jeudi 19 décembre 2019

LA VÉRITÉ







Drame/Deux magnifiques actrices et un réalisateur à la caméra affûtée pour une histoire familiale touchante

Réalisé par Hirokazu Kore-eda
Avec Catherine Deneuve, Juliette Binoche, Ethan Hawke, Ludivine Sagnier, Roger van Hool, Jackie Berroyer, Laurent Capelluto, Manon Clavel...

Long-métrage Français/Japonais
Durée: 01h47mn
Année de production: 2019
Distributeur: Le Pacte

Date de sortie sur les écrans japonais : 11 octobre 2019
Date de sortie sur nos écrans : 25 décembre 2019



Résumé : Fabienne, icône du cinéma, est la mère de Lumir, scénariste à New York. La publication des mémoires de cette grande actrice incite Lumir et sa famille à revenir dans la maison de son enfance. Mais les retrouvailles vont vite tourner à la confrontation : vérités cachées, rancunes inavouées, amours impossibles se révèlent sous le regard médusé des hommes. Fabienne est en plein tournage d’un film de science-fiction où elle incarne la fille âgée d’une mère éternellement jeune. Réalité et fiction se confondent obligeant mère et fille à se retrouver...

Bande annonce (VOSTFR)



Ce que j'en ai penséLA VÉRITÉ blesse, peut faire peur ou être salvatrice, mais permet également de voir les choses en face, si elle est réelle. Le réalisateur Hirokazu Kore-eda nous propose une œuvre à la fois intimiste et universelle avec ce film sensible. Il fait avancer son sujet doucement, par petites touches, qui brusquent sans froisser vraiment. 

Il nous fait rentrer dans le quotidien d'une famille qui paraît peu commune au premier abord, puisqu'elle est centrée autour de la mère, Fabienne, talentueuse et célèbre actrice, merveilleusement interprétée par Catherine Deneuve, mais qui résonne dans ses relations comme une musique reconnaissable entre toutes, et qu'on connaît fort bien, faite de souvenirs vécus sous des prismes différents, de non-dits et d'amour aussi. Le réalisateur utilise sa mise en scène précise et maîtrisée pour faire évoluer la position intérieure des personnages. 

Dans un effet de miroir entre l'actrice et la mère, à la délimitation très floue, au travers du double jeu du tournage dans le tournage, il pose le point de vue des femmes sur la carrière, l'ambition, la maternité et les sacrifices qui viennent s'ajouter à la culpabilité de ne pas répondre à l'image sociétale attendue et aux déceptions que cela entraîne. Il fait aussi resurgir un fantôme du passé qui vient occuper une place, invisible mais imposante, dans les échanges entre une mère et sa fille. 

Catherine Deneuve est très impressionnante pour personnifier cette femme, comédienne talentueuse, qui a vécu et qui utilise la certitude comme armure. Elle permet à Fabienne, sa protagoniste, de pratiquer la langue de vipère comme un art tout en réussissant à ne jamais la rendre détestable. Il est amusant qu'en tant qu'actrice, elle joue une actrice. Cela nous laisse songeur sur la réalité des répliques fort bien écrites qu'elle lance comme autant de piques bien acérées. 




Face à elle, la toujours excellente Juliette Binoche, avec sa sensibilité à fleur de peau, interprète sa fille, Lumir. Dans un flot d'émotions contradictoires qui mélange l'admiration, la colère, la rancœur, la tendresse et le manque, elle pose Lumir en totale opposition et en parfaite complémentarité à Fabienne. L'équilibre fragile entre les deux femmes est en construction au fil du déroulement des jours qui vont sonner leur séparation sous l'œil de la caméra affûtée d'Hirokazu Kore-eda.




Et puis, il y a les hommes qui ont appris à évoluer autour de ces dames qui gèrent leur vie en bataillant, tout en ayant besoin de compagnons pour les accompagner et les soutenir. Ethan Hawke est attachant dans le rôle de l'imparfait, mais touchant Hank. 


Copyright photos @ Laurent Champoussin 3B-Bunbuku-Mi Movies France 3 Cinema
Source photos @ Le Pacte

Roger van Hool est impeccable dans celui, décalé, un peu fou-fou, de Pierre. Cet ex-mari de Fabienne et père de Lumir est un rêveur apaisant.

