dimanche 31 mars 2019

CAPTIVE STATE


Science fiction/Thriller/Un film de SF plutôt sympa et original malgré quelques défauts

Réalisé par Rupert Wyatt
Avec Ashton Sanders, John Goodman, Vera Farmiga, Madeline Brewer, Machine Gun Kelly, Kevin Dunn, Jonathan Majors, KiKi Layne...

Long-métrage Américain
Durée: 01h51mn
Année de production: 2019
Distributeur: Metropolitan FilmExport

Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs

Date de sortie sur les écrans américains : 15 mars 2019
Date de sortie sur nos écrans : 3 avril 2019


Résumé : Les extraterrestres ont envahi la Terre. Occupée, la ville de Chicago se divise entre les collaborateurs qui ont juré allégeance à l'envahisseur et les rebelles qui les combattent dans la clandestinité depuis dix ans.

Bande annonce (VOSTFR)


Extrait "Vous voulez quoi ?" (VOSTFR)


Ce que j'en ai penséplus qu'un film purement de science-fiction, le réalisateur Rupert Wyatt nous propose une plongée au cœur de la résistance avec CAPTIVE STATE. Sur ce sujet, spécifiquement, son film est réussi. Il met en place une ambiance particulière avec des décors qui donnent un sentiment d’abandon et une mise en scène qui met en exergue une atmosphère de chaos. 


Il y a dans sa façon de filmer une volonté de faire un parallèle avec des périodes sombres de l’Histoire, ce qui fonctionne bien et est très clairement abordé. Il veille à ce que son style soit cohérent tout au long de son long-métrage. 

D’un point de vue scénaristique, il faut accepter un postulat de contexte global qui n’est peut-être pas suffisamment expliqué et laisse des doutes sur le bien-fondé des actions. Il faut aussi apprécier de comprendre les imbrications à retardement, on est donc un peu dans une compréhension floue pendant un moment sur ce que l’on nous montre, bien que ce soit une vision décalée voulue par le réalisateur. Le rythme souffre d’ailleurs un peu de cette façon de narrer l’histoire. Par contre, la caractérisation du fonctionnement de type réseau et la mise en application des actions sont très sympas. 

En terme d’effets spéciaux, il y en a peu de très voyants et ils sont bien maîtrisés. Ils sont surtout cohérents avec la patte du réalisateur. 

Les acteurs font un bon travail pour exprimer la peur liée à la situation d’occupation. Ashton Sanders interprète Gabriel Drummond, un jeune homme pris dans la tourmente par effet de ricochet.


 

John Goodman interprète Mulligan, un inspecteur tenace. L’acteur sait imposer sa personnalité et nous rendre les circonstances plausibles. 



Vera Farmiga interprète une femme dont on se sait rien à part qu’elle semble savoir tout ce qu’on ne nous dit pas.

Copyright photos @ Metropolitan FilmExport

CAPTIVE STATE est un film de SF plutôt sympa malgré quelques défauts. Il a un style original et nous entraîne dans une aventure qui a est un rappel du travail de la résistance au-delà de la simple résolution de son intrigue. 

Copyright afiches @ Metropolitan FilmExport

NOTES DE PRODUCTION
(À ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

Amérique, 2025. Depuis dix ans, les extraterrestres occupent la Terre… Sur fond de science-fiction futuriste, CAPTIVE STATE porte un regard très actuel sur les dérives d’un État de surveillance et la menace qui pèse sur les libertés individuelles. Le film aborde le rôle des mouvements de dissidence sous le joug d’une société autoritaire, à travers deux frères qui se retrouvent après plusieurs années de séparation, alors que l’aîné dirige un petit groupe de révolutionnaires.

Rupert Wyatt, réalisateur et scénariste du film, déclare : « L’histoire est davantage celle d’une occupation que d’une invasion. Les histoires de science-fiction réussies sont toujours celles qui, d’une façon ou d’une autre, reflètent notre propre société.

