samedi 24 janvier 2015

Back to the future


Drame/Comédie/Un traitement intéressant du sujet, trop de longueurs

Réalisé par Ruben Östlund
Avec Johannes Bah Kuhnke, Lisa Loven Kongsli, Clara Wettergren, Vincent Wettergren, Kristofer Hivju, Fanni Metelius, Brady Corbet...

Long-métrage Suédois/Danois/Français/Norvégien
Titre original : Turist
Durée : 1h58m
Année de production : 2014
Distributeur : Bac Films / DistriB Films

Date de sortie sur nos écrans : 28 janvier 2015


Résumé : Une famille suédoise passe ensemble quelques précieux jours de vacances dans une station de sports d’hiver des Alpes françaises. Le soleil brille et les pistes sont magnifiques mais lors d’un déjeuner dans un restaurant de montagne, une avalanche vient tout bouleverser. Les clients du restaurant sont pris de panique, Ebba, la mère, appelle son mari Tomas à l’aide tout en essayant de protéger leurs enfants, alors que Tomas, lui, a pris la fuite ne pensant qu’à sauver sa peau… Mais le désastre annoncé ne se produit pas, l’avalanche s’est arrêtée juste avant le restaurant, et la réalité reprend son cours au milieu des rires nerveux. Il n’y a aucun dommage visible, et pourtant, l’univers familial est ébranlé. La réaction inattendue de Tomas va les amener à réévaluer leurs rôles et leurs certitudes, un point d’interrogation planant au dessus du père en particulier. Alors que la fin des vacances approche, le mariage de Tomas et d’Ebba est pendu à un fil, et Tomas tente désespérément de reprendre sa place de patriarche de la famille. Snow Therapy est une comédie grinçante sur le rôle de l’homme au sein de la famille moderne.

Bande annonce (VOSTFR)


Ce que j’en ai pensé : Avec SNOW THERAPY, le réalisateur Ruben Östlund, nous fait rentrer de plein fouet dans une crise de couple. Son traitement de cette crise est intéressant notamment dans la manière dont la fracture s'installe suite à un traumatisme. Il met ses personnages au pied du mur et les oblige à regarder la réalité en face. Cela ne se fait pas sans heurts. Il y a des scènes de situation de malaise qui sont excellentes. On peut penser qu’on réagirait peut-être différemment de la manière dont Tomas et Ebba, les adultes du couple en question, le font. Tout l’intérêt est justement qu’on se pose la question. En tant que spectateurs, on se retrouve un peu comme leur couple d’amis, Mats et Fanni, lorsqu'ils entendent le récit de leur aventure. L’humour est mordant et il va très bien avec le style du film et la volonté du réalisateur d’appuyer là où cela fait mal.



Finalement, je n’ai qu’un reproche vis-à-vis de ce long-métrage : les longueurs. En comparaison des arguments développés, le film est trop long. C’est dommage car dès qu’il y a un peu de rythme, ce dernier est cassé par des scènes qui n’apportent pas forcément grand-chose au débat.

Les acteurs sont très bien. Johannes Bah Kuhnke, dans le rôle de Tomas, le mari dont la place dans la famille va se retrouver remise en question, montre bien les faiblesses de son personnage. Tomas est un personnage pathétique. Lisa Loven Kongsli, dans le rôle d’Ebba, est convaincante lorsque son monde tremble et menace de s’effondrer. Ebba découvre son mari et ce n’est pas pour le meilleur…


J’ai apprécié l’humour décalé et la thématique originale de SNOW THERAPY. J’ai passé un bon moment, même si le film aurait vraiment gagné en intensité à voir certaines scènes très raccourcies.


Notes du réalisateur
(A ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers!)

