samedi 7 juillet 2018

DOGMAN


Policier/Drame/Une réalisation maîtrisée et un personnage principal superbement interprété

Réalisé par Matteo Garrone
Avec Marcello Fonte, Edoardo Pesce, Alida Baldari Calabria, Nunzia Schiano, Adamo Dionisi, Francesco Acquaroli, Gianluca Gobbi...

Long-métrage Italien
Durée : 01h42mn
Année de production : 2018
Distributeur : Le Pacte

Interdit aux moins de 12 ans

Date de sortie sur nos écrans : 11 juillet 2018


Résumé : Dans une banlieue déshéritée, Marcello, toiletteur pour chiens discret et apprécié de tous, voit revenir de prison son ami Simoncino, un ancien boxeur accro à la cocaïne qui, très vite, rackette et brutalise le quartier. D’abord confiant, Marcello se laisse entraîner malgré lui dans une spirale criminelle. Il fait alors l’apprentissage de la trahison et de l’abandon, avant d’imaginer une vengeance féroce...

Bande annonce (VOSTFR)


Extrait (VOSTFR)


Ce que j'en ai pensé : le réalisateur, Matteo Garrone, nous emmène en Italie dans un morceau de ville en bordure d'eau. L'action se situe dans un quartier populaire, qu'il nous fait ressentir comme isolé du reste du monde, vivant sur lui-même. Les commerçants sont le centre de la vie sociale et sont solidaires ainsi qu'amis. On découvre les bons côtés de cette vie locale simple qui amène de petits bonheurs, si on est intégré et qu'on fait partie du groupe. Cependant, les mauvais côtés ne font pas oublier avec notamment la présence d'une brute, Simoncino, un immense costaud, interprété de façon plus vraie que nature par Edoardo Pesce. Il abuse de sa force physique pour pourrir la vie à tout ce petit monde. 


L'ambiance de ce film a petit budget est maîtrisée. Matteo Garrone s'intéresse plus en détail à Marcello un homme gentil qui adore sa petite fille et sait s'occuper avec tendresse des chiens qui sont aussi son fond de commerce. Ce personnage naïf, fragile, expressif, devient très vite attachant. L'interprétation de l'acteur Marcello Fonte offre à ce personnage à la fois une régularité dans les attitudes et une évolution crédible par rapport aux expériences qu'il vit pendant cette histoire. L'acteur a d'ailleurs reçu le prix d’interprétation masculine à Cannes en 2018. 



Les personnages ne sont pas des héros et ne sont pas parfaits, c'est d'ailleurs ce qui fait leur attrait. Ils sont humains et réagissent en fonction d'un contexte. Le réalisateur les enferme dans une spirale destructrice. On sent l'impossibilité de s'échapper, la volonté de faire partie du groupe, la colère qui monte. Le scénario exploite bien l'évolution des relations, cependant, il demeure assez prévisible, on devine assez facilement le déroulement. De plus, sa fin nous laisse un peu sur notre faim. Mais son rythme est régulier, il maintient notre attention et on s'intéresse vraiment au devenir de son personnage principal. Il raconte une histoire dure, tristement humaine et qui parle aux spectateurs. 

DOGMAN mérite notre intérêt pour son étude de caractère et sa vision sociale des interactions au sein d'une communauté. Il est solide dans son interprétation, dans son atmosphère et par sa réalisation qui nous entraîne dans la vie de son personnage principal sans concessions.

Copyright photos @ LE PACTE

NOTES DE PRODUCTION
(À ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

« Comme cela s’est souvent produit pour mes films, il y a aussi pour DOGMAN, à l’origine, une suggestion visuelle, une image, un renversement de perspectives : celle de quelques chiens, enfermés dans une cage, qui assistent comme témoins à l’explosion de la bestialité humaine… Une image qui remonte à plus de dix ans, quand, pour la première fois, j’ai pensé tourner ce film.

Mais était-ce bien ce film ?

C’est difficile à dire, parce que le temps passant, DOGMAN a changé avec moi, devenant un film toujours plus nouveau, toujours différent. Quelques-unes des idées originales ont perduré jusqu’ici, mais elles n’épuisent pas selon moi le sens plus profond de l’histoire que j’ai voulu raconter : DOGMAN, par exemple, n’est pas seulement un film de vengeance, même si la vengeance (mais il vaudrait mieux appeler cela une délivrance) joue un rôle important, et ce n’est pas seulement non plus une variation sur le thème (éternel) de la lutte entre le faible et le fort. C’est au contraire un film qui, même au travers d’une histoire "extrême", nous place devant quelque chose qui nous concerne tous : les conséquences des choix que nous faisons quotidiennement pour survivre, des "oui" que nous disons et qui nous mènent à ne plus pouvoir dire "non", de l’écart entre ce que nous sommes et ce que nous pensons être. Dans cette profonde interrogation sur nous-mêmes, dans ce questionnement sur un homme qui a perdu son innocence, je crois que ce film est universel, "éthique" et non moralisateur : c’est aussi pour cela que je tiens beaucoup à souligner la distance avec le fait divers qui l’a librement inspiré. Tout a été transfiguré, à commencer par les lieux, les personnages, leurs psychologies.

Une dernière remarque, pour souligner l’importance de la rencontre avec le protagoniste du film, Marcello Fonte : sa douceur et son visage antique qui semble venu d’une Italie en train de disparaître, ont contribué de manière décisive à rendre claire pour moi la façon dont je voulais aborder une matière aussi sombre, qui pendant des années m’avait à la fois attiré et repoussé, ainsi que le personnage que je voulais raconter : un homme qui, dans la tentative de se racheter après une vie d’humiliations, a l’illusion de s’être libéré, et avec lui son quartier et peut-être même le monde. Mais ce dernier demeure toujours inchangé, et presque indifférent. »

Matteo Garrone

  
#Dogman

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