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mercredi 26 août 2020

DANS UN JARDIN QU'ON DIRAIT ÉTERNEL


Drame/Un film délicat

Réalisé par Tatsushi Omori 
Avec Haru Kuroki, Mikako Tabe, Kiki Kirin, Mayu Harada, Saya Kawamura, Megumi Takizawa, Mayu Tsuruta, Mizuki Yamashita... 

Long-métrage Japonais 
Titre original : Nichinichi Kore Kôjitsu 
Durée: 01h40mn 
Année de production: 2018 
Distributeur: Art House 

Date de sortie sur nos écrans : 26 août 2020


Résumé : Dans une maison traditionnelle à Yokohama, Noriko et sa cousine Michiko s’initient à la cérémonie du thé. D'abord concentrée sur sa carrière dans l’édition, Noriko se laisse finalement séduire par les gestes ancestraux de Madame Takeda, son exigeante professeure. Au fil du temps, elle découvre la saveur de l’instant présent, prend conscience du rythme des saisons et change peu à peu son regard sur l’existence. Michiko, elle, décide de suivre un tout autre chemin.

Bande annonce (VOSTFR)


Ce que j'en ai pensé : ce long-métrage s'inspire du roman La cérémonie du thé de l'autrice Noriko Morishita. Le réalisateur, Tatsushi Omori, également scénariste de ce film, nous convie à l’apprentissage du rituel du thé avec ces multiples gestes et ses étapes bien ordonnées. Par sa mise en scène minimaliste et fine, centrée sur ses personnages et leurs gestes, il ne se contente pas de nous guider au travers d'une cérémonie ancestrale avec ses codes et ses règles, il met aussi en exergue ces petites choses que l'on ne remarque plus dans notre quotidien pressé et bruyant, mais qui sont pourtant de petits riens qui mènent à une forme de paix intérieure si on leur consacre suffisamment d’attention. Ainsi, au travers d'un aspect culturel très fort, il universalise sa narration pour parler à tous, avec une grande délicatesse, de l'écoute, du ressenti, du toucher, ainsi que des émotions qui nous transpercent et avec lesquelles nous devons apprendre à cohabiter. 

Il met face à face l'énergie virevoltante de la jeunesse et la sagesse de la vieillesse, puis il unit l'apprentissage et la transmission. Il nous montre le ballet des mouvements, la beauté des petites pâtisseries illustratives d'un instant temporel furtif et porteuses de promesses de délices, les phrases sages qui viennent ponctuer les saisons qui s'égrènent, l’élégance des tenues traditionnelles… 

Le ton est parfois léger, voir insouciant, parfois dramatique, mais il demeure toujours lumineux. L'harmonie joyeuse et enlevée de la musique du compositeur Hiroko Sebu vient compléter ce récit avec douceur.

Noriko, la jeune femme dont on suit le parcours intérieur, est interprétée par Haru Kuroki. L’actrice est crédible dans tous les âges que sa protagoniste traverse. Grâce à son interprétation, les doutes et le manque de confiance qui assaillent Noriko tout au long de son parcours deviennent palpables.


Maître Takeda est interprétée par la regrettée Kiki Kirin, dont c’est ici le dernier rôle au cinéma ce qui le rend encore plus émouvant. Entre regards scrutateurs et exigeants, bienveillance et expérience de vie, cette magnifique actrice amène une grande justesse et une belle sensibilité à ce rôle.



Michiko, la cousine dynamique, qui prend le chemin tracé par la société, est interprétée par Mikako Tabe.


Copyright photos @ Art House

DANS UN JARDIN QU'ON DIRAIT ÉTERNEL est un film qui aborde, sans en avoir l’air a priori, des sujets profonds. Son réalisateur choisit d’aligner son rythme calme et posé avec le rituel qu’il nous fait découvrir, le but étant de prouver que la patience est une vertu qui apporte des bienfaits. En adhérant à cette notion, on sort de la séance bien récompensé par cette parenthèse philosophique, zen et touchante.

*************
Le jour de la projection du film, la pâtisserie TOMO avait installé un îlot thématique pour une démonstration très professionnelle et sérieuse nous permettant de découvrir le thé Matchâ, une boisson aux nombreux bienfaits. TOMO propose des ateliers pour découvrir des douceurs culinaires japonaises.













