Comédie/Fantastique/Science fiction/Un ovni barré qui envoie des messages bien sentis
Réalisé par Boots Riley
Avec Lakeith Stanfield, Tessa Thompson, Armie Hammer, Omari Hardwick, Steven Yeun, Jermaine Fowler, Danny Glover, Tom Woodruff Jr., Forest Whitaker...
Long-métrage Américain
Durée : 01h45mn
Année de production : 2018
Distributeur : Universal Pictures International France
Interdit aux moins de 12 ans
Date de sortie sur les écrans américains : 13 juillet 2018
Date de sortie sur nos écrans : 30 janvier 2019
Résumé : Après avoir décroché un boulot de vendeur en télémarketing, Cassius Green bascule dans un univers macabre en découvrant une méthode magique pour gagner beaucoup d'argent. Tandis que sa carrière décolle, ses amis et collègues se mobilisent contre l'exploitation dont ils s'estiment victimes au sein de l'entreprise. Mais Cassius se laisse fasciner par son patron cocaïnomane qui lui propose un salaire au-delà de ses espérances les plus folles…
Bande annonce (VOSTFR)
Ce que j'en ai pensé : SORRY TO BOTHER YOU est un ovni bien décidé à envoyer des messages socio-politiques avec ironie. Il fait une critique acerbe des entreprises qui utilisent une main d'œuvre bon marché pour faire des boulots pas sympas, avec des rémunérations insuffisantes, sans redistribuer les profits, tout en en voulant toujours plus. On ne peut pas dire que cela ne parlera qu'au public américain.
Le réalisateur Boots Riley n'hésite pas à insuffler des éléments étranges à son film, nous laissant en permanence nous demander si ce que l'on regarde est bien réel ou le fruit de l'imagination du héros. Nous n'aurons pas de réponse sur ce décalage qui finalement rejoint une certaine réalité ou bien se joue des habitudes pour les revisiter. Cela peut décontenancer, mais c'est plutôt original. Il tire sans cesse notre curiosité vers le moment suivant parce qu'on se demande jusqu'où cela va aller et dans quelle direction. Le rythme souffre cependant un peu parfois des ellipses et des changements de ton.
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Le réalisateur de SORRY TO BOTHER YOU, Boots Riley |
Les acteurs sont très sympas. Lakeith Stanfield interprète Cassius Green. L'acteur ballade sa silhouette de grand maigrichon aux épaules rentrées, offrant à son personnage un air toujours un peu surpris de réussir et surtout pris dans l'étau de sa morale qui a du mal à suivre un compas intérieur qui se laisse berner par l'appel de la réussite au mépris des autres.
Tessa Thompson interprète Detroit, une artiste engagée aux boucles d'oreilles qui en disent long, sans vous en dévoiler plus.
On a le grand plaisir de retrouver Danny Glover dans le rôle de Langston, un travailleur énigmatique qui met Cassius sur la piste du succès.
Armie Hammer est convaincant dans le rôle de Steve Lift, un patron barré et sans scrupules qui se complet dans sa logique démagogique et arrive à s'auto-convaincre que sa bêtise est une vérité absolue.
Copyright photos @ Universal Pictures International France
SORRY TO BOTHER YOU n'est pas dénué de petites imperfections, mais il est aussi spécial dans le bon sens du terme et il a le mérite de démonter l'entrepreneuriat dénué de valeur sociale à coups de métaphores. C'est un film curieux qui s'adresse à ceux qui aime être embarqué dans des aventures inattendues sur fond de vérité actuelle. C'est une découverte qui ne s'excuse en fait pas de vous déranger et c'est tant mieux.
NOTES DE PRODUCTION
(À ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)
L’auteur et
réalisateur Boots Riley signe une comédie grinçante sur le monde du travail qui
raconte l’histoire d’un jeune salarié d’Oakland avide de réussite. Alors qu’il
gravit les échelons d’une entreprise de télémarketing, il découvre qu’une de
ses filiales fomente un sinistre complot qui menace la survie de l’humanité
tout entière.
SORRY
TO BOTHER YOU a reçu un accueil très favorable à Sundance
en 2018 et compte parmi les oeuvres les plus remarquées au festival South by
Southwest 2018. Le film était aussi le plus attendu du Festival du film de San
Francisco (avec des avant-premières programmées au Castro Theatre de San
Francisco et au Grand Lake Theatre d’Oakland) et du Festival international du
film de Seattle. C’était également le film d’ouverture du BAMcinemaFest 2018,
le festival organisé par la Brooklyn Acamedy of Music qui fête ses dix ans
cette année.
Dans le film,
Cassius Green (Lakeith Stanfield) s’engage dans un périple d’accomplissement
personnel et de découverte de soi. Un parcours qui le mène de la minuscule chambre
qu’il loue dans le garage de son oncle à Oakland aux bureaux élégants de l’imposante
entreprise où il devient vendeur et excelle à vendre des produits et des
services en contradiction totale avec ses propres valeurs. Chemin faisant, il
est amené à s’interroger sur sa place dans l’organigramme de l’entreprise et,
plus généralement, dans le monde.
“J’ai
mis ma vision du capitalisme dans ce film”, affirme Boots
Riley. “J’y donne mon point de vue sur le
système et ses conséquences sur les êtres humains. Je m’attache à montrer comment,
en tant qu’individus, nous sommes contraints à être toujours plus efficaces”.
Avec un souffle
militant qui reflète un air du temps résolument révolutionnaire, SORRY TO BOTHER YOU procure au spectateur une explosion d’énergie
tout droit venue des rues d’Oakland, la ville d’origine de Boots Riley, dont il
tire également sa palette artistique. On y découvre un groupe éclectique de
personnages issus de différents milieux socioprofessionnels, des décors et des
costumes inoubliables réalisés respectivement par Jason Kisvarday et Deirdra Govan,
ainsi qu’une bande originale mêlant des chansons de The Coup à des compositions
originales de Merrill Garbus et Nate Brenner de Tune-Yards.
