vendredi 16 janvier 2015

Back to the future


Biopic/Drame/Histoire touchante et émouvante, de très belles interprétations

Réalisé par James Marsh
Avec Eddie Redmayne, Felicity Jones, Charlie Cox, Emily Watson, Tom Prior, Sophie Perry, Finlay Wright Stephens, Harry Lloyd, Alice Orr-Ewing, David Thewlis...

Long-métrage Britannique
Titre original : The Theory of Everything 
Durée : 2h03m
Année de production : 2014
Distributeur : Universal Pictures International France 

Date de sortie sur les écrans britanniques : 1er janvier 2015
Date de sortie sur nos écrans : 21 janvier 2015


Résumé : 1963, en Angleterre, Stephen, brillant étudiant en Cosmologie à l’Université de Cambridge, entend bien donner une réponse simple et efficace au mystère de la création de l’univers. De nouveaux horizons s’ouvrent quand il tombe amoureux d’une étudiante en art, Jane Wilde. Mais le jeune homme, alors dans la fleur de l’âge, se heurte à un diagnostic implacable : une dystrophie neuromusculaire plus connue sous le nom de maladie de Charcot va s’attaquer à ses membres, sa motricité, et son élocution, et finira par le tuer en l’espace de deux ans. 

Grâce à l’amour indéfectible, le courage et la résolution de Jane, qu’il épouse contre toute attente, ils entament tous les deux un nouveau combat afin de repousser l’inéluctable. Jane l’encourage à terminer son doctorat, et alors qu’ils commencent une vie de famille, Stephen, doctorat en poche va s’attaquer aux recherches sur ce qu’il a de plus précieux : le temps. 

Alors que son corps se dégrade, son cerveau fait reculer les frontières les plus éloignées de la physique. Ensemble, ils vont révolutionner le monde de la médecine et de la science, pour aller au-delà de ce qu’ils auraient pu imaginer : le vingt et unième siècle.

Bande annonce (VOSTFR)


Featurette - Eddie Redmayne est Stephen Hawking



Featurette - Jane Hawking: Le Courage


Ce que j'en ai pensé : Le film s'inspire de l’autobiographie de Jane Hawking 'Voyage Vers L’infini, Ma Vie Avec Stephen'. Stephen Hawking est un personnage fascinant. Véritable génie, il souffre d'une terrible maladie. On l'a tous déjà vu dans une de ses interviews à la télé, je pense. C'est un homme brillant au courage évident qui ne manque pas d'humour. 
Le film est un biopic. Il en a la structure et le rythme. Il s'agit moins ici de décrire la vie de Stephen Hawking que de nous expliquer l'incroyable duo formé avec son épouse. On découvre leur intimité mais sans tomber dans le voyeurisme ou la sensiblerie malvenue.
L'histoire est belle, touchante et émouvante. Le courage de ces deux personnalités qui refusent la fatalité et se battent aussi bien personnellement que professionnellement pour que les difficultés ne les empêchent pas d'accomplir leurs buts est une inspiration. Ce que j'ai apprécié par dessus tout, c'est qu'ils ne sont pas décrits et montrés comme des êtres parfaits. Au contraire, ils ont leurs faiblesses et des défauts. Le problème n'est pas de juger leurs erreurs mais de comprendre l'influence de ces dernières sur leur vie. 
J'ai trouvé la réalisation soignée mais un peu classique. Elle reste vraiment dans les codes du biopic. 
Les costumes nous permettent de nous transposer dans les différentes époques. L'ambiance universitaire est vraiment bien rendue.
Eddie Redmayne, qui interprète Stephen Hawking, nous offre une interprétation admirable à tous points de vue. Ce jeune acteur est parfait physiquement pour le rôle, mais il a également des yeux qui pétillent d'intelligence et de curiosité ce qui le rend très crédible. Il n'en fait jamais trop et la cohérence de son jeu tout au long du film est impressionnante.




