mardi 22 novembre 2016

RUPTURE POUR TOUS


Comédie/Sympathique, au thème original

Réalisé par Eric Capitaine
Avec Benjamin Lavernhe, Elisa Ruschke, Aïssa Maïga, Brigitte Roüan, Camille Chamoux, Antoine Gouy, Jérôme Niel, Sam Karmann...

Long-métrage Français
Durée: 01h31mn
Année de production: 2016
Distributeur: Légende Distribution

Date de sortie sur nos écrans : 23 novembre 2016


Résumé : Mathias Lonisse, créateur de la société Love is dead, est un artisan de la séparation amoureuse. 
Il est mandaté pour rompre à la place de celles et ceux qui pour une raison ou une autre préfèrent s’éviter cette tâche bien souvent pénible et délicate. 
Mathias assume parfaitement son métier, et effectue chaque mission avec un grand sens du professionnalisme, jusqu’au jour où maman décide de quitter papa…

Bande annonce 


Ce que j'en ai pensé : il est indéniable que RUPTURE POUR TOUS possède un gros capital sympathie. Son thème, original et gonflé, sur un jeune homme qui crée une start-up intitulée LOVE IS DEAD, pour vendre un service cynique à souhait à ses clients - rompre à leur place -, offre un cadre super rigolo pour mettre en scène des situations cocasses. Et le réalisateur ne se prive pas et exploite son thème habilement. Sa mise en scène est pleine de trouvailles. 

Cependant, à mon avis, le rythme et la narration souffrent un peu de bonnes idées débutées, mais qui ne sont pas suivies dans l'histoire. Cela laisse un sentiment de non-aboutissement sur certains aspects. C'est dommage, car cette comédie a tout pour plaire autrement. 

Les acteurs sont supers. Benjamin Lavernhe, en tête, qui avec son interprétation de Mathias Lonisse prouve, encore une fois, qu'il peut jouer sur une gamme variée de sentiments tout en conservant crédibilité et continuité à son rôle. Elisa Ruschke interprète Juliette. Il s'agit de son premier rôle au cinéma. Elle apporte beaucoup de fraîcheur et de dynamisme à son personnage. Les seconds rôles apportent, eux-aussi, une belle énergie au film.






L'histoire navigue entre humour et émotion. Les deux se complètent pour donner tout son sens au scénario.
RUPTURE POUR TOUS est une comédie originale et sympathique qui permet de passer un bon moment en compagnie d'acteurs attachants.

NOTES DE PRODUCTION 
(A ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

Après la projection, l'équipe du film (le réalisateur Eric Capitaine et les acteurs Benjamin Lavernhe, Elisa Ruschke et Antoine Gouy) ont eu la gentillesse de venir nous partager un peu de leur expérience sur ce long-métrage.


Suite à un problème technique, je n'ai pas été en mesure de faire mes vidéos habituelles. Cependant, vous pouvez retrouver la vidéo de cette rencontre sur le site Mulderville.

ENTRETIEN AVEC ERIC CAPITAINE

Quand un réalisateur fait son premier film, on a toujours envie de lui demander comment est née, chez lui, son envie d’entrer dans ce métier…
J’ai eu la chance de savoir très tôt ce que je voulais faire. À dix-huit ans, j’ai obtenu un bac A3 cinéma. C’était, en ce qui concernait notre classe, une option très intensive. Je me suis équipé d’une caméra Super 8, puis d’une caméra vidéo Hi8, dès que j’ai compris que dans le cinéma, ce que j’aimais le plus, c’est la réalisation. Donc, je filmais ma famille, les évènements locaux, ou des petites fictions. Après des études de lettres, quand je suis entré dans la vie professionnelle, j’ai d’abord été caméraman et journaliste pour des chaines de télé. En fait, j’ai toujours partagé ma vie, entre une profession de cadreur-journaliste pour la télé, et l’écriture de scénarios grâce au statut d’intermittent. Au fil des ans, j’ai pu écrire plusieurs films que j’ai d’ailleurs toujours en tête de réaliser. Comme j’aimais aussi le documentaire, j’ai créé et développé avec De Films en Aiguille, la société de production qui m’accompagne, une série sur les Vents à travers le monde : « la Quête des Vents ». On part aux quatre coins du monde, chercher des vents pour décrire leurs influences sur la nature et sur les hommes. Pour moi, le plus difficile a été de passer d’un travail d’écriture assidu, que je faisais dans mon coin, à la concrétisation d’un film. Il a fallu le court-métrage intitulé « Love is dead » pour débloquer les choses. Ça s’est fait grâce à une productrice, Carole Lambert, qui dirige De Films en Aiguille avec Carine Ruzsnievski. C’est elle qui a vu, la première, le potentiel de l’histoire. Le film raconte l’intervention d’un homme, Mathias Lonisse, chez une jeune femme. Elle ne le sait pas, mais elle va rapidement apprendre que Mathias a créé une société de service d’un nouveau type : la prise en charge des ruptures amoureuses de ceux qui pour de multiples raisons (temps, courage, etc.) ne veulent pas gérer leur séparation. Elle a monté le financement du film, et en 2007, je suis enfin passé d’un travail d’écriture assez solitaire à la fabrication de mon premier court-métrage. Ensuite, j’en ai réalisé deux autres, dont une comédie.

