samedi 9 février 2019

DEUX FILS


Drame/Comédie/De l'humour et de la douceur pour cette jolie découverte

Réalisé par Félix Moati
Avec Vincent Lacoste, Benoît Poelvoorde, Mathieu Capella, Anaïs Demoustier, Noémie Lvovsky, Constance Rousseau, Lola Creton, Chloé Maze...

Long-métrage Français
Durée: 01h30mn
Année de production: 2017
Distributeur: Le Pacte

Date de sortie sur nos écrans : 13 février 2019


Résumé : Joseph et ses deux fils, Joachim et Ivan, formaient une famille très soudée. Mais Ivan, le plus jeune, collégien hors norme en pleine crise mystique, est en colère contre ses deux modèles qu’il voit s’effondrer. Car son grand frère Joachim ressasse inlassablement sa dernière rupture amoureuse, au prix de mettre en péril ses études de psychiatrie. Et son père a décidé de troquer sa carrière réussie de médecin pour celle d’écrivain raté. Pourtant, ces trois hommes ne cessent de veiller les uns sur les autres et de rechercher, non sans une certaine maladresse, de l’amour…

Bande annonce (VF)


Ce que j'en ai penséle réalisateur Félix Moati nous raconte une histoire pleine de tendresse et d'humour autour de trois générations d'hommes : un père, son fils aîné et son cadet de 13 ans. Ils sont tous en crise intérieure pour des raisons différentes. Il nous montre les émois et les doutes intérieurs de ses personnages qu’il leur fait exprimer de façon un peu décalée, mais toujours avec bienveillance. 

Félix Moati, le réalisateur du film DEUX FILS

Il y a une douceur qui se dégage à la fois des images et des liens indéfectibles qui unissent les personnages malgré la turbulence des relations. Ces dernières fonctionnent d’ailleurs comme une sorte d’émulsion qui permet à l’amour de toujours retrouver son chemin. Le réalisateur réussit à naviguer sur des sujets tristes tout en gardant une optique amusante parce qu'elle demeure alignée avec les personnalités marquées de ses protagonistes qu’il dessine habilement. 

Le trio de personnages principaux est fort convaincant et très attachant. Benoît Poelvoorde interprète Joseph, un père qu’un événement dramatique décontenance et qui cherche à retrouver un équilibre. 



Vincent Lacoste interprète Joachim, un fils aîné, un étudiant et un petit ami, pour qui tous ces rôles sont un mal-être. 


Et puis, il y a Mathieu Capella qui interprète Ivan, un jeune ado qui regarde ses deux modèles partir en vrille sans avoir l’expérience qui lui permettrait de prendre du recul par rapport à la situation et qui l’affronte donc de façon épidermique. Avec sa bouille de gamin et ses grands yeux qui observent la vie avec une douce folie propre à la jeunesse, ce jeune acteur emporte le cœur des spectateurs.


DEUX FILS est un petit film qui raconte une histoire simple. Il le fait fort bien, se basant sur une réalisation qui veille au rythme, sur un scénario qui ne perd jamais de vue son sujet principal et sur des acteurs touchants. C’est une jolie découverte.

Copyright photos @ Le Pacte

NOTES DE PRODUCTION
(À ne lire/regarder qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

Le 5 février 2019 à Paris, suite à la projection du film, le réalisateur Félix Moati a eu la gentillesse de venir à notre rencontre pour une session de questions / réponses que vous pouvez voir dans les vidéos ci-dessous :



Entretien avec Félix Moati, réalisateur

Comment définiriez-vous ce ton qui vous est propre, entre drame et comédie ?
Je dirais que c’est un ton à la fois vif et langoureux, et j’espère chaleureux ! J’aime l’action nonchalante qui raconte l’illusion de vivre vite, alors que rien ne se passe ! Dans la première séquence du film, par exemple, lorsque les personnages vont choisir le cercueil du défunt, la simple présence de Benoît Poelvoorde nous protège du tragique : il apporte de la comédie et de la tendresse. Il y a aussi du jazz dans cette séquence, la tonalité du film est donc entre deux, à la fois grave et légère. J’aime cet état intermédiaire.

Vos personnages partagent une soif d’absolu. Joachim se répète qu’il sera « le plus grand psychanalyste du monde », évoque « le plus beau souvenir du monde », tandis que son frère Ivan se présente comme « le plus grand amoureux du monde »…
La mégalomanie est un trait de caractère qui me touche beaucoup, parce que j’aime bien les gens qui demandent trop à la vie. C’est aussi une manière de ridiculiser Joachim lorsqu’il se répète dans sa voiture, sous une pluie battante : « Je serai le plus grand psychanalyste du monde », tel un mantra. C’est absurde. Joachim est ridicule, mais son désir est noble. J’aime les personnages de chevaliers dans le vide qui portent en bandoulière leurs désirs et leurs fantasmes ; je les trouve héroïques et émouvants.

