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dimanche 7 juillet 2019

VITA & VIRGINIA



Biopic/Drame/Romance/Une belle sensibilité pour cette histoire d'amour qui explore d'intéressants sujets

Réalisé par Chanya Button
Avec Gemma Arterton, Elizabeth Debicki, Isabella Rossellini, Rupert Penry-Jones, Peter Ferdinando, Emerald Fennell, Gethin Anthony, Rory Fleck-Byrne...

Long-métrage Britannique/Irlandais
Titre original : Vita and Virginia 
Durée : 01h50mn
Année de production : 2017
Distributeur : Pyramide Distribution 

Date de sortie sur nos écrans : 10 juillet 2019


Résumé : Virginia Woolf et Vita Sackville-West se rencontrent en 1922. La première est une femme de lettres révolutionnaire, la deuxième une aristocrate mondaine. Quand leurs chemins se croisent, l'irrésistible Vita jette son dévolu sur la brillante et fragile Virginia. Commence une relation passionnelle qui fait fi des conventions sociales et de leurs mariages respectifs. La fascination que Virginia ressent pour Vita, l'abîme entre sa vie d’artiste et le faste de l'excentrique aristocrate donneront naissance à Orlando, une de ses œuvres maîtresses, bouleversante réflexion sur le genre et sur l’art.

Bande annonce (VOSTFR)


Ce que j'en ai pensé : la réalisatrice Chanya Button s'attache à nous raconter une tranche de vie qui a eu un impact particulier dans la vie de l'auteure Virginia Wolf. Elle insuffle une belle sensibilité dans cette pièce d'époque qui, bien au-delà de l'histoire d'amour, met en exergue la volonté de ces intellectuelles de se battre pour la reconnaissance de la voix et de la liberté des femmes. 


Sa mise en scène sait rendre leur place aux mots, aux échanges dans les dialogues et accompagner leurs sens ainsi que leurs effets sur celles ou ceux qui les reçoivent d'une expression visuelle. Elle permet aussi aux relations émotionnelles d'être claires et de laisser la narration nous guider vers une évolution compréhensible des sentiments. Les décors et les costumes participent à nous plonger dans les années 1920 en Angleterre. La musique fait des intrusions aux intonations étonnamment modernes, certainement pour surligner le fait que la thématique féministe trouve une résonance dans notre époque. Le scénario, que l'on sent romancé pour servir le côté cinématographique de cette histoire, est assez classique, il n'offre pas de surprises et reste dans le sentier bien tracé du biopic. Cependant, les thématiques du mariage libre, du marché de la littérature et de la vision des classes sociales explorent des aspects relativement inhabituels et intéressants.

Gemma Arterton interprète la très aristocratique Vita Sackville-West, femme en avance sur son temps, qui n'aime pas qu'on lui résiste et qui n'est pas capable de construire des liens durables avec les gens. L'actrice met son tempérament au service de ce personnage tout en réussissant habilement à nous la décrypter pour ne pas qu'elle soit détestable.




Elizabeth Debicki est impeccable dans son interprétation de Virginia Wolf dont la fragilité se pare d'agressivité afin de se protéger, et qui ne peut s'ouvrir aux autres sous peine d'en souffrir les conséquences. Elle sait montrer toutes les nuances d'une personnalité brillante et complexe.




Isabella Rossellini est à l'aise dans le rôle de l'intransigeante Lady Sackville.



Rupert Penry-Jones interprète Sir Harold Nicolson et Peter Ferdinando interprète Leonard Woolf. Ces hommes ont une approche féministe de la relation qu'ils entretiennent avec leurs femmes, ils respectent leurs intellects, ils acceptent plus ou moins les enjeux de la spécificité de leur mariage, tout en mettant en avant deux personnalités distinctes et deux façons d'aborder la vie maritale. Les acteurs font un très bon travail pour exprimer les sentiments contradictoires qui les animent chacun pour des raisons différentes.


Copyright photos @ Pyramide Distribution

VITA & VIRGINIA raconte certes une histoire d'amour qui a eu un impact sur la littérature puisqu'elle a permis la naissance d'une œuvre et la reconnaissance publique de son auteure. Cependant, le film ouvre une lecture plus large aussi sur d'autres sujets. Pour ceux et celles qui veulent prolonger l'expérience, il pourra être complété par la lecture du roman VIRGINIA & VITA de Christine Orban - paru au Livre de Poche - qui raconte cette même page de la vie de Virginia Woolf. 



