jeudi 8 août 2019

L'INTOUCHABLE, HARVEY WEINSTEIN


Documentaire/Une mise en perspective très intéressante qui reprend l'origine de l'affaire en posant des questions sur le présent et l'avenir

Réalisé par Ursula Macfarlane

Long-métrage Américain
Titre original : Untouchable 
Durée : 01h39mn
Année de production : 2018
Distributeur : Le Pacte 

Date de sortie sur nos écrans : 14 août 2019


Résumé : Une plongée au cœur de la saga la plus explosive de l'histoire du Cinéma : L'INTOUCHABLE raconte l'histoire de l'ascension et de la chute du magnat d'Hollywood Harvey Weinstein. Comment il a acquis et préservé sa toute-puissance au fil des décennies, même quand le scandale menaçait. D’anciens collaborateurs et plusieurs de ses accusatrices décrivent son mode opératoire, ainsi que les conséquences de ses abus sexuels présumés, dans l’espoir que justice soit faite et que les choses bougent enfin...

Bande annonce (VOSTFR)


Ce que j'en ai penséavec son documentaire L'INTOUCHABLE, HARVEY WEINSTEIN, la réalisatrice, Ursula Macfarlane, nous propose de revenir sur des faits avant toute décision de justice. Nous en sortons mieux informés et pourrons donc prendre la mesure du jugement au cours du procès Harvey Weinstein en septembre. Il faut noter que ce film sort en France cet été, tandis qu'il ne pourra sortir aux Etats-Unis qu'après le procès. 

Au-delà du portrait de l'homme de pouvoir qui utilise son influence pour agir en criminel en toute impunité, la réalisatrice dénonce les rouages d'un système machiavélique extrêmement bien huilé qui existait déjà bien avant cette affaire et qui existe certainement toujours. 





Le but de la démarche #MeToo est d'ailleurs d'arrêter l'engrenage pour que ce genre de comportement ne puisse plus jamais trouver les moyens de prospérer, servit par un silence retentissant. Elle filme les témoignages comme de sobres portraits qui racontent des traumatismes. Ils sont difficiles à entendre et pourtant, il faut impérativement les écouter, parce que savoir, reconnaître et dénoncer sont des outils essentiels. 


Copyright photos @ Le Pacte

Le harcèlement sexuel, les menaces, le sentiment d'être intouchable sont autant de faits que la réalisatrice décortique à coup de paroles et d'images d'archives avec des moments qui paraissent incroyables tant il semble inconcevable que certains agissements aient pu demeurer à ce point dans l'ombre jusqu'à maintenant. Elle montre aussi comment les fissures ont commencé à se former permettant au scandale d'éclore. Ce film explique et met en lumière comment le règne Weinstein a été possible. Il soulève aussi des questionnements sur l'après. On savait que cela existait, maintenant que c'est acté, on fait quoi ? 

Certes L'INTOUCHABLE, HARVEY WEINSTEIN prouve que même un géant malfaisant et tout-puissant peut-être mis à mal, mais comment faire en sorte que ces agissements appartiennent à un passé honteux, enfermés à jamais dans l'intolérable, sans possible remise de peine ? Un premier pas serait peut-être d'aller voir ce documentaire.

NOTES DE PRODUCTION
(À ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

Suite à la projection du documentaire, Véronique Le Bris du site www.cine-woman.fr a eu la gentillesse de venir partager avec nous ses impressions, puisqu'elle a pu rencontrer la réalisatrice Ursula Macfarlane, et de répondre à nos questions. Retrouvez cet échange dans les vidéos ci-dessous (à ne regarder qu'après avoir vu le documentaire pour éviter les spoilers) :



