mardi 16 octobre 2018

FIRST MAN - LE PREMIER HOMME SUR LA LUNE


Drame/Biopic/Un film impressionnant, immersif, maîtrisé dans tous ces aspects

Réalisé par Damien Chazelle
Avec Ryan Gosling, Claire Foy, Jason Clarke, Kyle Chandler, Corey Stoll, Ciarán Hinds, Patrick Fugit, Lukas Haas, Christopher Abbott, Olivia Hamilton, Pablo Schreiber...

Long-métrage Américain
Titre original : First Man 
Durée : 02h20mn
Année de production : 2018
Distributeur : Universal Pictures International France 

Date de sortie sur les écrans américains : 12 octobre 2018
Date de sortie sur nos écrans : 17 octobre 2018


Résumé : Pilote jugé « un peu distrait » par ses supérieurs en 1961, Neil Armstrong sera, le 21 juillet 1969, le premier homme à marcher sur la lune. Durant huit ans, il subit un entraînement de plus en plus difficile, assumant courageusement tous les risques d’un voyage vers l’inconnu total. Meurtri par des épreuves personnelles qui laissent des traces indélébiles, Armstrong tente d’être un mari aimant auprès d’une femme qui l’avait épousé en espérant une vie normale.

Bande annonce (VOSTFR)


Featurette "First Time" (VOSTFR)


Extrait - "HauteTension" (VOSTFR)




Ce que j'en ai pensé : ce biopic, réalisé par Damien Chazelle, impressionne à tous les niveaux. Le réalisateur a une très grande maîtrise de ce qu'il veut montrer aux spectateurs et de ce qu'il souhaite leur faire ressentir. Il prend assez souvent l'option de nous faire adopter le point de vue d'une caméra portée à l'épaule, à la façon d'un documentaire, et utilise beaucoup les gros plans pour nous faire rentrer dans l'émotion et la sensation. Cela fonctionne parfaitement et s'aligne à l'impeccable atmosphère des années soixante qu'il insuffle à son long-métrage. 

Damien Chazelle, le réalisateur de FIRST MAN, sur le tournage du film
Les parties techniques sont ultra-réalistes et totalement crédibles. Elles nous tiennent en haleine de façon répétées parce qu'on y croit. Le travail du son est remarquable sur les vols aéronautiques et spatiaux. On a vraiment l'impression de vivre cette conquête incroyablement violente physiquement et dure mentalement de l'intérieur. 



On découvre aussi les impacts sur les hommes et les femmes qui ont touché de prêt cette aventure hors norme. Tous les nombreux aspects (professionnel, personnel, public, politique...) sont traités adroitement, la narration s'enchaîne sans accrocs et on n'envisage pas que le film puisse durer moins longtemps que ses deux heures et vingt-deux minutes. Tout est utile. On reste souvent sans voix et on réalise à quel point l'aspect rêvé de l'alunissage est le fruit de souffrances et de miracles technologiques et humains. 

Le casting est parfait. Chaque acteur habite son protagoniste et participe à nous entraîner dans leur passion dévorante. Ryan Gosling interprète Neil Amstrong sans en faire un héros, mais un homme, un mari, un père, un ingénieur inséparable de son passé personnel ou de sa capacité à retourner affronter des épreuves impensables et à trouver à chaque fois l'impulsion de mettre son intellect en avant pour atteindre son but. L'acteur sait aussi montrer combien une blessure irréparable a influencé la relation de son protagoniste avec ses enfants et sa femme. 




Cette dernière est interprétée par Claire Foy qui nous montre au travers de son interprétation très juste de Janet Amstrong le point de vue de la femme qui aime son époux et qui le voit se faire avaler par une obsession professionnelle qui pourrait le mener à sa propre mort. 




On a aussi beaucoup de plaisir à découvrir les interprétations de Jason Clarke dans le rôle d'Ed White, de Kyle Chandler dans celui de Deke Slayton, de Corey Stoll dans le rôle de Buzz Aldrin, de Ciarán Hinds qui joue Bob Gilruth ou encore de Patrick Fugit qui joue Elliott See, ainsi que de Lukas Haas dans le rôle de Mike Collins et de Pablo Schreiber dans celui de Jim Lovell.





FIRST MAN n'est pas le premier film sur la conquête spatiale. Cependant, et même si on connaît déjà l'histoire, il nous emporte brillamment dans son sillon pour nous faire passer dans le tourbillon du captivant parcours de Neil Amstrong. C'est un très beau film qui se savoure de préférence sur un grand écran afin de profiter pleinement de la sensation d'immersion qu'il procure.

Credit photos @ Daniel McFadden
Copyright photos @ Universal Pictures International France

NOTES DE PRODUCTION
(À ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

À LA DÉCOUVERTE D’UNE VIE PRIVÉE 

Adapté du livre de James R. Hansen « Le premier homme: à la découverte de Neil Armstrong » (éditions Robert Laffont), FIRST MAN: LE PREMIER HOMME SUR LA LUNE plonge dans l’intimité de ce héros légendaire et révèle notamment des détails de sa vie jusque-là inconnus. Après avoir rédigé une thèse en histoire des sciences et de la technologie à l’université de l’Ohio, et passé plus de 20 ans à écrire et à enseigner sur les thèmes de l’histoire et de l’espace, Hansen s’est attelé à sa première biographie. C’est en 2000 qu’il a contacté pour la première fois Neil Armstrong et l’a sollicité pour un entretien. Deux mois plus tard, Armstrong, qui accordait rarement des interviews et aimait encore moins l’idée que l’on puisse écrire sur sa vie, déclina poliment. 

Ce n’est que quelque temps après que le pilote l’autorisa à rédiger sa biographie. « Ça m’a pris environ deux ans pour qu’il me donne le feu vert », se souvient l’auteur. « Sa famille me soutenait. Le moment crucial s’est produit lorsqu’il m’a invité chez lui dans sa maison de la banlieue de Cincinnati, dans laquelle il vivait depuis une vingtaine d’années, et qu’on a passé tout l’après-midi à discuter dans son bureau. J’ai senti que ça se passait bien, mais même après ça il a encore fallu qu’il réfléchisse avant de donner son accord ». Pour Hansen, les contradictions de son sujet d’étude sont fascinantes : « Neil pouvait être dans un cockpit et prendre des décisions dans la seconde, mais quand il s’agissait d’autres aspects de sa vie, il était incroyablement prudent et réfléchi ». 

Bien avant de rencontrer Armstrong, Hansen avait conduit des centaines d’entretiens et c’est cette expérience qui lui a permis de gagner la confiance du pilote. « Ce qui était important, c’était de parvenir à ce qu’il me fasse confiance. Non seulement on a grandi à une centaine de kilomètres, lui dans l’Ohio et moi dans l’Indiana tout en étudiant en Ohio, mais nos deux familles ont vécu en milieu rural. D’une certaine manière, en termes de dialecte régional, on parlait la même langue. On ne connaît de Neil que sa dimension légendaire, univoque et archétypale, alors qu’il était un être complexe de chair et de sang », détaille-t-il. 

Pour les producteurs, il était essentiel de ne pas raconter l’histoire du héros qu’on connaît tous mais d’explorer plutôt ce qui le motivait, lui, sa famille et ses collègues à la NASA, pour accomplir l’inimaginable. 

« On a voulu raconter à quel point cette mission a été éprouvante, quelle prise de risque terrible elle a impliqué, et combien elle était périlleuse pour tous ces hommes », précise le producteur exécutif Adam Merims. « Neil a débuté comme pilote pendant la guerre de Corée et est ensuite devenu pilote de test pour l’armée de l’air avant d’intégrer la NASA. À cette époque, les pilotes de test décédaient à une fréquence alarmante – c’est pourquoi il y a autant de disparitions dans la première partie de son histoire – et pourtant Neil est resté fidèle à ses convictions et a poursuivi sa carrière jusqu’à accomplir ce qui jusque-là semblait impossible ». 

Armstrong s’est rapproché de son biographe, qui est par ailleurs coproducteur du film, et c’est ce qui a permis au projet d’aboutir: « Jim Hansen et Neil avaient d’excellents rapports, Neil pensait que Jim avait réussi à cerner ce qu’il avait essayé de transmettre », commente le producteur Wick Godfrey. « Pour Neil, tant qu’on suivait le chemin tracé par Jim, il n’y avait pas de problème à ce qu’on fasse ce film ». 

Malgré son côté secret, Armstrong a accepté l’idée d’un film sur sa vie après avoir rencontré les producteurs. Godfrey, qui a eu la chance de le rencontrer avant son décès le 25 août 2012, explique qu’il ne pouvait y avoir de film sans son accord: « C’était tellement gratifiant de pouvoir le rencontrer! Neil était assez ouvert à l’idée d’un film sur sa vie, et si ça n’avait pas été le cas, on ne serait pas là pour en parler », déclare le producteur. 

Bowen se rappelle ce fameux jour: « Je l’ai rencontré ainsi que sa seconde épouse au Jonathan Club dans le centre de Los Angeles, car on allait lui remettre un prix le lendemain. Il n’était pas intimidant jusqu’à ce qu’il vous serre la main, car il avait une sacrée poigne. Et quand il se mettait à parler de ses expériences, on se rendait compte qu’il se souvenait encore de tout un tas de détails ». Le producteur a lui aussi remarqué la dualité de l’homme, qui a été commentée par d’autres : « Il réussissait à réchauffer l’atmosphère car tout en abordant un tas de choses terriblement complexes, il gardait un sens de l’humour et une ironie mordante et ça remettait tout le monde à sa place. C’était un homme extraordinaire ». 

Armstrong était bien plus qu’un homme secret aux yeux de sa famille et de ses proches. Son fils cadet Mark Armstrong espère que ce film mettra en avant le vrai Neil Armstrong: « J’espère que les gens le verront comme un homme qui a affronté des situations terribles. On lui en a demandé énormément, et il a toujours essayé de faire de son mieux. Ça a toujours été sa devise d’évaluer chaque situation et de tâcher de l’aborder du mieux possible ». 

« C’était quelqu’un de très simple », ajoute Rick Armstrong, frère de Mark et fils aîné de Neil. « Ceux qui n’ont connu de lui qu’une image médiatique ne le savent peut-être pas, mais il était aussi assez drôle. Quand on le voyait avec ses amis, c’était une personne entièrement différente de son image publique. J’espère que le film arrivera à souligner cela ». 

UN RÉALISATEUR AUDACIEUX : DAMIEN CHAZELLE S’ENGAGE DANS L’AVENTURE 

Même si les producteurs Wyck Godfrey et Marty Bowen développaient le projet de FIRST MAN: LE PREMIER HOMME SUR LA LUNE depuis longtemps, ce n’est qu’en rencontrant le réalisateur oscarisé Damien Chazelle que le projet a pu enfin se mettre en place – après la réalisation de WHIPLASH et avant le tournage de LA LA LAND. « On lui a parlé du personnage de Neil et il a immédiatement voulu s’engager dans l’aventure. À partir de là, tout est allé très vite », se souvient Godfrey. Chazelle et les producteurs ont sollicité l’auteur oscarisé Josh Singer pour élaborer le scénario. 

Chazelle a été impressionné par la capacité du scénariste à cerner ce qu’il y a de plus fascinant chez le protagoniste : « Damien voulait aborder cette histoire comme un thriller », remarque Godfrey. « Il voulait montrer à quel point cette mission, et son succès, avec ce qu’elle comprenait de dangers, dépassaient tout ce qu’on peut imaginer, et faire ressentir au public ce que ça avait pu être à l’époque, sans oublier les difficultés techniques que ces gars ont dû affronter ». 

Chazelle a demandé aux équipes de s’assurer que tout ce qu’on voit à l’écran soit authentique et plausible du point de vue historique et scientifique. Certaines scènes ont été préparées plusieurs mois avant le début du tournage, par Chazelle et ses collaborateurs, avec l’aide de la famille Armstrong et d’autres spécialistes de cette période. 

