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mardi 10 décembre 2019

LE CRISTAL MAGIQUE


Animation/Famille/Un divertissement familial très mignon qui plaira aux jeunes enfants

Réalisé par Nina Wels et Regina Welker
Avec les voix, en version française, Audrey D'Hulstère, Arthur Dubois, Nathalie Stas, Achille Dubois, Martin Spinhayer, Benoit Van Dorslaer, Karim Barras, Philippe Allard...
Avec les voix, en version originales, Luisa Wietzorek, Tim Schwarzmaier, Regina Lemnitz, Timur Bartels, Henning Baum, Michael Deffert, Gerald Schaale...

Long-métrage Allemand/Belge
Titre original : Latte Igel und der magische Wasserstein 
Durée : 01h21mn
Année de production : 2019
Distributeur : KMBO 

À partir de 3 ans

Date de sortie sur nos écrans : 11 décembre 2019


Résumé : Il existe un cristal magique, qui a le pouvoir de faire revenir l’eau dans la forêt. Mais il a été volé par Bantour, le roi des ours. Seul un héros courageux pourra le rapporter et éviter la sécheresse. Amy la petite hérissonne et son ami Tom l’écureuil décident alors de partir à l’aventure pour sauver la nature ! Ce sont parfois les plus petits qui sont les plus courageux.

Bande annonce (VF)


Ce que j'en ai pensé : une avant-première était organisée le dimanche 8 décembre pour nous présenter ce joli film d'animation.



LE CRISTAL MAGIQUE s'adresse aux enfants entre 3 et 9/10 ans. C'est une fable écologique mignonne ayant pour héros une jeune hérissonne au caractère bien trempé, courageuse et décidée, qui s'appelle Amy, et son ami écureuil, Tom, un peu trouillard, mais soucieux des autres et qui sait être un soutien solide. L'histoire est une adaptation du livre pour enfants Latte Igel und der magische Wasserstein, publié en 1956 par l’auteur finno-suédois Sebastian Lybeck. 



Les réalisatrices Nina Wels et Regina Welker nous racontent cette aventure en mettant en avant des thématiques qui tournent autour de la famille, de l'amitié, de l'écologie et de la nature, ainsi que de la nécessité de sortir de sa zone de confort pour aller découvrir l'ailleurs et les autres. Les décors naturels sont bien retranscris et les ambiances adaptées à l'intrigue. En partant d'un douillet coin de forêt, on traverse différents paysages qui correspondent à l'habitat des animaux que nos deux aventuriers vont croiser. Les réalisatrices veillent à équilibrer l'humour, des instants inquiétants et les moments un peu plus émotionnel, mais restent sur un ton léger et positif. 

Écrit par Andrea Deppert et Martin Behnke, le scénario est simple, permettant aisément aux plus petits de le suivre sans peine. Il a un fil rouge qui permet aux événements de s'enchaîner en faisant vivre des expériences variées aux protagonistes. Les réalisatrices prennent soin de mixer les discussions, qui posent le contexte et nous permettent de voir évoluer les relations des personnages au fur et à mesure que le film avance, avec des moments d'action qui accélèrent le rythme et mettent en avant les qualités d'Amy et de Tom. Les enfants auront plaisir à se reconnaître dans ces derniers qui peuvent être maladroits, boudeurs et chamailleurs, mais qui ont bon cœur et sont toujours là l'un pour l'autre. 






Copyright photos @ KMBO

La musique d'Andreas Hoge suit les personnages dans leur quête et on reconnaît, tout en s'y faisant rapidement, la petite ritournelle musicale qui accompagne les images faisant avancer le développement. Elle insuffle de l'énergie à l'ensemble.

LE CRISTAL MAGIQUE est une aventure douce qui ne manque ni de piquants, ni de rebondissement. Ses héros sont attachants. Ce film est tout à fait adapté aux enfants. Il leur permet de découvrir une adaptation littéraire transposée à l'écran et s'ils craquent pour Amy et Tom, ce qui est fort possible, ils pourraient bien avoir envie de prolonger l'expérience en découvrant le livre, si ce n'est pas déjà fait.

NOTES DE PRODUCTION
(À ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

AMY

Amy est une jeune hérissonne à l’imagination débordante. Malicieuse et fanfaronne, elle a bien du mal à garder sa langue dans sa poche et à réfléchir avant d’agir. Persuadée que son père était un roi, elle se considère comme la princesse de la forêt. Mais tisser des liens amicaux n’est pas son fort et elle grandit à l’écart des autres habitants des bois, avec qui elle entretient des relations plutôt conflictuelles. Sous ses dures épines se cache une petite hérissonne fragile et sensible.

TOM

Tom est le cadet d’Amy, il est aussi craintif qu’elle est téméraire. À l’inverse d’Amy qui grandit seule, il est entouré d’une famille aimante et protectrice. Tom admire autant qu’il envie la détermination d’Amy, bien que celle-ci les mette régulièrement dans des situations dangereuses. Ce jeune écureuil, un brin naïf, espère de tout cœur remporter l’amitié d’Amy, quitte à se lancer dans une aventure qui l’effraie terriblement.



