samedi 30 mars 2019

TEL AVIV ON FIRE

TEL AVIV ON FIRE

Comédie/Un film drôle qui joue habilement sur son contexte et sur une prise de distance maline

Réalisé par Sameh Zoabi
Avec Kais Nashif, Lubna Azabal, Maisa Abd Elhadi, Nadim Sawalha, Yaniv Biton, Salim Dau, Yousef Sweid, Amer Hlehel...

Long-métrage Luxembourgeois/Français/Israélien/Belge
Durée: 01h37mn
Année de production: 2018
Distributeur: Haut et Court

Date de sortie sur nos écrans : 3 avril 2019


Résumé : Salam, 30 ans, vit à Jérusalem. Il est Palestinien et stagiaire sur le tournage de la série arabe à succès Tel Aviv on Fire ! Tous les matins, il traverse le même check-point pour aller travailler à Ramallah. Un jour, Salam se fait arrêter par un officier israélien Assi, fan de la série, et pour s’en sortir, il prétend en être le scénariste. Pris à son propre piège, Salam va se voir imposer par Assi un nouveau scénario. Evidemment, rien ne se passera comme prévu.

Bande annonce (VOSTFR)


Ce que j'en ai penséavec TEL AVIV ON FIRE, le réalisateur Sameh Zoabi prend le parti de faire rire les spectateurs malgré un contexte pourtant a priori dramatique. Ce dernier a beaucoup d’importance dans cette histoire et dessine les contours de l’humour de situation, ainsi que de certains échanges étonnants entre les personnages. La mise en scène du réalisateur est habile, car elle joue sur deux tableaux qui s’influencent l’un et l’autre et permettent de faire avancer toutes les ramifications de l’intrigue en même temps. Le développement à double niveau est très clair. 

Les dialogues, co-écrits par Sameh Zoabi et Dan Kleinman, sont fins et malins. Il y a beaucoup d’esprit dans ce film et bien qu’on ne rit pas aux éclats, on s’amuse vraiment de la situation qui paraît incroyable et pourtant plausible. Ce qui est excellent, c’est que les stéréotypes qui servent de levier à l’humour tapent de tous les côtés. Bien qu’il y ait un message politique, il n’y a pas de volonté de séparer, au contraire. 

Les acteurs sont impeccables dans des rôles qui ne sont pourtant pas simples, tant ils pourraient rapidement tomber dans de la caricature. Ils imposent des personnalités distinctes et bien dessinées qui fonctionnent de façon fluide toutes ensembles. Kais Nashif, qui interprète Salam, Lubna Azabal qui interprète Tala, Maisa Abd Elhadi qui interprète Mariam, Nadim Sawalha qui interprète Bassam, Yaniv Biton qui interprète Assi, Salim Dau qui interprète Atef, Yousef Sweid qui interprète Yehuda ou encore Amer Hlehel qui interprète Nabil forment un ensemble juste et sans fausses notes. Ils savent apporter aux échanges ce qu’il faut pour les rendre savoureux. 



Copyright photos @ Patricia Peribañez - Samsa Film - TS Productions - Lama Films - Artémis Productions

TEL AVIV ON FIRE est une comédie drôle qui interpelle. Entre des protagonistes attachants, une réalisation habile, des dialogues bien pensés et un contexte réel et singulier, ce long-métrage se révèle être une très bonne surprise qui mérite vraiment qu’on s’y intéresse.

L'AVANT-PREMIÈRE
(À ne regarder qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

Le film TEL AVIV ON FIRE a été projeté en avant-première, le 20 mars 2019 à Paris, dans le cadre de la cinexpérience # 137 organisée par Sens Critique. À la fin de la projection,  le réalisateur Sameh Zoabi a eu la gentillesse de venir nous rejoindre pour une session de questions/réponses. Vous pouvez retrouver cette rencontre dans les vidéos ci-dessous :








NOTES DE PRODUCTION
(À ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

ENTRETIEN AVEC LE RÉALISATEUR SAMEH ZOABI

Tel Aviv on fire est une comédie. Qu’est ce que cela signifie, faire une comédie en Israël alors que vous êtes palestinien ?