LA VÉRITÉ est un ballet qui tourne autour de son sujet principal, la reine-mère, tout en multipliant les thèmes qui touchent à l'intimité des relations familiales. Ces deux superbes actrices méritent à elles seules notre intérêt, mais la réalisation experte d'Hirokazu Kore-eda en fait en plus un spectacle attendrissant à découvrir.



NOTES DE PRODUCTION
(À ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

NOTE D’INTENTION DU RÉALISATEUR

Si j’ai osé relever le défi ambitieux qu’est le tournage d’un premier film à l’étranger, dans une langue qui n’est pas la mienne et entouré d’une équipe totalement française, c’est parce que j’ai eu la chance de rencontrer des acteurs et des collaborateurs qui ont exprimé le désir de faire un film avec moi. 

C’est Juliette Binoche qui a provoqué la première étincelle. Nous nous connaissions déjà depuis un moment lorsqu’elle est venue au Japon en 2011 et qu’elle a émis l’idée qu’on fasse un jour quelque chose ensemble. C’est sa proposition qui a constitué le point de départ de ce projet. J’aimerais donc commencer par témoigner mon respect et ma gratitude envers son audace. 

À l’origine du scénario, il y a une pièce que j’avais commencé à écrire en 2003 et qui racontait une nuit dans la loge d’une comédienne de théâtre en fin de carrière. J’ai finalement transformé cette pièce en scénario de film pour raconter l’histoire d’une actrice de cinéma et de sa fille qui a renoncé à devenir actrice. 

Au cours de ce travail de réécriture, j’ai interrogé Catherine Deneuve et Juliette Binoche à plusieurs reprises sur ce qu’est le jeu d’acteur et ce sont leurs mots qui ont nourri le scénario et l’ont rendu vivant. 

J’ai voulu que l’histoire se déroule à l’automne ; j’avais envie de superposer ce que traverse l’héroïne au crépuscule de sa vie avec les paysages de Paris à l’arrière-saison. J’espère que l’on percevra la façon dont le vert du jardin, dont les nuances changent à l’approche de l’hiver, accompagne les relations entre la mère et la fille et donne de la couleur à ce moment de leurs vies. 

Pendant le tournage, Ethan Hawke m’a dit : « L’important quand on fait un film, ce n’est pas de parler la même langue mais de partager la même vision du film. » Ces mots m’ont été d’un immense soutien et m’ont permis de garder le cap sans perdre confiance en moi. 

Grâce à Ethan, la jeune Clémentine Grenier qui n’avait jamais mis les pieds sur un plateau de cinéma a naturellement trouvé sa place, laissant apparaître une personnalité et une présence débordantes de vie. C’est ensemble que nous avons dirigé Clémentine, Ethan devant la caméra et moi derrière. Comme le font souvent les enfants dans mes films, la petite fille observe avec philosophie la confrontation entre ces hommes un peu dépassés et ces femmes prisonnières de leur passé. 

Je voulais un film qui ne soit pas seulement grave mais aussi empreint d’une certaine légèreté, où drame et comédie cohabitent comme c’est le cas dans la vie. J’espère que l’alchimie entre les acteurs et le regard amusé de l’enfant réussissent à donner le ton juste. 

Je ne peux conclure ces quelques mots sans avoir parlé de Catherine Deneuve qui, sans jamais se plaindre des changements incessants de textes, a su garder intact le plaisir de jouer. Voir mon film s’ajouter à sa filmographie - aussi prestigieuse que l’histoire du cinéma français est à la fois une source de fierté et d’appréhension. Sur le plateau, Catherine était joyeuse, adorable, délicieusement facétieuse, à tel point que toute l’équipe est littéralement tombée sous son charme. 

Si un vent de fraîcheur, de gaieté et de liberté souffle sur le film alors même qu’il se déroule en grande partie en intérieur dans une maison de famille, c’est incontestablement parce que le charme et la bienveillance de Catherine et Juliette l’irradient de bout en bout. 

LA VÉRITÉ n’est autre que le fruit de tous les efforts et de la confiance que m’ont accordée mes acteurs et mon équipe, constituée des meilleurs de la profession, à commencer par mon chef opérateur Éric Gautier. 