L'auteure a d'ailleurs eu la gentillesse de venir partager sa connaissance de cette célèbre écrivaine suite à la projection. Retrouvez ces échanges dans les vidéos ci-dessous (attention, elles contiennent des spoilers) :




NOTES DE PRODUCTION
(À ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)


ENTRETIEN AVEC
CHANYA BUTTON (RÉALISATRICE ET CO SCÉNARISTE),
GEMMA ARTERTON (VITA SACKVILLE-WEST),
ELIZABETH DEBICKI (VIRGINIA WOOLF)

Comment avez-vous pris part au projet ?

GEMMA ARTERTON - C’est Eileen Atkins, l’auteure de la pièce VITA & VIRGINIA, qui m’en a parlé. Il y a quelques années, elle m’a écrit pour me dire que la pièce allait être adaptée au cinéma et qu’elle pensait que je serais parfaite pour le rôle de Vita. Elle m’a envoyé le scénario et je me suis tellement impliquée dans le projet que j’ai décidé de devenir coproductrice. Un soir j’ai parlé du projet à Chanya avec laquelle je passais des vacances, et elle m’a appris qu’elle avait consacré son mémoire de fin d’études à la correspondance et aux essais de Virginia Woolf ! Elle a dépassé toutes nos attentes, c’était la réalisatrice idéale pour ce film.

CHANYA BUTTON - J’ai toujours adoré Virginia Woolf. Son regard sur le monde a forgé le mien, et c’est grâce à elle que je suis devenue réalisatrice. Eileen a eu l’amabilité de me laisser collaborer au scénario, j’ai donc eu la chance de co-écrire et de réaliser le film.

Qu’est-ce qui différencie VITA & VIRGINIA d’un autre film d’époque ?
GA – Le terme « film d’époque » ne s’applique pas très bien à ce projet, tant les personnages (notamment le Bloomsbury Group) étaient en avance sur leur temps. Ce sont des pionniers qui ont fait tomber de nombreuses barrières. Dans les années 1920, les gens avaient envie de se libérer de l’ère victorienne, et nous avons voulu souligner cette quête d’émancipation. Nous avons instillé de la jeunesse et de la fraîcheur dans le film. Les acteurs sont jeunes, et j’espère que cela contribue à nous affranchir du côté souvent guindé de ce genre de productions.

ELIZABETH DEBICKI - Lorsque j’ai découvert le scénario, j’ai trouvé qu’il abordait la relation entre Vita et Virginia d’une façon originale et audacieuse. Il y avait beaucoup d’intelligence et de pertinence dans cette manière d’intégrer leur style littéraire à travers leurs correspondances ou leurs conversations... Le film rend hommage à leur travail, mais il parle avant tout de deux femmes dont l’histoire d’amour bouleversante est au cœur du récit.

CB – Le fait que l’action se déroule dans les années 20 devait rester secondaire, nous voulions que le ton du film soit contemporain, osé, voire un peu punk. L’univers du Bloomsbury Group était libéral et progressiste, et cela a guidé ma vision du film. La relation entre Vita et Virginia était à des années-lumière de son époque, tellement en avance sur son temps... Nous ne voulions donc pas d’un film englué dans le passé. J’ai beaucoup réfléchi aux films qui traitent de génies élevés au statut d’icônes. D’une part, il s’agit très souvent d’hommes, et d’autre part je trouve qu’on a trop souvent le sentiment de simplement regarder une personne intelligente en train de faire preuve d’esprit. Au cours du film, nous entrons petit à petit dans la tête de Virginia, en particulier lorsqu’elle se sent inspirée par Vita et que certaines émotions s’éveillent. Nous avons introduit des visions assez surréalistes, un peu à la manière du réalisme magique, pour montrer à quoi pouvait ressembler le monde à travers le regard de Virginia...

Ces deux femmes ont mené des vies extraordinaires, le sujet était vaste, comment avez-vous choisi les éléments sur lesquels vous concentrer ?