LA FABLE ÉCOLOGIQUE

La communauté de la forêt fait face à une terrible sécheresse. Leur forêt est privée d’eau, depuis que Bantour, un personnage tyrannique et égoïste, a volé le Cristal Magique. Grâce à ce cristal, le Roi des Ours a capté l’eau, qu’il utilise au cœur de son royaume, dans sa merveilleuse caverne, pour organiser des spectacles de danse aquatique. Après avoir économisé jusqu’aux dernières gouttes, l’eau vient à manquer dramatiquement aux animaux de la forêt, qui se réunissent alors pour trouver une solution qui leur permettra d’échapper à l’extinction. Le Cristal magique propose aux jeunes spectateurs une aventure écologique sur les thèmes de la nécessité vitale de préserver l’eau, de l’inégalité d’accès aux denrées et de la confiscation des ressources. Plus généralement, le film aborde les principes de justice sociale et d’équité. En faisant revenir l’eau dans la forêt, Amy et Tom ne vont pas seulement remporter une victoire sur le Roi Bantour, mais également permettre à de multiples espèces de ne pas s’éteindre. Outre leur propre destin, c’est celui de leur environnement dans toute sa biodiversité qu’ils protègent ainsi. Le récit donne aux jeunes personnages l’opportunité mais aussi la mission de rétablir un ordre écologique perdu. Tandis que les adultes de l’histoire se trouvent désemparés et impuissants, leurs enfants, armés de leur bravoure et de leur candeur, réussissent à échapper à la catastrophe écologique causée par la démesure d’un personnage autoritaire et dangereux.

NOTE D’INTENTION DES RÉALISATRICES

NINA WELS

Enfant, j’ai passé beaucoup de temps dans les bois avec mes amis, nous vivions des aventures que nos parents n’auraient pas osé imaginer. S’ils avaient su ce que nous faisions ! Ce n’était pas sans danger, mais nous ne mesurions pas tout à fait les risques, ou bien nous les ignorions ! Nous étions tellement enthousiasmés par la nature, par les toutes petites pousses sous nos pieds et par les immenses arbres au-dessus de nos têtes. La forêt stimulait notre imagination, une clairière devenait un champ de bataille ; un tronc, un navire échoué - et une grotte, un château. Nous jouions dans un monde imaginaire, régi par nos seules règles. Amy ressemble à un enfant. Son tempérament naïf l’entraîne là où personne n’oserait aller. Elle est accompagnée par Tom. Souvent freinée par les angoisses de son compagnon, elle est en même temps protégée par sa prudence. Et ces deux-là poursuivent leurs aventures en construisant une amitié très solide. Chaque enfant devrait avoir la chance de vivre quelque chose de similaire et chaque adulte devrait pouvoir se souvenir d’une enfance aussi heureuse ! Le Cristal magique n’est pas seulement un divertissement pour les familles, c’est avant tout un film qui transportera chaque spectateur. Regina Welker et moi souhaitons que l’histoire que nous leur racontons touche les spectateurs au cœur et qu’elle leur donne le courage et la bravoure nécessaire pour suivre leur propre chemin !

REGINA WELKER

La première fois que j’ai entendu parler d’Amy la hérissonne, j’ai été immédiatement séduite par ce personnage extraordinaire et cette histoire originale. C’est un si petit animal ! Mais armée de son charme et de sa pugnacité, elle convainc toute la forêt de prendre les bonnes décisions. Voilà l’histoire que j’avais envie d’amener à l’écran ! Après deux ans de création, je suis ravie d’avoir eu la chance de réaliser ce film. Qui n’a pas envie d’avoir pour ami une petite bête qui ronfle et mange bruyamment, si c’est un hérisson ?! Nina Wels et moi étions deux réalisatrices aux profils complémentaires. J’ai pris en charge la direction artistique de la production. J’ai adoré voir naître les personnages lors de l’animation et de l’enregistrement des voix. Mes expériences précédentes dans la publicité m’ont permis d’être rapide et efficace, tant dans les décisions à prendre que dans les briefings et les retours à fournir aux équipes. Le Cristal magique a été un projet très enthousiasmant et Amy n’a pas seulement volé mon cœur, mais conquis celui de toutes les équipes ! Aujourd’hui, j’espère que chaque spectateur tombera aussi sous son charme.

UNE ADAPTATION JEUNESSE

LILIAN KLAGES, PRODUCTRICE

C’était une certitude, le livre original, Latte Igel und der magische Wasserstein, devait être adapté au cinéma. Tout le monde veut suivre les pas d’Amy, partir à la recherche du cristal volé et sauver l’avenir de la forêt ! Ce livre, publié en 1956 par l’auteur finno-suédois Sebastian Lybeck, est devenu un grand classique dès sa sortie. Il est toujours considéré comme l’une des meilleures œuvres de la littérature jeunesse allemande pour les 5-9 ans. Plus de 500 000 exemplaires ont été vendus à travers le monde ! Un demi-siècle plus tard, Le Cristal magique est toujours aussi populaire. Cette histoire d’une petite hérissonne qui devient une héroïne malgré elle séduit toujours les enfants. Amy fait preuve de témérité, peut-être même trop, quand elle s’embarque dans son périple. Mais nous découvrons qu’elle est capable de mener à bien la mission qu’elle s’est assignée. Au cours de son voyage, jalonné de dangers, Amy comprend que l’amitié et la solidarité permettent de surpasser les situations les plus difficiles. Surtout, cette aventure nous rappelle à tous la fragilité de notre environnement. Le film invite chaque jeune spectateur à traiter la nature avec soin. À l’heure actuelle, l’enjeu de la protection de l’environnement semble encore plus pertinent que lors de la sortie du livre ! Avec ce film, nous avons voulu raconter une aventure et une histoire d’amitié, montrer le spectacle inoubliable de la nature et éveiller la curiosité des spectateurs, les sensibiliser aux merveilles de notre environnement, exactement comme le livre original le fait depuis sa première édition.