Quand et pourquoi avez-vous pensé que ce court métrage pourrait tenir la route sur un format plus long ?
Une des raisons qui m’a permis d’entrevoir le long métrage est l’intérêt que, dans son format court, «Love is dead » (le court métrage à l’origine de RUPTURE POUR TOUS) avait suscité. Il avait reçu un prix au festival de l’Alpes d’Huez et avait pas mal voyagé. Après sa projection dans des festivals américains, les droits, pour une série télé, ont été vendus aux Etats Unis à Gaumont International Télévision. Tous ces éléments étaient plutôt encourageants. Mais dès le court-métrage, j’ai éprouvé le besoin d’aller plus loin avec ce personnage de Mathias Lonisse, qui fait de la rupture amoureuse un sacerdoce. Je voyais des situations comiques à jouer, et l’histoire d’un personnage qui pouvait se dessiner. Du coup, nous avons eu envie de prolonger l’aventure en France, à travers un long métrage.

Un jeune homme qui veut débarrasser les gens du poids de leur rupture… D’où vous est venue cette idée, qui paraît, à priori, très saugrenue ?
Eh bien, de l’air du temps ! Aujourd’hui, tout le monde, ou presque, connait plusieurs ruptures dans sa vie. Nous pouvons vivre de nombreuses relations intimes ou amoureuses, mais il faut savoir gérer la séparation qui peut s’ensuivre. Si vous vivez cinq ou six grandes histoires d’amour dans votre vie, et qu’il vous faut deux ans pour vous en remettre à chaque fois, ça devient compliqué ! Mais l’idée originale est venue du travail d’écriture à proprement-dit. À l’époque, je voulais écrire un court-métrage simple à réaliser, un huisclos entre deux personnages. L’idée d’un couple qui se sépare m’intéressait pour la tension dramatique. Il me manquait l’élément comique. Alors j’ai imaginé l’arrivée d’un homme qui viendrait rompre avec cette femme, sans être son compagnon. Et c’est là que j’ai créé ce personnage qui serait un professionnel de la rupture, payé pour « exécuter » les histoires d’amour. Ça me paraissait être une manière drôle et ironique de traiter d’un sujet qui peut être plutôt grave. C’est un peu le propre de la comédie : faire rire au cinéma, là où, dans la vie, on grince plutôt des dents…

C’est une invention un peu cynique, non ?
Je ne trouve pas. Aujourd’hui, personne ne trouve honteux d’aller chercher l’âme sœur sur Internet. S’il y a des sites de rencontres, pourquoi n’y en auraitil pas pour les séparations. D’ailleurs, les applis sur smartphone sont en train de débarquer. Mon histoire a quelque chose de prémonitoire (rire !). En tous cas, dans mon film, celui qui a l’idée de cette start’up de gestion des ruptures n’a rien d’un type sans cœur immoral ou vénal. Au fond, il se considère comme un artisan qui œuvre pour le bien-être de l’humanité. Car il a compris que, plus vite ceux qui sont quittés accepteront de l’être, plus vite ils auront la possibilité de redémarrer une nouvelle vie. Contrairement aux apparences, mon héros est un homme qui se soucie plus de philosophie que d’argent. D’où son côté lunaire aussi. En fait, c’est même un grand romantique. Son combat, c’est la défense de l’Amour dans son sens le plus noble, le plus entier. Beaucoup de gens vivent une relation rassurante et confortable, mais pour Mathias, ce n’est pas ça l’amour. Comme il le dit lui même, il aide à séparer des gens qui ne s’aiment plus, même si l’un des deux refuse de le voir. Pour Mathias, ce n’est pas du cynisme, mais de la lucidité.

