vendredi 14 juin 2019

DIRTY GOD


Drame/Un sujet dur, un traitement direct et juste pour un film qui nous touche droit au cœur

Réalisé par Sacha Polak
Avec Vicky Knight, Katherine Kelly, Eliza Brady-Girard, Rebecca Stone, Bluey Robinson, Dana Marineci, Tachia Newall, Frieda Thiel...

Long-métrage Néerlandais/Britannique/Belge/Irlandais
Durée : 01h44mn
Année de production : 2019
Distributeur : The Jokers 

Date de sortie sur nos écrans : 19 juin 2019



"Il est entré. 
Je matais la télé. 
Puis j’ai senti un truc sur la figure.
Ça brûlait.
Je me suis mise à hurler. 
C’était ma peau… 
Elle pendait.

Je croyais que c’était de l’amour…"


Résumé : Le visage à moitié brûlé et une petite fille de deux ans. C'est tout ce qu'il reste de la relation de Jade à son ex, qui l'a défigurée à l'acide. À la violence de cette histoire, succède désormais celle du regard des autres. Pour ne pas couler, Jade n'a d'autre choix que de s'accepter, réapprendre à sourire et à aimer.

Bande annonce (VOSTFR)



Extrait - "Carwash" (VOSTFR)



Ce que j'en ai penséDIRTY GOD est un film au sujet terrible, cependant, il ne s'attarde pas à larmoyer ou à faire de grandes démonstrations sur le passé. Il est factuel dans sa façon d'aborder l'après, le retour à la vie de tous les jours.

La réalisatrice, Sacha Polak, nous guide à travers les étapes du deuil que sa protagoniste, Jade, doit traverser pour rompre avec la jeune femme d'avant qu'elle était et qui n'existe plus. Elle doit se retrouver, ce qui ne se fait pas sans heurts ni erreurs. Peu à peu au fil des scènes, on s'attache à Jade. Son combat intérieur pour masquer les cicatrices nous bouleverse, pas de façon grandiloquente, mais parce qu'on s'identifie à elle. On ressent chaque réflexion immonde balancée comme un venin, sans impact pour son auteur, venant creusé le sillon de la douleur et fragilisant encore un peu plus un équilibre précaire qui se passerait bien de réflexions débiles. Il y a aussi l'ombre du bourreau qui revient insidieusement dans un ressenti perdu entre horreur de l'acte et histoire commune. La réalisatrice prend le parti du réalisme et c'est une réussite.


Sacha Polak, la réalisatrice du film

Vicky Knight interprète ce rôle avec une justesse qui est d'autant plus touchante qu'il y a un parallèle avec son histoire personnelle. Son jeu est vrai et elle rend Jade très attachante dans ses errements, dans ses tâtonnements, dans ses douleurs tellement présentes.





DIRTY GOD ouvre les yeux des spectateurs sur des agissements immondes et sur la souffrance des victimes qui doivent assumer des conséquences physiques et psychologiques dans un monde qui ne leur offre pas beaucoup de soutien. Ce long-métrage nous touche droit au cœur.

Copyright photos @ The Jokers

À propos du film

"Ce film m’a sauvé la vie
et montré que je suis plus forte que mes cicatrices"

Dirty God parle de cicatrices, du regard des autres, de la difficulté de s’accepter lorsqu’on est jugé comme « différent ». Autant de sujet que la jeune Vicky Knight porte elle-même dans sa propre vie. Victime d’un incendie lorsqu’elle avait 8 ans, 33% de la moitié supérieure de son corps ont été marqués à vie. Elle a passé des années à lutter pour comprendre ce qui lui était arrivé, à se heurter à des barrières qui lui ont parfois semblé infranchissables.

L’équipe de Dirty God l’a repéré sur Youtube, dans une vidéo où elle raconte son histoire pour la diffuser auprès d’un public jeune et leur apprendre la tolérance. Elle travaille actuellement comme assistante médicale dans l’hôpital où elle a reçu le traitement qui lui a sauvé la vie.

