mercredi 14 septembre 2016

WAR DOGS


Comédie/Drame/Guerre/Un film sympathique & divertissant avec un bon duo d'acteurs

Réalisé par Todd Phillips
Avec Miles Teller, Jonah Hill, Bradley Cooper, Ana de Armas, Shaun Toub, Barry Livingston, JB Blanc, Kevin Pollak...

Long-métrage Américain 
Durée: 01h55mn
Année de production: 2016
Distributeur: Warner Bros. France

Date de sortie sur les écrans américains : 19 août 2016
Date de sortie sur nos écrans : 14 septembre 2016


Résumé : L’histoire vraie de deux jeunes glandeurs qui vivent de combines et finissent par signer un contrat de 300M$ avec l’armée américaine. 
2007. Pendant que l'armée US se bat en Irak, David et Efraim, deux potes d'une vingtaine d'années, se la coulent douce à Miami. Leur business leur permet de vivoter tranquillement – jusqu'au jour où ils entendent parler d'un dispositif confidentiel du gouvernement. Ils comprennent alors qu'ils peuvent se faire un maximum d'argent en répondant à des appels d'offres de l'armée américaine. Ils ne tardent pas à empocher de grosses sommes et à mener la grande vie. Mais tout dégénère lorsqu'ils décrochent un contrat de 300 millions de $ ! Leur job : armer les soldats afghans. Une mission à haut risque qui les mettra nez à nez avec des types effrayants d'autant plus que certains appartiennent au gouvernement…

Bande annonce (VOSTFR)


Ce que j'en ai penséWAR DOGS s'inspire d'une histoire vraie et donne sens à l'expression 'plus c'est exagéré, plus ça passe' ! Les personnages sont sans morale, sans limites, sans conscience de l'impact de leur décision sur leur environnement et cela fait l'intérêt de cette aventure. Ils sont gonflés et cela fonctionne, ce qui est à la fois inquiétant et drôle. On constate combien les règlements et vérifications diverses, même à l'échelle d'un gouvernement, ne sont pas totalement fiables ; ça c'est la partie inquiétante. 
La partie drôle, c'est la personnalité d'Efraim, habilement interprété  par Jonah Hill, qui embobine tout et tout le monde autant qu'il peut. C'est un personnage haut en couleur.




David, son partenaire, interprété par Miles Teller, vient très bien contrebalancer ce caractère excessif. On découvre à travers les yeux de David comment la logique d'Efraim fonctionne. Et cette dernière nous réserve quelques surprises... 





La réalisation de Todd Phillips est soignée, très claire et adopte un style en accord avec l'angle choisi : celui de la comédie. Il fait des clins d'oeil à d'autres films, notamment à son VERY BAD TRIP
WAR DOGS est un sympathique film dynamique, avec une excellente bande originale, dont l'histoire nous permet de mieux comprendre comment fonctionne le commerce des armes. Il fait également voyager et ménage quelques moments marrants. Je vous le conseille donc, il correspond tout à fait à ce qu'on en attend.


Photo Credit: Courtesy of Warner Bros.
Copyright: © 2016 WARNER BROS. ENTERTAINMENT INC.

NOTES DE PRODUCTION 
(A ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

Le film est inspiré d’une histoire vraie et d’un article paru dans le ROLLING STONE US:  http://www.rollingstone.com/politics/news/the-stoner-arms-dealers-20110316

ARGENT, CORRUPTION ET RÊVE AMÉRICAIN 
DAVID On appelle les mecs comme nous des "chiens de guerre". Des charognards qui profitent de la guerre sans jamais aller au front. Ce surnom était censé être péjoratif mais ça nous a plu. 
Il aurait pu s'agir de l'une des plus grosses arnaques de tous les temps… et cela ne pouvait se passer qu'aux États-Unis ! 

WAR DOGS s'inspire de l'histoire de deux copains d'une vingtaine d'années, devenus milliardaires grâce à un trafic d'armes international totalement improbable ! Mais au moment où ils pensaient connaître leur heure de gloire, tout s'est effondré de manière spectaculaire. 

