne, leur fille, en 1948. C’est toute l’intelligence du scénario d’avoir montré combien cette enfant avait été le socle de leur couple et le moteur de leur désir de se battre…

Vous avez un grand nombre de scènes avec ce personnage d’Anne de Gaulle et vous avez donc joué avec une jeune actrice trisomique, Clémence : de quelle manière cela s’est-il passé ?

Cette collaboration était aussi une des raisons de mon désir de faire ce film. C’est pour moi tout l’enjeu de ce métier de comédienne : le plaisir des mots, (notamment au théâtre), mais aussi de pouvoir entrer dans des mondes qui me sont fermés dans la vie courante… C’était le cas avec Jean-Pierre Améris dans le téléfilm « Maman est folle » durant lequel j’ai pu découvrir la jungle de Calais et rencontrer des migrants, parler avec eux. C’est le cas aussi pour « Marie Heurtin » le nouveau film de Jean-Pierre où j’ai pratiqué la langue des signes. Je me souviens également de « Holy Lola » de Bertrand Tavernier et de cette plongée dans les orphelinats du Cambodge… Se confronter à ces univers inconnus c’est aussi avoir accès à du vécu, des témoignages précieux, intimes, profonds. C’est ce que j’ai pu ressentir avec Clémence et ses parents qui étaient très présents à ses côtés sur le tournage : ils nous ont transmis leur expérience, leur vie au quotidien, la manière dont ils avaient découvert la trisomie de leur enfant et comment cela avait évolué en eux… C’était passionnant.

J’imagine qu’en tant que comédienne, jouer avec une partenaire trisomique, implique comme un saut dans l’inconnu à chaque prise…

Complètement : en fait nous ne pouvions jamais rien prévoir. Nous pouvions nous de notre côté répéter un peu, parler des plans, du découpage mais Clémence remettait tout en cause dès que nous tournions ! Un jour elle pouvait trouver sa place dans le périmètre qui avait été défini et le lendemain refuser de s’y soumettre, ne pas avoir envie de s’assoir ou d’être là tout simplement… Même chose avec le texte : il n’est quasiment jamais arrivé que les mots du scénario soient effectivement prononcés dans nos échanges. Nous devions trouver le moyen de l’y amener par un chemin détourné, des improvisations, des jeux. Sa maman a en cela été très précieuse car Clémence en fait n’a aucune conscience du temps : elle disait toujours « et après ? » comme pour exorciser une angoisse. Nous devions alors la rassurer à chaque fois et faire en sorte que les choses aillent vite pour qu’elle ne se sente pas oppressée…

C’est aussi ce qui rend le film passionnant : il y a d’un côté cette partie très intime de la vie familiale du couple de Gaulle et de l’autre la construction du destin de cet homme. Or il est constamment dans l’obsession de savoir où se trouve sa famille…

Oui le film montre combien les répercussions des décisions politiques sur l’intime peuvent être importantes. On le voit dans les scènes où toutes ces familles tentent de trouver un chemin sur la route, parfois à pied ou en charrette, au milieu de la débâcle… Des gens haut-placés prennent une décision dans un bureau et les conséquences peuvent toucher des millions de gens : on le voit aujourd’hui avec les migrants… Ça peut tous nous toucher : la politique n’est pas une entité abstraite, elle impacte nos vies. La famille de Gaulle en juin 40 n’a pas d’autre choix elle aussi que de prendre la route et de se retrouver sur un bateau, sans savoir où il va arriver. C’est là où l’intuition d’Yvonne est extraordinaire car Charles n’aurait sans doute pas eu les mains libres pour accomplir ce destin dont vous parlez si elle et les enfants étaient restés en France. Imaginez qu’ils soient tombés aux mains des allemands… Elle a compris à ce moment que son mari avait un rôle déterminant à jouer dans cette guerre et qu’elle devait partir. L’Algérie était la destination initiale mais par hasard elle et ses enfants ont embarqué sur un navire vers l’Angleterre et tout le monde a pu se retrouver à Londres… J’aimais énormément cet aspect du scénario : en lisant les livres d’Histoire on a l’impression que toute cette épopée a été minutieusement construite alors que la réalité nous montre exactement le contraire !