Je souhaite que le plaisir que j’ai pris sur le plateau se reflète à l’écran et que les spectateurs sortent des salles avec ce petit goût de bonheur. 

Il se peut que ce souhait soit renforcé par la perte de Kirin Kiki*, décédée l’an dernier, qui m’a profondément touché en tant que metteur en scène mais aussi en tant qu’homme et ami. 

Qu’est-ce qui fait qu’une famille est une famille ? Est-ce la vérité ou le mensonge ? Et vous, que choisiriez-vous entre une vérité cruelle et un doux mensonge ? Telles sont les questions que je n’ai eues de cesse de me poser en faisant ce film, et j’espère qu’il sera l’occasion pour ceux qui le verront de chercher à leur tour leurs propres réponses. 

Kore-eda Hirokazu 

*Actrice japonaise qui a joué dans six films de Kore-eda dont UNE AFFAIRE DE FAMILLE 

KORE-EDA HIROKAZU 
SCÉNARISTE, RÉALISATEUR, MONTEUR 

Kore-eda Hirokazu est né le 6 juin 1962 à Tokyo. Diplômé de l’université Waseda en 1987, il intègre la société TV Man Union où il réalise plusieurs programmes documentaires primés. En 2014, il lance sa société de production Bun-Buku. En 1995, son premier long métrage MABOROSI, adapté du roman de Teru Miyamoto, remporte l’Osella d’or de la 52e Mostra de Venise. AFTER LIFE (1998), sorti dans plus de trente pays, apporte à Kore-eda une renommée internationale. En 2001, DISTANCE est sélectionné en compétition officielle au Festival de Cannes. NOBODY KNOWS (2004), quatrième long métrage du réalisateur, vaut à Yûya Yagira, son acteur principal, de devenir le plus jeune lauréat du prix d’interprétation masculine du Festival de Cannes. En 2006, HANA, film centré autour du thème de la vengeance, marque sa première incursion dans le registre du film historique. En 2008, il signe le drame familial STILL WALKING, qui reflète son expérience personnelle, et est encensé dans le monde entier. En 2009, AIR DOLL est projeté en première mondiale dans la section Un certain regard du 62e Festival de Cannes, où il est salué pour l’originalité de son traitement d’une fantaisie érotique. En 2011, I WISH – NOS VOEUX SECRETS remporte le prix du meilleur scénario au 59e Festival International du film de San Sebastián. En 2012, Kore-eda s’essaie à la fiction télé avec la série GOING HOME. TEL PÈRE, TEL FILS (2013), prix du jury au Festival de Cannes, reçoit le prix du public aux festivals internationaux de San Sebastián, Vancouver et São Paulo et bat le record d’entrées de ses précédents films dans de nombreux territoires. En 2015, NOTRE PETITE SOEUR, projeté en compétition au Festival de Cannes, récolte quatre Japan Academy Prize, dont ceux du meilleur film et du meilleur réalisateur, ainsi que le prix du public au Festival de San Sebastián. En 2016, APRÈS LA TEMPÊTE est présenté en première mondiale dans la section Un certain regard du 69e Festival de Cannes. En 2017, il réalise THE THIRD MURDER, présenté en compétition au 74e Festival de Venise, et fait l’ouverture du Festival du film policier de Beaune. Le film remporte six Japan Academy Prize dont ceux de meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur scénario et meilleur montage. En 2018, son film UNE AFFAIRE DE FAMILLE remporte la Palme d’or au 71e Festival de Cannes. Son nouveau film LA VÉRITÉ, avec Catherine Deneuve et Juliette Binoche, est son premier long métrage tourné en dehors du Japon. 

Kore-eda produit également les films de jeunes cinéastes japonais : KAKUTO, de Yûsuke Iseya, présenté au Festival international du film de Rotterdam en 2003 ; WILD BERRIES (2003), écrit et réalisé par Miwa Nishikawa, dont le deuxième long métrage, SWAY, est présenté à la Quinzaine des réalisateurs 2006 ; ENDING NOTE: DEATH OF A JAPANESE SALESMAN (2011), de Mami Sunada, qui bouleverse les spectateurs du monde entier. 

FILMOGRAPHIE


Source et copyright des textes des notes de production @ Le Pacte

  
#LaVéritéLeFilm

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