Dans tous les films de Todd Phillips, on rencontre des personnages qui prennent de mauvaises décisions. Qu'il s'agisse d'une bande de jeunes adultes qui tentent de renouer avec les joies du campus ou de quatre potes qui organisent une fête d'enterrement de vie de garçon tournant au cauchemar, les conséquences sont toujours hallucinantes et totalement inattendues. Là encore, ce sont de mauvaises décisions qui provoquent la catastrophe dans WAR DOGS. Mais l'humour est ici d'un genre particulier car le film s'inspire de l'histoire vraie de deux copains qui ont réussi à exploiter un dispositif méconnu du gouvernement américain… pour empocher 300 millions de dollars. 
"À mon sens, les films ont toujours un peu plus de profondeur quand ils s'appuient sur des faits réels", note le réalisateur. "Ce film raconte l'ascension et la chute de deux jeunes gens cherchant à obtenir leur part du rêve américain, mais qui ont été un peu trop gourmands. Et, comme on sait, l'appât du gain empêche souvent de prendre de bonnes décisions". 

Producteur et interprète de WAR DOGS, Bradley Cooper précise : "Le film montre bien qu'on peut être totalement aveuglé quand on vous offre une grosse somme d'argent sur un plateau d'argent, et à quel point les gens réagissent différemment aux situations excessives". 

Tout a commencé sous l'administration de George W. Bush : à l'époque, des contrats sans appels d'offre, destinés à fournir en armes les troupes en Irak et en Afghanistan, étaient octroyés à des groupes comme Halliburton, Raytheon et Lockheed Martin. Alors que s'élevaient des critiques d'une situation vécue comme du népotisme et d'industriels accusés d'être des profiteurs de guerre, le gouvernement a lancé les FedBizOpps ("Federal Business Operations") pour rééquilibrer le marché. Il s'agissait en réalité d'ouvrir les appels d'offre pour les contrats militaires à … la quasi totalité des acteurs économiques. Malheureusement, le dispositif présentait suffisamment de failles pour pouvoir en tirer profit. 

Cet épisode a fait l'objet d'un article de Guy Lawson, intitulé "Arms and the Dudes" et paru dans Rolling Stone en 2011. "L'administration Bush tâchait de favoriser les petites entreprises", explique Lawson, "et il n'y avait pas d'entreprise plus petite que celle de nos deux potes, qui glandaient dans un studio de Miami Beach, munis d'une pipe à eau, d'un ordinateur et d'un téléphone portable". 

Le producteur Mark Gordon se souvient : "J'étais à bord d'un avion quand je suis tombé sur cet article dans Rolling Stone : je n'en croyais pas mes yeux. Il y avait là tous les ingrédients d'un film. Je me suis rendu compte que le public adore les films dont les personnages déjouent le système, même s'ils finissent par en payer le prix fort d'une manière ou d'une autre. Quand on pense que ces deux-là étaient sans doute les mecs les moins susceptibles de mener à bien ce type d'escroquerie, on tient une histoire totalement géniale". Gordon ajoute que Phillips était l'homme de la situation pour porter ce récit à l'écran. "Aucun réalisateur n'aurait su, mieux que lui, raconter l'histoire de ces types extravagants qui s'attirent toutes sortes d'ennuis", dit-il. "Il est le maître du genre". 
WAR DOGS est le premier film produit par Joint Effort, société de production de Phillips et Cooper. "J'étais très curieux de voir comment Todd allait transposer cette histoire au cinéma", indique Cooper. "Ce qui me plaisait, c'était l'exploit de ces deux potes revu et interprété par l'imagination de Todd". 

"En lisant cette histoire", intervient le réalisateur, "je me suis qu'il y avait là les éléments d'un film formidable. Plus on y réfléchissait, plus il était évident qu'on pouvait obtenir une formidable comédie reposant sur un tandem si on engageait les bons comédiens". 
Jonah Hill et Miles Teller campent respectivement Efraim Diveroli et David Packouz : ils affirment avoir été intrigués par ces personnages qui n'ont pas hésité une seconde à empocher de très grosses sommes d'argent sans vraiment envisager les conséquences. Selon Hill, "C'est toujours un plaisir de voir des personnages s'enrichir sans suivre les règles. C'est pour ça que j'adore les films de gangster… car ce sont les mecs qui roulent des mécaniques qui remportent la mise. Jusqu'au moment où ils perdent tout", ajoute-t-il en souriant. 