SNOW THERAPY trouve ses origines dans une question qui me fascine depuis longtemps : comment les êtres humains réagissent-ils dans des situations soudaines et inattendues comme une catastrophe par exemple ?
Ici, il s’agit de l’histoire de vacanciers témoins d’une avalanche et qui s’enfuient, terrifiés. Lorsque tout s’arrête, ils ont honte car ils ont succombé à leurs instincts primaires. Cette histoire-là m’est venue suite à une anecdote que je n’ai jamais pu oublier. Il y a quelques années, un couple de Suédois, des amis à moi, étaient en vacances en Amérique Latine lorsque soudain, des hommes armés ont surgi de nulle part et ont commencé à tirer. Le mari a réagi d’instinct et a couru se mettre à couvert, laissant sa femme sans protection. De retour en Suède, après un ou deux verres de vin, elle ne pouvait pas s’empêcher de raconter l’histoire encore et encore... Mon imagination a été piquée au vif. J’ai donc commencé à rechercher d’autres histoires vraies du même genre : des histoires d’urgence et de détresse, de passagers lors d’un naufrage de bateau, de touristes frappés par des tsunamis ou détenus en otage par des pirates. Dans des situations si extrêmes, les gens peuvent réagir de manière complètement inattendue et extrêmement égoïste.
Il apparaît - des études scientifiques ont été réalisées sur ce sujet - qu’après une catastrophe, une attaque de pirate ou un naufrage, un grand nombre de survivants divorcent. Il semble aussi que dans beaucoup de cas, les hommes n’agissent pas selon les codes chevaleresques attendus. Dans des situations de vie ou de mort, lorsque la propre survie d’un individu est en jeu, il semble que les hommes ont davantage tendance à s’enfuir et sauver leur vie plutôt que de protéger les femmes, ce qui constitue la cause principale de ces divorces. Cela m’a donné envie de parler de la notion reçue selon laquelle un homme est supposé être le protecteur de sa femme et de sa famille et du code social selon lequel l’homme ne doit pas reculer face au danger.
A partir de là, je suis arrivé à l’idée d’un drame existentiel au sein d’une station de ski, quelque chose qui me semble extrêmement intéressant. En effet, les vacances au ski symbolisent pour moi le sentiment de maîtrise complète de sa propre vie. La station des Arcs, où SNOW THERAPY a été tournée, a été construite dans les années 50, comme la plupart des stations de ski européennes, pour recevoir les familles de la classe moyenne, constituée d’une mère (qui travaillait parfois), d’un père cadre et deux enfants. Le père est supposé mettre la main à la pâte et la cuisine ouverte entièrement équipée de l’appartement donne à la mère la possibilité de faire autre chose que la cuisine, par exemple skier avec sa famille ou se détendre. Les stations de ski sont supposées être confortables comme le montre les publicités : nous imaginons la femme se relaxant et son mari jouant avec les enfants. Les vacances sont le moment où le père de classe moyenne occidental « redonne » à la famille pour compenser son absence.
C’est le moment où il peut se dévouer à ses enfants et prendre soin d’eux. Mais dans SNOW THERAPY, « l’homme civilisé » se retrouve confronté à la « Nature ». Les personnages vivent ce drame et le père, Tomas, doit faire face à son côté primitif, car ses instincts le conduisent à se sauver et à abandonner ses enfants et sa femme. Il doit faire face à la réalité : lui aussi est soumis aux forces de la nature et il n’a pas réussi à dissimuler son réflexe le plus élémentaire, l’instinct de survie. Après la panique de l’avalanche, nos personnages réussissent tant bien que mal à sourire nerveusement, ils se relèvent et se secouent pour enlever la neige... Mais, bien qu’il n’y ait eu aucun dégât physique, les liens familiaux ont été profondément bouleversés. Nos personnages commencent lentement à se poser des questions à propos des rôles qu’ils pensaient remplir si bien et ils doivent gérer la nouvelle image de leur père, Tomas, qui n’a pas agi de la manière attendue. Tomas lui-même doit aussi concilier ses actions avec sa propre image et sa femme Ebba doit admettre que son mari et le père de ses enfants les a abandonnés au moment où ils avaient le plus besoin de lui.
Cette situation particulière illustre l’existence plus large d’attentes mutuelles spécifiques entre les membres d’une famille même si ces dernières sont rarement énoncées. Chaque personne a un rôle à jouer et chacun attend des autres qu’ils remplissent ces rôles déterminés. La plupart des gens s’attendent, peut-être de manière inconsciente, à ce que la mère s’occupe des enfants quotidiennement tandis que le père se doit d’intervenir lorsqu’une menace soudaine est imminente.
