dimanche 25 novembre 2018

LES CONTES MERVEILLEUX PAR RAY HARRYHAUSEN


Fantastique/De merveilleux petits chefs d’œuvres et un travail incroyable de la part du grand maître des effets spéciaux Ray Harryhausen

LE PETIT CHAPERON ROUGE (Little Red Riding Hood) - 1949
HANSEL ET GRETEL (Hansel and Gretel) - 1951
RAIPONCE (Rapunzel) - 1951
LE ROI MIDAS (King Midas) - 1953
animation Ray HARRYHAUSEN
adaptation originale Charlotte KNIGHT
assistant Fred BLASAUF
costumes Martha RESKE
photographie Jerome WRAY
narrateurs (VF) Frédéric RUIZ et Marinella HAMM
produit et réalisé par Ray HARRYHAUSEN

LE LIÈVRE ET LA TORTUE (The Tortoise and the Hare) - 1952-2002
producteurs et animateurs Ray HARRYHAUSEN, Mark CABALLERO, Seamus WALSH
assistés de Richard JONES, Fred BLASAUF
costumes Martha RESKE
narrateurs (VF) Marinella HAMM et Frédéric RUIZ
réalisé par Ray HARRYHAUSEN

Films d'animation américains
Durée : 53 minutes
Distributeur : Carlotta Films

Date de sortie sur nos écrans : 28 novembre 2018


À propos des contes merveilleux : Grâce à un partenariat entre Carlotta Films et la Fondation Ray & Diana Harryhausen, les contes et fables de Ray Harryhausen sont visibles au cinéma pour la première fois en France. Découvrez cette œuvre majeure dans l’histoire de l’animation, réalisée par une légende du 7ème Art qui inspirera Star Wars, Le Seigneur des Anneaux, Harry Potter, Pirates des Caraïbes et Avatar.

Bande-annonce (VF)


Ce que j'en ai pensé : j'ai eu l'opportunité de pouvoir assister à la projection ces contes, réalisés entre 1949 et 2002, au festival Utopiales le dimanche 4 novembre 2018 et ce sont 53 minutes que je ne regrette pas. 

Dans la salle, les enfants étaient ravis et posaient plein de questions à leurs parents. Ils étaient étonnés par la technique de la stop-motion, par le déroulement de l'action, ils riaient ou s'exclamaient de surprise. Quant aux adultes, on pouvait voir de grands sourires sur leurs visages alors que les petits chefs d’œuvres de Ray Harryhausen, grand maître des effets spéciaux, se dévoilaient à l'écran. 

Certes, il s'est réapproprié les histoires originales, il les a simplifiées ou les a rendues plus positives, mais l'essentiel est plus que là. Et puis, quel plaisir de découvrir ce beau travail incroyable et délicat sur les personnages, les décors, les vêtements. Les expressions des marionnettes sont extras. Chaque histoire a une morale. La narration est claire et fluide. Le déroulement de l'action est à chaque fois précis et bien amené. Les scénarios incluent de l'humour, un peu d'angoisse, de la légèreté, de la joie, de la tristesse, des sentiments, de la méchanceté... 

Le charme désuet de ces contes mis en scène par Ray Harryhausen donne envie de les voir remis au goût du jour, ce qui tombe bien puisqu'ils sortent pour la toute première fois au cinéma en France. Ils sont éternels parce qu'ils parlent à notre âme d'enfant qui ne s'y trompe pas et c'est avec des yeux émerveillés qu'on découvre sur un grand écran l'admirable travail de Ray Harryhausen. C'est un bonheur dont il ne faut pas se priver. 

NOTES DE PRODUCTION

LE PETIT CHAPERON ROUGE

Se rendant chez sa grand-mère, une petite fille s’aventure en dehors du sentier pour cueillir un bouquet de fleurs. Elle y rencontre un loup, qui est moins aimable qu’il n’en a l’air...



Tourné en 1949, ce film est le premier de Ray Harryhausen à être tourné avec du matériel professionnel, notamment de la pellicule 35 mm. Il marque aussi une évolution notable dans le type de narration par rapport à ses précédents courts-métrages, en employant une voix-off.

HANSEL ET GRETEL

Pour aider leur père, un bûcheron ruiné, deux enfants décident de chercher de la nourriture en forêt. Après s’être égarés, ils découvrent une maison en pain d’épices, en fait le repaire d’une sorcière qui rêve de les dévorer...