Pour compléter cette expérience bien agréable, nous avons également pu feuilleter deux livres sur le thé.



NOTES DE PRODUCTION
(À ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

Dans une maison traditionnelle à Yokohama, Noriko et sa cousine Michiko s’initient à la cérémonie du thé. D’abord concentrée sur sa carrière dans l’édition, Noriko se laisse finalement séduire par les gestes ancestraux de Madame Takeda, son exigeante professeure. Au fil du temps, elle découvre la saveur de l’instant présent, prend conscience du rythme des saisons et change peu à peu son regard sur l’existence. Michiko, elle, décide de suivre un tout autre chemin.

Une ode à l’apaisement et à ces petites choses qui font le sel de l’existence Madame Takeda est de celles qui ré-enchante le monde et sait écouter aussi bien les murmures du thé qui frémit que ceux du cœur des hommes. Tandis que le retour des beaux jours porte les habitants sur les plages de Yokohama ou dans les bars karaoké, elle fait le choix de la constance – « chaque journée est une belle journée », alors pourquoi chercher à combler l’existence par une frénésie trop humaine ? Son enseignement de l’art du thé lui a déjà beaucoup dit des soifs intérieures et de la manière de s’emplir, sans débordements, de cette matière chaude et savoureuse qu’on nomme aussi la vie. Et quel enseignement ! 

Captivant et hypnotique, il gorge d’importance tout ce qui pourrait ne pas en avoir. Ou en avoir trop, au point que l’analyse peut parfois prendre le dessus sur le lâcher-prise. La fluidité des gestes de Madame Takeda, du pliage d’une simple serviette à la finesse de ses pâtisseries, n’a ainsi pas d’équivalent. Sans parler de la fascination qu’exerce forcément la découverte d’un rituel riche et passionnant, dont la vieille dame fait don avec sagesse.
La cérémonie du thé n’est qu’un prétexte ou presque, lorsque le film rejoint la quête de la jeune Noriko pour chercher à comprendre le sens profond de sa vie. Sa cousine Michiko, elle, préfère foncer dans l’existence sans prendre le temps du recul. Elle rêve de voyages, d’amour, d’une famille à fonder, elle est le Japon d’aujourd’hui… Noriko admire cette insolence téméraire que sa timidité naturelle l’empêche d’appliquer. Sans idée du futur, elle se rend chaque samedi chez Madame Takeda pour apprendre le temps qui passe. Les saisons. S’inscrivant dans une tradition toute japonaise, elle apprivoise peu à peu le sentiment d’éternité, où le respect de soi et des autres communient. 24 ans plus tard, à l’heure du bilan, sa cousine Michiko, par son désir de modernité, n’a-t-elle pas reproduit un schéma autrement ancestral ? Noriko, elle, s’est vue capable de faire les mêmes choses, chaque année, de la même manière, petit à petit détachée de l’angoisse du quotidien. Est-ce maintenant que tout commence ?

Plus qu’un récit initiatique de transmission entre générations, ce film apprend à mettre des suppléments d’âme dans nos actes, pour atteindre à une plus grande liberté. Sa force est de rester aussi humble que l’enseignement de Madame Takeda. Les mouvements de la caméra, aériens, rejoignent ceux de la vieille dame dans une osmose douce et sensible. Au beau milieu de ce jardin, hors du temps, l’image de Kirin Kiki, aux yeux rieurs, semble immuable. Dans un jardin qu’on dirait éternel l’honore une dernière fois autant qu’il sublime nos petites existences. Il ne tient donc qu’à nous d’infuser le monde, d’y déployer nos saveurs. Et de déguster cette tasse de thé, revigorante !

KIRIN KIKI

Kirin Kiki, muse aux cheveux d’argent de Hirokazu Kore-eda ( Une affaire de famille, 2018) et icône du cinéma japonais (Les Délices de Tokyo de Naomi Kawase en 2015), incarne ici une Maître de thé qui symbolise à la perfection les leçons de vie qu’elle dispense. Quel plus bel hommage que ce film où le temps, une fois apprivoisé, permet d’accéder à un univers de spiritualité, harmonieux et paisible, à une forme d’éternité ? 

