jeudi 5 mars 2020

RADIOACTIVE


Drame/Romance/Biopic/Un hommage luminescent à Marie Curie

Réalisé par Marjane Satrapi
Avec Rosamund Pike, Sam Riley, Aneurin Barnard, Anya Taylor-Joy, Simon Russell Beale, Jonathan Aris, Tim Woodward, Mirjam Novak...

Long-métrage Britannique
Durée : 01h43mn
Année de production : 2019
Distributeur : StudioCanal 

Date de sortie sur nos écrans : 11 mars 2020 - Ressortie le 22 juin 2020


Résumé : Paris, fin du 19ème siècle. Marie est une scientifique passionnée, qui a du mal à imposer ses idées et découvertes au sein d’une société dominée par les hommes. Avec Pierre Curie, un scientifique tout aussi chevronné, qui deviendra son époux, ils mènent leurs recherches sur la radioactivité et finissent par découvrir deux nouveaux éléments : le radium et le polonium. Cette découverte majeure leur vaut le prix Nobel et une renommée internationale. Mais après un tragique accident, Marie doit continuer ses recherches seules et faire face aux conséquences de ses découvertes sur le monde moderne…

Bande-annonce (VOSTFR)


Bande-annonce (VF)


Ce que j'en ai penséRADIOACTIVE est un film dont le scénario a été écrit par Jack Thorne d'après l'œuvre de Lauren Redniss intitulée Radioactive: Marie & Pierre Curie: A Tale of Love and Fallout. La réalisatrice Marjane Satrapi s’attelle donc à nous raconter la vie de Marie Curie, cette scientifique impressionnante, née Maria Salomea Skłodowska, physicienne et chimiste polonaise, naturalisée française. 

La réalisatrice Marjane Satrapi

Les spectateurs partent donc à la découverte de la personnalité rugueuse de cette femme brillantissime, forte, indépendante, qui prend ici les traits de l'excellente Rosamund Pike.





La mise en scène de Marjane Satrapi est très belle. La réalisatrice utilise les ombres et lumières pour créer des atmosphères particulières. Elle n'hésite pas non plus à faire des embardées pour expliquer la science ou interpréter visuellement des moments émotionnels. Sa réalisation est très soignée et élégante. Les détails des costumes, la scène artistique qui virevolte opposée à la rigueur scientifique, les décors et vues de Paris sont autant d'éléments qui rendent la vision de ce long-métrage fort agréable. Il est très intéressant que l'intrigue ne se contente pas d'explorer la vie personnelle de Marie et Pierre Curie. Il intègre des segments culturels, qui renforcent l'époque dans laquelle l'histoire se situe, ainsi que des descriptions des dangers de leurs découvertes et des utilisations terribles de leurs recherches dans l'avenir. 

Marjane Satrapi veille à rendre clairs les va-et-vient entre les différents segments. Ils se fondent dans le récit et mettent en avant les enjeux de la science et de l'utilisation que l'Homme en fait. Dans sa deuxième partie, le film tire un peu en longueur. On est conscient qu'il y a une multitude de thèmes à aborder par rapport à l'intelligence de cette femme. Ses découvertes sont passionnantes et donnent de ce fait la sensation que les histoires intimes mériteraient un peu moins d'attention. Cependant, la réalisatrice réussit à manier jusqu'au bout les différents prismes qui parcourent cette vie et leurs retentissements. 

Les acteurs qui entourent l'héroïne sont tous convaincants. On remarque particulièrement Sam Riley qui interprète le non moins brillant Pierre Curie, Aneurin Barnard dans le rôle de Paul Langevin et Anya Taylor-Joy qui est parfaite dans le rôle d'Irene, la fille aînée de ce couple exceptionnel. À noter que pour une fois, la langue anglaise - c'est un film britannique - ne sonne pas adaptée au contexte, on pourra donc peut-être lui préférer la version française.



Copyright photos ©2020 StudioCanal SAS and Amazon Content Services LLC

RADIOACTIVE est à la fois une histoire d'amour, un biopic, un film sur la transmission et l'héritage scientifique, une leçon de science et sur l'inconscience humaine, un somptueux portrait de femme et une représentation d'une époque à travers la vision de cette femme à part. C'est un hommage luminescent à Marie Curie. 

NOTES DE PRODUCTION
(À ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

Des années 1870 à nos jours, RADIOACTIVE est un voyage à travers l’incroyable héritage de Marie Curie (Rosamund Pike) – ses relations passionnées, ses découvertes scientifiques et leurs conséquences.

Dans le Paris de la fin du 19ème, Marie rencontre Pierre Curie (Sam Riley), tous deux sont scientifiques. Ils se marient, ont deux filles, travaillent ensemble et, par leur découverte de la radioactivité, vont changer la science à jamais. En 1903, le tandem obtient conjointement le prix Nobel de physique pour leur découverte, faisant de Marie la première femme à gagner ce prix illustre.

Après la mort de son Pierre adoré, la foi de Marie en la science reste inébranlable, et son travail se voit couronné d’un second Prix Nobel pour des découvertes qui ont changé le monde. Le film porte un regard audacieux et visionnaire sur l’héritage d’une vie extraordinaire, sur les retombées des travaux de Curie, et sur la façon dont cela a impacté les moments clefs du 20ème siècle.