Une des caractéristiques de votre héros est de s’exprimer, d’un bout à l’autre du film, dans un langage très châtié, un peu littéraire…
Avec François Bégaudeau, le coscénariste du film, l’écriture du scénario a été assez longue et nous avons beaucoup travaillé. Nous avions une multitude de situations possibles de ruptures, mais nous voulions une comédie avec un récit solide et construit. Nous avons fait en sorte que chaque personnage ait une trajectoire et un destin. François Bégaudeau est d’ailleurs un obsessionnel de la liaison. Trouver l’élément narratif qui va relier les scènes et faire avancer l’histoire, c’est primordial pour lui. Le rythme se construit à l’intérieur de chaque scène, plus que dans la multiplication de scènes courtes. Il s’agit d’une décision prise très tôt, et maintenue tout au long du processus de fabrication du film, au montage notamment. Camille Chamoux a également beaucoup contribué à éclaircir les enjeux du récit. Elle est intervenue à un moment où le film nécessitait des coupes fortes et devait gagner en dynamique. L’autre partie du travail avec François et Camille a porté sur les dialogues. Pas seulement pour trouver des vannes. Mathias Lonisse, le héros, n’est pas quelqu’un comme tout le monde. C‘est un orateur, son arme, c’est le langage. Il choisit ses mots pour se faire clairement comprendre de ses « Cibles affectives », les victimes d’une séparation. Du coup, nous lui avons prêté des dialogues dont le niveau de langage est un peu au dessus de la moyenne. C‘est aussi, pour le personnage, une manière de se déconnecter du réel. En ayant des théories sur la rupture, Mathias évite de s’impliquer émotionnellement. S‘il le faisait, il ne pourrait plus faire ce job. Sauf qu’à force, c’est devenu une déformation professionnelle. Avec l’arrivée dans sa vie de Juliette, sa nouvelle collaboratrice, il va peu à peu retrouver un rapport humain, plus direct, et plus tendre aussi.

Pourquoi avec-vous choisi Benjamin Lavernhe pour incarner votre héros ?
Je ne connaissais pas personnellement Benjamin, mais je l’avais vu jouer Smithers dans RADIO STAR, avec un mauvais teeshirt et une coupe de nerd. Quand il est arrivé, rien à voir ! J’ai découvert un homme grand et doté de beaucoup de charisme. Notre entente a été immédiate car il a tout de suite saisi la manière dont je voyais le personnage : un mélange de grande assurance, un discours parfois péremptoire, mais toujours allégé par l’ironie et par l’humour. Benjamin a tout de suite su parler « le » Mathias Lonisse ! C‘était très enthousiasmant pour moi et pour les producteurs. Il a pris le rôle comme une évidence, très à l’aise. Avec la Comédie Française, dont il est Sociétaire, il a l’habitude des tirades très écrites. Le texte ne l’encombre pas et ne l’empêche ni de se déplacer, ni d’occuper l’espace. C’est un autre trait de caractère du personnage qui vient occuper le terrain de la « cible affective » pour mener sa mission.

Et Elisa Ruschke , qui joue son associée ?
Pour ce rôle, je voulais une comédienne peu connue, à laquelle les spectateurs pourraient facilement s’identifier. C’est Camille Chamoux et ma directrice de casting qui m’ont soufflé le nom d’Elisa. Elle n’avait jamais tourné dans aucun film, mais quand je l’ai rencontrée, son charme et sa beauté m’ont immédiatement séduit. Sa photogénie et son rire, très spontané, aussi. Dans la vie, Elisa a quelque chose de rayonnant, une joie intérieure très communicative qui l’illumine. En plus, elle a su trouver la gravité de son personnage, qui n’est ni une écervelée, ni une petite idiote un peu naïve, ni un simple faire-valoir de son patron. C’est une jeune femme d’aujourd’hui, déterminée qui va gagner en aplomb au fil du film. Les essais sont venus confirmer mon impression : Elisa pouvait exprimer à la fois la jeunesse de son personnage et sa maturité. Elle a bluffé un peu tout le monde dès les premiers plans qu’on a tournés. Elle n’avait aucune expérience du plateau, mais elle ne s’est pas démontée. Elle a pris son personnage à bras le corps, et c’était parti.