Tourné en 1951, Hansel et Gretel est une adaptation libre du conte des frères Grimm. Il comporte certains éléments inquiétants (la sorcière qui veut faire cuire l’un des deux enfants, la jeune fille qui la pousse dans le four) mais atténue le rôle des parents. Les enfants ne sont ainsi plus abandonnés en forêt mais s’y rendent spontanément. D’un point de vue artistique, on remarque une évolution dans la manière dont Ray Harryhausen gère les mouvements de caméra et les effets visuels (notamment l’apparition de la maison en pain d’épices dans la clairière).

RAIPONCE

Pour se venger d’un couple de voleurs, une sorcière kidnappe leur fille et l’enferme au sommet d’une tour. Les années passant, ses cheveux blonds atteignent une longueur hors du commun. Un jour, un Prince Charmant qui se baladait près de là découvre l’existence de la jeune demoiselle...



Cette adaptation partielle d’un conte des frères Grimm résume les origines de la jeune fille aux cheveux longs en quelques mots seulement. Lorsque le film commence, Raiponce est déjà enfermée dans sa tour. Le reste de l’histoire est toutefois très fidèle. Le fait de raconter une histoire d’amour inspire à Harryhausen une animation très raffinée et élégante pour les deux personnages principaux, qui rompt avec les mouvements plus enfantins de Hansel et Gretel, ou avec les grands gestes de la grand-mère dans Le Petit Chaperon rouge.

LE ROI MIDAS

Un roi déjà très fortuné rêve de devenir l’homme le plus riche du monde. Un jour, un mauvais génie exauce son vœu le plus cher : tout ce qu’il touchera se transformera instantanément en or...



De tous les contes de Ray Harryhausen, Le Roi Midas est de loin celui qui contient la portée morale la plus évidente. La comparaison entre le roi avide d’or et sa fille qui sait se contenter de fleurs jaunes est frappante. Le « mauvais » génie, qui ressemble trait pour trait au vampire Nosferatu, est en réalité un personnage positif : son rôle est de faire comprendre à Midas sa folie. Techniquement, le film est une prouesse : les mouvements de caméra réalisés image par image sont d’une complexité éblouissante (voir le tout premier plan s’approchant du trône), et l’effet de transformation des objets en or a demandé un travail colossal à Harryhausen.

LE LIÈVRE ET LA TORTUE

Un lièvre arrogant et sournois se moque jour après jour d’une tortue. Un jour, cette dernière en a assez et décide de le défier à la course. Un renard qui passait par là propose d’arbitrer l’événement...


Copyright photos © 2004 RAY HARRYHAUSEN. Tous droits réservés.

Entamé en 1952, le tournage de ce film a finalement été suspendu par Ray Harryhausen lorsqu’il a commencé à travailler sur Le Monstre des temps perdus (1953). Cinquante ans plus tard, les animateurs Mark Caballero et Seamus Walsh ont proposé de terminer le film, en utilisant les marionnettes, costumes et décors d’origine. Le résultat est visuellement très proche des autres contes de Harryhausen, mais le ton est légèrement différent. Il ne s’agit plus d’un conte mais d’une fable, genre qui laisse plus de place à l’humour. Et si l’histoire se conclut par une morale tout droit sortie des écrits de La Fontaine, celle-ci est détournée par un gag visuel (le lièvre emporté par les ailes d’un moulin) que n’aurait pas renié un épisode de Tom et Jerry.

AVANT LES CONTES : MOTHER GOOSE STORIES

Durant la Seconde Guerre mondiale, Ray Harryhausen s’engage dans l’armée et participe à de nombreux documentaires, sous la supervision du Colonel (et grand réalisateur hollywoodien) Frank Capra. À la fin de la guerre, il parvient à récupérer des surplus de film 16 mm, et tourne dès 1946 une série de courtes fables, réunies dans l’anthologie Mother Goose Stories. La « Mère l’oye » du titre est un auteur imaginaire de contes pour enfants. Elle apparaît pour la première fois dans les écrits de Charles Perrault, à la fin du XVIIe siècle (lesquels seront traduits en anglais au début du XVIIIe siècle). Les « Mother Goose Stories » de Harryhausen posent les fondements esthétiques de ses contes à venir. Déjà, les récits sont muets : des cartons textuels se chargent de commenter l’action ou de faire parler certains personnages. Certains décors ressemblent à des brouillons de ceux du Petit Chaperon rouge, de Raiponce et de Hansel et Gretel. La conclusion de la collection est assez ironique : un projecteur de film 16 mm s’arrête, forçant Maman Oie et son amie la fée à dire au revoir à leurs jeunes spectateurs. Métaphoriquement, Maman Oie n’est autre que Ray Harryhausen lui-même !