“C’est
une histoire puissante dans laquelle chacun peut se reconnaître”,
déclare Lakeith Stanfield. “Cassius Green représente tous ceux qui
ont envie de progresser et de changer de vie pour eux-mêmes ou pour leur famille.
Au départ, gagner de l’argent lui procure un sentiment de liberté, car ça lui
donne la possibilité d’accomplir des choses qu’il n’a jamais faites auparavant.
Mais comme bien souvent, il est bientôt aveuglé par l’appât du gain et l’ambition
et il perd de vue ce qui compte le plus pour lui”.
Comme le précise Tessa Thompson, qui campe
Detroit, la petite amie de Cassius, une artiste militante qui enchaîne les petits
boulots pour joindre les deux bouts : “C’est une histoire unique en son genre,
menée par un ensemble de personnages jeunes et fauchés qui tentent de survivre
et restent persuadés qu’un avenir meilleur les attend au bout du chemin.
Certains d’entre eux se fédèrent, en se disant qu’ils peuvent conserver les
qualités qui les rendent uniques, sans avoir à se vendre. Ils découvrent qu’en
se mobilisant collectivement, ils peuvent surmonter toute pression extérieure
ou multinationale. C’est particulièrement exaltant à une époque où on voit la jeunesse
américaine s’opposer aux grandes entreprises et au gouvernement”.
APPELER
POUR PALPER
SORRY
TO BOTHER YOU est une comédie délirante et déjantée qui
raconte le combat d’un homme noir pour grimper dans la hiérarchie et atteindre
le sommet de son entreprise. Devenu un super-démarcheur téléphonique et un
employé modèle, il se rend compte qu’aucun succès ne peut contrebalancer le choc
lié à la découverte d’une corruption rampante dans les hautes sphères du
pouvoir.
Dans le film,
Cassius Green est un Monsieur tout-le-monde qui rêve d’une vie meilleure. Bien
qu’il soit très proche de sa petite amie Detroit, une agitatrice au grand cœur et
de son copain Sal (Jermaine Fowler), c’est l’argent et la reconnaissance
sociale que Cassius recherche quand il accepte un job de vendeur à RegalView,
une entreprise véreuse de télémarketing. Après un entretien concluant en dépit
de ses compétences limitées, Cassius décroche sans attendre son téléphone, bien
décidé à réussir dans ses nouvelles fonctions. “Cassius
est un homme qui a peu de moyens et essaye de s’en sortir à Oakland en raclant
les fonds de tiroir”, résume Lakeith Stanfield, que les
spectateurs connaissent pour ses prestations dans GET OUT, STATES OF GRACE et la série ATLANTA.
“Il a des ambitions mais il ignore comment les réaliser. Une
fois qu’il réussit dans son boulot de démarcheur téléphonique, il met en doute
son intégrité et ses ambitions”.
Après des débuts
difficiles, Langston (Danny Glover), collègue de Cassius, lui apprend que pour
briller au téléphone, il devra utiliser sa "voix d’homme blanc".
Cassius parvient à maîtriser cette technique – grâce à un ingénieux système de doublage
réalisé par David Cross, qui soutient le projet depuis le début – et devient un
super-démarcheur téléphonique grâce aux dizaines de contrats juteux qu’il décroche
et qui le propulsent au sommet quasiment du jour au lendemain. Lorsqu’il se
voit remettre les clés de l’ascenseur réservé aux cadres menant aux bureaux
douillets de l’étage supérieur, Cassius adopte le comportement des vendeurs
plus flambeurs. “Beaucoup de gens n’ont pas à se soucier
d’adopter une "voix de blanc", mais SORRY TO BOTHER YOU part de
ce postulat et l’utilise avec beaucoup d’humour”, remarque
Lakeith Stanfield. “Grâce à sa voix de blanc, Cassius
atteint le plus haut échelon auquel peut prétendre un employé de RegalView : il
a accès à un nouvel espace équipé de bureaux chics et d’immenses baies vitrées.
Le super-démarcheur téléphonique gagne davantage et avec un peu de chance, il peut
même rencontrer le PDG, Steve Lift”.
Tandis que
Cassius rencontre un succès dont il n’aurait jamais osé rêver, sa vie privée et
familiale commence à en pâtir. Sa petite amie Detroit, qui lui témoigne un
soutien sans faille, s’efforce de monter une exposition dans une galerie et
travaille au noir comme jongleur de panneaux, tout en menant en secret des campagnes
de rue pour le collectif de militants anticapitalistes Left Eye. Elle ne s’en
sort que grâce à son amour pour Cassius. Mais tandis que ce dernier monte en
grade au sein de Regal View, l’image idyllique qu’elle a de lui est ébranlée.
“Detroit est une artiste de performance
qui s’intéresse au militantisme”, explique Tessa Thompson, récemment vue à l’écran
dans THOR : RAGNAROK, CREED : L’HÉRITAGE DE ROCKY
BALBOA, WESTWORLD et DEAR WHITE PEOPLE. “Elle est amoureuse de Cassius, mais
elle a l’impression de le perdre quand elle constate qu’il est prêt à renoncer
à ses convictions dans l’espoir d’acquérir un statut social et de l’argent. C’est
une situation qu’elle juge inacceptable”.
“Cassius
est intimidé par Detroit”, ajoute Boots Riley. “Elle,
c’est une intellectuelle et une artiste, elle a sa propre façon de voir le
monde qu’il a l’impression de ne pas comprendre. Il l’admire à plus d’un titre,
mais il doute de sa propre valeur”. Lakeith Stanfield poursuit : “D’une
certaine façon, Detroit représente ce que Cassius n’arrive pas à être, car elle
est libre et insouciante. Elle le soutient et l’aide à prendre confiance en lui
et il devient dépendant d’elle. De son côté, elle sait au plus profond d’elle-même
que Cassius a un potentiel qu’il n’a pas encore exploité”.