Interprété par l’actrice nommée aux Oscars et aux BAFTA Rosamund Pike (GONE GIRL, A UNITED KINGDOM), Sam Riley (CONTROL, MALÉFIQUE), Anya Taylor-Joy (THE WITCH, SPLIT) et Simon Russell Beale (LA MORT DE STALINE, INTO THE WOODS), mis en scène par la réalisatrice nommée aux Oscars Marjane Satrapi (PERSEPOLIS, THE VOICES), RADIOACTIVE est un drame historique d’avant-garde qui examine en profondeur la vie de Marie Curie et les répercussions de ses découvertes.

Adapté du roman graphique de Lauren Redniss « Radioactive: Marie & Pierre Curie: A Tale of Love and Fallout  », le scénario est signé Jack Thorne (WONDER, HARRY POTTER ET L’ENFANT MAUDIT).

Le film est produit par Paul Webster et sa société Shoebox (REVIENS-MOI, LES PROMESSES DE L’OMBRE, DES SAUMONS DANS LE DÉSERT), avec à ses côtés Tim Bevan et Eric Fellner, co-présidents de la société de production récompensée aux BAFTA Working Title (LES HEURES SOMBRES, LES MISÉRABLES, THE DANISH GIRL, UNE MERVEILLEUSE HISTOIRE DU TEMPS, RUSH).

STUDIOCANAL et Amazon Studios ont cofinancé le film, qui a été tourné à Budapest et en Espagne.

SUR LA PRODUCTION

En 1903, Marie et Pierre Curie remportent le Prix Nobel pour leur découverte de la radioactivité. Pour la première fois, la prestigieuse récompense est décernée à une femme. Après la mort brutale de Pierre, Marie poursuit ses travaux et décroche un second prix Nobel, en chimie, en 1911. Marie Curie est une icône dans le monde de la science. Une pionnière, pas seulement en tant que scientifique, mais aussi en tant que femme évoluant dans un monde d’hommes à une époque où les femmes militaient encore pour le droit de vote.

Ensemble, les Curie ont découvert deux nouveaux éléments chimiques, le radium et le polonium, possédant des propriétés remarquables. Celles-ci auront des conséquences, à la fois positives et négatives, dont les effets se font sentir jusqu’à aujourd’hui – à travers les armes nucléaires, la radiothérapie, et l’énergie nucléaire. Leur couple, à la fois professionnel et romantique, en a fait des personnes célèbres. Cependant, après la mort de Pierre, et suite à sa liaison avec un homme marié, sa réputation en pâtit. Le film vise à montrer au grand public l’importance de Marie Curie, et comment elle a contribué à changer le cours de l’histoire de l’humanité.

«  On connaît tous son nom, mais on ne sait pas grand chose à son sujet, estime le producteur Paul Webster. Marie et Pierre ont joué un rôle très important. Ils ont modifié l’histoire du monde par leur découverte du radium et du polonium, et du fait qu’il y avait une instabilité fondamentale au centre de l’univers. Ils ont jeté le pavé dans la mare mais ne sont pas responsables de l’onde de choc ainsi créée. Les conséquences de leurs découvertes et l’immense pouvoir qu’elles peuvent procurer ont été mises à profit pour le meilleur et pour le pire : la radioactivité peut provoquer le cancer comme le soigner. Au cœur de cette histoire, il y a un cerveau extraordinaire qui était capable d’appréhender les contours de l’univers, et de voir comment le genre humain pouvait interagir avec deux de ses plus puissants éléments. »

COLLISION DE FORCES   : 
COMMENT LE ROMAN GRAPHIQUE S’EST RETROUVÉ À L’ÉCRAN

En 2012, le producteur Paul Webster reçoit un exemplaire du roman graphique de Lauren Redniss « Radioactive: A Tale of Love and Fallout ». Il est immédiatement captivé : «  C’est un livre magnifique, poétique, très pointu sur le plan scientifique, et qui ne craint pas de se lancer dans un voyage émotionnel autour de la science et d’une femme d’exception. J’ai donc mis une option sur les droits du livre avec ma société Shoebox et Working Title a rejoint le projet. Tout ce qui fait la force du film était là, en germe, dans le roman. »

Paul Webster propose ensuite au scénariste Jack Thorne de transposer le roman à l’écran : « Je ne pouvais penser à personne d’autre pour écrire le scénario. L’adaptation ne fut pas une mince affaire. Il essayait de restituer l’esprit du livre, qui est complexe en ce qu’il ne traite pas seulement de la vie de Marie et Pierre Curie, mais aussi du devenir de leurs découvertes. C’est, en quelque sorte, le biopic d’une femme, mais aussi celui de ses découvertes scientifiques. »

«  Marie Curie a mené une vie sans concessions, poursuit le producteur. Elle n’a jamais laissé le fait qu’elle était une femme se mettre en travers de ses exploits. Elle était aussi farouchement honnête, fidèle à elle-même. Elle avait une âme poétique et représente pour moi le mariage ultime de l’art et de la science et, peut-être plus important encore, le mariage ultime de l’amour et de la science. Cela a permis à Lauren Redniss, puis à Jack Thorne, de se balader un peu dans l’Histoire. En un sens, le film est aussi une histoire du 20ème siècle. Nous avons créé un cadre temporel assez complexe, où l’on se projette en avant bien après la mort de Marie, et où l’on remonte jusqu’à son enfance. L’histoire évolue assez librement entre 1870 et les années 80 et inclut presque chaque décennie entre ces deux bornes, de Tchernobyl à Hiroshima, de l’apparition des appareils de radiographie aux premières machines portables à rayons X. On voit les conséquences positives comme les conséquences négatives des découvertes de Marie et Pierre. La découverte d’un élément, puis, dans une scène totalement déconnectée, les conséquences de cette découverte. Un sacré défi pour Jack Thorne. Il n’arrêtait pas de m’appeler pour me dire : «  C’est la chose la plus difficile que j’ai jamais fait, mais je suis amoureux de cette femme ! »

La réalisation est confiée à Marjane Satrapi, dont le film d’animation adapté de son roman graphique PERSEPOLIS, sur son enfance en Iran, a été nommé aux Oscars.