NOTES DE PRODUCTION
(À ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

DIRTY GOD est le premier film en langue anglaise de la réalisatrice Sacha Polak, mais son troisième film en tant que réalisatrice après HEMEL et ZURICH. Polak a co-écrit le scénario avec Susanne Farrell et le film a été produit par Viking Film, qui a déjà collaboré avec la réalisatrice sur ZURICH et le documentaire NEW BOOBS. 

DIRTY GOD a été projeté en première mondiale au Festival international du film de Rotterdam 2019 en tant que film d’ouverture, puis a été présenté au festival du film de Sundance 2019 dans la sélection World Dramatic Competition. C’est la première fois qu'un film d'une réalisatrice néerlandaise était présenté dans cette section. 

UN SUJET MALHEUREUSEMENT AU CŒUR DE L’ACTUALITÉ

AU ROYAUME-UNI, LES RAVAGES DES ATTAQUES À L’ACIDE 

La multiplication du nombre d’agressions de ce type outre-Manche est spectaculaire. Elles sont notamment commises entre gangs londoniens.

Dalston est un quartier vraiment «cool» de Londres. Ce coin populaire de l’East End, collé à Hackney, refuge d’artistes et de créativité, est en cours de gentrification accélérée et est très prisé, notamment des jeunes. Dans la nuit du dimanche au lundi de Pâques, le 17 avril, ils sont des dizaines à se déhancher dans la boîte de nuit Mangle. Soudain, un homme asperge la foule d’un liquide. Ammoniaque, acide chlorhydrique ou eau de Javel ? La nature du produit n’a pas encore été identifiée. Les hurlements couvrent la musique. Vingt personnes sont touchées, beaucoup au visage, deux ont perdu partiellement la vue, d’autres porteront des cicatrices à vie.

Quelques jours plus tard, Arthur Collins, 25 ans, est arrêté et inculpé. Il est le petit ami d’une vedette de télé-réalité. Selon les enquêteurs, il s’agirait d’une vengeance liée à un dépit amoureux.

Plus une semaine ne passe sans qu’une attaque de ce genre soit signalée dans la capitale britannique. La police métropolitaine a dévoilé des statistiques frappantes. Le nombre d’attaques à l’acide a augmenté de 74 % en un an. En 2016, 454 ont été enregistrées, contre 261 en 2015. Depuis 2010, ce sont plus de 1 800 agressions qui ont été perpétrées à Londres avec un liquide corrosif. Ces chiffres font du Royaume-Uni le pays 

« où le nombre d’attaques à l’acide par individu est le plus élevé », explique Jah Shah, directeur d’Acid Survivors Trust International (Asti). Mais, nuance-t-il, « c’est aussi parce qu’il y a beaucoup plus de dépôts de plainte en Grande-Bretagne et plus de confiance en la justice que dans d’autres pays où ces agressions sont fréquentes ».

Les pays les plus touchés sont la Colombie, l’Inde, le Pakistan et le Bangladesh. « [Là] où les sociétés sont souvent encore très patriarcales, les attaques sont en majorité perpétrées par des hommes contre des femmes, pour des raisons liées à un dépit amoureux, un rejet d’avances sexuelles ou le refus d’une proposition de mariage », explique Jah Shah. Les femmes sont alors en majorité touchées au visage. « C’est symbolique, une attaque contre leur beauté, leur féminité, le but n’est pas de tuer mais de les défigurer, de les stigmatiser socialement », ajoute-t-il. Les femmes sont aussi visées au Royaume-Uni. En 2008, Katie Piper est aspergée d’acide sulfurique par un ex-petit ami. Après de multiples opérations, la jeune femme a témoigné à visage découvert à la télé et multiplié les actions pour accélérer la prise de conscience de l’opinion publique.