Avec un sentiment passionnel que l’on ne soupçonnait pas : « De Gaulle » montre un couple véritablement fusionnel…

Oui parce qu’Yvonne et Charles sont devenus des figures historiques un peu désincarnées. La force du scénario de Gabriel et Valérie c’est de leur rendre leur chair, leur corps et leurs sentiments… Et ils n’en manquaient pas : la 1ère chose qu’a dit Yvonne en voyant Charles c’est « ce sera lui ou personne d’autre » ! Dans cette fuite vers Londres en juin 40, même quand ils ne savaient pas où était l’autre, ils s’écrivaient énormément en jetant ces lettres comme des bouteilles à la mer… Je crois que si de Gaulle a eu cette audace, cette conviction et cette force de dire « non », quitte à tout remettre en question y compris sa vie et sa carrière, c’est aussi parce que sa femme l’a encouragé à le faire…

Charles de Gaulle à l’écran c’est Lambert Wilson, partenaire que vous retrouvez des années après « Cœurs » le film d’Alain Resnais…

Tourner avec Resnais ne m’est arrivé qu’une fois alors que Lambert a eu la chance de faire plusieurs films. J’en garde un souvenir incroyable, celui d’une expérience différente et ça a créé un lien véritable avec Lambert… C’est assez unique et difficilement racontable ce qui se passait sur le plateau d’Alain Resnais et lorsque nous nous sommes retrouvés avec Lambert, nous avions déjà un passé en commun. Ça nous a été très utile pour incarner un couple comme celui-là… J’aime beaucoup sa sensibilité, son regard. On croise des partenaires acteurs qui sont là sans vraiment l’être parce qu’ils sont dans la construction de leur personnage : Lambert lui est totalement à vos côtés, en face de vous. Croyez-moi : ça vous porte ! Il est délicat, généreux… Bref je n’ai pas assez de mots pour vous dire le plaisir que j’ai eu à le retrouver une 2e fois et j’espère qu’il y en aura d’autres…

Un mot aussi de Catherine Mouchet et Sophie Quinton qui jouent respectivement Mlle Potel la gouvernante et Suzanne votre sœur dans le film : des partenaires avec qui vous avez de nombreuses scènes…

Sophie est une femme incroyablement humble et sincère. Je me suis beaucoup retrouvée dans sa timidité, son émotivité et j’avais vraiment l’impression de côtoyer ma sœur ! Je connaissais bien son travail d’actrice de cinéma et plusieurs personnes m’avaient déjà dit que nous avions une sorte de sororité à l’image. J’étais heureuse de pouvoir enfin incarner ce lien. J’aime beaucoup la manière dont Sophie conçoit son rôle de mère dans la vraie vie et comment elle gère tout cela vis-à-vis de son métier de comédienne. Pour résumer : j’aime tout chez elle ! Catherine Mouchet fonctionne totalement différemment : elle a besoin de construire minutieusement son personnage, de réfléchir énormément alors que Sophie et moi sommes plus sur la spontanéité. C’était donc fascinant de voir cette méthode très fouillée. Je me souviens qu’à un moment, lors de la scène où nous arrivons en Angleterre dans un hangar, Catherine avait besoin de savoir quelle était la météo à l’époque, si les personnages avaient eu froid pendant la traversée, s’ils avaient mangé. Là aussi c’était intéressant… Je voudrai aussi saluer Félix Back, le jeune comédien qui interprète Philippe de Gaulle que j’ai trouvé d’une grande élégance et d’une vraie sensibilité.

Et comment avez-vous regardé travailler votre réalisateur Gabriel le Bomin qui avait sur les épaules à la fois un film historique à grand spectacle et une histoire d’amour ?


Gabriel est quelqu’un de passionné par son sujet, qu’il connait par cœur, intimement. Alors sur son plateau il connait chaque détail de son histoire mais il reste également à l’écoute de ce qui se passe ou de ce que vous lui dîtes. C’était émouvant de voir la manière dont il appréhendait les scènes avec Clémence et moi. Lui qui aime tant préparer les choses se retrouvait soudain face à l’inconnu ! S’il a pu être fébrile face à une petite fille qui ne faisait jamais ce qu’on attendait d’elle, (et pouvait même quitter le plateau, avoir peur du feu dans les scènes de voitures incendiées pendant l’exode ou des figurants), Gabriel a été d’une incroyable patience mais aussi d’une grande détermination et il a fait preuve d’un respect constant sans jamais renoncer à rien. Il a porté son film avec beaucoup d’humanité…  

Source et copyright des textes des notes de production @ SND

  
#DeGaulle

vendredi 31 janvier 2020

THE GENTLEMEN


Policier/Action/Comédie/Un scénario soigné, une réalisation maîtrisée et un casting extra

Réalisé par Guy Ritchie
Avec Matthew McConaughey, Charlie Hunnam, Michelle Dockery, Jeremy Strong, Colin Farrell, Henry Golding, Hugh Grant, Lyne Renée...