Paul Webster explique comment Marjane Satrapi s’est retrouvée impliquée : « Le projet a pris de l’élan en 2015, quand les gens ont commencé à réaliser que c’était un très bon scénario. On a décidé très tôt qu’on ne ferait le film qu’avec une réalisatrice. On était en avance sur la récente et bienvenue prise de conscience féministe. On avait là un film sur une femme forte et entière, une femme ayant réussi contre toutes probabilités. »

En 2016, Paul Webster est au courant que Marjane Satrapi est intéressée. «  Je la connaissais comme la réalisatrice de PERSEPOLIS, qui était un petit chefd’œuvre. »

« Ce qui nous a tous impressionnés, c’est à quel point elle maîtrisait son sujet, poursuit Webster. Elle comprenait parfaitement le lien entre la science, ce qui nous constitue en tant qu’êtres humains et nos vies émotionnelles. Le scénario synthétisait ces trois choses  : d’un côté c’était une histoire d’amour pleine d’émotion, tragique, puisque l’un des protagonistes meurt  ; de l’autre, une histoire sur le fait de triompher des obstacles. C’est aussi l’histoire d’une réussite scientifique qui résonne encore aujourd’hui. »

Pour Marjane Satrapi, c’est la capacité du scénario à combiner nombre d’éléments a priori incompatibles qui l’a immédiatement séduite. « Le scénario contenait tout ce que j’aime, explique-t-elle. Ça n’abordait pas qu’un seul sujet. Ça parlait d’amour, mais aussi de l’éthique de la science, une question très importante pour moi. La plupart du temps, on reproche aux scientifiques d’avoir découvert quelque chose. La science, pour moi, cela signifie être humain et curieux, et le film aborde les effets à long terme d’une découverte, ce qui me semblait être un sujet extrêmement important. La science se marie à l’histoire d’amour pour former une seule et même histoire. Les meilleures histoires d’amour impliquent un certain degré de drame. Je savais, en lisant le scénario, qu’il fallait que je le fasse. »

Marjane Satrapi travaille alors en tandem avec Jack Thorne pour parfaire le scénario à la fois sur le plan thématique et sur le plan de la structure. Paul Webster raconte : «  Marjane s’est documentée sans relâche, bâtissant d’excellentes relations avec le musée Curie et l’Institut Curie de Paris. Elle s’est assurée que tout ce qui avait trait à la science soit parfaitement exact. Notre film tente de démystifier le travail de Curie et de le rendre accessible, aussi bien sur un plan émotionnel qu’intellectuel. »

Elle ajoute  : «  C’était un projet très original, ce qui me plaît beaucoup, et je savais que ça n’allait pas être simple, et ça aussi ça me plaît. Mais après une semaine à cogiter, je voyais exactement à quoi ressemblerait le film. »

Paul Webster comprend que Marjane Satrapi pouvait établir des parallèles entre son propre parcours et celui de Marie Curie. « Ayant ellemême quitté son pays pour venir s’établir à Paris, elle avait une compréhension intime du projet, dit-il. Elle ressentait une proximité avec Marie, qui est arrivée de sa Pologne natale sous le nom de Maria Skłodowska et s’est réinventée en tant que « Marie Curie ». Elles ont en commun de ne se laisser ni l’une ni l’autre enfermer par leur sexe. Marie Curie ne s’est jamais considérée comme une femme ayant du succès  ; elle se définissait comme une scientifique ayant du succès. La question de son sexe ne lui importait pas, et il me semble que Marjane est tout à fait dans cet état d’esprit. »

Marjane Satrapi ajoute  : «  Je ne pense pas que Marie ait jamais eu le moindre complexe vis-à-vis des hommes. Je pense qu’elle savait qu’elle était leur égale, qu’elle leur était même supérieure bien souvent. Mais elle ne revendiquait pas le fait qu’elle était une femme. Dans une de ses lettres, elle écrit qu’elle a toujours davantage souffert d’un manque de financement pour ses travaux que de sa condition de femme. Les années 1900 étaient d’ailleurs plutôt un moment d’émancipation pour les femmes. »