LA STOP-MOTION : PRINCIPES DE BASE 

Les contes de Ray Harryhausen sont réalisés en « stop-motion ». La stop-motion est un procédé d’animation « en volume », inventé à la fin du XIXe siècle. Dans un dessin animé classique, il faut réaliser 24 dessins différents pour obtenir une seconde de film. Une seconde de stop-motion se compose quant à elle de 24 photographies successives, mettant en scène des marionnettes ou des objets en trois dimensions. Avant de prendre une nouvelle photographie, l’animateur doit bouger très légèrement son personnage, puis sortir du champ de la caméra.

L’enchaînement des images fixes donnera au final l’illusion du mouvement.


Les contes de Harryhausen sont réalisés à l’aide de marionnettes articulées, rappelant les pantins de Guignol (Ray a d’ailleurs fabriqué de nombreux pantins durant sa jeunesse, dans sa chambre). À l’intérieur de chaque marionnette de stop-motion, une armature en acier fait office de squelette. Cette armature comporte de nombreuses articulations, identiques à celles du corps humain : aux poignets, aux genoux, aux hanches, aux épaules, aux coudes, etc. Grâce à ces articulations, Harryhausen peut « poser » ses personnages, et modifier ces poses à chaque nouvelle prise de vue ; l’enchaînement des poses donnera l’illusion du mouvement. D’autres types de personnages existent dans le domaine de la stopmotion.

Les personnages de Wallace & Gromit ou Shaun le mouton, créés par le studio Aardman au Royaume-Uni, sont par exemple fabriqués en pâte à modeler. Appelée plasticine, cette matière est légèrement différente de la pâte à modeler grand public de type « Play-Doh », mais cette dernière est elle aussi utilisée par de nombreux amateurs de stop-motion. Faire appel à la pâte à modeler ou aux marionnettes « solides » dépend finalement de la volonté de l’animateur et du réalisateur. Chacune de ces approches offre une esthétique particulière, mais aussi des « défauts » bien spécifiques, qui ajoutent au charme de l’ensemble. Par exemple, il est courant d’apercevoir les empreintes digitales des animateurs sur une figurine en plasticine, tandis que la fourrure des personnages moulés en latex a tendance à frétiller à l’écran, révélant les allers et retours de l’animateur entre chaque image.

UNE ADAPTATION LIBRE DES CONTES 

Il existe des différences notables entre les contes d’origine et les versions de Ray Harryhausen, souvent pour des raisons d’autocensure. Il est possible que dans le contexte très anxiogène du début de la Guerre Froide, l’artiste ait voulu atténuer la noirceur des récits de Charles Perrault et des frères Grimm. Le procédé n’est toutefois pas nouveau : à la fin du XVIIe siècle, Perrault édulcorait certains contes, les versions précédentes étant bien plus violentes, pour ne pas dire sanglantes. Dans la version initiale du Petit Chaperon rouge, le loup dévore une partie de la grand-mère et garde quelques restes pour plus tard. Lorsque la petite-fille arrive dans la chaumière, le loup lui fait manger la chair et boire le sang de son aïeule. Si Perrault laisse l’horreur graphique de côté, il conclut son adaptation de façon impitoyable : après avoir avalé la grand-mère, le loup tend un piège au Petit Chaperon rouge et finit par le manger.

Point final. Les frères Grimm sont un peu plus optimistes : après que le loup a mangé la grand-mère et la petite fille, un chasseur vient ouvrir le ventre de la bête pour les sauver. Dans Le Petit Chaperon rouge de Ray Harryhausen, le loup ne dévore plus la grand-mère, mais la chasse de sa propre maison. Cette dernière revient en compagnie d’un chasseur pour porter secours à sa petite-fille sans défense.

Textes d’Alexandre Poncet, 
coréalisateur du Complexe de Frankenstein et producteur de Ray Harryhausen : Le Titan des effets spéciaux

  
#LesContesMerveilleuxParRayHarryhausen

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