"C'est une histoire formidable", renchérit Teller. "Leurs prouesses forcent le respect. À un moment donné, ils ont quand même décroché un contrat à 300 millions de dollars ! C'est une somme délirante pour deux mecs d'une vingtaine d'années à peine qui bluffaient avant de remporter le pactole. C'est fascinant de voir comment une situation peut dégénérer au point que ceux qui l'ont provoquée sont totalement dépassés par les événements". 

Le véritable David Packouz le reconnaît : "Je ne vais pas mentir : ça a été génial pendant quelque temps. On allait à des soirées et les gens se présentaient : 'Je suis courtier ou je suis dans l'immobilier – et vous, vous faites quoi ?' Ce à quoi on répondait : 'Nous sommes dans le trafic d'armes international' Au départ, on nous disait 'Vous blaguez, n'estce pas ?', puis 'Vous racontez des conneries'. Mais quand ils s'apercevaient qu'on ne plaisantait pas, ils étaient bluffés. Si l'histoire est aussi délirante, c'est qu'il y a très peu de gens qui s'enrichissent dans le commerce des armes, surtout à nos âges. Le fait qu'on remporte un contrat destiné à fournir toutes les troupes afghanes en armement était franchement hallucinant". 

Mais leur motivation première reste l'argent. "C'est très clair dans le film : ils ne sont pas forcément favorables à la guerre", reprend Phillips. "Peu leur importe qui sont les belligérants ou la raison pour laquelle ils se font la guerre : ils ne songent qu'au profit qu'ils peuvent en retirer. Du coup, la guerre est pour eux l'occasion de s'enrichir. Et c'est un fait. La guerre est un marché et elle a une face cachée : elle enrichit beaucoup de gens et ces deux types-là cherchent à en profiter". 

Aussi sidérants que les faits puissent paraître, Phillips affirme : "Il ne s'agit pas d'un documentaire". Avec ses coscénaristes Jason Smilovic et Stephen Chin, il a pris des libertés en matière de drame et de comédie. 

"Plusieurs événements qui se sont déroulés ne figurent pas dans le film ou ont été modifiés", note Packouz, "mais la vie est toujours plus complexe que ce qu'en dit le cinéma hollywoodien. On ne peut pas résumer plusieurs années en deux heures, et c'est donc logique. Mais j'adore le scénario : il est rythmé et divertissant". 

Pour les besoins du script, Chin a passé quelque temps avec Packouz à Miami. "L'Amérique est sans doute la terre de tous les possibles, mais Davis a très vite compris qu'il n'allait pas devenir riche rien qu'en travaillant dur", souligne-t-il. "J'imagine que c'est pour cette raison que SCARFACE, qui se déroule aussi à Miami, a été un film majeur pour eux deux quand ils étaient petits. Cela correspondait à leur vision du rêve américain : s'ils trouvaient la bonne idée, qu'ils étaient suffisamment roublards et qu'ils n'obéissaient pas aux règles, ils pouvaient l'atteindre. Du coup, je n'ai pas été surpris que deux jeunes mecs ambitieux aient su utiliser le système à leur avantage, surtout à l'époque d'Internet. Ce qui m'a étonné, c'est l'importance du contrat et le fait qu'ils aient quasiment réussi à aller jusqu'au bout…" 

D'après le réalisateur, la décision d'adopter le point de vue de Packouz a très vite été prise : "On a compris que la meilleure manière d'aborder cette histoire était à travers le regard de David", dit-il. "David incarne le point de vue de l'homme ordinaire qui s'introduit dans un monde dont il ignore tout, finalement assez proche du spectateur". 

Smilovic ajoute : "David nous permet d'entrer dans l'histoire, non seulement pour raconter les événements au présent, mais aussi ce qui s'est passé autrefois. Et pour que le spectateur s'identifie à lui – et, franchement, pour qu'il ne le prenne pas pour un abruti – , il fallait qu'il croie à la relation entre ces deux copains… et à la sincérité de leur amitié". 
"Bon nombre de mes films s'attachent à des rapports masculins", constate Phillips. "Il y a toujours une part d'amour véritable dans toute grande amitié. On le sent chez les mecs de VERY BAD TRIP et RETOUR À LA FAC, et j'ai essayé de faire de même dans ce film car c'est ce que je trouve de plus intéressant". 