Elisa et Benjamin ne se connaissaient pas. Comment l’alchimie a-t-elle fonctionné entre eux ?
Ils se sont, d’emblée, très bien entendus. Il y avait une vraie sympathie entre eux, hors caméra. Elisa a tout de suite été dans son rôle, elle avait beaucoup travaillé et ce qu’elle proposait était juste. Elle sent instinctivement les choses. Elle a tout de suite fait exister le personnage de Juliette avec beaucoup de conviction et de nuances. Benjamin endossait pour la première fois le rôle d’un personnage qui allait être de toutes les scènes du film. C’est une charge de travail énorme et une grande responsabilité. Il est très précis. Il a besoin d’analyser et de comprendre ce qu’il fait ou ce qu’on lui demande sur chaque prise. Mais avec Elisa, il s’est amusé tout de suite. Leur complicité dans le travail vient de là, je crois. De leur amusement réciproque quand ils préparaient leurs scènes. Grâce à eux le couple Mathias-Juliette a pris de l’envergure. C‘est le moteur de l’histoire.

Comment avez-vous abordé le tournage de ce premier long métrage ?
Juste avant de lancer le moteur du premier plan, le premier jour, on n’en mène pas large. Mais c’est tellement exaltant : ça y est, on y est ! Tout ce qu’on croit savoir, part aux oubliettes, et c’est grisant. Ce qu’on veut, c’est foncer dans le film, et réussir le maximum de choses. Choisir les bonnes options de cadrages, trouver les mots justes pour les comédiens, être disponible pour l’équipe technique. J’avais l’expérience du moyen métrage avec un film sur le déni de grossesse, tourné en 2012. Mais un vrai long, ça n’a rien à voir. Sur un court métrage où on tourne pendant une semaine, l’énergie permet de faire de nombreuses belles choses. C’est impossible sur un long. Sur près des deux mois qu’il dure, il y a une rigueur et un rythme de travail beaucoup plus exigeants. Cela dit, en dehors des problèmes techniques inhérents à tout tournage, une seule chose m’a vraiment stressé d’un bout à l’autre : la gestion du temps. Je voulais faire jouer les comédiens au maximum sur la longueur. Mais j’avais besoin de beaucoup de plans car il était hors de question, pour moi, de faire une espèce de théâtre filmé. Pour avoir des cadres intéressants et une belle lumière, il faut composer avec la technique. Du coup, ça prend du temps… Mais il ne faut pas que les comédiens s’épuisent. En résumé, cette recherche permanente d’un équilibre entre belle image et rythme de comédie a été, chaque jour, mon exercice le plus difficile.

Dans quelle catégorie classeriez-vous votre film ? Fantaisie ? Comédie de mœurs ?
Comédie de mœurs, sans aucun doute. On vit aujourd’hui dans un monde où, de plus en plus, on se sépare de tout, sans état d’âme, au moindre signe d’usure ou d’ennui. On jette les objets, mais aussi les amis ou les conjoints. RUPTURE POUR TOUS parle de ça, de ces changements incessants qui semblent s’accélérer, et dont il faut bien, quand même, gérer les conséquences. En même temps, on ne porte aucun jugement moral sur ces comportements. Est-ce bien de quitter quelqu’un avec Love is dead ? Ce n’est pas le sujet. La société nous propose toujours plus de services pour régler nos problèmes quotidiens. Ici ce qui nous amusait, c’était de regarder ce qui se passe quand l’un de ces services touche à notre vie la plus intime. RUPTURE POUR TOUS est clairement une comédie. Il y a des vannes glissées partout dans les dialogues. Certaines sont discrètes, d’autres des vraies punchlines. Et puis, il y a des moments beaucoup plus burlesques et hystériques. Notamment avec les personnages secondaires joués par des comédiens qui ont un fabuleux sens du comique, comme Camille Chamoux, Antoine Gouy ou Jérôme Niel.

Avez-vous des projets ?
J’ai un autre film en cours d’écriture. Je ne peux pas encore vous en dire le thème, mais ce sera une comédie.

ENTRETIEN AVEC BENJAMIN LAVERNHE

Dans le scénario de RUPTURE POUR TOUS, qu’est-ce qui a séduit le Comédien Français que vous êtes ?
J’ai tout de suite été emballé par le niveau de langage des personnages, et surtout par celui qu’on me proposait d’interpréter, Mathias Lonisse. Sa manière de s’exprimer et son humour qui m’était familier, m’ont fait rire. J’avais lu très peu de scénarios de cinéastes contemporains avec cette qualité d’expression, et des dialogues, ciselés, incisifs. Arrivé à la page 20 du script, je me suis dit : je comprends cette écriture, je la « reconnais », je veux jouer ce rôle ! Ces réactions instinctives sont rares et donc très agréables à ressentir. Je me suis même surpris dès les premières pages à jouer les dialogues à voix haute, et quand on a envie de dire les mots et de s’amuser avec, c’est quand même très bon signe. J’ai donc appelé mon agent pour lui manifester mon enthousiasme, avant même d’avoir été jusqu’au bout de ma lecture. Ce film représentait un challenge aussi, parce que jouer un texte comme celui-là, avec des phrases longues, un vocabulaire riche et parfois recherché il ne faut pas que ça sente le papier, il faut s’en emparer, le rendre fluide et naturel. Les situations aussi m’ont plu : elles n’étaient pas de l’ordre du quotidien. Dès la lecture on sentait que sur le plateau, on allait pouvoir s’échapper du réalisme, aller vers le loufoque.