« Je voulais créer un univers complet, une réalité cohérente. L’histoire se déroule plusieurs années dans le futur. J’ai donc dû imaginer l’évolution de notre monde entre l’invasion, qui a eu lieu aux environs de 2016, et le début de l’histoire. Je suis parti de ce qui se passe aujourd’hui à plusieurs niveaux – social, politique, environnemental – et j’ai exacerbé ces problématiques. Je voulais créer un monde très réel auquel les gens pourraient encore s’identifier, une société dans laquelle nous serions privés de nos droits civiques et où les progrès technologiques ont régressé. »

Le producteur David Crockett retrouve le réalisateur après avoir produit THE GAMBLER. Il note : « L’histoire se déroule à Chicago et suit un petit groupe d’insurgés venus de différents milieux. Je ne la qualifierais pas vraiment de dystopique ou d’orwellienne, bien qu’il y ait certainement un peu de cela dans le scénario. Cette histoire se déroule dans un monde réel, un monde qui n’est pas si différent du nôtre. Si je devais établir des analogies entre CAPTIVE STATE et notre monde, je pense que la plus proche serait celle de l’Allemagne nazie ou celle de l’Union soviétique de Staline. Un régime véritablement totalitaire qui contrôle tous les droits civiques fondamentaux et la vie de son peuple. »

Pour son scénario original (coécrit avec son épouse, la scénariste Erica Beeney), Rupert Wyatt s’est inspiré des travaux de deux célèbres cinéastes européens : le Français Jean-Pierre Melville (LE SAMOURAÏ, 1967 ; L’ARMÉE DES OMBRES, 1969) et l’Italien Gillo Pontecorvo (LA BATAILLE D’ALGER, nommé aux Oscars en 1967). Il déclare : « Jean-Pierre Melville est l’un de mes cinéastes préférés. Il a été membre de la Résistance française pendant la Seconde Guerre mondiale et pendant toute sa carrière, il a voulu raconter des histoires de contestation et de lutte contre une puissance occupante. L’ARMÉE DES OMBRES est un film centré sur les personnages, une œuvre extraordinaire. Il représente à bien des égards la quintessence du cinéma français classique, mais il est tourné comme un film noir. Il a été une grande source d’inspiration, tout comme LA BATAILLE D’ALGER. »

John Goodman, qui avait lui aussi déjà travaillé avec Rupert Wyatt et David Crockett sur THE GAMBLER, joue William Mulligan, un flic de Chicago qui enquête sur une faction clandestine cherchant à mettre fin à l’occupation extraterrestre. Il confie : « Rupert s’est inspiré pour son histoire de la Résistance française et j’ai vraiment aimé cette approche. J’ai toujours admiré ces gens parce qu’ils se battaient pour la liberté, quitte à y laisser leur vie. Cette histoire parle de ce que nous sommes prêts à sacrifier pour notre vision de la liberté. »

Jonathan Majors, qui n’apparaît ici que dans son deuxième rôle au cinéma après ses débuts dans HOSTILES, le western de Scott Cooper, ajoute : « Les ÉtatsUnis sont probablement l’un des rares pays qui a la chance de n’avoir jamais été sous occupation. Dans cette histoire, nous sommes vulnérables parce que nous sommes maintenant occupés par une force plus puissante que nous. Ces créatures venues d’un autre monde ont pris le contrôle de notre gouvernement et de la quasitotalité de notre mode de vie. À un moment donné, Rafe, mon personnage, dit que l’on est en train de revenir à l’âge des ténèbres, que l’on va vers l’extinction. »

Jonathan Majors poursuit : « Nous vivons désormais dans un monde extrêmement surveillé. Nous sommes dirigés par un pouvoir unique. C’est leur façon de faire. Il n’y a aucune communication entre le peuple et le pouvoir. Les gens ne communiquent pas entre eux non plus. Nous nous retrouvons dans une situation où nous ne faisons qu’exister… en étant observés. Il nous est donc impossible d’exister comme nous le souhaitons. Internet n’existe plus. Nous communiquons par téléphone fixe. La presse a été réduite à néant. Il est interdit de voyager, seules certaines personnes y ont droit. »