CB – Notre film offre un instantané de la période la plus intense de la relation entre Vita et Virginia. Il montre aussi comment Virginia s’est ouverte à sa propre sexualité, comment son rapport au corps et au sexe a évolué au contact de Vita. On associe souvent Virginia Woolf à la fragilité. On se souvient qu’elle s’est suicidée, et qu’elle a lutté toute sa vie contre des démons d’ordre émotionnel ou psychologique. Le film saisit et cristallise au contraire une période de grande force chez cette femme qui va utiliser son intelligence hors du commun pour digérer et surmonter une expérience dont tout le monde disait qu’elle la conduirait à sa perte. C’est justement le moment où Virginia met à profit son talent d’écrivain pour créer une oeuvre prodigieuse, afin de surmonter une crise causée par Vita.

Sur quelles facettes de Vita et de Virginia vous êtes-vous appuyées pour leur donner vie ?

GA – Vita est une véritable énigme. D’un côté il y a le personnage public au caractère bien trempé, qui aime s’amuser et croque la vie à pleines dents, et de l’autre, il y a une femme timide et secrète. Elle était affectueuse et attentionnée, mais pouvait aussi se montrer cruelle et glaciale. J’ai adoré l’interpréter dans ses contradictions.

ED – Ma préparation pour jouer Virginia a été un processus très enrichissant, mais un peu intimidant parfois. C’est tout ce que les acteurs recherchent : un personnage foisonnant, un rôle magnifique qui vous pousse dans vos retranchements. J’ai appris énormément en tant que femme à mesure que je découvrais plus de choses sur elle. Incarner Virginia Woolf, c’est faire un grand saut dans l’inconnu. Il serait illusoire de vouloir faire le tour de sa personnalité fascinante, mais me rapprocher d’elle m’a permis de porter un regard différent sur son oeuvre. J’ai lu Orlando pour la première fois, non pas comme un simple roman, mais pour y trouver en creux l’esquisse de sa relation avec Vita.

Vous êtes-vous inspirées de leur correspondance ?

GA – De nombreuses répliques sont tirées directement de leur correspondance. Rendre leurs échanges naturels n’était pas évident, car dans leurs lettres chaque mot est pesé. Elizabeth et moi avons beaucoup travaillé là-dessus. Il faut garder à l’esprit qu’elles étaient des auteures avant tout, c’est ainsi qu’elles s’exprimaient. Et elles avaient beaucoup d’amour et de considération l’une pour l’autre.

ED – Le film s’efforce de rendre justice à l’univers cérébral de ces femmes, mais il possède aussi un côté très physique, cru et humain... La dimension charnelle avait son importance dans leur histoire. Je pense également que Vita était amusante et irrévérencieuse. Elle venait d’un monde différent et Virginia était justement très intéressée par les autres, elle était avide de découvertes et se sentait attirée par les personnes qui pouvaient lui apprendre quelque chose.

Les décors jouent un rôle capital dans le film, ils participent à l’authenticité de l’histoire mais aussi des personnages et de ceux qui les entourent…

CB – J’ai travaillé en étroite collaboration avec Noam Piper, le chef décorateur. Noam n’est pas là pour faire de l’esbroufe ou nous en mettre plein la vue avec son style. Il pense d’abord à la scène, à l’interprétation des acteurs. C’est gratifiant. Nous avons cherché à distiller l’essence des personnages dans leur cadre de vie et le résultat est incroyablement authentique. Tout ce qu’il y avait sur le plateau de Charleston House était dans la maison d’origine. Nous avons seulement réinterprété et réorganisé les choses à notre façon. Recréer ce lieu fréquenté par le Bloomsbury Group était une expérience unique. C’était le repère d’artistes qui voulaient mener leur vie comme ils l’entendaient. C’est un lieu emblématique (qui est en lui-même une oeuvre d’art), un peu une métaphore du film lui-même, qui parle d’une communauté de personnes qui ont façonné leurs vies au service de leurs passions et leurs centres d’intérêt, dans une quête totale de liberté.

ED – Noam déborde de talent, il est attentif au moindre détail. C’est un privilège pour un acteur de travailler dans des décors aussi vivants, on peut s’imprégner et s’inspirer de la magie des lieux. Les locaux d’Hogarth Press étaient particulièrement bien pensés, avec leur architecture si particulière. On aurait dit un long tunnel menant à la porte de Virginia, comme si l’énergie du lieu convergeait vers son espace de création. J’ai trouvé judicieux que l’énergie semble se concentrer et émaner de ce lieu. Le décor, assez sombre et humide, se trouvait dans le sous-sol d’un vaste manoir, et contrastait avec l’univers de Vita. La lumière et les couleurs de l’environnement des Woolf étaient à l’opposé de la résidence spacieuse et aérée des Nicolson.

