jeudi 27 septembre 2018

LA SAVEUR DES RAMEN


Drame/Une narration subtile, un beau film sensible qui met les papilles en éveil

Réalisé par Eric Khoo 
Avec Takumi Saitoh, Jeanette Aw Ee-Ping, Mark Lee, Beatrice Chien, Tsuyoshi Ihara, Tetsuya Bessho, Seiko Matsuda... 

Long-métrage Japonais/Singapourien/Français
Titre original : Ramen Teh 
Durée : 01h30mn
Année de production : 2018
Distributeur : Art House / KMBO 

Date de sortie sur nos écrans : 3 octobre 2018 


Résumé : Masato, jeune chef de Ramen au Japon, a toujours rêvé de partir à Singapour pour retrouver le goût des plats que lui cuisinait sa mère quand il était enfant. Alors qu’il entreprend le voyage culinaire d’une vie, il découvre des secrets familiaux profondément enfouis. Trouvera-t-il la recette pour réconcilier les souvenirs du passé ?

Bande annonce (VOSTFR)


Ce que j'en ai pensé : lors de l'avant-première du film, le 24 septembre 2018 au MK2 Bibliothèque à Paris, le réalisateur Eric Khoo, ainsi que les acteurs Seiko Matsuda, Jeanette Aw et Takumi Saitoh, sont venus introduire la projection.



Ce film est savoureux. Eric Khoo, le réalisateur, nous concocte ici une jolie histoire simple, entre délectation des papilles et voyage culturel, qu'il raconte au fil des petits plats qui mijotent et qui frémissent sous sa caméra qui n'en perd pas une miette. Sa narration, qui inclut des plaisirs culinaires, une Histoire douloureuse et des retrouvailles familiales, est habile, douce et sensible. Il nous fait naviguer, grâce à des tons, des atmosphères et des couleurs bien travaillés, entre passé et futur. Il ne nous perd pas en route, au contraire, il façonne sa matière sans oublier les petits détails qui nous guident sur ce touchant chemin qu'un jeune homme parcourt sur les traces de ses parents disparus. À l'image des madeleines de Proust, c'est par les saveurs gustatives que ce dernier tente de faire revenir sa mère et son père à la vie dans son souvenir. Les acteurs font partie des excellents ingrédients qui viennent agrémenter de leur sensibilité cette belle aventure.





Ce long-métrage donne envie de plonger dans les mille et une saveur de la cuisine asiatique tant elles paraissent offrir aux personnages un apaisement face aux complexités des relations humaines. LA SAVEUR DES RAMEN régale les yeux des spectateurs autant qu'il leurs emplit le cœur de jolis sentiments.

Copyright photos @ Art House / KMBO

NOTES DE PRODUCTION
(À ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

Note de Eric Khoo
Réalisateur

J’ai toujours été fasciné par la nourriture et par le rôle qu’elle joue dans nos vies. Comme le renommé historien Ben Rogers le dit si bien : « La nourriture est, après la langue, le marqueur le plus fort d’une identité culturelle ». J’ai le sentiment qu’on peut même aller plus loin et dire que l’alimentation définit qui nous sommes et comment nous vivons. En outre, je crois sincèrement que la cuisine permet de rassembler les gens en toute circonstance.

Je commençais à travailler sur ce projet lorsqu’un ami producteur m’a demandé si nous pouvions faire quelque chose pour célébrer les 50 ans de relations diplomatiques entre le Japon et Singapour. Je me suis dit que la cuisine était le moyen le plus évident pour en parler, étant données la passion des deux pays pour la bonne nourriture et toutes les histoires que l’on peut raconter à ce sujet. Nous avons ensuite étudié ce qui se faisait dans chaque pays pour savoir ce que nous pourrions intégrer à l’histoire. C’est ainsi que nous nous sommes arrêtés sur deux plats extrêmement populaires et appréciés : le bak kut teh du côté de Singapour et les ramen chez les Japonais.