Est-ce plus difficile d’incarner un personnage un peu « perché », un peu en dehors, qu’un type « normal » et pragmatique ?
Ce n’est ni plus facile, ni plus difficile. C’est autre chose. Il faut connaître son texte au cordeau, et lui faire confiance, ne pas refuser l’étrangeté dans laquelle il vous emmène. Quand je suis allé passer les essais, j’étais un peu fébrile. Mais Eric (Capitaine) m’a laissé répéter et a ensuite fait plusieurs prises. Il m’a laissé une vraie chance au casting. Sa bienveillance et son écoute m’ont mis en confiance et je me suis lancé. Nous avons travaillé plus d’une heure, ce qui n’arrive quasiment jamais. Après bien sûr, quand les situations à jouer vous sont étrangères, que vous ne les avez jamais vues, ni vécues, c’est toujours plus difficile à imaginer, vous n’avez pas les références et vous vous dites mais « comment ça se joue ça…? » J’aime autant jouer des scènes ultra naturalistes du genre « passe moi le sel » à voix basse, que des situations burlesques et énormes à la Jim Carrey… C’est vraiment ça le plaisir du cinéma..

Parlons du sujet du film : les aventures et mésaventures d’un créateur d’une start’up d’un genre inédit…
Ce qui m’a intéressé, c’est moins le milieu de l’entreprise que le service incroyable, au premier sens du terme, qu’elle propose : la prise en charge des ruptures amoureuses. L’idée peut paraître cruelle et farfelue, mais elle tient debout. Je m’étonne même que personne ne l’ait encore eue. En tous cas, je pense que la génération des trentenaires, dont je fais partie, en serait le premier cœur de cible. Mais les ruptures représentent un enfer, pour tout le monde en réalité quel que soit l’âge. On ne sait ni comment s’y prendre, ni quand, ce n’est jamais le bon moment. Ensuite, il faut gérer l’après en se demandant si c’est le bon choix, avec la peur de perdre l’autre « à tout jamais ». C’est un déchirement et une épreuve que l’on quitte ou que l’on soit quitté…

Le vrai courage est-il de rester et de tout faire pour sauver son couple ou de partir avant le marasme ? 
En tout cas il s’agit de choisir, de se lancer et en l’occurrence ici de quitter. La lâcheté masculine va trouver là, une aide inestimable dans le service que propose Mathias Lonisse. Mathias est bien sûr un entrepreneur malin et stratégique mais il n’est pas cynique. Il a juste des certitudes très tenaces sur l’amour et sur la façon d’y mettre un terme. Le personnage peut paraître cruel et sans état d’âme, mais en réalité il est très sincère et investi, il a du cœur. Il a vraiment envie d’aider les gens embourbés, de les convaincre que c’est pour leur bien qu’il faut rompre, pour les deux partis d’ailleurs. Par exemple s’il pense qu’il faut trancher net, et être a ce point radical c’est pour éviter les malentendus ou les faux espoirs. Tout est bon pour éviter de replonger et de souffrir à nouveau. Evidemment, quand il est confronté lui-même à ce problème, il s’aperçoit que l’amour est éminemment complexe et toutes ses certitudes s’écroulent ! De la même manière qu’il n’y a pas de formule magique pour se rencontrer, il n’y en a pas pour se quitter…

Le film parle de situations concrètes, et pourtant son ton n’est pas franchement réaliste…
Ah, mais tout l’intérêt et la singularité du film sont là, dans ces allers et venues incessants entre fantaisie et réalisme. Ce n’est pas évident à jouer. Mais, comme je vous l’ai dit, il faut faire confiance au projet. Après, c’est au réalisateur de donner les clefs pour décoder, guider le spectateur, lui dire si on est dans une fable ou dans le monde réel. Parfois le futur proche peut sembler très irréaliste et impensable. Qui pouvait imaginer qu’existerait en 2016 un site de rencontre extra conjugale : Gleeden ! Et pourtant…

