vendredi 10 août 2018

CAPITAINE MORTEN ET LA REINE DES ARAIGNÉES


Animation/Une très jolie histoire avec une animation en stop-motion remarquable, malgré un petit manque de cohérence du scénario

Réalisé par Kaspar Jancis

Long-métrage Estonien/Irlandais/Belge/Britannique
Durée : 01h15mn
Année de production : 2017
Distributeur : Septième Factory 

Á partir de 4 ans

Date de sortie sur nos écrans : 15 août 2018



Résumé : Un petit garçon rêve de suivre son père sur la mer, mais c'est à terre qu'une aventure l'attend.

Bande annonce (VF)



Teaser - Making of (VOSTFR)


Ce que j'en ai penséCAPITAINE MORTEN ET LA REINE DES ARAIGNÉES est un film d'animation plein d'inventivité et saupoudré de poésie. L'animation en stop-motion est admirable. Le travail minutieux sur les gestes, les expressions, les vêtements et les décors est tout à fait remarquable. Ce type d'animation octroie aux longs-métrages, celui-ci inclut, une atmosphère particulière, propre à l'enfance et à son imagination débordante. Il y a fort à parier que les enfants se retrouveront dans les bêtises et le courage de ce petit bonhomme qui souffre de ne pas grandir au sein de sa famille et qui laisse son ingéniosité et ses rêves de marin en devenir éclairer son quotidien. 

Il y a une volonté de la part du scénario de passer un message, léger, sur la protection des insectes. Il est d'ailleurs difficile de ne pas craquer pour la petite chenille et ses grosses larmes de détresse. D'autres petits personnages marrants participent à nous faire passer un bon moment tel le pigeon voyageur ultra débrouillard. Les adultes, pour leur part, sont un peu caricaturaux. La mise en scène est pleine de trouvailles. Cependant, même si l'action se poursuit sans temps morts, l'histoire semble parfois enchaîner les scènes sans qu'elles apportent un plus par rapport à la trame principale. Ce petit manque de cohérence se traduit par quelques longueurs. Cependant, on reste ravi par l'originalité de cette animation et la façon dont la narration est construite.











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CAPITAINE MORTEN ET LA REINE DES ARAIGNÉES est une sucrerie qui se regarde avec les yeux de l'enfance. Les petits seront émerveillés et s'interrogeront sur certains aspects des aventures vécues par Morten. Les adultes seront charmés par son petit côté désuet qui n'oublie pourtant d'intégrer des éléments de modernité tel que des clins d'œil au steampunk par exemple. C'est une charmante découverte, une bulle de douceur.


NOTES DE PRODUCTION
(Á ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

Le réalisateur Kaspar Jancis

Né en 1975, Kaspar Jancis est un metteur en scène, compositeur et scénographe Estonien. Il a débuté sa carrière artistique dans la création de courts métrages d’animations en 1999. Après plusieurs récompenses nationales pour ces nombreux courts-métrages, il obtient en 2010 le Cartoon d’or du meilleur court-métrage d’animation européen avec Crocodile. Son travail de compositeur lui a également valu la récompense de la meilleure musique de théâtre d’Estonie en 2013. Après avoir mené de front deux projets en 2014, la composition musicale d’un court métrage d’animation et la création des décors du ballet Petrushka pour l’Opéra National d’Estonie, il démarre la production de Capitaine Morten et la reine des araignées. Ce film est une première pour le réalisateur tant pour le format du long métrage que pour la technique d’animation en stop-motion qu’il n’avait jamais pratiqué auparavant. Synthèse de tous ces travaux et multiples savoir faire, Capitaine Morten, permet à Kaspar Jancis de partir à la rencontre d’un public international.

LE MOT DU RÉALISATEUR

DES SOUVENIRS D’ENFANCE AU THÉÂTRE

J’ai passé tous mes étés au bord de la mer, où mon passe-temps favori était de construire des jouets en bois et plus particulièrement des bateaux. Le village où nous séjournions pendant les vacances était principalement habité par les familles de marins. J’étais devenu ami avec la fille d’un capitaine. Les murs de sa maison étaient décorés de photos de vieux voiliers. Tout cet univers a énormément stimulé mon imagination et je voulais devenir capitaine. Plus tard, quand je suis devenu père, j’ai eu un besoin naturel de retrouver l’univers de mon enfance. Je travaillais alors dans un théâtre et je composais aussi de la musique. J’ai donc eu l’idée de créer de la musique pour une pièce qui mêlerait animation, théâtre et cirque. Ce fut la première version de l’histoire. 