THOMAS G. MÜLLER, PRODUCTEUR

J’avais 9 ans quand notre instituteur nous a conseillé de lire Latte Igel and der Wasserstein, que j’ai emprunté à la bibliothèque. J’étais un bon lecteur et je lisais beaucoup, mais ce livre en particulier s’est gravé dans ma mémoire. Quand on m’a proposé de produire l’adaptation l’œuvre au cinéma, j’ai immédiatement dit oui !Le scénario écrit pour le cinéma avait transformé le personnage de Latte, qui était masculin dans le livre original, en une “princesse” ! Passé le premier étonnement, j’ai reconnu tous les éléments qui m’avaient tant marqué enfant : la quête de l’eau, le combat contre l’injuste situation que subissent les habitants de la forêt privée d’eau, la progressive amitié que tissent Amy et Tom et cet environnement à la fois sauvage et magique ! J’ai retrouvé tous les ingrédients de l’histoire que j’avais adorée enfant, et qui promettaient un bon film.  

Source et copyright des textes des notes de production @ KMBO

  
#LeCristalMagique

samedi 13 avril 2019

WORKING WOMAN


Drame/Un film pédagogique sur une certaine vision de l'enfer qui ne laisse pas indifférent

Réalisé par Michal Aviad 
Avec Liron Ben-Shlush, Menashe Noy, Oshri Cohen... 

Long-métrage Israélien
Titre original : Isha Ovedet 
Durée: 01h32mn
Année de production: 2018
Distributeur: KMBO

Date de sortie sur nos écrans : 17 avril 2019


Résumé : Orna travaille dur afin de subvenir aux besoins de sa famille. Brillante, elle est rapidement promue par son patron, un grand chef d'entreprise. Les sollicitations de ce dernier deviennent de plus en plus intrusives et déplacées. Orna prend sur elle et garde le silence pour ne pas inquiéter son mari. Jusqu’au jour où elle ne peut plus supporter la situation. Elle décide alors de changer les choses pour sa famille, pour elle et pour sa dignité.

Bande annonce (VOSTFR)


Ce que j'en ai pensé : la réalisatrice Michal Aviad illustre une vision de l'enfer avec WORKING WOMAN. Celle d'un quotidien de femme prise entre obligations familiales et bourreau harceleur au travail. Son film est factuel. Il montre des signes traçant une ligne vers une situation dramatique. Ce fil conducteur du harcèlement est ici très bien mis en scène, car il met en exergue l'enfermement qui prend place peu à peu entre contrainte financière et promesse d'un avenir professionnel meilleur.

Le film joue très habilement sur les idées nauséabondes menant aux 'c'est de sa faute à elle' pour les démonter non pas en exagérant le trait, mais au contraire en restant dans le terre-à-terre, le quotidien. L'abus de pouvoir est d'autant plus probant que la victime est brillante dans son travail, elle n'a donc aucune raison ni d'abandonner son poste, ni de devoir compromettre son avenir professionnel à cause d'un criminel qui estime qu'elle lui doit quelque chose.

C'est un film qui pousse au débat, non pas sur l'évidence du délit qui ne doit plus exister, jamais. Il faut de toute évidence inlassablement veiller à ce que le harcèlement sous toutes ses formes devienne un non-sujet. Ce long-métrage nous fait débattre sur ce qui fait que cet homme peut se sentir le droit d'agir de la sorte, des problèmes mentaux qui ont pu le mener à penser qu'il pouvait s'octroyer le droit d'utiliser un pouvoir imaginaire pour agir comme une pourriture absolue. Et aussi pour parler de la fin proposée par la réalisatrice en mi-teinte, ainsi que du devenir des victimes qui se retrouvent avec une cicatrice intérieure pour toujours.

Les acteurs sont excellents pour mettre en avant les nuances de leurs rôles. Liron Ben-Shlush interprète avec une grande crédibilité Orna, une femme intelligente, efficace, qui a un vrai sens du business et est une bosseuse invétérée. L'actrice joue avec une grande justesse le doute, la perplexité, la culpabilité, le mal-être et tour à tour le courage et la peur.

Copyright photo © Vered Adir

Menashe Noy interprète Benny. L'acteur est parfait pour mettre en place les pièges de la manipulation, souffler le chaud et le froid en permanence et surtout faire la preuve qu'un harceleur peut montrer un visage tout à fait sympathique et solide au reste du monde. C'est ce double jeu qui les rend glissant comme des vipères et décontenance leurs victimes.


Copyright photos © Lama Films

Oshri Cohen interprète Ofer, le mari d'Orna, dont le soutien vis-à-vis de sa femme s'effrite quand son égoïsme prend le dessus.