C’était le premier long métrage d’Eric Capitaine. Comment s’est passé le tournage ?
Très bien, parce que si, de temps à autre, on sentait que c’était une nouvelle aventure pour lui de passer au long-métrage, avec ce qu’il y a d’imprévus et une équipe nouvelle à rencontrer, on voyait quand même qu’il savait très bien ce qu’il voulait. Nous avons répété en amont, ce qui nous a permis d’explorer, de déflorer les scènes, de les éprouver, ce qui est un luxe au cinéma, alors que c’est pourtant essentiel je trouve… Car le temps du tournage est toujours compté et dépend souvent des contingences techniques ou de la météo… On savait où on allait au moment des prises. L’équipe a été très soudée. Eric est très précis, et il a du goût ce qui n’est pas négligeable. Il est très vigilant à la facture esthétique de son film, et un grand talent d’écriture… Un bon film c’est d’abord un bon scénario.

Votre partenaire, Elisa Ruschke, qui joue votre collaboratrice dans le film était aussi une toute nouvelle venue au cinéma…
Oui, mais elle avait une expérience du théâtre. Ce qui a créé tout de suite une belle connivence entre nous. Elisa a le souci du détail, du texte su au cordeau, et décrypte avec précision chaque situation. Elle ne refusait jamais de répéter, on était sur la même longueur d’onde. Ce qui, finalement, nous libérait du trac. Travailler avec elle a été très facile et joyeux. Et puis elle est très douée et a beaucoup de naturel.

Vous appartenez à la troupe de la Comédie Française. Le fait d’être rompu aux grands textes du répertoire vous aide-t-il à jouer sur un plateau de cinéma ?
Je pense que oui. En plus, au Français, comme on joue beaucoup et qu’on explore des univers dramaturgiques très différents, on finit par acquérir une souplesse dans le passage de la comédie au drame ou à la tragédie. On est en contact permanent avec nos émotions et notre technique, corps et voix. C’est une manière de mieux connaitre l’acteur en nous. C’est comme un sportif qui suit un entraînement régulier ou un musicien qui doit pratiquer sans relâche son instrument. Au cinéma, où l’on doit souvent travailler rapidement, je me sens fort de cette expérience même si les repères sont très différents. Je me sens plus autonome aussi et plus apte à faire des propositions au réalisateur.

Votre nom est en haut de l’affiche de RUPTURE POUR TOUS. Dans votre carrière, c’est une première. Comment l’avez-vous gérée ?
Avant et pendant un tournage, j’ai toujours une concentration particulière liée au caractère éphémère d’un tournage. Au théâtre, si je rate un truc un soir, je m’en veux, bien sûr, car les spectateurs de la soirée n’auront pas vu ce que je voulais montrer, mais je me dis que je peux toujours me rattraper le lendemain. Au ciné, c’est irrécupérable. Oui, on fait plusieurs prises, mais le soir c’en est fini pour les séquences tournées. On n’y reviendra plus, mon travail est « dans la boîte » et le film aura sa vie… Je ne peux plus rien faire, le monteur peut toujours essayer de me « sauver » mais c’est triste de penser comme ça… Que le rôle soit petit ou grand, je me refais toujours les scènes devant la glace le soir ou dans la rue en me disant : « j’aurai pu le faire comme ci ou comme ça, râlala pourquoi j’ai pas pensé à le faire comme ça plutôt… » De toute façon c’est trop tard… Avec aussi ces doutes qui assaillent les comédiens : que va faire de mon image et de mes scènes, le chef d’orchestre qu’est le réalisateur ? Alors pour un premier rôle, la pression est bien sûr particulière, la responsabilité est grande. Un film, c’est beaucoup d’enjeux financiers, mais aussi artistiques et tout le monde compte sur vous pour être à la hauteur. Mais c’est très galvanisant, excitant. Si j’ai bien travaillé en amont et que j’ai confiance dans le scénario alors, je suis très positif et le trac est constructif ! C’est en tout cas une émotion très particulière d’être le premier rôle d’un film qu’on aime et qu’on a envie de défendre. C’est aussi une grande chance parce que c’est rare. Et c’est le cas avec RUPTURE POUR TOUS !