Les coproducteurs conviennent que la réalité était même plus terrifiante que la fiction: « Ça imprègne l’esthétique du film », indique Bowen. « On a tous vu des films qui se déroulent dans l’espace, et quand on pense à la conquête spatiale, on songe à la technologie, aux ordinateurs, aux images numériques et à l’infographie. Le but de Damien était de rendre le tout le plus viscéral possible et pour y parvenir, le film devait être aussi "analogique" que possible. Le défi principal de ce film – et c’est ce qui était vraiment exaltant – a été de se demander comment on allait pouvoir installer le public avec nous dans ce cockpit, comment on allait lui faire vivre intimement cet extraordinaire événement ». 

Avant et pendant le tournage, il était courant d’entendre le refrain selon lequel « les ordinateurs dans nos poches sont plus puissants que ceux qui nous ont permis de débarquer sur la lune ». Bowen intervient: « On oublie souvent qu’à l’époque la technologie était vraiment moins performante. On a voulu faire vivre cette expérience aux spectateurs et leur montrer comment des centaines de gens ont travaillé ensemble pour atteindre ce but. Si l’un d’entre eux avait fait une erreur, la mission aurait échoué ». 

Chazelle était fasciné par les difficultés à mettre au point une telle mission et c’est ce qui l’a d’ailleurs séduit dans l’histoire d’Armstrong. Il envisageait aussi naturellement d’insuffler une certaine spontanéité à un film d’époque comprenant de nombreuses scènes d’action. Il reconnaît que ce parti pris est d’habitude impossible au regard des contraintes imposées par l’envergure et les effets spéciaux d’un film à gros budget, mais il sentait qu’une étroite collaboration avec Ryan Gosling et son équipe technique rendait son projet envisageable. 

« Avant de travailler sur ce film, je ne connaissais que la version officielle des événements – la mission réussie et l’extraordinaire aventure – mais pas grand-chose d’autre. Une fois que j’ai commencé à creuser, j’ai été stupéfait de découvrir la folie pure et le danger que représentait cette mission, le nombre de fois où le projet a failli être un échec retentissant, et les conséquences sur tous ceux qui y ont participé. Je voulais comprendre ce qui a poussé ces hommes à voyager comme ça dans l’espace et ce que cette expérience, pas à pas et sans précipitation, a pu incarner pour eux », explique-t-il. 

« Pour en savoir plus, j’ai dû enquêter sur la vie familiale de Neil: cette histoire devait se dérouler entre la lune et la cuisine, l’immensité de l’espace côtoyant la dimension prosaïque de la vie quotidienne. J’ai choisi de tourner ce film comme le ferait un témoin, espionnant à la fois les missions spatiales et les moments les plus intimes de la famille Armstrong. J’espère que cette approche souligne les déchirements, les espoirs, les joies et les sacrifices consentis au nom de ce qui a été l’un des enjeux les plus célèbres de l’histoire: marcher sur la lune », dit-il encore. 

Le réalisateur, qui envisageait au départ son film comme un documentaire, a été encouragé par Ryan Gosling a pousser cette idée encore plus loin: l’acteur a en effet demandé à Chazelle de mettre en scène l’histoire dans ses moindres détails ainsi que tous les moments qui ont conduit à l’alunissage. « Ryan a parlé de "la cuisine et la lune", et c’est devenu la formule que j’utilisais pour décrire le film à tous les responsables de département, techniciens et acteurs de ce film », souligne le réalisateur. 

Le scénariste oscarisé Josh Singer, connu pour SPOTLIGHT et PENTAGON PAPERS, est parti en quête d’un nouveau type de héros. « Je me suis plongé dans ce projet et j’ai mené mes recherches en compagnie de la famille Armstrong, des astronautes et de gens comme Franck Hugues, qui a entraîné les astronautes pour les programmes Gemini et Apollo et dont l’expertise est inégalable. C’est ce que j’adore faire en tant que scénariste: me plonger dans un nouvel univers, en apprendre le plus possible et tenter ensuite de transposer sous forme scénaristique », commente-t-il. 

Singer avoue avoir été fasciné par la détermination d’Armstrong à aller jusqu’au bout de son projet: « Il avait beau échouer encore et encore, il se relevait toujours et apprenait de ses erreurs, erreurs qui étaient aussi celles du programme de la NASA. Si on se penche sur sa carrière – même si le film n’en expose qu’une brève partie –, on voit bien que le X-15 a eu des problèmes; Gemini 8 a rencontré des difficultés d’ordre fatal, sans mentionner le LLTV dont il a dû s’éjecter », explique-t-il. « Étant donné les épreuves traversées », reprend-il après une pause, « il n’était pas exactement la personne idéale pour cette mission, mais quand on y pense, ces difficultés ont fait de Neil celui qu’il fallait pour marcher sur la lune ». 

Au-delà des défis que la mission représentait, Singer savait que cette histoire avait une dimension proprement cinématographique: « Voilà un individu qui surmonte toutes ces difficultés, en sort renforcé et poursuit sa carrière… Mais qui donc se cache derrière un type pareil? Ça m’a frappé que FIRST MAN: LE PREMIER HOMME SUR LA LUNE soit en fin de compte un film sur le sacrifice, le deuil et les blessures qu’on porte en nous. Comment dépasse-t-on ça et trouve-t-on la force d’aller de l’avant? Quels sacrifices faut-il consentir pour accomplir un exploit aussi hallucinant que celui de Neil? », détaille Singer. 

Singer a pensé cerner un peu mieux le personnage en observant ses choix de carrière: « On dit que l’ingénierie est l’élimination par l’échec – autrement dit, un ingénieur mène des tests, encore et encore, pour trouver ce qui ne marche pas jusqu’à ce que ça fonctionne. Si on s’attache à la carrière de Neil, il luttait constamment contre l’échec, puis il avançait et réussissait. On voulait montrer que c’est très dur. Quand on perd un collègue, on a beaucoup de mal à repartir en vol. On perd quelqu’un et ça fait mal. Il n’y a rien de pire au monde que de perdre sa fille. La vraie force, c’est d’être capable de tourner la page, malgré sa souffrance. La vraie force est d’échouer et de se relever », ajoute Singer. 

Si le déroulement de la mission Apollo 11 et sa réussite sont connus, sa préparation, ainsi que la détermination et le courage d’Armstrong, relèvent encore du mystère. « Si on pense qu’il s’agit là de l’un des plus grands moments de l’histoire, c’est frappant de constater à quel point on connaît peu de choses sur les étapes précédant cet alunissage et sur l’homme lui-même. Et je n’arrivais pas à croire qu’on n’ait pas encore consacré de film à un tel événement: on a voulu montrer à quel point c’était terrifiant de monter à bord de cette navette spatiale. C’était comme être enfermé dans une boîte de sardines propulsée à toute allure ou un cercueil », précise Chazelle. 

Le réalisateur voulait montrer au public ce que l’entraînement pour ce type de mission impliquait, et ce que pouvait représenter le fait de se retrouver dans ce cockpit révolutionnaire pour l’époque. Aux côtés de Singer et Gosling, Chazelle a mis en lumière les dangers et les sacrifices nécessaires pour devenir le premier homme à marcher sur la lune. 

« Certes, il y a d’autres films qui racontent ce moment de l’histoire, mais je voulais savoir ce que cet homme avait dû endurer au cours de toutes ces années précédant la mission. Peu d’hommes et de femmes ont foulé le sol de la lune et il a été pionnier en la matière. Plus important encore – il s’agit du parcours intime d’un homme qui tente d’être un père et un mari tout en accomplissant ce voyage dans l’espace », détaille Chazelle. 

« L’un des défis de ce film, c’est que Neil était quelqu’un de très réservé qui refusait de correspondre à l’image d’un héros. Il ne montrait pas ses émotions et il était assez pudique. Ça a été assez difficile d’avoir accès au vrai Neil et de trouver comment raconter son histoire, de montrer qui il était sans trahir la réalité », précise le producteur Isaac Klausner. 

Grâce au soutien de la famille du pilote, Chazelle et ses producteurs racontent la vie du héros de 1961 à 1969 et nous font partager sa vie de famille et son parcours à la NASA. 

S’il était très appliqué dans son travail, Armstrong possédait un réel sens de l’humour. « Il était génial avec les enfants, et c’est un aspect de sa personnalité qu’on espère révéler à l’écran – celui d’un être humain sensible et complexe. Les pressions qu’il a subies pendant cette décennie ont été inimaginables et pourtant il a gardé un profil bas, fait preuve de détermination et de persévérance jusqu’à finalement réussir. Damien a toujours été intéressé par les personnages ayant une obsession et on retrouve cette thématique dans ses films : c’est ce qui les rend captivants d’un point de vue dramaturgique », analyse Godfrey. 

Après la disparition de Neil Armstrong en 2012, il était essentiel de bénéficier du soutien de la famille: « J’ai rencontré Josh Singer en 2015 une fois que j’ai su qu’il travaillait sur le film », explique Rick Armstrong. « Je voulais voir sous quel angle la production envisageait d’aborder l’histoire de l’astronaute avant de décider d’y participer. J’ai été impressionné par les recherches considérables que Josh avait effectuées et son souci du détail et de la vérité ». 

Après s’être entretenus avec Chazelle, les fils Armstrong ont décidé de soutenir le film: « J’ai ensuite rencontré Damien et là encore, il avait la même vision, et c’est quelque chose qui aurait été vraiment important pour mon père », ajoute Rick Armstrong. « Le fait qu’ils aient un tel souci d’exactitude et d’authenticité était très positif. On a donc voulu qu’ils aient toutes les informations dont ils avaient besoin pour pouvoir réaliser le film dans cet esprit ». 

GOSLING SOUS LES TRAITS D’ARMSTRONG : UN ACTEUR À BORD 

Bien que Gosling et Chazelle aient déjà passé beaucoup de temps ensemble sur LA LA LAND, la période de préparation, de tournage et de postproduction de FIRST MAN: LE PREMIER HOMME SUR LA LUNE ont été encore plus longues. « Ryan et moi, nous partageons bien plus qu’une simple relation de réalisateur à acteur », explique le cinéaste. « C’est ce qui explique l’aspect documentaire de ce film. La première fois que je lui ai parlé de FIRST MAN: LE PREMIER HOMME SUR LA LUNE, j’imaginais que c’était un film dans lequel un homme accomplit une incroyable mission. C’est lui qui l’a interprété comme l’histoire d’un deuil ». 

Loin de se contenter des répétitions précédant le tournage, le réalisateur et l’acteur avaient constamment des idées d’improvisation pour certaines scènes. Chazelle a fini par filmer plusieurs de ces scènes spontanées, dont un bon nombre a été gardé au montage final. 

Chazelle a été très impressionné par les suggestions des plus enrichissantes de Gosling. « Ryan a déniché "Lunar Rhapsody", un morceau de thérémine que Neil adorait — et qu’il écoutait durant la mission Apollo 11 », se souvient Chazelle. « Il aussi découvert "Egelloc", une comédie musicale que Neil avait écrite à l’université, ainsi que l’une de ses interviews où il parle de l’atmosphère terrestre — qui a ensuite inspiré un discours que Josh a écrit pour Neil ». 

Aucun des producteurs ne doutait de la capacité de Gosling à exprimer la concentration extrême et la fougue intériorisée qui caractérisaient le premier homme à avoir marché sur la lune, ce qui ne les a pas empêchés d’être surpris par la facilité avec laquelle l’acteur s’est glissé dans la peau d’un personnage aussi complexe. « Ce qui m’a frappé chez Neil, c’est sa réserve, sa retenue et sa très grande modestie », détaille Chazelle. « Ce n’était pas du tout un fanfaron ou un pilote bavard. C’était un taiseux — du genre à s’asseoir silencieusement dans un coin mais prompt à jauger de l’atmosphère en un clin d’œil : un homme d’une intelligence rare ». 

La première collaboration de Chazelle avec Gosling au cours de LA LA LAND avait déjà permis au réalisateur de constater le registre de jeu de l’acteur, et notamment son rejet inné du surjeu. « Neil a toujours insisté sur le fait qu’il n’était qu’un homme comme les autres », poursuit Chazelle. « Il disait qu’il était un homme comme beaucoup d’autres, et que ce sont les circonstances qui lui avaient permis d’être le premier homme à marcher sur la lune. C’était un homme normal, et le jeu de Ryan est tellement subtil qu’il a réussi à rendre cette dimension avec beaucoup de justesse ». 

