samedi 16 juin 2018

SANS UN BRUIT


Thriller/Épouvante-horreur/Originalité et inventivité s'imposent pour nous angoisser avec malice, malgré des incohérences

Réalisé par John Krasinski
Avec Emily Blunt, John Krasinski, Millicent Simmonds, Noah Jupe...

Long-métrage Américain
Titre original : A Quiet Place
Durée : 01h30mn
Année de production : 2018
Distributeur : Paramount Pictures France 

Interdit aux moins de 12 ans

Date de sortie sur les écrans américains : 6 avril 2018
Date de sortie sur nos écrans : 20 juin 2018


Résumé : Une famille tente de survivre sous la menace de mystérieuses créatures qui attaquent au moindre bruit.
S'ils vous entendent, il est déjà trop tard.

Bande annonce (VOSTFR)



Ce que j'en ai penséSANS UN BRUIT est un film avant tout sensoriel, qu'il est très sympa de voir au cinéma, car, comme la première partie est très silencieuse, le moindre bruit dans la salle paraît super bruyant. Le silence s'impose de lui-même parmi les spectateurs qui tendent l'oreille et sursautent au moindre bruissement, surtout après une introduction pour le moins exemplaire sur la situation particulière et grandement périlleuse à laquelle les protagonistes doivent faire face. Il ne faut pas trop intellectualiser l'histoire, sous peine de ne voir que les défauts d'un scénario qui laisse place à beaucoup de questionnements logistiques, pratiques et logiques. Cependant, si on réussit à se laisser embarquer par le caractère attachant des protagonistes et la peur qui s'instille au travers de chaque situation qui se met sur leur chemin, alors on se prend au jeu, tout simplement parce qu'on s'inquiète pour eux. Dans ce cas, l'effet est garanti et notre palpitant crépite à chaque son. 

Le réalisateur, John Krasinski, qui est aussi l'acteur principal, met en scène ambiance et règles de survie de façon directe et efficace. Il intègre une belle ingéniosité pour nous faire comprendre comment la situation a dégénéré et comment les survivants la gèrent. Il sait également instaurer en quelques secondes une atmosphère de terreur et nous fait ainsi pénétrer dans son cauchemar éveillé. L'impact est d'autant plus maîtrisé qu'il a eu la bonne idée de faire un film assez court en durée (1h30), juste assez pour qu'on n'ait pas trop le temps de s'habituer. 

En tant qu'acteur, il assure dans le rôle de Lee Abbott, un bon père de famille débrouillard qui essaie de protéger sa famille comme il le peut face à une situation extrême autant qu'inhabituelle.



Face à lui, Emily Blunt est impeccable dans le rôle d'Evelyn Abbott, la maman, qui fait preuve de beaucoup de courage dans l'adversité. 




Les enfants sont supers, que ce soit Millicent Simmonds qui interprète Regan, Noah Jupe qui interprète Marcus ou encore Cade Woodward qui interprète Beau. Ils savent parfaitement garder des réactions propres à leurs âges ce qui rend la tâche de leurs parents d'autant plus compliquées dans cette situation.



SANS UN BRUIT est un film d'épouvante qui impose son originalité et, si on se laisse prendre par l'histoire, réussit à nous intriguer et à nous faire sursauter plus d'une fois. Les défauts de son scénario ne l'empêchent pas de nous entraîner dans ce monde revu et corrigé par son réalisateur qui sait imposer sa vision avec inventivité. N'hésitez pas à tenter de découvrir ce film sur un grand écran sans émettre un seul bruit, cela peut être un défi !

Copyright photos @ Paramount Pictures France

NOTES DE PRODUCTION
(Á ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

LE SILENCE, C’EST LA SURVIE

Quand John Krasinski s’est penché pour la première fois sur le scénario de SANS UN BRUIT, écrit par le duo formé par Bryan Woods et Scott Beck (NIGHTLIGHT), le synopsis terrifiant a tout particulièrement résonné en lui. 

En effet, la femme de John Krasinski, Emily Blunt, venait tout juste de donner naissance à leur seconde fille, et les nuits du jeune père étaient déjà rythmées par la quiétude mêlée d’anxiété que connaît tout jeune parent. 

Plongé dans cette atmosphère, il a été transporté par l’histoire terriblement angoissante de cette famille qui cherche à tout prix à se mettre à l’abri. Mais il a aussi été captivé par leur besoin vital de lien social, dans un monde où le moindre cri, le moindre pas un peu trop lourd, pourrait entraîner leur perte. L’histoire illustre les peurs les plus violentes de tout parent… mais en les démultipliant. 

À cette période de sa vie, John Krasinski avait déjà fait ses preuves en tant qu’acteur (de DETROIT à 13 HOURS), mais également en tant que scénariste (parmi ses scénarios figure celui pour PROMISED LAND, de Gus Van Sant) et réalisateur débutants (il a signé BRIEF INTERVIEWS WITH HIDEOUS MEN, puis LA FAMILLE HOLLAR). 

Mais avec SANS UN BRUIT, son premier long-métrage d’envergure, John Krasinski n’a pas eu d’autre choix que de porter ces trois casquettes en même temps. Alors qu’il s’attelait à la réécriture de l’histoire très conceptuelle de Woods et Beck, il y a également vu l’occasion de jouer avec le pouvoir inhérent au genre du film d’horreur. Certes, fidèle à la tradition des thrillers haletants, il souhaitait faire monter la peur petit à petit. Mais plus encore, il souhaitait créer une véritable lutte entre bruit et silence, peur et amour, et mettre en œuvre une expérience émotionnelle très tendue qui aurait également une dimension immersive pour les spectateurs. 

John Krasinski se remémore ce qui l’a fasciné en premier : “J’étais déjà en train de faire face à toutes les angoisses du jeune parent – comment protéger mes filles et être un bon père – quand j’ai reçu ce scénario, si bien que je m’y suis identifié à un niveau très personnel. J’ai senti que sous la surface de l’histoire, il y avait une métaphore intéressante mais terrible sur le rôle d’un parent. J’étais vraiment très à fleur de peau et très nerveux à ce moment-là, et ça a donc été très fort d’imaginer ce que des parents seraient prêts à faire pour protéger leurs enfants, c’est-à-dire faire l’impossible, vivre sans un bruit. Mon imagination s’est totalement affolée. Il y avait tellement d’éléments à explorer à partir de cette idée”. 