NOTES DE PRODUCTION

PRÉSENTATION

L’INTOUCHABLE est une parabole moderne pour notre époque et les générations futures. Radiographie de l’ascension et de la chute spectaculaires d’Harvey Weinstein, le film révèle comment le magnat d’Hollywood a acquis et exercé sa toute-puissance au fil des décennies. D’anciens collaborateurs, des camarades d’université et des journalistes s’interrogent sur la légende d’un Weinstein visionnaire, tout en décrivant ses stratégies impitoyables pour préserver son pouvoir, même quand le scandale menaçait de l’engloutir. Émaillé de témoignages sincères, sensibles et souvent déchirants de ses victimes, dont la plupart s’expriment pour la première fois devant une caméra, L’INTOUCHABLE lève le voile sur le mode opératoire et les dommages collatéraux des abus sexuels présumés de Weinstein. Alors que la procédure pénale à son encontre suit son cours, le film invite le spectateur à se demander si les puissants sont réellement au-dessus de la loi et si un changement significatif est vraiment possible.

NOTE DE LA RÉALISATRICE URSULA MACFARLANE

Quand le producteur Simon Chinn m’a proposé de réaliser ce long métrage documentaire, j’ai pensé que c’était un projet idéal pour moi. Dans une époque d’inégalités croissantes entre les sexes, un film sur Harvey Weinstein permettait de soulever les problèmes de domination, d’abus de pouvoir, de complicité et de dissimulation qui m’interpellent, vu que j’ai toujours mis un point d’honneur à donner la parole aux femmes dans mes films. Ayant été élevée par une mère féministe, j’ai observé avec effroi l’effondrement des acquis du féminisme et l’émergence d’une culture du sexisme ordinaire, avec un « attrapeur de chattes » autoproclamé siégeant à la Maison-Blanche. Ces questions résonnaient chez tous ceux à qui j’en ai parlé. Les femmes avaient toutes leurs propres histoires #MeToo à raconter – certains hommes aussi. Étant réalisatrice, il n’y avait pas de meilleur moyen que le cinéma pour mettre ces problèmes en lumière.

Aujourd’hui, au terme de neuf mois de procédure, alors que les victoires du mouvement #MeToo sont menacées d’être balayées du fait de la fragilisation de l’accusation, il semble plus que jamais opportun de dévoiler au grand public la pathologie de cet homme, qui a passé sa vie à asseoir son pouvoir en abusant des plus faibles et en dissimulant ses exactions – ceci dans l’industrie du cinéma au sein de laquelle je suis si fière de travailler.

Le film est conçu comme un drame en trois actes, adoptant la structure de la tragédie grecque – depuis le défi aux dieux jusqu’au revers de fortune et, on l’espère, jusqu’au jugement tant attendu. Il retrace minutieusement l’ascension de Weinstein, son charisme aiguisé, son talent reconnu d’orateur et de négociateur ont fait de lui le roi d’Hollywood. Le récit montre comment son aura, garante de succès et de richesse, lui a permis de s’en prendre à des personnes jeunes et vulnérables.

Les abus sexuels présumés de Weinstein sont au cœur de L’INTOUCHABLE. Ses accusatrices sont représentées par une jeune actrice que l’on rencontre au début du film, dont les espoirs et les rêves semblent reposer sur l’obtention des faveurs du producteur. Son parcours illustre la dangereuse relation entre les puissants, qui ont quelque chose à offrir, et les faibles, qui veulent désespérément ce que les puissants offrent.

Grâce aux témoignages d’anciens employés de Miramax et de la Weinstein Company, dont beaucoup s’expriment pour la première fois devant une caméra, nous avons pu explorer les différents niveaux de connivence entourant les abus de pouvoir, ainsi que la nature même du consentement. Admettant qu’il y avait un prix à payer pour entrer dans le monde d’Harvey, d’anciens collaborateurs expriment leur sentiment de culpabilité et leurs regrets de n’avoir rien fait pour l’arrêter. Témoignant aussi pour la première fois publiquement, une jeune employée nous parle d’une note interne explosive qu’elle a signée, faisant état de « l’environnement toxique pour les femmes » régnant au sein de la Weinstein Company. C’est cette note interne, publiée par le New York Times en octobre 2017, qui a provoqué la chute de Harvey Weinstein.