CB – Nous avons aussi tourné une journée à Knole, la demeure familiale de Vita dans le Kent, le seul endroit d’origine qui soit dans le film, qui fut un point d’ancrage pour le tournage.

Comment les costumes ont-ils contribué à enrichir le film ?

CB – Il était essentiel que Vita soit habillée de la façon la plus avant-gardiste possible. Elle était tellement en avance sur son temps, on la croirait sortie des années 1930. Elle s’habillait d’une façon assez androgyne, mais cela dépendait des moments : elle pouvait être très féminine lorsqu’elle en avait envie, ou au contraire masculine quand elle s’inventait un personnage. J’ai suggéré à Lorna Mugan, la cheffe costumière, d’imaginer Vita comme une punk vivant dans un château et d’ajouter quelques petites excentricités à ses Les décors jouent un rôle capital dans le film, ils participent à l’authenticité de l’histoire mais aussi des personnages et de ceux qui les entourent… tenues, pour leur donner une pointe d’originalité qu’une personne de son statut social ne se serait normalement pas permis.

GA – Nous voulions montrer combien l’audace de Vita lui avait permis de lancer des modes. Elle était très riche et pouvait dépenser beaucoup d’argent pour sa garde-robe ; elle a aussi beaucoup voyagé, donc nous avons voulu intégrer une touche moyen-orientale dans ses vêtements. Nous avions aussi beaucoup de références anachroniques, du style androgyne de David Bowie à Keith Richards ou Louise Brooks…

ED – Lorna était extrêmement sensible à la dimension psychologique de l’histoire que nous voulions raconter. Les palettes qu’elle a créées pour chaque personnage les distinguent clairement les uns des autres et nous ouvrent les portes de leur monde intérieur. Elle a choisi d’entourer Virginia de douceur, comme un étang dans lequel elle évoluerait, dans des tons froids ou bleutés. Le contraste est saisissant avec Vita, qui cherche à tout prix à asseoir sa place dans le monde en tant que femme. Vita a l’air différente dans chaque scène, alors que le style de Virginia semble immuable du début à la fin du film.

À propos de la réalisatrice
Chanya Button est née en 1986 à Londres. Elle étudie le théâtre et la littérature à l’université d’Oxford. Elle débute en tant qu’assistante mise en scène dans les plus grands théâtres londoniens (Tricycle, Globe, Bush). Puis elle réalise trois courts métrages remarqués : FROG/ROBOT (2011), FIRE (2012) et ALPHA : OMEGA (2013). Après BURN BURN BURN (2016), VITA & VIRGINIA est son deuxième long métrage, présenté en première mondiale au festival de Toronto 2018.

© Orlando / Blinder Films Limited 2018
Source et copyright des textes des notes de production @ Pyramide Distribution

  
#VitaEtVirginia

mercredi 6 mai 2015

Back to the present


Policier/Drame/Une dimension réaliste, trop de longueurs

Réalisé par Gerard Johnson
Avec Peter Ferdinando, Stephen Graham, Neil Maskell, Elisa Lasowski, Myanna Buring, Richard Dormer, Gordon Brown, Tony Pitts...

Long-métrage Britannique
Durée: 01h52mn
Année de production: 2014
Distributeur: The Jokers / Bac Films

Interdit aux moins de 16 ans 

Date de sortie sur les écrans britanniques : 6 mars 2015
Date de sortie sur nos écrans: 6 mai 2015


Résumé : Michael Logan est un mélange complexe d’alcoolique occasionnel et d’officier de police corrompu. Mais l’univers sinistre dans lequel il évolue est en pleine mutation. L’arrivée en masse de gangsters sans pitié venus d’Albanie menace de bouleverser le paysage criminel londonien. Jusqu’ici son instinct lui avait toujours donné une longueur d’avance, mais son comportement de plus en plus autodestructeur et la brutalité des nouveaux chefs de gangs vont le plonger dans une spirale de peurs et de doutes.

