Thriller/Drame/Un film en accord avec son genre, une réalisation punchy et fun, sans être parfait il atteint son but
Réalisé par Sam Levinson
Avec Odessa Young, Suki Waterhouse, Hari Nef, Abra, Bella Thorne, Bill Skarsgård, Maude Apatow, Joel McHale...
Long-métrage Américain
Durée : 01h50mn
Année de production : 2018
Distributeur : Apollo Films
Interdit aux moins de 12 ans
Date de sortie sur les écrans américains : 21 septembre 2018
Date de sortie sur nos écrans : 5 décembre 2018
Résumé : Lily et ses trois meilleures amies, en terminale au lycée, évoluent dans un univers de selfies, d’emojis, de snapchats et de sextos. Mais lorsque Salem, la petite ville où elles vivent, se retrouve victime d’un piratage massif de données personnelles et que la vie privée de la moitié des habitants est faite publique, la communauté sombre dans le chaos.
Lily est accusée d’être à l’origine du piratage et prise pour cible. Elle doit alors faire front avec ses camarades afin de survivre à une nuit sanglante et interminable.
Bande annonce (VOSTFR)
Ce que j'en ai pensé : j'ai eu l'opportunité de découvrir ce film au festival Utopiales de Nantes. ASSASSINATION NATION nous promet de tout faire partir en vrille et il tient ses promesses. Le réalisateur Sam Levinson nous propose une critique de la société américaine violente et imprégnée d’exagération. Il instaure un style à son film et il s’y tient. Le travail sur les ambiances malsaines et la montée en pression atteint son but et le ressenti est-là. Il fait preuve d’imagination avec sa réalisation qui offre quelques moments de mise en scène très enthousiasmant. Sur le fond, au début du film, la description d’une jeunesse qui se livre à tous les excès n’est pas forcément originale, cependant quand il commence à traiter son idée à fond et que ça dérape, c’est très fun.
La tournure des événements évoque certains mangas ou films japonais fantastiques. Les personnages ne sont pas sympathiques, ils sont même pathétiques par leurs comportements, mais au fur et à mesure que la situation se dégrade, des caractères finissent par s’affirmer et on s’attache à certains.
Les personnages féminins sont vraiment sympas, à leur façon qui fait dans le bizarre, et les actrices sont hyper convaincantes. Le groupe d’amies composé de Lily, interprétée par Odessa Young, Sarah interprétée par Suki Waterhouse, Bex interprétée par Hari Nef et Em interprétée par Abra se révèle avoir pas mal de peps et de répondant face aux menaces criminelles à affronter, en commençant par leur relation avec des hommes peu fréquentables tels que Mark, interprété par Bill Skarsgård ou encore Nick, interprété par Joel McHale. Les deux acteurs sont supers.
En plus de la critique sociale acerbe, il y a également une vision arriérée, machiste, visant à être choquante, des relations garçons/filles chez les adolescents. La morale de l’histoire cherche à briser les images et les a priori d’une façon peu crédible, mais plutôt amusante.
ASSASSINATION NATION est fidèle à ce qu’il cherche à être. Même s’il n’est pas sans défauts, il réserve des surprises très sympas dans son scénario et dans sa mise en scène. Il se révèle fun dans l’ensemble et assume son côté gore et violent. Si on aime les films de ce genre, il convainc tout à fait.
La tournure des événements évoque certains mangas ou films japonais fantastiques. Les personnages ne sont pas sympathiques, ils sont même pathétiques par leurs comportements, mais au fur et à mesure que la situation se dégrade, des caractères finissent par s’affirmer et on s’attache à certains.
Les personnages féminins sont vraiment sympas, à leur façon qui fait dans le bizarre, et les actrices sont hyper convaincantes. Le groupe d’amies composé de Lily, interprétée par Odessa Young, Sarah interprétée par Suki Waterhouse, Bex interprétée par Hari Nef et Em interprétée par Abra se révèle avoir pas mal de peps et de répondant face aux menaces criminelles à affronter, en commençant par leur relation avec des hommes peu fréquentables tels que Mark, interprété par Bill Skarsgård ou encore Nick, interprété par Joel McHale. Les deux acteurs sont supers.
Copyright photos @ Apollo Films
En plus de la critique sociale acerbe, il y a également une vision arriérée, machiste, visant à être choquante, des relations garçons/filles chez les adolescents. La morale de l’histoire cherche à briser les images et les a priori d’une façon peu crédible, mais plutôt amusante.
ASSASSINATION NATION est fidèle à ce qu’il cherche à être. Même s’il n’est pas sans défauts, il réserve des surprises très sympas dans son scénario et dans sa mise en scène. Il se révèle fun dans l’ensemble et assume son côté gore et violent. Si on aime les films de ce genre, il convainc tout à fait.
Note : il y a une petite scène post-générique.
NOTES DE PRODUCTION
(À ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)
« Je sais que mon film est choquant,
effrayant, et débordant de haine », déclare Sam Levinson, le
réalisateur, « mais tel est aussi l’état du monde actuel. Ce
film parle de notre identité américaine ; il décrit la façon dont
notre soif de divertissements, d’humiliation et de violence a fini
par dépasser notre instinct de survie. »
L’ado américain typique passe en
moyenne onze heures par jour sur internet, et l’on sait maintenant
que son mal de vivre est proportionnel au temps qu’il consacre aux
médias sociaux. D’où ce paradoxe : en évitant les médias
sociaux, les jeunes risquent de se retrouver seuls et marginalisés,
précisément ce qu’ils redoutent et redouteront toujours.