Hansen était sans doute le plus à même d’exprimer des critiques quant au film, étant donné qu’il est l’une des rares personnes au monde à en savoir autant sur Armstrong. Heureusement, entre lui et Gosling, le courant est bien passé. « Aucun autre acteur n’aurait pu égaler la performance de Ryan », loue l’écrivain. « Ryan partage la même réserve, la même modestie et les mêmes qualités introspectives que Neil, qui était un grand cérébral. C’est un immense acteur, capable de faire ressortir la dimension mythique du personnage d’Armstrong, mais aussi des caractéristiques que seules les personnes les plus proches de Neil connaissaient, en partant de sa propre compréhension du personnage ». 

Hansen s’est avéré être une précieuse source d’information pour Gosling lorsqu’il s’est préparé pour le rôle. « Ryan a rencontré June, la sœur de Neil, après que je lui ai expliqué qu’elle m’avait aidé à cerner Neil et l’impact de la mort de sa fille sur lui », confie Hansen. « Ryan s’est rendu dans la ferme où j’avais moi-même interviewé Neil, et s’est entretenu avec June et un ami d’enfance de Neil. Il a écouté des histoires, a posé des questions, et a rencontré les fils de Neil, ainsi que d’autres membres de la famille. Il s’est vraiment immergé dans ce rôle. Il a bien travaillé, et avec un talent pareil, il va donner vie à Neil Armstrong ». 

C’est en fait la rencontre entre la vision de Chazelle et l’ouvrage de Hansen qui a particulièrement intrigué l’acteur. « Je crois que le jour où j’ai compris ce que c’était que la lune, j’ai appris dans la foulée qu’un homme du nom de Neil Armstrong avait marché dessus », raconte Gosling. « Il était incontestablement associé à la lune dans ma tête, mais après avoir lu le livre de James Hansen, "First Man", je me suis rendu compte que je ne connaissais pas grand-chose — ni à la lune, ni à Neil Armstrong. Sur un plan émotionnel, j’étais surpris de découvrir toutes les épreuves et les pertes qu’ont dû endurer Neil et sa femme Janet avant et pendant ces missions historiques. Sur un plan plus pratique, je crois que je ne m’étais pas du tout rendu compte à quel point ces missions étaient dangereuses, à quel point ces vaisseaux étaient fragiles et confinés, ni à quel point la technologie de l’époque était beaucoup plus rudimentaire comparé à nos critères actuels ». 

À l’instar de son réalisateur, Gosling était attiré par la difficulté du monde dans lequel évoluaient Armstrong et ses équipiers, et par les efforts éprouvants qu’ils ont dû fournir pour accomplir cet exploit sans précédent. « Ce qui m’a toujours intéressé dans une histoire, ce sont les extrêmes », déclare-t-il. « Ce qui est unique dans cette histoire, c’est l’intensité de ces extrêmes. Le contraste entre l’intimité, la singularité de la vie personnelle des Armstrong et l’infinité que représente l’espace, avec lequel leur vie s’entremêle, est saisissant. Ces astronautes utilisaient leurs connaissances scientifiques comme repères pour se mesurer aux mystères de l’univers, tout en sortant les poubelles et en tondant la pelouse une fois de retour sur Terre ». 

Film après film, Gosling n’a eu de cesse de prouver son attachement au métier d’acteur — comme lors de sa préparation pour son rôle dans LA LA LAND, pour lequel il a été cité aux Oscars, qui l’a amené à apprendre le piano en à peine trois mois. De même, lors de son travail de préparation pour son rôle dans N’OUBLIE JAMAIS, Gosling avait passé deux mois à s’imprégner de la culture et de l’atmosphère de Charleston, en Caroline du Sud et, comme son personnage, il avait appris à construire du mobilier. 

Dans FIRST MAN: LE PREMIER HOMME SUR LA LUNE, Gosling a témoigné du même investissement à travers le temps passé à étudier cette figure américaine mythique. Pour toute l’équipe du tournage, c’est leur perfectionnisme qui unit le réalisateur et son acteur. « Ryan est déterminé à faire un excellent travail », résume Bowen, l’un des producteurs du film. « Il est très conscient de la trace qu’il va laisser et souvent, les gens qui pensent de la même façon se retrouvent dans des rôles et des histoires auxquelles ils peuvent s’identifier. C’est tout à fait logique que Ryan et Damien travaillent ensemble. Regardez LA LA LAND: le personnage que joue Ryan est un travailleur acharné, obsédé par la maîtrise de son art… comme Ryan! » 

Gosling apporte vraiment quelque chose de très particulier à chacun de ses rôles, affirme Bowen. « Cela tient à son humanité. À sa façon de comprendre les émotions… sans jamais être mièvre. Parfois, les gens en font trop. Et seuls les gens très talentueux savent exprimer ces émotions avec justesse, pour amener les gens à les ressentir aussi ». 

Gosling a gagné le respect de tous ceux qui ont collaboré avec lui. Frank Hughes, qui a formé les astronautes des missions Gemini et Apollo, a repris avec Gosling le programme d’entraînement conçu pour Armstrong dans les années 1960. « Ryan se donne à fond dans son métier », explique Hughes. « Il m’a épaté. On a passé du temps à simplement regarder les commandes et le tableau de bord du vaisseau Gemini, puis avec Apollo, nous avons appris et révisé toutes les commandes pour savoir à quoi elles servaient précisément. Il se plaçait dans le cockpit, puis je lui montrais où mettre ses mains, où ses yeux devaient regarder lorsqu’il analyse une situation précise ». 

Gosling admet qu’il n’aurait jamais pu se glisser dans la peau de Neil Armstrong sans l’aide de nombreux collaborateurs et conseillers. « J’ai eu le privilège immense de rencontrer Janet Armstrong avant sa disparition. J’ai eu aussi la chance de parler aux deux fils de Neil, Rick et Mark, et de passer du temps avec la sœur de Neil, June, dans leur ferme de Wapakoneta, dans l’Ohio, où Neil est né. Le Musée Armstrong de l’Aéronautique et de l’Espace, ainsi que les centres de la NASA à Cap Canaveral et à Houston n’ont pas hésité à m’ouvrir leurs portes. Sur le tournage, des experts se joignaient quotidiennement à nous pour nous informer des détails de chaque mission que nous essayions de reconstituer. À tout moment, je pouvais contacter James Hansen ou consulter "First Man", un pavé de plus de 700 pages de recherches extrêmement méticuleuses. Je n’ai jamais bénéficié d’une telle aide pour travailler un rôle, ni été entouré d’un aussi grand nombre de gens enthousiastes et désireux de faire part de leur savoir ». 

La fascination de Gosling pour Armstrong et ses coéquipiers a largement imprégné le film. « Mon premier instinct pour me préparer à ce rôle, ça a été d’apprendre à voler. Neil a appris à piloter dans les airs avant même de savoir conduire; cela m’a semblé une part tellement importante de sa vie, que je me suis dit que je pouvais commencer par là. À un moment de l’entraînement que je suivais, on m’a demandé de faire un décrochage forcé à l’avion, et j’ai eu un moment de lucidité. C’était une très mauvaise idée. Et c’est à ce moment-là que j’ai compris pourquoi Neil était destiné à être l’un des plus grands pilotes du monde, et pourquoi je ne l’étais pas. Comme beaucoup d’astronautes, Neil a d’abord été choisi pour être pilote test. Et il faut une sacrée personnalité pour monter en toute connaissance de cause dans un appareil qui n’a jamais été piloté, et d’en tester les limites, juste pour trouver ses dysfonctionnements et faire avancer l’ingénierie et la technologie aéronautiques ». 

Sur le tournage, l’une des plus grandes fans de Gosling s’est avérée être l’actrice qui interprète son épouse à l’écran. « Ryan est extrêmement chaleureux », résume Claire Foy, qui incarne Janet Armstrong. « Je ne pense pas que cela lui demande beaucoup d’efforts. Il est vraiment adorable, et c’est peut-être ce qui l’éloigne un peu de Neil: je ne pense pas que Neil Armstrong était impoli ou asocial. Il n’était pas comme tout le monde. Il n’essayait pas de mettre les gens à l’aise ou de les valoriser, ou de faire la conversation s’il y avait un blanc. Ryan est d’une gentillesse, d’une générosité et d’une sincérité innées… et il n’a pas besoin de se forcer pour que cela se voie ». 

LES FAMILLES DES ASTRONAUTES : CLAIRE FOY MÈNE LA TROUPE DES SECONDS RÔLES 

Parmi les membres de la famille des astronautes représentés dans le film, on trouve Janet Armstrong (Claire Foy), Pat White (Olivia Hamilton), et Marilyn See (Kris Swanberg). Afin de se préparer pour son rôle, Claire Foy explique que, comme bien d’autres acteurs du film, elle s’est tournée vers l’écrivain James Hansen. « James m’a fait parvenir les enregistrements de ses interviews de Janet. Elle faisait la promotion du programme spatial et elle soutenait son mari. C’était en quelque sorte l’une des porte-parole de la NASA, au même titre que les épouses des autres astronautes ». 

Malheureusement, Claire Foy n’a pas pu rencontrer Janet Armstrong en personne, en raison du mauvais temps qui l’a empêchée de se rendre sur le tournage à Atlanta. Janet est décédée le 21 juin 2018 à l’âge de 84 ans. L’actrice s’est montrée très impressionnée par la ténacité de la femme qu’elle incarne à l’écran: « Il ne fallait pas prendre tout ce qu’elle disait pour argent comptant: il ne faut pas oublier que ces femmes ont traversé des périodes de stress hallucinant », fait remarquer Claire Foy. « Comme toutes les femmes d’astronautes, elles sont à l’arrière-plan de l’Histoire. Pendant très longtemps, personne ne s’est intéressé à ce qu’elles ont pu traverser ». 

Née à Stockport au Royaume-Uni, Claire Foy reconnaît qu’elle ne connaissait pas grand-chose à la mission Apollo 11 en dehors de son succès. « C’est en arrivant aux États-Unis que je me suis rendu compte à quel point cet événement était important dans l’histoire américaine et dans la vie de ces hommes », raconte l’actrice. Lorsqu’on lui demande les raisons pour lesquelles elle s’est lancée dans un projet comme FIRST MAN: LE PREMIER HOMME SUR LA LUNE, elle répond: « Parfois les histoires les plus simples sont les plus passionnantes. Ce film raconte l’histoire d’un homme qui a accompli un exploit proprement hors du commun ». 

D’après Claire Foy, il ne s’agit pas seulement de la mission Apollo, du voyage sur la Lune et du programme spatial. « Le film explore surtout la personnalité de Neil, et ce que ça signifie pour un homme de faire un si grand pas pour l’humanité, ainsi que les raisons qui poussent ces hommes à mettre leur vie en danger pour le reste de l’humanité », suggère-t-elle. 

« Pour cela, il est intéressant de se pencher sur la personne qui a été au centre de cette aventure, plutôt que de se contenter de ce qu’on nous raconte de ses exploits depuis 50 ans. Il s’agit de s’arrêter un instant pour se demander ce qu’il lui en a coûté personnellement ». 

FIRST MAN : LE PREMIER HOMME SUR LA LUNE marque la première collaboration de l’actrice avec Damien Chazelle, dont elle a apprécié la concentration. Elle se souvient : « Damien sait très bien ce qu’il fait, et son enthousiasme est communicatif. Il est tellement investi dans le processus de création qu’on a tous l’impression de participer à toutes les facettes du film. Il est ouvert aux suggestions et nous laisse l’entière responsabilité de notre personnage, si bien qu’on peut explorer différentes pistes. Il nous laisse improviser jusqu’à ce qu’on arrive à ce qu’il veut ». 