« Ce que j’ai vraiment aimé aussi, c’est que Marie n’est pas toujours sympathique dans le film, continue la réalisatrice. Nous voulions montrer qu’elle devait parfois faire preuve de dureté. Elle n’avait pas peur de défendre ses convictions, sans se soucier des normes sociales. C’est cette intéressante étrangeté que j’ai essayé de montrer. » Marjane Satrapi voyait aussi dans le personnage de Curie un antidote aux stéréotypes qu’on trouve habituellement au cinéma. « À chaque fois, ou presque, la femme est l’épouse, la mère, la fille, ou la sœur de quelqu’un. Elle se définit toujours par rapport à quelqu’un d’autre, note la réalisatrice. D’après ce que j’ai pu lire sur Marie Curie, elle n’était pas sa muse. Ils étaient plutôt deux esprits brillants. Ils formaient un couple très moderne, pour l’époque. Pierre Curie venait d’un milieu extrêmement ouvert, pas la famille catholique française moyenne, et il voulait une femme avec qui il puisse travailler, et qui le pousserait à se remettre en question. 1886 était une époque de grandes découvertes, tandis qu’aujourd’hui on vit dans un monde d’innovations basées sur des découvertes préexistantes. C’était une époque très excitante, et on peut le voir à la façon dont les femmes étaient perçues. Il était plus facile pour Marie Curie de travailler à l’époque où elle l’a fait que pour sa fille de travailler dans les années 40 et 50. C’était une époque de grande modernité, et les Curie reflètent cette modernité. C’est cela qui est attirant chez ce couple. »

Quand il a fallu se pencher sur la façon de s’y prendre pour transposer les thèmes scientifiques sur grand écran, Paul Webster a été impressionné par l’approche simple mais efficace de la réalisatrice  : «  Il n’y a pas de fioritures dans la mise en scène de Marjane, rien de sophistiqué, pas de tours de passe-passe avec la caméra. Tout est très direct. »

Dans la phase de préparation, Marjane Satrapi s’est documentée avec une rigueur toute scientifique. «  J’ai beaucoup lu, explique-t-elle, au point que je pourrais presque vous expliquer comment fabriquer une bombe atomique. Vous n’utilisez pas forcément toutes les informations que vous avez glanées, mais cela modifie votre vision des choses. Et on ne peut pas être flou quand on parle de science : il faut être très précis, et j’aime cette rigueur. C’est le seul sujet sur lequel on peut être objectif. »

La réalisatrice a également créé une série de storyboards et d’animatiques pour montrer comment le film allait gérer les allers-retours entre l’histoire des Curie et les scènes montrant les effets de leurs découvertes. Celles-ci comprennent un site d’essais et une explosion nucléaire dans les années 50, et une scène d’hôpital où un jeune garçon est traité par radiothérapie, un traitement qui en est alors à ses débuts.

COLLISION D’ATOMES 
LE CASTING DE RADIOACTIVE

L’équipe du film savait que l’actrice qui jouerait Marie Curie serait le noyau dur autour duquel tournerait l’ensemble du casting. Ils ont cherché une comédienne capable de jouer quelqu’un de jeune et de vieux, le film montrant Marie de l’âge de 24 à 67 ans. Et, plus important : quelqu’un qui puisse instinctivement comprendre l’aspect scientifique et jouer de façon convaincante l’un des plus grands cerveaux que le monde ait connu.

Ils se sont adressés à Rosamund Pike, qui a immédiatement accroché non seulement au scénario, mais aussi à l’approche de Marjane Satrapi comme réalisatrice.

«  J’avais besoin d’une actrice brillante, dit Marjane Satrapi. Elle a assimilé les connaissances scientifiques au point d’être capable de me corriger quand je commettais une erreur. Je pensais tout savoir, mais elle en savait plus que moi. Elle peut être extrêmement concentrée, mais dès qu’elle sourit elle illumine la pièce comme un soleil. Elle est d’une générosité incroyable. Je n’ai pas de mots assez forts pour faire son éloge. »

Marjane Satrapi a séduit Rosamund Pike au moyen d’un petit paquet cadeau contenant le scénario, le roman graphique, et une lettre. « C’était un petit paquet très séduisant, se souvient Pike. J’ai ouvert ce livre, et j’ai été immédiatement frappée par ses très belles illustrations, qui étaient étranges, à la fois fantaisistes et scientifiques. J’ai ensuite lu le scénario, que j’ai trouvé émouvant, puissant, brillant. L’histoire était d’une grande force. Enfin, la lettre de Marjane était drôle, forte, engageante, plutôt que flagorneuse et insistante. Je connaissais son humour pour avoir vu PERSEPOLIS et ses autres films, et je le partage. On voit la vie d’une manière assez similaire. On a eu une sorte de coup de foudre intellectuel quand on s’est rencontrées. On aimait la même chose dans le personnage de Marie Curie : le fait qu’elle ne s’excuse de rien, qu’elle est sans filtre, directe, audacieuse. Elle n’est pas spécialement charmante, et pourtant elle l’est en raison de tous ses paradoxes. Après avoir rencontré Marjane, je savais que je devais faire ce film. »

Marjane Satrapi montre à Rosamund Pike ses animatiques pour expliquer les sauts dans la narration entre le temps présent du film – l’histoire de Marie – et les scènes montrant les effets de son travail – les essais nucléaires, les scènes d’hôpital, etc.