Pourtant, aujourd’hui, un homme a très rarement l’occasion d’intervenir et de protéger sa famille. Il n’a aucune opportunité réelle pour réaliser ce genre d’action car il y a très peu de danger physique menaçant la classe moyenne dans la société occidentale. Pourtant, tout le monde attend toujours cela de lui et lui-même s’y attend. Cette attente m’intéresse, mais aussi le fait qu’elle est déconnectée de la réalité. Les statistiques montrent qu’un homme est davantage susceptible d’abandonner sa famille lors d’une situation de crise que ce que l’on imagine.
Les enquêtes concernant les catastrophes maritimes ont montré que le pourcentage de survivants masculins était plus élevé que celui des survivants féminins. La scène de l’avalanche dans SNOW THERAPY est vraiment effrayante. Elle a été filmée dans un studio où une partie de la terrasse du restaurant a été reconstruite devant un écran vert ensuite remplacé par une belle avalanche filmée en Colombie Britannique. Un nuage de neige numérique a enfin été rajouté à la scène. Durant la post-production de cette scène, ainsi que pour certains autres plans, j’ai appliqué des effets et / ou des mouvements de caméra avec Photoshop et After Effects, ainsi que je l’avais fait précédemment avec PLAY et INVOLUNTARY et, plus particulièrement, pour le court-métrage INCIDENT BY A BANK dans lequel tous les mouvements de caméra ont été créés au montage.
SNOW THERAPY prend vie au cœur d’un environnement visuel majestueux que j’ai souhaité mettre encore plus en valeur grâce au traitement CGI, en «reconstruisant» les montagnes et certaines parties du complexe hôtelier pour créer un univers vraiment sensationnel. Bien sûr, le travail numérique restera complètement invisible, comme ce fut le cas dans mes films précédents, pour que le public ne réalise pas que l’environnement a été retouché. Nous avons tourné ce film avec des objectifs anamorphiques, en utilisant la caméra ARRI Alexa, après que Fredrik Wenzel, le Directeur de la Photographie et moi-même ayons effectué une série de tests. L’utilisation des objectifs anamorphiques permet d’obtenir un ressenti plus cinématographique, une sensation de cadrage vraiment épique dans ce décor montagneux. Ils nous rapprochent aussi davantage des personnages que dans mon précédent long métrage PLAY. Avec ces objectifs, il est possible de filmer en gros plan tout en ayant toujours un peu d’arrière-plan avec lequel travailler.
La structure du film suit le déroulement d’une semaine de ski classique - premier jour, deuxième jour, troisième jour... jusqu’à ce que la famille rejoigne l’aéroport le cinquième jour. La structure familiale sera exposée le premier jour dans ce cadre magnifique, avec les montagnes, le temps superbe... L’incident avec l’avalanche aura ensuite lieu le deuxième jour. Durant les troisième, quatrième et cinquième jours, nous verrons comment la famille essaye de faire face aux conséquences de l’avalanche. Cette structure en cinq jours nous permet de répéter plusieurs éléments de la routine quotidienne comme le petit-déjeuner ou le brossage de dents du soir pour pouvoir suivre l’évolution des comportements de la famille avant et après l’incident. Dans SNOW THERAPY nous allons continuer à suivre Ebba et Tomas dans leur parcours, voir l’évolution de leurs sentiments et de leurs perceptions des évènements, voir comment ils vont lutter pour rester ensemble, partager leurs peines et leurs espoirs. Pour le public, l’intérêt est davantage lié à l’émotion que dans mes films précédents, plus conceptuels. Dans la scène finale, lorsque les protagonistes retournent à l’aéroport en bus, je voudrais que le dilemme de Tomas devienne universel. Les touristes se retrouvent debout sur le bord de la route, en partie à cause de l’imprudence du chauffeur, mais aussi parce qu’ils ont laissé leur peur avoir raison d’eux-mêmes. Et maintenant, ils descendent la montagne à pied. Lorsqu’ils voient le bus s’éloigner prudemment, un léger sentiment de honte collective surgit et pourtant, au fur et à mesure qu’ils marchent, ce sentiment se transforme rapidement en un sentiment de solidarité. Les masques sociaux sont tombés et ils sont maintenant capables d’agir comme des êtres humains, parmi d’autres êtres humains, sans artifice.