Plus il tâchait de s’imaginer père dans cette époque apocalyptique, plus cette idée devenait effroyable et puissante à la fois. L’histoire est jalonnée de formidables rebondissements déstabilisants, mais il y a aussi une dimension poignante chez cette famille qui tente de communiquer malgré toutes les difficultés qui s’accumulent. “Dans la vie réelle, on essaye de faire en sorte que ses enfants soient heureux, en bonne santé, bien nourris, qu’on s’occupe d’eux et qu’ils fassent de bonnes études, et c’est déjà assez compliqué comme ça. Mais dans ce monde cauchemardesque, ces angoisses parentales sont multipliées par 10 000”, remarque John Krasinski. “Dans l’univers des Abbott, le moindre faux pas pourrait causer la perte de l’un de leurs proches, et ils ont constamment cela en tête”. 

Le potentiel créatif en matière de jeu d’acteur, de décors et d’effets que recelait le film a également séduit John Krasinski : “J’avais hâte de découvrir la façon la plus palpitante de raconter cette histoire en utilisant cet équilibre entre bruit et silence”, explique-t-il. 

L’horreur est un genre tout nouveau pour John Krasinski en tant que scénariste et réalisateur, mais d’emblée, il s’y est investi avec son propre ressenti. “En réalité, mes films préférés, d’horreur ou pas, sont ceux qui nourrissent une métaphore sous-jacente palpable”, explique-t-il. “Par exemple, LES DENTS DE LA MER est l’un de mes films préférés. Mais pour moi, LES DENTS DE LA MER n’a jamais vraiment été un film sur un requin. C’est un film qui parle de trois hommes qui doivent surmonter une épreuve, et le requin n’est finalement que le catalyseur de cette démarche. C’est comme ça que j’interprète cette histoire. SANS UN BRUIT est un film effrayant, mais il est effrayant parce qu’il parle d’une vraie famille. Et j’ai senti que mon expérience personnelle pouvait vraiment apporter quelque chose au film”. 

Comme l’ensemble du cinéma d’horreur, SANS UN BRUIT est né d’un scénario audacieux, tout droit sorti de nos pires cauchemars. Mais à partir de là, John Krasinski a emprunté une autre direction : lier l’amour et la peur, et faire participer activement le public à travers ces deux émotions. Il s’agissait de faire croître ce sentiment de terreur à mesure que l’attachement des spectateurs à la famille Abbott grandirait. “Si on s’attache aux Abbott, alors on ne pourra qu’être surpris au même moment qu’eux, triste quand ils seront tristes, et mort de peur quand ils seront morts de peur. C’est vraiment cette idée qui m’a guidé : faire en sorte que le public tombe sous le charme de cette très belle famille”, explique John Krasinski. “On a peur pour eux de façon très intense justement parce qu’on arrive à se mettre à leur place”. 

Pour y parvenir, l’utilisation innovante des signaux sonores a été primordiale. Lorsque John Krasinski s’est plongé dans la réécriture du scénario, il a commencé à élaborer des listes très complètes des bruits de tous les jours, en les classant en deux catégories : les bruits “rassurants” et les bruits “dangereux”. Créer un monde en totale opposition avec le bruit de fond entêtant qui occupe le nôtre – un monde où le bruit est perçu comme dangereux mais s’avère inhérent à toute expérience humaine – s’est révélé à la fois palpitant et éclairant. “Je voulais vraiment parvenir à déterminer ce seuil, cette limite qui permet de faire un bruit sans que la créature épouvantable qui est à l’extérieur ne vous entende. J’ai passé beaucoup de temps à imaginer tous les sons qu’une famille, isolée dans une ferme reculée, pourrait faire, et puis je me suis mis à imaginer tous les moyens que cette famille inventerait pour étouffer ces sons. Ça a été un processus particulièrement amusant et créatif”. 

Tous ces craquements et ces fredonnements de la vie quotidienne, ces bruits que l’on considère comme allant de soi, ont pris soudain un sens tout à fait nouveau pour John Krasinski. “Je me suis mis à tout écouter”, avoue-t-il, “du cliquetis des couverts sur les assiettes jusqu’à la façon dont les chaussures tombent sur le sol lorsqu’on les enlève. C’est même devenu une sorte de jeu à la maison : ma femme [Emily Blunt] et moi, on essayait d’être silencieux et si jamais l’un d’entre nous faisait le moindre bruit, il fallait qu’on se tourne l’un vers l’autre le plus silencieusement possible et lui dise ‘t’es mort’. Finalement, ça a été une très bonne préparation”. 

John Krasinski a même trouvé un moyen de tester les idées qui feraient écho aux peurs les plus viscérales du public. “Souvent, on essayait, Emily et moi, d’imaginer des situations et si Emily disait ‘J’ai trop peur, je ne veux même pas me dire que ça puisse arriver’, moi je lui répondais, ‘ça, on le met dans le scénario’”. Pour parer à cette menace insidieuse qui semble épier le moindre bruit en permanence, les Abbott ont imaginé plusieurs astuces pour éviter les bruits, comme par exemple tracer des chemins sablonneux afin d’assourdir les bruits de pas, peindre les lattes du parquet sur lesquelles marcher pour éviter les grincements, et créer un système lumineux pour communiquer. 

“L’aspect le plus amusant du travail d’écriture a été de voir jusqu’où on était capable d’aller pour imaginer ces moyens de rester silencieux, avec cette idée de système lumineux coloré pour communiquer ou encore l’idée de créer des chemins avec du sable pour que les pas soient plus doux”, explique John Krasinski. 

Comme la fille des Abbott, Regan, est sourde, la famille maîtrise déjà la langue des signes, et c’est l’un des ressorts essentiels de leur capacité de survie. Mais à mesure que le scénario progressait, John Krasinski a passé un long moment à échafauder les multiples stratégies élaborées par la famille Abbott pour communiquer. Parents de deux enfants très solitaires dont l’avenir s’avère pour le moins incertain et d’un autre enfant sur le point de naître, les Abbott doivent évoquer entre eux plusieurs situations urgentes, mais leurs moyens de communication sont devenus très limités. Toute la logistique de survie mise au point par les Abbott était essentielle, mais pour John Krasinski, la capacité du film à alterner entre des scènes d’une tension insoutenable et de défoulement libérateur reposait tout autant sur les relations familiales. Au cours de l’écriture, le défi majeur a été de déterminer comment évoquer le tourbillon d’émotions qui agitent les personnages – frustration, appréhension, douleur, résilience, affection et amour, sans compter la peur d’être encerclé par un ennemi insondable, qui entend tout – en utilisant un minimum de dialogues. Pour y arriver, il fallait mêler les émotions humaines les plus primaires à un monde où il n’y a plus nulle trace d’humanité. 