Kirin Kiki nous a quittés en septembre 2018 mais est rayonnante dans son dernier film.
Au fil d’une carrière marquée par d’innombrables succès, Kirin Kiki aura fini par faire de son âge une marque de fabrique. Incarnation de la grand-mère idéale, c’est sa façon d’affronter l’intimité avec la mort qui aura marqué les esprits. Une bataille plus que décennale et médiatiquement assumée avec son cancer du sein ont forgé chez elle une franchise rare (montrant par exemple ses scans à des producteurs pour décliner une nouvelle offre de film) et un détachement facilitant ses adieux : « Une leçon importante que m’a appris la maladie est que mon corps physique n’est pas vraiment le mien »,  dira-t-elle. Ce grand départ n’est que le point culminant d’une vie vécue pleinement. Promise à un brillant avenir pharmaceutique, elle rate son concours à l’université mais répond par hasard à un casting. Dix ans de théâtre shingeki débutent. Ses dettes la poussent à accepter les offres les mieux payées puis son succès lui permettra de passer de publicité en film télévisé et de film télévisé en long-métrage, et de s’assurer une grande longévité à l’écran.

Tout au long de sa vie, ses choix et sa façon de parler d’elle sans détours lui auront valu quelques sourcils froncés. Son mariage en 1973 avec Yuya Ushida, grand nom du rock psychédélique japonais et ami de John Lennon, n’est pas conventionnel : après deux ans et une fille, le couple décide de « vivre séparés ensemble », une union désunie qui durera jusqu’à la fin. Déconcertante, elle vend aux enchères son propre nom. Lors d’une émission télévisée, on lui demande quelque chose de cher qui lui appartient : n’ayant « rien d’autre à vendre », elle cède son premier nom de scène, Chiho Yūki, et se rhabille du pseudonyme Kirin Kiki, trouvé au gré du dictionnaire. À l’écran et en dehors, elle ne cessera de nous donner des leçons de cinéma, de vie vécue à pleines dents, entre humilité et affirmation de soi.

HARU KUROKI

Si l’actrice démarre sa jeune carrière dès 21 ans, c’est trois ans plus tard qu’elle acquiert une reconnaissance internationale grâce à son Ours d’argent de la meilleure actrice pour La Maison au toit rouge (2015). Son rôle de jeune fille en quête de sens au sein de Dans un jardin qu’on dirait éternel lui vaudra cette fois un immense succès dans son propre pays où le film a réuni plus de 1,3 millions de spectateurs.

LE MATCHA, UNE CULTURE À PART

Le matcha est un thé vert japonais en poudre, notamment associé à l’art du thé. Que ce soit à l’occasion d’une cérémonie ou de la visite d’un jardin, il est servi à l’aide une petite spatule en bambou (Chashaku) dans un grand bol en céramique (Chawan) puis préparé avec un fouet en bambou (Chasen). Il est généralement accompagné d’une pâtisserie (mochi, dorayaki…). La fabrication du matcha que l’on connaît aurait été mise au point au XVIIIème siècle à Uji, dans le département de Kyoto. L’histoire des thés en poudre remonte au IXème siècle à la Chine des Tang jusqu’à ce que le thé soit aujourd’hui devenu la deuxième boisson la plus bue dans le monde après l’eau. Son idéogramme (« Tcha ») est composé de ceux signifiant « herbe », « humain » et « arbre ». Ces trois éléments symbolisent l’harmonie entre l’Homme et la Nature. Le « matcha de tradition » présenté dans le film tire son authenticité de méthodes de production bien spécifiques. 

Les plants de thé sont ombragés avant la récolte, qui ne se fait qu’une fois par an - lors de la première récolte de printemps. Les feuilles cueillies sont ensuite séchées, puis moulues à une vitesse précise par une meule en pierre volcanique : il faut une heure… pour quarante grammes d’authentique matcha ! Ce long travail artisanal donne des arômes et un goût unique au matcha de tradition : puissant, onctueux, sans amertume mais avec une longue persistance.




À l’occasion de la sortie du film, la pâtisserie Tomo crée le matcha « Dans un jardin ».

La pâtisserie TOMO, spécialisée dans les douceurs de l’archipel, s’est associé à Yasu Kakegawa, sourceur-sommelier en thé pour proposer une sélection exigeante de thés japonais : artisanaux, de grande qualité et respectueux de l’environnement. L’un de leurs matcha a été baptisé « Dans un jardin » en l’honneur du film et vise à faire découvrir le matcha de tradition aux Français. Produit à Uji, il vous transporte au cœur des plantations de Kyoto, sans amertume ni astringence. Tout comme le café, le thé est presque toujours mélangé par les producteurs et les grossistes pour former des lots stables et peu coûteux. 