«Chacun pour soi» Genre, Normes et Survie lors de Catastrophes Maritimes

Mikael Elinder et Oscar Erixson Université d’Uppsala, Département d’économie, 10 avril 2012 Résumé Depuis le naufrage du TITANIC, la conviction que la norme sociale des “femmes et des enfants d’abord” confère aux femmes plus de chances de survie que les hommes lors de catastrophes maritimes et que l’équipage et le capitaine donnent priorité aux passagers s’est largement répandue. Nous avons analysé une base de données incluant 18 catastrophes maritimes sur trois siècles, couvrant le destin de plus de 15 000 individus ayant 30 nationalités différentes. Nos résultats ont fourni une nouvelle image des catastrophes maritimes. Les femmes ont clairement moins de chances de survie que les hommes et l’équipage et les capitaines ont un taux de survie nettement plus élevé que les passagers. Nous avons aussi découvert que le capitaine est en mesure d’imposer un comportement normatif, que l’écart des taux de survie entre les sexes a diminué, que les femmes ont encore moins de chances de survie lors de naufrages britanniques et qu’il n’y a apparemment pas de lien entre la durée d’une catastrophe et l’impact des normes sociales. Dans l’ensemble, nos résultats montrent que l’expression “Chacun pour soi” résume le mieux le comportement en situation de vie ou de mort.

Le réalisateur Ruben Östlund

Ruben Östlund est né en 1974 à Styrsö, une petite île à l’ouest de la Suède. Il fait des études de graphisme avant d’intégrer l’Université de Göteborg, où il rencontre le producteur Erik Hemmendorff avec lequel il fondera plus tard Plattform Produktion. Fervent skieur, Ruben réalise trois films de ski qui témoignent de son goût pour les plans séquences, un goût qu’il a structuré et développé lors de ses études de cinéma et qui est encore aujourd’hui un signe distinctif de son œuvre. Ruben s’est également rendu célèbre pour ses représentations pleines d’humour et de justesse du comportement social de l’être humain, ainsi que pour son utilisation virtuose de Photoshop et autres logiciels de traitement de l’image au sein de ses films. Son premier long métrage THE GUITAR MONGOLOID, produit par le co-fondateur de Plattform Produktion Erik Hemmendorff, gagne le Prix FIPRESCI à Moscou en 2005. INVOLUNTARY suit la lignée en étant sélectionné à Cannes pour Un Certain Regard en 2008. Le film est alors distribué dans plus de 20 pays et montré dans de très nombreux festivals, gagnant à Ruben une reconnaissance internationale. Deux ans plus tard, il remporte l’Ours d’Or à Berlin pour INCIDENT IN A BANK, un court métrage dans lequel chaque mouvement de caméra a été créé par ordinateur en postproduction. La première de son troisième long métrage PLAY (2011) se tient à Cannes à la Quinzaine des Réalisateurs, où Frédéric Boyer lui donne le «Coup de Cœur» de la Quinzaine. Après Cannes, PLAY est projeté à Venise et Toronto, ainsi que dans de nombreux autres festivals où il reçoit plusieurs prix et distinctions. Entre autres, PLAY est nommé pour le prestigieux prix LUX du Parlement Européen et gagne le Prix Nordique, la distinction la plus importante en Scandinavie. Au cours de la dernière décennie, le style de mise en scène de Ruben a influencé un grand nombre de réalisateurs scandinaves et a ouvert la voie à une utilisation novatrice des caméras HD et ordinateurs. En association avec son producteur et partenaire Erik Hemmendorff, ils ont réussi à fédérer autour d’eux un groupe de cinéastes innovateurs connu sous le nom de “L’Ecole de Göteborg”. SNOW THERAPY est son quatrième long métrage.