Leur relation
est mise à l’épreuve quand Squeeze (Steven Yeun), un employé de RegalView,
fédère ses collègues pour exiger une augmentation de salaire et de meilleures conditions
de travail. Tandis que les employés se mettent en grève, Cassius est obligé de
franchir le piquet de grève pour poursuivre sa rapide ascension de vendeur d’exception.
Detroit, Sal et Squeeze perdent progressivement confiance en leur ami qui, de
son côté, tombe sous le charme de Steve Lift (Armie Hammer), le PDG de
RegalView et de son infâme filiale WorryFree.
“Steve
Lift est un homme étrange qu’on adore détester. Il a une façon bien à lui de
voir le monde et l’avenir du monde”, déclare Armie Hammer, dernièrement à l’affiche
du drame romantique de Luca Guadagnino CALL
ME BY YOUR NAME. “Le monde qu’il conçoit n’est pas
simplement un monde plus productif. C’est un monde à l’image de Steve Lift de
tous points de vue”.
Au cours d’une fête démentielle dans la
splendide demeure à flanc de colline de Steve Lift, Cassius se voit proposer un
revenu annuel de plusieurs millions et découvre par hasard la vérité qui se
cache au coeur de l’empire WorryFree. Il s’interroge alors sérieusement sur son
parcours personnel et professionnel et décide d’agir avant qu’il ne soit trop
tard.
LES DÉBUTS DU PROJET
Raymond “Boots”
Riley est né à Chicago, dans une famille de syndicalistes progressistes qui s’est
installée à Oakland quand le futur réalisateur avait six ans. La famille s’est
très vite intégrée au milieu socio-politique de la région de East Bay, marqué
par une forte solidarité. Son père était un avocat de renom qui a défendu les
Blacks Panthers. Sa grandmère dirigeait le Oakland Ensemble Theatre et son
oncle se produisait dans des one-man-shows. Boots Riley rejoint luimême le
Black Repertory Theater de Berkeley alors qu’il est lycéen. Dès ses quatorze
ans, il est syndiqué et milite au sein du Parti travailliste progressiste et du
Comité International contre le Racisme.
Tout comme
Cassius Green, Boots Riley multiplie les petits boulots dans sa jeunesse
(démarcheur téléphonique, prof de lycée, organisateur de soirées…) avant de
devenir un rappeur connu dans le monde entier. En 1991, il monte le groupe The Coup,
un collectif de hip-hop très politisé, connu pour son rap provocateur et plein
d’humour, abordant des sujets aussi divers que le capitalisme, la politique,
les violences policières, les relations interraciales et la lutte des classes.
Les rues d’Oakland, qui sont la référence culturelle exclusive de Boots Riley,
sont toujours en arrière-plan et font de lui le chantre de sa ville d’adoption.
“On
a tendance à qualifier ma musique de politique, mais en réalité elle est avant
tout personnelle”, insiste Boots Riley. “Je
parle des détails de la vie quotidienne, comme par exemple le fait d’essayer de
se rendre quelque part avec une voiture en panne. C’est quand on vit là où on a
grandi qu’on déniche ce genre d’histoires. Mais je ne m’intéresse pas seulement
aux grandes idées autour d’un sujet donné. Ce qui me fascine le plus, ce sont
les rapports entre les gens et les relations qu’ils entretiennent. C’est comme
ça qu’émergent mes idées sur la société dans son ensemble. Ma vision du monde a
été façonnée par mon enfance à Oakland”.
Pendant que
Boots Riley suit ses études de cinéma à la San Francisco State University, The
Coup se voit proposer un contrat d’enregistrement par la major Wild Pitch
Records/EMI. Persuadé qu’il n’arrivera pas à financer ses projets de films, Boots
Riley se concentre sur la musique et enregistre en 1993 le premier album du
groupe “Kill My Landlord”.
Au cours des
années 1990, le groupe sort une série d’albums, dont “Genocide & Juice”
(1994) et “Steal This Album” (1998). On y trouve des morceaux narratifs, comme “Me
& Jesus the Pimp in a ’79 Grenada Last Night”, évoquant en huit minutes le
parcours du fils d’une prostituée menant l’assassin de sa mère dans un endroit
reculé pour le tuer, ou “5 Million Ways to Kill a CEO” (5 millions de façons de
tuer un PDG), au titre évocateur. Le morceau “Ass-Breath Killers” parle quant à
lui de pilules magiques pour arrêter de faire de la lèche à son patron.
“The
Coup est connu pour son rap narratif, mais au bout d’un moment je n’avais plus
vraiment envie de faire de la musique. Je voulais m’atteler à un processus
créatif totalement personnel”, avoue Boots Riley. “Comme
ça fait vingt ans que je produis de la musique, j’ai une certaine vision des
choses. Je savais que j’avais envie de faire des films”.
En septembre
2001, The Coup sort l’album “Party Music”, présentant une illustration
controversée de l’explosion des Twin Towers qui a dû être modifiée par la
suite. Boots Riley imagine alors une chanson sur un démarcheur téléphonique qui
se retrouve à vendre des esclaves pour le compte d’une entreprise détestable.
Dix ans plus tard, il transpose ce postulat en film dans SORRY TO BOTHER YOU. Il a peu d’expérience en tant que
réalisateur, à l’exception de quelques clips et courts métrages documentaires,
mais il sait créer des story-boards et rédiger des présentations de clips
musicaux, ce qui lui permet de se lancer dans l’écriture d’un scénario.
Boots Riley
dévore tous les manuels d’écriture scénaristique pour bien en comprendre les
règles – dans le but de les enfreindre –, puis écrit un script qu’il a l’intention
de mettre sur Internet, ou peut-être de faire figurer sur la jaquette d’un futur
album de The Coup, afin que le grand public puisse en prendre connaissance. Dès
l’origine du projet, il a envie d’écrire une comédie sur le monde du travail,
où se mêlent ses idées personnelles et des détails concrets de sa vie à
Oakland. “Au bout de quelques pages, j’ai compris
que je devais mener ce projet comme j’ai toujours aimé mener mes productions artistiques
: sans aucune barrière”, affirme Boots Riley.