Mais dans ce pays, si les attaques à l’acide sont commises en majorité par de jeunes hommes, « les victimes sont aux deux tiers également des jeunes hommes, pas forcément visés au visage, mais aussi souvent au torse ». L’acide est désormais une arme de choix dans la guerre des gangs. L’usage de l’acide dans les agressions n’est pas nouveau, souligne Simon Harding, spécialiste en criminologie des gangs et professeur à l’université du Middlesex, au nord de Londres : « Les attaques à l’acide étaient déjà perpétrées au XIXe siècle, à l’époque victorienne, il en est fait mention dans les enquêtes de Sherlock Holmes par Conan Doyle ou, plus récemment, dans le roman Brighton Rock de Graham Greene. » 

Ce qui est inquiétant, ajoute le chercheur, « c’est la multiplication de ces agressions ». L’utilisation de l’acide a, pour les gangs, plusieurs avantages. On peut se le procurer facilement, sans contrôle, à n’importe quel âge, dans un magasin de bricolage ou un supermarché. « C’est une arme peu chère et difficile à tracer pour les enquêteurs. » Par ailleurs, explique-t-il, en termes de poursuites pénales, « une attaque au couteau est qualifiée de tentative de meurtre, entraînant une peine plus lourde, alors qu’une agression à l’acide sera considérée comme des coups et blessures et punie d’une peine plus légère ». L’étude précise que le phénomène en est encore à ses balbutiements. Or, d’après Jah Shah, «tant que nous n’aurons pas établi exactement quel type d’acide est le plus utilisé, les motivations profondes, le profil des attaquants et des victimes, on ne pourra pas mettre en place des stratégies adéquates». Les recherches montrent cependant que «plus de la moitié de ces attaques sont commises dans l’East End, où persiste une forte culture des gangs».Et elles ne sont pas significatives en termes 

d’« ethnicité » ou de religion. La majorité des agressions sont « perpétrées par des Britanniques d’origine européenne ». Simon Harding estime qu’au Royaume-Uni, les trois quarts des cas ne font pas l’objet d’une plainte : « Dans la culture du gang, une blessure au couteau est un badge d’honneur. Une blessure à l’acide reste honteuse. » 

Par Sonia Delesalle-Stolper, correspondante à Londres pour Libération — 11 mai 2017

ENTRETIEN AVEC LA RÉALISATRICE SACHA POLAK

Pouvez-vous expliquer comment vous avez eu l'idée de faire DIRTY GOD ?

J'en ai eu l'idée il y plusieurs années, quand j'ai vu une femme avec des marques de brûlures au visage au festival de musique Lowlands. Tout le monde la dévisageait. Vous ne pouvez pas oublier votre blessure, parce que les gens vous regardent en permanence. J'ai passé beaucoup de temps en Angleterre pour un autre projet de film et j'ai commencé à penser à situer cette histoire là-bas. Au cours de mes recherches, j'ai parlé à plusieurs femmes différentes qui avaient été brûlées lors d'attaques à l'acide. A ce moment, quelques cas étaient connus du grand public, comme l'attaque à l'acide sur le modèle Katie Piper, mais le phénomène a explosé ces dernières années en Grande-Bretagne. De nos jours, il y a aussi des attaques à l’acide aléatoires dans les boîtes de nuit.

C'est le premier long métrage que vous réalisez pour lequel vous avez également écrit le scénario. Comment est-ce arrivé ?

J'avais l'envie depuis quelques années de réaliser un film que j’aurais écrit et j'avais déjà rédigé un scénario avant HEMEL, que je n’ai jamais tourné. Je voyais ça comme une manière d’assumer la pleine responsabilité de ce que je fais. D'un autre côté, cela vous donne également beaucoup de liberté pour changer les choses au cours du processus.

Comment avez-vous transformé l'idée originale en un scénario ?

Susanne Farrell (co-scénariste) et moi avons contacté des femmes victimes d'attaques à l'acide. Dans bien des cas, la motivation de l’attaque était la suivante : « Si ton joli visage n’est pas pour moi, il n’est pour personne ». J’ai trouvé qu’il s’agissait d’un concept fascinant. Les filles à qui nous avons parlé étaient toutes plutôt pessimistes quant à la possibilité de rencontrer quelqu'un qui voudrait avoir une relation avec elles. Dans le film, une vidéo est postée sur YouTube avec le titre "Une fille laide pense qu’elle est canon", qui est également basée sur les expériences de ces filles. Je voulais que le film parle d'une jeune personne, parce que je pense qu'être jeune à l'ère d’Instagram est vraiment difficile ; tout est filmé et partagé. L'apparence est primordiale.
« Je voulais travailler avec une actrice qui ait vraiment vécu une histoire similaire. Vicky est le film. » 
Pour le rôle de Jade, vous vouliez spécifiquement quelqu'un qui ait un visage avec des cicatrices ?