Long-métrage Américain
Durée : 01h53mn
Année de production : 2020
Distributeur : SND

Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs

Date de sortie sur les écrans américains : 24 janvier 2020
Date de sortie sur nos écrans : 5 février 2020


Résumé : quand Mickey Pearson, baron de la drogue à Londres, laisse entendre qu’il pourrait se retirer du marché, il déclenche une guerre explosive : la capitale anglaise devient le théâtre de tous les chantages, complots, trahisons, corruptions et enlèvements… Dans cette jungle où l’on ne distingue plus ses alliés de ses ennemis, il n’y a de la place que pour un seul roi !

Bande-annonce (VOSTFR)


Extrait - Get Out (VOSTFR)


Extrait - Lion and Dragon (VOSTFR)


Ce que j'en ai pensé : le réalisateur Guy Ritchie nous propose une histoire sur une bande d'enfoirés, contrairement à la direction vers laquelle le titre du film THE GENTLEMEN semble pointer. 

Il a écrit le scénario avec Marn Davies et Ivan Atkinson. L'intrigue est bien menée et le travail approfondi sur les personnages est très appréciable. Guy Ritchie est super à l'aise pour offrir une construction originale à ce récit. Il s'amuse à mettre en scène une histoire dans l'histoire en faisant au passage un clin d'œil au cinéma en général. Dès le début, il pique notre curiosité au vif et nous entraîne dans une série de rebondissements qu'il ordonne de façon à toujours créé la surprise, tout en nous révélant que ce qu'il veut au moment où il veut. À l'image de son protagoniste central, c'est lui le boss et c'est à nous de suivre ce qu'il nous raconte. Il fait cela très bien. 

Les dialogues recèlent une belle dynamique et beaucoup d'humour. Il faut être attentif aux échanges entre les personnages. Ils sont souvent drôles par les métaphores qu'ils inclus et par leur volonté affichée de mettre en place un concours de testostérone. Il y a bien quelques affrontements physiques, mais c'est bien dans les duels verbaux que les enjeux se jouent. 

Le réalisateur manie tour à tour être la légèreté ou la montée en tension. Il sait très habilement nous mener par le bout du nez. Sa mise en scène est soignée, elle sert toujours le récit et quand il fait des divergences de style, c'est pour mieux mettre en avant les différences de personnalité de ses protagonistes. Il faut dire que ces derniers sont interprétés par d'excellents acteurs qu'on a un vrai plaisir à voir jouer.

Matthew McConaughey interprète Michael Pearson, un criminel expérimenté, qui n'est pas prêt à se laisser manger par ses concurrents. 


Le bras droit de Michael, Ray, est interprété par Charlie Hunnam, qui lui apporte une vraie individualité et on sent que, derrière la façade calme, se cache une efficacité qui lui fait mériter sa place.


Michelle Dockery interprète Rosalind, la femme de Michael et une vraie partenaire pour lui.



Jeremy Strong interprète Matthew, un gros bonnet qui voudrait faire affaire avec Michael. L'acteur est très convaincant dans ce rôle.



Colin Farrell interprète Coach. Il réussit à être à la fois amusant, humble et crédible dans ce rôle qu'il rend attachant.



Henry Golding interprète Dry Eye. Il représente une jeunesse ambitieuse.

Hugh Grant interprète Fletcher. Il est extra dans ce rôle de fouine drôle et décalé. L'acteur apporte vraiment la dimension qu'il fallait à ce protagoniste.


Quant à Eddie Marsan qui interprète Big Dave, il n'a pas son pareil pour jouer les pourritures pathétiques. Il est encore une fois parfait.


THE GENTLEMEN est à la fois intrigant et divertissant. Son scénario solide, la réalisation maîtrisée de Guy Ritchie et un casting aux petits oignons, en font un moment de cinéma bien agréable pour les spectateurs.