Pour une ado férue d’Instagram telle
que Lily (Odessa Young), le chemin de l’individualité passe
forcément par une culture de l’extrême. C’est pourquoi Sam
Levinson a décidé d’ouvrir son film avec de la provoc’ pure et
dure, un avertissement qui sert à prévenir le public de ce qui
l’attend : « harcèlement scolaire, préjugés de classe, décès,
alcool, drogues, sexe, masculinité toxique, homophobie, transphobie,
armes à feu, nationalisme, racisme, kidnapping, regard masculin sur
la femme, sexisme, obscénités, torture, violence, gore, armes et
egos masculins trop fragiles. »
Cet avertissement sert aussi à définir
l’univers de Lily, son royaume des sens et de l’imagination, en
quelque sorte, le seul qui lui soit familier. Ayant grandi scotchée
à son Smartphone, elle n’a jamais su ce que c’était que de
vivre loin des médias sociaux et de la pression constante qu’ils
exercent, et sans courir le risque d’être humiliée en permanence.
Et à vie.
Alors qu’il rédige le script du
film, telles sont les pensées qui traversent l’esprit de Sam
Levinson, sans doute influencées par le fait que le réalisateur et
sa femme attendent alors leur premier enfant. Il s’explique ainsi :
« Je me suis demandé ; dans quel genre de monde mon enfant va-t-il
naître? Il est tellement dur de nos jours d’être jeune, quand la
moindre de vos erreurs peut être immortalisée. Chaque coup d’un
soir maladroit, chaque cliché peu flatteur, chaque texto intime peut
devenir un outil d’humiliation. » Alors qu’il se prépare à
écrire son script et qu’il cherche à déterminer quel genre de
menace pourrait ainsi assiéger une petite ville, honte et
humiliation sont les deux émotions qui inspirent principalement le
réalisateur. La ville ne serait pas attaquée de l’extérieur mais
de l’intérieur, par une forme de terrorisme particulièrement
moderne : le piratage électronique anonyme.
Alors qu’il écrit, Sam Levinson
parvient à visualiser le film dans son esprit, avec son écran coupé
en trois, ses couleurs acidulées, et ses références aux comédies
pour ado et aux thrillers hyper-sanglants. Mais il y voit également
l’opportunité de réinventer les règles du genre. « Comment
faire un film qui saisisse et reproduise l’instabilité
émotionnelle du Net? », se demanda-t-il. « Comment faire du Net
même un genre de film ? »
Avec ambition et à un rythme effréné,
Sam Levinson se lance dans l’écriture de son script durant trois
semaines et demi. « A partir du moment où j’ai compris que ces
quatre meilleures amies devaient vraiment unir leurs forces pour se
défendre, le film s’est pratiquement écrit tout seul. »
En situant l’intrigue de son film
dans la ville imaginaire de Salem, il fait naturellement un clin
d’œil au procès des sorcières de Salem (Massachussetts, 1692),
cette quintessence des réactions sociales excessives, un chapitre
grotesque de l’histoire américaine, un épisode de panique morale
qui aboutit à vingt meurtres. « J’y vois une parallèle », nous
dit Levinson, «voici de nouveau une ville qui a perdu la tête et
qui s’attaque à des innocents, mais Salem est avant tout pour moi
une banlieue perdue dans l’Amérique profonde. Des Salem, il y en a
partout en Amérique. »
“UN FILM, 4 FILLES”
En imaginant l’intrigue du film, Sam
Levinson décide de se concentrer sur le personnage de Lily, une
jeune fille de 18 ans qui refuse de porter le chapeau pour le
piratage catastrophique qui vient de balayer sa ville. Elle se défend
férocement, avec une grande attention et une forte agressivité.
« Les films japonais dits « Subekan »
ont eu une énorme influence sur mon travail» explique le
réalisateur. « C’est l’un des seuls sous-genres où l’on a
donné aux jeunes femmes libre cours à leur colère. »
Ce genre (qui met en scène des gangs
de jeunes délinquantes japonaises) émerge dans les années 70 et 80
et inspire non seulement plusieurs films et séries TV mais aussi des
bandes dessinées représentant de jeunes rebelles en uniforme
d’écolière et aux cheveux teints qui se battent implacablement
contre l’injustice.
Parmi les films « Subekan » qui l’ont
influencé, Sam Levinson cite FEMALE PRISONER #701 : SCORPION (1972),
la série STRAY CAT BOSS (1970) et en particulier DELINQUENT GIRL
BOSS : WORTHLESS TO CONFESS (1971), auquel Levinson rend hommage dans
son film, avec ses quatre héroïnes en trench-coats cirés rouges.
« Ce que j’adore dans ces films,
c’est leur représentation de la fureur et de la colère
adolescentes », déclare-t-il. « Mais en même temps, ils font
preuve d’une certaine théâtralité, ce qui est rare et que je
voulais à mon tour explorer à travers ces quatre personnages, les
raisons tangibles de leur fureur et l’univers imaginaire où elles
l’entraînent. »
L’actrice Hari Nef (TRANSPARENT) qui
joue Bex, l’amie de Lily, explique pourquoi l’approche de Sam
Levinson l’a intriguée: « au début je me suis dit ‘voilà un
homme blanc, hétéro, cisgenre, la trentaine, qui essaye d’écrire
un film provoc’ sur quatre adolescentes », dit-elle, « mais je me
suis rendue compte que ce qu’il écrivait sonnait incroyablement
juste. Je me suis posée beaucoup de questions mais Sam les a
encouragées, dès le début. Il voulait que nous participions, que
nous lui donnions notre avis. »
Odessa Young partage cette opinion: «
la clairvoyance de Sam m’a épatée. A priori, on a là une
histoire d’adolescentes qui se battent contre leur communauté.