David Crockett ajoute : « D’après moi, l’une des choses les plus intéressantes et les plus fascinantes de ce film est la question qu’il pose : qu’êtes-vous prêt à faire pour la liberté ? Que se passerait-il si vos droits vous étaient enlevés par cette énorme force d’occupation ? Seriez-vous de ceux qui acceptent, de ceux qui collaborent ou de ceux qui s’insurgent ? Ce film explore ce sujet sans porter de jugement. Je ne pense pas qu’il soit possible de savoir réellement comment l’on réagirait face à une telle situation avant d’y être confronté. »

À propos du caractère très actuel du scénario, David Crockett déclare : « À cause de la façon dont ces extraterrestres exploitent nos ressources et pillent la planète, ils commencent à avoir un effet négatif sur notre monde. Alors que le film se déroule en été, le paysage est très hivernal. La question du changement climatique est donc très subtilement décrite. Le film est doté d’une conscience sociale car il aborde des questions comme celle de nos responsabilités envers l’humanité et envers la planète. »

Rupert Wyatt confirme que le scénario a évolué pendant plusieurs années avant que sa femme et lui n’y mettent un point final en 2016. Les premières bases ont été jetées cinq ans plus tôt, lorsqu’une autre administration occupait les plus hautes sphères du gouvernement américain. Début 2017, lorsque la production a commencé, un nouveau chef de file était apparu dans les sondages, un outsider dans le monde de la politique dont la première (et alarmante) déclaration officielle concernait justement les droits civiques et l’interdiction de voyager.

Ashton Sanders, qui joue le plus jeune des deux frères, a commencé à travailler sur le film alors que MOONLIGHT, son projet précédent récompensé par l’Oscar du meilleur film, était sous les projecteurs au début de l’année 2017. Il confie : « Ce n’est pas tant le personnage de Gabriel que l’histoire qui m’a plu. J’y ai vu un regard subtil sur ce que notre société pouvait devenir, ou ce qu’elle était rapidement en train de devenir avec la nouvelle administration : une société tyrannique. En tant qu’acteur, j’aime faire des films qui trouvent un écho dans la société et les situations que l’on rencontre dans la vie réelle. »

Rupert Wyatt sonne l’alarme : « Tout repose sur les choix que nous faisons dans la vie, ces choix moraux qui sont vitaux pour notre subsistance, notre sécurité personnelle et celle de notre famille. Comment, en tant que peuple, réagissons-nous individuellement à cette situation ? Il y a deux types de personnages dans cette histoire : ceux qui ont choisi de collaborer avec les occupants, et ceux qui ont choisi de riposter. L’histoire porte essentiellement sur les deux facettes de cette même pièce, et plus particulièrement au sein d’une même famille. »

Le réalisateur précise : « Nous ne cherchons pas à pointer du doigt les collaborateurs de façon explicite et négative. Nous expliquons pourquoi ils agissent ainsi, tout comme nous le faisons avec les combattants de la résistance qui ont recours à la violence pour répliquer. De nos jours, c’est une notion qui est évidemment très sensible. Mais, quand vous regardez l’Histoire et que vous pensez aux Algériens qui ont combattu les Français pendant l’occupation de l’Algérie, comme dans le film de Pontecorvo, ou à l’occupation de la France par les nazis, les points de vue varient : ceux qui résistaient étaient tantôt considérés comme de véritables héros, tantôt comme des terroristes. D’un point de vue narratif, c’est une zone grise très intéressante à explorer. »

Rupert Wyatt conclut : « En fin de compte, l’histoire parle d’oppression, de la vie au sein d’une société où la liberté a disparu. Ce que j’ai essayé de faire avec ces thèmes de la démocratie et de l’oppression, qui sont extrêmement complexes et pas forcément ‘divertissants’, c’est de les faire entrer clandestinement dans ce que j’espère être un film de science-fiction divertissant. »

LES PERSONNAGES

John Goodman déclare : « Il y a beaucoup de gris dans cette histoire, tout comme il y a beaucoup de zones grises dans nos vies. Rupert et moi avons longuement discuté de ce qu’il faudrait faire pour survivre à une invasion aussi terrible et omniprésente dans notre vie, mais aussi de l’incertitude quant à ce qu’eux, les extraterrestres, nous laisseraient… si tant est qu’ils nous laissent quelque chose. »