La scène d'introduction


Bande annonce (VOSTFR)


Ce que j'en ai pensé : J'ai découvert HYENA lors du dernier Festival du Film Policier de Beaune. Il y a obtenu le prix du Jury. J'aime beaucoup le cinéma anglais et je défends aisément les films indépendants. Comme il répond à ces deux critères, j'étais assez confiante en allant voir HYENA, mais les longueurs ont malheureusement limité mon appréciation du film.
Le réalisateur, Gerard Johnson, donne une dimension réelle, tendant vers le glauque, à son long-métrage. C'est un style qu'il assume. Il maintient une cohérence dans les ambiances, le rythme et la mise en scène.
Dans l'histoire, tout le monde en prend pour son grade. Les personnages, principalement masculins, ne sont pas des types biens autant du côté de la police que des criminels. On peut apprécier justement que l'intrigue porte un regard réaliste sur la société et sur les horreurs qui s'y produisent.





Les acteurs jouent bien. J'ai particulièrement apprécié Peter Ferdinando, qui interprète le personnage principal, Michael Logan. Il passe par différentes étapes émotionnelles pendant l'histoire tout en gardant le caractère de son protagoniste intact en permanence.


J'ai bien aimé la personnalité de Tony Pitts, qui interprète Keith. Je trouve qu'il se distingue du reste du groupe.
Malgré toutes ces qualités, il y a trop de lenteurs avant la mise en place du cœur de l'intrigue et même après. Les longueurs m'ont laissé de marbre. Entre deux moments pendant lesquels il se passe un événement, les temps de mise en place se font trop sentir. Certes, on a envie de savoir comment tout cela va se terminer, mais du coup je ne sais pas si l'attente vaut la conclusion.
Si vous aimez les films réalistes qui prennent tranquillement le temps de poser les jalons de l'histoire, alors HYENA peut vous convaincre. Si, comme moi, vous aimez que dans les films policiers, les faits s'enchaînent, il y a des chances pour que vous n'appréciez pas trop le rythme de ce long-métrage. A vous de voir.





NOTES DE PRODUCTION
(A ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers!)

À PROPOS DU FILM

LES PREMIERS PAS

Les producteurs Stephen Woolley et Joanna Laurie ont lié connaissance avec Gerard Johnson en Bretagne.

« Nous nous sommes rencontrés au Festival du Film Britannique de Dinard, » explique Stephen Woolley, le co-directeur de Number 9 Films, une société de production de films indépendants maintes fois récompensée. « Gerard et son cousin, Peter Ferdinando, se sont assis à côté de nous dans une crêperie, et nous nous sommes mis à bavarder. Il nous a dit que son premier film, Tony, était montré le soir même dans le cadre du Festival, et il nous a invités à la projection. Nous sommes allés le voir sans nous attendre à grand chose. »

Plébiscité par la critique, le premier film de Gerard Johnson a été tourné dans le quartier de Dalston au nord-est de Londres, « à l’arrache et avec un budget dérisoire, » de l’aveu même de son réalisateur. Peter Ferdinando interprète Tony, un homme étrange et réservé, qui vit seul dans un H.L.M. et qui sillonne les rues, les bras chargés de sacs en plastique, en essayant de faire connaissance avec des inconnus. Ce film a immédiatement établi la réputation de Johnson comme l’une des voix les plus singulières du jeune cinéma britannique. 

« Tony a de grandes qualités cinématographiques, en dépit de son budget modeste, » explique la productrice Joanna Laurie. « C’est un équilibre délicat et improbable entre l’étude de la psychologie d’un tueur en série, un humour vraiment noir et des scènes de violence très crues. Tout cela aurait pu déraper, mais Gerard a su maintenir le cap. » 

Gerard Johnson a fait de son manque de ressources un atout, en plongeant le spectateur dans le monde de Tony, au cœur de son intimité. « Au début, on dirait le portrait d’un homme solitaire et vulnérable vivant dans l’East End de Londres, » explique Woolley. « Le film est surprenant et choquant de par son côté documentaire. On ressent de l’empathie pour un tueur en série, parce qu’on se rend compte que ce genre de gars, on en croise tous les jours à Londres. C’est le don qu’a Gerard : il vous pousse à porter un regard neuf sur une chose que vous connaissez par cœur. Il est capable de regarder sous la surface d’une grande ville comme Londres. »

Filmé dans les recoins les plus sombres du quartier de Notting Hill, dans l’ouest de Londres, Hyena révèle avec un réalisme sans concession les dessous du trafic d’êtres humains, la violence des gangs et la corruption policière dans la capitale britannique.