Mais en y regardant de plus près, on s’aperçoit qu’elles se
battent aussi contre une sorte de gigantesque machine culturelle. Et
j’adore le fait qu’elles se rebellent contre tout ça. »
Bien qu’écrit avant #MeToo et
#TimesUp, le film est au diapason de ces deux mouvements car il donne
du pouvoir à ses personnages féminins et les traite avec respect.
Dès le départ, le réalisateur se fixe des règles de base très
claires: il n’y aura ni nudité, ni objectivation de la forme
féminine, et très peu de sexe.
« Puisque l’un des thèmes du film
est celui de l’exploitation, je voulais vraiment éviter de donner
au public cet angle de visionnage », explique-t-il. « Je souhaitais
montrer comment le Net a modifié notre manière d’aborder la
sexualité en rendant les choses plus crues, plus grossières. Cela
dit, si l’on remplaçait ces quatre filles par quatre garçons,
personne ne s’offusquerait de leur façon de parler ; personne ne
trouverait ça tabou. »
Levinson observe également que Lily ne
correspond pas tout à fait à l’image qu’elle donne d’elle-même
en ligne ou sur ses selfies un peu salaces : « Internet a divisé
tout le monde en deux versions de nous-mêmes: qui l’on est
véritablement et notre personne publique, l’image que l’on
projette. Là où ça se complique, c’est quand on essaye de
réconcilier les deux. »
Quel que soit le niveau de démence
dans lequel sombre Salem, le plus important pour Sam Levinson est de
faire en sorte que ce groupe de quatre amies, leur amitié et les
périples qu’elles traversent, sonnent toujours juste. « Je
voulais que ces quatre jeunes filles soient très humaines,
faillibles et brouillonnes », dit-il, « mais je voulais également
faire d’elles des héroïnes, leur donner l’opportunité de
réécrire leur histoire à leur manière et de changer leur réalité.
»
DES RISQUES QUI PORTENT LEURS FRUITS
Une fois son script terminé, un
scénario au sujet radioactif, Sam Levinson se retrouve confronté à
ses propres doutes : qui prendra le risque de produire ASSASSINATION
NATION ? Pour Kevin Turen (de Phantom Four Productions) la question se
pose alors autrement : « comment pourrais-je ne pas produire ce film
? »
Le producteur se souvient : « en
lisant le script, je me suis dit ‘wow, je ne m’attendais à ça,
et je n’ai jamais rien vu de semblable auparavant’. Ce script
reflète avec une telle justesse les angoisses qui hantent notre
époque et la colère qui y règne. C’est comme si Sam avait mis le
doigt sur ce que l’on ressent quand on quitte l’enfance, au sein
d’un monde plus effrayant que jamais. J’adore que le film soit
construit comme un film d’horreur où le monstre s’avère être
le Net. »
Le producteur Aaron L. Gilbert de Bron
Studios, qui aura précédemment collaboré avec Kevin Turen, est un
autre atout en or pour l’équipe. « Kevin m’a appelé et il m’a
dit ‘tu dois absolument lire ce script’ », se souvient-il, « il
est porteur d’un message essentiel ; il parle de notre monde
d’aujourd’hui, un monde où l’absence totale d’espace privé
transforme radicalement nos vies, nos interactions sociales et le
fait même de grandir. Mais Sam a traité ça de façon complètement
dingue et super divertissante. »
En relisant le script, Aaron Gilbert
réalise que son thème dépasse l’intrigue au cœur de l’histoire.
« Je suis un témoin immédiat de cette façon qu’ont les jeunes
de communiquer à présent », explique-t-il. « Je vois mon fils
assis devant la télé, son iPhone à côté de lui, en train de
jouer à la PS3. C’est la réalité du monde actuel. Sam a réussi
à puiser dans cet univers et à adopter le point de vue d’une
jeune ado qui en est accro mais qui parvient également à voir plus
loin. »
D’emblée, Aaron Gilbert sait qu’il
sera délicat pour le film de trouver le ton juste. « Ce que je
préfère dans mon travail c’est de prendre des risques avec
certains films », dit-il. « Mais en rencontrant Sam et en étant
confronté à son amour du cinéma, j’ai tout de suite compris que
nous n’aurions aucun problème. »
La productrice Anita Gou (également
productrice de TO THE BONE, de Marti Noxon) a saisi le message du
film dès sa première lecture du script. « Je suis tombée sous le
charme du dialogue, des thèmes à la fois déjantés et super
actuels de l’histoire et de son côté ludique », déclare-t-elle.
« J’aime qu’on explore ce que c’est d’être une jeune femme
quand on se retrouve, bien malgré soi, l’objet de conversations
publiques et de jugements hypocrites. Ce n’est pas souvent qu’on
voit de films mettant en scène quatre héroïnes, et ce simple fait
est en soi terriblement excitant. »
Mais ce qui impressionne le plus Anita
Gou est le respect de Sam Levinson envers ses personnages. « En
dépit des sujets tabou qu’aborde le film, la caractérisation des
personnages féminins est très différente. Il a pris le temps
d’écrire des personnages féminins complexes, des ‘dures à
cuire’ qui sont également drôles et réalistes. Elles en bavent
et elles essayent de trouver un moyen de s’unir pour mieux se
défendre – et c’est exactement ce que font les ados, maintenant
plus que jamais. »
Les touches plus « baroques » du film
ne l’inquiétèrent en rien ; au contraire : « Je me suis dit,
allons-y à fond ! J’aime que le film ait un côté choquant et
éhonté. J’espère qu’il suscitera des conversations, qu’il
amènera les gens à remettre en question cette façon qu’on a tous
de se juger continuellement les uns les autres, de juger les femmes,
les personnages publics, les ados… Voilà un type de violence qui
pervertit notre société et à laquelle on prête peu attention. »
Outre ces films japonais des années 70
mettant en scène des gangs de filles des années, l'ADN de
ASSASSINATION NATION regorge d'inspirations cinématographiques.