Cooper, qui a fait partie du célèbre Wolfpack, remarque : "WAR DOGS me semble vraiment marquer une évolution logique dans le parcours de Todd car les personnages masculins sont assez proches de ses protagonistes habituels. Et pourtant, il y a dans cette histoire un sentiment d'inquiétude qui lui permet d'aller plus loin dans son propos. Ce qui est formidable chez Todd, c'est qu'il a toujours su déceler le potentiel de séduction des histoires qu'il raconte. Il est capable de s'attaquer à un récit assez sombre au départ et en faire un film drôle et exaltant". 

Tournant pour la première fois sous la direction de Phillips, Hill et Teller expliquent qu'ils étaient aussi séduits par la perspective de travailler avec lui que par le scénario. "Quand Todd m'a envoyé le script, il m'a semblé trop bon pour passer à côté", déclare Teller, "et en prime, c'était l'occasion de travailler enfin avec Todd. On avait envisagé de s'atteler à un projet tous les deux, mais pour une raison ou pour une autre, cela n'a pas fonctionné. WAR DOGS est arrivé à point nommé, et j'en suis ravi". 

"Todd est l'incarnation même d'un cinéaste à mes yeux", poursuit-il. "Il excelle dans son art. En tant qu'acteur, c'est important de sentir qu'on est entre de bonnes mains, et c'est ce que j'ai ressenti tous les jours. En outre, j'ai adoré le scénario, modèle d'équilibre entre drame et comédie, avec une dose d'action, de suspense et même d'espionnage". 
"Il mêle de nombreux ingrédients, et c'est ce qui m'a plu", commente Hill. "Il va déjouer les attentes des gens et les pousser à en parler – et c'est ça qui est génial". 

"Le sujet du film se prête parfaitement au débat", acquiesce Cooper. "Notre objectif, c'était de raconter une histoire captivante de manière divertissante, mais on ne sait jamais le type de conversation que cela peut déclencher. C'est un film dont les spectateurs peuvent discuter bien après être sortis de la salle de cinéma, parce que l'intrigue est d'une grande richesse et qu'elle est toujours d'actualité. À mon avis, les gens seront curieux de savoir que le dispositif à l'origine des événements du film existe toujours". 

WAR DOGS se déroule aux quatre coins du globe, si bien que pour Phillips, il était important de tourner le film dans plusieurs pays. "Quand on est en décors naturels, les acteurs et les techniciens se sentent beaucoup plus investis dans ce qu'ils font", constate le réalisateur. "C'est le cas du chef-opérateur, du chef-décorateur et du chef-costumier, des comédiens… Pour moi, l'environnement est un élément fondamental, et c'était particulièrement vrai de ce film". 

Le tournage a donc eu lieu à Miami Beach, Las Vegas, au Maroc, en Roumanie et dans le sud de la Californie. "Je souhaitais vraiment qu'on sente qu'on a affaire à des trafiquants d'armes internationaux agissant à l'échelle planétaire – la dimension internationale étant fondamentale", dit-il encore. 

LES ACTEURS 
DAVID Ne le prends pas mal, mais je suis contre cette guerre… EFRAIM Eh mec, moi aussi je suis contre cette guerre ! Il ne s'agit pas d'être pour la guerre. Cette guerre a lieu de toute façon. Il s'agit d'être pour le fric. 
Quand on fait la connaissance d'Efraim et David, ils n'ont pas franchement l'air d'être trafiquants d'armes internationaux. Issus de la classe moyenne, ils ont une petite vingtaine d'années et habitent à Miami Beach. Alors qu'ils étaient très proches au lycée, ils se sont perdus de vue comme cela se produit souvent. Lorsqu'ils se retrouvent à l'enterrement d'un ami commun, ils renouent et se mettent à se voir régulièrement. David gagne tout juste de quoi vivre comme masseur, mais il a le sentiment d'avoir trouvé une idée en or : vendre des draps haut de gamme aux nombreuses maisons de retraite de Miami. Efraim est aussi dans la vente – mais c'est leur seul point commun. 