Oui. Je voulais être sûr que les gens y croient. C’est difficile avec du maquillage. Je voulais travailler avec une personne pleinement dévouée, investie, qui a vraiment vécu une histoire similaire. C'est pourquoi j'ai insisté pour vérifier s'il y avait une fille comme Vicky : une personne avec des cicatrices, du bon âge, avec un passé similaire et en plus de tout cela, avec le genre de personnalité que je cherchais. En fin de compte, nous l’avons trouvée via la directrice de casting Lucy Pardee, qui a également fait le casting de AMERICAN HONEY et qui est la référence lorsqu’il s’agit de trouver des acteurs non-professionnels. Les cicatrices sur le visage de Vicky sont relativement superficielles, c’est pourquoi le créateur d’effets de maquillage, Morten Jacobsen, a fabriqué une prothèse. Afin de la mettre en place, Vicky devait être présente au service de maquillage deux heures à l'avance tous les jours du tournage. C'était dur pour elle mais elle ne s'est jamais plainte.

Comment avez-vous travaillé avec Vicky ?

Au début, nous avons passé beaucoup de temps ensemble sans vraiment travailler sur le scénario. Par exemple, pour nous assurer que les scènes de club soient belles, Vicky et moi avons pris des cours de danse. Nous allions aussi nager ensemble toutes les semaines, car à cause de son accident, elle n’avait pas appris à nager pendant son enfance. Je voulais aussi que Vicky et les acteurs jouant son meilleur ami et son petit ami dans le film le deviennent réellement. Elle a également auditionné avec les autres acteurs, juste pour s'assurer qu'elle se sentait à l'aise avec les gens qui l’entouraient. 

Elle est le film. Il y a des choses dans le film qui sont vraiment Vicky, comme le tatouage fait maison sur son majeur.
« Je voulais m’assurer que le film ne devienne pas un énième drame maussade tourné à Londres. Je voulais un langage visuel qui permette de dépasser le réalisme. » 
Le film met en avant également une jeune sous-culture métropolitaine. Qu'avez-vous fait pour présenter cet environnement aussi authentiquement que possible ? 

En collaboration avec mon directeur de la photographie, Ruben Impens, j'ai essayé de trouver un langage visuel à travers l'éclairage et l'utilisation de couleurs permettant au film de dépasser le réalisme. Je voulais m'assurer que le film ne devienne pas un énième drame maussade tourné à Londres. Après tout, il s’agit de l’histoire d’une jeune femme. Nous avons utilisé un style éclectique, avec des plans fixes, des plans caméras à l’épaule, et d’autres statiques. Je pense que Ruben a fait un travail fantastique.

Afin de représenter le monde de Jade de manière crédible, nous avons également porté une grande attention aux figurants, comme ceux que vous voyez à la fête au début du film. Pour le rôle du meilleur ami de Jade, j’avais d’abord voulu engager un jeune artiste rap londonien. En fin de compte, cela n’a pas pu se faire, mais certains des chanteurs qui ont auditionné, comme RoxXxan et Shystie, se sont retrouvés dans des rôles secondaires. La musique a été un élément important dans ma vision du film dès le début. Outre la partition électronique écrite spécialement pour ce film par mon ami et compositeur habituel, Rutger Reinders, nous avons également utilisé une combinaison d'artistes anglais, marocains et néerlandais : des chansons de Yellow Claw et The Party Squad notamment, et le film s'ouvre avec la magnifique chanson, 'Human' de Sevdaliza.

ENTRETIEN AVEC L’ACTRICE PRINCIPALE, VICKY KNIGHT 

Comment avez-vous entendu parler du film ? 