Faire une comédie ancrée dans la réalité du conflit israélo-palestinien était un défi important. Les gens envisagent cette région et le conflit avec beaucoup de sérieux, et les tentatives d’en rire sont rapidement considérées comme trop légères. Pour ma part, j’estime que la comédie permet d’aborder des questions très sérieuses d’une façon plus subtile. Dans mes films, j’essaie à la fois de divertir et à la fois de parler des conditions de vie de mes personnages de manière sincère.

Mon premier film, Téléphone Arabe, s’inspirait de ma jeunesse. Je ne cherchais pas forcément à en faire une comédie, je souhaitais plutôt décrire la réalité dans laquelle j’ai grandi en tant que palestinien et de la manière la plus fidèle possible. La cohabitation entre un sentiment de désespoir permanent, un certain esprit, et un sens de l’humour autour de la table. Avec Tel Aviv on Fire, l’histoire aborde frontalement l’idée de perspectives conflictuelles. Comme dans mon précédent film, le ton est comique – pas pour mettre en relief une situation qui est plus tendue que jamais, mais plutôt pour utiliser les mécanismes que le comique d’exagération peut apporter. Comme l’a dit Charlie Chaplin, « Pour rire vraiment, vous devez être capable de prendre votre douleur et de jouer avec. »

Salam, votre personnage principal, travaille sur un soap opéra arabe produit à Ramallah. Un soap opéra ?

Les soap opéras sont une affaire sérieuse au Moyen-Orient. Les gens les regardent assidument et sont très impliqués dans ces feuilletons. Ce qui m’a toujours étonné, ce sont les avis des téléspectateurs. Ils trouvent les dialogues et les jeu des comédiens plus crédibles dans les soap que dans les films de cinéma. Le soap opéra m’a permis d’explorer des choses qu’on ne peut pas aborder autrement dans le cinéma. Par exemple, dans la scène d’ouverture du film, que je trouve assez politique, les personnages palestiniens du soap expriment leurs sentiments à l’approche de la guerre des Six-Jours 1967. Ils parlent de leurs espoirs, de l’histoire et de la crainte de l’occupation de Jérusalem par Israël. Ils expriment leurs émotions, sans filtre, mais parce que cette scène se déroule à l’intérieur d’un soap opéra, elle prend une tournure différente.

Est-ce que vous regardiez des soap opéras ?

Quand j’étais jeune en Israël, déconnecté du monde arabe, il y avait seulement deux chaînes de télévision. Les séries en langue arabe venaient essentiellement d’Égypte. Ils avaient les meilleurs soap opéras, particulièrement pendant le mois du Ramadan, même les israéliens regardaient. Le feuilleton que j’ai créé pour mon film est un hommage à l’un des plus célèbres et avec lequel j’ai grandi. À présent les choses sont bien différentes. Il existe des centaines de chaînes de télévision arabes, de nombreuses séries syriennes, libanaises, égyptiennes, mais aussi turques ou indiennes sous-titrées. Les soap sont regardés partout. C’est devenu un média universel. Récemment, je regardais un feuilleton avec ma mère. Je me suis mis à rire à un moment où je ne devais pas, c’était à cause des excès de mise en scène et du jeu des comédiens, ma mère, elle, a sorti son mouchoir et s’est mise à pleurer. Cette expérience m’a inspiré au moment d’écrire et de réaliser le film.

Quelle a été votre approche visuelle pour ce film ?

Visuellement, l’idée était de travailler autour du contraste entre deux réalités : la magie, l’univers coloré du soap opéra, et le quotidien, la réalité brute en dehors du studio. Nous avons tourné les scènes du soap en majorité en studio, en utilisant une image volontairement très appuyée, des couleurs et lumières vives, des mouvements de caméra dramaturgiques. En dehors du show télévisé, je souhaitais donner à la réalité quotidienne une dimension de « cinéma vérité ». Le travail de mise en scène était plus spontané, plus fluide, nous avons essentiellement tourné en décor avec des lumières naturelles, à l’exception du check point que nous avons dû créer pour le tournage.

Parlez-nous du processus de casting…

Dans le passé, j’ai travaillé avec un mélange d’acteurs amateurs et professionnels. Dans celui-ci, parce que l’histoire est plus complexe et les scènes écrites de manière très précises, j’ai décidé de ne travailler qu’avec des professionnels. J’en ai choisi un certain nombre pendant l’écriture, comme Lubna Azabal, Nadim Sawalha, Salim Dau et Maisa Abd Alhadi, avec qui j’avais déjà travaillé auparavent ou certains dont je connaissais le travail.

