dimanche 7 juillet 2019

VITA & VIRGINIA



Biopic/Drame/Romance/Une belle sensibilité pour cette histoire d'amour qui explore d'intéressants sujets

Réalisé par Chanya Button
Avec Gemma Arterton, Elizabeth Debicki, Isabella Rossellini, Rupert Penry-Jones, Peter Ferdinando, Emerald Fennell, Gethin Anthony, Rory Fleck-Byrne...

Long-métrage Britannique/Irlandais
Titre original : Vita and Virginia 
Durée : 01h50mn
Année de production : 2017
Distributeur : Pyramide Distribution 

Date de sortie sur nos écrans : 10 juillet 2019


Résumé : Virginia Woolf et Vita Sackville-West se rencontrent en 1922. La première est une femme de lettres révolutionnaire, la deuxième une aristocrate mondaine. Quand leurs chemins se croisent, l'irrésistible Vita jette son dévolu sur la brillante et fragile Virginia. Commence une relation passionnelle qui fait fi des conventions sociales et de leurs mariages respectifs. La fascination que Virginia ressent pour Vita, l'abîme entre sa vie d’artiste et le faste de l'excentrique aristocrate donneront naissance à Orlando, une de ses œuvres maîtresses, bouleversante réflexion sur le genre et sur l’art.

Bande annonce (VOSTFR)


Ce que j'en ai pensé : la réalisatrice Chanya Button s'attache à nous raconter une tranche de vie qui a eu un impact particulier dans la vie de l'auteure Virginia Wolf. Elle insuffle une belle sensibilité dans cette pièce d'époque qui, bien au-delà de l'histoire d'amour, met en exergue la volonté de ces intellectuelles de se battre pour la reconnaissance de la voix et de la liberté des femmes. 


Sa mise en scène sait rendre leur place aux mots, aux échanges dans les dialogues et accompagner leurs sens ainsi que leurs effets sur celles ou ceux qui les reçoivent d'une expression visuelle. Elle permet aussi aux relations émotionnelles d'être claires et de laisser la narration nous guider vers une évolution compréhensible des sentiments. Les décors et les costumes participent à nous plonger dans les années 1920 en Angleterre. La musique fait des intrusions aux intonations étonnamment modernes, certainement pour surligner le fait que la thématique féministe trouve une résonance dans notre époque. Le scénario, que l'on sent romancé pour servir le côté cinématographique de cette histoire, est assez classique, il n'offre pas de surprises et reste dans le sentier bien tracé du biopic. Cependant, les thématiques du mariage libre, du marché de la littérature et de la vision des classes sociales explorent des aspects relativement inhabituels et intéressants.

Gemma Arterton interprète la très aristocratique Vita Sackville-West, femme en avance sur son temps, qui n'aime pas qu'on lui résiste et qui n'est pas capable de construire des liens durables avec les gens. L'actrice met son tempérament au service de ce personnage tout en réussissant habilement à nous la décrypter pour ne pas qu'elle soit détestable.




Elizabeth Debicki est impeccable dans son interprétation de Virginia Wolf dont la fragilité se pare d'agressivité afin de se protéger, et qui ne peut s'ouvrir aux autres sous peine d'en souffrir les conséquences. Elle sait montrer toutes les nuances d'une personnalité brillante et complexe.




Isabella Rossellini est à l'aise dans le rôle de l'intransigeante Lady Sackville.



Rupert Penry-Jones interprète Sir Harold Nicolson et Peter Ferdinando interprète Leonard Woolf. Ces hommes ont une approche féministe de la relation qu'ils entretiennent avec leurs femmes, ils respectent leurs intellects, ils acceptent plus ou moins les enjeux de la spécificité de leur mariage, tout en mettant en avant deux personnalités distinctes et deux façons d'aborder la vie maritale. Les acteurs font un très bon travail pour exprimer les sentiments contradictoires qui les animent chacun pour des raisons différentes.