Nous avons trouvé des similitudes intéressantes entre ces plats : tous deux ont gagné en popularité assez tardivement, chacun vers la fin du XIXe siècle, parce qu’ils étaient accessibles même aux ouvriers. Ces déjeuners peu chers et remplis de protéines donnaient de la force aux travailleurs. Peu à peu, les ramen ont perdu leur étiquette de « nourriture des milieux ouvriers » pour devenir des plats populaires et appréciés de tous. Le bak kut teh et les ramen sont devenus des emblèmes de leur pays d’origine. Leur succès coïncide avec la montée économique du Japon et de Singapour.

C’est avec toutes ces informations en tête que j’ai imaginé l’histoire de LA SAVEUR DES RAMEN. Le personnage principal, Masato, est né d’un père japonais et d’une mère singapourienne. Il repart au Japon lorsque sa mère meurt, mais son père ne lui parle pas de cette mère qu’il n’a que très peu connue. Malgré l’amour de son père, Masato souffre en silence depuis des années. Il affronte seul le chagrin et l’incompréhension. C’est seulement après la mort de son père qu’il décide de partir en voyage pour connaître la vérité sur le passé de sa mère et pour découvrir tout un pan de l’histoire de sa famille qu’il ignorait.

Même si, aujourd’hui, le Japon et Singapour entretiennent de bonnes relations, nombreux sont les Singapouriens âgés qui peinent à oublier la souffrance endurée pendant l’occupation Japonaise à l’époque de la Seconde Guerre mondiale. C’est à partir de cette douleur que j’ai créé le personnage de Madame Lee. Au départ, nous avions peur que ce personnage fasse écho à des souvenirs trop négatifs pour les spectateurs. Cela fait plus de 70 ans que la guerre est terminée et la culture japonaise est désormais totalement acceptée à Singapour. Cependant, une récente polémique a éclaté quand le gouvernement a utilisé le nom du Singapour occupé de l’époque, « Syonan », pour nommer un musée consacré à la guerre. Il y a eu une véritable levée de boucliers contre cette maladresse, si bien que le musée a changé de nom. Le temps passe, mais la douleur provoquée par l’ancien conflit est toujours présente.

On retrouve cette ambiguïté vis-à-vis de l’Histoire chez les personnages et dans leur cuisine. Masato est une victime collatérale de cette situation, il a souffert toute sa vie des relations difficiles entre son père japonais et sa grand-mère maternelle singapourienne. Ces derniers ne se sont jamais pardonnés leurs anciens désaccords : la grand-mère désapprouvait l’union de sa fille avec un Japonais. Mais la cuisine a évolué sans les attendre, elle a réconcilié les deux cultures et s’est adaptée aux changements de la société.

Désormais, les ramen sont bien plus qu’un humble plat de nouilles mélangées à une soupe de viande. Ils sont parfois accompagnés de foie gras ou de homard. Il en est de même pour le bak kut teh, qui n’est plus seulement cuisiné avec des os, mais avec des côtes de porc entières.

Les thèmes de l’acceptation, du pardon et de la réconciliation sont très présents dans le film. Je veux célébrer les relations, non seulement entre les êtres humains, mais aussi entre les êtres humains et la nourriture. LA SAVEUR DES RAMEN rappelle à tous que la cuisine, au-delà de notre besoin primaire de nous nourrir, nous réconforte et emplit nos âmes.

Eric Khoo

Interview des acteurs

Quelle a été votre première impression à la lecture du scénario ?

Takumi Saito (Masato) : J’ai lu le scénario sans connaître l’origine du bak kut teh. En réalité, j’ignorais également celle des ramen. J’ai réalisé à quel point ces deux plats avaient une histoire similaire, celle du repas populaire, peu cher et réconfortant pour les ouvriers des deux pays. L’intrigue du film relie ces plats avec beaucoup d’intelligence, car elle rassemble aussi le Japon et Singapour. Le personnage de Masato devient alors le symbole de ce lien si particulier. Il y a une réelle profondeur dans LA SAVEUR DES RAMEN, chaque élément du film est porteur de sens.

Comment s’est déroulé le tournage avec Eric Khoo ?

