dimanche 1 décembre 2019

LES RENCONTRES DE L'IMAGINAIRE - 16EME EDITION - SAMEDI 30 NOVEMBRE 2019


Cela faisait un moment que j'entendais parler des Rencontres de l'Imaginaire qui se déroulent une fois par an. Cette année, je m'y suis rendue pour découvrir un événement très bien organisé, en accès gratuit, à taille humaine, avec un programme complet et une ambiance bon enfant qui fait qu'on s'y sent bien. Une ville, Sèvres, et quatre lieux, le SEL, La Mezzanine, l'Esc@le et la Médiathèque pour découvrir de belles expositions, discuter avec les auteurs qui vous feront des dédicaces soignées et assister à des conférences sur la littérature. Attendez-vous à un programme chargé et enthousiasmant ! 


La 16e édition des Rencontres de l’Imaginaire renoue avec l’histoire des premières collections de science-fiction en invitant Jean-Baptiste Baronian à occuper la place d’honneur. Jean-Baptiste Baronian est connu pour avoir lancé la première collection de littérature «science-fiction et Fantastique» chez Marabout en 1968. Il écrit également de la littérature policière sous un pseudonyme. En 2002, Jean-Baptiste Baronian est accueilli au sein de "L'Académie Royale de Langue et de Littérature françaises de Belgique". Il est entouré de plus de 70 auteurs et éditeurs de science-fiction convoqués par Jean-Luc Rivéra, artisan passionné de ce rendez-vous annuel des littératures de l’Imaginaire. (source : Les Rencontres de l'Imaginaire)

EXPOSITIONS

J'ai pris le temps de me balader dans deux des quatre expositions proposées et j'en ai profité aussi pour découvrir une artiste qui exposait au niveau des salles de cinéma dans le SEL.

MARABOUT


Marabout : l’édition nostalgie des années 50 à 70,  un des piliers du livre populaire, notamment avec ses collections de science-fiction et de fantastique, les aventures de Bob Morane et les premières collections  universitaires et de livres pratiques en format poche.

À l’occasion de leur 70e anniversaire, Jean-Yves  Freyburger présente à la médiathèque de sèvres, dans le cadre des Rencontres de l’imaginaire, une exposition très visuelle sur le parcours d’un éditeur plein d’imagination : inventeur du livre de poche en français (en 1949, trois ans avant son homologue parisien « Le livre de poche »)  avec sa présentation novatrice : format réduit, couverture illustrée et vernissée, pages coupées, résumé et présentation avec photo de l’auteur au dos du livre, et ses idées marketing : études de marché, contact régulier avec les lecteurs (sondage) et les libraires (conseils, fourniture de présentoir), fidélisation auprès des jeunes (cadeaux, concours, club) et publicité permanente (encarts dans les livres, articles dans la presse grand public et spécialisée).

Livres d’époque et documents variés sur l’éditeur sont présentés en vitrine accompagnés de très nombreux posters, affiches et reproductions diverses montrant la richesse des illustrateurs-maison (Pierre Joubert et Henri Lievens) - (source : Médiathèque de Sèvres)







LA MÉCANIQUE DE L'IMAGINAIRE
Didier Graffet et Manchu présentent leurs derniers travaux sur les univers Steampunk

J'avais déjà eu l'occasion de voir une exposition de l'artiste Didier Graffet à Paris et celle-ci était un immanquable tant son univers et ses magnifiques œuvres m'avaient marquées. Quelques tableaux exposés mélangeaient le travail de Didier Graffet et de Manchu, ce qui est une super idée, car leurs styles sont bien distincts, mais leurs intentions se complètent parfaitement.