Copyright photos @ Pyramide Distribution

VITA & VIRGINIA raconte certes une histoire d'amour qui a eu un impact sur la littérature puisqu'elle a permis la naissance d'une œuvre et la reconnaissance publique de son auteure. Cependant, le film ouvre une lecture plus large aussi sur d'autres sujets. Pour ceux et celles qui veulent prolonger l'expérience, il pourra être complété par la lecture du roman VIRGINIA & VITA de Christine Orban - paru au Livre de Poche - qui raconte cette même page de la vie de Virginia Woolf. 



L'auteure a d'ailleurs eu la gentillesse de venir partager sa connaissance de cette célèbre écrivaine suite à la projection. Retrouvez ces échanges dans les vidéos ci-dessous (attention, elles contiennent des spoilers) :




NOTES DE PRODUCTION
(À ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)


ENTRETIEN AVEC
CHANYA BUTTON (RÉALISATRICE ET CO SCÉNARISTE),
GEMMA ARTERTON (VITA SACKVILLE-WEST),
ELIZABETH DEBICKI (VIRGINIA WOOLF)

Comment avez-vous pris part au projet ?

GEMMA ARTERTON - C’est Eileen Atkins, l’auteure de la pièce VITA & VIRGINIA, qui m’en a parlé. Il y a quelques années, elle m’a écrit pour me dire que la pièce allait être adaptée au cinéma et qu’elle pensait que je serais parfaite pour le rôle de Vita. Elle m’a envoyé le scénario et je me suis tellement impliquée dans le projet que j’ai décidé de devenir coproductrice. Un soir j’ai parlé du projet à Chanya avec laquelle je passais des vacances, et elle m’a appris qu’elle avait consacré son mémoire de fin d’études à la correspondance et aux essais de Virginia Woolf ! Elle a dépassé toutes nos attentes, c’était la réalisatrice idéale pour ce film.

CHANYA BUTTON - J’ai toujours adoré Virginia Woolf. Son regard sur le monde a forgé le mien, et c’est grâce à elle que je suis devenue réalisatrice. Eileen a eu l’amabilité de me laisser collaborer au scénario, j’ai donc eu la chance de co-écrire et de réaliser le film.

Qu’est-ce qui différencie VITA & VIRGINIA d’un autre film d’époque ?
GA – Le terme « film d’époque » ne s’applique pas très bien à ce projet, tant les personnages (notamment le Bloomsbury Group) étaient en avance sur leur temps. Ce sont des pionniers qui ont fait tomber de nombreuses barrières. Dans les années 1920, les gens avaient envie de se libérer de l’ère victorienne, et nous avons voulu souligner cette quête d’émancipation. Nous avons instillé de la jeunesse et de la fraîcheur dans le film. Les acteurs sont jeunes, et j’espère que cela contribue à nous affranchir du côté souvent guindé de ce genre de productions.

ELIZABETH DEBICKI - Lorsque j’ai découvert le scénario, j’ai trouvé qu’il abordait la relation entre Vita et Virginia d’une façon originale et audacieuse. Il y avait beaucoup d’intelligence et de pertinence dans cette manière d’intégrer leur style littéraire à travers leurs correspondances ou leurs conversations... Le film rend hommage à leur travail, mais il parle avant tout de deux femmes dont l’histoire d’amour bouleversante est au cœur du récit.

CB – Le fait que l’action se déroule dans les années 20 devait rester secondaire, nous voulions que le ton du film soit contemporain, osé, voire un peu punk. L’univers du Bloomsbury Group était libéral et progressiste, et cela a guidé ma vision du film. La relation entre Vita et Virginia était à des années-lumière de son époque, tellement en avance sur son temps... Nous ne voulions donc pas d’un film englué dans le passé. J’ai beaucoup réfléchi aux films qui traitent de génies élevés au statut d’icônes. D’une part, il s’agit très souvent d’hommes, et d’autre part je trouve qu’on a trop souvent le sentiment de simplement regarder une personne intelligente en train de faire preuve d’esprit. Au cours du film, nous entrons petit à petit dans la tête de Virginia, en particulier lorsqu’elle se sent inspirée par Vita et que certaines émotions s’éveillent. Nous avons introduit des visions assez surréalistes, un peu à la manière du réalisme magique, pour montrer à quoi pouvait ressembler le monde à travers le regard de Virginia...