Le réalisateur rapporte la facilité avec laquelle Claire Foy s’est glissée dans la peau de son personnage: la personne qui a endossé le rôle le plus complexe de toute la famille Armstrong, puisqu’elle a suivi Neil dans sa mission tout en essayant de préserver l’unité de la famille. « Comme beaucoup de gens, j’ai découvert Claire dans THE CROWN », se souvient Damien Chazelle. « Ici, on est dans un registre complètement différent: un autre pays, un autre tempérament, une autre période. Sa prestation est tellement époustouflante que les gens qui ont connu les Armstrong et qui sont venus sur le tournage n’en revenaient pas. Ils se demandaient si c’était Janet en personne! ». 

Son partenaire admire également le talent de l’actrice : « Les Armstrong représentaient sans aucun doute la famille américaine parfaite aux yeux du grand public, mais Claire n’est jamais partie du principe que cela devait régir les relations intimes entre Janet et Neil », révèle Ryan Gosling. « Elle était constamment en train de réfléchir à de nouveaux moyens de communiquer à la fois les relations complexes au sein d’un couple, mais aussi la réalité de l’existence d’une personne qui vit quelque chose de si unique qu’on a du mal à l’imaginer, et encore moins à se mettre à sa place ». 

Afin de se préparer pour le rôle de Pat White, Olivia Hamilton explique qu’il a été essentiel pour elle de passer du temps avec les familles dont le film raconte l’histoire. « Ce qui a été le plus enrichissant lors de ma préparation pour le rôle a été de me rendre à Dallas pour rencontrer Bonnie White, la fille de Pat White. Puis, je me suis entretenue avec Eddie junior, leur fils. Ces entretiens m’ont beaucoup appris. Rien que la présence de Bonnie m’a beaucoup touchée et beaucoup appris ». L’actrice se fait l’écho du reste de l’équipe quand elle souligne l’importance de rencontrer ces femmes et ces hommes encore en vie aujourd’hui. « Il est essentiel de montrer les liens solides qui unissaient ces familles envoyées aux quatre coins du pays lors de leur formation puis pour travailler pour la NASA », estime-t-elle. 

L’actrice a été très inspirée par l’histoire de cet homme incompris du grand public. « Beaucoup de gens ont tendance à dire que Neil était inaccessible et renfermé, mais avec ses amis et sa famille c’était une personne adorable. Ce qu’on veut montrer, c’est ce sentiment de solidarité et de chaleur humaine autour de lui ». 

LE PROGRAMME GEMINI : LES ASTRONAUTES 

Les producteurs ont cherché avant tout pour les rôles des astronautes des acteurs au fort tempérament, susceptibles à la fois de captiver les spectateurs et de ressembler au personnage réel qu’ils incarnent. « Chacun d’eux dégage beaucoup d’intelligence, de force, et de professionnalisme », remarque Isaac Klausner. « Ça correspond bien à notre approche, qui consiste à aborder le film comme s’il s’agissait d’images d’archives tournées chez ces gens à l’époque des programmes Gemini et Apollo ». 

Le programme Gemini a servi de terrain d’entraînement au programme Apollo qui a envoyé pour la première fois des hommes sur la lune. Entre mars 1965 et novembre 1966, dix équipes ont successivement pris place à bord du vaisseau biplace Gemini, entre le programme Mercury et le programme Apollo. 

Neuf hommes ont été sélectionnés pour prendre part au programme: Neil Armstrong (Ryan Gosling), Ed White (Jason Clarke), Jim Lovell (Pablo Schreiber), Gus Grissom (Shea Whigham), Pete Conrad (Ethan Embry), Elliot See (Patrick Fugit), David Scott (Chris Abbott), Buzz Aldrin (Corey Stoll) et Richard F. Gordon (Skyler Bible). 

C’est Jason Clarke qui a décroché le rôle d’Ed White, premier Américain à avoir réalisé une sortie extra-véhiculaire en 1965 à bord de la capsule Gemini 4. L’acteur raconte avec humour être prédestiné à un tel rôle: « Je suis né le 17 juillet, le jour où ils ont décollé pour la lune. Mes parents m’ont toujours dit en rigolant que mon père voulait m’appeler Armstrong Clarke ». 

Comme Ryan Gosling, le scénario de Josh Singer a séduit Jason Clarke qui a accepté le rôle avec enthousiasme. « Après avoir lu le scénario de Josh, j’ai tout de suite vu que ce serait un film tout à fait singulier, racontant ce qui est sans doute l’un des plus grands exploits de l’histoire de l’humanité », révèle l’acteur. « Ed incarne ce sentiment d’accomplissement, cette idée qu’on va voir jusqu’où on est capables d’aller ». 

Ryan Gosling n’a pas été le seul acteur à avoir la chance de s’entretenir avec les familles des astronautes représentés dans le film. Jason Clarke a lui aussi pu échanger avec la famille White, notamment avec le fils de l’astronaute, Ed junior, et sa fille, Bonnie White (aujourd’hui Bonnie Baer). « Il y a beaucoup de documentation disponible sur Ed », rapporte l’acteur. 

« C’est le premier Américain à avoir réalisé une sortie extra-véhiculaire, et on en a des images. On s’est sentis vraiment privilégiés de pouvoir rencontrer Rick et Mark, Bonnie et Ed junior, mais aussi tous ceux qui nous ont fait visiter la NASA. Ils nous ont fait partager quelque chose de très important à leurs yeux. Je trouve qu’on a eu beaucoup de chance qu’ils acceptent de nous ouvrir leur porte ». 

C’est Pablo Shreiber qui a été choisi pour tenir le rôle de James Lovell, autre pilote du programme Gemini, et commandant de la mission de remplacement de la mission Apollo 11. Son nom nous est notamment devenu familier grâce au film APOLLO 13 dans lequel Tom Hanks joue son rôle. 

Dans FIRST MAN: LE PREMIER HOMME SUR LA LUNE, on voit surtout James Lovell dans le rôle de contrôleur de vol de la mission Gemini 8, dont les pilotes étaient David Scott et Neil Armstrong. Pablo Shreiber salue la minutie dont a fait preuve le réalisateur pour le moindre détail du film. « Ce qui a été vraiment génial avec ce projet, c’est tout ce que j’ai appris au sujet du programme », estime-t-il. « Damien est l’une des personnes les plus attentives et les mieux préparées avec qui j’aie jamais travaillé. Dès l’instant où j’ai accepté le rôle, il m’a envoyé un long email détaillant les recherches très approfondies qu’il avait menées. Elles se sont avérées inestimables pour me permettre de comprendre la période et l’enjeu des missions ». 

Le producteur Wyck Godfrey explique que la plupart des gens pensaient que ce serait Gus Grissom qui serait aux commandes de la mission. « Ils supposaient que ce serait lui. À l’époque, on s’imaginait que ce serait l’équipage d’Apollo 1 qui se rendrait sur la Lune ». 

C’est à Shea Whigham que l’équipe a décidé de confier le rôle de Gus. « Gus était un type bourru, un dur à cuire, un peu vieille école. Ses mots sonnaient presque comme des grognements », poursuit Wyck Godfrey. « Shea a cette même prestance et cette démarche. On voulait créer le contraste avec les autres personnages issus de la génération suivante ». 

Shea Whigham explique qu’ayant grandi en Floride, il s’est toujours intéressé aux programmes de la NASA. Il a même pu assister aux lancements tout près de chez lui: « Curieusement, j’ai grandi à environ 50 kilomètres de Cap Canaveral. J’ai eu la chance d’assister à tous les lancements de la navette spatiale ». Ce sont ces souvenirs d’enfance qui ont éveillé la curiosité de l’acteur: « C’était le rêve de tous les gamins que de regarder la lune et de se dire "j’aimerais y aller un jour" ». 

C’est Ethan Embry qui a décroché le rôle de Pete Conrad, l’un des pilotes de la mission Gemini 8, qui a ensuite participé à la seconde mission habitée du programme spatial Apollo, Apollo 8, devenant ainsi le troisième homme à marcher sur la lune. C’était la première fois que l’acteur avait l’occasion d’incarner un personnage historique. 

« Quelques mois avant le tournage, j’ai lu la biographie de Pete Conrad, intitulée "Rocketman" », raconte Ethan Embry. « Ça m’a beaucoup aidé de lire 300 pages d’informations sur mon personnage, mais ça a aussi rendu ma tâche plus délicate. Je savais tout à son sujet, si bien que je tenais à faire tout mon possible pour le représenter de manière fidèle ». 

Patrick Fugit décrit le rôle du jeune astronaute Elliot See: « Il y a des astronautes comme Pete Conrad et Ed White, qui sont un peu comme les gros bras du programme spatial, et puis il y a Neil qui est un peu à l’écart parce que c’est un civil. Neil et Elliot étaient les deux seuls civils parmi les neuf astronautes du programme Gemini, si bien qu’ils tissent des liens tout à fait singuliers, différents de ceux que Neil Armstrong entretenait avec ses autres collègues ». 

Elliot See a apprécié que le scénario de Josh Singer aborde l’amitié unique entre ces deux hommes qui partageaient tant de choses. L’acteur remarque: « Le film souligne l’atmosphère de complicité qui régnait parmi les astronautes. Dans un environnement aussi concurrentiel, il est important et réconfortant de montrer que ces hommes étaient solidaires et qu’ils formaient une communauté soudée; c’était comme une grande famille ». 

La principale mission du programme Gemini qu’aborde David Scott est la célèbre mission Gemini 8, dont le pilote commandant de bord était Neil Armstrong. C’est la première fois que les Américains réalisaient une jonction en orbite entre deux engins. Cet événement marquant s’est avéré essentiel au succès des futures missions d’alunissage. 

Les producteurs ont fait appel à Chris Abbott pour le rôle de David Scott, le copilote de Neil Armstrong pour la mission Gemini 8. En raison d’un défaut de conception, la capsule s’est mise à tourner sur ellemême de manière incontrôlée durant la phase d’amarrage, provoquant la perte de conscience de David Scott. Cependant, grâce à son sangfroid exemplaire, Neil Armstrong est parvenu à maîtriser la rotation et à ramener la capsule sur Terre sans encombre. 

Chris Abott reconnaît qu’il ne connaissait rien du programme Gemini avant d’effectuer des recherches pour le film, mais il a vite compris l’importance d’un tel événement. « Je ne savais pas avant de me renseigner à quel point la mission Gemini 8 avait été importante, et à quel point elle avait déterminé l’avenir de la NASA », révèle l’acteur. « Si la mission n’a pas été un véritable succès d’un point de vue technique, le fait qu’ils aient réussi à rétablir la situation et à rentrer sans encombre — et surtout à s’amarrer avec succès à l’étage-cible Agena — a permis à la NASA et à ces astronautes de poursuivre leur mission d’exploration de la lune ». 

LE PROJET APOLLO : LA VIE APRÈS GEMINI 

Le but de la mission Apollo 11 était de remplir l’un des objectifs nationaux fixés par le président John. F. Kennedy le 25 mai 1961, c’està-dire d’envoyer un homme sur la lune et de le ramener sur Terre en toute sécurité. Entre le décollage et le retour sur Terre, il aura fallu huit jours, trois heures et trente-cinq secondes pour que les trois pilotes de la mission Apollo 11 entrent dans l’histoire. C’est ce qu’ils ont fait le 20 juillet 1969. 

Les pilotes de la mission Apollo 

Un bon nombre de pilotes du programme Gemini ont participé ensuite au programme Apollo, ayant pour but, entre autres, de mener une exploration scientifique de la lune et d’établir la suprématie américaine dans le domaine de l’exploration spatiale. L’équipage d’Apollo 1 était composé de Gus Grissom (Shea Whigham), Ed White (Jason Clarke) et Roger Chaffee (Cory Michael Smith). Malheureusement, l’une des plus grandes tragédies de l’histoire des vols spatiaux s’est produite le 27 janvier 1967, lorsqu’un incendie s’est déclenché dans le module de commande du vaisseau lors d’une répétition au sol en conditions réelles à Cap Canaveral, provoquant la mort des trois astronautes. Ils s’entraînaient pour ce qui devait être la première mission du programme Apollo emportant un équipage, prévue pour le mois de février. Elle devait tester le fonctionnement du vaisseau placé sur une orbite terrestre. 