Didier Graffet

Auteur-illustrateur de science-fiction, Didier Graffet n’est pas inconnu des Sévriens puisqu’on se souvient encore de la merveilleuse exposition de ses univers graphiques de steampunk à la Médiathèque en 2015. Didier Graffet expose avec un autre grand illustrateur, Manchu, dans le hall du Sel le jour du salon. Collégiens et lycéens pourront lui poser toutes les questions sur son travail de dessinateur et ses sources d’inspiration à la médiathèque, la veille du festival. Didier Graffet a notamment travaillé sur les ouvrages de David Gemmell, de Glen Cook ou encore de Jules Verne. Dans l’univers du Trône de Fer, il s’est chargé du calendrier A Song of Ice and Fire de l’année 2017. Il est également l’auteur d’une dizaine d’illustrations qui figurent dans l’édition des 20 ans de A Game of
Thrones (2016, BantamSpectra). (source : Les Rencontres de l'Imaginaire)

Didier Graffet - New York Taxi Station

Didier Graffet - Le Petit Palais

Didier Graffet - Pekin 55

Didier Graffet - In Time NY

Didier Graffet - Darwin H.M.S. Beagle

Manchu - Jour J 7 

Manchu - Steamcar

Manchu - Hauteville House TS

Manchu - La machine à différences

Manchu et Didier Graffet - Steam Samouraï

Manchu et Didier Graffet - Les Tours Bleues

Manchu - Mars 96

Manchu - Crashing Heaven

ESTELLE ZUBER
"Rien ne se perd !"










CONFÉRENCES

Quatre conférences et tables rondes étaient organisées dans la journée. Je me suis glissée dans celle sur la thématique «200 ans de vampires littéraires» avec Li-Cam, Alain Pozzuoli, Barbara Sadoul, animée par Adrien Party dont je vous propose un résumé ci-dessous.


Adrien Party a introduit la conférence en expliquant qu'en 1819, John Polidori publiait LE VAMPYRE, le premier roman en prose sur ce thème. Pour cet anniversaire, l'idée était de balayer 200 ans de littérature vampirique. En une heure, cela n'est pas évident, il a cependant choisi cinq temps forts. Il était accompagné de trois auteurs qui ont travaillé sur le sujet pour en parler. Li-Cam, autrice de science-fiction, a notamment écrit deux romans vampiriques dans la veine du mythe roumain. Alain Pozzuoli travaille sur le mythe du vampire depuis très longtemps. Il a eu un choc littéraire venant de Bram Stocker avec son Dracula qui a fait qu'en 1979, il a publié la première biographie sur cet auteur. Il vient de publier les 100 films cultes de vampires qui regroupent les inévitables, des moins connus, et des nanars. Barbara Sadoul est tombée dans le mythe du vampire quand elle était petite, elle a lu Bram Stocker, elle a travaillé sur un certain nombre d'anthologies de nouvelles fantastiques et de fantasy sur les vampires. Elle est autrice de romans et professeur de théâtre où elle a réécrit Dracula.


La première période littéraire proposée par Adrien Party était la période romantique dont LE VAMPYRE de John Polidori fait partie. Des auteurs se sont intéressés au vampire à travers la poésie. Qu'est-ce qui a attiré ces poètes romantiques vers ce qui était une notion folklorique ? D'autant que c'était surtout des femmes vampires qui étaient mises en avant. Barbara a indiqué qu'il s'agit d'une sublimation de la femme fatale et de la mort. 
Li-Cam y voit un lien avec la succube qui prend la vie, le contraire de ce que doit être la femme dans l'imaginaire. Il s'agit d'un amour dangereux, du pêché originel, c'est angoissant.
Adrien a ajouté que les auteurs étaient désabusés, il y avait un dégoût d'un acte manqué par rapport à la révolution et aux lumières.
Pour Li-Cam, c'est l'illustration de la décrépitude, de la désillusion avec un besoin de ré-enchanter, mais de façon sombre.
Pour Alain, il y avait des maladies inconnues à l'époque comme la catalepsie (Définition : suspension complète du mouvement volontaire des muscles dans la position où ils se trouvent. L'attitude qui s'en dégage est celle d'une statue ou d'un mime conservant une position figée en pleine action. [source : Wikipédia]), le vampire vient de là.
Barbara a ajouté qu'il est arrivé en période de peste de retrouver des corps intacts avec du sang sur la bouche, il y avait un besoin d'expliquer ce phénomène.
Adrien a ensuite fait référence à l'été 1816 pendant lequel Lord Byron, Mary Shelley, Percy Shelley, John Polidori et d'autres de leurs amis se sont lancés dans un concours d'écriture. C'est pendant ce séjour qu'ils ont rédigé les bases des classiques récits d'horreur. De ce moment, naissent deux conceptions de l'immortalité, l'une avec des morceaux de cadavre avec Frankenstein et le damné avec le Vampire.
Pour Li-Cam, Frankenstein questionne le rôle des sciences dans la société alors que Polidori questionne la religion. Il y a une séduction du pouvoir et une séduction amoureuse.
Alain a indiqué que LE VAMPYRE de John Polidori n'a jamais été adapté au cinéma à part une fois il y a fort longtemps.
Adrien a continué en disant que ce mouvement littéraire a le plus inspiré le cinéma.
Barbara a repris en expliquant que la créature de Frankenstein, composée de plein de morceaux, a plus de sensibilité, alors que le vampire de Polidori fait le mal pour le mal.