Alors que les cinéphiles aimeront
identifier les influences visuelles et les références culturelles
du film, pour Levinson, celles-ci reflètent simplement le monde tel
que nous le comprenons aujourd’hui : à travers un prisme
étourdissant d’influences visuelles et de références
culturelles.
«J’ai eu cette vision : LA VALLEE
DES POUPÉES rencontre Wong Kar Wai», dit Levinson, combinant ainsi
l’univers glamour-kitsch de ce classique américain des années 60
et le célèbre cinéaste de Hong Kong, réputé pour ses rêveries
luxuriantes et sa photographie onirique. « Mais ensuite, notre
directeur de la photo, Marcell Rév, a joint notre équipe et nous a
emmenés encore plus loin. »
Marcell Rév est surtout connu pour son
travail étonnant sur WHITE GOD, le film de Kornel Mondruzco mettant
en scène un soulèvement canin, et qui a remporté le prix « Un
Certain Regard » au Festival de Cannes 2014. En amorçant leur
collaboration, Marcell Rév et Sam Levinson ont tous les deux évoqué
une vaste gamme d'influences potentielles.
Le travail de Petra Collins, une
photographe canadienne âgée de 25 ans, leur a servi de point de
départ. Cette artiste avait déjà bouleversé le monde de l'art
avec ses portraits lumineux et chaleureux d’adolescentes. Ces
photos offrent une alternative à la fois émotionnelle et empathique
au regard masculin qui domine depuis si longtemps le monde de l’art
et du cinéma.
Puis le duo évoque les couleurs
changeantes du MEPRIS (CONTEMPT) de Jean-Luc Godard, un « film à
l’intérieur d’un film », et les triptyques utilisés par ce
pionnier du cinéma, Abel Gance, dans NAPOLEON (1927). «L’idée
des triptyques nous a séduit, mais avec le même format d’image
que celui d’un iPhone», note Levinson. « C’était à la fois
rendre hommage à Gance et à l’ère numérique tout en faisant du
vrai cinéma.»
En termes d’influences
cinématographiques, Levinson inclut également le classique COMME UN
TORRENT (1958) de Vincent Minnelli, CARRIE (1976) de Brian De Palma,
ainsi que THE FOG (1980) et ASSAUT (1976) de John Carpenter. Levinson
a également revu trois films qui abordent le changement dans notre
façon de gérer nos vies depuis l'avènement des communications de
masse: LE GOUFFRE AUX CHIMÈRES de Billy Wilder (1951), UN HOMME DANS
LA FOULE d'Elia Kazan (1957) et NETWORK de Sidney Lumet (1976).
Mais les influences présentent dans le
film s'étendent également au-delà du cinéma. Dans les premiers
instants de ASSASSINATION NATION, Lily cite l’auteur qui déclara
un jour: «Dix pour cent des gens sont cruels, dix pour cent sont
charitables et les quatre-vingt pour cent restants peuvent balancer
dans un sens comme dans l’autre». Cette auteur, la célèbre
critique sociale Susan Sontag, parlait alors des leçons qu'elle
avait tirées de l'Holocauste.
Levinson se souvient qu’il avait à
l’esprit ON PHOTOGRAPHY (1977), la collection d’essais de Susan
Sontag, quand il a écrit son script. Dans ceux-ci, Sontag explore à
quel point l’imagerie omniprésente a transformé à jamais
l’humanité en une société de témoins. «Cette idée
m’intéressait beaucoup, selon laquelle nous sommes devenus un
monde de voyeurs, qui observent passivement les tragédies et les
situations d’urgence », déclare-t-il. «Cette citation des dix
pour cent, je l’ai écrite sur un papier il y a des années. J'ai
toujours espéré que le véritable montant de ces pourcentages était
quelque peu erroné et pas aussi monstrueux, mais honnêtement, qui
suis-je pour contredire Susan Sontag? »
LILY : UNE CONDAMNÉE
Pour jouer l’héroïne du film (et le
principal bouc-émissaire de l’histoire), Sam Levinson prend un
risque. Il cherche une actrice que le public n’aura pas encore
étiquetée, et catégorisée. Après de longues recherches, il
rencontre finalement Odessa Young, une actrice Australienne de 19 ans
qui a remporté un Oscar australien pour sa performance dans le rôle
principal de THE DAUGTHER (2015).
Il se souvient: «J’ai vu en elle à
la fois de la malice, de la confiance et une certaine sagesse. Pour
moi, c’était Lily. Plus nous parlions, plus je savais qu'Odessa
serait parfaite pour le rôle. Son visage est tellement ouvert que
l’on un accès direct à ses émotions. Et elle a su puiser en elle
une légère folie qui est fascinante et qui convient parfaitement au
personnage de Lily. »
Du franc-parler de Lily et de sa
sexualité assumée au retournement dans l’intrigue qui la voit se
transformer en adolescente vengeresse dans la seconde partie du film,
l’actrice savait que ce rôle constituerait une importante épreuve
dans sa carrière. »
«Pour être honnête, quand j'ai
d’abord lu le script, j'étais terrifiée », dit-elle. «C’était
tellement audacieux, si dramatique et si différent de tout ce que
j’avais lu ou vu jusqu'alors. Même si le script fourmille d'idées
incroyables, Sam traite le tout de façon très ludique et le script
ne s’enlise jamais dans ses idées. Ce fut une lecture drôle et
passionnante. »
Elle remarque que même si la vie de
Lily est assez différente de la sienne, elle a toujours ressenti un
fort lien avec son personnage. «Je n'ai pas grandi dans une petite
ville américaine, et je n’ai pas vraiment été influencée par la
culture des médias sociaux. Mais je me suis sentie proche de l’idée
-universelle- de cette ado à qui l’on a dit toute sa vie qu’elle
va être jugée. Le montant de vitriol auquel elle est confrontée
dans l’histoire m’a fait peur, en lisant le script. Mais il
s’agit d’un sujet très important, et il faut l’aborder. »
L’actrice commente alors cette façon
saisissante qu’a le film d’aborder la sexualité dans toutes ses
complexités, à travers une imagerie imprégnée de sexe. «J’adore
que Sam fasse des observations poignantes sur la sexualité des
adolescents dans le monde d’aujourd’hui, mais qu’il n’inclue
toutefois qu’une unique scène de sexe dans le film, toute en
silhouette. Le film brise le stigma qui touche encore les femmes
quand elles parlent de plaisir de la même manière que les hommes.