Quand il
rencontre un premier obstacle dans l’écriture du scénario, Boots Riley met au
point une bande-son pour l’accompagner. Il en tire un album inspiré de l’histoire
puis part en tournée pour faire rentrer un peu d’argent dans les caisses,
toujours convaincu que le projet ne verra jamais le jour. À l’automne 2014, il
croise par hasard Dave Eggers, romancier, scénariste et chroniqueur littéraire
de la région de San Francisco (“Le Cercle”, “Un Hologramme pour le Roi”, le scénario
de MAX ET LES MAXIMONSTRES),
à qui il demande de lire son scénario. Une semaine plus tard, Dave Eggers rappelle
Boots Riley et lui affirme que c’est un des meilleurs scénarios non produits qu’il
ait jamais lu. Dave Eggers accepte de le publier dans sa revue littéraire
McSweeney’s Quarterly Concern sous forme d’un livre de poche lu par 30 000
personnes.
Boots Riley se
met également à envoyer le scénario à ses contacts dans le milieu du cinéma,
notamment aux acteurs David Cross et Patton Oswalt qui affichent tous les deux leur
soutien. À la même époque, grâce aux deux décennies passées avec The Coup et à
la publication de son scénario dans la revue McSweeney’s, Boots Riley devient
artiste en résidence à la San Francisco Film Society. Peu après, il rejoint le
prestigieux Sundance Screenwriting Lab puis le Director’s Lab. Dix ans après
que l’idée du film ait germé dans l’esprit de Riley, SORRY TO BOTHER YOU est
projeté en compétition au Festival du Film de Sundance 2018.
“Dans la musique, le producteur est l’équivalent
du réalisateur, si bien que mon expérience de producteur musical a été
extrêmement précieuse dans ma façon d’appréhender la mise en scène”,
explique Boots Riley. “Le Director’s Lab de Sundance, où j’étais
entouré de conseillers extraordinaires, a aussi été une source inestimable de
connaissances pratiques dont je me suis servi sur le plateau quand j’ai enfin
commencé le tournage – sans même parler du fait que j’ai participé à des manifestations
et des rassemblements où il faut prendre des décisions sur le tas, tout en
étant la cible de gaz lacrymogènes et de balles en caoutchouc”.
RENCONTRE
AVEC LES PRODUCTEURS
Pendant sa
formation dans les Labs de Sundance, Boots Riley fait la connaissance de ses
futurs producteurs, Nina Yang Bongiovi de Significant Productions et Charles
King de Macro, des financeurs aguerris disposant d’une solide expérience en
matière de cinéma indépendant. Nina Yang Bongiovi et son associé Forest
Whitaker sont connus pour travailler avec des réalisateurs débutants comme Ryan
Coogler (FRUITVALE STATION)
et Chloe Zhao (LES CHANSONS QUE MES FRÈRES M’ONT APPRISES)
dont le deuxième long-métrage THE RIDER est un des films les plus plébiscités
de cette année. Charles King (FENCES, L’AFFAIRE
ROMAN J.) est le président-fondateur de Macro, une société de production
pour tous supports qui s’attache à donner la parole aux Noirs. Il était en
tournage de MUDBOUND sous la
direction de Dee Rees quand Nina Yang Bongiovi lui a soumis SORRY TO BOTHER YOU.
Le scénario
novateur de Boots Riley avait déjà attiré l’attention de Nina Yang Bongiovi,
grâce au soutien de la San Francisco Film Society et du Sundance Institute. “En
tant que productrice, je savais que ce serait un défi de faire ce film qui ne
ressemble à aucun autre”, reconnaît Nina Yang Bongiovi. “Mais
en même temps, il était à la fois dingue et brillant, au croisement entre le
réalisme magique, la science-fiction et le théâtre de l’absurde”.
Charles King
rencontre Boots Riley aux Labs de Sundance en 2015, alors qu’il est intervenant
dans l’un des programmes. “J’étais intrigué non seulement par son
scénario et sa façon de le défendre, mais aussi par Boots plus généralement”,
explique Charles King. “Son parcours personnel qui l’a fait passer
de musicien et rappeur à militant et réalisateur m’a donné très envie de
travailler avec lui”.
Au fil des
formations aux Sundance Labs (notamment au sein du Director’s Lab) et des
progrès de Boots Riley et de son scénario, Charles King voit le réalisateur en
herbe s’épanouir. Au cours d’un long week-end, Boots Riley tourne un passage de
SORRY TO BOTHER YOU qui sidère l’influent financeur. “Il
avait déjà une façon très affirmée de voir les choses et il comprenait
parfaitement les rouages de la mise en scène”, remarque
Charles King. “Mais quand on a vu ce que donnait cette
vision à l’écran et ce qu’il était capable d’accomplir en si peu de temps, on a
compris qu’il était prêt. L’expérience de toute une vie et les années passées à
élaborer le scénario l’avaient préparé à faire ce film”.
Charles King et Nina Yang Bongiovi
cherchaient depuis longtemps un projet sur lequel travailler ensemble et ils reconnaissent
tous les deux que SORRY
TO BOTHER YOU répondait parfaitement aux critères de leurs
deux sociétés. Quand le scénario a été fin prêt et que Nina Yang Bongiovi a
réuni d’autres producteurs autour de la table, elle s’est tournée vers Charles
King pour la dernière levée de fonds. “Nina et les autres producteurs avaient
réussi à monter un budget qui nous semblait cohérent”,
raconte Charles King. “Nous avons lu la dernière version du
scénario et nous avons tout de suite dit oui, au moment même où le projet en
était à la phase du casting.”