DU BEST SELLER LITTÉRAIRE AU FILM

Plus tard, ce projet de théâtre est devenu un livre pour enfants, que j’ai écrit et dont j’ai composé la musique, car il était accompagné d’un CD. C’est devenu un best-seller, en remportant notamment le prix du meilleur livre pour enfants en Estonie en 2010. La version musicale de l’histoire a attiré l’attention de la radio publique estonienne. En 2011, nous avons créé une émission de radio qui est devenue populaire autant chez les enfants que leurs parents. Au même moment, j’ai rencontré les dirigeants de Nukufilm. Le studio était à la recherche d’une histoire pour produire leur premier long métrage d’animation familial. En collaboration avec l’artiste et co-réalisateur Riho Unt, nous avons créé les premiers dessins des personnages, marionnettes et produit le premier teaser du film. En avril 2012, un scénario a été écrit en collaboration avec le scénariste basé à Los Angeles Mike Horelick et développé avec l’aide de Paul Risacher (Canada) et Robin Lyons (Royaume-Uni). Capitaine Morten et la reine des araignées, est une animation de marionnettes classique à laquelle nous avons ajouté des images de synthèses pour les éléments liquides comme l’eau. Comme l’eau joue un rôle important dans le film, nous voulions qu’elle soit aussi réaliste que possible. C’est pourquoi nous avons fait le choix des images de synthèses, pour en contrôler tous les aspects aussi précisément que possible.

LE MONDE MYSTÉRIEUX DES INSECTES

Le film est destiné aux enfants à partir de 6 ans et aux adultes bien sûr. Chaque petit garçon a rêvé à un moment donné qu’il était le capitaine de son petit bateau. Moi c’était mon plus grand rêve quand j’étais petit. Et qui n’a pas rêvé de pouvoir regarder de près ce qui se passe dans le mystérieux monde miniature des insectes ? Un monde miniature offre de nombreuses possibilités pour imaginer les aventures que vivent les insectes au quotidien. C’est une source d’inspiration qui permet de créer des visuels inattendus et surprenants.

UNE QUÊTE INITIATIQUE DANS UN MONDE FANTASTIQUE

Le titre original du livre Morten on the Ship of Fools fait référence à la littérature médiévale tardive. La nef des fous est d’abord un motif de la littérature où les métaphores de la navigation symbolisent à la fois le cours de l’existence et l’aventure artistique de l’écrivain. Il devient au Moyen Âge un motif carnavalesque inspiré par une réalité historique qui consistait à isoler les fous sur un bateau. De nombreux écrivains reprennent ce motif dans leurs oeuvres, notamment Sébastien Brant dans La Nef où chaque passager du navire personnifie un vice moral ou social humain.

Capitaine Morten s’inspire de ce concept : un garçon se retrouve sur un bateau qui symbolise le monde obsessionnel des adultes où règne la méfiance. En même temps, il décrit l’incertitude qui se niche dans le subconscient d’un enfant qui est en manque de l’attention de son père. Les insectes qui imitent les humains sont aussi des caricatures de notre agitation quotidienne. Les insectes personnifiés dans les films sont généralement des créatures amicales et aimables. J’ai voulu être différent. Voilà pourquoi mes insectes ne sont pas montrés dans leur environnement naturel. Ils manquent d’empathie et ne peuvent pas fonctionner en équipe. La peur constante est leur sentiment dominant. L’atmosphère entre eux, sur le bateau, est tendue et peu amicale.

Mais l’histoire est racontée avec beaucoup d’humour. Tous les événements se déroulent dans deux mondes qui se reflètent l’un et l’autre. Lorsque notre héros est transporté dans un monde fantastique étrange, les expériences et les leçons apprises lui donnent la force de placer sa destinée sur un nouveau chemin. C’est une histoire sur la conquête de l’indépendance .

LES DÉFIS TECHNIQUES

Mélanger les humains et les insectes sous forme d’hybrides est un défi intéressant pour un concepteur de personnages. Les insectes doivent être «humanisés» sans sacrifier leurs caractéristiques initiales. L’autre défi intéressant est ce café submergé où se déroule la plupart de l’action du film. Le niveau d’eau dans le café ne cesse d’augmenter tout au long du film. Cela modifie l’environnement et devient ainsi un spectacle en soi.

Interview Kaspar Jancis

Pouvez-vous nous raconter votre parcours de réalisateur ?

Raconter des histoires m’intéresse depuis l’enfance. Très jeune, j’ai commencé à créer des personnages pour des romans illustrés. J’écrivais également mes propres livres. Mais, le plus souvent, je n’avais pas la patience nécessaire pour finir l’écriture de mes romans. La plupart du temps je dessinais toutes les illustrations et laissais des pages vides pour que je puisse finir plus tard. Mais je ne le faisais jamais. J’étais également intéressé par l’illusion du mouvement. J’ai fait beaucoup de flipbooks et j’ai même développé une sorte de machine pour faire des flipbooks qui durent plus longtemps, que j’ai appelé Televox. J’ai utilisé et détruit beaucoup d’objets du quotidien de la maison pour pouvoir la fabriquer. L’une de mes grandes inspirations était un ami de mon frère qui créait ses propres films d’animation en pâte à modeler avec une caméra 8mm. De ce fait, aller dans une école de cinéma fut un choix naturel pour moi.