Copyright photo © Vered Adir

WORKING WOMAN, au dire de sa réalisatrice qui est venue nous dire quelques mots avant le début de la projection, est un hommage aux millions de femmes qui vivent ce calvaire au quotidien dans l'anonymat le plus total. C'est vrai, mais il mérite d'être plus. Il dénonce avec une grande force, mais sans esbroufe, le harcèlement, il doit donc être un outil d'information qu'il ne faut pas hésiter à découvrir, puisqu'il ne vous laissera pas indifférent.



Copyright photos © Epixod

NOTES DE PRODUCTION
(A ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

NOTE DE LA RÉALISATRICE, MICHAL AVIAD

Depuis quand portez-vous le projet de Working Woman ?

Il y a douze ans, une amie est venue chez moi avec une collègue qui nous a raconté comment elle avait été sexuellement harcelée par son patron pendant trois ans. La plupart du temps, cela prenait la forme d’une menace constante et tacite. Elle avait besoin de ce travail et croyait qu’elle pourrait encaisser, jusqu’à ce qu’elle fasse une dépression nerveuse. Je crois que c’est à ce moment-là que j’ai compris comment le harcèlement sexuel pouvait se produire au fil du temps et impliquer une dépendance psychologique et économique. J’ai senti que je pouvais bâtir un film à partir de cette histoire. Six ans plus tard, après avoir réalisé Invisible (2011), qui parlait du traumatisme lié au viol trente ans après les faits, j’ai commencé à me documenter sur le sujet.

Vous avez réalisé de nombreux documentaires. Pourquoi choisir la forme de la fiction plutôt que celle du documentaire cette fois-ci ?

Il fallait que je comprenne d’abord par moi-même ce qui se passe réellement avant d’essayer de le faire comprendre aux spectateurs. Je voulais mettre une loupe sur les détails de cette relation si complexe, montrer la proximité des corps d’un homme et d’une femme qui travaillent ensemble avec toutes les nuances de leur gestuelle, explorer l’éventail de ces émotions contradictoires. Seule la fiction permettait cela.

Quel genre de recherches avez-vous faites ?

J’ai fait des recherches sur de nombreuses problématiques. J’ai commencé par essayer de comprendre comment la notion de harcèlement et les lois mêmes qui le pénalisent aujourd’hui avaient évolué à travers le temps. J’ai rencontré des avocates spécialisées dans les relations de travail qui représentaient des victimes à la cour. Elles m’ont rapporté des comportements choquants et de nombreux récits d’employées à qui on permettait de garder leurs jobs uniquement si elles avaient des relations sexuelles avec leur patron. À peu près au même moment, des allégations d’agressions sexuelles qui mettaient en cause des hommes puissants dans le monde entier, comme Strauss-Kahn ou Berlusconi, ont commencé à faire la une des journaux. Lorsque je me suis mise à écrire, ce n’était pas le matériau qui manquait !

Le film a-t-il été difficile à financer ?

Oui, cela a pris trois ans. En Israël, la plupart des films sont financés avec des fonds publics, la compétition est dure. On avait du mal à convaincre les lecteurs que notre film valait le coup d’être produit. « Il ne se passe rien », « Où est le drame ? », pouvait-on entendre. N’est-ce pas édifiant qu’un tel drame dans la vie d’une femme soit considéré comme un événement si peu dramatique au cinéma ?

Comment s’est passée l’audition de Liron Ben Shlush qui joue Orna ?

Je me souvenais de son interprétation excellente dans Next to Her (2014), qu’elle avait aussi écrit et dont elle incarnait le premier rôle. C’était une possibilité, mais je voulais essayer d’autres options. Nous voulions donner sa chance à une actrice d’une trentaine d’années qui n’avait encore jamais décroché de premier rôle. Nous avons auditionné une quarantaine de comédiennes dont beaucoup ont tenu à me raconter leur propre histoire de harcèlement sexuel. Lorsque nous avons visionné les essais, j’ai su immédiatement que Liron était la bonne. Elle ne m’a rien raconté du tout, mais il y avait chez elle un mélange de force et de fragilité qui m’a fait comprendre tout de suite qu’elle était Orna. Je l’ai appelée dans la seconde pour le lui dire. Elle m’a demandé les dates du tournage, je lui ai répondu en mai. Et là, elle m’a annoncé qu’elle était enceinte de vingt semaines, tout en promettant qu’elle serait sur le plateau juste après avoir accouché, début juin. J’étais convaincue qu’elle était mon héroïne et je savais aussi pertinemment qu’elle ne pourrait pas tourner juste après avoir accouché. Alors, avec le soutien total de mes producteurs, on a reporté le tournage au mois d’octobre pour laisser le temps à Liron de passer quelques mois avec son bébé.

Trouver un acteur qui accepte de jouer le rôle de Benny a-t-il été compliqué ?

Pendant le casting, deux des acteurs les plus célèbres en Israël ont été accusés de harcèlement sexuel. Je pensais que Menashe serait parfait pour le rôle de Benny mais j’ai quand même envoyé le scénario à d’autres comédiens pour être sûre. Certains d’entre eux ont purement et simplement refusé le rôle, et un autre a quasiment voulu le réécrire. Cela ne pose donc aucun problème d’interpréter un meurtrier, un homme violent, mais un harceleur, si ?