«  Je me suis dit «  Elle voit le film, elle le porte en elle, c’est la personne idéale pour le réaliser  » explique Rosamund Pike. Ses animatiques ont grandement facilité le processus de production. Tout le monde a pu suivre le cap qu’elle a donné, du chef décorateur au directeur de la photographie, en passant par les coiffeurs, les maquilleurs ou les costumiers. Il était clair que tout le monde travaillait dans la même direction. »

Pour Rosamund Pike, la clef de son personnage résidait dans le fait que Marie a grandi dans une Pologne occupée par la Russie, où sa sœur et elle furent forcées d’étudier le programme soviétique. «  Ce que les sœurs voulaient étudier en dehors du programme officiel, elles devaient le faire en secret, explique l’actrice. Cela forgé le caractère combatif de Marie. Quand elle est arrivée à Paris et s’est inscrite à la Sorbonne, elle faisait partie des 23 femmes que comptait cette faculté des sciences de 4000 étudiants. À l’époque, le mot «  étudiante  » n’était utilisé que pour décrire la petite amie d’un étudiant  ; il n’existait même pas de mot pour désigner une étudiante. Mais Marie a excellé et s’est hissé au sommet de sa promotion. Elle était aussi connue pour être un peu étrange et dire ce qu’elle pensait. Elle n’avait pas une approche très douce, car elle n’en voyait pas l’utilité. Elle voulait du résultat, et seule la science l’intéressait. »

Sa découverte, qu’elle a baptisée «  radioactivité  », fut la plus grande de toutes les découvertes du 20ème siècle. « Très vite, on ne jurait plus que par cela, explique Rosamund Pike. Rien que le nom est très romantique  ; ça semble plein de lumière et luit d’un éclat vert. C’était comme une merveilleuse drogue. Et tout le monde voulait y goûter. Ça semblait être la solution définitive à tous les problèmes d’énergie – on pouvait l’utiliser dans la lumière, le dentifrice, les montres, les allumettes, les vêtements pour bébés, ou dans votre crème de jour et vous donner l’éclat dont vous rêviez. Puis un médecin a réussi à réduire une tumeur en attachant un morceau de radium au visage d’un patient atteint d’un cancer du visage. »

«  Ce qu’ils ne savaient pas, à l’époque, c’est que l’exposition aux radiations avait de terribles effets secondaires, continue Rosamund Pike. C’est donc l’histoire d’un grand pouvoir, et ce grand pouvoir peut être exploité de multiples façons ; utilisé à mauvais escient, son potentiel néfaste est énorme. »

Rosamund Pike a été inspirée par la pure détermination et la force de caractère de Marie Curie, et la façon dont elle et Pierre ont accepté de travailler dans les pires conditions jusqu’à ce qu’ils fassent leur découverte. «  Cela prouve le potentiel de l’esprit humain, dit-elle. Flairer quelque chose, émettre des suppositions, puis des prévisions, et pour finir, prouver son hypothèse. C’était incroyablement exaltant. »

La comédienne a pris des cours de sciences afin de comprendre pleinement son personnage. «  J’ai pensé que je ne pourrais pas incarner ce personnage si je ne comprenais pas parfaitement ce que je disais, explique-t-elle. J’avais besoin de comprendre ce qu’elle se dit quand elle observe et fait des expériences. Ça a piqué ma curiosité, puis, à force de lire des livres sur elle, j’en suis venue à l’adorer à cause de ce cran qu’elle avait, de son refus de se conformer aux attentes des autres, de cette liberté de pensée qui l’a conduite à suivre son chemin, sans se soucier du qu’en-dirat-on. »

L’actrice a aussi été touchée par la façon dont les découvertes des Curie ont affecté la société de l’époque, un impact qu’on peine aujourd’hui à imaginer. «  Je peux comprendre pourquoi le monde s’en est entiché de cette façon, dit-elle. Elles rendaient visible l’invisible. Aujourd’hui, nous vivons dans un monde où on les tient pour acquises. Mais imaginez que vous n’ayez jamais vu l’intérieur d’un corps, et tout à coup voici qu’un squelette apparaît ! On peut comprendre pourquoi, en même temps que la science décollait, le monde du surnaturel et du spiritisme connaissait lui aussi un boom. Tout à coup le monde des esprits semblait tout proche : peut-être était-il possible de faire apparaître les morts ! Ça devait être une époque étourdissante. »

Rosamund Pike devait également faire ressentir le grand amour de Marie pour Pierre. « C’était une grande histoire d’amour, entre deux grands scientifiques et entre deux êtres humains, les lettres qu’elle lui a écrites après sa mort sont extraordinairement puissantes et déchirantes. Elle était complètement dévouée à cet homme, et lui à elle. »

L’histoire d’amour a touché une corde sensible chez l’actrice. « Je considère Marie et Pierre comme étant l’une des plus belles histoires d’amour que je connaisse, dit-elle. Je pense qu’ils étaient des âmes sœurs destinées à se rencontrer et à travailler ensemble. Il est si rare pour deux personnes d’avoir une vraie rencontre de l’esprit, de travailler dans un but commun. Alors quand il est mort de façon si tragique, ça l’a brisée. Elle n’a plus jamais été la même. C’est le côté double de cette femme qui m’a vraiment intriguée. Derrière la scientifique brillante mais sévère, parfois étrange, il y a cette femme qui recèle un puits d’émotion et d’amour pour Pierre, ce que la plupart des gens ne soupçonnaient pas. C’est la plus belle forme d’amour : l’amour que personne ne voit. »

Sam Riley s’est glissé dans la peau de Pierre Curie. Lors d’une lecture, les producteurs ont été impressionnés par l’alchimie immédiate entre les deux acteurs.