Copyright affiches et photos @ SND

NOTES DE PRODUCTION
(À ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

Avec THE GENTLEMEN, Guy Ritchie signe une comédie d'action particulièrement sophistiquée, interprétée par une pléiade de stars.

D'après Matthew McConaughey, un film de Guy Ritchie est un mélange de "dialogues bien sentis, de dynamisme, d'humour, de dextérité, d'énergie positive, et de défis constamment relevés. Chacun des personnages de ses films possède sa propre identité qu'on n'est pas près d'oublier. On a envie de les accompagner dans leurs aventures tout le temps du film et ils sont toujours captivants".

"Personne ne brosse l'atmosphère propre aux gangsters – cocktail de charme et de psychologie – mieux que Guy", ajoute le producteur Ivan Atkinson, également coauteur du scénario aux côtés de Ritchie et Marn Davies. "Ses personnages sont inoubliables et c'est formidable de vivre ce mélange d'action, d'humour et de délire !"

"Guy avait envie de revenir à ses origines pour ce projet et il a su réunir un casting extraordinaire", s'enthousiasme le producteur Bill Block. "J'ai envisagé ce film comme un hommage à ses débuts, même si les thèmes sont très actuels et que les personnages ont forcément évolué en vingt ans".

Ritchie a eu l'idée du film il y a près de dix ans. Si Atkinson et lui ont, à un moment donné, envisagé d'en faire une série, le réalisateur a fini par revenir à son projet initial : tourner un long métrage ambitieux. Il revient sur la genèse du film – intitulé au départ TOFF GUYS ("Les Rupins", NdT) qui, en argot britannique, désigne une personne issue d'un milieu aristocratique affichant un air de supériorité – et évoque les thèmes qui l'intéressaient : "J'avais envie d'orchestrer le télescopage entre le mode de vie de mes personnages et leur business. Ils sont parvenus à un âge où ils sont spontanément attirés par les belles choses et où ils se sont embourgeoisés, malgré leur activité qui les oblige à avoir les mains dans le cambouis. Au fond, ce sont des durs à cuire qui, à leur façon, ont su gravir les échelons de leur 'hiérarchie'. Désormais, ils sont pris en tenaille entre deux mondes, dont l'un est riche d'ambitions. Et le mode de vie qu'ils apprécient est à présent en total décalage avec le milieu qu'ils fréquentent".

Le titre THE GENTLEMEN fait allusion à leurs aspirations, mais comme le reconnaît Ritchie luimême : "Il n'y a pas beaucoup de gentlemen parmi eux".

LES COMÉDIENS

Réunir un casting de haut vol faisait partie intégrante du projet. Même après avoir bouclé le film, Ritchie n'en revient toujours pas : "Quand on termine un tournage, on a tendance à passer au suivant, mais lorsque j'ai découvert la bande-annonce de THE GENTLEMEN, je me suis souvenu qu'on avait un casting impressionnant et que c'était un heureux hasard si tous ces acteurs-là avaient pu être réunis", dit-il.

Pour que le projet soit le plus abouti possible, Ritchie a souhaité confier à la plupart de ses acteurs des rôles à contre-emploi. "À aucun moment, on ne se dit en voyant ces stars à l'écran qu'on les retrouve dans leur registre habituel", signale Block. "Ce qui ajoute à l'originalité de l'ensemble et aux rebondissements inattendus de l'intrigue. Les personnages de Guy sont marqués par leur univers et dans le monde du crime, il faut être vif, réactif et résistant – sans que cela se remarque".

Protagoniste du film, Mickey a pris goût à son mode de vie bourgeois si bien qu'il souhaite renoncer à son statut de baron de la drogue. Si le rôle était au départ conçu pour un acteur anglais, les auteurs se sont dit que le personnage serait plus riche et plus imprévisible s'il était américain. "Du coup, il s'agit d'un film se déroulant dans le milieu des gangsters anglais autour d'un Américain vivant à Londres qui tente de revendre son empire à un autre Américain, Matthew (Jeremy Strong)", précise Atkinson.