Rupert Wyatt explique : « Mulligan, le personnage qu’interprète John Goodman, est un homme gris, quelqu’un que l’on ne remarquerait jamais au milieu d’une foule, à côté de qui vous ne feriez que passer. Et c’est précisément en cela qu’il est dangereux. C’est un policier des services spéciaux, un détective d’une sorte de Stasi travaillant en collaboration avec un État totalitaire. Son rôle, c’est de surveiller les gens, les piéger, d’exécuter les basses œuvres. À bien des égards, c’est lui le méchant.

« Il a cependant été pensé de sorte que l’on ne voit jamais vraiment sa méchanceté ou ses mauvaises intentions. John a apporté tout cela à son personnage de façon presque imperceptible. Il lui a aussi donné cet incroyable côté humain qui fait que l’on sympathise malgré tout avec le personnage. »

David Crockett commente : « Mulligan est un homme relativement simple. Il a été flic toute sa vie et voit le monde en noir et blanc. Sa conviction profonde est que l’on doit respecter la loi telle qu’elle a été décrétée par l’État, même si la puissance d’occupation est constituée d’extraterrestres. Il faut que l’ordre soit maintenu au jour le jour. Pour lui, la société ne peut survivre qu’à la condition d’appliquer les lois et de maintenir l’ordre, et ce quels que soient ceux qui sont aux commandes. »

John Goodman décrit son personnage : « Mulligan est un flic. Il n’est pas nécessairement franc et direct, mais il aime la loi et l’ordre. Pour lui, les choses doivent être en ordre, sans quoi la société sombrera. C’est une période terrible mais il ne veut pas céder à la panique ou à la paranoïa. Il veut que les choses soient telles qu’elles sont dans le respect de la loi et de l’ordre. Si ces conditions sont respectées, il est capable de tout affronter.

« Mulligan doit s’occuper, entre autres, des fils de son ancien partenaire dans la police. Il éprouve une sorte de responsabilité paternelle et essaie de garder un œil sur Gabriel et Rafe, ces deux frères qui ont survécu à leurs parents tués lors de l’invasion. Il s’efforce de veiller sur eux de son mieux parce qu’ils sont rebelles et pourraient avoir beaucoup d’ennuis étant donné les circonstances. Ce sont deux enfants intelligents qui veulent profiter de la vie malgré l’occupation. »

David Crockett, le producteur, explique : « Au fil des années, alors que les garçons grandissaient et que Rafe s’impliquait dans l’insurrection, Mulligan est passé du statut de figure paternelle à celui de flic. »

Jonathan Majors joue Rafe, le frère de Gabriel, un rebelle insaisissable connu sous le nom de Phénix. Il explique : « Mulligan est à la recherche de Rafe et ça le rend fou parce qu’il y a un lien familial profond entre eux. Il s’est accroché à Gabriel et a, d’une certaine façon, subvenu à ses besoins en l’aidant à obtenir un travail à l’usine. Il se sent responsable des fils de son défunt partenaire et ami. »

Jonathan Majors ajoute : « J’ai été sidéré par cette trinité, ces trois fils conducteurs créés par Rupert. Ces trois personnages sont profondément interconnectés, non seulement par le biais de la famille, mais aussi par le statut socio-politique. Mulligan représente le gouvernement parce qu’il est policier, c’est un agent spécial qui occupe une fonction importante. Gabriel, le petit frère, travaille tous les jours de 9h à 17h et représente la branche sociale. Rafe, lui, est complètement hors réseau et incarne la résistance. Ces trois hommes représentent les trois côtés d’un triangle : l’État avec Mulligan, le peuple avec Gabriel et la résistance avec Rafe. »

Ashton Sanders, qui joue Gabriel, déclare : « C’est un monde à part entière, et bien que légèrement décalé du nôtre, il est quand même une réalité en soi. J’ai aimé la dynamique entre les personnages de Rafe et Gabriel et j’ai été attiré par tout ce que le jeune Gabriel a traversé dans sa vie pour être devenu si fort et si complexe.