Félicity Jones, qui interprète Jane Hawking, la femme de Stephen, réussit à associer force et fragilité avec habileté. Son rôle est essentiel car elle l'épicentre de la vie de Stephen.




L'interprétation de Charlie Cox dans le rôle de Jonathan, le chef de cœur de l'église, est aussi excellente. 
J'ai été surprise par la positivité qui se dégage du film. Il s'agit d'hommes et de femmes qui essaient de faire de leur mieux (souvent avec une énorme bravoure) avec ce que la vie leur a distribué.
UNE MERVEILLEUSE HISTOIRE DU TEMPS illustre la théorie scientifique de son personnage principal en faisant un parallèle avec la vie de son couple. Au delà de toutes les émotions et des épreuves à surmonter, c'est leur amour, leur courage et leurs accomplissements qui impressionnent.  C'est un beau film à découvrir pour son sujet qui recèle des surprises et les superbes interprétations des acteurs.


NOTES DE PRODUCTION 
(A ne lire qu’après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

Une brève histoire 

Pour Stephen Hawking, le temps a toujours été un objet de fascination. Si l’univers a un début, il aura une fin, ainsi que pour tout ce qu’il y a au milieu. Son livre Une Brève Histoire Du Temps s’est vendu à plus de 1 millions d’exemplaires dans le monde entier. Mais c’est à un niveau très intime qu’il lui a fallu envisager la problématique du temps, quant à l’âge de 21 ans il a été diagnostiqué comme étant atteint de la maladie de Charcot. C’est un homme qui a voulu vivre malgré la limitation de mouvement et de parole qui lui serait imposée, un homme qui a voulu aimer la femme qu’il avait décidé d’épouser. Contre toute attente ce fut sa plus belle réussite. 
Mais si forte que sa détermination ait pu être, il n’y serait jamais arrivé sans l’aide de sa femme, Jane Wide, qui a dédié sa vie à son mariage, à Stephen, et à leur famille. 
Décennie après décennie, se jouant de son diagnostic, il est allé au-delà de toutes les frontières connues de la recherche en astrophysique. À l’aube du 21ème siècle son nom est comparé à celui d’Einstein. 

Le couple Hawking : l’inspiration du film 

Anthony McCarten, à la fois producteur et scénariste du film, était fasciné par la volonté, les efforts et le temps qu’il avait fallu à Hawking, alors pratiquement impotent pour écrire son livre. «La profondeur de son travail et les limites qu’il franchit font écho à sa condition physique, qui à l’époque ne lui permettait que d’émettre un mot par minute. Cet esprit brillant, allié à un corps totalement invalide, est de l’ordre du jamais vu. Alors que son corps se rétractait sur lui même, son esprit fouillait les limites de l’univers et déverrouillait des niveaux d’abstraction de plus en plus lointains.» 

L’autobiographie de Jane Hawking Voyage Vers L’infini, Ma Vie Avec Stephen avait profondément ému McCarten. « C’est une histoire d’amour intense et fragilisée à l’extrême par le déclin physique d’un homme brillant, le report incessant de la date de sa mort annoncée et l’ampleur grandissante de sa renommée internationale. Une relation qui exigeait de trouver de nouvelles façons peu communes de s’aimer pour pouvoir survivre. Leur histoire d’amour est unique.» Il a commencé l’adaptation sans savoir s’il pourrait en faire concrètement quelque chose, et ses conversations avec Jane étaient alors informelles. Elles continuent encore aujourd’hui. 