Avez-vous beaucoup répété ?

Oui, pendant des mois. Avec Liron, on a travaillé de chez moi en discutant de chaque scène, de chaque pulsation, on s’est raconté nos vies et on est devenues très proches. J’ai travaillé de la même façon avec les acteurs. Ensemble, nous avons changé des dialogues et des bouts de scène, construit les personnages et appris à se faire une confiance aveugle sans répéter les émotions des personnages. Nous étions tous d’accord pour laisser la place à l’improvisation pendant le tournage, sauf pour les scènes de sexe. Menashe Noy n’en pouvait plus d’être confronté à des réalisateurs qui n’osaient pas lui dire quoi faire dans ce genre de scènes et lui demandaient : « Tu veux boire un verre ou fumer un joint pour te détendre ? ». Non, ce que Menashe voulait, c’était être dirigé. Quant à Liron, elle désirait savoir exactement ce qui allait se passer pour pouvoir se concentrer sur ses sentiments sans avoir l’impression d’être manipulée. Je trouve immoral de surprendre les acteurs dans ce type de scènes. Nous avions en tête le témoignage de Maria Schneider et beaucoup d’autres. Nous avons donc décidé de répéter méticuleusement toutes les scènes de sexe quelles qu’elles soient. Liron et moi avons aussi rencontré des agents qui vendaient des appartements en les observant au travail. Avec Menashe, nous sommes allés à la rencontre d’agents immobiliers qui nous ont amenés sur leurs chantiers, ce qui nous a permis de réaliser à quel point ce sont des hommes de pouvoir.

Benny est alternativement gentil, chaleureux, puis dominant et prédateur. Comme beaucoup de harceleurs, il souffle le chaud et le froid pour brouiller les pistes. Le film décrit parfaitement ce processus du harcèlement. On ressent presque physiquement la pression exercée sur Orna, le souffle sur sa nuque, elle qui doit bien s’habiller, être à son avantage pour vendre. Elle a besoin de ce travail et, en même temps, elle est ambitieuse. Benny n’est pas le méchant ultime et Orna n’est pas une oie blanche. Elle pense qu’elle peut gérer, jusqu’au moment où elle atteint un point de non-retour. Comment avez-vous travaillé cette zone grise ?

Effectivement, nous voulions rester dans cette zone grise aussi longtemps que possible. Pendant l’écriture, à chaque étape, on se demandait si Orna pouvait déposer plainte contre Benny. Pouvait-elle porter plainte contre lui parce qu’il avait éteint la lumière dans son bureau, même sans la toucher ? Parce qu’il avait essayé de l’embrasser, avant de s’excuser et de promettre que ça ne se reproduirait plus ? Parce qu’il l’avait regardée fixement plus d’une fois ? Il y avait plus d’un exemple pour illustrer ces zones grises dans lesquelles nous autres, femmes, avons souvent l’habitude d’évoluer. Nous connaissons tous des hommes parfaitement charmants, intelligents, généreux, qui se révèlent être aussi des harceleurs. Nous étions tous d’accord pour ne pas faire de Benny un monstre. Il apprécie vraiment Orna, il en est même peut-être amoureux, mais il est aussi parfaitement conscient du pouvoir qu’il a sur elle et il s’en sert. Orna, pour sa part, choisit de continuer de collaborer avec Benny parce qu’elle veut travailler et prendre du galon, mais aussi pour subvenir aux besoins de sa famille. Il y a une vraie réalité économique et sociale.

Après avoir été agressée sexuellement, Orna raconte à sa mère qu’elle a « commis une erreur ». Quand elle en parle à son mari, on dirait qu’elle avoue un adultère, comme si elle était coupable. Comment expliquez-vous cette réaction ?

Je pense que le conflit entre l’agression sexuelle qu’elle a subi et les normes de la société qu’elle a intégrées pendant trente ans en tant que femme est très déstabilisant pour elle. Sa première réaction est de se sentir coupable même si elle ne peut s’accuser d’aucun acte répréhensible. Était-ce mal de partir en voyage d’affaires avec son patron ? De dîner avec lui ? De l’aider à ouvrir la porte de sa chambre ? Une victime d’agression sexuelle met longtemps à comprendre qu’elle n’est pas coupable. Le témoignage qu’Orna livre à son mari est plein de trous et erroné parce qu’elle est incapable de mettre des mots sur ce qu’il vient de se passer, elle n’a aucun recul. Je pense qu’elle ressent de la honte par-dessus tout. Elle se sent souillée. Cela prendra du temps avant qu’elle puisse dire : « Il a essayé de me violer ».

Vous filmez beaucoup de dos ou de côté.