« Je voyais Gabriel comme un crocodile, quelqu’un qui ne fait pas de vague mais est totalement conscient de ce qui se passe autour de lui. Rupert et moi avions les mêmes idées pour Gabriel. En fin de compte, nous avons plus ou moins créé le personnage et ce qu’il représente autour de cette analogie. Gabriel s’installe quelque part et attend.

« Cette idée était déjà très présente dans le scénario. Gabriel a dû grandir très vite, sans ses parents et sans personne pour le guider. Il a dû s’élever lui-même… Il est devenu un homme à un très jeune âge. »

Rupert Wyatt déclare : « J’ai mis du temps à trouver l’acteur pour ce personnage parce que je voulais quelqu’un de très jeune et, d’une certaine façon, d’encore innocent face au monde. Il fallait aussi qu’il soit capable de jouer en étant extrêmement calme, qu’il ait la capacité de voir les choses à travers le prisme d’une expérience de vie traumatisante. C’est cela, le personnage de Gabriel : un enfant qui a perdu ses parents, perdu son frère et qui vit dans un quartier défavorisé de Chicago en choisissant de garder la tête basse pour éviter les problèmes. Ashton est capable de faire passer tout cela d’un seul regard. »

Rupert Wyatt note que Jonathan Majors, qui joue Rafe, avait lui aussi les arguments nécessaires : « Jonathan a apporté énormément de puissance et d’intensité au personnage. Il lui a donné aussi une certaine rage. C’est le personnage le plus clairement défini. Il a fait un choix. C’est un fanatique. Il a choisi de ne pas accepter l’occupation. Il a donc décidé de se battre à tout prix et de faire tous les sacrifices nécessaires. On parvient à le comprendre, à comprendre ce feu qui brûle dans ses yeux. Jonathan est incontestablement parvenu à faire passer cela dans une prestation très brute. »

Jonathan Majors explique : « Au début, Rafe n’est qu’un militant, il n’est pas encore le chef de cellule qu’il deviendra finalement. Il poursuit son entraînement, son militantisme, sa préparation et participe à l’attaque qui vise à prendre la tour Sears. Il joue un rôle important dans le mouvement, dans la prise de la tour et la destruction du brouilleur de communication qui coupe Chicago du reste du monde. »

Rupert Wyatt a suggéré à ses deux jeunes acteurs (au moment du tournage, le film était le troisième projet d’Ashton Sanders au cinéma et le deuxième de Jonathan Majors) d’éviter de passer du temps ensemble en dehors du plateau jusqu’au tournage d’une scène cruciale où les deux frères se retrouvent après quatre ans de séparation. Le cinéaste cherchait ainsi à apporter une véritable authenticité à la scène en empêchant ses deux jeunes acteurs de se lier d’amitié avant de jouer l’un des moments les plus dramatiques et émouvants de l’histoire.

Jonathan Majors précise : « Gabriel pense que son frère, celui qui devait s’occuper de lui, l’a abandonné, et c’est comme ça que tout commence. C’est une scène où les deux frères réapprennent à se connaître, retrouvent leur équilibre et découvrent pour la première fois les hommes qu’ils sont devenus. »

L’actrice Vera Farmiga, nommée aux Oscars, joue l’un des autres personnages clés de l’histoire, une ancienne enseignante devenue prostituée qui entretient une relation particulière avec Mulligan, Gabriel et Rafe.