Alors que David, dans son appartement, accumule les cartons de draps invendus et les factures impayées, Efraim possède plus d'un million de dollars sur son compte en banque grâce à FedBizOpps, dispositif d'appels d'offre du gouvernement en matière de fournitures militaires. Lorsque Efraim propose à David de s'associer avec lui, la réponse s'impose. Et c'est ainsi que AEY est né. 

"Efraim est un personnage formidable", indique Jonah Hill. "C'est lui qui encourage son copain à plonger dans l'inconnu. Il est excessif et sanguin, et je savais que ce rôle m'était destiné. Il a envie de devenir riche et il aime tout ce qui brille. Il pense que c'est ce qui va le rendre heureux. C'est un magouilleur qui peut se montrer extrêmement charmant quand il le faut. Mais il n'est pas du tout paresseux. Il lui faut énormément d'énergie, d'intelligence et d'ingéniosité pour se frayer une place. C'était un rôle passionnant". 

Selon Phillips, le rôle témoigne de l'étendue du registre de Hill car "Efraim peut se métamorphoser en fonction de la situation", dit-il. "C'est un caméléon qui, en fonction de la personnalité qu'on lui prête, peut s'adapter. C'était un aspect très sympa du personnage que Jonah a aimé explorer". 

David n'est pas insensible à l'argent mais pour des raisons un peu moins frivoles qu'Efraim. "Il se bat pour joindre les deux bouts lorsqu'il retrouve Efraim", confie-t-il. "Ils étaient potes au lycée et ils s'attiraient des ennuis tous les deux. Quand il refait surface, David se sent redynamisé et emballé à l'idée de gagner une grosse somme d'argent car sa petite amie est enceinte et qu'il se demande comment il va pouvoir faire vivre sa famille". 

"Le fric", constate Smilovic. "Au bout du compte, tout se résume à ça, pas vrai ? Ce n'est que de l'argent mais il permet de s'en sortir et de s'occuper des gens qu'on aime". 

Phillips, qui a fait la connaissance de Teller à l'époque où il produisait PROJET X, déclare : "Je trouve que Miles est un acteur extraordinaire. On dirait qu'il n'a jamais besoin de faire des essais. Ce n'est pas péjoratif dans ma bouche : il est naturellement doué. C'est sidérant à voir. On a vraiment eu de la chance de pouvoir réunir Miles et Jonah dans le même film". 

Grâce à leur nouvelle fortune, Efraim et David peuvent s'offrir des appartements et des voitures de luxe et une drogue de meilleure qualité. Néanmoins, David doit au départ cacher la véritable source de ses revenus à sa future femme Iz, résolument hostile aux armes à feu et à la guerre. 

Ana de Armas, qui campe le rôle, note : "Elle ne sait presque rien de ce que manigance David car elle serait en colère. Du coup, elle évolue dans cette étrange atmosphère où le secret règne en maître. Bien entendu, elle finit par découvrir la vérité mais elle comprend que David agit de la sorte pour leur avenir et pour sa famille, et elle décide donc de le soutenir. Quoi qu'il fasse, elle sera à ses côtés. C'est ce qui définit le mieux Iz : elle aime David et elle lui fait confiance. Je trouve que c'est une femme très forte et sensible, et qu'elle est une formidable partenaire". Ana De Armas a décroché le rôle après une longue audition : "nous avons auditionné pas mal de comédiennes pour Iz", se souvient Phillips. "Mais lorsqu'Ana est arrivée, on s'est dit : 'C'est elle !' C'est une comédienne épatante et elle exprime énormément d'émotions d'un simple regard". 

La comédienne est tout aussi élogieuse à l'égard du réalisateur : "Todd est très futé et ce qui me frappe chez lui, c'est sa capacité à faire des films qui touchent autant le public", dit-elle. "Sur le plateau, il sait ce qu'il veut et quand on sent qu'on a affaire à un réalisateur sûr de ses choix, et qui vous dit ce qu'il recherche, c'est extraordinaire. Il est à vos côtés pendant les répétitions, si bien que lorsqu'on entend 'Action !', on sait comment réagir. Ensuite, on a la liberté de jouer avec la situation car on possède les éléments essentiels de la scène". 