Pour moi, et c’est encore plus vrai pour ce film, les corps ont autant d’importance que les dialogues. La proximité des corps entre eux, les silences, les gestes, les ambiguïtés, sont le matériau brut du film. Souvent, le harcèlement survient entre les mots et c’est ce que je voulais saisir. Nous avons donc décidé de tourner caméra à l’épaule de longues prises qui permettent un écoulement du temps plus réaliste et accentuent les nuances dans les sentiments, avec souvent un seul plan par scène. Au final, il n’y a qu’une centaine de plans dans le film. On a évité au maximum les champs contre-champs, car pour moi, écouter et réagir n’est pas moins important que parler. Un mouvement d’épaule en dit autant qu’une expression du visage. On a tourné le film essentiellement du point de vue de l’héroïne pour essayer de comprendre ce qu’elle traverse. Daniel Miller, le chef opérateur, et moi, avons décidé que les mouvements de caméra, accrochée à la nuque d’Orna, et les changements de focale, détermineraient son point de vue. Mais je voulais aussi de temps en temps avoir le point de vue du narrateur pour exposer les normes sociales qui régissent les protagonistes sans qu’ils en aient conscience. Finalement, ayant obtenu le réalisme que je cherchais, je n’avais pas besoin de musique pour indiquer aux spectateurs ce qu’ils devaient ressentir.

Aviez-vous des références en tête ?

J’avais des références de films inspirantes et des contre-exemples. Depuis toujours, la représentation du sexe et du mélange sexe/violence au cinéma est faite pour émoustiller un public masculin. Quand Hollywood raconte une histoire de harcèlement sexuel au travail, ça donne Harcèlement de Barry Levinson, et l’harceleur est une femme ! Comme de nombreuses cinéastes telles Chantal Akerman avec Jeanne Dielman, Jane Campion avec La Leçon de piano, Claire Denis avec Vendredi soir ou Andrea Arnold avec Fish Tank, j’ai voulu trouver une nouvelle manière de montrer le plaisir et le danger ressentis par les femmes dans les scènes de sexe. Mon but n’est pas d’exciter les spectateurs, mais de leur faire éprouver la tendresse, l’amour, la peur, le dégoût, bref, tout le répertoire des émotions liées à la sexualité. Je me situe dans la tradition des cinéastes humanistes comme les Dardenne, Andrea Arnold ou Cristian Mungiu, qui filment leurs personnages avec compassion, caméra à l’épaule, à travers de longues prises.

Le mouvement #MeToo est né au moment où vous tourniez. Êtes-vous heureuse que Working Woman soit au cœur du débat ?

Oui et non. Oui, car je suis contente que le film sorte au moment où l’on est dans une refonte globale d’un vieux système. Non, parce que mon histoire est différente de celles de #MeToo. Orna n’est ni riche, ni célèbre et elle ne fait pas les gros titres des journaux. Elle est comme des millions de secrétaires, de femmes de chambre, d’infirmières ou d’assistantes personnelles qui ont trop à perdre si elles parlent.

Vous montrez Israël comme un pays en construction avec un peuple juif dont le rêve ultime est d’acheter un appartement avec vue sur mer, non loin de l’aéroport.

Je n’avais jamais pensé à la métaphore d’un pays en chantier, mais vous avez parfaitement raison. J’ai essayé de montrer un pays qui, comme d’autres pays capitalistes sur le tard, vend tout pour de l’argent. Un lieu dont le pouvoir découle de la richesse, de la corruption et de l’intimidation. Israël vend ses terrains publics et ses plages aux plus fortunés en leur construisant des tours de luxe qui obstruent le paysage et privent les citoyens ordinaires comme la famille d’Orna d’une vue sur mer et de l’air marin. Les agents immobiliers comme Benny utilisent l’idéologie sioniste, la peur de l’antisémitisme et la cupidité consumériste pour vendre les derniers espaces naturels du pays. Les acheteurs sont souvent étrangers, américains, russes ou français. Ce sont les seuls à pouvoir s’offrir ces tours.

Source et copyright des textes des notes de production @ KMBO

  
#WorkingWoman

jeudi 27 septembre 2018

LA SAVEUR DES RAMEN


Drame/Une narration subtile, un beau film sensible qui met les papilles en éveil

Réalisé par Eric Khoo 
Avec Takumi Saitoh, Jeanette Aw Ee-Ping, Mark Lee, Beatrice Chien, Tsuyoshi Ihara, Tetsuya Bessho, Seiko Matsuda... 

Long-métrage Japonais/Singapourien/Français
Titre original : Ramen Teh 
Durée : 01h30mn
Année de production : 2018
Distributeur : Art House / KMBO 

Date de sortie sur nos écrans : 3 octobre 2018 


Résumé : Masato, jeune chef de Ramen au Japon, a toujours rêvé de partir à Singapour pour retrouver le goût des plats que lui cuisinait sa mère quand il était enfant. Alors qu’il entreprend le voyage culinaire d’une vie, il découvre des secrets familiaux profondément enfouis. Trouvera-t-il la recette pour réconcilier les souvenirs du passé ?

Bande annonce (VOSTFR)


Ce que j'en ai pensé : lors de l'avant-première du film, le 24 septembre 2018 au MK2 Bibliothèque à Paris, le réalisateur Eric Khoo, ainsi que les acteurs Seiko Matsuda, Jeanette Aw et Takumi Saitoh, sont venus introduire la projection.