L’INTOUCHABLE est une parabole sombre sur l’inconduite sexuelle et la dynamique du pouvoir. Bien que le dénouement de l’affaire Weinstein ne soit pas encore écrit – ses plus grands rebondissements restant peut-être à venir –, il ne fait aucun doute que cette avalanche d’allégations a impulsé un changement significatif. La douleur éprouvée par les accusatrices de Weinstein est palpable dans le film, mais il apparaît aussi que les blessures individuelles peuvent se transformer en une force collective. L’INTOUCHABLE rend hommage à la force que procure le fait de briser le silence collectivement.

ENTRETIEN AVEC LA PRODUCTION

Comment le projet est-il né ?

Peu après l’annonce des abus sexuels présumés d’Harvey Weinstein, en octobre 2017, Simon Chinn a entamé un dialogue avec Simon Young, producteur à la BBC, au sujet d’un long métrage documentaire qui raconterait l’histoire de Weinstein sous un angle inédit, en dépit de l’avalanche d’articles publiés sur l’affaire. En étudiant le projet, Simon Chinn et son cousin Jonathan Chinn, associés chez Lightbox, en sont arrivés à la conclusion qu’un long métrage documentaire ambitieux pour une sortie salles était un défi qui valait la peine d’être relevé. Ils ont estimé qu’un tel film offrirait un regard neuf s’il était capable de saisir la complexité d’une histoire couvrant six décennies, et de la raconter de manière nuancée, avec ses contradictions inhérentes, en partant des réflexions personnelles et sincères de ceux qui l’ont vécue de l’intérieur. Personne n’avait encore raconté l’ascension et la chute de Weinstein au regard de cette nouvelle donne. Le défi consistait à le faire d’une façon qui résonnerait chez les spectateurs du monde entier, en traitant des thèmes universels tels que : le pouvoir et ses limites, le machisme et le sexe, ainsi que la question du « consentement » au cœur de la défense de Weinstein – qu’en est-il à l’intérieur de ce système de pouvoir ?

Quand la production a-t-elle débuté ?

Simon Chinn a approché Ursula Macfarlane en novembre 2017 et elle a immédiatement signé pour réaliser le film. Elle avait déjà travaillé avec Lightbox sur la série Captive, pour Netflix, traitant des négociations de libération d’otages. Les Chinn ont pensé qu’elle serait la plus à même de mener le projet à bien, du fait de son empathie, de son intelligence et de sa rigueur journalistique et narrative. La productrice Poppy Dixon, qui avait travaillé avec Simon Chinn sur The Imposter, long métrage documentaire nommé aux BAFTA, ainsi que le monteur Andy Worboys, lauréat d’un BAFTA, sont venus compléter l’équipe, puis les recherches et la préproduction ont démarré sérieusement à Londres en février 2018.

À quelles difficultés vous attendiez-vous ?

On a compris immédiatement que le principal challenge serait d’accéder directement aux victimes. S’agissant d’une affaire toujours en cours et dont le dernier chapitre n’est pas encore écrit, on se doutait bien qu’on rencontrerait différents types de réactions pour s’engager à nos côtés. Mais on savait aussi que beaucoup de ceux qui avaient travaillé de près avec Weinstein avaient eu un regard privilégié sur ses agissements et avaient des choses à dire. S’agissant d’une histoire dans le milieu du cinéma, on était parfaitement conscients de la nécessité de sonder, d’une manière ou d’une autre, l’industrie dans laquelle nous exerçons. Étant nous-mêmes impliqués dans la profession, on savait que cette démarche serait salutaire, mais on était également conscients de ses chausse-trapes. On a tenté d’aborder l’histoire avec une certaine objectivité et ne pas tomber dans le piège de faire un film pour les gens du métier, mais plutôt de s’adresser au plus grand nombre avec un film qui prendrait les particularités de cette histoire pour les connecter au débat plus large qui avait lieu dans le monde entier.