Malgré leur réussite, Efraim et David restent assez modestes sur le marché des trafiquants d'armes internationaux dont l'un des gros bonnets est un certain Henry Girard. Bradley Cooper qui campe le rôle relève : "Henry n'est absolument pas le genre d'homme qu'on se risque à froisser d'une manière ou d'une autre. Mieux vaut ne pas se fier à sa mauvaise vue ou à ses grosses lunettes : elles ne signifient pas du tout qu'il est inoffensif. On lui a interdit de travailler avec l'armée américaine parce qu'il figure sur une liste de terroristes en puissance, mais Henry peut encore se procurer une quantité impressionnante de munitions dont Efraim et David ont besoin pour consolider leur contrat à 300 millions de dollars. C'est pour ça qu'ils font affaire avec lui". 

Phillips reprend : "Henry est le genre de type qui ne prend jamais parti pour un bord plutôt qu'un autre en cas de guerre. Il n'a pas d'opinion politique. Ce qui lui plaît, c'est que le monde soit à feu et à sang car c'est bon pour les affaires : Efraim est conquis ! Du coup, quand ils se rencontrent enfin lors d'un congrès sur l'armement à Las Vegas, Efraim est très heureux de se retrouver face à son héros". 

Il ajoute : "Henry est un personnage composite. Nos deux potes commencent à rencontrer des gens très peu recommandables pour décrocher leur contrat, et faire en sorte de gagner un peu plus d'argent encore, et ils se retrouvent alors en danger. Mais il fallait qu'on simplifie les choses pour les besoins du film et c'est donc ce personnage fictif qui incarne tous ces mecs louches". 

Efraim et David ont un autre associé, qui accepte de les financer contre un pourcentage de leurs profits. Il s'agit, là encore, d'un personnage fictif : Ralph Slutsky (Kevin Pollak) est un teinturier dont les motivations ne sont pas que financières. "Mon personnage est un Juif très pratiquant qui estime avoir une responsabilité vis-à-vis d'Israël", affirme Pollak. "Todd a écrit un petit discours expliquant que tous les Juifs ont une dette envers Israël… une dette qu'ils portent tous sur leurs épaules. Cela correspond parfaitement à Ralph. Le personnage de Jonah réussit à le convaincre en lui disant qu'une part de leurs profits est reversée à Israël. Du coup, Ralph a le sentiment de soutenir une cause plus essentielle".

On trouve encore au casting JB Blanc, dans le rôle de Bashkim, contact d'Efraim et de David en Albanie où ils sont censés acheter plus de 100 millions de munitions de Kalachnikov AK-47, Shaun Toub dans celui d'un chauffeur surnommé Marlboro en raison des cigarettes qu'il fume, et Patrick St Esprit dans celui du capitaine Philip Santas qui n'arrive pas à croire que deux civils aient pu traverser le "Triangle de la Mort" d'Irak sans encombres. 

Le véritable David Packouz fait une apparition sous les traits d'un musicien : on le croise dans une scène au début du film où le personnage de Teller tente de livrer des draps dans une maison de retraite. "Je me suis dit que ce serait sympa qu'on le voie dans le film", indique le réalisateur. "Il joue 'Don't Fear the Reaper' ['N'aie pas peur de la mort', NdT], ce qui de toute évidence n'est pas une chanson adaptée aux circonstances ! Mais parfois, il faut bien se marrer un peu en dépit du contexte". 

LE TOURNAGE 
DAVID Tu veux vraiment aller à Bagdad en bagnole ? EFRAIM David, on est trafiquants d'armes. Allons faire notre boulot ! 
La plupart des scènes de WAR DOGS ont été tournées en décors naturels, ce qui était à la fois complexe pour l'équipe et bénéfique au film. "Quand on est en extérieurs, on est imprégné par l'atmosphère du lieu et ça se retrouve toujours à l'image", affirme Phillips. 

Le chef-décorateur Bill Brzeski, qui collabore ici pour la cinquième fois avec le réalisateur, signale : "Todd aime bien tourner sur les lieux mêmes de l'action, ou sur un site qui s'en rapproche, et il n'a d'ailleurs pas beaucoup tourné en studio. C'est aussi le cas de notre directeur photo Larry Sher qui apprécie la lumière naturelle, accentuant l'effet de réalisme". 