ENTRETIEN AVEC ELISA RUSCHKE

RUPTURE POUR TOUS est votre tout premier film et d’entrée de jeu, on vous en propose le premier rôle féminin…Comment avez-vous abordé cette aventure ?
Avec une énergie folle. C’est Camille Chamoux avec qui j’avais travaillé au Studio de Formation Théâtrale de Vitry-sur-Seine avant d’entrer à l’ENSATT (École Nationale Supérieure d’Arts et Techniques du Théâtre) qui m’avait recommandée à la directrice de casting du film et à Eric Capitaine. Ils cherchaient une inconnue pour jouer Juliette, cette jeune fille qui va devenir l’assistante d’un « patron » de start’up. Je suis allée passer les essais et à ma plus grande surprise, j’ai été prise. J’étais d’autant plus heureuse que j’avais été très touchée par le scénario. Je suis de la génération qui va sur internet presque sans réfléchir, à tout bout de champ et pour toutes sortes de services : acheter, vendre, louer, faire du business, rencontrer l’âme sœur, etc. Donc pourquoi pas, aussi, pour rompre ? Cette idée d’un jeune chef d’entreprise qui se propose de prendre en charge, de A à Z, les problèmes des séparations amoureuses, m’a semblé à la fois jubilatoire et astucieuse. C‘est d’ailleurs assez étonnant qu’à une époque, où on se quitte si facilement, personne n’y ait encore pensé. Il existe pourtant des trucs bien plus tordus sur Internet. J’ai trouvé par exemple, une boite chinoise qui propose ses services pour empêcher les maris de tromper leurs femmes. Véridique ! (rire).Cela pour vous dire que « Love is dead » était selon moi un thème pile pour la génération web !

Vous êtes vous facilement identifiée à Juliette ?
Mais oui, parce qu’en fait, elle ressemble assez à ce que je suis dans la vie. Je suis assez entreprenante, j’aime la pugnacité et je crois être quelqu’un de positif, d’assez joyeux et empreint d’une certaine légèreté, car je crois que, bien employée, la légèreté permet de se sortir des « mauvais coups » plus facilement. J’ai toujours essayé de me conformer à ces préceptes, dont on dirait qu’ils guident aussi le comportement de Juliette. En tous cas au début du film ! Parce qu’après, quand elle va prendre la start’up en main, elle va développer des attitudes plus autoritaires et moins souriantes. Mais, c’est bien normal qu’elle évolue.

Comme Benjamin Lavernhe, vous venez du théâtre. Êtes vous tombée, comme lui, sous le charme des dialogues ?
Totalement. Je n’ai pas l’habitude de lire beaucoup de scénarios, mais je vais pas mal au cinéma. Et j’y vois parfois des comédies assez approximatives, dans le ton et le verbe. Là, les dialogues sont d’une précision de dentelière. Même les blagues sont très travaillées. Cette façon de s’exprimer n’est pas très quotidienne, mais justement, j’ai aimé le contraste entre les situations très concrètes du film et ses répliques souvent très littéraires. À jouer, c’est un vrai régal. On peut faire déborder son jeu et exploser les codes du ciné, notamment celui qui veut que généralement, on y chuchote son texte. Il faut dire que je suis assez fan des acteurs qui se permettent de « sortir du cadre », comme les Villeret, Depardieu, de Funès ou Pierre Richard, ou bien encore l’équipe du Splendid. Leurs comédies ont enchanté ma jeunesse. Ce sont pour moi des références absolues.

Comment avez-vous géré l’appréhension de cette première expérience cinématographique ?
En répétant, répétant, répétant. Comme au théâtre en fait. Ça rassure, les répétitions. Ça nourrit. Après, quand on vous dit « ça tourne », vous savez quoi faire. Le trac peut survenir, mais il n’y a pas de panique paralysante. Et puis, en amont du tournage, j’ai beaucoup travaillé la gestuelle et le look de Juliette. Je voulais arriver sur le plateau complètement à l’aise dans ses « habits ». Eric voulait qu’elle soit très féminine, qu’elle porte des talons hauts. Comme je suis plutôt du style baskets, j’ai acheté des escarpins et les ai portés pendant des heures le long du canal Saint Martin. Ce genre de détail imposé m’a permis de rêver autour de Juliette et de lui créer une identité. J’aime bien qu’on me donne des consignes. Plus mon cadre de travail est défini, plus je me sens libre, plus je m’éclate. J’ai eu de la chance, Eric savait ce qu’il voulait. Il m’a bien guidée.