C’est par le biais de leur agent commun que McCarten a pu rencontrer Lisa Bruce pour qui le scénario fut un choc. Tout ce qu’elle connaissait d’Hawking c’était « le scientifique brillant en chaise roulante, qui parle via un traducteur automatique ». Elle n’avait jamais envisagé une seule seconde quelle pouvait être sa vie domestique, et que derrière le scientifique il y avait un père de famille, un mari et surtout un grand optimiste. Mais plus que tout c’est la force du couple qu’il formait avec Jane qui l’a fascinée. Elle nous confie : « La manière dont leur relation est à la fois totalement unique et en même temps foncièrement universelle, ainsi que la façon dont ils ont fait face ensemble à l’impossible, fait de leur histoire d’amour une des plus belles de notre époque. Dans le film on suit leur relation sur 25 ans et son évolution, au gré des découvertes scientifiques d’Hawking. Ils réussissent là où la majorité d’entre nous échouerait. C’est ce qui rend leur couple unique et en même temps si proche et familier. Tout le monde peut s’identifier aux phases qu’ils traversent. » 

La décision de Jane de l’épouser et de faire ce voyage avec lui jusqu’au bout, a sans doute été un facteur essentiel dans la détermination d’Hawking, qui avoue avoir été plongé dans une sorte de trou noir au tout début. Il entrait juste dans la vie et on lui annonçait qu’il en était en fait à la toute fin. Mais en dépit de ces tristes augures, grâce à Jane, il a abordé son mariage dans la joie et l’optimisme. C’était un tournant décisif, d’un point de vue personnel autant que professionnel. Jane lui a permis de surmonter la dépression, et l’urgence du compte à rebours imposé par le diagnostic a enclenché un processus mental bien particulier. Il lui a permis d’exploiter tout son potentiel de chercheur en un temps record. 

UNE MERVEILLEUSE HISTOIRE DU TEMPS suit son ascension intellectuelle au rythme de sa dégradation physique et la façon dont il parvient grâce à son courage et sa détermination, non seulement à s’en accommoder, mais aussi et de manière stupéfiante, à être plus fort qu’elle. Il a fallu à Lisa Bruce et Andrew McCarten plusieurs années afin d’obtenir les droits légaux et l’aval de Jane et Stephen afin de transposer leur histoire à l’écran. Ils ont travaillé avec acharnement afin d’éviter tout sensationnalisme, sentimentalisme ou pathos pour arriver à retranscrire la complexité de l’exercice du mariage. McCarten déclare que le fait que leur mariage ait duré plusieurs décennies, sur des bases aussi complexes, est en soi un véritable triomphe. 

Le scénariste ajoute «Ce couple nous montre de quoi est capable l’être humain quand il est déterminé. Mais il fallait également montrer leurs faiblesses et leurs hésitations dans toute leur dimension humaine. Le film est un hommage à Stephen mais en aucun cas une tentative de le déifier. La perte de ses capacités physiques l’a plongé dans des phases très négatives et il était important de le montrer, de même que les hauts et les bas de son mariage.» 

Une merveilleuse histoire du temps : la science de l’amour et l’amour de la science 

Le duo de producteurs oscarisés Tim Bevan et Eric Fellner avec qui Lisa Bruce avait travaillé sur le téléfilm Mary et Martha, vinrent leur prêter main-forte. McCarten nous confie «Tim et Eric tenaient tout particulièrement à ce projet et à la manière dont nous voulions partager la vérité et la puissance émotionnelle que dégage ce couple. Le professionnalisme avec lequel Working Title a pris en charge le projet était impressionnant.» C’est à l’Oscarisé James Marsh (LE FUNAMBULE, 2008) qu’ils ont confié la réalisation. La sensibilité avec laquelle il avait su mettre en scène des gens ordinaires dans ses longs-métrages documentaires précédents, ainsi que son travail sur des films de fiction étaient parfaits pour le film. Lui aussi se faisait une idée très préconçue de Stephen Hawking, mais dans le scénario de McCarten, à travers la perspective de raconter l’histoire du point de vue d’une femme qui choisit de rester avec un homme qui va perdre une partie des capacités qu’elle lui connaît et peut être même la totalité, voir la vie elle-même, il a su voir une histoire d’amour exceptionnelle et émouvante. La dualité de la faiblesse du corps et de la brillance de l’esprit de l’homme qu’elle aime ainsi que les obstacles que cela impose au niveau de son développement à elle, aussi bien au niveau professionnel que personnel était un terrain riche à explorer. De plus, la situation d’Hawking faisait écho au thème du FUNAMBULE : deux hommes qui défient les frontières et les limites admises. C’est la personnalité d’Hawking qui permet à l’histoire d’échapper à la dimension tragique d’un homme condamné à régresser jusqu’à la mort. L’humour, la persévérance et l’acharnement avec lequel il brave la maladie en fait l’opposé d’une tragédie où les hommes sont écrasés par le déterminisme. 

