vendredi 23 novembre 2018

YENTL


Drame/Comédie musicale/Romance/Un film magnifique avec une histoire qui résonne bien au-délà de son contexte

Réalisé par Barbra Streisand
Avec Barbra Streisand, Mandy Patinkin, Amy Irving, Nehemiah Persoff, Steven Hill, Allan Corduner, Ruth Goring, David de Keyser...

Scénaristes : Barbra Streisand & Jack Rosenthal
D'après l'oeuvre d'Isaac Bashevis Singer

Long-métrage Américain
Durée : 02h15mn
Année de production : 1983
Distributeur France (Reprise) : Lost Films

Date de nouvelle sortie sur nos écrans : 12 décembre 2018 en version restaurée


Résumé : Au début du 20ème siècle, une Polonaise répondant au nom de Yentl enfreint la Torah en se déguisant en homme pour étudier les textes sacrés.

Bande annonce (VOSTFR)


Ce que j'en ai pensé : quel bonheur intact que la redécouverte de YENTL (1983) sur grand écran dans une impeccable version restaurée. Ce film est plein de délicieuses singularités qu’il fait fonctionner parfaitement. Bien que l’époque (1904) et le contexte soit extrêmement marqués, il est impressionnant de constater à quel point les thématiques abordées (accès à tous les savoirs pour les femmes,  enfermement dans des rôles liés au genre, machisme, règles partiales…) sont communes à toutes les cultures et toujours d’actualité.




Comme le film se situe à l’origine dans le passé, il a très bien vieilli. La réalisation de Barbra Streisand, dont c'est le premier long-métrage en tant que réalisatrice, est délicate, cohérente, claire, soignée. Les petits détails provoquent le rire et l’émotion n’est jamais loin dans les grands moments. Les musiques et les paroles des chansons permettent à l’intrigue d’avancer et aux spectateurs de comprendre comment Yentl  voit la situation, comment elle la vit, quelles sont ses motivations et ses doutes.


La performance vocale de Barbra Streisand, qui est l’unique interprète des chansons, donne des frissons tant elle est admirable. Quelle voix !

L’intrigue se construit au fur et à mesure, de façon continue. Le scénario n’hésite pas à poser des questions sur les choix de Yentl et les impacts qu’ils entraînent autour d’elle,  ni a les justifier face aux a priori et aux jugements absurdes.

Le triangle amoureux entre Yentl, magnifiquement interprétée par Barbra Streisand, Avigdor, interprété par Mandy Patinkin avec solidité, charme et crédibilité, et Hadass, interprétée avec sensibilité par Amy Irving, est au cœur de toutes les tempêtes intérieures et de tous les sentiments à vif.



Copyright photos @ Lost Films

Il ne faut pas passer à côté de la belle opportunité de pouvoir revoir YENTL au cinéma et si vous ne l’avez jamais vu, il faut impérativement profiter de cette occasion pour découvrir ce très beau film.

Note : en 1983, ce long-métrage avait remporté l'Oscar de la Meilleure adaptation musicale par le compositeur Michel Legrand (Cérémonie des Oscars 1984) et les Golden Globes de la Meilleure comédie ou comédie musicale et du Meilleur réalisateur pour Barbra Streisand (Golden Globes 1984).


Avant-premières de la ressortie de YENTL 
le DIMANCHE 25 NOVEMBRE

2 RENDEZ-PARISIENS EXCEPTIONNELS avec des cadeaux pour les premiers spectateurs :

- à 11h au Majestic Passy (18 rue de Passy - Paris 16e) dans le cadre du Ciné Club Yiddish pour tous

- à 14h45 au MK2 Beaubourg (50 rue Rambuteau - Paris 3e) dans le cadre du 24e Festival Chéries Chéris

NOTES DE PRODUCTION
(À ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

RIEN N’EST IMPOSSIBLE 

En 1983, après quatorze ans de batailles, Barbra Streisand porte à l’écran YENTL. 

Avec ce premier long métrage elle devient aussi la première femme à produire, écrire et jouer dans son propre film, comme Chaplin et Warren Beatty avaient pu le faire avant elle, à Hollywood. 

En 1962 Isaac Bashevis Singer, écrivain yiddish et futur prix Nobel de littérature, publie un recueil de nouvelles dont Yentl the yeshiva boy. L’histoire d’une jeune juive qui, après la mort de son père, bien que cela soit interdit aux femmes, part dans une école religieuse pour étudier les textes sacrés. 

D’origine juive, star de la chanson et du cinéma, si Barbra Streisand achète les droits de ce livre c’est pour écrire, produire et surtout en réaliser l’adaptation. 