Ce film est savoureux. Eric Khoo, le réalisateur, nous concocte ici une jolie histoire simple, entre délectation des papilles et voyage culturel, qu'il raconte au fil des petits plats qui mijotent et qui frémissent sous sa caméra qui n'en perd pas une miette. Sa narration, qui inclut des plaisirs culinaires, une Histoire douloureuse et des retrouvailles familiales, est habile, douce et sensible. Il nous fait naviguer, grâce à des tons, des atmosphères et des couleurs bien travaillés, entre passé et futur. Il ne nous perd pas en route, au contraire, il façonne sa matière sans oublier les petits détails qui nous guident sur ce touchant chemin qu'un jeune homme parcourt sur les traces de ses parents disparus. À l'image des madeleines de Proust, c'est par les saveurs gustatives que ce dernier tente de faire revenir sa mère et son père à la vie dans son souvenir. Les acteurs font partie des excellents ingrédients qui viennent agrémenter de leur sensibilité cette belle aventure.





Ce long-métrage donne envie de plonger dans les mille et une saveur de la cuisine asiatique tant elles paraissent offrir aux personnages un apaisement face aux complexités des relations humaines. LA SAVEUR DES RAMEN régale les yeux des spectateurs autant qu'il leurs emplit le cœur de jolis sentiments.

Copyright photos @ Art House / KMBO

NOTES DE PRODUCTION
(À ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

Note de Eric Khoo
Réalisateur

J’ai toujours été fasciné par la nourriture et par le rôle qu’elle joue dans nos vies. Comme le renommé historien Ben Rogers le dit si bien : « La nourriture est, après la langue, le marqueur le plus fort d’une identité culturelle ». J’ai le sentiment qu’on peut même aller plus loin et dire que l’alimentation définit qui nous sommes et comment nous vivons. En outre, je crois sincèrement que la cuisine permet de rassembler les gens en toute circonstance.

Je commençais à travailler sur ce projet lorsqu’un ami producteur m’a demandé si nous pouvions faire quelque chose pour célébrer les 50 ans de relations diplomatiques entre le Japon et Singapour. Je me suis dit que la cuisine était le moyen le plus évident pour en parler, étant données la passion des deux pays pour la bonne nourriture et toutes les histoires que l’on peut raconter à ce sujet. Nous avons ensuite étudié ce qui se faisait dans chaque pays pour savoir ce que nous pourrions intégrer à l’histoire. C’est ainsi que nous nous sommes arrêtés sur deux plats extrêmement populaires et appréciés : le bak kut teh du côté de Singapour et les ramen chez les Japonais.

Nous avons trouvé des similitudes intéressantes entre ces plats : tous deux ont gagné en popularité assez tardivement, chacun vers la fin du XIXe siècle, parce qu’ils étaient accessibles même aux ouvriers. Ces déjeuners peu chers et remplis de protéines donnaient de la force aux travailleurs. Peu à peu, les ramen ont perdu leur étiquette de « nourriture des milieux ouvriers » pour devenir des plats populaires et appréciés de tous. Le bak kut teh et les ramen sont devenus des emblèmes de leur pays d’origine. Leur succès coïncide avec la montée économique du Japon et de Singapour.

C’est avec toutes ces informations en tête que j’ai imaginé l’histoire de LA SAVEUR DES RAMEN. Le personnage principal, Masato, est né d’un père japonais et d’une mère singapourienne. Il repart au Japon lorsque sa mère meurt, mais son père ne lui parle pas de cette mère qu’il n’a que très peu connue. Malgré l’amour de son père, Masato souffre en silence depuis des années. Il affronte seul le chagrin et l’incompréhension. C’est seulement après la mort de son père qu’il décide de partir en voyage pour connaître la vérité sur le passé de sa mère et pour découvrir tout un pan de l’histoire de sa famille qu’il ignorait.

Même si, aujourd’hui, le Japon et Singapour entretiennent de bonnes relations, nombreux sont les Singapouriens âgés qui peinent à oublier la souffrance endurée pendant l’occupation Japonaise à l’époque de la Seconde Guerre mondiale. C’est à partir de cette douleur que j’ai créé le personnage de Madame Lee. Au départ, nous avions peur que ce personnage fasse écho à des souvenirs trop négatifs pour les spectateurs. Cela fait plus de 70 ans que la guerre est terminée et la culture japonaise est désormais totalement acceptée à Singapour. Cependant, une récente polémique a éclaté quand le gouvernement a utilisé le nom du Singapour occupé de l’époque, « Syonan », pour nommer un musée consacré à la guerre. Il y a eu une véritable levée de boucliers contre cette maladresse, si bien que le musée a changé de nom. Le temps passe, mais la douleur provoquée par l’ancien conflit est toujours présente.

On retrouve cette ambiguïté vis-à-vis de l’Histoire chez les personnages et dans leur cuisine. Masato est une victime collatérale de cette situation, il a souffert toute sa vie des relations difficiles entre son père japonais et sa grand-mère maternelle singapourienne. Ces derniers ne se sont jamais pardonnés leurs anciens désaccords : la grand-mère désapprouvait l’union de sa fille avec un Japonais. Mais la cuisine a évolué sans les attendre, elle a réconcilié les deux cultures et s’est adaptée aux changements de la société.

Désormais, les ramen sont bien plus qu’un humble plat de nouilles mélangées à une soupe de viande. Ils sont parfois accompagnés de foie gras ou de homard. Il en est de même pour le bak kut teh, qui n’est plus seulement cuisiné avec des os, mais avec des côtes de porc entières.