James Marsh déclare «Après 50 ans de maladie, le professeur Hawking est toujours en vie. C’est extraordinaire. Et il continue à remettre en question notre définition même de l’univers et à nous inspirer à l’aube d’un nouveau millénaire.» 

Incarner Stephen Hawking : entre régression physique et progression mentale 

C’était un défi de taille pour n’importe quel acteur aussi chevronné soit-il. Stephen Hawking est une icône, un personnage très célèbre. Il fallait, en outre, pouvoir couvrir 25 ans de sa vie jusqu’à un stade avancé de dégradation physique, où ne lui restent plus que quelques muscles de valides, à savoir une main et quelques expressions faciales, sans compter le fait de s’exprimer via une machine. Cela demandait un énorme travail de préparation pour arriver à être aussi convaincant en jeune étudiant débordant de vie et timide qu’en physicien de renommée mondiale coincé dans une chaise roulante. 

C’est à l’époque où Tim Bevan et Eric Fellner travaillaient sur LES MISÉRABLES (Tom Hooper, 2012) qu’ils pensèrent à Eddie Redmayne qui y interprétait alors le rôle de Marius. Marsh nous confie «Son degré d‘engagement et de professionnalisme était enthousiasmant et quand il fut pressenti pour le rôle il s’est engagé à fond dans un travail de préparation aussi bien physique que psychologique.» 

Lisa Bruce ajoute « Il a abordé le rôle d’une façon très intense et ce, dès le premier jour. C’était assez impressionnant de le voir évoluer à travers toutes les facettes de ce personnage afinn de pouvoir nous donner l’humanité de l’homme derrière le physicien célèbre.» 

Pour l’acteur «Ce que cet homme a vécu et accompli depuis 1963 m’a époustouflé. Stephen Hawking est pour moi la référence ultime en matière d’espoir ! Mais derrière il y a un être humain, un jeune homme prêt à vivre sa vie à 200%, si vivant, si sportif, puis un homme qui continue envers et contre tout avec des étincelles dans les yeux. Son obstination, son génie, sa finesse d’esprit me l’ont fait envisager comme une star du rock.» 

En se renseignant sur la vie des Hawkings, Eddie Redmayne a réalisé que si Stephen venait d’une famille d’intellectuels, celle de Jane en revanche ne la prédestinait en aucun cas à poursuivre des études de lettres, ce qui pour une femme dans les années 60 n’était pas forcément commun. L’acteur ajoute «Ils étaient de deux univers totalement opposés et pourtant se complétaient à merveille, c’était à la fois captivant et totalement romantique.» 