“Ce qui m’a particulièrement intéressé, ce sont les scènes qui se déroulent dans l’intimité familiale des Abbott”, raconte John Krasinski. “Plus tard, pendant le tournage, ça a été très intéressant pour les acteurs de créer des moments de grâce entre les personnages audelà du dialogue. La communication passe finalement par les choses qui nous sont les plus chères : le fait d’aimer et de prendre soin des siens, et la peur du lendemain”. Le processus d’écriture a également permis à John Krasinski de préciser sa mise en scène – et le langage visuel très spécifique au film – avant même le début du tournage. “L’avantage principal de cette réécriture, c’est que j’ai réfléchi à la façon dont j’allais réaliser le film”, confirme-t-il. “Je savais exactement ce que je voulais filmer au moment où je l’écrivais, les angles de prise de vue que je voulais utiliser, etc. C’était une expérience vraiment particulière pour moi de pouvoir intégrer toutes mes idées de mise en scène dans le script”. 

À mesure que le tournage avançait, le soutien de l’équipe très expérimentée de Platinum Dunes, qui lui avait fait découvrir le projet, a vraiment donné des ailes à John Krasinski. Michael Bay, Andrew Form et Brad Fuller ne sont pas seulement trois des réalisateurs/producteurs les plus puissants du secteur, mais ce sont également trois passionnés de cinéma d’horreur, comme ils l’ont montré à travers les sagas AMERICAN NIGHTMARE ou OUIJA, ou bien à travers des remakes de classiques comme MASSACRE À LA TRONÇONNEUSE, AMITYVILLE, VENDREDI 13, ou encore LES GRIFFES DE LA NUIT. 

Comme le résume John Krasinski: “J’ai eu beaucoup de chance que le film se déroule de cette façon et avec cette équipe. Tout le monde s’est énormément investi, des producteurs jusqu’aux acteurs, en passant évidemment par l’équipe technique. Je pense que tous se sont engagés dans ce projet en se disant que si on parvenait à concrétiser le concept de départ, ça donnerait un résultat totalement à part”.

LA FAMILLE ABBOTT

Très en amont, John Krasinski a fait lire le scénario de SANS UN BRUIT à sa femme, l’actrice britannique Emily Blunt, très en vogue depuis ses rôles mémorables et éclectiques dans LE DIABLE S’HABILLE EN PRADA, INTO THE WOODS – PROMENONS-NOUS DANS LES BOIS, SICARIO et LA FILLE DU TRAIN. À peine l’a-t-elle lu qu’elle a immédiatement proposé qu’ils jouent ensemble les rôles de Lee et Evelyn Abbott, afin d’ajouter une touche de réalisme et de tendresse sincère que le film n’aurait sans doute pas réussi à atteindre autrement. 

“Ce qui m’a fait tomber amoureuse du scénario, c’est que j’ai senti qu’il s’adressait à ma peur la plus profonde : celle, en tant que mère, de ne pas être capable de protéger mes enfants. Les enjeux sont tellement vertigineux dans cette histoire que je l’ai lue d’une traite”, se souvient Emily Blunt. 

“C’est étonnant, mais juste avant d’avoir lu le scénario, j’ai suggéré à John le nom d’une amie que je pensais parfaite pour le rôle d’Evelyn. Mais alors que j’avançais dans ma lecture, je me disais ‘bon, en fait, oublie ce que j’ai dit, il faut absolument que je joue ce rôle’. J’ai adoré la densité et la beauté de cette histoire, qui va bien au-delà de l’atmosphère classique du cinéma d’horreur. Et John et moi n’avions jamais travaillé ensemble si bien que c’était très enthousiasmant”. 

John Krasinski avoue avoir été emballé par la réaction de sa femme, mais également un peu angoissé à l’idée de travailler pour la première fois avec elle sur un film. “On allait vivre ensemble, à l’écran, toutes nos peurs les plus profondes de parents, et ça paraissait quand même assez délirant”, reconnaît-il. Pourtant, bien que cette expérience ait été “particulièrement intense”, d’après John Krasinski, les deux acteurs ont eu une révélation. “Travailler avec ma femme a sans doute été la meilleure expérience professionnelle de toute ma carrière”, raconte John Krasinski. “D’habitude, on compartimente vraiment nos carrières respectives, tout en étant très fans l’un de l’autre. On a chacun notre façon de faire, et je n’étais pas sûr qu’elles soient complémentaires, mais ça a été ma meilleure expérience. Emily est une actrice incroyable, très sensible, et c’était merveilleux pour moi de travailler aux côtés d’une personne que j’admire autant”. 

Une fois qu’il a été décidé qu’Emily Blunt jouerait le rôle d’Evelyn, John Krasinski et elle n’ont cessé de parler de la famille Abbott, cherchant à déceler la personnalité de Lee et Evelyn avant l’apocalypse et en quoi cette période épouvantable les avait marqués. “Ils évoluent dans un monde éprouvant, mais ils essaient de rester concentrés sur la nécessité d’élever leurs enfants”, souligne Emily Blunt. “Ils ont constamment peur. Ils ressentent également beaucoup de souffrance et de culpabilité. Ce qui me fascine, c’est qu’il est vital pour eux de communiquer, et pourtant, dans ce monde où le moindre bruit représente un danger, la communication est particulièrement difficile”.

Aux yeux d’Emily Blunt, il paraissait effectivement risqué de convoquer autant d’émotions anxiogènes alors même qu’elle était en train d’élever ses deux jeunes enfants, mais son expérience l’a également considérablement nourrie pour interpréter Evelyn. Elle comprenait pourquoi Lee et Evelyn peuvent communiquer sans dire un mot alors même qu’il faut douter de tout. “C’est arrivé à un moment qui nous a permis, à John et moi, d’aborder ces rôles avec une grande vulnérabilité”, explique Emily Blunt. “On a beaucoup parlé des différents rôles que jouaient Lee et Evelyn au sein de la famille. Lee est celui qui se sent responsable, qui doit assumer la survie de la famille, à n’importe quel prix. Mais Evelyn veut faire plus que survivre : elle veut apprendre à ses enfants à s’épanouir. Du coup, on a deux interprétations de la façon dont des parents peuvent surmonter la peine, le traumatisme et le danger”. 