Rupert Wyatt explique : « Jane Doe est une prostituée au service des membres haut placés du gouvernement et de ceux qui collaborent. Je suppose qu’on peut la voir comme la figure de proue de ce film. Et Vera, par sa seule présence et son talent, a su transmettre une grande chaleur et une réelle humanité à son personnage. »

John Goodman ajoute : « C’est une ancienne enseignante que Mulligan connaissait avant l’invasion. Elle a découvert une nouvelle façon de gagner sa vie, un métier qui devient très important pour Mulligan mais aussi pour la résistance. Elle devient une sorte d’informateur. C’est une femme très courageuse, prête à tout sacrifier pour le mouvement. »

Jonathan Majors ajoute : « Jane Doe était la meilleure amie de notre mère et se sent donc responsable des deux orphelins. Elle aide Rafe à prendre soin de Gabriel autant qu’elle le peut. Nous essayons tous de nous en sortir. Le plus important, c’est de survivre. Ce n’est plus un quotidien banal, il faut se battre à chaque instant. Au fil du temps, Jane Doe devient une sorte de lien entre Rafe et la résistance. »

Rupert Wyatt déclare : « C’est un film assez dur du point de vue de la narration. Il y a certaines décisions, certaines actions et certains décors de notre histoire qui sont intentionnellement épurés. Vera, par exemple, a su apporter une certaine légèreté au film, une chaleur nécessaire pour contrebalancer l’âpreté du reste. »

UN TOURNAGE À CHICAGO

Rupert Wyatt voyait la ville de Chicago comme un personnage clé de l’histoire. Il déclare : « J’avais tourné le pilote de la série ‘L’Exorciste’ à Chicago et cela avait été une très bonne expérience. Nous y avons tourné neuf semaines à l’automne 2017 et Chicago s’est avérée être un personnage à part entière du film. »

« D’après moi, c’est LA grande ville américaine par excellence. Elle est extrêmement représentative et c’est la raison pour laquelle il était logique de placer ce qui est en fin de compte une histoire mondiale à bien des égards dans cette ville à l’environnement très vertical avec tous ses gratte-ciels. C’est une ville à l’échelle impressionnante qui abrite pourtant des communautés et des quartiers dans un environnement très dense, très surchargé. Nous avons tourné partout ! Dans le centre-ville, dans l’immeuble du Chicago Tribune, le long de la rivière Chicago, sur les rives du lac Michigan et au Soldier Field, le stade de football américain de la ville, foyer des Chicago Bears. Notre histoire se déroule principalement dans le quartier populaire et ouvrier de Pilsen. »

Le réalisateur poursuit : « Comme beaucoup d’autres quartiers, Pilsen connaît un processus de gentrification. Pourtant, dans notre histoire, c’est dans ce quartier que le foyer du militantisme resserre ses liens et se remet à croître. Cela m’a permis de visualiser et de recréer ce qui était architecturalement un monde ancien. »

Stefan Nikolov, un vétéran chez les régisseurs d’extérieurs de Chicago, raconte : « Quand Rupert a écrit le scénario, il avait déjà Pilsen en tête. C’est un quartier en grande partie mexicain, très proche du centre-ville. On y croise des familles mexicaines de deuxième et troisième génération. »

Keith Cunningham, le chef décorateur, déclare : « Pilsen était parfait pour servir de noyau central à l’intrigue parce que c’est un quartier très texturé, riche d’une grande histoire et un peu décrépit. On y trouve aussi un réseau très étendu de ruelles et de nombreuses portes de service à l’arrière des maisons. Étant donné que le pays est constamment surveillé par toutes sortes de gens, beaucoup de nos personnages vivent et se déplacent dans ces ruelles, ce réseau caché, comme des souris dans un labyrinthe, essayant de rester hors de vue. »

Rupert Wyatt et son équipe cherchaient une multitude de lieux cachés, hors des sentiers battus. Stefan Nikolov déclare : « Les lieux devaient avoir un certain grain. Tout devait être usé, fatigué, comme s’ils étaient abandonnés depuis des années. Les sites de tournage devaient donner l’impression que l’on se trouve dans un avenir qui a plutôt mal tourné après l’invasion de la Terre. Nous avons essayé de trouver des recoins de Chicago qui n’avaient pas été filmés trop souvent. Nous avons retourné toute la ville pour dénicher des endroits inattendus adaptés à la vision qu’avait Rupert de ce monde qui tombe en ruine. »

Stefan Nikolov poursuit : « Ce film tourne autour de murs et de tunnels, c’est un motif visuel récurrent. Dès le début, nous en avons cherché dans toute la ville, comme par exemple ce métro abandonné ou encore une ancienne aciérie qui a été l’un des principaux lieux de tournage du film. »