Ces deux femmes ont mené des vies extraordinaires, le sujet était vaste, comment avez-vous choisi les éléments sur lesquels vous concentrer ?

CB – Notre film offre un instantané de la période la plus intense de la relation entre Vita et Virginia. Il montre aussi comment Virginia s’est ouverte à sa propre sexualité, comment son rapport au corps et au sexe a évolué au contact de Vita. On associe souvent Virginia Woolf à la fragilité. On se souvient qu’elle s’est suicidée, et qu’elle a lutté toute sa vie contre des démons d’ordre émotionnel ou psychologique. Le film saisit et cristallise au contraire une période de grande force chez cette femme qui va utiliser son intelligence hors du commun pour digérer et surmonter une expérience dont tout le monde disait qu’elle la conduirait à sa perte. C’est justement le moment où Virginia met à profit son talent d’écrivain pour créer une oeuvre prodigieuse, afin de surmonter une crise causée par Vita.

Sur quelles facettes de Vita et de Virginia vous êtes-vous appuyées pour leur donner vie ?

GA – Vita est une véritable énigme. D’un côté il y a le personnage public au caractère bien trempé, qui aime s’amuser et croque la vie à pleines dents, et de l’autre, il y a une femme timide et secrète. Elle était affectueuse et attentionnée, mais pouvait aussi se montrer cruelle et glaciale. J’ai adoré l’interpréter dans ses contradictions.

ED – Ma préparation pour jouer Virginia a été un processus très enrichissant, mais un peu intimidant parfois. C’est tout ce que les acteurs recherchent : un personnage foisonnant, un rôle magnifique qui vous pousse dans vos retranchements. J’ai appris énormément en tant que femme à mesure que je découvrais plus de choses sur elle. Incarner Virginia Woolf, c’est faire un grand saut dans l’inconnu. Il serait illusoire de vouloir faire le tour de sa personnalité fascinante, mais me rapprocher d’elle m’a permis de porter un regard différent sur son oeuvre. J’ai lu Orlando pour la première fois, non pas comme un simple roman, mais pour y trouver en creux l’esquisse de sa relation avec Vita.

Vous êtes-vous inspirées de leur correspondance ?

GA – De nombreuses répliques sont tirées directement de leur correspondance. Rendre leurs échanges naturels n’était pas évident, car dans leurs lettres chaque mot est pesé. Elizabeth et moi avons beaucoup travaillé là-dessus. Il faut garder à l’esprit qu’elles étaient des auteures avant tout, c’est ainsi qu’elles s’exprimaient. Et elles avaient beaucoup d’amour et de considération l’une pour l’autre.

ED – Le film s’efforce de rendre justice à l’univers cérébral de ces femmes, mais il possède aussi un côté très physique, cru et humain... La dimension charnelle avait son importance dans leur histoire. Je pense également que Vita était amusante et irrévérencieuse. Elle venait d’un monde différent et Virginia était justement très intéressée par les autres, elle était avide de découvertes et se sentait attirée par les personnes qui pouvaient lui apprendre quelque chose.

Les décors jouent un rôle capital dans le film, ils participent à l’authenticité de l’histoire mais aussi des personnages et de ceux qui les entourent…

CB – J’ai travaillé en étroite collaboration avec Noam Piper, le chef décorateur. Noam n’est pas là pour faire de l’esbroufe ou nous en mettre plein la vue avec son style. Il pense d’abord à la scène, à l’interprétation des acteurs. C’est gratifiant. Nous avons cherché à distiller l’essence des personnages dans leur cadre de vie et le résultat est incroyablement authentique. Tout ce qu’il y avait sur le plateau de Charleston House était dans la maison d’origine. Nous avons seulement réinterprété et réorganisé les choses à notre façon. Recréer ce lieu fréquenté par le Bloomsbury Group était une expérience unique. C’était le repère d’artistes qui voulaient mener leur vie comme ils l’entendaient. C’est un lieu emblématique (qui est en lui-même une oeuvre d’art), un peu une métaphore du film lui-même, qui parle d’une communauté de personnes qui ont façonné leurs vies au service de leurs passions et leurs centres d’intérêt, dans une quête totale de liberté.