Elle poursuit : “Lee est un homme très, très à l’ancienne, ce qui n’est pas vraiment le cas de John. John est beaucoup plus ouvert que Lee, alors que Lee est le genre d’homme qui tait ses émotions, et qui va plutôt se concentrer sur la façon de protéger les siens et de subvenir à leurs besoins, plutôt que d’affronter ses propres angoisses. C’est un personnage qui souffre, mais c’est le cas des quatre personnages. Chacun essaie de surmonter un traumatisme, et c’est ce qui crée de la tension alors qu’ils font tout pour rester en vie”. 

Quant à Evelyn, Emily Blunt voulait surtout explorer son instinct maternel infaillible. “Je la vois comme une personne particulièrement aimante et maternelle”, note Emily Blunt. “Elle a un profond désir d’élever correctement ses enfants. Du coup, elle persiste à leur donner des cours à domicile, à faire des blagues avec ses enfants comme elle le peut, à les aimer, et à les serrer très fort contre elle, parfois en ayant peur de les lâcher, mais en souhaitant également leur laisser la place de grandir et devenir les adultes qu’ils doivent être”. 

Dès le début, le duo de scénaristes Woods et Beck avaient imaginé un retournement de situation effroyable pour Evelyn : sa plus grande joie – le fait que Lee et elle attendent un nouvel enfant – devient une source de danger potentiel imminent. “On pensait à la pire chose qui pourrait se produire quand on doit garder le silence”, explique Beck. 

“La grossesse d’Evelyn est devenue l’un des fils conducteurs de l’histoire puisque cela soulève une question terrible : comment traverser l’un des moments les plus éprouvants de la vie et rester silencieux ? Cela paraissait un défi tellement impossible à relever qu’on voulait que les Abbott tentent de trouver une solution”. 

Woods ajoute : “Cela ajoute aussi une dimension émotionnelle très forte, puisque cette famille a vécu une véritable tragédie et cette naissance signifie beaucoup pour eux, même en de pareilles circonstances”. John Krasinski a poussé cette idée encore plus loin. Bien avant qu’Emily Blunt ne s’engage dans le projet, il remarque n’avoir pas pu s’empêcher de penser à sa femme en écrivant le personnage qui unit la famille, et qui fait face à l’inconnu avec beaucoup de cran et de bonne volonté. “En écrivant l’histoire intime d’une famille qui traverse la période la plus horrible de toute sa vie, Emily était constamment dans mes pensées, évidemment. Mais je me suis toujours dit que si elle voulait interpréter Evelyn, il fallait que ça se fasse naturellement. Du coup, je ne lui ai jamais proposé de jouer le rôle, même si j’espérais en secret qu’elle y pense d’elle-même”. 

En se plongeant dans les circonstances inhabituelles d’Evelyn, Emily Blunt savait qu’elle devrait faire face à des émotions très contrastées concernant son accouchement imminent. “Bien entendu, Lee et elle sont ravis… mais leur joie est assombrie par une terreur viscérale. Il y a tellement de questions sans réponse : Comment survivre avec un bébé ? Comment donner naissance sans faire le moindre bruit ? Que se passe-t-il quand le bébé pleure ? Ils essaient de prendre toutes les précautions possibles et imaginables en créant une pièce insonorisée et en tâchant de trouver des moyens alternatifs d’empêcher le bébé de faire du bruit. Mais ils savent également que c’est un bond dans l’inconnu”. 

Pour Emily Blunt et John Krasinski, il s’agissait également d’un grand bond dans l’inconnu, étant donné qu’ils n’avaient jamais travaillé ensemble avant d’endosser ces rôles. Tous deux concluent que cette expérience a resserré le lien qui les unit. “Je me suis sentie très valorisée par John sur le plan créatif”, résume Emily Blunt. “Je me suis toujours sentie très valorisée en étant sa femme et la mère de ses enfants, mais cela nous a aussi permis de nous rendre compte que nous étions sur la même longueur d’ondes, artistiquement parlant. On était très nerveux et c’était assez flippant au début, mais ça a finalement été une expérience incroyable”. 

Tandis que John Krasinski et Emily Blunt se glissaient dans la peau des parents Abbott, l’enjeu majeur du casting était de trouver deux jeunes acteurs capables de donner vie, dynamisme et émotion à ces deux enfants, contraints de grandir trop tôt, trop vite, et épris d’indépendance dans un monde dépourvu du moindre bruit mais saturé de règles, de regrets et de pièges incessants. Repérer l’interprète de Regan, la fille sourde des Abbott, paraissait un défi complexe à relever. John Krasinski a été ravi de découvrir l’adolescente et jeune actrice Millicent Simmonds, plusieurs fois récompensée pour sa toute première apparition dans l’adaptation cinématographique du MUSÉE DES MERVEILLES. Millicent Simmonds s’est directement inspirée de sa propre expérience d’adolescente sourde pour camper Regan d’une façon qui transcendait le scénario, ainsi que l’a observé John Krasinski. 

“La découverte de Millie est l’une des meilleures choses qui soient arrivées au film”, déclare John Krasinski. “Pas seulement parce que c’est une actrice phénoménale, et pas seulement non plus parce que c’est la personne la plus mature et la plus douce qu’on puisse rencontrer, mais parce qu’elle nous a énormément appris, grâce à ses expériences et à sa connaissance intime du monde des sourds et de la langue des signes. Elle n’était jamais intimidée, et n’hésitait pas à expliquer très directement la façon dont Regan agirait et dont il fallait communiquer”.

Il remarque que la démarche très instinctive de Millie Simmonds a pris tout le monde par surprise. “Millie est tout bonnement faite pour ça. Je me souviens que l’un des tout premiers jours de tournage, elle traversait le pont et je lui ai dit : ‘Toute ta frustration, toute ta colère, toute ta culpabilité et ton sentiment d’être le vilain petit canard de cette famille, tout ça doit sortir maintenant, pendant cette promenade’. Et elle y est magnifiquement parvenue. Elle me disait parfois : ‘C’est vrai que je suis frustrée et que je ne me sens pas à ma place parfois’. Elle comprenait Regan bien plus intimement que moi. Du coup, je lui ai répété que je faisais ce film pour que ceux qui ne se sentent pas à leur place sachent qu’eux aussi peuvent être des super-héros”. 