Lily tente de maîtriser sa sexualité de différentes façons, mais
elle est également déroutée par la multitude de diktats sociaux
qui accompagnent l’amour et la sexualité.»
L'une des scènes les plus difficiles à
tourner pour l’actrice est celle qui met en scène une
confrontation intense entre Lily et son petit ami, Mark (joué par
Bill Skarsgård). «J’ai eu la chance, dans ma vie, de n’avoir
jusqu’à présent jamais connu ce genre de conflit, de guerre de
pouvoir», dit-elle. «Alors pour cette scène, j’ai vraiment réagi
dans l’instant, parce que c’était une expérience complètement
nouvelle pour moi, tout comme elle l’était pour Lily, qui n’a
jamais été confrontée à ce genre de vitriol auparavant. Et puis
Bill est un acteur fantastique, tout comme Joël McHale. C’était
formidable de tourner une scène aussi incroyablement difficile avec
lui. »
Tout cela nous amène aux scènes
finales dans lesquelles Lily prend vraiment possession du pouvoir qui
est en elle. «Nous en avions tellement bavé dans la première
partie du film que le moment de rendre des comptes était enfin
venu», dit-elle en riant. « Nous étions prêtes à y aller à fond
et à nous défendre, becs et ongles. Mais durant ces scènes, le
dialogue avec Sam s’est poursuivi. Nous avons tous beaucoup
communiqué avant et pendant le tournage ; nous avons vraiment
exploré le sujet, ce dont nous avions tous terriblement besoin.
C’est aussi pour cette raison que le film sort du lot. »
BEX SE FAIT ENTENDRE
Pour interpréter Bex, l'amie la plus
proche de Lily dont la situation ne fait qu’empirer alors que Salem
s’auto-détruit, Sam Levinson fait appel à Hari Nef, une actrice,
modèle, et écrivain principalement connue pour son interprétation
de Tante Gittel, une femme transgenre dans le Berlin des années 30,
découverte par flashbacks dans TRANSPARENT, série Amazon couronnée
aux Emmy Awards. Le réalisateur s’attend à mettre un certain
temps pour trouver sa Bex, mais Hari Nef met fin à ses recherches
avant même qu’elles ne commencent. «Je me souviens très bien du
jour où Hari est venu faire un essai», se souvient le réalisateur.
«Elle avait quelque chose de profond, de réel et d’amusant, et
elle a été capable de puiser dans plusieurs registres en même
temps.»
D’emblée, Hari Nef est intriguée
par le personnage de Bex et par le projet même. «On m'avait décrit
Sam comme quelqu’un y allant vraiment à fond, et je l’ai
clairement perçu dans son travail. », dit-elle. «Le scénario nous
fait vraiment ressentir ce que c’est que d’être une jeune femme
de nos jours. L’humour noir du script m’a également beaucoup
parlé, ainsi que la façon dont Sam ose rire de certaines personnes
et de certaines idées pathétiques ou violentes dans notre société.
A mon avis, c’est le meilleur moyen de leur régler leur compte. Le
scénario oscille continuellement entre humour et désespoir, réalité
et fantasme, optimisme et nihilisme - sans jamais perdre l'équilibre.
»
Le montant de recherches effectuées
par Sam Levinson la charme aussi. «Lorsque j'ai reçu ce script, il
s’accompagnait d’un nombre incroyable d'images de références.