Au cours de leur visite du centre spatial Kennedy, les acteurs ont pu admirer le site de lancement de la mission Apollo 1, ce qui a constitué l’un des moments les plus forts du tournage. « Ça a été un moment assez solennel », se souvient Jason Clarke. « Les membres de la NASA, ainsi que Bonnie et Ed White junior, ont partagé avec nous quelque chose d’inestimable. D’ailleurs, la personne qui nous a fait visiter les lieux y travaillait à cette époque ». Il résume alors le sentiment des acteurs et de l’équipe ce jour-là: « Je trouve qu’on a eu beaucoup de chance qu’ils aient été assez généreux pour partager avec nous leurs souvenirs et que la NASA accepte de nous ouvrir ses portes ». 

Parmi les pilotes d’Apollo 11, dont la mission était de réaliser le premier alunissage, on trouve le commandant Neil Armstrong, Michael Collins, le pilote du module de commande, et Edwin Aldrin, alias « Buzz », pilote du module lunaire. 

À nouveau, c’est le talent des acteurs conjugué à leur ressemblance aux personnages historiques qui a été le critère de sélection principal des producteurs pour le rôle des membres de la mission Apollo 11. 

« J’adore Corey Stoll, c’est un acteur formidable. Et il ressemble vraiment à Buzz Aldrin », s’amuse Wyck Godfrey. « Mais Buzz avait un caractère irascible qui avait tendance à agacer les gens, parce qu’il avait une très forte personnalité. Pourtant, il était extrêmement intelligent. Neil a décelé quelque chose en lui qui lui a laissé penser que ce serait la personne idéale avec qui partager le cockpit. Corey possède ces deux qualités : une intelligence fulgurante, mais aussi cette étincelle rebelle dans les yeux, si bien qu’on ne sait pas très bien quoi penser de lui. Et c’est ça qu’on voulait obtenir avec le personnage de Buzz : on voulait qu’il déstabilise un peu tout le monde ». 

« Lorsque Buzz fait son entrée dans le film, on a encore un groupe d’amis paisible. Puis, il arrive avec beaucoup d’énergie et une forte personnalité qui perturbent un peu cet équilibre. Il fallait donc que Corey déploie cette énergie », estime Wyck Godfrey. 

Dans le rôle crucial de Michael Collins, pilote du module de commande, on trouve Lukas Haas. L’acteur décrit son expérience comme la chance d’une vie, et raconte: « J’ai appris tant de choses, c’est incroyable. Je suis hyper calé en voyages spatiaux à présent, bien plus qu’avant le film. C’est un sujet passionnant. J’ai eu beaucoup de chance de pouvoir apprendre tout cela et de participer à ce projet. Je dirais même que ça a presque changé ma vie. Maintenant, j’ai de nouveaux héros et un respect total pour la place qu’occupe l’homme dans l’univers. Mon point de vue sur le monde a changé », précise-t-il. 

Inspiré par le livre de Michael Collins intitulé "Porter le feu: les voyages d’un astronaute ", Lukas Haas a décidé de contacter l’auteur par courrier. « J’ai écrit une lettre à Michael Collins parce que j’avais adoré son écriture. C’est un écrivain formidable, et j’ai été touché de partager son expérience à travers son livre. Au lieu d’essayer de lui parler au téléphone ou de le rencontrer en personne, je me suis dit que j’allais plutôt lui écrire une lettre. Il m’a renvoyé une lettre hilarante dans laquelle il me disait qu’il aurait préféré que ce soit Mickey Rooney qui joue son rôle », s’amuse Lukas Haas. 

Lukas Haas a été surpris que Michael Collins accepte de venir sur le plateau pour le dernier jour de tournage au centre spatial Kennedy en Floride. Michael Collins ainsi que Buzz Aldrin sont venus observer le tournage avant de rencontrer les acteurs. « Mike est aussi sympa et drôle en personne que par écrit, et ça a été l’un des moments les plus émouvants de ma vie que de le rencontrer le dernier jour du tournage », ajoute Lukas Haas. 

« Ça a été un moment hors du commun, c’est le moins que l’on puisse dire », estime Corey Stoll. 

Les hommes aux commandes 

Les deux hommes en charge de ces quelques âmes courageuses étaient Deke Slayton (Kyle Chandler), directeur des opérations des équipages, et Bob Gilruth (Ciarán Hinds). « Bob a été le premier directeur du centre spatial, et c’est lui qui supervisait Deke », précise Kyle Chandler. 

« Le rôle de Deke consistait à aider à désigner les équipages pour les différentes missions, et à appliquer un système de rotation en fonction de leurs qualifications ». Après un instant de réflexion, il poursuit: « Mais c’est Bob qui avait le dernier mot sur les recommandations de mon personnage, et Ciarán est vraiment un partenaire idéal ». 

Les producteurs étaient bien conscients de la nécessité pour les acteurs de faire preuve d’une autorité indiscutable. « Kyle a la stature d’un père et d’un entraîneur à la fois », juge Wyck Godfrey. Il ajoute avec humour: « On a l’impression qu’il pourrait vous coller une punition. Il fallait un autre homme plus âgé qui donne l’impression d’être un peu plus avancé que les autres en matière d’autorité et de maturité. On dirait qu’il aurait pu vivre à cette époque: toujours impeccable, la chemise bien repassée. Ciarán non plus, on sent bien qu’il ne faut pas le mettre en colère. Il fait preuve d’autorité sans être autoritaire ». 

Le poids de nombreuses vies reposait sur les épaules de Deke Slayton et Bob Gilruth, puisque c’était en partie à eux que revenait la décision d’autoriser ou pas un lancement. N’étant pas certains que tous leurs hommes rentreraient sains et saufs, c’est avec une pression considérable qu’ils ont prononcé le discours de la Maison Blanche qui annonçait peut-être un désastre. Ils ont endossé leur responsabilité avec une extrême gravité. 

DES FIGURANTS TRÈS PARTICULIERS : QUAND L’ART IMITE LA RÉALITÉ 

Rose Locke, directrice de casting chargée de la figuration, a travaillé en étroite collaboration avec Chazelle afin de satisfaire le besoin d’authenticité du réalisateur. C’est ainsi qu’elle a recruté Chris Calle, fils du dessinateur Paul Calle, parmi les figurants. Paul Calle fut l’un des huit artistes choisis par la NASA en 1962 pour rendre compte du Programme spatial américain. Au cours de sa longue carrière, d’une quarantaine d’années, Paul Calle a ainsi couvert les missions Mercury, Gemini, Apollo et Space Shuttle en tant que dessinateur spatial. 

Il fut également le seul dessinateur présent aux côtés de l’équipage de la mission Apollo 11 composé de Neil Armstrong, Buzz Aldrin et Michael Collins, le matin de leur décollage en direction de la lune le 16 juillet 1969. 

Ses croquis de l’équipage d’Apollo 11 au petit-déjeuner et en train de préparer leurs combinaisons spatiales sont des archives visuelles des activités de cette matinée, précieusement conservées dans un carnet détenu par Chris Calle, son fils. Non content de jouer le rôle de son père, ce dernier a également apporté le carnet sur les lieux du tournage et fait mine de réaliser les croquis originaux lors d’une scène avec Gosling, Stoll et Haas. 

Rick Houston, auteur de « Go, Flight! The Unsung Heroes of Mission Control, 1965-1992 », fait également une apparition dans la séquence particulièrement intense du vol Gemini 8. « Nous participons à la scène dans le centre de contrôle, au moment où le vol Gemini 8 rencontre des problèmes. Assister à la reconstitution de ce moment et pouvoir y participer, c’est du jamais vu pour moi », explique Houston. « Ciaran Hinds et moi, nous nous sommes pas mal penchés sur ce personnage de Bob Gilruth. Kyle Chandler, qui interprète Deke Slayton, voulait savoir pas mal de choses sur la façon dont on gère un centre de contrôle ». 

Non seulement Mark et Rick Armstrong se sont investis dans le projet dès le départ, mais ils apparaissent également dans cette même scène, au sein du centre de contrôle. « Je joue Paul Haney, le chargé des relations publiques du centre de contrôle. En gros, c’était un journaliste au sein de la NASA… mais aussi un employé de la NASA », détaille Mark Armstrong. 

Impressionné par le soin apporté par Damien Chazelle au projet, Rick Armstrong, fils cadet de Neil Armstrong, a senti que l’histoire de son père était entre de bonnes mains. « Je joue le directeur des opérations aériennes du centre de commandes lors de la scène du vol Gemini 8 », révèle Rick Armstrong. « Au début, je me suis impliqué dans ce projet parce que je voulais faire en sorte que le film soit aussi proche de la réalité que possible », raconte-t-il. « Mais après avoir rencontré Damien et les producteurs, ainsi que Ryan, Claire, Josh, et tous les autres qui participent à ce projet, je me suis rendu compte que l’authenticité de cette histoire leur tenait à cœur tout autant qu’à moi ». 

L’écrivain Hansen fait également une brève apparition sous les traits du Dr. Kurt Debus, directeur du Kennedy Space Center, dans la scène où les astronautes de la mission Apollo 11 s’avancent vers le vaisseau spatial sur le point de décoller. Dans cette même scène, Bonnie Baer (Bonnie White), fille de Ed White, fait également une apparition. 

UN CAMP D’ENTRAÎNEMENT POUR ASTRONAUTES : LA NASA OUVRE SES PORTES 

Après de longues recherches sur l’histoire de la NASA et les missions qui ont mené à Apollo 11, Chazelle s’est initié aux opérations menées au Kennedy Space Center de Cap Canaveral, de même qu’au Johnson Space Center à Houston. « C’est une expérience incroyable, et je voulais que tous les acteurs qui incarnent un astronaute puissent faire l’expérience d’une authentique immersion », raconte-t-il. 

« Toute la préparation pour un vol spatial est très visuelle », ajoute Godfrey. « La NASA a vraiment suivi la conception du film de très près, à tel point qu’on a eu accès aux lieux, mais également aux personnes présentes sur place ». 

Pour Klausner, la vraie force de ces astronautes pionniers, c’est le temps passé à s’entraîner et à se préparer pour ces missions hors du commun. « L’un des plus grands défis à relever pour l’acteur qui doit interpréter l’un de ces rôles — surtout s’il doit jouer un astronaute en pleine mission —, c’est d’arriver à dégager la même confiance, la même aisance et les mêmes connaissances que ces astronautes… sans bénéficier des mêmes heures d’entraînement! », raconte le producteur. « Certains de ces astronautes étaient sans doute capables de piloter ces vaisseaux les yeux bandés. Ils connaissaient les moindres boutons des centaines de tableaux de bord qu’ils devaient commander ». 

Il était crucial d’accorder aux acteurs du temps pour qu’ils puissent mener leurs propres recherches, rencontrer des experts et effectuer des simulations. Gosling, Clarke, Fugit, Embry, Whigham, Schreiber, Haas et Stoll se sont tous rendus au Johnson Space Center de Houston ainsi qu’au Kennedy Space Center de Cap Canaveral pour y suivre un stage d’entraînement pour astronautes. 

« Je crois que ce qui nous a le plus impressionnés à l’approche du tournage, c’est l’enthousiasme des employés de la NASA, qui sont de véritables amoureux de notre planète, mais aussi de tout ce monde qui existe depuis bien plus longtemps que le nôtre. Pour eux, l’événement qui a marqué l’Histoire, c’est le premier homme qui a marché sur la Lune. Toutes – je dis bien toutes – les personnes que nous avons rencontrées là-bas connaissaient le déroulé de cet événement sur le bout des doigts », raconte Clarke. 

Au cours de leur visite au Johnson Space Center de la NASA, les acteurs de FIRST MAN: LE PREMIER HOMME SUR LA LUNE ont pu avoir un aperçu des coulisses de la NASA à travers les âges. En assistant à des réunions et en participant aux mêmes activités que les astronautes, le groupe d’acteurs a opéré une plongée au cœur de leur entraînement et des problématiques liées au pilotage ou à l’ingénierie, cruciaux à l’exécution de ces vols spatiaux.