Finalement, toute la distribution a dû apprendre la langue des signes, en travaillant étroitement sur le plateau avec Douglas Ridloff, leur coach, qui leur a permis de préciser les nuances. John Krasinski explique que le simple fait d’observer Millie Simmonds en train de signer a été une révélation à plusieurs niveaux. “Quand je parlais avec Millie, je me suis rendu compte que personne ne m’avait jamais regardé pour ce que j’étais”, note-t-il. “Personne ne m’a jamais observé entièrement, pour bien mémoriser mon aspect. Elle regarde mes mains, mes sourcils, et elle ressent vraiment mes émotions. À chaque fois, je suis au bord des larmes parce qu’elle me regarde entièrement, complètement, et c’est à la fois très poétique et très émouvant. C’était vraiment très important pour nous d’être à sa hauteur parce que c’est vraiment une très belle personne”. 

Millie Simmonds explique que l’histoire de SANS UN BRUIT a immédiatement piqué sa curiosité, et l’idée même que Regan perde son appareil auditif, le lien qui la relie au monde des entendants, l’a particulièrement touchée. “J’ai été attirée par l’histoire du début jusqu’à la fin”, raconte-t-elle. “J’adore les films d’horreur ; celui-ci était assez effrayant, mais à mesure que je lisais le scénario, je me sentais également très proche de Regan. En tant que jeune fille sourde, elle se sent rejetée, pas à sa place ou pas vraiment sûre de la meilleure façon d’aider sa famille. Et elle dépend vraiment de son appareil auditif, dont elle a vraiment besoin pour communiquer. Du coup, je me suis beaucoup identifiée aux difficultés qu’elle doit affronter”. 

Pour Millie Simmonds, les doutes déchirants de Regan quant à sa place dans le monde étaient également très proches de son expérience personnelle. “Je me suis aussi posé toutes ces questions en tant que personne sourde quand j’étais plus jeune”, explique-t-elle. “Je passais mon temps à me comparer aux entendants et à me demander pourquoi j’étais née sourde. Je pouvais donc vraiment comprendre les émotions de Regan, et je m’en suis servie pour façonner ce personnage”. 

Ce réalisme s’est ensuite allié à l’imagination de Millicent Simmonds qui a dû se représenter le quotidien de Regan à la ferme – une vie à la fois terriblement solitaire mais aussi faite de lourdes responsabilités et d’angoisse permanente, loin des préoccupations habituelles des adolescents. “C’était particulièrement angoissant d’imaginer le quotidien de cette famille pourchassée par ces créatures, raconte-t-elle. D’imaginer qu’en allant aux toilettes, on puisse ne jamais revenir si on n’est pas assez prudent. C’était intéressant de réfléchir à ce que c’est que de vivre en accordant une attention accrue à tout ce qui nous entoure, sans jamais savoir quelle petite erreur mettra sa vie, ou pire, celle de sa famille, en danger”. 

C’est la relation complexe entre père et fille qui a beaucoup intéressé l’actrice : Regan souffre de ne pas ressentir l’amour de son père, qui s’est complètement renfermé à la suite d’une tragédie. “Regan et son père ont beaucoup de choses en commun, remarque-t-elle. Ils sont passionnés de technologie et adorent tenter de comprendre comment fonctionnent les choses. Mais un fossé s’est creusé entre eux suite à un drame. Regan a besoin d’entendre que son père l’aime toujours, qu’il l’aime pour ce qu’elle est, ce qui est l’une des thématiques principales du film”. 

John Krasinski a aidé Millicent Simmonds à gérer ce sentiment de malaise afin qu’elle se sente soutenue. “John et moi travaillons très bien ensemble, et avons aussi noué une amitié sincère. Mais dans le film, il fallait que je m’inspire de la peine que ressent Regan par rapport à son père, explique-t-elle. Du coup, quand on jouait des scènes très intenses, John se mettait à plaisanter tout de suite après la prise pour détendre l’atmosphère”.

L’une des plus grandes satisfactions de la jeune actrice a sans doute été d’avoir l’opportunité d’apprendre au contact d’Emily Blunt. “Emily m’a beaucoup impressionnée, rapporte-t-elle. Notamment quand je l’ai vue s’inspirer de sa propre expérience de mère. Elle a fait d’Evelyn une femme qui souhaite malgré tout offrir à ses enfants la possibilité d’une vie heureuse, et leur donner tout ce dont ils ont besoin. Et c’est cette énergie qu’elle nous a transmise, à Noah et moi. Elle savait exactement comment s’y prendre avec nous et tout s’est déroulé très naturellement”. 

Emily Blunt admire également beaucoup la jeune actrice : “Ça a été incroyable de voir Millie s’épanouir sur ce tournage. Au début, elle était un peu timide, mais très vite son jeu était à couper le souffle”. Le rôle du petit frère de 12 ans, Marcus, le seul confident de Regan, est tenu par Noah Jupe, que John Krasinski avait repéré dans la minisérie à succès THE NIGHT MANAGER, et qu’on a vu plus récemment dans l’adaptation cinématographique du bestseller pour adolescents WONDER. George Clooney avait également chaudement recommandé le jeune acteur, avec qui il avait travaillé sur BIENVENUE À SUBURBICON. 

“J’avais vu Noah dans le  rôle d’un enfant qui se fait kidnapper dans THE NIGHT MANAGER, et je me souviens m’être dit qu’il fallait un sacré cran et beaucoup de talent pour mettre sa peur au service de son jeu de cette façon à un si jeune âge», précise le réalisateur. «J’ai donc évidemment ensuite contacté George Clooney qui venait de travailler avec lui. Je me souviens très exactement des termes qu’il a employés : ‘C’est le meilleur jeune acteur avec qui il m’ait été donné de travailler’. Et il avait parfaitement raison. Noah est époustouflant. Et le plus touchant, c’est que Millie et Noah ont forgé une amitié sincère. Ils ont tissé des liens presque familiaux, et on ressent cette affection”. 

Si Noah Jupe s’intéresse aux thrillers d’horreur, c’est pour une raison bien précise : Ils me font très peur, reconnait-il. Mais j’adore jouer dedans, parce que comme ça je vois l’envers du décor et les monstres en train d’être fabriqués. Ce que Noah Jupe a le plus apprécié, c’est de faire la connaissance de Millie Simmonds, avec qui il a principalement communiqué en langue des signes. “J’ai adoré travailler avec elle, confie-t-il. C’est une actrice exceptionnelle et une très belle personne. Elle est toujours là pour vous, à vous demander si ça va”. “Je ne maîtrise pas encore parfaitement la langue des signes, témoigne l’acteur, mais ça nous a permis à Millie et moi d’en venir tout de suite aux vraies questions de façon franche, loin des bêtises futiles que se racontent souvent les adolescents. Je pense que c’est la raison pour laquelle on s’est si bien entendus”. 