Keith Cunningham raconte : « On trouve dans cette usine abandonnée un canal incroyable et deux immenses murs creux de près de neuf mètres de haut qui s’étendent sur plus d’un kilomètre et forment de véritables tunnels. »

Rupert Wyatt a choisi ce lieu, situé dans un site industriel abandonné sur la rive sud du lac Michigan à une douzaine de kilomètres du centre-ville, pour tourner une scène clé entre Gabriel et son ami Jurgis, qui y a entreposé un bateau qu’il espère utiliser pour traverser le lac et échapper à l’occupation de Chicago.

Grâce à l’œil affûté de Stefan Nikolov, Rupert Wyatt a découvert quelques lieux cachés de Chicago qui ont même surpris les membres de l’équipe locale riches de nombreuses années d’expérience dans leur propre ville. L’un des sites en question était les silos Damen, un ensemble de silos industriels désaffectés situé du côté sud de la ville, sur les rives de la rivière Chicago, qui offrait également un point d’observation clé sur le centre-ville dominé par la tour Sears (désormais connue sous le nom de tour Willis). Ces impressionnants bâtiments de 15 étages construits en 1906 ne sont plus utilisés depuis une explosion en 1977.

Stefan Nikolov déclare : « C’est un lieu vraiment emblématique à Chicago. Beaucoup de réalisateurs veulent tourner là-bas une fois qu’ils l’ont vu. Ce qui est intéressant dans ce projet, c’est qu’à la différence des tournages habituels où les gens filment l’extérieur, nous, nous sommes entrés à l’intérieur des silos. C’est un endroit unique que l’on ne voit nulle part ailleurs. »

Rupert Wyatt a choisi cet emblème fantomatique de Chicago pour une scène nocturne où Rafe rassemble ses troupes pour planifier leur évasion de la ville.

L’église Saint-Boniface, une église catholique abandonnée située dans le quartier de Noble Square dans l’ouest de Chicago, a également été un lieu de tournage spectaculaire. Construite au début du XXe siècle, elle a ouvert ses portes en 1904. Fermée en 1990, elle est depuis restée inoccupée et s’est peu à peu délabrée. Lorsque l’équipe et les acteurs sont entrés dans ce bâtiment abandonné et jonché de débris de plâtre et de gravats, tous ont reconnu le talent artistique du chef décorateur Keith Cunningham et de son équipe, qui en ont fait une cachette pour Rafe, le fugitif dissident.

Ironiquement, la production a utilisé un quartier général abandonné de l’Armée du Salut pour créer le commissariat de police de Mulligan, et a aussi transformé une véritable prison en un repaire secret.

Le plus grand décor construit a été assemblé dans les studios CineSpace, les plus importants de Chicago, puis transporté en plusieurs pièces et réassemblé à l’intérieur de l’immense McCormick Place de Chicago, le plus grand centre de congrès d’Amérique du Nord. Là, la production a utilisé le gigantesque Hall D, qui mesure environ deux fois la taille d’un stade de football, pour reconstruire ce que le scénario décrit comme la « zone de transition fermée ».

McCormick Place a également figuré le dépôt d’autobus, un lieu d’où Rafe et deux complices tentent de fuir Chicago. La séquence offre l’un des rares aperçus des extraterrestres.

EXTRATERRESTRES ET HUMAINS

Le chef décorateur Keith Cunningham explique : « Les extraterrestres se divisent entre les législateurs et les chasseurs. Nous voulions les représenter de la manière la plus concrète possible, même s’il y a évidemment beaucoup d’images de synthèse. Le défi consistait à concevoir une espèce venue d’un autre monde que l’on n’avait jamais vue auparavant, et de rendre ces êtres intéressants et uniques. »

Le maquilleur Gregory Nicotero déclare : « Nous voulions nous éloigner de l’anatomie humaine en allongeant l’arrière de la tête ainsi que les bras et les jambes, tout en redessinant la zone des épaules. Nous avons créé des casques qui imitent l’aspect d’une ‘plaque de recouvrement’ métallique reliés à un appareil respiratoire et de petits ‘yeux’ à lentilles pour apporter une sensation humanoïde globale. Les casques étaient fixés très haut sur la tête de chaque acteur pour allonger le cou et modifier au maximum la silhouette. »