Les thés TOMO quant à eux sont le fruit du travail d’un seul producteur faisant pousser une variété unique, et cueillis uniquement lors de la première récolte de printemps. Leur qualité gustative et culturelle ainsi que leur traçabilité est entière. Le mot « matcha » étant peu protégé il est souvent utilisé abusivement et vous trouverez dans le commerce beaucoup de matcha qui ne respectent pas ces critères : moins mousseux, plus amers, ils n’offrent pas le même plaisir à la dégustation.


Source et copyright des textes des notes de production @ Art House

  
#DansUnJardinQuOnDiraitEternel

jeudi 27 septembre 2018

LA SAVEUR DES RAMEN


Drame/Une narration subtile, un beau film sensible qui met les papilles en éveil

Réalisé par Eric Khoo 
Avec Takumi Saitoh, Jeanette Aw Ee-Ping, Mark Lee, Beatrice Chien, Tsuyoshi Ihara, Tetsuya Bessho, Seiko Matsuda... 

Long-métrage Japonais/Singapourien/Français
Titre original : Ramen Teh 
Durée : 01h30mn
Année de production : 2018
Distributeur : Art House / KMBO 

Date de sortie sur nos écrans : 3 octobre 2018 


Résumé : Masato, jeune chef de Ramen au Japon, a toujours rêvé de partir à Singapour pour retrouver le goût des plats que lui cuisinait sa mère quand il était enfant. Alors qu’il entreprend le voyage culinaire d’une vie, il découvre des secrets familiaux profondément enfouis. Trouvera-t-il la recette pour réconcilier les souvenirs du passé ?

Bande annonce (VOSTFR)


Ce que j'en ai pensé : lors de l'avant-première du film, le 24 septembre 2018 au MK2 Bibliothèque à Paris, le réalisateur Eric Khoo, ainsi que les acteurs Seiko Matsuda, Jeanette Aw et Takumi Saitoh, sont venus introduire la projection.



Ce film est savoureux. Eric Khoo, le réalisateur, nous concocte ici une jolie histoire simple, entre délectation des papilles et voyage culturel, qu'il raconte au fil des petits plats qui mijotent et qui frémissent sous sa caméra qui n'en perd pas une miette. Sa narration, qui inclut des plaisirs culinaires, une Histoire douloureuse et des retrouvailles familiales, est habile, douce et sensible. Il nous fait naviguer, grâce à des tons, des atmosphères et des couleurs bien travaillés, entre passé et futur. Il ne nous perd pas en route, au contraire, il façonne sa matière sans oublier les petits détails qui nous guident sur ce touchant chemin qu'un jeune homme parcourt sur les traces de ses parents disparus. À l'image des madeleines de Proust, c'est par les saveurs gustatives que ce dernier tente de faire revenir sa mère et son père à la vie dans son souvenir. Les acteurs font partie des excellents ingrédients qui viennent agrémenter de leur sensibilité cette belle aventure.





Ce long-métrage donne envie de plonger dans les mille et une saveur de la cuisine asiatique tant elles paraissent offrir aux personnages un apaisement face aux complexités des relations humaines. LA SAVEUR DES RAMEN régale les yeux des spectateurs autant qu'il leurs emplit le cœur de jolis sentiments.

Copyright photos @ Art House / KMBO

NOTES DE PRODUCTION
(À ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

Note de Eric Khoo
Réalisateur

J’ai toujours été fasciné par la nourriture et par le rôle qu’elle joue dans nos vies. Comme le renommé historien Ben Rogers le dit si bien : « La nourriture est, après la langue, le marqueur le plus fort d’une identité culturelle ». J’ai le sentiment qu’on peut même aller plus loin et dire que l’alimentation définit qui nous sommes et comment nous vivons. En outre, je crois sincèrement que la cuisine permet de rassembler les gens en toute circonstance.