Millie Simmonds renchérit : “On n’a aucun mal à s’entendre avec Noah et c’est ce que j’adore chez lui. Mais ensuite il se mettait dans la peau de son personnage, Marcus, et tout à coup s’installait une certaine distance entre nous, un certain silence, et ça se ressentait. Il a beaucoup de talent”. Tout au long du tournage, John Krasinski a tout fait pour que Noah Jupe se sente détendu, exactement comme les Abbott tentent de protéger leurs enfants. “Dès le début, John nous a fait visiter les décors, les lieux où la famille passe son temps, et nous a demandé ce qu’on en pensait. Il est toujours comme ça, il demande l’avis de tout le monde, reprend Noah Jupe. J’ai beaucoup appris en travaillant avec lui”. 

Dans un film qui ne compte que quatre personnages humains, Emily Blunt fait remarquer qu’il était essentiel que les prestations de Millie Simmonds et de Noah Jupe contribuent à toucher le public. “Millie et Noah sont des gamins formidables. On a remercié le Ciel de les avoir trouvés, rapporte-t-elle. Le temps s’arrête quand ils jouent une scène. Ils éprouvaient une telle tendresse l’un envers l’autre que ça m’a brisé le cœur de les voir se dire au-revoir à la fin du tournage : ils étaient devenus comme frère et sœur, aussi incroyablement soudés que Regan et Marcus”. 

John Krasinski ajoute que Millie Simmonds et Noah Jupe ont contribué à concevoir les effets sonores. “Chaque jour, ils assuraient des prestations à couper le souffle, sans même prononcer un seul mot. Ils exprimaient leurs sentiments avec toute la franchise et l’innocence des enfants, et c’était bien plus touchant que tout ce qu’on aurait pu écrire. Ils m’ont montré toute la force que l’on peut insuffler à l’échelle d’une pièce sans parler, et ça m’a permis de réfléchir à la façon dont on pouvait utiliser les sons pour rendre le résultat final plus marquant encore”.

LES CRÉATURES

Le danger qui guette la famille Abbott est d’autant plus menaçant qu’il est vaste. Les créatures, dont ils ne savent rien, semblent se trouver partout à la fois : elles encerclent les Abbott en permanence de leur présence funeste. Elles sont susceptibles de surgir à chaque instant, si bien que la plus banale des activités devient extrêmement risquée. C’est le mode opératoire de ces créatures – le mystère qui les entoure, leur omniprésence – qui installe une tension croissante tout au long du film. On ne les aperçoit même pas vraiment avant le point d’orgue du film. D’où le fait que le spectateur partage d’autant plus l’angoisse des Abbott, qui ne savent pas grand-chose sur ces êtres qui les pourchassent. 

Malgré tout, la question de l’allure de ces créatures si sensibles au bruit a constitué un vrai défi visuel pour John Krasinski. Il a fait appel à une équipe d’artistes de grand talent, comme le chef-décorateur nommé aux Oscars Jeffrey Beecroft (DANSE AVEC LES LOUPS, L’ARMÉE DES 12 SINGES, THE GAME, TRANSFORMERS : L’ÂGE DE L’EXTINCTION), le superviseur effets visuels oscarisé (sur six nominations) Scott Farrar (TRANFORMERS, LE MONDE DE NARNIA : LE LION, LA SORCIÈRE BLANCHE ET L’ARMOIRE MAGIQUE, A.I. INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, BACKDRAFT, COCOON), le superviseur effets spéciaux Mark Hawker (UN RACCOURCI DANS LE TEMPS, TERMINATOR GENISYS, TRANSFORMERS : L’ÂGE DE L’EXTINCTION), le superviseur animation Rick O’Connor (la saga TRANSFORMERS) ainsi que les experts en effets visuels d’Industrial Light and Magic, qui ont tous travaillé en étroite collaboration avec John Krasinski. 

Jeffrey Beecroft raconte : “Quand on a commencé à concevoir les créatures, on s’est d’abord demandé de quel type de monde elles venaient. Ce sont des créatures qui entendent avec tout leur corps, si bien que pour leur apparence physique, je me suis inspiré d’une coquille de nautile. Lorsqu’un bruit un peu fort résonne à l’intérieur de leur corps, ça leur fait tellement mal qu’elles sont prêtes à détruire tout ce qui émet du bruit. Mais leur organisme est aussi extrêmement résistant, si bien qu’elles semblent invulnérables”. 

Leur allure reste cependant un mystère pendant une grande partie du film, mais Scott Farrar a vraiment fait des merveilles, d’après Mark Hawker, superviseur effets spéciaux.

LA MAISON

Si les Abbot ont réussi à survivre au fléau qui a dévasté presque toute la planète, c’est pour des raisons que l’on comprend rapidement : l’amour qu’ils se portent les uns aux autres, leur capacité à rester soudés même sans pouvoir parler, et peut-être surtout leur incroyable ingéniosité. Les Abbott mettent l’ensemble de leurs connaissances en matière agricole en pratique à tout moment, tout en essayant d’avoir toujours un coup d’avance sur les créatures mystérieuses qui les pourchassent. Le décor de la ferme était crucial aux yeux des scénaristes Bryan Woods et Scott Beck, tous deux originaires d’une région rurale de l’Iowa, au cœur de l’Amérique profonde. 

“Dès l’écriture du scénario, on réfléchissait aux scènes qu’on pourrait tourner dans ce décor constitué de granges et de silos à grain, et de toute sortes d’endroits où normalement on ne peut pas s’empêcher de faire du bruit”, raconte Scott Beck. 

Afin d’imaginer la ferme des Abbott dans le plus grand détail, aussi bien d’un point de vue visuel que sonore, John Krasinski a fait appel à une équipe dirigée par Jeffrey Beecroft, l’un des chefs-décorateurs les plus créatifs de sa profession. Les autres membres de l’équipe comprennent Charlotte Bruus Christensen, directrice de la photographie (LE GRAND JEU, FENCES, LA FILLE DU TRAIN), qui insuffle au film une esthétique d’une grande élégance, ainsi que Christopher Tellefsen (LE STRATÈGE), monteur nommé aux Oscars, qui a contribué à accentuer le rythme effréné et angoissant du film. 