Les costumes recouvraient tout le corps des 7 acteurs jouant les extraterrestres chasseurs, et il fallait entre 20 et 30 minutes pour les habiller. Ils ont été sculptés sur le corps de Carey Jones, le superviseur de la création des créatures – qui a d’ailleurs interprété le chef des chasseurs dans le film. Collaborateur de longue date de KNB EFX, la société de Gregory Nicotero, il a notamment remporté un Emmy Award pour son travail sur un épisode de la série The Walking Dead en 2012.

Gregory Nicotero poursuit : « Les sous-vêtements, les coussinets et l’équipement de protection ont été incorporés dans le corps sculpté tandis que les détails des mains allongées, des épaules, des plaques situées sur la poitrine et le dos et de la ceinture ont été sculptés et moulés pour être ajoutés après coup en plastique dur. Nous avons également vieilli et patiné les costumes pour illustrer leur usure consécutive aux longues années de combats. Pour donner une apparence unique à ces créatures, nous avons ajouté une dernière modification à leur costume : des ‘trophées’ récupérés au cours de leurs différentes batailles qui peuvent être des objets de tous les jours comme des panneaux de signalisation, des indicateurs de haute tension, des masques à gaz militaires ou des turbans du Moyen-Orient. »

Pendant ce temps, la chef costumière Abby O’Sullivan se concentrait sur l’apparence des acteurs humains de l’histoire, multipliant les recherches pour trouver l’inspiration. Elle raconte : « Rupert puise son inspiration dans les années 70 et c’est justement une époque avec laquelle je suis à l’aise sur le plan esthétique. Le style urbain des années 70, que l’on voit par exemple dans MEAN STREETS de Scorsese, a eu une énorme influence sur mon travail. C’est un look urbain qui plonge le spectateur dans une atmosphère moite qui frise la claustrophobie. Je suis de New York, donc THE BRONX IS BURNING, un film réalisé en 1977, m’a lui aussi beaucoup inspirée parce que je me reconnaissais dans cette ambiance. J’ai aussi regardé des photos de Jamel Shabazz, et plus particulièrement sa série sur l’épidémie de crack qui a frappé les banlieues de New York. »

Abby O’Sullivan confie s’être également inspirée de deux films bien connus : le long métrage brésilien nommé aux Oscars en 2002 LA CITÉ DE DIEU de Fernando Meirelles, qui suit deux garçons grandissant dans un quartier violent de Rio de Janeiro dont les vies empruntent des chemins très différents ; et LA HAINE de Matthieu Kassovitz, lauréat du prix du Festival de Cannes en 1995, qui met en scène Vincent Cassel, l’un des trois hommes dont la vie est explorée sur une période de 24 heures à la suite de violentes émeutes dans la banlieue de Paris.

Abby O’Sullivan confie : « On retrouve beaucoup de points communs avec LA HAINE dans notre histoire. C’est un très grand film en noir et blanc qui m’a aussi énormément inspirée. Au cours de mes recherches, je me suis attachée à examiner ce qui se passe après une occupation, ce qui dure, ce qui ne dure pas, etc. J’ai étudié la mode pendant longtemps, alors je savais vraiment dans quelle direction je voulais aller avec les vêtements. »

Elle précise : « Pour le personnage de John Goodman, j’ai travaillé sur une variation de tons gris extrêmement désaturés afin de refléter la froide monotonie de l’avenir. Je voulais montrer, à travers la garde-robe de chacun, comment tout le monde s’était radicalisé durant l’occupation. Pour moi, c’est un personnage de film noir. Sa garde-robe est donc très simpliste, il n’a que des tenues dans des tons ocre et gris parfaitement adaptés à son personnage. »

Textes des notes de production : Coming Soon Communication 
Source et copyright des textes des notes de production @ Metropolitan FilmExport

  
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