Sam s'était complètement plongé dans l’univers Tumblr des
adolescentes, et dans toute cette esthétique « soft-grunge. »
C'était incroyable à voir. »
Plus que tout, le personnage de Bex
touche Nef sur le plan personnel et émotionnel en tant que jeune
transsexuelle ayant elle-même lutté contre des choses similaires à
son personnage. «Je me sens très protectrice vis-à-vis de Bex,
mais elle m’impressionne. J’aurais aimé être comme elle au
lycée. Elle se laisse aller à sa propre vulnérabilité et comprend
déjà qui elle est, d'une manière vraiment impressionnante pour son
jeune âge. »
Hari Nef est également impressionnée
par la détermination dont fait preuve Sam Levinson en développant
le personnage de Bex. «C’est toujours ainsi que ça devrait se
passer quand un homme écrit un personnage féminin »
remarque-t-elle. «Sam est un artiste formidable, et j'ai également
partagé avec lui des détails spécifiques à Bex, pour l’aider à
établir un contexte pour ce personnage. Le sentiment de
bienveillance et de confort que Sam a su créer sur le plateau nous a
permis à tous de nous sentir vraiment à l'aise, non seulement avec
lui, mais aussi, en tant que femmes, avec la façon dont sa caméra
allait nous filmer. »
A propos de ce qui rend les personnages
de Lily et Bex si proches l’une de l’autre, Nef remarque: «Je
pense que Bex comprend les aspirations profondes de Lily, ce que Lily
garde pour elle. Elles sont capables de regarder au plus profond
l’une de l’autre. Je les imagine amies depuis toujours. Mais
arrivé au lycée, on essaye tous de nouvelles versions de nous-même
– on s’habille d’une nouvelle manière, on s’intéresse à
une musique différente - même si une partie de nous reste la même
et que nos amis s’en rendent compte. Compte tenu de tout ce qui se
passe dans le film, je pense que la nature même de leur amitié,
honnête et vraie, est ce qui la rend intemporelle. »
Odessa Young ne tarit pas d’éloges
sur Nef, en tant que covedette du film mais aussi en tant qu’amie :
« Hari m’inspire sur le plan professionnel, mais nous avons
également tissé des liens très profonds toutes les deux. J’espère
que ce qui ressort de nos scènes est ce sentiment de tendresse et
cette absence de jugement entre Lily et Bex. J'adore qu’elles
s’affrontent toutes les deux car je trouve ça passionnant de voir
à l’écran une amitié féminine mais parfois conflictuelle, basée
sur des sentiments profonds. »
Il s’agit là de son premier grand
rôle dans un film, et Nef se retrouve plongée dans le feu de
l'action, au cœur de scènes extrêmement intenses. «J'ai réalisé
moi-même la plupart de mes cascades», admet-elle avec une note de
fierté, «mais en fin de compte, les scènes les plus difficiles à
tourner furent aussi les plus subtiles. Lorsque Bex est menacée,
elle sort pour ainsi dire de son corps, car la réalité est trop
horrible pour elle à supporter, y compris physiquement. Et c’est
ce que vivent beaucoup de personnes victimes de violence. Bex fait de
son mieux pour se projeter durant ces scènes, et c’est ce que j’ai
fait moi aussi. »
Les scènes les plus difficiles à
tourner pour elle furent celles qui l’opposent à l'acteur Danny
Ramirez. Il incarne un footballeur nommé Danny qui entretient une
romance secrète avec Bex. «Ces scènes concrétisent le désir
absolu qu’à Bex d'être vue et aimée pour qui elle est, et pour
sa façon d’exister », explique Nef. «Je voulais représenter
cette sensation de déchirement entre l'exaltation de l’état
amoureux et le sentiment terrible qui nous accable quand on est
rejeté. C’est quelque chose que tout le monde vit, à un moment ou
à un autre. »
QUATRE ADOS À SALEM : LEUR MILIEU
SOCIAL
Le casting est aussi minutieux que la
conception même du film. L’un des producteurs, Kevin Turen,
explique: «La directrice de casting, Mary Vernieu, est extrêmement
talentueuse et nous avons pris le temps de trouver le candidat idéal
pour chaque rôle. Sam était déterminé à trouver des acteurs que
le public n’aurait peut-être jamais vu auparavant, ou en tout cas,
jamais de cette façon. » Deux jeunes stars des médias sociaux
complètent le quatuor principal. La chanteuse de R & B, Abra,
qui s’est fait connaître sur YouTube, fait ses débuts au cinéma
dans le rôle de Em, tandis que Suki Waterhouse, mannequin,
star-entrepreneur des médias sociaux et actrice en puissance, joue
Sarah.
Avec Odessa Young et Hari Nef, elles
incarnent un lien indéfectible qui remet en question la manière
dont les amitiés adolescentes sont représentées à l'écran.
«J’avais déjà vu des vidéos
d’Abra et j’ai eu l’impression qu’elle possédait une qualité
assez vive, mais aussi une grande douceur », explique Levinson.
«Lorsque nous l'avons filmée, son charisme et son potentiel sont
devenus une évidence. Quant à Suki, elle a en elle cette espèce
d’espièglerie et d’agitation un peu frénétique que je
recherchais pour le personnage de Sarah. J'avais particulièrement
hâte de voir comment les quatre actrices allaient jouer ensemble et
s’affronter. Elle se sont encouragées les unes les autres à faire
de leur mieux, à perfectionner leur jeu. Et elles ont, pour ainsi
dire, fini par former leur propre gang de filles. »
«Sam a deviné que nous nous
entendrions tous bien », a déclaré Odessa Young, «et son
intuition s’est avérée très juste. Nous nous sommes beaucoup
amusés ensemble. Mais je pense que cela faisait effectivement partie
de sa stratégie à la base, car de cette légèreté naît un
sentiment de vérité. » Dans les autres rôles-clés on retrouve
également Bella Thorne et Maude Apatow, ancienne star de Disney et
d’Instagram, récemment vues dans OTHER PEOPLE de Chris Kelly et
THE HOUSE OF TOMORROW de Peter Livolsi. «La possibilité de jouer
avec cette nature préconçue que les gens peuvent avoir de Bella et
retourner complètement cette image était excitante», dit Sam
Levinson. «Bella s’est montrée complètement géniale et elle
s’est donnée à cent pour cent. Lorsque Maude a auditionné, ce
qui m'a le plus frappé, ce sont ses yeux incroyablement expressifs.