En revanche, comme en convient Brzeski, "tourner en décors réels est très éprouvant car on maîtrise beaucoup moins les choses qu'en studio. Mais il n'y a rien de tel pour obtenir le style visuel recherché". 

"Je suis très heureux d'avoir participé à cette aventure mais tous les déplacements n'ont pas toujours été très simples", ajoute Jonah Hill. "On a tourné dans des conditions délirantes mais on se rend bien compte de l'envergure des différents décors en voyant le film. Et c'est tout ce qui compte". 

Miles Teller signale que le tournage en décors naturels présentait un énorme avantage. "Avec Jonah, on n'avait pas eu l'occasion de passer du temps ensemble avant ce projet, mais on a pu sympathiser en Roumanie, ce qui était capital pour ce film", dit-il. "On était aux quatre coins de la planète et les journées de tournage étaient très longues, si bien qu'on a eu le temps de nouer une vraie complicité. Et c'était génial !" 

Pour le chef-décorateur, les décors se définissent par leurs "contrastes extrêmes". Il s'explique : "Le ciel bleu et le climat ensoleillé de Miami Beach tranchent avec l'univers postcommuniste gris et froid de Bucarest, qui nous a servi de cadre pour les scènes en Albanie. Alors qu'au départ les bureaux d'AEY sont installés dans un trou à rats, ils occupent ensuite un espace élégant et moderne. Quant aux protagonistes, ils passent d'un immeuble minable à une tour luxueuse d'un quartier chic de Miami Beach. C'est l'illustration même de ce qui arrive quand on est très jeune et qu'on devient riche du jour au lendemain". 

On retrouve ces mêmes contrastes dans les tenues vestimentaires. Le chefcostumier Michael Kaplan précise : "Efraim a un style à la Tony Montana, héros de SCARFACE, dès le début du film. À mesure qu'avance l'intrigue, on constate qu'il a un penchant pour les survêtements et les accessoires de couturiers italiens – Gucci, Versace, etc. – et les montres de luxe et qu'il aime avoir les cheveux gominés et utiliser un spray bronzant. Il a un côté m'as-tu-vu et clinquant, et il a une vision romantique du caïd de la mafia". 

Hill confirme : "Il y a des moments où il s'habille en gangster – ou dans ce qu'il croit être la tenue d'un gangster. Je me souviens d'un jour où on tournait une scène en Roumanie où tout était gris. Todd voulait même que les figurants s'habillent en gris. Et c'est alors qu'Efraim fait son apparition dans une tenue totalement excentrique, ce qui a produit son petit effet. Les costumes de Michael Kaplan étaient extraordinaires et m'ont permis d'entrer dans la peau de ce type très sûr de lui qui se moque totalement du regard des autres". 

Kaplan souligne la dichotomie entre les tenues d'Efraim et celles de David, garçon plus conventionnel. "David est plus terre-à-terre qu'Efraim, qui est franchement extravagant", dit-il. "Il incarne la voix de la raison et son style de garçon un peu strict s'en ressent tout au long du film". 

Le tournage de WAR DOGS a commencé en Roumanie – servant de cadre à l'Albanie – où se trouve un stock inépuisable d'armes et de munitions. Le réalisateur explique : "On cherchait un immense hangar ou entrepôt, et Brzeski nous a envoyé des photos d'un hangar qu'il avait déniché à Bucarest. Je suis allé le voir et je lui ai dit que c'était exactement ça ! Il me semblait délabré, comme s'il avait été construit il y a plusieurs dizaines d'années, et c'est précisément l'effet que je recherchais". 

Brzeski précise : "Il s'appelait le Hangar du roi car c'était bel et bien le hangar personnel du roi de Roumanie avant l'époque du communisme. On l'a vidé et nettoyé et on y a déposé toutes sortes d'objets militaires qu'on a achetés chez des brocanteurs et des collectionneurs pour lui donner l'air d'un immense entrepôt de munitions". 