UNE
DISTRIBUTION DE CHOIX
Fin 2016, Boots
Riley se penche sur le casting avec Eyde Belasco (TRANSPARENT,
500 JOURS ENSEMBLE). Alors qu’il cherche un acteur pour jouer
Cassius Green, il tombe sur Lakeith Stanfield dont la préoccupation principale
est, selon lui, d’“incarner le personnage et de rentrer
dans l’histoire. Ce qu’il fait à l’écran, c’est tout l’opposé d’un jeu d’acteur,
dans le bon sens du terme. Il n’en fait pas des tonnes, il est juste là avec
son regard magnétique qui laisse transparaître tout ce qu’il ressent. Son jeu
est très réaliste et fortement imprégné de la façon dont les gens parlent et se
comportent dans la vraie vie. Le film en lui-même est complètement fou et l’interprétation
de Cassius par Lakeith apporte vraiment une cohérence à l’ensemble. Il a réussi
à composer un véritable univers autour du personnage, qu’on a ensuite pu faire
exploser”.
Au moment d’initier
Lakeith Stanfield aux ficelles du télémarketing, Boots Riley lui a donné ses
meilleurs tuyaux, tirés de sa propre expérience dans le métier. Cependant, si Lakeith
Stanfield fait ses débuts en tant qu’acteur, il n’est pas un vendeur novice,
lui qui a fait du porte-à-porte dans le sud de la Californie pour faire signer
des contrats de télécommunication chez AT&T. “Je
n’avais pas les moyens de vivre à Los Angeles et j’ai donc dû chercher d’autres
façons de m’en sortir et de faire ma place”, raconte
Lakeith Stanfield. “J’ai appris de nombreuses techniques de
vente et même si je n’avais aucune raison de penser que ce que je vendais avait
la moindre utilité, je savais qu’il fallait que je vende”.
Tessa Thompson,
qui s’impose auprès du public depuis quelques années, a obtenu le rôle de
Detroit grâce à son énergie communicative, sa présence et sa connaissance d’Oakland
et de sa région, aspect essentiel du personnage et du récit. “Tessa
est une professionnelle accomplie qui insuffle une énergie détonante à SORRY TO BOTHER YOU. Elle s’est
attachée à composer un personnage subtil et complexe, comme elle l’a déjà fait
pour tant d’autres personnages”, déclare Boots Riley. “Elle
maîtrise parfaitement son art et elle n’a pas été avare de temps et d’attention
pour faire de Detroit une personnalité plus vraie que nature. Dès l’instant où
elle apparaît à l’écran, elle donne une incroyable force au film”.
Tessa
Thompson était impatiente d’endosser le rôle après avoir lu ce scénario qu’elle
a trouvé complètement différent de ce qu’elle a l’habitude de lire. “Il
est inclassable, il est porteur d’un point de vue social extrêmement fort et
propose une rencontre inédite entre l’oeuvre d’art, le conte de fées et le militantisme
social”, s’enthousiasme Tessa Thompson. “Je
l’ai trouvé tout simplement sensationnel et absolument unique”. Lakeith
Stanfield et Tessa Thompson se sont d’abord rencontrés sur le tournage de SELMA d’Ava DuVernay, drame autour du mouvement
des droits civiques, bien qu’ils n’y aient pas de scènes en commun. Pendant la
prépa de SORRY TO BOTHER YOU,
les deux acteurs qui travaillaient tous deux sur d’autres projets se sont
entretenus avec Boots Riley via Skype, construisant une connivence palpable y
compris par écrans interposés.
“Le
jeu de Tessa et celui de Lakeith sont différents à plus d’un titre”, observe
Boots Riley. “À force d’échanger des idées, ils ont
tous les deux révélé le meilleur d’eux-mêmes et fait ressortir chez l’autre des
qualités jusqu’alors insoupçonnées”. Tessa Thompson était aussi séduite par le
sens de la mode exceptionnel et révolutionnaire de Detroit. Elle se réjouissait
à l’idée de travailler avec la costumière Deirdra Govan, qui donne une
profondeur supplémentaire au personnage par le biais de ses tenues et de ses
bijoux, en particulier ses inoubliables boucles d’oreilles qu’on voit tout au
long du film et qui arborent des paroles de chanson de The Coup, comme “Dis au
ministère de l’Intérieur / Que la bombe c’est nous”. “Detroit
montre qu’elle est là pour accomplir quelque chose et faire changer le monde” explique
Boots Riley. “Je voulais que le film soit truffé de
petits détails de ce genre”.
Armie Hammer s’est vu confier le rôle de
Steve Lift, le super-méchant non dénué d’un potentiel comique, grâce à sa propension
à incarner un type populaire, qui croit dur comme fer aux produits et services
absurdes qu’il tente d’imposer à une population sans défense.
“Armie
avait l’étoffe pour jouer ce personnage parce que c’est un garçon populaire.
Les gens l’aiment comme ils aiment Steve Jobs, ou l’image qu’ils se font de
Steve Jobs” analyse Boots Riley. “Armie
a été parfait car j’avais besoin qu’il croie en ce que fait Steve Lift et qu’il
croie qu’il le fait pour le bien de l’humanité. Ce personnage est emballé par
ce qu’il pense apporter au monde. C’est un fervent partisan du capitalisme et
de tous ceux qu’on voit beaucoup dans le débat public en ce moment”. Au
cours de la dernière décennie, Armie Hammer a travaillé avec les meilleurs
réalisateurs, dont Tom Ford, David Fincher, Clint Eastwood et Luca Guadagnino.
Mais quand il a rencontré Boots Riley pour discuter du rôle, il s’est dit
stupéfait par la créativité de ce réalisateur en devenir. Armie Hammer était déjà
fan de The Coup et se délectait de l’esprit des chansons du groupe quand le
réalisateur lui a exposé sa vision artistique pour SORRY TO BOTHER YOU. “Il a vraiment beaucoup réfléchi à ce
projet qui m’a semblé être l’opportunité rêvée de travailler avec un réalisateur
débutant sur le point de s’engager dans une expérience radicalement différente –
quelque chose que je n’avais jamais vu”, se souvient
Armie Hammer.
Steve Lift est
un méchant inoubliable et un authentique PDG diabolique.