Quand Gerard Johnson a abordé avec Joanna Laurie, Stephen Woolley et Elizabeth Karlsen l’idée de Hyena, un film policier explosif, ils ont sauté sur l’occasion de le produire. En 2010, en association avec Film4, Number 9 Films a confié au réalisateur la tâche d’écrire un traitement, puis un scénario à retravailler avec les acteurs. 

Laurie, Woolley et l’équipe de Number 9 Films ont réuni autour de Peter Ferdinando une distribution d’envergure internationale, emmenée par Stephen Graham (This is England, Boardwalk Empire, Gangs of New York), Neil Maskell (Kill List, Pusher, Utopia) et MyAnna Buring (The Descent, Twilight Chapitre 4 : Révélations partie 1, Twilight Chapitre 5 : Révélations Partie 2, Downton Abbey), ainsi qu’une équipe technique dévouée et dynamique.

Le tournage a débuté en juillet 2013 pour une durée de cinq semaines, dans une quarantaine de lieux de l’ouest londonien, ce qui confère au film son ancrage authentique dans la capitale britannique.

DÉVELOPPEMENT

Hyena est né en 2006 lorsque Gerard Johnson et son cousin Peter Ferdinando, l’acteur principal du film, ont sympathisé avec un policier en civil lors d’une fête dans l’est de Londres.

« C’était un personnage fascinant, un fêtard à la personnalité hors du commun, » se souvient le réalisateur. « La plupart des policiers sont plutôt collet monté. Ce type-là était couvert de tatouages, il avait une coupe de cheveux improbable, on aurait dit une rock star. L’idée de Hyena a germé ce jour-là. »

Le paradoxe d’un type à l’allure déjantée, qui semble prêt à exploser à tout instant mais qui fait en réalité partie des forces de l’ordre s’est avéré être une sacrée idée de film. « Si j’en crois Gerard, personne ne savait que cet homme était de la police. Il ne ressemblait pas du tout à un policier, bien au contraire, » raconte Stephen Woolley. « C’était un type peu conventionnel, mais il n’avait pas le choix s’il voulait obtenir les informations dont il avait besoin. Pour atteindre son but, il devait fermer les yeux sur beaucoup de choses, mais sans perdre de vue qu’il enfreignait la loi. »

Responsable du développement au sein de Number 9 Films, Kate Lawrence a participé à l’élaboration du scénario depuis 2010. « J’ai dû beaucoup retravailler le script avant d’être satisfait, » explique le réalisateur. Ce dernier voulait écrire un film qui lèverait le voile sur certains aspects cachés et corrompus des forces de police londoniennes, mais il n’ignorait pas que la corruption policière est un thème souvent traité au cinéma. Il était déterminé à créer quelque chose de novateur : « Souvent les films donnent l’impression qu’il n’y a qu’une seule brebis galeuse, un seul flic corrompu, mais en faisant des recherches sur le sujet, j’ai découvert que c’était loin d’être toujours le cas. La corruption est un phénomène culturel, et la police a parfois été assez incontrôlable. »

« Je voulais faire un film dans la veine de Bad Lieutenant d’Abel Ferrara, mais avec beaucoup de flics pourris au lieu d’un seul, » explique le réalisateur. « J’aime l’idée que tout le monde soit atteint ou contaminé par la corruption à un niveau ou à un autre, comme une épidémie. » Joanna Laurie ajoute : « Il y a de quoi devenir cynique, car durant les trois années de développement du film, les histoires de corruption policière étaient monnaie courante dans les médias. »

RECHERCHES

Avant de se lancer dans l’écriture du scénario, Gerard Johnson s’est plongé dans le monde qu’il voulait dépeindre. Ses recherches détaillées et exhaustives lui ont donné une idée assez précise du genre d’histoire qu’il voulait raconter. Il a passé du temps avec des policiers en civil et à la brigade des stups, participant même à des descentes, des saisies de drogues et des arrestations de criminels.