Dès qu'il a lu le scénario, Matthew McConaughey s'est engagé dans le projet et forgé une certaine idée de son personnage : "Mickey est un Américain qui vend l'Angleterre aux Anglais", remarque avec humour l'acteur oscarisé. "On le sait bien : parfois, on a besoin d'avoir le point de vue romantique d'une personne extérieure pour redécouvrir notre environnement familier – et c'est exactement la démarche de Mickey. Il s'est installé à Londres il y a vingt ans, il a fait ses études à Oxford et fraye désormais dans les milieux huppés – parmi la haute. Il a commencé à mettre en place des fermes à cannabis en partant du principe qu'il existe des milliers de propriétés au Royaume-Uni et qu'il pourrait les louer pour un million de Livres par an – et qu'il pourrait les utiliser comme couvertures pour ses fermes à cannabis. Les associés aristos de Mickey n'avaient rien à faire : il avait juste besoin de leurs terres et, de leur côté, ils n'avaient même pas à se préoccuper de ce qui se passait. L'activité de Mickey a prospéré et a fini par devenir un véritable empire".

"C'est vrai : parfois, les Anglais eux-mêmes ne distinguent plus les subtilités de la culture anglaise", remarque Atkinson. "Du coup, quand un Américain débarque dans cet univers avec un œil neuf, c'est un avantage non négligeable".

Mais la réussite de Mickey le pousse à envisager un mode de vie plus avantageux encore : la retraite ! "Il est prêt à revendre son empire pour 400 millions de dollars", poursuit McConaughey. "Il veut en finir avec cette vie-là pour plusieurs raisons, mais surtout parce qu'il en a gagné le droit. Mickey a envie de fonder une famille avec sa femme et de faire de longues balades dans la campagne. Son prix de vente est raisonnable mais ça ne va pas être simple pour lui de raccrocher".

L'industrie du cannabis fascine Ritchie. "C'est sans doute le nouvel eldorado", signale-t-il. "C'est un produit reconnu pour être relativement inoffensif".

D'après Atkinson, l'idée que deux Américains – Mickey et Matthew – dirigent un empire du cannabis au Royaume-Uni est née de l'ambiguïté de la législation américaine à l'égard de cette substance. "On peut en consommer légalement dans certains États, mais la loi fédérale le proscrit", explique-t-il. "En s'installant au Royaume-Uni, nos protagonistes n'ont plus à se soucier de cet imbroglio juridique ou à craindre de se faire avoir par le puissant lobby pharmaceutique. Ils savent exactement à quoi s'en tenir et n'ont pas besoin de se cacher".

Alors qu'il met au point sa stratégie de départ à la "retraite", Mickey s'appuie sur son fidèle conseiller, Ray (Charlie Hunnam), qui connaît parfaitement la loi de la rue. "Ray est un peu comme Alfred, le majordome de Batman – à ceci près qu'il est nerveux, bourré de TOC, et qu'il souffre parfois de troubles psychotiques", déclare le comédien qui a déjà tourné pour Ritchie dans LE ROI ARTHUR : LA LÉGENDE D’EXCALIBUR. "Ray n'est pas un banal gangster : il est obsédé par les détails et très investi dans la réussite de Mickey. Il a beaucoup de mal à accepter l'idée que son patron veuille renoncer à cet empire qu'il a contribué à bâtir pendant si longtemps. Mais il respecte la hiérarchie – et c'est son patron qui décide".

Hunnam revient sur les qualités peu communes de Ray : "Avec Guy, on voulait que Ray ait quelques manies, ou qu'il souffre de certains troubles – des TOC, par exemple – qu'il n'a jamais réglés. Il est obnubilé par l'organisation et l'ordre".

Son goût pour l'ordre lui est fort utile dans ses rapports avec Fletcher, détective privé sans scrupules engagé par un journal à scandales. En effet, Mickey a autrefois snobé le rédacteur en chef du tabloïd Big Dave (Eddie Marsan), particulièrement offensif, et celui-ci entend se venger en déterrant une affaire susceptible de ternir la réputation du magnat de la drogue. En possession d'une information, pense-t-il, extrêmement compromettante pour Mickey, Fletcher débarque chez Ray et lui balance une histoire sur un ton tonitruant qui semble lui donner un véritable ascendant sur le roi du cannabis et son acolyte. "Les échanges entre Ray et Fletcher se poursuivent tout au long du film et c'est un dispositif que Guy utilise avec beaucoup d'efficacité", commente Hunnam. "Il entrecoupe nos dialogues avec l'intrigue qui se déroule en temps réel".