Le défi physique que représentait le rôle était de taille. L’acteur a passé des mois à étudier, à scruter le moindre détail de son modèle. Il avait lu dans l’autobiographie de Jane que Hawking avait des sourcils spécialement expressifs, et a passé des mois devant un miroir à s’y entraîner. Quand il a pu le rencontrer enfin, il a noté que ses «oui» étaient comme des sourires et ses «non», presque des grimaces. Mais comme seuls quelques muscles sont valides, il fallait qu’il les isole et arrive à reproduire ses expressions avec ces quelques muscles. Le comédien a été entouré d’une équipe de choc dont tous les départements travaillaient en parfaite coordination. Le coach vocal Julia Wilson-Dickson et le coordinateur de mouvements Alex Reynolds ont aidé Eddie Redmayne à exprimer tous les stades dégénératifs de la maladie. Il a également rendu visite à des patients atteints de la maladie de Charcot aussi bien chez eux qu’à l’hôpital. Quand il a rencontré Stephen Hawking pour la première fois, il était tellement impressionné, qu’il s’est excusé d’avoir choisi Histoire de l’art à l’université. Il a travaillé avec un médecin spécialisé dans cette maladie, afin de pouvoir en caractériser les premiers stades, ainsi que toute son évolution à l’écran. Il avait ainsi une échelle de nombres croissants pour se repérer dans le stade d’avancement de la maladie, et ce, autant pour le corps que pour la voix. Il fallait qu’il sache à l’avance quelle scène il allait tourner pour y mettre les bons stades simultanément : «C’est niveau 4 pour mon corps aujourd’hui? Alors c’est 3 pour la voix ? Demain ce sera 2/7 non ? » 

Et comme le tournage des séquences n’est jamais linéaire, il passait d’un stade à l’autre, ce qui quotidiennement lui demandait une concentration intense, une bonne dose d’empathie et toute l’ampleur de son talent. Jours après jours il devait trouver une position toute tordue, et surtout la garder pendant la journée entière de tournage, le tout en se concentrant sur son jeu d’acteur, afin que le personnage puisse transcender cette infirmité. Et pour Marsh au-delà de tous les éléments techniques du jeu de Redmayne, aussi impressionnants qu’ils soient, c’est sa sensibilité et la manière dont il la laissait submerger son personnage qui ont été réellement impressionnantes. 

Devenir Jane Hawking : entre force et fragilité 

Afin d’incarner Jane Hawking il fallait une comédienne qui, si elle avait moins de performances physiques, aurait à manier une palette d’émotions très large à allier à une force de caractère exemplaire. Jane n’est qu’émotion et il fallait une comédienne qui puisse égaler la performance d’Eddie Redmayne, mais sur un autre registre. Son personnage est cousu d’émotions contradictoires. Le courage d’aimer un homme qui se détériore physiquement allait de pair avec le poids que cela imposait à sa vie amoureuse et sa carrière. La comédienne était ravie de pouvoir aborder ce personnage sur une longue période avec les hauts et les bas des aléas auxquels elle devait faire face, toujours sur la corde raide entre force et fragilité. Elle avait insisté pour rencontrer la véritable Jane, cette femme qui n’a jamais baissé les bras, et a dédié toute sa vie, tout en sachant conserver sa propre personnalité. La comédienne a compris à quel point il avait été important pour cette femme de continuer ses études tout en s’occupant d’un mari handicapé et de deux enfants. Un véritable challenge ! Il fallait pouvoir exprimer le tumulte émotionnel sous cette force apparente. 

McCarten nous confie que l’authenticité et la rigueur avec lesquels Félicity a composé son personnage étaient devenues le miroir de la propre force de Jane Hawking. Félicity Jones a su être aussi fragile que forte. La comédienne a axé son travail sur la façon dont Jane se tenait, et sa manière de se mouvoir quasi chorégraphiée, ainsi que sur le ton de sa voix également si caractéristique et presque musical. Pour ce faire, elle a été épaulée par toute une équipe : Jill McCullough pour les inflexions de langage, Aleksandra Kozlov pour la musicalité du ton et Danny McGrath pour sa façon de bouger. C’est l’histoire d’amour du couple qui est la base du film, et même si leur mariage devient compliqué par la suite, il fallait que le spectateur puisse comprendre d’où venait la force d’un tel amour. La scène du bal, qui illumine une bonne moitié du film, devait lancer les bases d’un amour fou aussi vulnérable que tendre et ce, des deux côtés. Il fallait montrer une rencontre et une attraction forte dès le début, aussi bien sexuelle que spirituelle, ainsi qu’une sorte de compétitivité stimulante entre deux esprits aussi brillants que différents. 