Pourquoi avoir fait de la mère une grande absente ?
Une présence maternelle les aurait protégés les uns des autres. Dans ce film, les absentes sont envahissantes : la mère d’Ivan et Joachim, comme Suzanne. L’absence vous place face à vous-même et vous disperse dans le monde. Le monde devient dépeuplé pour celui qui en souffre. Et dans le même temps, on se retrouve jeté dans le monde sans protection. C’est une sensation que je voulais tenter de faire éprouver. Et de manière plus légère, l’absence est une sensation qui m’habite depuis l’enfance. Je me souviens d’une expérience en classe verte, par exemple : j’avais flirté avec une Américaine qui habitait les États-Unis et quand il a fallu rentrer, j’ai su que je ne la reverrais jamais. Cette sensation m’a structuré à vie ! Je savais que cette fille était quelque part dans le monde, mais pas dans le mien. C’est aussi la raison pour laquelle je tenais à finir mon film par la réconciliation avec un lieu. En se réconciliant avec le Parc de Belleville, Joachim réhabite le monde.

Ce n’est pas n’importe quel lieu : il surplombe Paris…
Ce qui induit un regard ample, qui fait contraste avec le premier plan du film où l’on voit le père d’Ivan et Joachim qui va vers sa mort, en essayant le cercueil de son frère et, ainsi, en s’identifiant à la place béante qu’il laisse derrière lui. Tandis que Joachim, lui, va vers sa propre vie à la fin du film. Cette structure narrative suggère un ordre des choses.

L’écrivain et scénariste Florence Seyvos, dont l’oeuvre possède un ton très singulier aussi, a collaboré à l’écriture de votre scénario…
Florence a été consultante sur mon scénario. Toutes ses recommandations étaient très pertinentes. Elle a cette faculté de rendre votre travail meilleur sans rien vous imposer. C’est quelqu’un de doux et de tendre, qui a la malice des grandes intelligences. Son sens de la comédie est immense.

DEUX FILS fait lointainement penser à des comédies de Woody Allen. Que représente ce cinéaste pour vous ?
C’est le réalisateur qui m’obsède le plus, artistiquement et dans ma vie. Le peu de morale que j’ai, par exemple, je le dois à CRIMES ET DÉLITS. Je n’ai pas de morale offerte, car je ne suis pas religieux. J’ai le regret de ne pas avoir la foi. Mais le seul sens qu’a la vie pour moi est celui que je lui donne. C’est très libérateur ! Et c’est CRIMES ET DÉLITS qui m’a appris cela ! Par ailleurs, j’aime le mensonge que vend la comédie. Cela m’est très cher, car c’est une marque de délicatesse vis-à-vis des autres, c’est de la pudeur, de l’élégance morale et c’est un bel habit. On ne peut pas vivre sans se mentir ! C’est très allenien, et c’est aussi le principe de la psychanalyse.

À ce propos, pourquoi avoir fait de Joachim un étudiant en psychiatrie qui rêve de devenir psychanalyste ?
Je voulais qu’il soit dans la réflexion sur l’autre. Il est très difficile de trouver un métier à ses personnages sans que cela devienne le sujet du film. Il fallait donc que ce soit une vocation, quelque chose de très important pour lui, mais aussi une vocation qu’il déserte. Joachim déserte tout ! Au début du film, son directeur de thèse le traite de fantôme quand il refait surface à l’université. Joachim a abandonné toute fonction, mais il va en retrouver une dans les yeux de son petit frère, quand Ivan va le regarder avec l’admiration qu’il avait perdue pendant tout le film. Là, Joachim redeviendra un grand frère, et on peut imaginer qu’il va finir par écrire sa thèse.

DEUX FILS, ce sont trois hommes, à trois âges de la vie, en quête de réconciliation avec le monde…
L’important est de créer du lien. J’ai le désir du collectif, et c’est le sujet du film. Mes personnages finissent par se rendre compte qu’ils ne peuvent rien faire sans les autres. On ne peut célébrer ses noces avec la vie que grâce aux autres. On cherche tous quelqu’un pour se consoler. Et l’idée de la consolation irrigue tout le film.