Si la visite des véhicules lunaires utilisés pour se déplacer sur Mars a indubitablement suscité l’émerveillement des acteurs, l’expérience a également donné au scénario de Singer et au tournage à venir la force de la réalité. « Nous avons pu nous entraîner à être en apesanteur, ou à tester la gravité lunaire », raconte Klausner. « On a pu voir où les astronautes travaillent, où ils vivent, ce qu’ils mangent, comment ils s’entraînent et se forment — un ensemble d’outils franchement essentiels pour permettre aux acteurs de se fondre dans leurs rôles ». 

Après avoir visité la NASA, Clarke raconte que le programme spatial ne paraissait plus aussi inaccessible: cet univers était devenu tangible. « Ce n’est pas un lieu imaginaire ou fantastique: au contraire, c’est un endroit bel et bien réel, et les gens y étaient adorables, très généreux, très intelligents et dévoués à leur métier. Ils nous ont vraiment fait sentir l’importance que revêt leur travail à leurs yeux ». 

Les acteurs se sont également rendus à Houston alors même que le Johnson Space Center se préparait à ouvrir les portes de son exposition « Destination Lune: la Mission Apollo 11 », dans laquelle on peut voir le module de commandes (baptisé « Columbia ») du vaisseau. En découvrant de leurs propres yeux l’habitacle où ont vécu les trois membres de l’équipage durant la majeure partie de la mission d’alunissage en juillet 1969, les acteurs ont été frappés par la dimension palpable de ce moment historique. 

Pour eux, l’un des moments les plus intéressants a sans doute été leurs entraînements dans des dispositifs anti-gravité. Maintenus debout dans un harnais, ils ont ainsi pu réaliser des simulations pour imaginer ce qu’on peut ressentir en marchant sur la lune. Revenant sur son expérience d’entraînement pour astronaute, Schreiber développe: « Quand j’ai obtenu ce rôle, j’ai eu une révélation. Je me suis rendu compte que l’on devient acteur pour une raison bien précise: rester un enfant toute sa vie. Jouer un astronaute, pouvoir me rendre à la NASA (à Houston et à Cap Canaveral), et avoir accès aux coulisses de leur entraînement, c’était un vrai rêve de gosse ». 

Quoique déçu que les acteurs ne puissent pas monter à bord de la très célèbre et bien nommée « comète à vomi », Schreiber explique que participer à l’entraînement des astronautes est une occasion unique dans une vie. « Le seul moyen qu’on a d’expérimenter l’apesanteur est de monter dans ce vaisseau parabolique qu’on appelle la "comète à vomi" : on monte dans un avion, et on descend à une certaine vitesse, toutes les six secondes. On a ainsi l’impression d’être en apesanteur. C’est le seul moyen d’en faire l’expérience — à moins d’aller dans l’espace. On n’est pas montés dans la ‘comète’, mais déjà, faire les simulations robotiques du programme d’entraînement, c’était franchement génial! » 

Pour Chandler, le simple fait de voir une fusée Saturne 5 couchée sur le flanc à 100 mètres de distance lui a donné une idée assez claire de ce qui attendait les astronautes. « On a vu pas mal de choses qui nous ont permis d’avoir un aperçu très concret de leur boulot », raconte l’acteur. « Quand on a la chance de se retrouver aussi près, quand on peut toucher certains des éléments du doigt ou même enfiler les combinaisons spatiales, ça nourrit notre imagination et il est beaucoup plus facile de se glisser dans la peau des personnages au moment du tournage ». 

Tout en reconnaissant qu’en général les recherches peuvent s’avérer fastidieuses, Stoll assure que cette expérience-là fut radicalement différente. « Selon les projets, les recherches qu’on doit effectuer sont parfois un peu pénibles… mais c’était tellement génial de faire ces recherches pour ce film! » s’exclame-t-il. « Il y a tellement de livres, de documentaires et de films que c’était finalement très drôle de faire toutes ces recherches ultra-minutieuses sur la technologie et les personnes impliquées dans cet épisode de l’Histoire. J’ai grandi en m’imaginant que l’espace était un domaine acquis, sans trop me poser de questions, mais désormais on peut prendre du recul et se rendre compte que c’était tout nouveau, et que ces astronautes ont vraiment dû tout inventer ». 

Chazelle a encouragé chaque acteur incarnant un astronaute à faire une immersion au sein de la NASA, et a également envoyé à chacun d’entre eux des vidéos YouTube de la véritable personne qu’il ou elle était censé(e) incarner. C’est ce qui permettait aux acteurs de s’entraîner à reproduire le phrasé et les tics de langage des personnes interviewées. En outre, le réalisateur a fourni aux comédiens une liste de livres et de films. 

Parmi les suggestions littéraires, on retrouve des titres comme « Carrying the Fire », de Mike Collins, « Deke! », de Deke Slayton et Michael Cassutt, de même que « First Man », de James R. Hansen. Chazelle a également recommandé les films suivants : FOR ALL MANKIND, MOONWALK ONE et MISSION CONTROL: THE UNSUNG HEROES OF APOLLO — entre autres. 

« C’était génial que Damien nous propose des pistes de recherche, parce qu’on peut vite se perdre dans la masse d’informations à notre disposition », ajoute Stoll. « Buzz a écrit beaucoup de livres que j’ai parcourus pour comprendre le message qu’il essayait de faire passer. On est tous allés au Johnson Space Center à Houston, et c’était une véritable avalanche d’informations techniques, mais aussi d’anecdotes sur les astronautes et les personnes présentes dans le centre de commandes. Ça nous a beaucoup aidés d’être guidés, afin de raconter l’essentiel de cette histoire ». 

Ce flux continu d’informations s’est poursuivi tout au long du tournage, tandis que Chazelle et ses collaborateurs multipliaient les conseillers techniques pour reconstituer chaque mission de la manière la plus authentique possible. 

Parmi les conseillers techniques présents sur le tournage, Christian Gelzer s’est occupé des aéronefs d’entraînement à l’alunissage (LLTV ou Lunar Landing Training Vehicle). Gelzer est historien au sein de l’entreprise Jacobs Technology et travaille pour le Centre de Recherche Aéronautique Armstrong de la NASA. De même, Joe Engle a assisté l’équipe de tournage sur les scènes où apparaît l’avion fusée X-15. Engle est un ancien officier de l’Armée de l’air américaine et a été l’un des douze pilotes à tester le X-15, aux côtés d’un certain Neil Armstrong. 

Frank Hughes, ancien Directeur du Programme d’entraînement de vol spatial de la NASA désormais retraité, a assisté les réalisateurs sur l’entraînement des astronautes et le centre de contrôle, ainsi que sur les missions Gemini et Apollo 11. Hughes était un expert en informatique et en systèmes de pilotage, navigation et contrôle pendant la préparation de la mission Apollo, et il a travaillé aux côtés des astronautes qui ont participé au vol Apollo 11. 

Al Rochford et Ron Woods ont apporté leur expertise de spécialistes de combinaisons spatiales. Woods a accompagné la préparation et la mise en place des combinaisons pour Apollo 11, en s’occupant de Mike Collins, tandis que Rochford, au même poste, s’est occupé, entre autres, de John Glenn Jr. pour le vol orbital Mercury-Atlas 6. Al Worden, qui fut le pilote du module de commande sur Apollo 15 (à l’instar de Mike Collins), a apporté son aide concernant le vol Apollo 11. Enfin, James Bilbrey — vidéaste et monteur — a permis à l’équipe de retrouver des archives vidéo. 

Tous ces conseillers ont travaillé en étroite collaboration avec Chazelle et ses producteurs tout au long de la préparation, et étaient sur le plateau durant le tournage des scènes correspondant à leur champ d’expertise. 

« C’était vraiment hallucinant de rencontrer tous ces gens, tous ces astronautes, d’apprendre toutes ces informations, mais aussi toutes ces anecdotes personnelles, qui nous venaient de gens qui étaient là quand ces événements extraordinaires se sont produits… Ce ne sont pas des choses qu’on peut inventer et à partir desquelles on peut broder à l’infini », affirme Chandler. 

DANS L’ESPACE : CONCEPTION DE MODULES ET DE CAPSULES 

Le chef décorateur Nathan Crowley reconnaît que, dans son travail, il aime se concentrer sur l’authenticité et le dépouillement. « J’insiste toujours pour qu’il y ait un maximum de réalisme à l’image », résume-t-il. « On a, par exemple, utilisé des maquettes sur ce film. Je n’essaie pas de réinventer ce qui existe déjà: on associe simplement des méthodes traditionnelles à une technologie plus moderne ». 

Au cours de leur première rencontre, Crowey et Chazelle se sont immédiatement découvert des idées similaires sur le style du film. « Dès l’instant où Damien a déclaré qu’il voulait tourner le maximum d’images en plateau, il m’a convaincu », poursuit Crowley. « J’aime les objets et leur dimension physique, et j’apprécie de pouvoir jouer avec les échelles, et c’est ce qu’il a cherché à saisir à l’image. Ça allait être en réalité un défi de taille, mais amusant, et on était tous les deux prêts à s’y attaquer ». 

Pour le réalisateur, il était primordial de montrer à quel point les débuts de la conquête de l’espace étaient périlleux, comme si on se retrouvait « dans des boîtes de conserve propulsées en l’air », plaisante Crowley. Il ne souhaitait absolument pas montrer la NASA dans toute sa splendeur mais plutôt s’attacher au combat acharné mené pour atteindre la lune. 

« Ces hommes possédaient de grandes connaissances mais il restait encore beaucoup à découvrir. C’étaient des explorateurs et ça m’a intéressé qu’ils veuillent passer des jours entiers aussi à l’étroit », note le chef décorateur. 

Pendant la préparation, Chazelle a expliqué qu’il souhaitait opposer le sentiment de claustrophobie à celui d’espace infini. Grâce aux ressources indispensables de la NASA, la production a pu reconstituer les engins spatiaux au millimètre près. « La NASA nous a ouvert ses portes », reprend Crowley. « Je me suis rendu à Kennedy en Floride pour y étudier de près l’atterrisseur lunaire ainsi que la capsule Gemini. On est aussi allés à Houston pour observer le LLTV dans ses moindres détails. Et on a aussi attentivement lu tous les manuels et tous les documents qu’on pouvait trouver. Ça nous a permis de reproduire le sentiment d’emprisonnement une fois dans ces engins ». 

« Je dis "emprisonné", car ces capsules sont minuscules : on dirait des boîtes de conserve », ajoute-t-il. « La NASA était constamment en train d’améliorer les capsules et leur utilité. Il n’y a donc pas une seule source qui puisse nous fournir toutes les réponses, mais bien plusieurs, toujours plus évoluées les unes que les autres. La meilleure façon d’appréhender l’allure d’un tel engin a été de l’observer sous la direction d’un ancien pilote ou de quelqu’un qui s’y serait entraîné ». 

Chazelle est toujours en quête d’authenticité, ce qui a poussé la production à analyser diagrammes et instruments de navigation, ainsi qu’à rencontrer experts et passionnés d’aéronautique, en plus des collaborateurs de la NASA. À plusieurs reprises, le réalisateur et le chef décorateur se sont sentis comme des détectives en train de résoudre toutes les étapes d’une énigme. 

Certains cinéastes n’auraient pas hésité à sacrifier l’intégrité des engins spatiaux et à en modifier la taille afin de satisfaire aux besoins du film ou pour que les acteurs se sentent plus à l’aise. Mais ce n’est pas le cas de Chazelle. Ayant dirigé l’entraînement pour les missions Gemini et Apollo, Frank Hughes raconte qu’il s’y serait refusé et qu’il a été extrêmement impressionné par ce qu’il a vu : « J’ai mis à disposition ma bibliothèque personnelle de tout ce que l’on utilisait à l’époque, les check-lists et les livres qui ont raconté comment s’est déroulée la conquête de l’espace ». 

« Ils savaient s’y prendre, croyez-moi! », poursuit-il. « Je me suis pointé avec mes trésors mais figurez-vous qu’ils avaient déjà fait tout le boulot. Je n’ai guère eu de changements à leur indiquer. Ils ont réussi un sacré tour de force. Dans leur centre de contrôle, j’ai eu l’impression de me retrouver à Houston. Puis, dans l’engin spatial, c’était vraiment réaliste, c’était très bien fait ». 