ED – Noam déborde de talent, il est attentif au moindre détail. C’est un privilège pour un acteur de travailler dans des décors aussi vivants, on peut s’imprégner et s’inspirer de la magie des lieux. Les locaux d’Hogarth Press étaient particulièrement bien pensés, avec leur architecture si particulière. On aurait dit un long tunnel menant à la porte de Virginia, comme si l’énergie du lieu convergeait vers son espace de création. J’ai trouvé judicieux que l’énergie semble se concentrer et émaner de ce lieu. Le décor, assez sombre et humide, se trouvait dans le sous-sol d’un vaste manoir, et contrastait avec l’univers de Vita. La lumière et les couleurs de l’environnement des Woolf étaient à l’opposé de la résidence spacieuse et aérée des Nicolson.

CB – Nous avons aussi tourné une journée à Knole, la demeure familiale de Vita dans le Kent, le seul endroit d’origine qui soit dans le film, qui fut un point d’ancrage pour le tournage.

Comment les costumes ont-ils contribué à enrichir le film ?

CB – Il était essentiel que Vita soit habillée de la façon la plus avant-gardiste possible. Elle était tellement en avance sur son temps, on la croirait sortie des années 1930. Elle s’habillait d’une façon assez androgyne, mais cela dépendait des moments : elle pouvait être très féminine lorsqu’elle en avait envie, ou au contraire masculine quand elle s’inventait un personnage. J’ai suggéré à Lorna Mugan, la cheffe costumière, d’imaginer Vita comme une punk vivant dans un château et d’ajouter quelques petites excentricités à ses Les décors jouent un rôle capital dans le film, ils participent à l’authenticité de l’histoire mais aussi des personnages et de ceux qui les entourent… tenues, pour leur donner une pointe d’originalité qu’une personne de son statut social ne se serait normalement pas permis.

GA – Nous voulions montrer combien l’audace de Vita lui avait permis de lancer des modes. Elle était très riche et pouvait dépenser beaucoup d’argent pour sa garde-robe ; elle a aussi beaucoup voyagé, donc nous avons voulu intégrer une touche moyen-orientale dans ses vêtements. Nous avions aussi beaucoup de références anachroniques, du style androgyne de David Bowie à Keith Richards ou Louise Brooks…

ED – Lorna était extrêmement sensible à la dimension psychologique de l’histoire que nous voulions raconter. Les palettes qu’elle a créées pour chaque personnage les distinguent clairement les uns des autres et nous ouvrent les portes de leur monde intérieur. Elle a choisi d’entourer Virginia de douceur, comme un étang dans lequel elle évoluerait, dans des tons froids ou bleutés. Le contraste est saisissant avec Vita, qui cherche à tout prix à asseoir sa place dans le monde en tant que femme. Vita a l’air différente dans chaque scène, alors que le style de Virginia semble immuable du début à la fin du film.

À propos de la réalisatrice
Chanya Button est née en 1986 à Londres. Elle étudie le théâtre et la littérature à l’université d’Oxford. Elle débute en tant qu’assistante mise en scène dans les plus grands théâtres londoniens (Tricycle, Globe, Bush). Puis elle réalise trois courts métrages remarqués : FROG/ROBOT (2011), FIRE (2012) et ALPHA : OMEGA (2013). Après BURN BURN BURN (2016), VITA & VIRGINIA est son deuxième long métrage, présenté en première mondiale au festival de Toronto 2018.

© Orlando / Blinder Films Limited 2018
Source et copyright des textes des notes de production @ Pyramide Distribution

  
#VitaEtVirginia

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