Hugh Grant campe cet enquêteur véreux qui, remarque-t-il, "est prêt à travailler pour n'importe qui, mais en l'espèce, il travaille pour le patron d'un tabloïd totalement trash. Il est engagé par le rédacteur en chef pour dégoter une affaire pouvant salir cet important baron de la drogue interprété par Matthew McConaughey. Et Fletcher, qui est une sacrée canaille, n'hésite pas à doubler les uns et les autres".

"Dans son domaine, il s'y prend plutôt bien", poursuit Grant. "Fletcher fouille les poubelles de Mickey, le prend en filature, met ses téléphones sur écoute et réunit tout un dossier sur lui. C'est alors que Fletcher se dit qu'il pourrait se faire encore plus d'argent en revendant ces infos à ces gangsters qui, de leur côté, s'éviteraient un scandale dans la presse".

Malheureusement pour lui, ceux qu'il tente de faire chanter ne se laissent pas facilement intimider…

Moins raffiné, mais plus intègre, Coach est entraîneur de boxe et s'occupe de jeunes gens issus d'un milieu défavorisé. "C'est un dur à cuire qui a pris ses distances avec les milieux les plus violents de la pègre et qui cherche désormais à venir en aide à ceux qui ont vécu la même enfance que lui", indique le réalisateur. "Coach sait valoriser les efforts des jeunes qui cherchent à échapper aux sirènes de ce monde. C'est un type charismatique qui tend la main à des garçons en difficulté et qui leur montre qu'il existe un mode de vie plus enviable et plus stable".

"Son but est de permettre aux jeunes du quartier d'apprendre à se discipliner et à acquérir une certaine rigueur", ajoute Colin Farrell qui campe le rôle.

Mais il est difficile de forcer sa nature et les garçons dont s'occupe Coach s'attirent les pires ennuis en décidant de voler l'une des fermes à cannabis de Mickey. Pire encore : ils filment leur larcin et postent la vidéo sur les réseaux sociaux. "C'est un vol lucratif qu'ils n'auraient jamais dû commettre", reprend Farrell. "Ils ne sont pas très malins de le poster sur le web".

Coach décide de s'accuser à leur place : il va voir Ray et lui propose de le dédommager pour le vol des garçons. "Il est prêt à faire tout ce qu'il faut jusqu'à ce que cette dette soit entièrement effacée", ajoute le comédien.

Mais la proposition de Coach a ses limites. "Après avoir bossé pour Ray, Coach lui dit qu'il n'est pas non plus une vache à lait", note Farrell. "À un moment donné, il faut que ça s'arrête".

"Ce n'est pas une chose évidente à dire à Ray car dès lors qu'un gangster vous a dans le collimateur, c'est très difficile de s'en dépêtrer", signale Atkinson.

Dépourvu de toute valeur morale, Dry Eye est un ambitieux caïd asiatique, interprété par Henry Golding. "C'est un jeune chef de gang, particulièrement agressif, qui cherche à faire ses preuves en voulant s'emparer de l'empire de Mickey à un prix ridicule", indique Golding. "En raison de son jeune âge et de son inexpérience, Dry Eye est imprévisible et ne réfléchit pas comme il le devrait. Il a des crises d'agressivité et il tyrannise les gens dans son propre milieu, mais quand il se retrouve dans la cour des grands, il est conscient qu'il lui manque quelque chose qu'il tente de surcompenser par ailleurs".

Membre important de cette "cour des grands", Matthew est un caïd américain interprété par Jeremy Strong (SUCCESSION). Matthew s'intéresse à l'empire de Mickey et les deux hommes sont à deux doigts de parvenir à un accord – lorsqu'on apprend que le premier cherche secrètement à manipuler le second et donc à faire capoter leur accord.

"Matthew est un milliardaire érudit et cultivé et le digne adversaire de Mickey", poursuit-il. "Le plus grand défi artistique pour moi a consisté à imaginer un personnage qui corresponde au style cinématographique de Guy Ritchie et qui soit aussi inoubliable que toutes les canailles peuplant ses films. Il fallait qu'il soit redoutablement rusé. Matthew et lui sont deux adversaires, même si mon personnage se présente au départ comme un ami. Il n'a pas l'intention de payer le prix que réclame Mickey, si bien qu'il manigance pour faire baisser le prix et cherche à tendre un piège à son rival en nouant quelques alliances inattendues".