Jeffrey Beecroft s’est montré enthousiasmé par les idées de John Krasinski et par son investissement total. “John est un bosseur acharné. Il ne s’arrête jamais, et il ne lâche pas le morceau, remarque le chef-décorateur. J’avais déjà pris beaucoup de plaisir à travailler avec Kevin Costner, un autre acteur devenu réalisateur, lorsque je me suis occupé des décors de DANSE AVEC LES LOUPS. J’ai eu la même impression générale. Je trouve l’idée de faire un film qui donne plus d’importance à l’image qu’au dialogue passionnante”. 

John Krasinski a donné beaucoup de matière à Jeffrey Beecroft. “Jeff et moi avons beaucoup discuté de l’idée d’envisager le film visuellement à la manière d’un western, explique John Krasinski. Je me suis dit que ça pouvait donner cette impression d’étendue et d’envergure que Jeff est parvenu à communiquer visuellement”. 

De nombreuses sources d’inspiration ont nourri Jeffrey Beecroft, comme la beauté solitaire des classiques de John Ford, les photographies des régions rurales américaines à l’époque de la Grande Dépression commandées par la Work Projects Administration, ainsi que les clichés de l’Amérique profonde des années 50 saisies par des photographes témoins de leur époque tels que Robert Frank. 

Dorothea Lange, auteur de photographies légendaires de fermiers exilés au temps de la Grande Dépression, a beaucoup influencé l’esthétique du film. “J’aimais l’idée de représenter la vie rurale comme si elle était vue à travers les yeux d’une femme de l’époque ; j’ai aussi montré quelques uns de ses clichés à Emily”, révèle Jeffrey Beecroft. “On voulait surtout que le film donne l’impression d’être situé hors du temps. Il pourrait se dérouler à n’importe quelle époque”. 

La mission la plus ardue a sans doute été de ne jamais perdre de vue le fait que Lee et Evelyn ont complètement réorganisé leur vie de façon à ne pas faire le moindre bruit. “Il leur a fallu se montrer particulièrement créatifs pour étouffer jusqu’aux bruits les plus infimes et les plus inévitables, qu’il s’agisse des craquements du parquet ou du grincement des portes : le moindre bruit est susceptible d’attirer les créatures, souligne-t-il. C’est la raison pour laquelle ils vivent maintenant dans la grange, qui possède une source d’eau et est équipée de panneaux solaires. Lee se sert du sous-sol de la maison comme d’un atelier, à partir duquel il fait venir l’électricité et où il réfléchit à la façon de sauver sa famille”. 

La grange renferme aussi la pièce sécurisée, d’une importance capitale, puisque Lee l’a conçue pour qu’Evelyn puisse accoucher dans ce qu’il espère être une bulle protectrice. “On a imaginé une pièce capitonnée à l’aide de plusieurs couches d’une sorte de papier mâché”, raconte Jeffrey Beecroft. Comme l’histoire est en grande partie racontée à travers l’atmosphère plutôt que les dialogues, Jeffrey Beecroft et John Krasinski ont longuement discuté de la palette de couleurs. “J’ai utilisé beaucoup de blanc, de noir, de rouge et de gris, pour évoquer l’ambiance de photographies noir et blanc, mais en couleur, explique Jeffrey Beecroft”. 

L’élaboration de la ferme a exigé d’importants préparatifs : l’équipe de Jeffrey Beecroft a érigé des granges, planté 9 hectares de maïs, conçu ce qui allait devenir le potager de la famille Abbott, construit des routes, et même un silo à grain de 20 mètres de haut, plusieurs mois avant le début du tournage. “Il fallait que tout soit prêt dès le premier jour, parce que John souhaitait que la ferme ait l’air habitée, vivante”, précise Jeffrey Beecroft. Les producteurs ont trouvé leur point de départ à Pawling, dans l’État de New York, une petite ville bucolique du comté de Duchess d’à peine plus de 8 000 habitants. 

“C’est John qui a trouvé l’endroit très vite, non loin de là où Emily et lui habitent, et c’était parfait, raconte Jeffrey Beecroft. J’étais fasciné par les images qu’il m’a montrées, mais on s’est aussi rendu compte qu’il y aurait beaucoup de travail préalable. On a réussi à faire les travaux grâce au conseiller régional et aux fermiers locaux qui se sont montrés très accommodants”. 

Un centre équestre a notamment servi de plateau de tournage en cas de besoin. “On s’en est servi pour les scènes sous l’eau au cours de l’inondation et pour l’intérieur des silos à grain. Il n’était situé qu’à dix minutes en voiture de la ferme, si bien qu’on pouvait facilement faire des allers-retours”, indique Jeffrey Beecroft. Dans l’une des scènes les plus intenses d’un film au suspense insoutenable, les enfants du couple se retrouvent enfermés dans un silo à grain rempli de ce qu’on pourrait qualifier de maïs mouvant, qui risque de les engloutir tels des sables mouvants. Cette scène figurait dans le scénario dès le départ. 

Bryan Woods se souvient : “Pendant une séance d’écriture, Scott s’est exclamé : ‘Vous savez ce qui est vraiment flippant dans l’Iowa ? Les silos à grain. Ce serait un cauchemar que de se retrouver enfermé à l’intérieur’. Du coup, on s’est mis à imaginer ce que ça donnerait de se retrouver non seulement enfermé dedans, mais aussi de ne pas pouvoir appeler au secours au risque de se faire attaquer”. 

Mark Hawker, superviseur effets spéciaux, a dû imaginer une méthode de tournage de cette scène d’un point de vue pratique mais surtout sans faire courir de risque aux deux jeunes acteurs. “On a dû élaborer des stratagèmes complexes pour cette séquence, rapporte Mark Hawker, notamment pour permettre aux enfants de s’enfoncer dans le maïs. On a dissimulé des promontoires sur lesquels ils se tenaient debout, et pendant ce temps-là on maîtrisait le rythme d’ensevelissement”. 

Mark Hawker a beaucoup apprécié d’être stimulé dans sa créativité. “J’ai déjà tourné des scènes avec des sables mouvants, mais cette scène-ci est tout à fait incomparable, poursuit Mark Hawker. John souhaitait que les deux enfants puissent se déplacer vers l’avant, et qu’ils commencent à s’enfoncer à mesure qu’ils avancent, ce qui était un défi considérable. Il a fallu qu’on construise une sorte de diaphragme en latex qui fasse en sorte que tout le maïs ne s’enfonce pas, permettant ainsi aux enfants de se déplacer. Ça n’était pas la même chose que des sables mouvants, parce que le maïs est plus lourd que le sable, et il a donc fallu aussi prendre ça en compte”. 