Il est aussi hilarant qu’atroce et tranche totalement avec le personnage humain
et attachant de Cassius Green. “Les qualités humaines constituent un
fil rouge entre la plupart des personnages du film, qui font passer la
communauté avant leurs intérêts propres”, note Armie
Hammer. “Cassius se perd au cours de son
ascension professionnelle, mais il se rend finalement compte que ce qu’il a de
plus précieux, ce sont ses rapports avec ceux qui l’entourent. Les gens qui ne
sont pas soutenus par une communauté forte sont à la merci des caprices d’un
Steve Lift”.
Pour se préparer au rôle, Armie Hammer s’est
documenté sur les PDG psychotiques, découvrant par la même
occasion que les cas de psychopathie sont très élevés chez les dirigeants d’entreprise
et les entrepreneurs, par comparaison avec la population dans son ensemble. “Ce
n’est pas un hasard : en tant que PDG, il faut être prêt à tout pour parvenir à
ses fins”, poursuit Armie Hammer. “Il
faut avoir à l’esprit la finalité de ses actions plutôt que sa propre humanité.
Les grandes entreprises sont le terreau des psychopathes”. La
galerie des personnages secondaires de SORRY
TO BOTHER YOU est complétée par Steven Yeun (THE WALKING DEAD, OKJA) dans le rôle de Squeeze, vendeur et
syndicaliste radical et Jermaine Fowler (SUPERIOR
DONUTS, CRASHING) dans le rôle de Sal, le meilleur ami de
Cassius tiraillé entre sa loyauté envers ce dernier et son désir d’instaurer
des changements sociaux pour le bien commun.
Omari Hardwick (KICK-ASS, POWER)
incarne le concierge énigmatique qui accompagne Cassius dans sa nouvelle vie de
super-démarcheur téléphonique aux étages supérieurs de RegalView. Terry Crews (BROOKLYN NINE-NINE, EXPENDABLES : UNITÉ
SPÉCIALE) fait une apparition remarquée sous les traits de l’oncle et
propriétaire fauché de Cassius, en passe de perdre sa propre maison.
Curieusement, les premiers acteurs à s’engager dans le projet ont été les
doubleurs David Cross (la voix de blanc de Cassius) et Patton Oswalt (la voix
de blanc de Mr._), deux soutiens de la première heure et fervents admirateurs
du scénario.
OAKLAND
DANS SON PROPRE RÔLE
Une des stars
principales du film n’est autre que la ville d’Oakland, métropole de l’East Bay
qui entretient depuis toujours une relation de méfiance et d’hostilité avec San
Francisco, sa rivale plus séduisante et cosmopolite de l’autre côté de la baie.
“J’ai vécu de nombreuses vies dans cette ville et j’ai habité
différents quartiers de l’East Bay”, raconte Boots Riley. “Il
y règne un puissant esprit créatif et, à l’inverse de villes comme Los Angeles
ou New York, il n’y a pas de hiérarchie : les gens créent simplement des
choses. Parfois, ils doivent avoir un autre boulot à côté de leur activité
artistique, mais cette veine créative est surtout synonyme de joie à Oakland”.
Tessa Thompson
entretient une relation de longue date avec la ville et a travaillé avec d’autres
réalisateurs de la région comme Ryan Coogler (BLACK
PANTHER, CREED, FRUITVALE STATION). Son père est un musicien et artiste qui
se produit sur de nombreuses scènes des environs d’Oakland et une grande partie
de sa famille vit dans la région. “La Bay Area et Oakland en particulier
occupent une place à part dans mon coeur”, reconnaît
Tessa Thompson.
Boots Riley
ajoute : “La ville d’Oakland est présente dans
tout ce que je fais, si bien qu’il était évident qu’il fallait y tourner le
film. Partout où je vais dans la ville, j’ai l’impression de connaître une
personne sur deux. On nous a prêté de nombreux lieux de tournage de SORRY TO
BOTHER YOU et plusieurs personnes ont rejoint l’équipe par mon intermédiaire”.
Acteurs et
techniciens ont passé beaucoup de temps ensemble à Oakland pendant le tournage.
Ils ont établi leur QG au bar du Ruby Room, un ancien repaire de proxénètes
près du lac Merritt. “L’équipe passait des soirées assez
déjantées en dehors des périodes de tournage”, s’amuse Tessa
Thompson. “Boots, c’est un peu le maire
non-officiel de la ville et quand on se balade avec lui, tout le monde le
connaît. Le tournage a été accueilli avec beaucoup de bienveillance. Où qu’on
aille, les gens étaient contents qu’on soit là”.
Selon la
productrice Nina Yang Bongiovi, qui est restée sur place pendant toute la durée
du tournage et avait aussi collaboré à FRUITVALE
STATION filmé dans la région, Oakland reflète
les bouleversements affectant le pays dans son ensemble, notamment concernant
la question des sans-abri et la gentrification. “Oakland en tant que personnage tient une place primordiale dans
le film. La situation a beaucoup changé en cinq ans, depuis le précédent film
que j’y ai tourné”, explique Nina Yang Bongiovi.
“Je pense qu’il est essentiel de présenter la ville comme un
personnage à part entière. C’est une prise de position sur ce qui se passe dans
de nombreuses villes et plusieurs quartiers aux États-Unis, où les habitants doivent
déménager en raison du coût trop élevé de la vie”. Nina Yang Bongiovi est également ravie de participer à un nouveau
tournage dans cette ville qui revendique un esprit créatif et militant très
marqué. “Oakland produit tellement
de talents !”, s’enthousiasme-t-elle. “Ses habitants respirent la gaîté et l’amour. Produire un film
dans cette ville, c’est le rêve pour moi”.
GRAFFITI BRIDGE
Lorsque
le chef décorateur Jason Kisvarday (SWISS ARMY MAN) est arrivé en amont du
tournage, Riley s’est transformé en guide touristique et l’a amené dans tous
les recoins d’Oakland afin de faire un repérage de lieux et de lui montrer ses
lieux préférés, comme les restaurants et les quartiers sympas, en ponctuant le
tout d’anecdotes mémorables.