Elle a une présence digne d’une star du cinéma muet, comme Clara
Bow. »
Pour le rôle du proviseur de lycée,
Monsieur le Proviseur Turrell, un personnage à la fois noble et
généreux, Levinson savait exactement quel acteur il voulait. Colman
Domingo, nominé aux Tony Awards pour sa performance impressionnante
dans THE SCOTTSBORO BOYS, est surtout connu par les téléspectateurs
pour avoir tenu le rôle de Vincent Strand, le survivant de
l'épidémie dans FEAR THE WALKING DEAD. «J'ai immédiatement pensé
à Colman en écrivant ce rôle», explique Levinson. «Il est
incroyablement doué. J’ai su sans hésiter qu’il transcenderait
ce rôle, et c’est exactement ce qu’il a fait. Il a une grande
humanité. Domingo aborde le personnage de Turrell comme un homme qui
voit toujours en ses étudiants des enfants débordants de potentiel,
même s'ils sont sur le point de commettre les pires erreurs. «Je me
suis senti investi d’une certaine responsabilité, pas vraiment en
tant que mentor, mais plutôt comme si j’étais sensé fournir un
fondement capable de recueillir toute leur énergie», explique
l’acteur, qui jouit déjà d’une longue carrière. «Cette
énergie était terriblement contagieuse. Tout le monde allait de
l’avant, avec audace, et avait quelque chose d’intéressant à
partager. »
Parmi les acteurs masculins du film
figure également Bill Skarsgård, (récemment vu dans le film
d’horreur IT) et qui joue le premier amour de Lily ; Joël McHale
(de la série TV COMMUNITY) qui joue une relation secrète de Lily;
et Cody Christian (TEEN WOLF) dans le rôle de Johnny, le «
quarterback » de l’équipe de football locale. « Bill Skarsgård
est un bel homme mais il jouit également d’une incroyable
imprévisibilité », remarque Sam Levinson. «Joël McHale est tel
que vous pouvez donner n’importe quelle motivation aux personnages
qu’il incarne, une véritable aubaine pour ce rôle. Quant à Cody,
il s’est complètement investi dans son rôle et il nous a offert
une performance absolument terrifiante. Le personnage de Johnny est
le genre d’individu que j’ai passé toutes mes années lycée à
éviter. »
LE LOOK DU FILM
Comme dans le monde virtuel
hyperkinétique qu’il dépeint, ASSASSINATION NATION est un
véritable régal pour les sens. Selon Odessa Young, «les médias
sociaux ont leur propre esthétique et Sam a toujours souhaité que
ce film comporte des images faites de GIF et des mèmes. C’est ce
qu’il a fait avec chaque élément: le dialogue, le cadrage, les
costumes et le design. » Un véritable synchronisme entre Sam
Levinson et le directeur de la photo, Marcell Rév, a donné lieu à
de nombreuses idées hors-normes. Aaron L. Gilbert, producteur du
film, se souvient: «Marcell a utilisé des ampoules trouvées chez
Walmart, ce qui donne au film un look incroyable. J'aime à quel
point l'histoire se passe de mots. Il y a beaucoup de dialogues
mémorables dans le film, mais il y a aussi des passages entiers où
ce ne sont que les images qui font avancer le récit. »
Avec les costumes aussi, le film se
prête à une autre forme d’expression, grâce au travail de la
créatrice Rachel Dainer-Best, qui s'est immergée dans un monde où
la mode se découvre non plus à travers les pages des magazines mais
à travers les blogs, les forums et les ‘apps’ . « On voulait
que les filles aient l'air tout droit sorties de Tumblr », explique
Levinson, «Rachel et moi sommes tombés d’accord sur l'idée que
chaque personnage aurait une sorte de tenue bien à elle, avec des
variantes. Nous avons travaillé presque entièrement dans une gamme
de pastels, sans couleurs vives ni couleurs primaires, à tel point
qu’on atteint presque l’onirique. C’est le monde tel que ces
quatre filles l’imaginent. Cela dit, nous ne voulions pas créer un
univers inaccessible. Nous voulions utiliser des tenues abordables et
facilement réalisables ; la règle étant que tout ce qui était à
l'écran devait pouvait être acheté pour moins de trente dollars.
Et tout devait pouvoir être représenté par des GIF. Nous avons
suivi ces mêmes règles pour le maquillage, en prenant des idées de
tutoriels sur YouTube, et nous inspirant de K-Pop, de dessins animés
et d’autres choses trouvées sur Tumblr. »
Les tons pastel ne changent qu'à la
fin du film, lorsque les quatre amies revêtent leurs trench-coats
rouges et rutilants. « Rachel a pris cette idée et y est allée à
fond », déclare Levinson avec admiration, « et les manteaux
qu'elle a conçus dépassent mes espérances. » A propos des
costumes, Hari Nef a eu aussi son mot à dire : «Rachel a fourni un
travail incroyable en imaginant ainsi le goût et le style très
spécifiques de ces quatre filles. Ceci nous a beaucoup parlé car
cela reflète réellement la manière qu’ont les ados de se créer
un espace bien à eux dans leurs propres micro-cultures. Leur
personnalité un peu hardcore se manifeste également dans les
vêtements qu’elles portent. Cela me rappelle les films pour ados
des années quatre-vingt et quatre-vingt-dix tout en étant tellement
moderne et d’actualité ; j’adore ça. » Et d’ajouter: «
Parce qu’être d’actualité, en gros, cela revient à sortir
d’une machine à remonter le temps où l’on aura assemblé les
objets et les vêtements qui nous plaisent depuis 30 ans. »
MISE EN SCÈNE DU SIÈGE
Le point d’orgue dans la production
du film est cette scène, cruciale, d’invasion de domicile ; une
prise continue et ambitieuse d’une durée de cinq minutes. Pour ce
type de scène déjà vue de nombreuses fois au cinéma, Sam Levinson
et son équipe veulent briser les conventions et s’essayer à
quelque chose de nouveau. Plutôt que de filmer les personnages de
près, la caméra est positionnée à l’extérieur, devenant par là
même une sorte de voyeur qui avance à son propre rythme et s'arrête
pour regarder les personnages derrière les fenêtres, comme pour
troubler leurs vies privées et observer leurs réactions.
«Au départ, la scène devait
dépeindre un incendie, mais à cause de restrictions budgétaires,
c'est devenu une invasion de domicile», révèle le réalisateur.