Hollywood lui tournant le dos, Yentl devient un nouveau défi pour celle qui en musique a su imposer un total contrôle artistique à sa maison de disques, mais aussi pour celle qui n’a jamais connu son père, (il est mort quand elle était encore bébé) l’occasion de s’en inventer un au cinéma. Même si elle est plus âgée que son personnage elle accepte d’incarner Yentl et après avoir enregistré la bande originale avec son ami Michel Legrand, finit par décrocher le feu vert de United Artists. 

Les repérages s’orientent vers l’Europe du roman et, avec son chef opérateur David Watkin (Oscar pour Les chariots de feu), Barbra Streisand part déguisée en homme à travers Prague. Elle engage ses partenaires : Amy Irving (Carrie et Furie de Brian De Palma) et Mandy Patinkin (Daniel de Sidney Lumet) et le tournage débute en avril 1982 pour vingt-six semaines entre les studios de Londres et les extérieurs en Tchécoslovaquie. 

Alors que la rumeur de Los Angeles prédisait le pire, la première de Yentl fait pleurer et applaudir le tout Hollywood. Mégalomane et perfectionniste, Barbra Streisand a mis tout le monde d’accord, sauf l’auteur de la nouvelle qui, entre la remise des Golden Globes et celle des Oscars donna une interview pour dénigrer le film (n’acceptant pas qu’on insère des chansons dans son oeuvre, ni la nouvelle fin, et ajoutant qu’il avait proposé à Barbra Streisand un scénario dont elle n’avait pas voulu). 

Avec cinquante millions de dollars de recettes aux Etats-Unis comme à l’étranger, Yentl est un succès. La bande originale se vend à plus de trois millions d’exemplaires, mais nommé cinq fois à l’Oscar (meilleurs décors, meilleure chanson et meilleur second rôle féminin pour Amy Irving) seule la musique est récompensée. L’Academy boude l’actrice, réalisatrice et productrice : Barbra Streisand. 

ELLE S’APPELLE BARBRA

Barbara Joan Streisand est née en 1942 à Brooklyn dans une famille juive, sans jamais connaître son père. Refusée aux auditions ou à l’Actor’s Studio, elle se tourne vers la musique et interprète dans les night-clubs des chansons comme si c’était un rôle. 

Pour son premier radio crochet elle supprime un «a» à son prénom pour devenir Barbra. A vingt ans à peine, elle connait le succès à Broadway et dans les shows télévisés, et décroche deux Grammy Awards dès son premier album. En 1965 pour son premier contrat avec CBS, elle exige un total contrôle artistique sur ses disques qui seront tous multi-récompensés et des succès, avec plus de 70 millions d’albums vendus sur six décennies. 

En 1968 avec William Wyler, Barbra Streisand réalise son rêve : devenir actrice de cinéma, en adaptant son personnage de Funny Girl, d’abord créé sur les planches. Premier rôle, premier Oscar et premier hit avec la chanson «People». Suivront d’autres films musicaux : Hello Dolly (Gene Kelly 1969), Melinda (Vincente Minnelli 1970), Funny Lady (Herbert Ross 1975) et A Star is born (Frank Pierson 1976) et un deuxième Oscar avec la chanson «Evergreen». Dans les années 70, elle s’essaye aussi à la comédie avec La chouette et le Pussycat (Herbert Ross 1970), Up the Sandbox (Irvin Kershner 1972) et What’s Up, Doc ? (Peter Bogdanovich 1972).

Star de la musique, elle est aussi femme de pouvoir au cinéma en produisant plusieurs de ces films dont son plus beau rôle avec Nos plus belles années de Sidney Pollack aux côtés de Robert Redford (une histoire d’amour sur fond de contestation politique et de maccarthysme). Démocrate convaincue, critique envers George W. Bush et aujourd’hui Donald Trump, cette icône gay lutte depuis toujours pour la défense des droits LGBT. 

Réalisatrice à trois reprises pour Yentl (1983), Le Prince des marées (1991) et Leçons de séduction (1996), Barbra Streisand vient de sortir en 2018 son 36e album studio : «Walls», un disque engagé.

HOLLYWOOD TRAVESTIE

Barbra Streisand avait déclaré ne pas avoir eu tant de mal à se glisser dans la peau d’un jeune homme. Selon elle, ceux qui étudient les textes religieux ont une allure assez féminine, calmes et reclus, ils ont un ton assez posé et la peau relativement pâle, comme les femmes. Sur Yentl, pour semer la confusion, elle avait même confié à d’autres femmes des rôles d’hommes. 

Quelques comédies ou drames autour du travestissement et de l’identité sexuelle : Sylvia Scarlett (1935) George Cukor Certains l’aiment chaud (1959) Billy Wilder Victor Victoria (1982) Blake Edwards Tootsie (1982) Sidney Pollack Yentl (1983) Barbra Streisand Orlando (1992) Sally Potter Mrs Doubtfire (1993) Chris Colombus Shakespeare in Love (1998) John Madden Boys don’t cry (1999) Kimberly Peirce Albert Nobbs (2011) Rodrigo Garcia Danish Girl (2015) Tom Hooper.