En quoi cette expérience a-t-elle nourri la jeune comédienne que vous êtes ?
Les temps de tournage étant assez courts, j’ai appris à travailler dans la rapidité. Et je me suis rendue compte qu’au cinéma, l’exigence est la même qu’au théâtre. J’ai joué un spectacle deux fois par jour pendant plus d’un an. Fatiguée, malade ou découragée, il fallait y aller, monter sur le plateau avec la même fraicheur, la même naïveté, la même sincérité et la même présence. Un tournage requiert le même engagement. Quelle que soit la durée du temps de travail, tu te dois d’être fraîche, belle, disponible et de bonne humeur. Une fois que la prise est en boite, il n’y a pas de retour en arrière possible. J’ai aussi appris à me relâcher entre les scènes. À l’image, un acteur tendu ne passe pas !

Dans quel état d’esprit êtes vous aujourd’hui ?
Je suis reconnaissante. Je remercie Eric Capitaine et ses producteurs pour leur cran d’avoir hissé une inconnue en haut de l’affiche. J’espère qu’ils n’auront pas à le regretter. Parce que dans un film, les enjeux financiers sont énormes. En tous cas, j’aurai fait de mon mieux.

ENTRETIEN AVEC CAMILLE CHAMOUX

Au générique du film, vous figurez en tant qu’actrice, mais aussi comme co-scénariste… Pour quelle «mission» avez-vous d’abord été appelée ?
Pour l’écriture. Le sujet les ayant fortement inspirés, Eric Capitaine et François Bégaudeau avaient beaucoup écrit, tellement d’ailleurs qu’ils avaient presque la matière pour nourrir une série, ce qui était, je crois, dans les intentions d’Eric. Ils m’ont donc appelée pour que je taille dans toute cette masse de mots et de situations, de façon à en faire le scénario d’un film de durée raisonnable. Il y avait mille promesses de comédie, trop ! Toutes les situations possibles d’un agent Love is dead ! (d’ailleurs si quelqu’un de chez NETFLIX me lit, commandez immédiatement la série à François et Eric, ils ont de quoi faire deux ans d’épisodes !) Il a donc fallu supprimer, simplifier, élaguer, consolider un squelette qui confronte à double titre le héros à son boulot disons… particulier. D’abord quand sa mère lui annonce qu’elle veut quitter son père grâce à ses services, puis quand lui même est plaqué par son amoureuse, via sa collaboratrice. C’était la première fois que je faisais, comme on dit en anglais, du « script-doctoring », du soin d’urgence de scénario ! Dur, mais passionnant. Et la régalade, le petit cadeau, c’est qu’Eric et François sont des orfèvres en matière de dialogues. Pour moi qui suis obsessionnelle de la qualité des dialogues, c’était tellement agréable !

Vous êtes une comédienne qui écrit ses propres textes. Pourquoi aviez-vous accepté ce travail de réécriture à partir d’un matériau qui n’était pas vôtre ?
Parce que j’ai adoré leur idée de base ! Le concept de l’agence « Love is dead ». Une boîte qui se propose de régler vos problèmes de ruptures à votre place, c’est génial ! Je me suis dit d’abord que c’était très drôle, et ensuite que, si ça avait existé, j’y aurais déjà fait appel ! C’est parfaitement moderne. Aujourd’hui tout le monde a envie de déléguer ses corvées et de n’assumer que les choses faciles ou agréables. Je ne dis pas que c’est bien, que c’est moral, que ça ne traduit pas un manque de courage, mais quoiqu’on en pense, cela fait partie des travers de notre époque. En plus, nous n’étions pas du tout dans la science fiction : Eric m’a appris qu’une application allait sans doute se lancer sur Internet l’année prochaine pour expliquer aux gens la meilleure façon de rompre. Je crois qu’elle devrait s’appeler « Break up »…

Dans le film, vous interprétez une fille rebelle, qui ne veut pas accepter la rupture, qui est dans le déni du désamour…
J’ai adoré jouer ce rôle d’empêcheuse de tourner en rond, celle qui fait grincer les rouages d’une machine qui se voulait bien huilée. Elle est le contre-exemple, l’échec de Love is dead. Impossible pour elle de dépasser la rupture. Elle traverse violemment toutes les étapes du deuil amoureux : tristesse, rage, déni… Pour une actrice, avoir à jouer toutes ces humeurs était assez jouissif ! D’autant plus qu’Eric voulait un ton de comédie réaliste, mais avec des incursions dans la loufoquerie et la poésie. Le rêve pour une comédienne…

Que retiendrez vous de RUPTURE POUR TOUS ?
Une idée de scénario ultra originale qui a forcé mon admiration, la rencontre avec Eric et François, un tournage très joyeux grâce à des acteurs un peu « nouvelles têtes », tous très bons à mon goût, et à découvrir ! Et c’est le premier long métrage d’Eric, mais pas le dernier. « Trust me ».

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