Il y a quelques années, j'ai mis en ligne une vidéo pour parler aux gens de mon accident et de mes expériences ultérieures, pour éduquer les enfants à l'école sur l'intimidation et les injures, etc. Cette vidéo est devenue virale et j'ai eu beaucoup de vues suivies de messages. Un jour, une dame nommée Lucy m’a envoyé un message : « Voulez-vous participer à un film ?». Je pensais que c'était une arnaque, alors je l'ai ignorée. Mais ensuite, elle en a envoyé un autre, et un autre disant : « S'il vous plaît, prenez contact avec moi ». J’ai fini par appeler et elle est venue me rencontrer à Dagenham, où je vis, et nous avons enregistré une vidéo qu'elle a envoyée à Sacha. Puis Sacha a voulu me rencontrer ! 
« Le film a fait ressortir beaucoup de souvenirs et d’émotions douloureuses, mais tout ça a nourri mon personnage. » 
Pourquoi étiez-vous si méfiante à propos de la demande de Lucy ? 

Il y a quelques années, j'ai été approchée pour une émission de télévision. Ils ont dit qu'ils cherchaient quelqu'un avec des brûlures et qu'ils voulaient me filmer dans ma vie quotidienne pour montrer comment je le vis et le gère. J'ai souvent été victime d'intimidations à l'école, alors j'ai pensé que cela pourrait être un moyen de montrer aux gens : « C'est moi et c'est comme ça que je me débrouille ». Nous tournions depuis quelques jours, des choses banales. Puis tout à coup, ils m'ont emmené dans un pub, un garçon est entré et ils m'ont demandé de lui raconter mon histoire. Je ne comprenais pas ce qui se passait, mais il s’est avéré qu’ils étaient en train de créer un programme sur les personnes handicapées qui sortaient ensemble. Eh bien, je suis lesbienne et j'étais avec une fille à l'époque. Ils le savaient depuis le début. En fait, le garçon était gay. Une semaine avant sa diffusion, ils m’ont dit que l’émission s’appelait « Trop moche pour l’amour ». Cela a complètement ruiné ma confiance en moi. Alors, quand j’ai reçu ce message de Lucy, je me suis dit : « Je ne vais pas le faire ». 

Quel rapport aviez-vous avec le personnage que vous jouiez ? 

La vie de Jade et la mienne sont très similaires. J’ai été prise dans un incendie quand j’étais enfant et c’est comme ça que je me suis retrouvé avec des brûlures. Jade a été victime d'une attaque à l'acide, le traumatisme et l'incident sont donc différents, mais une brûlure est une brûlure. Que ce soit l’eau chaude, le feu ou l’acide, les commentaires seront les mêmes ; les traitements vont être les mêmes. Donc, pour moi, il était assez facile d’entrer dans ce personnage parce que j’avais vécu cette expérience. Le seul problème, c’est que cela a fait ressortir beaucoup de souvenirs et d’émotions douloureuses, mais tout ça a nourri mon personnage. 
« D'une certaine manière, ce film m'a sauvé la vie parce que Sacha et Marleen m'ont fait comprendre que je ne me résume pas à mes cicatrices. » 
Comment avez-vous vécu le tournage ? 

C’était incroyable. J’ai sympathisé avec chaque membre de l'équipe ; ils sont devenus ma famille pendant ces trois mois, je n’aurais pas pu être mieux traitée. Je n'ai jamais eu un tel groupe de personnes pour me soutenir. Jusqu’à maintenant j’avais essentiellement ma mère et ma famille, donc faire partie de ce groupe avec qui je pouvais juste parler et faire la fête était exceptionnel pour moi. D'une certaine manière, ce film m'a sauvé la vie parce que Sacha et Marleen m'ont fait comprendre que je ne me résume pas à mes cicatrices.

ENTRETIEN AVEC LA PRODUCTRICE, MARLEEN SLOT 

Qu'est-ce qui vous a intéressé dans ce projet ? 