PETIT LEXIQUE JUIF

Torah & Talmud

Le fondement du judaïsme est la Torah. Ce terme hébreu désigne la «Doctrine» au sens strict, des commandements du Pentateuque (des cinq premiers livres de la Bible). Les juifs lui associent les commentaires qui en ont été fait au cours des siècles et que l’on nomme Talmud («l’exégèse, l’étude»). Traitant aussi bien de religion, de morale, de législation que de sciences et d’astronomie, le Talmud est «l’encyclopédie du savoir des Hébreux».

Temple & synagogues

Le Temple (construit initialement par Salomon à Jérusalem et détruit par les Romains dans l’Antiquité) est le sanctuaire unique du Dieu unique. La construction des synagogues est liée à la dispersion des juifs, elles répondent à la nécessité de se rassembler pour commenter le Livre sous la direction et l’enseignement des rabbins.

Sabbat ou shabbat

Selon le récit biblique de la création (la Génèse), Dieu a fait toute chose en six étapes et s’est reposé à la septième. A son imitation, l’homme doit lui aussi sanctifier chaque septième jour en cessant toute activité. Les juifs pieux sont très attentifs à observer le «shabbat».

Yeshiva

Établissement d’enseignement consacré à l’étude de la Torah et du Talmud, dirigé par un rabbin et destiné aux hommes de plus de treize ans.

Yiddish

Langue d’origine germanique parlée par les Juifs ashkénazes (d’Europe centrale et orientale). Après le génocide de la deuxième guerre mondiale et avec le choix de l’hébreu comme langue unitaire par l’État d’Israël, le yiddish tend inévitablement à disparaître.

YIDDISH SINGER

L’auteur de Yentl appartient à cette lignée de conteurs juifs, dont l’humour se perpétue chez des écrivains ou des cinéastes comme Philip Roth ou Woody Allen, aux Etats-Unis et Patrick Modiano ou Jacques Lanzmann, en France. 

En couronnant Isaac Bashevis Singer du Prix Nobel de littérature en 1978, on célébrait non seulement une langue et une culture qui s’éteignaient mais aussi celui qui était presque le dernier écrivain yiddish. Né en Pologne, en 1904, Singer se destinait à devenir rabbin mais préféra le journalisme et la littérature quand il découvrit en yiddish : Tolstoï, Dostoïevski, Maupassant et Flaubert. C’est dans cette langue maternelle qu’il écrivit son premier roman : La Corne du bélier (Satan in Goray 1933 - un tableau du judaïsme polonais du 17e siècle). 

En 1935, il quitta l’Europe nazie avec son frère, lui aussi écrivain et finit par devenir citoyen américain en 1943. Il publia 18 romans, 14 livres pour enfants et plusieurs nouvelles dont les quarantecinq pages de Yentl. Après Barbra Streisand, Menahem Golan adapta Le Magicien de Lublin (1979), Amram Nowak, The Cafetaria (1984) et Paul Mazursky, Ennemies, une histoire d’amour (1989). 

Très critique au sujet de Yentl, il déclara dans une auto-interview du New York Times : «Imaginez un scénariste qui déciderait qu’au lieu de se suicider, Madame Bovary fasse une croisière sur la Côte d’Azur. Et bien c’est ce qu’a fait madame Streisand avec Yentl».

LEGRAND MEMORIES

«Mon lien à Barbara Streisand remonte à 1965, pour l’enregistrement de l’album «My name is Barbra». À la fin des années 60, elle découvre le livre de Isaac Bashevis Singer et jusqu’au printemps 1980, monter Yentl sera le combat de sa vie. 

Plusieurs aspects me semblaient périlleux : la représentation d’une communauté juive traditionaliste et très machiste comme la transformation physique du personnage. Quand Agnès Varda me disait : «Mais comment une femme de 40 ans peut-elle incarner une jeune fille de 20 ans qui se fait passer pour un garçon de 17 ans ?» Barbra me rassurait : «Dis-toi que ces obstacles sont autant de défis à relever !» Il n’existe pas de réponse plus «streisandienne». 

Avec les paroliers Alan et Marilyn Bergman notre amicale s’est reformée deux mains pour la musique, quatre pour les paroles, une voix pour les interpréter. Barbra nous avait fait part d’un paramètre crucial : seule son personnage allait chanter, car tout le récit se fait du point de vue de Yentl qui raconte en chanson ses états intérieurs. Nous avons travaillé à partir d’un scénario précisant chaque séquence nécessitant une chanson et je n’avais qu’à composer avec à l’esprit la voix de Barbra et ses possibilités techniques surnaturelles.» Michel Legrand, dans son livre avec Stéphane Lerouge J’ai le regret de vous dire oui. 

Source et copyright des textes des notes de production @ Lost Films

#Yentl

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