Après plusieurs courts-métrages réalisés en animation 2D et à destination d’un public adulte, votre premier long-métrage est un film pour enfants réalisé en stop-motion. Comment s’est passée la transition ?

La transition s’est faite en douceur, j’ai senti que j’avais besoin de changement et d’amener une autre perspective à ma création. Mais le changement de technique d’animation représentait un challenge très intéressant : je n’avais jamais rien fait avec des objectifs de caméra, des lumières, des décors en trois dimensions, c’était très excitant d’essayer.

Quelles sont les principales difficultés rencontrées pendant le tournage ?

Le plus gros challenge a été la fabrication des marionnettes car Nukufilm n’avait pas d’expérience avec le matériau utilisé pour cette fabrication. Il y a donc eu beaucoup de tests. Lors du design des personnages, il est important de garder à l’esprit la mécanique et le physique des personnages.

En quels matériaux les marionnettes sont-elles fabriquées ?

Les marionnettes sont faites avec du silicone sur armature. Il y a toute une science derrière la fabrication des marionnettes en silicone, il faut être extrêmement précis pour faire des marionnettes de qualité qui peuvent tenir pendant tout le tournage d’un long-métrage. Il faut aussi une grande quantité de pièces de rechange. Nous avions également différentes têtes pour les différentes expressions de chaque personnage. Les costumes sont faits en textile fin et en cuir. Cela prend plusieurs semaines pour faire une seule marionnette.

Pourquoi avoir choisi de placer l’action du film au début du XXème siècle ?

J’aime la musique, le design et l’architecture de cette période. J’aime les vieux voiliers. Je n’ai pas voulu situer l’histoire dans une période en particulier, c’est un peu un mix rétro de différentes époques.

Le pirate ressemble à Napoléon et les prénoms Elisabeth et Philippe sont ceux des souverains anglais. Quelle était votre intention ?

J’ai voulu faire référence aux schémas de comportements que l’on peut observer à plus grande échelle comme par exemple en politique ou dans les Etats. Le fait de conquérir de plus petites nations pour les inclure à un projet politique sans leur demander leur avis a toujours fait partie du mode de pensée impérial. Ce même schéma peut se retrouver au sein de plus petits systèmes comme dans une entreprise ou dans une famille. Il y a toujours des personnes qui pensent savoir mieux que vous quel est le but de votre existence et qui n’hésitent pas à vous écraser si vous ne suivez pas leurs règles. Le règne de la Reine fonctionne sur la peur. Personne ne veut s’opposer par peur des représailles.

Au début du film Morten regarde à travers la longue-vue puis ce sont de nombreux personnages qui voient à travers des cercles (bouteille, loupe, bouton...)…

La place du regard change selon les scènes. Dans Capitaine Morten on reste la plupart du temps avec le personnage principal. Ce film est plus centré sur les personnages que mes autres films. Dans la partie fantastique où Morten a la taille d’un insecte, nous ne changeons de point de vue que dans quelques scènes : lorsque l’on observe le bateau dans des plans larges. Nous gardons principalement le point de vue des créatures minuscules.

Quant aux cercles, on observe le film à travers un objet rond appelé aussi « œil » donc peut-être que cela se reflète dans l’ensemble de la mise en scène. Le cercle est une figure magique, quelque chose de fondamental et d’infini (pensez à pi), et cela fait un bon contre-point à l’écran qui lui, a quatre angles. Ces choses viennent plus par intuition, il n’y a pas vraiment de calcul derrière. Je viens avec une image et quand cela fonctionne je la laisse, je ne pense pas à la raison pour laquelle je l’ai faite.

Dans le film le phonographe devient un instrument inquiétant, Annabelle force les enfants à danser… Comment expliquez-vous ce rapport à la musique ?

Je suis surpris par cette question. Je n’ai jamais vu ça comme ça mais cela fait sens. Peut-être est-ce dû à mon expérience avec mon professeur de piano qui était l’archétype de la Reine Araignée. Peut-être est-ce dû aussi au fait que ma mère est chorégraphe et mon père pianiste. Mais c’est sûrement parce que j’aime impliquer la musique dans mes films car cela a toujours été proche de moi, donc mes personnages principaux sont quelque part reliés à la musique.