Quand Sacha m'a dit qu'elle voulait faire un film sur une femme qui avait des brûlures au visage, j'ai tout de suite aimé l'idée car je n'avais jamais vu une histoire sur ce sujet auparavant. Sa décision de travailler avec une actrice principale non professionnelle m’a intéressé. Nous avons eu beaucoup de chance avec Vicky. Travailler avec elle était un privilège. Sa personnalité a insufflé une bonne ambiance durant toute la période du tournage. La veille du premier jour, elle a apporté du champagne pour tous les membres de l’équipe. Elle était elle-même assez nerveuse à ce moment-là, car elle ne savait pas à quoi s'attendre, mais elle a immédiatement gagné le cœur de tout le monde. 

Vous êtes souvent impliquée dans des coproductions, mais c’est la première fois que vous travaillez avec une co-production anglaise. Comment était-ce ? 

J'ai tout de suite aimé l'idée de tourner un film en Angleterre, mais je me suis aussi rendu compte que ce serait très difficile, car il n'est pas facile de trouver un financement là-bas. En fait, aucun projet néerlandais n’a jamais réussi à s’y monter. Mais Sacha et moi, nous nous sommes dit « essayons » ! Indirectement, nous avons contacté Michael Elliott, qui est devenu notre coproducteur. Il nous a beaucoup aidé à entrer en contact avec le BFI. Là-bas, nous avons réussi à obtenir une contribution au développement et nous avons ensuite passé deux ans à discuter du scénario avec eux - Sacha et moi nous rendions régulièrement à Londres et dormions dans des lits superposés dans une auberge de jeunesse à Soho. Au stade du développement du film, nous étions sans-le-sou. 

Ce fut un processus très intense mais mémorable et je suis très heureuse de cette aventure. Nous voulions tourner le film en Angleterre et avec des acteurs locaux et nous sommes ravies du soutien apporté par le Netherlands Film Fund. Avec les nombreuses attaques à l'acide qui se déroulent actuellement à Londres, il était parfaitement logique de situer cette histoire là-bas. Finalement, le BFI a décidé de soutenir la réalisation du film et nous avons également obtenu un financement via BBC films. Je suis extrêmement fière d’avoir fait ce que nous voulions faire et je pense que ce film peut atteindre un large public. 
« Faire des films en tant que femme et mère est un défi. » 
DIRTY GOD est le troisième projet sur lequel vous et Sacha Polak avez travaillé ensemble de manière professionnelle. Et vous êtes également amies. Pouvez-vous en parler un peu ? 

Sacha et moi avons de jeunes enfants et nos vies personnelles et professionnelles se rencontrent régulièrement ; mon fils est né le jour même où nous avons entendu dire que le BFI allait nous soutenir et qu’Eurimages se joignait également à nous. Faire des films en tant que femme et mère est un défi, surtout si vous voulez le réaliser en dehors des Pays-Bas. Je suis toujours présente pendant les périodes de tournage, pas sur le plateau mais sur les lieux, également à Hackney et à Marrakech. Sacha était tout le temps avec Vicky, également à Amsterdam, où nous avons filmé les intérieurs. Elles étaient ensemble dans un hôtel pendant que sa famille dormait dans leur propre maison à Amsterdam. 

DIRTY GOD a été présenté en ce début d’année à Sundance dans le cadre de la compétition dramatique World Cinema. En quoi est-ce spécial ? 

Ce fut très spécial car DIRTY GOD est le premier film d’une réalisatrice néerlandaise à être projeté dans le cadre de la compétition internationale de Sundance et nous en furent très heureuses. Le festival était très enthousiasmé par les films précédents de Sacha. C'est pourquoi nous avons décidé de présenter ce film aux programmateurs du festival alors qu’il n’était pas fini. En bonus de la sélection pour Sundance, il y a eu l'annonce que le festival de Rotterdam voulait que DIRTY GOD soit le film d'ouverture. Une double célébration. Avec Sacha, nous sommes devenues amies il y a environ douze ans lors de la soirée d'ouverture à Rotterdam. Ce fut un grand honneur pour notre film d'ouvrir le festival. 

Source et copyright des textes des notes de production @ The Jokers 

  
#DirtyGod


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