Seiko Matsuda (Miki) : C’est un excellent réalisateur, je ne vous l’apprends pas ! Il est tout aussi incroyable sur le plan humain. Il prenait du temps pour chacun de nous et s’assurait que tout se passait bien. Nous lui étions très reconnaissants de cette attention à notre égard. Pendant le tournage, il arrivait souvent avec de nouvelles idées, mais elles étaient toujours si pertinentes que nous ne pouvions que les approuver. C’était une expérience très enrichissante. Je pouvais me fier à lui sans inquiétude, c’était fantastique.

Quelle est la spécificité d’un film international comme celui-ci ?

Tsuyoshi Ihara (Kazuo) : J’avais, pour ma part, déjà joué dans des films internationaux. La collaboration est toujours intéressante et, en réalité, faire un film est un processus universel. Partout dans le monde, il y a un réalisateur, un assistant réalisateur, un cameraman, des techniciens lumière et son etc. C’est le même système partout. Quelqu’un écrit un scénario, on entend un « Tournez ! », les acteurs jouent et c’est dans la boîte. J’ai ressenti la même facilité avec LA SAVEUR DES RAMEN, il n’y a pas de différence sur les tournages japonais et singapouriens.

Qu’est-ce qui vous fascine le plus dans LA SAVEUR DES RAMEN ?

Tetsuya Bessho (Akio) : Pour moi, la nourriture est synonyme de vie. Ce film creuse cette idée. Lorsqu’on parle des ramen, on parle du Japon, même si ce plat a traversé bien des frontières. Par ce biais, on montre aussi la vie des Japonais. Le film vous divertit, mais il peut aussi vous rappeler votre mère, votre famille, votre ville natale… Il raconte qui nous sommes et c’est cela qui me fascine.

Histoire culinaire

Ramen

Après être remontés jusqu’à l’origine des ramen, les historiens ont découvert que ce plat venait en réalité… de Chine. En effet, cette soupe chinoise a été apportée au Japon par des commerçants chinois à la fin du XIXe siècle. Jusqu’en 1950, les ramen étaient d’ailleurs appelés « shina soba », soit les « soba chinois ». Désormais, le terme « ramen » est le plus répandu.

Il n’y a pas une recette de ramen, mais beaucoup ! Chaque région du Japon propose sa propre version: on déguste, par exemple, des ramen au bouillon de porc à Kyushu et des ramen au miso à Hokkaido.

Les nouilles :

La base est la même pour chaque version : les nouilles sont faites à base de farine de blé, d’eau et de sel. Leur cuisson sera choisie par le client : les préfèrera-t’il yawarakame (fondantes), futsu (normales) ou katame (al dente) ?

Le bouillon : C’est là où résident les plus grandes différences. On dégustera par exemple des ramen au bouillon de porc à Kyushu et des ramen au miso à Hokkaido.

Il y a 4 catégories de bouillon :
• le shoyu ramen (bouillon au soja)
• le tonkotsu ramen (bouillon d’os de porc)
• le shio ramen (bouillon de sel)
• le miso ramen (bouillon à la pâte miso)

Accompagnement : Sur le plat sont généralement ajoutés des tranches de porc (cha shu), des feuilles d’algues (nori) et des oignons verts (negi). Mais c’est sans compter sur les œufs mollets, les pousses de soja, le bambou, les champignons noirs, le gingembre, et toutes les autres spécialités des chefs qui n’ont que seules limites leur imagination et la gourmandise de ce plat généreux et adoré des Japonais.


Bak Kut Teh

Le bak kut teh est une soupe de porc à la chinoise très populaire à Singapour. Il en existe deux variétés : le « teochew » est un bouillon de poivre et d’ail dans lequel le porc cuit de longues heures et le « hokkien » est un bouillon mijoté d’herbes et d’épices telles que l’ail, les clous de girofle, la cannelle, la coriandre et le fenouil. À Singapour, c’est le bak kut teh version « teochew » qui est le plus populaire. Les travailleurs immigrés chinois aimaient commencer leur journée avec ce plat peu cher et réconfortant.


Copyright des textes des notes de production @ Art House / KMBO

 
#LaSaveurDesRamen

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