« Il y a une sorte d’électricité entre eux, dit Paul Webster. Cela a vraiment humanisé le personnage de Marie, en la rendant plus douce et plus agréable. Sam a su apporter une belle générosité au personnage. Il savait que Pierre était tout aussi important que Marie dans la réalité, mais notre film est un film sur Marie Curie. Il a fait preuve d’une belle abnégation. »

Rosamund Pike avait bien conscience que pour créer le personnage de Marie, il fallait qu’elle ait face à elle le bon partenaire. « Je ne crois pas au fait de créer quelque chose tout seul dans son coin, c’est un travail qui se fait à deux, explique-t-elle. Donc la question de qui hériterait du rôle de Pierre était cruciale. Avec Sam c’était immédiat – il y avait cette connexion qui était celle de Marie et Pierre. J’ai tout de suite su qu’on allait pouvoir restituer leur humour, leur étrangeté, leur mépris des conventions. »

Marjane Satrapi a également vu la façon dont Sam Riley pourrait contribuer à faire ressortir l’humanité de Marie Curie. «  Elle est un peu étrange, dit-elle. Le niveau de concentration requis pour faire ce qu’elle fait jour après jour est incroyable. Sam Riley a contribué à rendre cette étrangeté plus légère : elle l’amuse, le fait rire, et ça la rend du même coup plus aimable. »

Pour Sam Riley, le film était l’occasion d’en apprendre davantage sur les Curie et l’impact spectaculaire qu’ils ont eu sur l’histoire moderne : « Je ne réalisais pas à quel point Marie Curie était extraordinaire, et à quel point leur couple était extraordinaire, dit-il. J’ai trouvé que le scénario parvenait à capter l’ébullition de ces années incroyables – entre 1890 et 1910 – qui ont vu la découverte de tant de choses merveilleuses de l’électricité à l’aviation au radium. »

«  J’aimais aussi la façon dont le scénario dépeignait la relation entre ces deux surdoués, poursuit-il. Pierre a grandi dans une famille non religieuse, ce qui était assez inhabituel pour l’époque. Quand il a rencontré et s’est épris de Marie, il travaillait avec son frère Jacques sur l’invention d’un électromètre à quadrants, qui mesurait la valeur électrique de différents matériaux. Ce qui est vraiment merveilleux c’est qu’ils se complétaient parfaitement. Ce qui faisait défaut à l’un, l’autre l’avait, et ils n’étaient pas simplement profondément amoureux l’un de l’autre : Pierre était très investi dans son travail, et c’est exactement ce dont Marie avait besoin pour l’aider à découvrir ces deux éléments qui se cachaient dans l’uranium. L’histoire de Marie et Pierre est sans aucun doute une des unions les plus parfaites entre l’homme et la femme non seulement dans l’amour mais également dans une ambition et une destinée communes. Ces deux personnes se sont trouvées, avaient la même ambition, les mêmes objectifs, et la même humilité dans ce qu’ils faisaient : servir la science. »

Comme Rosamund Pike, Sam Riley a aussi passé du temps à potasser les sciences pour savoir de quoi il allait parler. Il a étudié la chimie, les bases de la physique et assisté à une conférence au Musée Marie Curie de Paris.

L’acteur était aussi ravi à l’idée de travailler avec Marjane Satrapi. «  En tant que dessinatrice, Marjane a un œil d’artiste, et Anthony Dod Mantle, notre directeur de la photo, a lui aussi un incroyable sens visuel, dit Sam Riley. Leur vision du film m’a vraiment transporté. J’avais déjà fait des films d’époque, et ça peut être un peu morne et ennuyeux, mais quand j’ai lu ce scénario, je savais que ce film n’avait aucune chance d’être ainsi. »

Pour compléter la distribution, Aneurin Barnard joue Paul Langevin, qui devient l’amant de Marie. Simon Russell Beale joue le Professeur Lippmann, le professeur de physique à la Sorbonne  ; Katherine Parkinson interprète la femme de Paul Langevin, Jeanne ; Sian Brooke, la sœur de Marie, Bronia ; Anya Taylor-Joy, la fille des Curie, Irène.

Aneurin Barnard joue Paul Langevin, un confrère scientifique qui travaille aux côtés de Pierre Curie. Quand Pierre meurt, il entame avec Marie une histoire vouée à l’échec, et le scandale qui en résulte vient ternir la réputation de Marie.

« Paul connaissait et travaillait avec les Curie depuis le tout début, dit Aneurin Barnard. Il a été là contre vents et marées en tant qu’ami, collègue et finalement amant de Marie. Il aime la science autant que Pierre et Marie et il les admire tous les deux. Ils forment un merveilleux et captivant trio. Je crois qu’il tombe amoureux des deux, au départ, mais il est marié et père de famille. Quand Pierre meurt, Marie et lui sont comme deux aimants qui s’attirent. Il l’aimait vraiment, mais la société de l’époque ne voyait pas d’un très bon œil qu’un homme marié puisse avoir des liens avec une femme comme Marie, et il a dû renoncer à elle. Il serait facile de demander comment il a pu en arriver à avoir une liaison avec la veuve de celui qui avait été son ami et collègue. Mais la réalité était plus complexe : l’entourage proche de Marie était très réduit, Paul en faisait partie, et il est tombé fou amoureux d’elle. »

Anya Taylor-Joy joue Irène Curie, devenue elle-même une scientifique titulaire du Nobel. Comme l’explique Paul Webster  : «  Nous avions besoin de quelqu’un pour jouer Irène adulte, avec la carrure nécessaire pour rivaliser avec une mère aussi difficile que pouvait l’être Marie Curie. »