Les comédiens ont développé une grande tendresse l’un envers l’autre, car le jeu de Félicity devait s’articuler autour de l’incapacité de bouger d’Eddie, en plus du niveau émotionnel chargé des scènes. 

Jonathan : l’accord vibrant 

Cette histoire d’amour n’est pourtant pas un conte de fées. Les mariages évoluent avec le temps, et la pression constante à laquelle celui des Hawkings était soumis aurait eu raison de la plupart des autres, et ce, à un stade beaucoup moins avancé. Alors qu’ils étaient encore en couple, Jane a rencontré un autre homme et Stephen l’a accueilli dans leur foyer. Ils sont alors rentrés dans une relation triangulaire qui n’était pas conventionnelle, mais franche et honnête. Ce chef de chœur veuf, incarné par Charlie Cox, est la corde émotionnelle du film. La relation de Jane et Stephen avait atteint un point de rupture, comme l’arrivée de Elaine, l’infirmière jouée par Maxine Peake, le confirmera un peu plus tard. Aussi compliqué que cela puisse paraître, c’est pourtant totalement humain. 

Lorsque Jonathan intègre leurs vies, à un niveau très surprenant il apporte une belle harmonie au foyer. Inexorablement Jane et lui tombent amoureux l’un de l’autre, à cause des manques évidents de chacun, ce dont Stephen se rend compte et doit accepter. Jonathan est un homme bon, face à une femme à bout et ensemble ils essaient de faire ce qui leur semble juste, se retrouvant confrontés à des dilemmes inattendus. Le scénario était construit de manière à ce que le spectateur puisse éprouver de l’empathie pour chacun des protagonistes. Et la façon dont Charlie Cox a su ne pas souligner dans son jeu le fait qu’il était amoureux de Jane, donne une partition toute en nuance permettant de développer le lien fort qui s’est développé entre les deux hommes. 

La topographie du cœur : les décors du film 

Grace à leur notoriété les producteurs se sont vus attribuer un accès presque total à Cambridge, là où cette histoire a commencé et où le couple s’est installé pour fonder une famille. Le décor de l’Université a été planté à St John ‘s College. Initialement Hawking avait fréquenté Trinity Hall, mais le problème est que celui-ci ne ressemblait plus à ce qu’il était 50 ans auparavant. De plus St John est un des endroits les plus beaux et les plus cinégéniques de Cambridge. 

Le laboratoire Cavendish était un autre point stratégique du film. C’est là que l’atome a été découvert, c’est un endroit à la fois mythologique, emblématique et symbolique du transfert des innovations scientifiques de générations en générations. Le fait de pouvoir tourner à Cambridge donne sa texture au film, cette atmosphère universitaire empreinte de recherche, de travail, le côté académique de la vie d’un homme qui a passé son temps dans cet univers. 

Pour la scène du bal, avec ses vieilles pierres et son architecture médiévale c’était le cadre idéal pour symboliser l’ultime et pourtant ancestrale découverte de Stephen : l’amour. Stephen Hawking et sa femme, ainsi que deux de leurs enfants étaient souvent sur les plateaux afin de guider l’équipe à travers Cambridge. John Paul Kelly, le créateur des décors a dû recréer certaines pièces où il était difficile de tourner, ou qui avaient été délocalisées dans les années 70. 

Les scènes d’ouverture et de fermeture du film qui ont lieu à Buckingham Palace, ont été tournées à Lancaster House à Londres, ainsi qu’au Hampton Court Palace de Richmond sur la Tamise. L’opéra Royal de Covent Garden a servi à illustrer l’opéra de Bayreuth de Genève, tandis que les intérieurs de Trinity Hall ont été recréés à la Harrow School au nord ouest de Londres. 

S’adaptant à n’importe quel décor, Benoît Delhomme, le directeur de la photographie, a su créer des moments extraordinaires et purement visuels. Certains moments du film sont pratiquement muets, et il a eu l’idée de filmer des scènes de famille ou de la vie quotidienne en super 8, comme des films de vacances, ce qui permettait de créer un véritable lien avec le spectateur qui se sent ainsi immédiatement familiarisé et intime avec les protagonistes. 