Les deux jeunes acteurs se sont beaucoup amusés à tourner la scène, conscients qu’ils ne couraient aucun risque. “Ils se sont éclatés parce que pour eux c’était un jeu, raconte Mark Hawker. Et en même temps ils sont très convaincants : ils donnent vraiment l’impression d’être en grand danger”. 

Millicent Simmonds se rappelle : “Le tournage de cette scène a été une expérience vraiment chouette. J’ai été très impressionnée par le degré de réflexion nécessaire à l’élaboration du silo et des mécanismes de truquage. Ça avait l’air tellement vrai!”

LE BRUIT ET LA TERREUR

Les amateurs de cinéma d’horreur savent depuis bien longtemps que le son peut être bien plus effrayant que l’image. SANS UN BRUIT s’inscrit dans la lignée des films d’angoisse innovants qui utilisent astucieusement le son et la musique afin de créer une atmosphère, de renforcer le trouble et de maintenir un suspense insoutenable. Mais l’idée était aussi d’innover, en faisant du son un personnage du film à part entière. Les sons dans le film constituent une entité qu’on craint et qu’on savoure à la fois – jusqu’aux dialogues. 

La famille Abbott ne peut pas communiquer à haute voix, ce qui rend tout ce qui est dit d’autant plus crucial. Le son évoque tout ce que l’on ne voit pas. Dans ce genre de film où les bruits sont rares, les spectateurs utilisent davantage leur imagination, ce qui rend le film d’autant plus effrayant, remarque le coscénariste Bryan Woods. 

John Krasinski a exploité cette idée jusqu’au bout à la fois en tant que scénariste et réalisateur. Il a ensuite fait appel à un duo de choc de monteurs son : Erik Aadahl et Ethan Van der Ryn, nommés ensemble aux Oscars pour leur travail sur ARGO et TRANSFORMERS 3 : LA FACE CACHÉE DE LA LUNE. 

Les deux hommes l’ont aidé à créer une ambiance sonore qui oblige les spectateurs à rester à l’affût du moindre son. Tout comme les personnages du film, l’équipe a dû faire preuve de beaucoup d’ingéniosité afin de trouver l’équilibre entre son et silence. 

Travailler avec Erik Adahl et Ethan Van der Ryn a beaucoup stimulé la créativité de John Krasinski. “Erik et Ethan ont fait des tas de choses incroyables par le passé, s’exclamet-il. Mais dans ce film où le son joue un rôle si crucial sur le plan thématique, ils ont imaginé un dispositif radicalement nouveau”. 

La nécessité d’éviter tout bruit inutile sur le plateau a permis aux acteurs et à l’équipe de se plonger au plus profond de la vie de la famille Abbott. Il a fallu repenser notre rapport au bruit, et ça a été absolument décisif, poursuit John Krasinski. “On a tous dû apprendre à rester silencieux comme jamais sur un plateau de tournage. Et c’est grâce à ce silence que l’importance des effets sonores est devenue de plus en plus évidente. Dans un tel silence, le bruit de l’eau qui coule ou du vent dans les arbres devient soudainement stupéfiant. On se rend compte qu’à notre époque, avec les téléphones portables notamment, on n’a que rarement l’occasion d’écouter les bruits de la nature. On se réjouit à l’idée qu’avec ce film les spectateurs vont vraiment prêter attention au moindre bruit comme jamais auparavant”.

Dans un film où les sons sont à la fois extrêmement rares et décisifs d’un point de vue dramatique, puisqu’à la source d’une tension permanente, il était essentiel que la musique soit parfaite. John Krasinski a donc sollicité le compositeur Marco Beltrami, cité deux fois aux Oscars pour 3H10 POUR YUMA et DÉMINEURS. 

“Je me suis tout de suite dit qu’il fallait que la musique joue le rôle d’un personnage dans le film, sans pour autant que ce soit l’un des protagonistes. Je ne voulais pas qu’on ressente la présence de cette musique d’un bout à l’autre du film, explique John Krasinski. Je tenais à ce que la musique vous tienne en quelque sorte par la main en arrière-plan, pendant que les relations entre les personnages font le reste du travail. On a eu une chance incroyable que Marco veuille bien travailler avec nous. Il a écrit quelques-unes de mes bandes-originales préférées, comme DÉMINEURS et WORLD WAR Z. Il a un vrai talent pour communiquer à la fois aventure et émotion”. 

Marco Beltrami est parvenu à allier les deux thèmes principaux du film, l’amour et la peur, en une composition musicale magistrale. Pourtant, John Krasinski a utilisé sa musique avec parcimonie : “Marco a écrit une partition incroyable, mais il a fallu ensuite décider quelles parties on voulait utiliser, et à quels moments. Marco s’est révélé être un excellent partenaire dans ce travail, parce qu’il a parfaitement compris l’enjeu du film”. Au final, si John Krasinski était si déterminé à donner de l’importance à chaque battement de cœur, à chaque pas sur le sol et à chaque émotion, c’était pour une autre raison encore : pour que les spectateurs se retrouvent complètement plongés au cœur de ce monde silencieux prêt à voler en éclats à tout moment pour laisser place à la discorde et à la terreur. 

John Krasinski résume : “Ce que je veux, c’est qu’à tout moment les spectateurs se demandent ce qu’ils feraient dans pareille situation. Comment parviendraient-ils à rester silencieux ? Comment faire pour s’assurer que sa famille s’en sorte ?” “J’espère que le film fera vivre aux spectateurs une expérience palpitante et terrifiante à la fois, mais aussi qu’il leur montrera le courage de cette famille, conclut John Krasinski. Les membres de la famille Abbott ne peuvent compter que les uns sur les autres et n’ont aucun autre endroit où aller : ils ne peuvent pas s’échapper. Ils sont forcés de rester dans la ferme familiale et d’apprendre à survivre ensemble. En ce sens, c’est l’amour qu’ils se portent les uns aux autres, l’empathie dont ils font preuve les uns envers les autres, qui devient leur plus grande force et peut-être leur seule chance de survivre un jour de plus”.

  
#SansUnBruit

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