Pour cette immersion dans l’univers policier, le réalisateur était accompagné de Peter Ferdinando, son cousin dans la vie et l’acteur principal de Hyena et de Tony, son premier film. Ferdinando incarne Michael Logan, un inspecteur de police d’une unité spéciale qui, aux dires mêmes de son interprète, est « pourri jusqu’à l’os, plein de vices, et qui prend plaisir à abuser de son pouvoir. » Passer du temps avec de vrais policiers, découvrir la vie des flics infiltrés et les choix auxquels ils sont confrontés a été d’une importance capitale pour que Peter puisse se glisser dans la peau du personnage principal de Hyena.

« Les flics n’aiment pas parler de corruption, mais ils savent ce qui se trame, » explique l’acteur. « Il y a de la corruption dans tous les milieux, et on sait bien que la police dans ce pays est elle-même concernée depuis bien longtemps, il n’y a qu’à lire la presse. Cela dit, aujourd’hui les consignes sont plus strictes, alors nous nous sommes aussi penchés sur la corruption dans les années 1980 et 1990, une période où elle était plus flagrante. »

« Mon personnage, Michael, en était partie prenante, et il continue d’user et d’abuser du système pour satisfaire sa propre cupidité. Il se croit intouchable, mais lorsqu’il se frotte aux nouveaux barons de la mafia et aux réseaux du trafic de drogues et d’êtres humains, il sent le filet se resserrer autour de lui, des deux côtés de la loi. Il est tellement mouillé qu’il n’y aucune échappatoire possible. »

Mais la partie la plus cruciale du développement du scénario a été la rencontre de Gerard Johnson avec l’association caritative Eaves Trust, qui recueille des femmes victimes de trafic, de prostitution et de violences sexuelles. « J’ai rencontré une femme victime de trafic, et cela m’a profondément affecté, » explique le réalisateur. « Je lui ai parlé, elle m’a raconté son histoire, et c’était l’entretien le plus déchirant que j’ai jamais fait. »

« Elle avait envie de parler, mais elle était tellement fragile. Cette jeune femme vivait et travaillait en Albanie, et elle est tombée amoureuse d’un homme qui s’est révélé être un trafiquant. Sa famille ignore ce qui lui est arrivé, elle ne peut pas rentrer chez elle et leur raconter, sinon ils la renieraient. »

« On entend souvent parler de ce genre de choses, mais quand on se retrouve face à face avec une victime, on prend vraiment la mesure du phénomène. Cette rencontre m’a bouleversé. J’ai alors décidé de ne pas écrire une histoire sensationnelle ou tirée par les cheveux, mais plutôt un récit rigoureux et ancré dans la réalité. »

L’actrice Elisa Lasowski, célèbre pour ses rôles dans Somers Town de Shane Meadows et Les Promesses de l’ombre de David Cronenberg, a été choisie pour incarner Ariana, jeune Albanienne victime du trafic d’êtres humains, et véritable pivot moral du film. « J’ai été très choquée de découvrir ce qui se passe dans ce monde, » confie l’actrice. « Je crois que beaucoup de gens ignorent tout du trafic d’êtres humains. Après avoir rencontré Gerard, je me suis renseignée sur l’esclavage moderne et la traite d’êtres humains, j’ai alors découvert l’histoire de ces filles droguées, violées et exploitées. On retrouve ce phénomène partout, dans toutes les grandes villes. »

Après avoir fait des recherches sur le sujet, Elisa a eu l’impression de découvrir les lieux de tournage dans l’ouest de Londres avec un œil neuf. « Quand on sait reconnaître les signes, on découvre qu’il y a de nombreuses maisons closes dans le coin. On y croise plein de filles sous-alimentées, pâles, couvertes de bleus et qui se baladent avec des hommes bien plus âgés. C’est facile de fermer les yeux, mais moi je trouve ça révoltant. » 

« L’univers de Hyena est terrifiant à certains égards, » explique la productrice Joanna Laurie. « Mais il n’est pas très éloigné de ce qui se passe chaque jour sous notre nez. Les gens qui sortiront du cinéma après avoir vu le film pourront poser un regard différent sur ce qui les entoure. »