Jane vit toujours dans leur première maison et elle a fait en sorte que toute l’équipe puisse y avoir accès afin de la recréer en studio. La seconde maison quant à elle a été détruite et totalement reconstituée à partir de photographies familiales. Au début du film les intérieurs sont exigus et pleins d’obstacles, mais à mesure que l’on avance ils se font plus larges, à l’image de l’espace mental du physicien. 

La succession de chaises roulantes utilisées par Hawking a été particulièrement difficile à reproduire. Beaucoup de techniciens ont travaillé dessus afin qu’elles fonctionnent au moment voulu, surtout pour les chaises électriques et la machine vocale. 

Stephen Noble s’est lui occupé des costumes, recréant sur deux décennies l’évolution de la mode en Grande Bretagne. Mais les costumes devaient également rendre compte de l’évolution psychologique des personnages. Ainsi Jane dans une première partie, tout entière à sa tâche est habillée simplement, comme quelqu’un qui ne soucie pas de son apparence, avec une palette de couleurs assez terne. Puis dans les années 80, elle rencontre Jonathan et commence à s’habiller de manière un peu plus sophistiquée. Pour le début il fallait une palette de simplicité et de pureté propre à la jeune fille encore innocente qu’elle était, et la robe bleue pâle de la séquence de bal rayonnait dans sa sobriété. Une séquence de bal pour laquelle il a fallu habiller 200 figurants dans des tons pastel propres aux années 60. 

Quant aux costumes de Stephen, il fallait qu’ils restent cohérents avec le style vestimentaire assez excentrique du professeur. Rien n’est jamais vraiment net dans son accoutrement, il y a toujours un élément de costume de travers, ou débraillé, ce qui donne un côté totalement éthéré à des vêtements très académiques. Dans les années 60 ses costumes sont normaux, puis de plus en plus larges au fur et à mesure de la progression de la maladie. 

Jan Sewel, à la création du maquillage, s’est occupé de créer les prothèses qui ont été utilisées pour toutes les parties cagneuses du corps de Stephen. Ainsi ses genoux, ses épaules et ses coudes ont été disproportionnés ce qui lui confère une légère difformité. La création du maquillage, de la coiffure et des prothèses allait de pair avec l’évolution de la maladie de Stephen, afin de rendre compte d’une autre manière de vieillir, chez une personne qui ne peut se servir de ses muscles. Ainsi l’accentuation de la taille des oreilles et du nez d’Eddie Redmayne a totalement changé ses traits, les rendant plus fragiles et émaciés. Des prothèses dentaires ont également été utilisées pour modifier les contours de sa bouche. 

Au-delà des étoiles 

Une histoire d’amour simple qui prend un tournant aussi inattendu ne pouvait se terminer de manière conventionnelle. En traitant la moitié de la vie de Stephen Hawking, on assiste à un coup de foudre et à un mariage qui se voit malmené par un océan de changements et de problèmes, sans pour autant se terminer de manière triste. Leur amour a subi une véritable mise à l’épreuve, et il était important de ne pas l’éluder. La difficulté d’un mariage alliée à celle de gérer la vie quotidienne d’une personne physiquement diminuée, loin de tout misérabilisme est l’essence de la force qui inspire ce film. Ici c’est à la fois l’univers tout entier et l’amour qui sont passés au microscope, par le biais de deux êtres aussi extraordinaires l’un que l’autre. Ils ont su trouver des solutions, des réponses en gardant les yeux braqués sur les étoiles aussi bien que sur leurs émotions les plus intimes et infimes. 

Autre post du blog lié au film UNE MERVEILLEUSE HISTOIRE DU TEMPShttp://epixod.blogspot.fr/2014/11/back-to-future_22.html

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