Ivan, lui, cherche une consolation dans la religion...
Ivan cherche une consolation immédiate. C’est le seul personnage qui possède un espace de croyance. La croyance, c’est surtout le désir de croire. Je ne suis pas croyant, mais à l’âge d’Ivan, j’étais très religieux. Et cinématographiquement, je trouvais beau de mettre un petit être dans une église beaucoup plus grande que lui. Ivan contraste avec son père et son frère, ses deux modèles, qui, eux, se sont résignés à ne plus croire. J’aime beaucoup cette phrase que dit Ivan au prêtre : « Je fais le deuil de Dieu, parce que, quand on a le désir, on n’a plus besoin de Dieu ». Quand Ivan embrasse Mélissa à la fin, il revient au monde réel. Ivan est vraiment le personnage qui ressemble le plus à l’enfant que j’étais. J’ai longtemps été tiraillé entre une curiosité vis-à-vis de la chair et une quête d’absolu, d’élévation, de foi. Cela me provoquait des crises d’angoisse violentes. Ivan, lui, refuse l’effondrement de ses modèles et va trouver un substitut dans l’église, mais aussi dans l’alcool et la cigarette !

En outre, Ivan a 13 ans et vous lui mettez dans la bouche des dialogues parfois sophistiqués.
Je trouvais ça drôle. L’idée est toujours de décaler les situations. La présence du latin, par le biais du personnage d’enseignante que joue Anaïs Demoustier, est liée au mystère des origines. Ivan est fasciné par la question : d’où vient-on ? Il est aussi fasciné par la force et n’accepte pas l’effondrement de ses aînés. Il va donc chercher du côté de la religion et la force politique, en citant Poutine, pour donner un peu de structure au monde. C’est sa grande obsession. Je suis persuadée que tous les enfants de 13 ans sont des coeurs idéalistes et des fanatiques en puissance, qui n’acceptent pas la confrontation au réel. Car se confronter au réel, c’est s’effondrer.

Qui est ce jeune acteur épatant, Mathieu Capella ?
Mathieu vit à Asnières. Nous l’avons découvert lors d’un casting sauvage. J’ai rencontré énormément de jeunes garçons pour ce rôle et lui est arrivé avec son jeu naturel sidérant… C’est à se demander pourquoi professionnaliser notre métier ! Mathieu ne voulait pas être acteur, mais je pense qu’il est condamné à le devenir. Sur le plateau, il était très attentif et curieux. Il est doté d’une vraie et profonde empathie, ce qui était fondamental pour jouer Ivan. Comme Vincent Lacoste, il a une distance aux choses. Comme lui, il ne court pas après l’intensité, il ne cherche pas à être vu à tout prix ; il n’est pas le personnage, il est juste un peu à côté, ce qui est une grande qualité à mes yeux. C’est une idée exprimée par Nanni Moretti dans MIA MADRE et qui m’avait beaucoup plu : le réalisateur, dans le film, aime les acteurs qui sont légèrement à côté de leur personnage. Je trouve cela très beau. Vincent, Benoît et Mathieu ont cette qualité.

Après Ivan, parlons de Joachim et de Vincent Lacoste…
Il y a chez Vincent une profondeur qui m’impressionne. Je le suspecte de savoir des choses sur la vie que moi, je ne sais pas. Vincent est un nerveux rentré, tandis que je suis un nerveux exubérant. Je ne sais pas cacher mes angoisses, par exemple. Vincent, lui, sait se contenir. Il a 25 ans et cela m’épate. Aurait-il une vieille âme ? J’ai le sentiment qu’il a vécu déjà plein de choses et qu’il est parfaitement bien ancré au sol. Il voit des choses que d’autres ne voient pas. Il y a une mystique Vincent Lacoste ! Je crois que la vie l’amuse, y compris dans son aspect tragique. J’aime aussi beaucoup le fait qu’il ne joue pas seulement sa partition : il joue le film tout entier. Il empreint le film d’une mélancolie joyeuse et protège le spectateur de sa nonchalance concernée, de sa grâce et de sa juvénilité. Il a de la délicatesse. Pour moi, Vincent Lacoste est de la même famille d’acteurs que Bill Murray, Marcello Mastroianni ou Michel Piccoli : faire un film avec eux, c’est faire un film sur eux. Et Vincent, quand on fait un film avec lui, on enregistre quelque chose de qui il est à ce moment-là. D’octobre à décembre 2017, voici qui était Vincent Lacoste à cette période. Comme il est très jeune, il change beaucoup et c’est fascinant à filmer.
Vincent est un acharné de travail. Il cherche la précision. Il met des masques. Le personnage de Joachim n’a rien à voir avec lui, mais faire un film avec Vincent, c’est un peu faire un documentaire sur lui, car quelque chose jaillit de lui. C’est un phénomène très mystérieux.