LES LIEUX DE TOURNAGE

Pour son premier film, Tony, Gerard Johnson avait tourné à Dalston, non loin de là où il avait grandi. Mais pour Hyena, il a choisi les quartiers plus aisés de Bayswater et Queensway. « J’adore l’ouest de Londres, » explique-t-il. « Je m’y suis installé il y a environ cinq ans, et je suis surpris que ce secteur ne soit pas plus souvent exploité par le cinéma britannique. Quand on voit des films comme Performance de Nicolas Roeg ou Répulsion de Roman Polanski, on se rend compte qu’il y règne une atmosphère très européenne. »

« Bayswater Road a la réputation d’être un quartier chic, mais il est plus hétéroclite qu’il n’y paraît, » explique le réalisateur. « Par exemple, on y trouve la plus grande concentration de transsexuels hors du Brésil, et il y a plein de petits recoins bizarres ou merveilleux. J’adore ce métissage. »

Stephen Graham ajoute : « Londres est une ville très cinégénique. Mais Gerard a aussi voulu exposer son côté sombre, sans fioritures, mais authentique. Je pense qu’il parvient à montrer toutes ces facettes avec brio ; il utilise la ville comme un personnage à part entière. »

LE TOURNAGE

Né à Liverpool, l’acteur Stephen Graham a travaillé avec des réalisateurs de l’envergure de Martin Scorsese et Michael Mann. Il n’avait jamais entendu parler de Gerard Johnson, mais en lisant le scénario de Hyena, il a tout de suite su qu’il voulait faire le film : « C’était un scénario de haute volée, qui dépassait les limites du genre en dressant un portrait authentique des policiers, » explique-t-il. Il a immédiatement regardé Tony : « J’ai trouvé que c’était une œuvre fantastique et explosive, en particulier pour un premier film. Il était très sombre et très bien filmé, malgré son budget modeste. »

La seule expérience de Gerard Johnson en matière de long-métrage était Tony, dont le tournage avait duré en tout et pour tout deux semaines. Hyena, en revanche, mobilisait une myriade d’acteurs, dans de multiples lieux de tournage à l’ouest de Londres. « C’était un tournage très ambitieux, et Stephen Woolley et moi étions déterminés à donner vie à la vision de Gerard, qui a su galvaniser notre équipe technique et nos acteurs admirables, » explique Joanna Laurie.

Pour Stephen Graham, le réalisateur s’est-il montré à la hauteur de la tâche ? « Gerard est très calme et sûr de lui sur le plateau, » s’enthousiasme l’acteur. « C’est très important pour les acteurs comme moi. Il sait ce qu’il veut, il a une vision très claire du type de film qu’il veut faire, mais il est aussi très ouvert aux idées des autres, il a l’esprit d’équipe. »

« Peter et Gerard sont cousins, ils ont grandi ensemble. Cette relation et le fait qu’ils travaillent si bien ensemble ont vraiment fait des merveilles, » explique MyAnna Buring, qui joue la compagne de Michael Logan dans Hyena. « Ils se font confiance les yeux fermés, d’une façon assez communicative. J’ai vite eu l’impression de faire partie de la famille. »

Stephen Woolley travaille dans l’industrie du cinéma depuis 1976, et il a côtoyé bon nombre de grands réalisateurs. Mais pour lui, Gerard Johnson a aussi bien géré les aléas du tournage que ses illustres prédécesseurs : « C’est son deuxième film, les enjeux étaient bien plus importants, mais il a fait du très bon boulot, » s’enthousiasme le producteur. « Il a su diriger l’interprétation des acteurs et la construction du film en restant très accessible. Il ne se cache pas derrière une conception mystique ou romantique de la réalisation, contrairement à beaucoup de ses confrères. Il ne se la raconte pas. Il ne prétend pas qu’il y a une sorte de recette secrète pour mettre en scène un film. Au contraire, il a une approche très directe, claire et pratique. Nous avions un planning de tournage très difficile, mais Gerard s’en est sorti haut la main, parce qu’il avait une confiance absolue en son scénario, ses acteurs et son équipe, ce qui fait toute la différence. »

Hyena est le tournage en extérieur « le plus intense » que Stephen Woolley ait connu depuis celui de Mona Lisa de Neil Jordan. « Gerard montre un aspect de la ville que l’on voit tous les jours sans jamais vraiment y prêter attention. Et c’est ce qu’il y a de plus intéressant dans le film ; les spectateurs n’auront pas envie de quitter le cinéma, parce qu’ils découvriront ce qui se passe vraiment là-dehors. »

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