“C’était comme s’il m’avait invité à un camp d’entraînement pour
visiter Oakland : il a essayé de m’en montrer le maximum en un temps très
limité”, raconte Kisvarday. “Boots a réalisé ce film avec tout son cœur et ça se voit
beaucoup à la façon dont le film représente et met en scène Oakland”.
Ce
qui a d’abord marqué Kisvarday, c’est le nombre impressionnant de graffitis
recouvrant la ville : son équipe a essayé d’évoquer cette atmosphère dans de
nombreuses scènes en extérieurs. “Que ce soit d’un point de
vue quantitatif ou qualitatif, je n’avais jamais vu autant de graffitis
ailleurs qu’à Oakland ; il y en a vraiment partout”, explique Kisvarday. “Que la surface bouge ou
soit fixe, il y a des graffitis : des voitures jusqu’aux murs et aux bâtiments.
On a même fait appel à des artistes graffeurs pour qu’ils taguent quelques éléments
de décor, comme par exemple des boîtes aux lettres, des journaux ou des
distributeurs automatiques et on s’est amusé à faire apparaître ces objets dans
le champ pendant certaines prises”.
Les décors du film accompagnent visuellement l’ascension sociale
de Cassius Green. “On a traduit cette idée
parfois avec des couleurs et parfois avec des objets
concrets”, explique Kisvarday.
“On a utilisé une palette de tons chauds pour donner au
garage reconverti en appartement pour Cassius un aspect chaleureux et familier,
dans des tonalités très organiques, avec du jaune moutarde et du vert tendre.
Au mur, on découvre des souvenirs qui rappellent tous les objets qu’il a
rassemblés au cours de sa vie. À mesure qu’il avance, il perd peu à peu toutes
ces choses et la palette de couleurs se fait plus froide. On voulait traduire à
travers le décor ce que Cassius pouvait ressentir en perdant son âme qu’il vend
à RegalView et WorryFree”.
L’humble demeure
de Cassius, qui cède la place à une luxueuse résidence en plein coeur du
centre-ville suite à son ascension professionnelle fulgurante, tranche avec la
propriété de Steve Lift, que Kisvarday et son équipe ont conçue comme le lieu
le plus m’as-tu-vu du film. C’est dans cette demeure que cet odieux magnat
organise vers la fin du récit une somptueuse orgie dans l’espoir que cette fête
convaincra Cassius d’accepter un salaire colossal. Pour ces scènes, l’équipe a
déniché Spring Mansion, manoir centenaire du quartier de Berkeley Hills. Mais
cet impressionnant amoncellement de pierres aux intérieurs boisés donnait davantage
au lieu l’air d’une chambre forte ou d’un mausolée. “C’est
un vaste manoir, assez criard et tape-à-l’oeil qui est un parfait reflet de la
vie de Steve : tout est dans l’excès”, décrit
Kisvarday. “Ces scènes visent à montrer le décalage
incroyable entre la vie des gens normaux, comme Cassius ou Detroit et celle de
Steve Lift, dont la richesse est assurée par les classes inférieures qu’il
emploie. Cassius a un bref aperçu du monde de Steve et trouve ça très attirant
; mais il se rend vite compte qu’il doit vendre son âme pour atteindre ce style
de vie”.
Pour les scènes
qui se déroulent dans la sphère professionnelle, y compris au sein de RegalView
et ses postes de travail à perte de vue, Kisvarday et son équipe ont misé
autant que possible sur un décor d’une neutralité quasi-clinique. Ainsi, quand
le bureau de Cassius passe à travers le plancher alors qu’il transfère un appel
de vente, il se retrouve directement propulsé dans la vie de ses clients :
entre sa destination et sa provenance, il y a suffisamment d’effets de
contraste pour que la séquence soit des plus amusantes.
“Il
n’était pas question de se lancer dans des décors à la CHARLIE ET LA CHOCOLATERIE”,
explique Kisvarday. “L’idée, c’était de garder un aspect
assez neutre, si bien que quand l’ascenseur privé qui mène aux étages
supérieurs s’ouvre et que Cassius s’engage dans sa nouvelle vie
professionnelle, tout a l’air incroyablement magique et unique”. Riley
ajoute : “Pour SORRY TO BOTHER YOU, Jason a créé un
monde qui oscille constamment entre fiction et réalité. Il a emmené le film
beaucoup plus loin que la plupart des productions.”
BIEN
LE PORTER
La
chef-costumière Deirdra Govan a été engagée par la productrice Nina Yang
Bongiovi qui l’avait embauchée comme assistante costumière sur ROXANNE ROXANNE (2017). Selon Deirdra Govan, SORRY TO BOTHER YOU est l’un des scénarios les plus riches
visuellement qu’elle ait eu la chance de lire. “Il
y a une approche assez naturaliste de l’Afrocentrisme et du psychédélisme, mais
qui va beaucoup plus loin et qui est étayée par un véritable message”,
explique-t-elle.
“Malgré
sa dimension satirique et ironique, le film traite de la communauté, qui est un
thème qui m’est très cher. Ce film m’a fait l’effet d’une claque artistique
vraiment salvatrice !” Forte de ses vingt ans de carrière dans l’univers
du costume aux côtés de génies comme Julie Weiss ou Ann Roth, Deirdra Govan a
abordé le projet en tâchant de distinguer rapidement quelle serait la toile de
fond du film, aussi bien en matière de décors que de palettes de couleurs. En
amont du tournage, Deirdra Govan a étroitement collaboré avec Riley et
Kisvarday et finalement conçu une stratégie vestimentaire aussi colorée et
éclectique que l’histoire elle-même.
Pour la plupart
des productions indépendantes, en raison des contraintes budgétaires, les
personnages ne portent qu’une poignée de tenues tout au long du film. Mais dans
SORRY TO BOTHER YOU,
où les graffitis occupent une place visuelle importante, les personnages
principaux comme Cassius Green affichent pas moins de huit à dix tenues, voire plus.