Comédiens et techniciens se sont ensuite envolés pour Las Vegas où Phillips a investi un lieu qu'il connaît bien : Caesar's Palace. Plusieurs scènes ont été tournées dans le célèbre casino et dans le restaurant Rao's. "Comme on y a tourné la saga VERY BAD TRIP, Todd connaît bien les propriétaires, et eux le connaissent bien aussi", indique Brzeski. "Ils nous accueillent à bras ouverts". 

La séquence du congrès de l'armement de Las Vegas a, quant à elle, été tournée au Palais des Congrès de Los Angeles. "C'était très difficile", reprend le chef-décorateur, "car un véritable congrès international de l'armement occupe un espace de la taille d'un terrain de football, regorgeant d'armes et réunissant des gens du monde entier. On en a reconstitué une partie et on créé le reste en infographie par la suite". 

Le premier bureau d'AEY, très exigu, est l'un des rares décors construits en studio à la Warner. Dès que l'entreprise commence à gagner beaucoup d'argent, elle s'installe dans des bureaux luxueux filmés dans un immeuble de Century City, à Los Angeles. "Mais, bien entendu, c'est Miami qu'on aperçoit par la fenêtre", note Brzeski. 

Toujours à Los Angeles, l'équipe a également tourné au célèbre Wilshire Ebell Theatre, qui campe une maison de retraite, et dans le bâtiment du Los Angeles Times, utilisé pour les bureaux du gouvernement. 

La production a ensuite pris ses quartiers à El Centro, à un peu moins de 200 km de San Diego. Le climat désertique de cette région désolée correspondait parfaitement à l'Irak en guerre. "On ressent la même atmosphère à El Centro que dans cette partie du Moyen Orient", indique Brzeski. 

S'il était évidemment plus sûr de tourner à El Centro qu'en zone de conflit, certaines difficultés persistaient malgré tout. "On a vécu là des journées très éprouvantes parce qu'il faisait une chaleur épouvantable et que le vent déclenche des tempêtes de poussière", confirme Phillips. "Il y a également une base aérienne de la US Navy si bien qu'on ne pouvait pas survoler leur espace aérien en hélicoptère". Par ailleurs, dans certaines zones du désert, la flore est protégée. 

Malgré ces difficultés, "ce sont ces obstacles qui font aussi partie du plaisir à tourner en décors réels", poursuit le réalisateur. "C'est un peu stressant mais au bout du compte on trouve toujours le moyen de s'en sortir. Au final, l'expérience a été formidable, même si ça n'a pas toujours été facile". 

L'équipe s'est ensuite rendue dans les environs luxuriants de Miami Beach, QG d'Efraim et David où débute le film. La production a notamment tourné au mythique Fontainebleau Hotel, construit par le célèbre architecte Morris Lapidus qui, selon Brzeski, a "inventé le style emblématique de Miami. On lui doit les fameux tons pastel et l'architecture typique du coin. C'est l'esprit même de Miami Beach". 

Le chef-décorateur souligne que le tournage à Miami a été bénéfique à l'authenticité du récit. "Miami Beach est un lieu unique aux États-Unis et on ne peut guère le transposer ailleurs", remarque-t-il. "C'est pour ça qu'on est allé sur place. On n'a pas eu besoin de transformer une autre ville en Miami Beach : le plus simple était d'aller tourner sur les lieux mêmes de l'action". 

Enfin, la production a mis le cap sur le Maroc, servant de cadre à Amman, en Jordanie, où Efraim et David entament leur périple en voiture jusqu'en Irak pour livrer une commande de Beretta. Ce qui les amène à traverser le Triangle de la Mort. 

Si Phillips a pris quelque liberté pour cette séquence-clé, il déclare, admiratif : "Je suis toujours aussi sidéré en repensant à l'exploit que ces deux types ont réussi à accomplir à l'époque. Mais c'est surtout l'attitude du gouvernement qui m'a stupéfait : comment cela at-il pu se produire sans que le moindre contrepouvoir intervienne ?" 

Le mot de la fin lui revient : "Certains pourraient penser que leur prouesse est une variante du Rêve américain, mais je crois que nous avons tous notre propre conception en la matière. Ce n'est sans doute pas la mienne… mais elle correspond probablement à quelques-uns".

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