Mais ces manœuvres finissent par provoquer des événements que même Matthew n'aurait pu prévoir. "Ni Matthew, ni ses nouveaux complices ne se retrouvent là où ils pensaient échouer – mais c'est en tout cas ce qu'ils méritent", précise Atkinson.

Ritchie et Atkinson savaient que Strong s'imposait dans le rôle : "On avait vu Jeremy dans THE BIG SHORT – LE CASSE DU SIÈCLE et avions été impressionnés par l'assurance et la détermination qu'il affichait – et on s'est dit que ces traits de caractère correspondaient bien à Matthew", ajoute le producteur.

Marqué par la méthode de l'Actors Studio, Strong est resté habité par son personnage tout au long du tournage, mais lorsque, en de très rares occasions, il redevenait lui-même, il surprenait même ceux qui travaillaient avec lui depuis un bon moment. "Pendant quatre semaines, Jeremy était en permanence dans la peau de Matthew jusqu'à ce qu'un jour, il vienne voir Guy dans sa caravane … sous sa propre identité. Ce n'était plus du tout la même personne que celle à laquelle on s'était habitués … et on a failli le virer de là parce que, au départ, on ne l'a pas reconnu !", se remémore Atkinson.

Si, dans THE GENTLEMEN, les caïds et les voyous sont légion, il s'agit avant tout, comme le précise le réalisateur, "d'une histoire d'amour. La femme de Mickey, Rosalind (Michelle Dockery), est la matriarche de l'empire de son mari. Et la matriarche prend certainement l'avantage sur le patriarche. Si Mickey est une sorte de César yankee, Rosalind est une Cléopâtre des quartiers populaires de Londres. C'est une battante qui se révèle tout à fait charmante. Elle conseille intelligemment Mickey. On peut sans doute affirmer que c'est grâce à elle que l'activité de Mickey se porte aussi bien".

Atkinson acquiesce, remarquant au passage que si l'on est particulièrement attentif, on constate que Rosalind est "aussi coriace que les mecs. Elle ne recule devant rien. On comprend que Rosalind est aux commandes et que c'est elle, en réalité, qui mène la danse".

Bien que le personnage joue un rôle déterminant dans le déroulement de l'intrigue et ses rebondissements, la production n'avait pas encore déniché l'actrice deux semaines avant le début du tournage. Par chance, Ritchie était un grand admirateur de DOWNTON ABBEY et s'est dit que Michelle Dockery, alias Lady Mary dans la série, serait formidable dans le rôle de Rosalind. Mais, comme le note Atkinson, les producteurs craignaient que la comédienne soit trop BCBG pour ce personnage de dure à cuire. Il signale : "Guy a rencontré Michelle quelques jours avant la première scène avec Rosalind et on a tout de suite compris qu'elle n'était pas BCGB du tout ! Michelle correspondait exactement à ce qu'on recherchait".

Comme on peut s'en douter, Rosalind est assez indépendante. Elle gère sa propre entreprise – un garage – qui marche bien. "Elle vient d'une famille fortunée même si ses parents sont autodidactes", remarque la comédienne. "À l'adolescence, Rosalind était habituée à vivre dans le confort et à porter de jolies fringues. Elle n'hésite pas à le faire savoir".

McConaughey estime que Rosalind, tout comme Ray, sert de conseillère à Mickey. "Elle a une vision d'ensemble des choses et elle repère les obstacles qui l'attendent", dit-il. "Rosalind a bien réussi et dirige sa propre boîte, si bien que leurs rapports sont assez rock n'roll. Elle est la première – et la dernière – personne avec qui il fait le point régulièrement".

Michelle Dockery était heureuse de camper un rôle inédit pour elle. "C'est un personnage plus proche de moi", ajoute-t-elle. "J'ai souvent joué des femmes de la très bonne société qui s'expriment bien, à l'image de Lady Mary. Du coup, quand on m'a proposé ce rôle, j'étais enchantée".

L'UNIVERS DE GUY RITCHIE

Si les comédiens étaient séduits par le projet, c'était notamment parce qu'ils avaient envie d'intégrer l'univers de Guy Ritchie, réputé pour son imagination et son point de vue poétique sur les dialogues et les scènes d'action frénétiques.