Les thèmes de l’acceptation, du pardon et de la réconciliation sont très présents dans le film. Je veux célébrer les relations, non seulement entre les êtres humains, mais aussi entre les êtres humains et la nourriture. LA SAVEUR DES RAMEN rappelle à tous que la cuisine, au-delà de notre besoin primaire de nous nourrir, nous réconforte et emplit nos âmes.

Eric Khoo

Interview des acteurs

Quelle a été votre première impression à la lecture du scénario ?

Takumi Saito (Masato) : J’ai lu le scénario sans connaître l’origine du bak kut teh. En réalité, j’ignorais également celle des ramen. J’ai réalisé à quel point ces deux plats avaient une histoire similaire, celle du repas populaire, peu cher et réconfortant pour les ouvriers des deux pays. L’intrigue du film relie ces plats avec beaucoup d’intelligence, car elle rassemble aussi le Japon et Singapour. Le personnage de Masato devient alors le symbole de ce lien si particulier. Il y a une réelle profondeur dans LA SAVEUR DES RAMEN, chaque élément du film est porteur de sens.

Comment s’est déroulé le tournage avec Eric Khoo ?

Seiko Matsuda (Miki) : C’est un excellent réalisateur, je ne vous l’apprends pas ! Il est tout aussi incroyable sur le plan humain. Il prenait du temps pour chacun de nous et s’assurait que tout se passait bien. Nous lui étions très reconnaissants de cette attention à notre égard. Pendant le tournage, il arrivait souvent avec de nouvelles idées, mais elles étaient toujours si pertinentes que nous ne pouvions que les approuver. C’était une expérience très enrichissante. Je pouvais me fier à lui sans inquiétude, c’était fantastique.

Quelle est la spécificité d’un film international comme celui-ci ?

Tsuyoshi Ihara (Kazuo) : J’avais, pour ma part, déjà joué dans des films internationaux. La collaboration est toujours intéressante et, en réalité, faire un film est un processus universel. Partout dans le monde, il y a un réalisateur, un assistant réalisateur, un cameraman, des techniciens lumière et son etc. C’est le même système partout. Quelqu’un écrit un scénario, on entend un « Tournez ! », les acteurs jouent et c’est dans la boîte. J’ai ressenti la même facilité avec LA SAVEUR DES RAMEN, il n’y a pas de différence sur les tournages japonais et singapouriens.

Qu’est-ce qui vous fascine le plus dans LA SAVEUR DES RAMEN ?

Tetsuya Bessho (Akio) : Pour moi, la nourriture est synonyme de vie. Ce film creuse cette idée. Lorsqu’on parle des ramen, on parle du Japon, même si ce plat a traversé bien des frontières. Par ce biais, on montre aussi la vie des Japonais. Le film vous divertit, mais il peut aussi vous rappeler votre mère, votre famille, votre ville natale… Il raconte qui nous sommes et c’est cela qui me fascine.

Histoire culinaire

Ramen

Après être remontés jusqu’à l’origine des ramen, les historiens ont découvert que ce plat venait en réalité… de Chine. En effet, cette soupe chinoise a été apportée au Japon par des commerçants chinois à la fin du XIXe siècle. Jusqu’en 1950, les ramen étaient d’ailleurs appelés « shina soba », soit les « soba chinois ». Désormais, le terme « ramen » est le plus répandu.

Il n’y a pas une recette de ramen, mais beaucoup ! Chaque région du Japon propose sa propre version: on déguste, par exemple, des ramen au bouillon de porc à Kyushu et des ramen au miso à Hokkaido.

Les nouilles :

La base est la même pour chaque version : les nouilles sont faites à base de farine de blé, d’eau et de sel. Leur cuisson sera choisie par le client : les préfèrera-t’il yawarakame (fondantes), futsu (normales) ou katame (al dente) ?

Le bouillon : C’est là où résident les plus grandes différences. On dégustera par exemple des ramen au bouillon de porc à Kyushu et des ramen au miso à Hokkaido.

Il y a 4 catégories de bouillon :
• le shoyu ramen (bouillon au soja)
• le tonkotsu ramen (bouillon d’os de porc)
• le shio ramen (bouillon de sel)
• le miso ramen (bouillon à la pâte miso)

Accompagnement : Sur le plat sont généralement ajoutés des tranches de porc (cha shu), des feuilles d’algues (nori) et des oignons verts (negi). Mais c’est sans compter sur les œufs mollets, les pousses de soja, le bambou, les champignons noirs, le gingembre, et toutes les autres spécialités des chefs qui n’ont que seules limites leur imagination et la gourmandise de ce plat généreux et adoré des Japonais.


Bak Kut Teh

Le bak kut teh est une soupe de porc à la chinoise très populaire à Singapour. Il en existe deux variétés : le « teochew » est un bouillon de poivre et d’ail dans lequel le porc cuit de longues heures et le « hokkien » est un bouillon mijoté d’herbes et d’épices telles que l’ail, les clous de girofle, la cannelle, la coriandre et le fenouil. À Singapour, c’est le bak kut teh version « teochew » qui est le plus populaire. Les travailleurs immigrés chinois aimaient commencer leur journée avec ce plat peu cher et réconfortant.


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