Je commençais à travailler sur ce projet lorsqu’un ami producteur m’a demandé si nous pouvions faire quelque chose pour célébrer les 50 ans de relations diplomatiques entre le Japon et Singapour. Je me suis dit que la cuisine était le moyen le plus évident pour en parler, étant données la passion des deux pays pour la bonne nourriture et toutes les histoires que l’on peut raconter à ce sujet. Nous avons ensuite étudié ce qui se faisait dans chaque pays pour savoir ce que nous pourrions intégrer à l’histoire. C’est ainsi que nous nous sommes arrêtés sur deux plats extrêmement populaires et appréciés : le bak kut teh du côté de Singapour et les ramen chez les Japonais.

Nous avons trouvé des similitudes intéressantes entre ces plats : tous deux ont gagné en popularité assez tardivement, chacun vers la fin du XIXe siècle, parce qu’ils étaient accessibles même aux ouvriers. Ces déjeuners peu chers et remplis de protéines donnaient de la force aux travailleurs. Peu à peu, les ramen ont perdu leur étiquette de « nourriture des milieux ouvriers » pour devenir des plats populaires et appréciés de tous. Le bak kut teh et les ramen sont devenus des emblèmes de leur pays d’origine. Leur succès coïncide avec la montée économique du Japon et de Singapour.

C’est avec toutes ces informations en tête que j’ai imaginé l’histoire de LA SAVEUR DES RAMEN. Le personnage principal, Masato, est né d’un père japonais et d’une mère singapourienne. Il repart au Japon lorsque sa mère meurt, mais son père ne lui parle pas de cette mère qu’il n’a que très peu connue. Malgré l’amour de son père, Masato souffre en silence depuis des années. Il affronte seul le chagrin et l’incompréhension. C’est seulement après la mort de son père qu’il décide de partir en voyage pour connaître la vérité sur le passé de sa mère et pour découvrir tout un pan de l’histoire de sa famille qu’il ignorait.

Même si, aujourd’hui, le Japon et Singapour entretiennent de bonnes relations, nombreux sont les Singapouriens âgés qui peinent à oublier la souffrance endurée pendant l’occupation Japonaise à l’époque de la Seconde Guerre mondiale. C’est à partir de cette douleur que j’ai créé le personnage de Madame Lee. Au départ, nous avions peur que ce personnage fasse écho à des souvenirs trop négatifs pour les spectateurs. Cela fait plus de 70 ans que la guerre est terminée et la culture japonaise est désormais totalement acceptée à Singapour. Cependant, une récente polémique a éclaté quand le gouvernement a utilisé le nom du Singapour occupé de l’époque, « Syonan », pour nommer un musée consacré à la guerre. Il y a eu une véritable levée de boucliers contre cette maladresse, si bien que le musée a changé de nom. Le temps passe, mais la douleur provoquée par l’ancien conflit est toujours présente.

On retrouve cette ambiguïté vis-à-vis de l’Histoire chez les personnages et dans leur cuisine. Masato est une victime collatérale de cette situation, il a souffert toute sa vie des relations difficiles entre son père japonais et sa grand-mère maternelle singapourienne. Ces derniers ne se sont jamais pardonnés leurs anciens désaccords : la grand-mère désapprouvait l’union de sa fille avec un Japonais. Mais la cuisine a évolué sans les attendre, elle a réconcilié les deux cultures et s’est adaptée aux changements de la société.

Désormais, les ramen sont bien plus qu’un humble plat de nouilles mélangées à une soupe de viande. Ils sont parfois accompagnés de foie gras ou de homard. Il en est de même pour le bak kut teh, qui n’est plus seulement cuisiné avec des os, mais avec des côtes de porc entières.

Les thèmes de l’acceptation, du pardon et de la réconciliation sont très présents dans le film. Je veux célébrer les relations, non seulement entre les êtres humains, mais aussi entre les êtres humains et la nourriture. LA SAVEUR DES RAMEN rappelle à tous que la cuisine, au-delà de notre besoin primaire de nous nourrir, nous réconforte et emplit nos âmes.

Eric Khoo

Interview des acteurs

Quelle a été votre première impression à la lecture du scénario ?

Takumi Saito (Masato) : J’ai lu le scénario sans connaître l’origine du bak kut teh. En réalité, j’ignorais également celle des ramen. J’ai réalisé à quel point ces deux plats avaient une histoire similaire, celle du repas populaire, peu cher et réconfortant pour les ouvriers des deux pays. L’intrigue du film relie ces plats avec beaucoup d’intelligence, car elle rassemble aussi le Japon et Singapour. Le personnage de Masato devient alors le symbole de ce lien si particulier. Il y a une réelle profondeur dans LA SAVEUR DES RAMEN, chaque élément du film est porteur de sens.