Le plus grand défi du casting de ce film était de trouver la meilleure alchimie entre mon personnage principal, Salam, et son antagoniste, Assi. Leur relation est au cœur du film. J’ai trouvé que le jeu minimaliste, tout en nuances de Kais Nashif dans le rôle de Salam, aux côtés du très énergique Yaniv Biton en Assi, apportait un décalage au potentiel comique fort. Yaniv vient du Stand-up, de la comédie, alors que Kais a eu des rôles plus dramatiques, comme dans Paradise Now. C’était un risque de le choisir pour une comédie, mais Kais a apporté une profondeur, une mélancolie plus complexe au personnage de Salam qu’elle ne l’était à l’écriture.

Pouvez-vous nous parler des différents niveaux de lecture que contient Tel Aviv on fire ?

Lorsque j’ai montré mon film précédent, j’ai constaté à quel point le cinéma pouvait facilement faire ressurgir le conflit entre les différents récits palestinien et israélien. Il y avait ceux qui pensaient que mon film étaient trop pro-palestinien et anti-Israélien, et d’autres pensaient l’exact inverse. Ce conflit des points de vue, c’est la ligne directrice sous-jacente de Tel Aviv on fire.

À un niveau personnel, le film parle d’un artiste (un aspirant écrivain) qui lutte pour trouver sa voie à l’intérieur de cette réalité politique complexe. Je suis entouré de personnes comme Salam, qui n’ont pas trouvé exactement qui ils sont. Ils essaient de faire au mieux et de trouver leur place dans le monde tout en étant en permanence face à des difficultés. Je suis attiré par les personnages qui tentent d’évoluer et de s’améliorer mais ne savent pas comment y parvenir.

Dans une perspective plus large, le film à deux trajectoires politiques :

Premièrement, il y a l’histoire de la guerre telle qu’elle est décrite dans le soap et présentée par Bassam, oncle de Salam et producteur, créateur du show. Bassam appartient à l’ancienne génération, qui a combattu en 1967, et signé les accords d’Oslo.

Deuxièmement, il y a la réalité quotidienne des check-points, qui est en lien direct avec l’histoire. L’histoire du soap et celle du film se croisent et fusionnent. En tant que jeune palestinien, Salam se retrouve à devoir lutter entre ces deux réalités. La vie de Salam et son interaction avec Assi sont reflétées dans le soap et lui donne une autre dimension. Pour le dire simplement, Assi, « l’occupant », veut dicter sa propre histoire, celle d’une réalité enjolivée, à Salam, « l’occupé ». Au fur et à mesure que la confiance de Salam grandit, il réalise que c’est impossible et doit arrêter cela. Rien ne pourra changer en Israël et en Palestine tant que les deux peuples ne seront pas égaux. C’est le seul moyen d’avancer.

À PROPOS DE SAMEH ZOABI 

Sameh Zoabi est né et a grandi à Iksal, un village palestinien près de Nazareth. Il obtient à l’Université de Tel Aviv un double diplôme en littérature anglo-saxonne et études cinématographiques avant d’obtenir une bourse pour effectuer un Master en Réalisation à l’université de Columbia. Il est aussi un des résidents de la Cinéfondation, et participe au Sundance Screenwriters lab. Il a enseigné à Hunter College et Columbia University et aujourd’hui à la NYU Tisch School of the Arts en scénario et réalisation. Il a réalisé le court-métrage « Be Quiet » (2005) primé à la Cinéfondation au Festival de Cannes, et sélectionné dans de nombreux festivals dans le monde (Sundance, Locarno, New York...). Il fait parti des 25 réalisateurs mis en avant par le Filmmaker Magazine comme « New Faces of Independent Film 2006». Son premier film « Téléphone arabe » (2010) a gagné plusieurs prix du public, et l’Antigone d’Or au Cinemed. « Tel aviv on Fire », son deuxième long-métrage, est présenté en 2018 à la Mostra de Venise (section Orizzonti), il reçoit le Prix du Meilleur Acteur, et est présenté également au Festival de Toronto (section Discovery).

Source et copyright des textes des notes de production @ Haut et Court

  
#TelAvivOnFire

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