À cheval sur le moindre détail, Crowley est convaincu qu’aucun vaisseau ne devait être agrandi de plus de 10%. Pour Gemini, son équipe a essayé d’en respecter la taille exacte, ce qui a suscité des problèmes pour les cadrages. La solution a consisté à créer un décor qui s’agence en plusieurs pièces détachables. En réalité, les techniciens ont dû casser les sièges en deux pour pouvoir intégrer les caméras à la capsule. 

Il a fallu opérer de petits ajustements pour les acteurs, puisque certains d’entre eux étaient plus grands que les astronautes qu’ils incarnaient. « Pour Apollo 11, on n’a pas dépassé les 5% et le X-14 était grandeur nature », explique Crowley. « Mais on a dû un peu baisser le siège, car Ryan est plus grand que Neil et son casque était trop près de la coque ». 

La construction n’a pas été la partie la plus difficile. « La fabrication de tels accessoires et éléments de décor suscite énormément de problèmes de logistique », ajoute le chef décorateur. « Par exemple, construire le module lunaire (LEM) était déjà un défi en soi par sa taille mais encore fallait-il pouvoir le transporter. Et il a aussi fallu qu’il résiste au vent et à la neige, car on s’est retrouvés enneigés sur notre lune ». 

LE RÉFLÉCHISSEMENT DU SOLEIL : LA CRÉATION ET LE FILMAGE DE LA LUNE 

Tout en étant habitué à reconstituer l’espace après avoir travaillé sur des films comme INTERSTELLAR de Christopher Nolan, Crowley évoque le plus grand défi qu’il ait dû relever: « C’est la première fois que j’allais sur la lune. Quand j’ai lu le scénario, j’ai su que ce film serait très exigeant mais j’ai survécu à l’alunissage du X-15, de Gemini et d’Apollo », dit-il. 

« Au départ, j’ai naïvement cru que j’allais m’en sortir facilement, mais on devait non seulement reconstituer les quartiers résidentiels, la NASA, et Houston, mais l’ensemble devait être cohérent ». 

« La lune est l’élément que j’ai laissé de côté pendant longtemps, car je savais que ce serait un casse-tête particulièrement difficile à résoudre », poursuit-il. « La solution ne m’a pas immédiatement sauté aux yeux mais je savais qu’il nous faudrait soit une carrière, soit du ciment, et un espace assez vaste pour nous offrir un terrain à l’échelle de la lune. La carrière s’avérait la meilleure option mais pour correspondre à la surface de la lune, elle devait être grise, ce qui est rare ». 

Crowley affirme en riant qu’un lieu de tournage peut aussi parfois déplacer le problème. « On a eu pas mal de chance qu’il y ait des carrières grises à Atlanta. Grâce à l’accueil bienveillant des entreprises qui y travaillent, on a pu trouver notre paysage lunaire à la Vulcan Rock Quarry de Stockbridge, juste au sud de la ville; ils nous ont laissés tailler dedans comme on le voulait ». 

Pour Chazelle, le repérage de ce paysage lunaire a été une quête épuisante. « On a eu l’idée de tourner en extérieur et de nuit, plutôt que de filmer la lune sur un plateau. Cela allait nous permettre de créer la lumière du soleil avec un projecteur de cinéma géant. On a donc commencé par mener nos recherches à Atlanta et dans ses environs, et ça a pris du temps avant de dénicher cette carrière. Certaines étaient trop petites, d’autres trop accidentées ou trop ramassées. Mais on a fini par trouver la bonne et par l’aménager un peu. Et c’était un pari gagnant », déclare-t-il avec fierté. 

Pour raconter cette histoire émouvante, Chazelle s’est associé au directeur de la photographie Linus Sandgren. Il n’est pas surprenant d’apprendre que l’éclairage de cette étendue lunaire s’est également avéré des plus complexes. « Nathan a aménagé les paysages dans cette carrière et cela en a fait un décor gigantesque », explique Sandgren, « bien plus vaste que n’importe quel autre décor de cinéma. C’est pour ça qu’on a dû l’éclairer en totalité. Il a fallu beaucoup de lumière mais on ne voulait pas utiliser beaucoup de lampes, car on ne voulait disposer que d’une source pour le soleil et d’une seule ombre. On a donc dû essayer de concevoir une unique source de lumière qui soit très forte ». 

Il n’y avait en fait qu’une solution: trouver les lumières les plus fortes au monde. « On s’est adressés à David Pringle, le créateur des lampes 100K Softsun », fait remarquer Sandgren. « On lui a demandé s’il pouvait nous aider à mettre au point une lampe de 200 000 watts et il a accepté. Cette lumière nous permet tout juste de filmer dans ce vaste décor ». 

Cette étendue tranchait brutalement avec les espaces confinés dont les astronautes allaient émerger. « Apollo 11 fait environ 3 mètres de diamètre et trois hommes y ont passé plus d’une semaine », insiste le producteur exécutif Merims. « C’est incroyablement étouffant et l’habitacle est très restreint. Damien voulait montrer à quel point ce voyage était éprouvant. Quand Buzz et Neil ont atterri sur la Lune, qui apparaît dans toute sa grandeur, le contraste est saisissant. Quand ils se déplacent à sa surface, on est passé au format IMAX, en 65 mm, qui reste le plus large au cinéma. Ce dispositif permet aux spectateurs de partager pleinement leurs impressions ». 

Pour Sandgren, observer la lune de si près s’apparente à « regarder le pays des morts, une expérience inédite ». Marquant une pause, il explique en quoi cette expérience a déterminé ses choix en tant que directeur de la photographie: « C’est un endroit bien plus surréaliste que le monde qui nous entoure. C’est pour cette raison qu’on a décidé de tourner les scènes intimes en 16 mm, car quand on se balade sur la lune, tout y semble en IMAX, donc plus contrasté et détaillé ». 

Fait intéressant, les objectifs choisis par le directeur de la photographie et par le réalisateur pour les séquences sur la lune sont les mêmes que ceux utilisés par Armstrong et Aldrin pour leurs célèbres photos. « Ils avaient ces Hasselblad utilisant du 6 x 6; on a utilisé le même format de pellicule pour les prises de vue de la Lune », confirme Sandgren. 

Pour reconstituer le célèbre alunissage, l’équipe a étudié d’innombrables photos prises à l’époque par les deux astronautes, puis ils ont minutieusement reproduit ce qu’ils voyaient, jusqu’à respecter la hauteur de l’angle du soleil. Par exemple, si l’angle du soleil en un lieu précis était de 15° sur la photo originale, ils se sont assurés que la hauteur des ombres était la même à l’écran. 

La production a filmé les scènes sur la lune pendant les dernières semaines du tournage à la mi-janvier, une fois le film quasiment terminé. « Quand on a filmé la séquence sur la lune, on avait presque achevé le tournage et on se sentait comme les personnages, conscients de tous les événements qui avaient abouti à ce moment-là », raconte Chazelle. 

Le réalisateur revient sur le tournage des célèbres premiers pas sur la lune: « On a essayé de coller le plus possible à la réalité jusque dans les moindres détails – du genre de détails qui rendent le tournage exaltant et émouvant ». 

Pour Godfrey, il s’agissait de susciter et d’intensifier les émotions des spectateurs jusqu’à faire de l’alunissage un soulagement émotionnel pour les personnages comme pour le public. « On a voulu créer un sentiment d’angoisse et de tension en montrant les dangers insoupçonnés que Neil et les autres astronautes ont dû affronter », dit-il. « À la seconde où le vaisseau spatial touche le sol, toute la tension s’envole ». 

Les spectateurs ne sont pas les seuls à se sentir soulagés. L’acteur incarnant l’homme qui a fait ces premiers pas légendaires partage lui aussi ce sentiment. « Pour la scène où Neil fait ses premiers pas hors du module, on s’est arrangés pour que je puisse entendre la transmission originale de Buzz à Neil et au centre de contrôle », explique Gosling. « On a aménagé des pauses pour que je puisse dire mes répliques. Ça a été surréaliste de descendre cette échelle et d’entendre ces voix dans mon casque, respirant l’oxygène de la réserve raccordée à ma combinaison. Quelle merveilleuse façon de tourner le film! On a énormément tourné en caméra subjective. Cela va permettre aux spectateurs de vivre la même expérience que moi ». 

Tourner les scènes situées sur la lune à la mi-janvier dans l’État de Géorgie a été comme un coup de poker en raison des intempéries, et certaines nuits, les températures sont descendues jusqu’à -8 ºC. « Sur notre décor, il a fait assez froid », signale le réalisateur, « alors qu’en réalité, sur la lune, le climat varie de très chaud à très froid. Du coup, ces contrastes climatiques convenaient parfaitement ». 

« Le plus difficile, c’est lorsqu’il s’est mis à neiger. On a dû s’arrêter et retourner en studios pendant quelques jours. Mais à notre retour, il faisait assez beau et il n’y avait pas trop de vent, si bien que le drapeau ne bougeait pas », raconte Sandgren, qui ajoute en riant: « Comme dans les images authentiques tournées sur la lune ». 

RETOUR À HOUSTON : LE CENTRE DE CONTRÔLE 

La visite du centre de contrôle avant le début du tournage a permis aux acteurs incarnant les astronautes de se préparer et de comprendre ce que le tournage leur réserverait. Ils se sont également initiés aux protocoles à suivre dans la salle-même où la célèbre phrase « The Eagle has landed » (« L’Aigle a aluni », en référence au module lunaire portant ce nom, NdT.) a retenti. 

L’un des fans les plus fervents de l’équipe artistique a été le conseiller Frank Hughes, qui l’avait vue pour la première fois à l’occasion du vol d’Apollo 11. « Le décor du centre de contrôle est merveilleux. Il est exactement comme l’original à Houston, au Texas, et c’est un bel exploit », dit-il avec admiration. 

«On a vu à quoi ressemblait le centre de contrôle à l’époque et ce qu’il est devenu maintenant », reprend Haas. « On y voit la station spatiale en orbite autour de la Terre et (les astronautes) parler devant nous, c’est fantastique ». 

« J’ai visité cette salle pour la toute première fois à l’été 2012, attiré et frappé par ce pan de l’histoire qui s’y était déroulé », intervient l’auteur et expert Rick Houston. « Mais quand j’y ai pénétré, toutes les consoles étaient éteintes, l’électricité était coupée, tout était plongé dans l’obscurité. La moquette faisait des plis et était sale, c’était donc très lugubre. Du coup, quand je suis arrivé sur le décor le premier jour des répétitions, j’ai été très ému. Je n’avais jamais vu la salle ainsi. Il m’a fallu un moment pour me remettre et comprendre que ce n’était pas le vrai centre de contrôle. J’ai regardé autour de moi et commencé à remarquer des détails ici et là qui étaient fidèles à la réalité. J’ai été impressionné de voir avec quelle exactitude historique ils l’avaient reproduite ». 

Pour Houston, l’attention aux détails sur le décor de Chazelle a plus d’importance qu’on ne pourrait le croire. Le réalisateur et son équipe ont tenu à rendre hommage aux sacrifices de ceux qui travaillaient au sol, dont la priorité était de préserver la sécurité des astronautes. 

Révélant certaines de ses découvertes sur le centre de contrôle, Houston explique: « Ce qui m’a le plus impressionné chez ces gens qui y travaillaient est leur engagement absolu dans la mission, d’abord et avant tout. Leur objectif principal était de ramener les astronautes sains et saufs ». L’auteur déclare qu’on serait surpris de découvrir qu’« ils possédaient une arrogance intellectuelle sans être égocentriques. Cela signifiait simplement qu’ils avaient assez confiance en eux-mêmes pour pouvoir accomplir leur mission et ramener les astronautes sur Terre. C’est ce qu’ils ont pu faire avec Gemini 8 et Apollo 11 ». 

« L’un des techniciens de la NASA m’a avoué que, quand il est arrivé sur le décor de la salle de contrôle, tous ses souvenirs ont ressurgi. C’est le meilleur compliment qu’on nous ait fait », admet Crowley. 