Comment s’est déroulé le tournage avec Eric Khoo ?

Seiko Matsuda (Miki) : C’est un excellent réalisateur, je ne vous l’apprends pas ! Il est tout aussi incroyable sur le plan humain. Il prenait du temps pour chacun de nous et s’assurait que tout se passait bien. Nous lui étions très reconnaissants de cette attention à notre égard. Pendant le tournage, il arrivait souvent avec de nouvelles idées, mais elles étaient toujours si pertinentes que nous ne pouvions que les approuver. C’était une expérience très enrichissante. Je pouvais me fier à lui sans inquiétude, c’était fantastique.

Quelle est la spécificité d’un film international comme celui-ci ?

Tsuyoshi Ihara (Kazuo) : J’avais, pour ma part, déjà joué dans des films internationaux. La collaboration est toujours intéressante et, en réalité, faire un film est un processus universel. Partout dans le monde, il y a un réalisateur, un assistant réalisateur, un cameraman, des techniciens lumière et son etc. C’est le même système partout. Quelqu’un écrit un scénario, on entend un « Tournez ! », les acteurs jouent et c’est dans la boîte. J’ai ressenti la même facilité avec LA SAVEUR DES RAMEN, il n’y a pas de différence sur les tournages japonais et singapouriens.

Qu’est-ce qui vous fascine le plus dans LA SAVEUR DES RAMEN ?

Tetsuya Bessho (Akio) : Pour moi, la nourriture est synonyme de vie. Ce film creuse cette idée. Lorsqu’on parle des ramen, on parle du Japon, même si ce plat a traversé bien des frontières. Par ce biais, on montre aussi la vie des Japonais. Le film vous divertit, mais il peut aussi vous rappeler votre mère, votre famille, votre ville natale… Il raconte qui nous sommes et c’est cela qui me fascine.

Histoire culinaire

Ramen

Après être remontés jusqu’à l’origine des ramen, les historiens ont découvert que ce plat venait en réalité… de Chine. En effet, cette soupe chinoise a été apportée au Japon par des commerçants chinois à la fin du XIXe siècle. Jusqu’en 1950, les ramen étaient d’ailleurs appelés « shina soba », soit les « soba chinois ». Désormais, le terme « ramen » est le plus répandu.

Il n’y a pas une recette de ramen, mais beaucoup ! Chaque région du Japon propose sa propre version: on déguste, par exemple, des ramen au bouillon de porc à Kyushu et des ramen au miso à Hokkaido.

Les nouilles :

La base est la même pour chaque version : les nouilles sont faites à base de farine de blé, d’eau et de sel. Leur cuisson sera choisie par le client : les préfèrera-t’il yawarakame (fondantes), futsu (normales) ou katame (al dente) ?

Le bouillon : C’est là où résident les plus grandes différences. On dégustera par exemple des ramen au bouillon de porc à Kyushu et des ramen au miso à Hokkaido.

Il y a 4 catégories de bouillon :
• le shoyu ramen (bouillon au soja)
• le tonkotsu ramen (bouillon d’os de porc)
• le shio ramen (bouillon de sel)
• le miso ramen (bouillon à la pâte miso)

Accompagnement : Sur le plat sont généralement ajoutés des tranches de porc (cha shu), des feuilles d’algues (nori) et des oignons verts (negi). Mais c’est sans compter sur les œufs mollets, les pousses de soja, le bambou, les champignons noirs, le gingembre, et toutes les autres spécialités des chefs qui n’ont que seules limites leur imagination et la gourmandise de ce plat généreux et adoré des Japonais.


Bak Kut Teh

Le bak kut teh est une soupe de porc à la chinoise très populaire à Singapour. Il en existe deux variétés : le « teochew » est un bouillon de poivre et d’ail dans lequel le porc cuit de longues heures et le « hokkien » est un bouillon mijoté d’herbes et d’épices telles que l’ail, les clous de girofle, la cannelle, la coriandre et le fenouil. À Singapour, c’est le bak kut teh version « teochew » qui est le plus populaire. Les travailleurs immigrés chinois aimaient commencer leur journée avec ce plat peu cher et réconfortant.


Copyright des textes des notes de production @ Art House / KMBO

 
#LaSaveurDesRamen