Pour sa part, Anya Taylor-Joy a vu les similarités entre mère et fille. «  Irène a grandi avec une mère qui l’a toujours encouragée à réfléchir par elle-même et qui disait les choses comme elles étaient, dit l’actrice. Je crois qu’Irène est pareille. Elles sont vraiment proches, elles s’aiment énormément. Et c’est le seul duo mère-fille à avoir remporté le Nobel, ce qui est assez spectaculaire. »

«  Il y a un contraste intéressant entre science et émotion humaine qui rend l’histoire captivante, continue l’actrice. Je me suis demandé, au départ, si Marie et Irène s’étaient éloignées à cause du travail de Marie. La science avait-elle pris le dessus sur tout le reste  ? Mais j’ai découvert que c’était exactement l’inverse  : elles sont toutes deux brillantes, pensent de la même façon et agissent de la même façon. »

LA TERRIFIANTE BEAUTÉ DE L’ÉCLAT DU RADIUM : 
LE STYLE DU FILM ET LES LIEUX DE TOURNAGE

Pour ce qui est de l’esthétique du film, Marjane Satrapi a insisté sur une chose : il fallait que le film soit beau. «  Je suis une esthète et je viens d’une famille de peintres, dit-elle. Je ne supporte pas la laideur. Je suis attirée par la beauté. »

Ses collaborateurs derrière la caméra comptent le directeur de la photo Anthony Dod Mantle, le chef décorateur Michael Carlin et la chef costumière Consolata Boyle. «  Anthony et Michael ont le même sens esthétique que moi, et Consolata est un génie, dit la réalisatrice. Nous n’étions pas toujours d’accord sur tout, mais pouvions discuter de façon amicale et respectueuse. »

Tout en insistant sur une image qui soit belle, Marjane voulait aussi de l’authenticité. « On a essayé d’éviter l’écueil que rencontrent beaucoup de films d’époque où, si l’action est située dans les années 50 mettons, alors tous les meubles et objets dateront des années 50, tandis qu’en réalité vous auriez des meubles et objets issus d’époques différentes. Par ailleurs, les gens avaient moins de vêtements et donc ceux-ci avaient l’air usé. En 1900, il n’y avait pas de teintures chimiques donc on a essayé de se rapprocher au maximum des couleurs qu’ils auraient utilisées. L’histoire étant assez surréaliste, on avait besoin que l’arrièreplan soit aussi réaliste que possible, sinon ça n’aurait pas fonctionné. »

Les préparatifs de Marjane Satrapi incluaient la fabrication d’animatiques et de storyboards, très utiles pour communiquer à ses collaborateurs le ton du film. Mais quand il a fallu tourner, la réalisatrice et son équipe ont souvent dû improviser car les proportions ne fonctionnaient pas toujours dans la réalité. « La préparation est toujours le moment créatif le plus excitant pour moi, j’apprends beaucoup en m’immergeant dans un sujet. »

Le tournage, débuté en février 2018, s’est déroulé à Budapest, qui a servi de doublure à Paris ; à Almeria, dans le sud de l’Espagne, où furent tournées les scènes d’essais nucléaires dans le désert du Nevada. Les scènes de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, elles, ont été tournées en studio à Budapest.

Paul Webster explique  : «  Le film étant à cheval sur tant d’époques et de lieux différents, nous avons pris la décision très en amont de ne pas tourner à Paris, trop compliqué et coûteux. Vous pouvez tourner des intérieurs du Paris de la fin du 18ème et du début du 19ème plus facilement à Budapest qu’à Paris. Il y a plus de liberté. La ville date de la même époque que Paris – Budapest a été bâtie au 19ème siècle en s’inspirant de l’architecture haussmannienne – et il y a un grand choix de lieux de tournage. »

L’homme chargé de réunir les nombreux décors sautant d’une époque à l’autre est le chef décorateur Michael Carlin. « Le film présentait un défi, mais un défi passionnant, dit-il. L’aspect le plus important pour moi était de parvenir à une certaine unité visuelle, parce que si le scénario est très cohérent, il passe constamment d’une époque et d’un lieu à l’autre – il y a 48 décors différents. Il a donc fallu trouver un moyen de faire en sorte que tout cela tienne debout grâce à un langage visuel cohérent. »

Le plus gros défi a été la logistique de créer les nombreux époques. « Le film démarre en 1934 avec une Marie Curie âgée, et à partir de là il se déploie dans deux directions : en arrière à travers sa vie, et en avant, dans une narration qui entremêle ces deux fils, explique Michael Carlin. Tous les tournants majeurs de l’intrigue sont illustrés par des événements qui ont été rendus possibles par la découverte du radium et la fission nucléaire. »

«  Généralement un film se déroule à un endroit ou à une époque ; ici ce n’est pas le cas – rien que la partie française se déroule sur une période de 50 ans. On raconte l’arrivée de différentes technologies, donc on pouvait filmer dans un laboratoire pendant 5 jours, mais dans le film on voit ce laboratoire sur 40 ans, 40 années au cours desquelles la technologie évolue radicalement. Concrètement, cela signifiait qu’il fallait pouvoir transformer le décor en un temps record. »

Différents motifs ont permis de donner à l’ensemble sa cohésion, comme par exemple le thème de l’hôpital. Michael Carlin explique : « Marie Curie a joué un rôle crucial dans différents progrès de la médecine, mais dans notre histoire elle a peur des hôpitaux : elle refuse de s’y rendre, sauf dans certaines scènes où elle y est obligée. Nous avons créé un complexe hospitalier où vous pouvez être dans la Pologne de 1874, ouvrir une porte et vous retrouver dans l’Amérique des années 60, puis une autre porte et vous voilà dans une salle d’hôpital à Pripyat près de Tchernobyl après l’explosion de 1986, puis une autre porte et c’est le Tchernobyl de maintenant, puis cet énorme couloir – 120 mètres de couloir –, où se produit sa mort, et avec elle la fin du film. »

Michael Carlin et son équipe ont recréé les hôpitaux à l’intérieur de l’ancien siège de la MÁV, la compagnie des chemins de fer de Hongrie, un imposant bâtiment dont les couloirs sans fin et la myriade de chambres ont servi de décor principal au film pour les intérieurs.