Detroit arbore une nouvelle tenue à chaque nouvelle scène, ce qui fait plus de
soixante-dix tenues pour Stanfield et Thomson réunis. À mesure que le film
prenait forme, Deirdra Govan sillonnait les rues en quête des vêtements adaptés
à chaque personnage.
Pour Cassius,
des vêtements à la fois fantaisistes et faciles à porter au quotidien étaient
de rigueur, dans la lignée du style hipster de la région d’Oakland. Ces tenues
laissent ensuite la place à une garde-robe professionnelle bas de gamme lorsqu’il
intègre RegalView. Quand Cassius touche le gros lot en devenant l’un des
employés stars de la société, il adopte le style d’un « dandy d’entreprise » et
fait l’acquisition de costumes de marque. Pour Detroit, le mot d’ordre a été l’éclectisme
: le mélange entre différentes couleurs et tissus représente le fort caractère
de cette femme, qui navigue d’un emploi et d’un milieu social à l’autre, comme
en témoigne sa double vie, qui la fait passer de femme-sandwich à militante
incognito. “Dès que j’ai été engagée, Deirdra et
moi avons commencé à discuter par textos, par email et via Pinterest, où l’on a
créé des panneaux d’inspiration très élaborés pour Detroit”, explique
Tessa Thompson. “Comme elle est militante, Detroit utilise
son corps comme une toile vierge, ce qui donne une grande liberté et des
possibilités infinies pour jouer avec son look. Rien n’était trop excentrique
pour quelqu’un comme Detroit”.
Tessa Thompson a
beaucoup insisté sur le style qu’elle souhaitait donner à Detroit à l’écran à
travers ses tenues – elle ne voulait pas qu’elle ait l’air d’un personnage
superficiel ou juste d’une bombe sexuelle. “Tessa a
été très claire quant à l’identité du personnage et elle tenait à ce que la
caméra le montre sans contraintes”, explique Deirdra Govan. “Il
fallait que je pense au moindre détail pour donner corps à ces personnages
visuellement, tout particulièrement Detroit”.
Deirdra Govan a également participé à la
création des boucles d’oreilles iconiques que Detroit porte tout au long du film,
qui arborent des slogans politiques ou des phrases tirées des chansons de Boots
Riley dans son groupe The Coup. Si le style des colliers et des boucles d’oreilles
s’inspire des années 1980, le concept a été retravaillé, notamment lorsque
Riley a fait appel au designer J. Otto Seibold, qui a créé le graphisme coloré
et dynamique des titres des différentes séquences, pour que la même police soit
employée pour les boucles d’oreilles de Detroit. Deirdra Govan a gravé au laser
les slogans et a créé les boucles d’oreilles avec l’aide d’un joaillier. Le
résultat final est une franche affirmation stylistique pour les modes à venir,
à la fois provocante et malicieuse, véritable symbole de la nature radicale et
éclectique de Detroit.
THE
COUP VERSUS TUNE-YARDS
Pour un film qui
est né d’une bande-son avant même d’être scénarisé, Riley a insufflé une
créativité musicale foisonnante à la BO du film, en utilisant des chansons de
son propre groupe, The Coup, mêlées à une partition composée par le duo de
musique indépendante lo-fi Tune-Yards, mené par Merrill Garbus et Nate Brenner.
Le tandem étant originaire de la côte Est, le studio de Tune-Yards à Oakland
est situé dans le même pâté d’immeubles que plusieurs artistes avec lesquels
Riley entretient des relations musicales et créatives : ainsi, il connaît bien
l’univers du groupe. Connus pour leur utilisation de pédales loop, de ukulélés,
de choeurs, de percussions douces et de basse électrique, les deux musiciens
produisent des mélodies complexes, mêlant des rythmes afro-caribéens aux
sonorités du R&B, du funk, de l’Afro-pop ou encore du rock.
À travers
plusieurs de leurs albums, parmi lesquels leur premier EP “Bird-Brains” sorti
en 2008 et le suivant, “WhoKill”, sorti en 2011 et plébiscité par la critique,
Tune-Yards explore certains thèmes sensibles, en abordant les questions d’appartenance
ethnique, de privilèges, de genre, d’inégalités sociales et des violences
policières. Cette dimension politique rapproche Merrill Garbus et Brenner de l’esprit
de Riley et de The Coup.
Après être
retourné à Oakland après le Sundance Screenwriting Lab (Laboratoire de création
scénaristique du festival Sundance), Riley a contacté Merrill Garbus et a
invité le groupe à rejoindre le film. Après avoir lu le scénario et écouté la
bande-son, Tune-Yards a intégré l’équipe du film avant que Riley ne rejoigne
Director’s Lab (Atelier des réalisateurs) à Park City en 2015. “À
partir de certaines scènes détaillées dans le script, nous avons évoqué des
influences et des musiques de film que nous aimions bien”,
raconte Riley. “Puis, Merrill s’est lancée dans
plusieurs démos et nous avons fini par en utiliser un bon nombre dans le film”.
Dans SORRY TO BOTHER YOU, la partition de Tune-Yards constitue toute
la musique extra-diégétique du film – la “patte sonore” du film, si l’on veut –
tandis que les chansons que les personnages écoutent sont des titres de The
Coup, issus de la bande-son préexistante au film. “Nous
avons tourné beaucoup de scènes en ayant la musique de Merrill en tête ou bien
celle qu’elle avait déjà composée pour cette scène en particulier”,
raconte Riley. “On a composé davantage de musique après
le tournage, pour accompagner certaines scènes ou marquer l’évolution de
certains phénomènes. Elle ne s’est pas contentée de déterminer les différentes
textures sonores du film – elle les vivait. Ce n’est pas comme si j’étais avec
elle en studio, à regarder par-dessus son épaule. La plupart du temps, elle
savait déjà parfaitement ce qu’il fallait”.
Source et copyright des textes des notes de production
@ Universal Pictures International France
@ Universal Pictures International France
#SorryToBotherYou
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