«Et cela nous a vraiment permis d’ouvrir cette scene visuellement.
Dès le début de la production, notre chef décorateur, Michael
Grasley, a construit une maquette 3D miniature de la maison, puis le
directeur de la photographie, Marcell Rév, et moi-même sommes
restés au bureau pendant des heures à faire ses essais avec la
maquette et à chercher des idées afin de filmer une séquence
d'invasion de domicile telle que personne ne l'aurait jamais vue
auparavant. »
L’équipe de tournage se met alors à
visionner de nombreux exemples du genre, de HALLOWEEN de John
Carpenter (1978), à BLACK CHRISTMAS (1974), en passant par le film
d’épouvante autrichienne ANGST (1983).
Levinson remarque que cette scène
fonctionne également en tant qu’analogie visuelle du piratage
informatique. « L’idée de situer le point de vue de la scène à
l’extérieur de la maison, et de l’orienter vers l’intérieur,
nous a offert une métaphore parfaite. Cela semble suggérer qu’il
y a toujours un accès dérobé par laquelle un « hacker » peut
s’immiscer. »
Pour créer cette sensation de
l’extérieur observant l’intérieur, l’équipe de Rev a utilisé
un bras de grue monté sur des rails de travelling et permettant de
passer d’une fenêtre à l’autre. A court de temps et de
ressources, Sam Levinson ne scénarise pas intégralement la
séquence, ainsi chorégraphiée. Mais après que lui et son équipe
aient fini de régler tous les détails techniques, l'équipe passe
six semaines à répéter la scène, d'abord avec un iPhone, puis
avec les caméras, puis enfin avec les acteurs. Ils tournent la scène
extérieure en une seule journée et le tournage à l’intérieur de
la maison se fait un autre jour.
«Nous devions avancer tellement vite
qu’on devait pour ainsi dire fermer les yeux et espérer que tout
fonctionne», s’amuse Levinson. « Mais c'était vraiment excitant,
parce que l'équipe était super motivée dans son désir de résoudre
tous ces défis techniques et les acteurs étaient prêts à répéter,
encore et encore, jusqu'à ce que nous y arrivions. »
LA PARADE FINALE
Les derniers plans mémorables du film
-- cette sorte de parade défilant dans la ville détruite et menée
par une jeune majorette pleine de défi – ont failli ne pas avoir
lieu. «Nous avons du tourner cette scène alors qu’il nous restait
seulement 25 minutes de lumière», se souvient Levinson. «Nous
avions recruté cette incroyable fanfare dans un lycée de Louisiane,
mais nous n'avions pas eu le temps de répéter et n'avons pu faire
que quelques prises. Pourtant, j’ai senti qu’il y avait quelque
chose de beau dans ces images, la façon dont cette majorette
continue d’avancer à travers le chaos. »
Levinson lui-même a continué à aller
de l’avant, sans s’arrêter, une fois le film tourné. «Je suis
passé au montage pendant 9 mois et ce fut pour ainsi dire une leçon
d’humilité », déclare-t-il. «Il y avait tellement d'idées en
jeu qu’on pouvait vraiment obtenir une scène plus violente, plus
drôle ou plus émotionnelle, en fonction du « cut ». Ce fut
difficile, mais j’ai eu la chance d’avoir à mes côtés des
producteurs qui m’apportaient un immense soutien et qui avaient une
confiance quasi-aveugle en mon travail. »
Le réalisateur a également collaboré
avec Ian Hultquist, connu pour son groupe électro-pop « Passion Pit
» et ses innovantes compositions au synthétiseur. Comme pour le
reste du film, Levinson voulait une bande-son inattendue. «Nous nous
sommes vraiment mis à avancer lorsque Ian a commencé à couper, à
mélanger et à brouiller les pistes, en mettant l'accent sur les
cymbales et les percussions», déclare le réalisateur. «Ian
envoyait des morceaux, je les ralentissais, je les jouais à l'envers
et les lui renvoyais pour lui montrer quel niveau de folie, de
démence je souhaitais atteindre. Nous avons ensuite demandé à
Isabella Summers de « Florence + the Machine » de composer la
musique originale du film, donnant ainsi libre cours à une bande-son
complètement démente. »
Une fois le film terminé, les
producteurs ont vite compris que leur « confiance aveugle » avait
réellement porté ses fruits. «Sur dix personnes qui voient le
film, déclare Aaron Gilbert, il y aura probablement dix points de
vue différents. C’est ce qui fait que le film est unique et
terriblement divertissant. » Anita Gou d’ajouter: «Nous nous
attendons tous à ce que le film suscite un débat. Mais comme il est
conçu pour la génération Internet, une grande partie du débat
pourrait avoir lieu en ligne. En ce sens, nous espérons que la
conversation deviendra littéralement virale. »
Hari Nef partage avec nous ses espoirs
quant à l’accueil du film par le public. «J’aimerais que l’on
ressorte du film avec à la fois une impression de sérieux et de
légèreté ; que l’on soit prêt à réfléchir à ce qui se passe
en 2018, mais aussi à ce qu’on attend de notre pays, de notre
communauté et des gens qui font partie de notre vie. De nos jours,
on se dit qu’il ne vaut même plus la peine de prendre parti, car
il on ne sait plus ce qui est vrai ou faux. Mais ce que j'aime le
plus dans ce film, c'est qu’à la fin, alors que la ville est
pratiquement anéantie, on en vient à se demander: et alors, que
fait-on maintenant ? Quelle est l’étape suivante ? »
Et d’ajouter : « C’est ce que
l’art est sensé faire. L'art se doit d’être explosif. »
Source et copyright des textes des notes de production @ Apollo Films
#AssassinationNation

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