Quel a été votre angle d’attaque ?

S’attaquer à la vie privée et à la carrière d’Harvey Weinstein, ainsi qu’aux nombreuses accusations portées contre lui, était une tâche ardue. On a dressé une liste de plus de 600 noms – des personnes du monde entier ayant une connaissance approfondie de cette histoire. On a contacté près de 400 personnes, dont 128 ont consenti à nous parler – certaines officieusement. On a finalement interviewé 29 personnes sur une période de neuf mois. La plupart d’entre elles figurent dans le film. Ces témoins évoquent les nombreux aspects de la carrière et de la vie de Weinstein sur plus de soixante ans. Ils forment l’ensemble le plus exhaustif à avoir raconté cette histoire à l’écran. Beaucoup d’entre eux ne s’étaient encore jamais exprimés publiquement sur le sujet.

Nous étions parfaitement conscients qu’exposer des femmes confrontées à des souvenirs douloureux demanderait beaucoup de délicatesse et de sensibilité. Nombre d’entre elles ont fait preuve de volonté et d’un grand courage pour s’exprimer face caméra, souvent pour la première fois, encouragées par l’écho médiatique qui nous avait précédés et la réaction internationale qu’il avait suscitée.

Les gens du métier étaient souvent plus réticents. Ceux qui avaient étroitement travaillé avec Weinstein, manifestaient souvent une gamme complexe d’émotions et estimaient généralement qu’ils avaient plus à perdre qu’à gagner à témoigner devant la caméra. Mais certains personnages clés ont joué le jeu. Nous sommes très reconnaissants envers tous ceux qui ont contribué au film devant la caméra, ainsi qu’envers ceux qui nous ont aidés et conseillés en coulisses.

Comment les poursuites judiciaires sont-elles évoquées dans le film ?

L’affaire est toujours entre les mains de la justice, avec les accusations criminelles dont Weinstein se défend, ainsi que les nombreuses procédures civiles engagées contre lui. Alors que le film traite des charges criminelles et du système de défense de Weinstein à New York, nous n’avons jamais eu l’intention de couvrir les tenants et les aboutissants de ce drame judiciaire et, de plus, cela aurait été hors de notre portée. On a fait le choix de se concentrer sur les faits antérieurs à 2017 afin d’essayer de comprendre comment on en était arrivé là et de soulever les questions de fond sur l’état du monde avant que le scandale n’éclate. Ce monde étaitil différent de celui dans lequel on vit aujourd’hui ? Alors qu’on tournait, des éléments fragilisant les accusations portées contre Weinstein ont émergé et la colère de beaucoup de ceux qui espéraient le voir traduit en justice s’est sensiblement modifiée. En plus de prendre part au débat actuel, on a toujours eu l’ambition de regarder au-delà de ces machinations pour concevoir ce qui, on l’espère, constituera un document de référence reflétant une époque révolue, non seulement pour notre génération, mais aussi pour celle de nos enfants.

URSULA MACFARLANE, RÉALISATRICE

Ursula Macfarlane est une réalisatrice basée au RoyaumeUni dont les documentaires ont récolté des prix et nominations aux BAFTA, aux Grierson Awards et aux Royal Television Society Awards. Sa filmographie inclut des titres tels que One Deadly Weekend in America, documentaire sur les morts commises par arme à feu au cours d’un seul week-end de juillet ; la série Captive, pour Netflix ; Charlie Hebdo: Three Days That Shook Paris et Breaking Up with the Joneses, long métrage documentaire sur un couple en instance de divorce.

AVEC LA CONTRIBUTION DE (DANS L’ORDRE D’APPARITION)


Source et copyright des textes des notes de production @ Le Pacte

  
#LIntouchableHarveyWeinstein

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