La seconde période littéraire était celle des romans victoriens, avec la naissance du chasseur de vampire.
Pour Barbara, les chasseurs sont pires que les vampires.
Alain a poursuivi en disant qu'à cette époque tout le monde s'est copié, il y avait une grande influence entre auteurs. Aujourd'hui, on parlerait de plagiat.
Li-Cam a ensuite dit que le chasseur de vampire, à cette époque, fait que le vampire est un ennemi. Mais, même si le chasseur peut avoir le dessus sur le mal, il peut être plus monstrueux que le vampire.
Alain a précisé que dans les années 70, le vampire s'humanise.
Pour Li-Cam, le fait que le vampire est un ennemi le rend plus humain, alors que le chasseur perd de son humanité en chassant le vampire.
Alain a indiqué qu'il s'agit aussi d'un changement d'époque, de la représentation d'un changement culturel. La force du Dracula de Bram Stocker est qu'il ne donne pas de voix à Dracula, on ne sait jamais quand ou comment il va agir.


La troisième période littéraire était celle des épidémiques avec une corruption du corps et une corruption politique.
Pour Alain, notamment avec JE SUIS UNE LÉGENDE de Richard Matheson, il y a un côté prémonitoire des livres qui annonce une épidémie 30 ans avant le sida.
Barbara y a vu aussi une critique de la science et des retombées scientifiques.
Li-Cam a fait un parallèle historique avec la Seconde Guerre mondiale, où on a dépassé dans la réalité l'horreur imaginée et Matheson pose la question de l'humanité par rapport à la guerre. Ça a bouleversé notre vision de nous-même.
Barbara a enchaîné sur le fait que l'auteur nous fait nous demander : où est la norme ? Matheson questionne la tolérance aussi.
Adrien a précisé que dans les mangas, également, les vampires s'intègrent aux humains (comme dans Vampire Night par exemple). Il y a une cohabitation sociale et politique pour qu'humains et vampires puissent vivre ensemble. Il trouve aussi intéressant qu'on change de lieu, le vampire devient urbain.
Li-Cam a indiqué que le vampire appartenait à une certaine classe éloignée et devient d'un coup un voisin, donc cela questionne notre rapport à l'altérité. Ça parle aussi du changement sociétal des hommes qui se sont installés en ville.
Adrien a enchaîné en disant qu'en effet, il est plus facile d'identifier le vampire dans un petit village où il est dans son château sur la colline qui surplombe le paysage que dans une ville.