Vos dialogues, même très écrits, semblent couler naturellement dans sa bouche…
Par exemple, lorsqu’il dit la phrase : « J’ai développé un sentiment ambivalent à l’endroit de la vie, entre la détresse et le calme indifférent », n’importe qui d’autre se serait laissé aller au mot d’auteur, mais pas lui ! Vincent prononce cette phrase avec une désinvolture déconcertante. C’est quelqu’un qui ne pose jamais.

Pourquoi avoir choisi Benoît Poelvoorde dans ce rôle de père déboussolé ?
Je voulais un comédien dont la légende dépasse la personne qu’il est. La puissance comique de Benoît, sa célébrité, son extrême intelligence, créent un filtre et protègent le spectateur du tragique. Face à lui à l’écran, on est bien, on a chaud ! En outre, c’est en filmant la séquence du monologue avec Benoît que j’ai compris quel allait être le parti pris de la mise en scène : faire confiance aux acteurs, être proche d’eux, leur rendre justice. Tout ceci n’est ni spectaculaire ni démonstratif, mais je suis à leur service.

Comme avec Vincent Lacoste dans HIPPOCRATE, Benoît Poelvoorde dans LE GRAND BAIN, vous aviez aussi tourné en tant qu’acteur avec Anaïs Demoustier dans À TROIS ON Y VA. Est-elle, elle aussi, votre complice ?
Oui. J’aime énormément le mélange de droiture et de vertige qui lui est propre. Elle essaye tellement d’être au sol que le vertige la gagne toujours. Elle a une malice, un rythme de parole rapide, une sensualité innocente. La sensualité, par définition, ne peut pas être volontaire, et chez elle, je trouve cette innocence très belle. En outre, je me sens protégé par Anaïs dans la vie, et j’avais envie de la filmer aux côtés de Vincent Lacoste. Je les trouvais beaux tous les deux.

Elle incarne aussi une certaine idée du désir féminin…
J’aime l’idée que son personnage n’en fasse qu’à sa tête. Le désir féminin fait peur depuis toujours. Or moi, j’ai grandi entouré de femmes qui faisaient exactement ce qu’elles voulaient. J’aimais l’idée que, dans mon film, il y ait trois personnages masculins au centre, mais que les femmes, bien que plutôt absentes, soient très présentes dans leurs esprits. Et quand elles apparaissent, elles sont libres. Je trouve tellement dure la façon dont on culpabilise les filles avec leur désir que c’était ma réponse personnelle à cela.

Le groupe Limousine signe la bande originale…
Leur musique apporte du groove, de la légèreté, de la chaleur, qui viennent nourrir le ton dont nous parlions. Elle a un côté urbain, nocturne et sexy que j’aime beaucoup. Elle va de pair avec l’idée que je me fais de la nuit. La nuit est un moment où l’on peut mettre un masque, un manteau enveloppant et devenir qui l’on veut, s’inventer un peu. Le jazz permet cela.

Cela fait écho à la texture contrastée de votre image…
C’est la même idée que pour la musique. Yves Angelo signe la lumière et Yves aime la noirceur. J’aimais aussi l’idée de rendre justice à mon amour pour Paris. J’ai voulu filmer la ville où j’ai grandi, le siège de ma mémoire affective, là où j’ai vécu mes premiers émois, joies et peines. Chaque rue que je filme dans DEUX FILS est associée à un souvenir. J’espère qu’on y ressent cette mémoire affective.
Félix Moati

Félix Moati fait ses débuts au cinéma dans deux films aux registres très différents : la comédie adolescente LOL de Lisa Azuelos et le film d’horreur LIVIDE. Mais c’est son rôle dans TÉLÉ GAUCHO, réalisé par Michel Leclerc, qui le révèle au grand public. Sa performance lui vaudra une nomination au César du Meilleur Espoir Masculin en 2013. L’année suivante, il est à l’affiche de la comédie LIBRE ET ASSOUPI, le premier long métrage de Benjamin Guedj. À cette occasion, le jeune comédien reçoit le Coup de coeur du jury au Festival international du film de comédie de l’Alpe-d’Huez. En 2016, il est nommé une seconde fois au César du Meilleur Espoir pour son rôle dans À TROIS ON Y VA, où il donne la réplique à Anaïs Demoustier. En 2018, il tient le premier rôle dans la comédie dramatique GASPARD VA AU MARIAGE, d’Antony Cordier. Il présente, la même année, LE GRAND BAIN de Gilles Lellouche, au Festival de Cannes aux côtés de Guillaume Canet, Benoît Poelvoorde ou encore Virginie Efira. Après avoir fait ses débuts derrière la caméra avec le court métrage APRÈS SUZANNE, très remarqué au Festival de Cannes 2016, Félix Moati réalise son premier long métrage, DEUX FILS, qui sortira le 13 février au cinéma.

  
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