Entretien réalisé par Alexandre Leloup (CinéJeunes).
Traduit de l’anglais par Amandine Nascimento.

Rencontre avec Andres Mänd, Directeur du studio d’animation estonien Nukufilm.

Pouvez-vous nous raconter l’histoire de votre Studio ?

Nukufilm est le plus ancien studio d’animation en stop-motion du monde encore en activité. Il a été fondé par Elbert Tuganov. Nous avons célébré son 60ème anniversaire en novembre 2017. Le tout premier court métrage réalisé est Little Peter’s Dream (Le Rêve du Petit Peter) en 1957.
Malgré les bouleversements économiques liés à l’indépendance de l’Estonie en 1991, nous avons réussi à maintenir l’activité de notre studio et ce, grâce à la co-production avec les télévisions islandaises et finlandaises.

Nukufilm est une entreprise qui a une ambition artistique. Nous avons produit plus de 220 titres et reçu plus de 200 prix ou récompenses dans différents festivals internationaux de courts métrages d’animation. Le studio est situé dans le centre de Tallinn avec 700m2 d’espace et 28 professionnels répartis sur toutes les étapes de la production. Nukufilm, signifie « film de marionnettes », voilà pourquoi notre objectif est la production de films en stop-motion. Principalement des courts métrages. Nous faisons également de l’animation en papiers découpés analogique et numérique.

C’est en 2010 que nous avons décidé de produire notre premier long métrage d’animation : Capitaine Morten et la reine des araignées. C’est une co-production avec Grid Animation (Belgique), Telegael (Irlande) et Calon (Royaume Uni).

Existe-t-il d’autres studios comme le vôtre en Estonie ?

Non, nous sommes le seul studio de stop-motion en Estonie. Le seul aussi en Europe du Nord pour le moment. Il y a déjà eu d’autres productions estoniennes de court métrages ou de publicités en stop-motion pour la télévision. Mais ces projets uniques ne nécessitent pas d’avoir un studio fixe. Les plateaux étaient installés temporairement dans des locaux loués pour l’occasion. Nous sommes capables de produire 60 minutes de stop-motion haut de gamme par an. Avec le lancement de Capitaine Morten, le nombre de projets a automatiquement diminué. Malgré tout, nous avons actuellement 5 autres films en production. 

Avez-vous réalisé le film intégralement dans votre studio ? Si non, pouvez-vous nous dire comment s’est réparti le tournage avec les autres studios ?

Le budget total de Capitaine Morten est de 6,2 millions d’euros. L’apport budgétaire côté estonien étant limité, nous avons dû trouver des coproducteurs étrangers pour boucler le financement. Nous avons eu la chance de trouver des partenaires au Royaume-Uni, en Irlande et en Belgique. Le tournage s’est fait de la manière suivante : 40 minutes du film ont été tournées dans notre studio et les 40 autres minutes ont été réalisées en Irlande. La post-production a été réalisée en Belgique.

Comment est né le projet de Capitaine Morten ?

A l’origine, Capitaine Morten est basé sur un livre pour enfants de Kaspar Jancis, publié en Estonie à l’été 2010. Lorsque j’ai lu ce livre, j’ai compris que cela collerait parfaitement. Kaspar Jancis est un créateur aux multiples talents. Nous nous sommes rencontrés et nous avons décidé de lancer le projet. Même s’il n’avait jamais travaillé en stop-motion auparavant, nous avons décidé de confier la réalisation à Kaspar. Nous avons présenté le projet au Cartoon Movie de Lyon en 2011où nous avons eu un retour très positif. Il a fallu trouver des partenaires et des fonds, ce qui nous a pris un peu de temps. La production a été lancée en 2014 et les premières séquences ont été tournées à Nukufilm. Puis, nous avons eu la chance de trouver le distributeur allemand Sola Media pour nous soutenir.

Que représente la production d’un long métrage pour votre studio ?

Depuis le milieu des années 80, Nukufilm mais aussi nos compatriotes d’Eesti Joonisfilm sommes présents dans de nombreux festivals internationaux de courts métrages et représentons une marque de fabrique du cinéma d’animation estonien. Désormais, l’Estonie est un « little big man » de l’animation, petite nation mais importante et dynamique à la fois. Cependant toutes les récompenses et les prix reçus ne nous donnent pas de garanties économiques ni de fonds suffisant pour le futur.

Avec Capitaine Morten nous souhaitons montrer au monde que nous sommes en mesure de produire de l’animation de grande qualité. Franchement, nous sommes très fiers de ce que nous avons accompli. Nous espérons que le public aimera aussi!

Entretien réalisé par Alexandre Leloup (CinéJeunes).
Traduit de l’anglais par Amandine Nascimento.  

#CapitaineMorten et la Reine des Araignées

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