La quatrième période littéraire était celle des introspectifs. Anne Rice donne sa voix au vampire. Y a-t-il une raison sociétale ?
Alain a indiqué qu'Anne Rice est la première à avoir fait une histoire d'amour entre deux hommes vampires qui en plus adoptent un enfant, ce qui était révolutionnaire.
Pour Adrien, il y a dans LES CONFESSIONS DE DRACULA de Fred Saberhagen un lien entre le Dracula de fiction et le Dracula historique. Il est passé dans la culture. Il est intéressant de constater qu'un auteur allume la mèche et que d'autres médias vont reprendre les idées.
Alain a précisé que le vampire est un personnage qui s'enrichit sans arrêt.
Barbara aime le roman LES CONFESSIONS DE DRACULA et comment tout y est expliqué dans le détail. En ce qui concerne Anne Rice, elle avait perdu sa fille et elle avait besoin de se raconter sous une forme de confession.
Pour Li-Cam, dans le Anne Rice, il y a une exploration de la part obscure en chacun d'entre nous, un questionnement profond sur le sens de notre existence.
Alain a précisé que le vampire doute et qu'il est traversé par des émotions humaines.
Li-Cam a indiqué que les humains s'interrogent sur leur mort, alors que les vampires s'interrogent sur leur immortalité et cela se rejoint.
Pour Barbara, ils sont tourmentés.
Li-Cam a expliqué qu'il est étonnant de constater que le monstrueux est plus du côté de l'homosexualité que du vampire dans le Anne Rice.
Barbara a ajouté qu'ils peuvent soudainement devenir des héros s'ils mettent leurs pouvoirs au service des humains.


La dernière période littéraire identifiée était celle des romantiques 2.0. Les romans affichés à l'écran ne disent pas tous la même chose. Il y a plus de romance dans le Stephenie Meyer, alors qu'il y a une structuration de la société des vampires dans le Hamilton. Pourquoi la romance a-t-elle pris le pas ?
Pour Li-Cam, le vampire a perdu son coté transgressif s'il peut être aimé. Il y a un renversement qui est une réaction, la figure tabou, on n'en veut plus.
Adrien a précisé que Meyer est mormone, ce qui a une influence sur la sexualité et l'idée du péché.
Li-Cam a continué en disant qu'on peut épouser le vampire et avoir des enfants avec lui ce qui est hallucinant.
Adrien a demandé pour conclure, si à l'heure actuelle, il reste quelque chose des origines.
Pour Alain, oui, il en reste quelque chose parce que c'est un mythe qui est aussi repris au cinéma et que c'est un thème qui ne s'épuise pas.
Barbara a enchaîné sur le fait que pour elle, les auteurs français créé une nouvelle mythologie du vampire actuellement. 
Pour Li-Cam, le Vampire est protéiforme, ce qui est logique. Il faut revenir au vampire transgressif et progressiste qui nous confronte à la peur, à nos tabous.
Barbara a indiqué que les films de zombies pointent aussi les actions des hommes sur l'environnement.
Li-Cam a ajouté qu'il est bien que tout le monde puisse se réapproprier le vampire.
Adrien a précisé que les romans présentés montrent une évolution majeure du mythe, la dernière en date est le Twilight de Meyer. Est-ce que Dracula va retourner dans son cercueil pour 20 ans ou va-t-il y avoir une nouvelle vague ?
Alain a expliqué qu'il y aura une adaptation anglaise à Noel de Steven Moffat et Mark Gatiss intitulée DRACULA et THE LAST VOYAGE OF THE DEMETER d'André Øvredal en 2020 au cinéma, donc on verra.

RENCONTRES / DÉDICACES

Plus de 100 auteurs - illustrateurs, associations, éditeurs passionnés par la littérature de science-fiction, par le fantastique et la fantasy sont présents pour rencontrer les lecteurs. (source : Les Rencontres de l'Imaginaire)

La fin de journée étant arrivée très rapidement, le temps était devenu très limité pour profiter des rencontres avec les auteurs. Cependant, j'étais décidée à acquérir le livre EFFLUVIUM, promesse d'un voyage extraordinaire qui navigue sur les illustrations de Didier Graffet et les mots de Xavier Mauméjean. Je suis allée demander une dédicace aux deux auteurs et cette rencontre ne m'a pas absolument pas déçue !



Dédicace de Didier Graffet

Ces Rencontres de l'Imaginaire se sont avérées une belle découverte et le rendez-vous est déjà pris pour la 17ème édition en 2020 !

#LesRencontresDeLImaginaire

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