Pour Jeremy Strong, l'esprit d'équipe du cinéaste était un autre atout. "La langue de Guy est poétique", dit-il. "Elle possède la musicalité et la précision d'une pièce de théâtre. J'avais le sentiment de jouer du Oscar Wilde ou du Noël Coward. Cette langue a quelque chose de sophistiqué et de théâtral. Dès qu'on découvre cette tonalité, c'est libérateur et jubilatoire. On a passé tous les jours une heure ou deux à réécrire les dialogues, ce qui fait partie de la technique de Guy. Il m'a encouragé à aller vers la théâtralité et une certaine forme d'excentricité par rapport au texte. C'était une franche découverte".

"Guy est un auteur dans le sens où chaque élément de la mise en scène doit passer par son filtre – et il a un point de vue très spécifique", relate Hunnam. "Son regard est à la fois pur, singulier et précis. On ne peut que s'y abandonner".

Farrell ajoute : "Ses films possèdent une musicalité qui me fait penser au jazz. Les échanges entre les personnages évoquent une partie de ping-pong qui fait retentir plusieurs notes en même temps".

"Il y a pas mal de longs monologues dans le film et j'ai passé plusieurs mois à mémoriser ceux de Fletcher", se souvient Grant. "Je suis parti au ski avec mes enfants, mais je n'ai pas skié parce que j'ai passé toutes mes journées à marcher en apprenant mon texte. Les dialogues de Guy sont consistants et courageux. Le plus difficile, c'était de rendre le texte vivant et de me l'approprier – et j'ai adoré ça".

Ritchie n'a jamais cessé de retravailler le scénario, réécrivant souvent une scène le jour de son tournage. Une démarche qu'il adopte sur tous ses films. McConaughey a été impressionné par l'exigence de justesse du cinéaste et par le cheminement qu'elle supposait. "Je n'ai jamais eu autant d'échanges avec un réalisateur", dit-il. "Il s'anime et s'enflamme en retravaillant sans cesse le script. Ses dialogues sont merveilleux et ne ressemblent à aucun autre projet sur lequel j'ai travaillé".

"On est prêt à affronter chaque journée de tournage, mais tout peut changer si bien qu'il faut s'y préparer et c'est extrêmement gratifiant", remarque Michelle Dockery. "C'est un vrai travail d'équipe. Guy est très favorable aux propositions et décèle toujours l'humour partout. Son cinéma dégage une énergie, un mordant et même une poésie incroyables. Le rythme de son écriture est assez musical".

D'après Hunnam, le réalisateur et lui se sont rendus dans une boutique de vêtements pour hommes à Londres où "ils ont passé trois ou quatre heures à dévaliser les rayons. J'ai trouvé dans ce magasin toutes les tenues de Ray". Il ajoute : "Guy a un vrai regard pour les costumes et il sait parfaitement ce que chacun doit porter dans ses films".

Golding acquiesce : "Guy a une idée très précise du style vestimentaire de ces personnages. Il a un goût formidable. Mickey porte de splendides tweeds sombres. Quant à Ray, on dirait qu'il sort d'une séance de photo pour GQ".

Par ailleurs, Ritchie organise des répétitions selon une méthode qu'il qualifie de "boîte noire". Évitant les traditionnelles séances de lecture où les comédiens lisent leur texte autour d'une grande table, le cinéaste et ses comédiens tournent l'ensemble des scènes du scénario, à la manière d'un reportage brut, sur une période de douze heures. "Ça nous permet d'avoir une idée très claire du film en réduisant trois mois de tournage à un après-midi !", indique Atkinson. "On a le film fini avant même de l'avoir tourné !"

"C'est comme une pièce en un acte", reprend McConaughey. "Guy recueille beaucoup d'informations importantes en filmant les acteurs en train de répéter. Ça lui permet de mieux cerner la dynamique du film".

Block précise : "Dès le départ, nous avions une confiance totale en Guy pour réaliser un film captivant qui témoigne d'un regard incomparable sur la comédie policière. Désormais, nous avons hâte que le public découvre le résultat".

Pour le cinéaste, ce projet était l'occasion de se pencher sur les rapports de classe au Royaume-Uni comme aux États-Unis, de réunir un casting extraordinaire et de revenir à son style si particulier – tout en ménageant des rebondissements ! "Je pense que les spectateurs vont vivre une aventure déjantée et captivante", conclut-il. "J'ai aussi pris du plaisir à faire se croiser les différents milieux sociaux – de la haute bourgeoisie aux voyous – et j'espère que le public y sera sensible, lui aussi".

Source et copyright des textes des notes de production @ SND

  
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