Plattform Produktion Erik Hemmendorff et Ruben Östlund

Basée à Göteborg, Plattform Produktion est l’une des sociétés de production les plus innovatrices et audacieuses de Suède. Après leur rencontre à l’Université de Göteborg, le producteur Erik Hemmendorff et le réalisateur Ruben Östlund créent l’entreprise en 2002 afin d’offrir une plateforme pour les jeunes cinéastes nordiques présentant une approche particulière et différente au cinéma. En Suède, ils ont été pionniers dans leur recherche des potentialités des caméras HD et leur impact sur la production et la narration ; ils ont ainsi fédéré autour d’eux un mouvement qui s’est fait rapidement connaître sous le nom de « École de Göteborg ». Erik Hemmendorff a reçu le Prix Lorens du Meilleur Producteur Suédois en 2008, et la Cinémathèque de Stockholm a distingué publiquement Plattform Produktion pour sa contribution exemplaire au cinéma suédois. Erik est un des producteurs ACE 21 (Ateliers du Cinéma Européen) 

Coproduction Office Philippe Bober

Le label européen Coproduction Office, fondé en 1987 à Berlin par le producteur français Philippe Bober, produit et commercialise des films audacieux. Le label comprend une société de ventes internationales et trois sociétés de production : Parisienne (Paris), Essential (Berlin) et Coproduction Office (Copenhague). Parmi les plus prestigieuses entreprises de production et de ventes internationales, Coproduction Office a développé des relations longues et fructueuses avec de grands auteurs tels Roy Andersson, Michelangelo Frammartino, Jessica Hausner, Ruben Östlund ou Ulrich Seidl.

Le début de la collaboration avec Ruben Östlund Erik Hemmendorff : J’ai connu Ruben à l’université de Göteborg mais nous n’avons commencé de travailler ensemble qu’ultérieurement, pour le producteur Kalle Boman. Ruben avait des idées très intéressantes, notamment en ce qui concerne les plans séquences. Durant sa dernière année d’université, il a réalisé un documentaire sur le divorce de ses parents. C’était un film ne comportant qu’un seul plan, très authentique. J’ai beaucoup aimé et cela m’a fait comprendre qu’il avait des idées fortes.

Philippe Bober: Personnellement, j’ai découvert Ruben lorsque tu m’as donné un DVD de son court-métrage AUTOBIOGRAPHICAL SCENE NUMBER 8662, un film avec seulement trois plans. Je l’ai trouvé excellent du point de vue visuel, avec un beau grain, une écriture originale et une forme d’humour assez rare. C’est pourquoi je l’ai invité au festival de Sarajevo à l’époque où je participais à la programmation des courts-métrages. Ensuite, nous nous sommes rencontrés pour la seconde fois à Rotterdam ; j’ai fait la connaissance de Ruben à cette occasion et tu m’as montré des plans de INVOLUNTARY. Elles avaient la même qualité que celles du court-métrage et la surpassaient même par la tension liée au temps réel qu’on y perçoit. can sense the tension in real-time in each scene of INVOLUNTARY.