Les couloirs de l’hôpital renvoyaient aux différents tunnels qu’on voit dans le film, notamment les tunnels métalliques de la centrale de Tchernobyl et le tunnel lorsque Marie Curie enterre sa mère, enfant, dans la Pologne des années 1870. « Il y a ce langage de l’hôpital que l’on étend à tout le film et qui en est le ciment visuel  », explique Michael Carlin.

Il a également utilisé le radium comme motif récurrent : après tout, le film est autant une histoire de la radioactivité qu’un biopic sur Marie Curie. «  On a essayé de représenter l’énergie du radium de nombreuses façons, dit Michael Carlin. Il y a donc des choses qui pétillent dans des tubes à essai dans des plans très détaillés, et au fur et à mesure que le film avance, les couleurs deviennent plus saturées et l’éclat du radium imprègne le film. »

Chargée de la création des costumes, Consolata Boyle a immédiatement compris ce que Marjane Satrapi avait en tête. «  Marjane a une imagination visuelle, un vrai sens de l’image, dit-elle. Après avoir enquêté sur les événements réels, elle s’est demandé comment le film pourrait parler au public d’aujourd’hui. Comment communiquer à quel point ces découvertes furent importantes, et rendre le contexte dans lequel elles se sont produites. »

Cette approche s’est révélée très utile pour créer la garde-robe de Marie Curie. «  On s’est rendu compte qu’elle s’habillait d’une façon qui lui était tout à fait particulière, dit Consolata Boyle. Elle ne se préoccupait pas de suivre la mode ; elle s’habillait d’une façon très originale. Elle avait beaucoup de style, mais ne prêtait pas une grande attention à sa façon de se vêtir. Il y a une anecdote célèbre à propos de sa robe de mariée, selon laquelle elle aurait dit vouloir juste une robe qu’elle pourrait porter au laboratoire. On a donc une scène où elle porte sa robe de mariée au laboratoire  ! Il y a une merveilleuse tension entre son sens esthétique, qui est réel, et son côté cérébral et son manque d’intérêt pour les vêtements. Mais, presque malgré elle, elle était toujours très élégante. »

«  C’était une femme très attirante, très charismatique, poursuit Consolata Boyle. Je pense que ça tenait à sa détermination, son énergie. Sur les photos, elle a toujours l’air d’être en mission, et elle est principalement entourée d’hommes. Ce qui en ressort est son incroyable énergie physique et son puissant charisme. »

Pour dessiner ses tenues, Consolata Boyle a divisé le film en trois périodes historiques : 1893-1906, qui constitue la majeure partie de l’histoire  ; 1906-1911/12, après l’accident qui coûte la vie à Pierre  ; et finalement 1914 jusqu’à la mort de Marie en 1934. Les tenues de Marie dans la première partie se composent de chemises blanches toutes simples à col Claudine et plis surpiqués et de jupes longues et larges. Quand la Première Guerre mondiale est arrivée, les corsets commençaient à devenir moins répandus, et il y avait une silhouette plus lâche, plus informe durant les années 20 et 30. »

La palette chromatique des costumes que porte Marie va du gris, du noir et du blanc aux bleus et aux verts, un lien visuel avec l’amour de Marie pour la science. «  Il y a beaucoup de gris parce que ça renvoyait au côté métallique des laboratoires. Toutes les couleurs sont froides, il n’y a aucune place pour les couleurs chaudes ici  », ajoute la costumière.

«  Pour Rosamund, nous avions à cœur de montrer le vieillissement dans son corps et sa façon de se vêtir, mais d’une façon qui soit très subtile, progressive. Dans toute la dernière partie du film, elle porte un rembourrage afin d’épaissir sa taille. Rosamund a apporté des modifications subtiles mais décisives dans son attitude, quand elle commence à marcher plus lentement et à se tenir différemment. »

Pour Pierre Curie, Consolata Boyle a créé une silhouette historiquement correcte tout en collant au physique de Sam Riley. « Pierre avait un côté doux et spirituel qui m’a inspiré pour ses costumes, dit-elle. Pierre Curie était très bel homme – et Sam lui ressemble beaucoup physiquement. Il s’habillait simplement mais portait toujours des vestes très françaises, à coupe carrée et boutonnées jusqu’en haut. Elles étaient sa marque de fabrique, donc j’ai restitué cela dans les costumes de Sam. »

Les scènes de laboratoire exigeaient des types de costumes différents. «  Dans de nombreuses scènes de laboratoire, Marie et Pierre sont dans un état répugnant, dit Consolata Boyle. Il était impératif de représenter fidèlement la science dans ce qu’elle pouvait avoir de physique à l’époque : ils broient, font bouillir, remuent, soulèvent un tas de choses, et ils portent les vêtements qui conviennent pour ce genre de tâche. »

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