Les Films de Ruben Östlund E.H. : Quand nous étions à l’université, tout le monde parlait de la numérisation de la prise de vue et du montage. Ruben et moi pensions que c’était le futur, une invention aussi révolutionnaire que les caméras légères à l’époque de la Nouvelle Vague. Nous avons immédiatement cru au potentiel de la vidéo numérique et nous étions persuadés que dorénavant, avoir du temps serait plus important qu’avoir de l’argent. Nous étions pratiquement les seuls à penser ainsi en Suède à cette époque, et cela dix ans après l’apparition du mouvement Dogma. Le film de Ruben THE GUITAR MONGOLOID a été le premier film suédois tourné en numérique. De plus, Ruben s’est révélé être très à l’aise avec Photoshop et d’autres logiciels, capable de modifier les images, de rajouter ou supprimer des éléments comme bon lui semble. Nous pensions qu’il n’est pas nécessaire d’avoir du matériel hors de prix pour faire des films ambitieux susceptibles d’être reconnus au niveau international. Cela dit, bien que nous considérions très sérieusement la possibilité d’ajouter ou supprimer des éléments, nous avons commencé à développer ce que nous avons baptisé le « réalisme de l’instant », c’est-à-dire des films composés exclusivement de séquences brutes. Pour nous, un plan n’est bon que s’il est capable de véhiculer les émotions du temps réel. Notre ambition était alors de faire des nouveaux films, avec une nouvelle technique et une nouvelle approche narrative. P.B. : Avec le numérique, Ruben n’est pas limité par la longueur de la bobine. Les acteurs ne perçoivent pas la différence quand ça tourne et quand ça ne tourne pas. Le style de Ruben a par ailleurs évolué d’un film à l’autre, ce qui est particulièrement rare. Erik Hemmendorff : Ruben cherche moins à distraire le public qu’à lui donner à réfléchir. De plus, son travail est très intéressant par la réflexion sur le cinéma qu’il intègre : pour lui, un film ouvre une discussion sur les rôles, l’image qu’on peut avoir de soi-même et l’impact de cette image sur nos vies. C’est notamment le cas dans SNOW THERAPY, lorsqu’un photographe est engagé pour une réunion de famille et va offrir à ces gens des photos leur donnant l’image d’une famille modèle. 

À propos de SNOW THERAPY P.B. : Le court-métrage INCIDENT BY A BANK est un bon exemple de l’humour dont Ruben fait preuve dans sa réflexion sur le cinéma. Quant à SNOW THERAPY : quelle place revient à ce film dans l’œuvre de Ruben à ton avis ?

E.H. : Ruben voulait refaire un film sur le ski, en soulignant la suffisance dont font preuve les Suédois lorsqu’ils se croient au centre du monde. Il avait aussi l’intention de traiter le thème du touriste, celui qui voyage sans jamais se sentir concerné par ce qu’il découvre à l’étranger, mais qui est ébranlé lorsqu’il est confronté à une situation bouleversante à laquelle il ne peut pas échapper. Je pense que c’est là ce qui l’intéressait mais tu te souviens que, lors de nos premières discussions, nous avions envisagé de raconter trois histoires différentes ? 

P.B. : Effectivement, mais j’ai alors plaidé pour n’en raconter qu’une seule. SNOW THERAPY, tel qu’il a été réalisé, va désormais bien au-delà d’une simple critique de la classe moyenne.

E.H. : En concevant l’histoire, la problématique des rapports entre un mari et sa femme s’est progressivement imposée lorsque nous considérions les conséquences de l’avalanche : le drame leur révèle tout ce que les conventions sociales exigent d’eux, et à quel point ils peuvent souffrir lorsqu’ils ne les respectent pas. Je pense que c’est en partie dû au fait que l’industrie du cinéma perpétue une image erronée de l’héroïsme, de la virilité et des relations homme/femme. Ce qui se passe entre Ebba et Tomas est parfaitement clair et je pense que les spectateurs réfléchissent sérieusement à la manière dont ils pourraient réagir dans une situation similaire. Ce film s’affirme ainsi comme le portrait d’une famille moderne.

P.B. : SNOW THERAPY suscite la controverse par la manière dont il explore les relations homme/femme. Les couples qui vont le voir ensemble vont probablement en parler et se demander qu’est-ce qu’ils feraient s’ils étaient confrontés à la même situation. « Et toi, qu’est-ce que tu aurais fait dans ce cas ? ». Tous les films de Ruben se caractérisent à la fois par un style fort et l’originalité de leur thématique. PLAY, film impressionnant par l’usage du temps réel, a marqué un renouvellement de Ruben après INVOLUNTARY. Quant à SNOW THERAPY, c’est encore une nouvelle étape dans la mesure où Ruben a découpé le film et dirigé les acteurs de manière plus individuelle.

E.H. : À mon sens, un bon film doit poser des questions sur les gens et la société dans laquelle nous vivons. De plus, SNOW THERAPY se distingue par sa qualité visuelle : après PLAY, je souhaitais un film spectaculaire, précis au possible et portant la marque de Ruben — tout en étant radicalement différent and recognizable as Ruben’s mark, but being at the opposite at the same time.

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