ROULIS, TANGAGE ET LACET : DES OUTILS D’ENTRAÎNEMENT 

Crowley et son équipe technique ont également dû construire d’autres décors, comme le LLTV (Lunar Landing Training Vehicle), l’aéronef d’entraînement à l’alunissage, et le MAT (Multi-Axis Trainer), le simulateur destiné à accoutumer les astronautes à être désorientés dans l’espace. « Le LLTV est une machine dans laquelle on ne se risquerait pas à mettre un homme de nos jours », explique le concepteur. « Quand Neil apprend qu’il sera chargé de poser le module sur la lune, la seule façon qu’il a de s’entraîner est de monter dans cet engin farfelu. (La première fois), il a à peine le temps de s’éjecter avant de s’écraser. Et il recommence encore et encore, car il n’a pas d’autres choix ». 

L’équipe du réalisateur a pu reconstruire le LLTV et le MAT grâce à l’aide de la NASA et aux photos d’archives. À Houston, ils ont eu la chance de pouvoir observer le LLTV en détail et d’exploiter leurs découvertes dans leur atelier pour tenter de reconstituer ces dispositifs. « 

Quand j’ai compris qu’ils voulaient reconstituer le MAT, j’ai su que ce serait extrêmement ambitieux et pas à la portée de tout le monde », assure le superviseur des effets spéciaux J. D. Schwalm. Bien que l’utilisation du MAT ait été stoppée après le programme Mercury, les producteurs ont décidé de l’intégrer à FIRST MAN: LE PREMIER HOMME SUR LA LUNE pour montrer que les astronautes subissaient un entraînement éprouvant. « C’est une structure particulièrement complexe qui n’a pas été construite depuis les années 1960 et personne ne savait comment elle fonctionnait », indique Schwalm. « À partir de photos, on a réfléchi à la manière de l’élaborer et ça a été l’un des plus gros défis du film et le plus stimulant ». 

Le MAT a été conçu pour simuler la façon dont les astronautes se déplacent dans l’espace et d’après trois axes: le roulis, le tangage et le lacet. Schwalm explique ce processus : « Ils portaient une visière sur les yeux pour les empêcher de voir où ils étaient ou de s’orienter. Ils devaient ensuite se dégager de l’influence du mouvement des trois axes, l’un après l’autre. Cela leur permettait surtout de se sentir plus à l’aise en situation de perte de contrôle dans l’espace, puis de reprise de contrôle ». 

Par la suite, l’utilisation du simulateur été arrêtée pour plusieurs raisons. À commencer par le fait que le roulis vécu par les astronautes sur Terre avec la gravité ne pouvait pas restituer précisément l’apesanteur et l’antigravité qu’ils allaient vivre dans l’espace. 

VIE DE FAMILLE : LA DEMEURE DES ARMSTRONG 

Le décorateur s’est associé au régisseur d’extérieurs Kyle Hinshaw pour repérer l’environnement caractéristique des années 1960 et reproduire la demeure des Armstrong à El Lago, au Texas. C’est dans cette maison qu’ils ont vécu alors qu’Armstrong était en poste au Centre spatial Lyndon B. Johnson de Houston. 

Bien qu’Atlanta soit une ville construite en pleine forêt, entourée de magnifiques collines, à proximité des Blueridge Mountains, Crowley et Hinshaw y ont trouvé un quartier sans relief qui pouvait camper la banlieue texane. 

« Toute la rue a servi à représenter El Lago à Houston. Les maisons relativement neuves y ont cette sorte d’architecture des années 1960 », précise Crowley. « La rue pouvait donc passer pour un havre de paix pour les astronautes du film et leurs familles ». 

Après avoir trouvé un terrain vide au milieu de ce quartier, Crowley et son équipe ont commencé à reconstituer la maison des Armstrong brique par brique, avec piscine chauffée dans le jardin. Une réplique presque à l’identique. 

Pour répondre au désir d’authenticité du réalisateur, l’équipe a choisi de construire cette maison de A à Z. Après plus de deux semaines de tournage dans le quartier Roswell, l’équipe technique s’est retrouvée intégrée à la vie de quartier. Ils étaient accueillis comme de la famille par les voisins qui offraient des viennoiseries aux membres de l’équipe tournant de nuit. 

L’essentiel du tournage s’est déroulé à Atlanta en différents lieux et studios. Puis, l’équipe a passé une journée de tournage au centre spatial Kennedy de Houston pour utiliser le Crawler-transporteur, engin à chenilles qui a permis d’acheminer la fusée Saturn V du VAB (Vehicle Assembly Building), bâtiment de la NASA, à l’aire de lancement. 

L’équipe s’est ensuite rendue sur la base aérienne Edwards en Californie pour reproduire le décollage et l’atterrissage du X-15, avionfusée expérimental, piloté par Armstrong. 

VISER LES ÉTOILES : PHOTOGRAPHIE ET EFFETS SPÉCIAUX 

Aux yeux du scénariste, le tandem formé par Chazelle et Linus Sandgren était parfait. « Pour un auteur, c’est le rêve d’avoir Damien et Linus qui tournent votre film », déclare Singer, dithyrambique. « Et cerise sur le gâteau, ils se sont entourés d’un casting stupéfiant. Voir Corey, Ryan et Lukas dans l’Apollo 11 est tout simplement extraordinaire. Quelle équipe merveilleuse! » 

« FIRST MAN: LE PREMIER HOMME SUR LA LUNE est à la fois une très grande épopée et une histoire intime », renchérit Sandgren. « Il fallait que le film paraisse beaucoup plus intimiste dans certaines scènes. Au fur et à mesure que l’histoire progresse et que l’on plonge dans l’univers industriel de la NASA, on est passé au 35 mm et à des contrastes plus marqués ». 

Après avoir travaillé ensemble sur LA LA LAND, Sandgren et Chazelle refont équipe. Les producteurs ont admiré le directeur de la photographie. 

« Linus a organisé chaque prise de vue », explique Godfrey. « Comme on s’intéressait au style, on a tourné caméra à l’épaule. Grâce à un travelling ou à la Steadicam, on peut saisir des instants volés, et faire en sorte que l’image paraisse moins léchée. Ça a aussi permis à Linus, en tant que chef-opérateur et cadreur, de se rapprocher beaucoup plus des acteurs. Il était parmi eux dans toutes ces scènes et, un casque sur la tête, il était aussi en communication constante avec Damien, qui lui disait "Zoome sur lui, fais un panoramique par là" ». 

Certains auraient trouvé inconcevable de tourner toutes les missions qui menèrent jusqu’à l’alunissage. Mais pour Chazelle et ses producteurs, c’était un défi qu’ils étaient totalement prêts à relever. Recourant à une technologie tout dernier cri en matière d’effets, et grâce aux archives de la NASA, les producteurs ont élaboré un plan d’action. « Huit mois avant le début du tournage, on a commencé à discuter de l’utilisation qu’on pouvait faire des images magnifiques que la NASA avait accumulées tout au long des missions Apollo », raconte Merims. 

Réticents à l’idée de n’utiliser que ces documents d’archives, en raison de leur qualité et des angles restreints de la caméra, les producteurs ont eu l’idée originale de se servir d’une technologie jusqu’alors seulement utilisée dans quelques films et jamais dans les proportions nécessaires à FIRST MAN: LE PREMIER HOMME SUR LA LUNE. 

L’équipe a décidé de recadrer le film d’archives à l’aide de la technologie LED. « Ces dernières années, les gens ont commencé à utiliser les LED pour simuler des arrière-plans comme on les verrait depuis une voiture ou un train en mouvement », annonce Merims. « On s’est donc dit qu’on pourrait projeter le film original sur un écran à LED et visible depuis les hublots des vaisseaux. Quand on est dans l’espace à bord de Gemini 8 et d’Apollo 11, on peut voir la superbe prise de vue de la NASA mais adapté pour être projeté sur l’écran lumineux ». 

Une fois les arrière-plans calés, J. D. Schwalm et son équipe d’effets spéciaux ont dû arrimer chacun des vaisseaux spatiaux à une plateforme amovible. Ce dispositif leur permettait de simuler les mouvements des vaisseaux pendant différentes phases de vol. 

« En même temps, on simule le vol dans l’espace et les différentes épreuves que Neil et Dave Scott traversent à bord de Gemini 8 », ajoute Merims. « On fait bouger le vaisseau, on les fait tourner dans tous les sens toute la journée. Et il a fallu les synchroniser avec nos écrans à LED. Les vaisseaux étaient installés sur un cardan actionné par le département des effets spéciaux. Ce qui a été différent sur ce film, c’est qu’on a trouvé un moyen de synchroniser de manière informatique la projection sur l’écran lumineux avec les mouvements de la plateforme même ». 

Nul besoin de souligner que le plus difficile a été de réaliser les effets visuels dits « réels ». « Il y a beaucoup d’effets visuels que l’on aurait d’habitude conçus numériquement, mais Damien tenait à ce qu’on privilégie les effets pratiques », reprend Schwalm. « C’est allé du MAT à l’apesanteur au moment où ils sortent dans l’espace. On s’est attaqués à ces défis sans hésiter ». 

En filmant toutes les scènes sur le plateau, Schwalm et son équipe ont ainsi pu visionner les images telles qu’elles figureraient dans le film. « Chaque jour apportait son lot de satisfaction », note Schwalm en riant. 

Grâce à Show Rig, société spécialisée dans les technologies innovantes qui s’occupe d’éclairages pour le cinéma ou pour de grandes salles de concert, les producteurs ont résolu un casse-tête d’envergure. « Show Rig nous a permis de concevoir un soleil capable de tourner autour d’un axe à 360 ° », déclare Merims. « Il était aussi fixé à une monture accordéon permettant de le faire monter et descendre simultanément dans sa révolution, et synchronisé avec l’écran à LED qui imitait le soleil et ses déplacements ». 

La capsule Gemini 8 a été l’un des nombreux vaisseaux que Crowley et l’équipe des effets spéciaux ont installés sur le cardan devant l’écran à LED. « Quand je regardais par la fenêtre, je ne voyais pas un fond vert mais ce gigantesque écran lumineux », explique Christopher Abbott qui incarne David Scott. « Quand on décollait, on regardait le ciel, on traversait les nuages pour arriver dans l’espace. Quand on tournait sur nous-même, on voyait la Terre et on sentait le soleil. Du coup, même si ça a été plus contraignant, ça a rendu l’expérience beaucoup plus réelle ». 

UN PROCÉDÉ ANCIEN : LA TECHNOLOGIE NEW AGE 

Assez féru de modélisme, Crowley a souhaité utiliser une série de maquettes pour reconstituer certaines parties des missions, du lancement aux scènes en plein vol. « J’avais l’habitude de réaliser des maquettes et de tout fabriquer pour me rendre compte du style visuel, puis de les visualiser en 3D », souligne-t-il. « Je dispose maintenant de 14 imprimantes 3D, si bien que je peux imprimer tout ce que je veux en une nuit et l’assemblage est rapide. Ça me permet de voir si j’aime quelque chose ou si je dois m’en débarrasser. C’est devenu un outil indispensable à mon travail, car je n’hésite plus à faire des maquettes ». 

« Les imprimantes deviennent plus grosses et performantes, et on en a maintenant des géantes capables d’imprimer un cube de 0,5 mètre », continue le créateur. « Dans le département artistique, on peut maintenant imprimer des maquettes 3D et vraiment les filmer comme des maquettes. Cette nouvelle technologie reproduit une technique traditionnelle. On n’a rien inventé de nouveau: on a simplement trouvé une façon de gagner du temps et de réaliser des maquettes ». 

Après avoir collaboré ensemble sur des films tels que THE DARK KNIGHT: LE CHEVALIER NOIR, INCEPTION et INTERSTELLAR, Crowley fait de nouveau équipe avec Ian Hunter, le chef maquettiste du film. « Quand on a opté pour des effets avec des maquettes sur FIRST MAN: LE PREMIER HOMME SUR LA LUNE, l’un des principaux défis a été de travailler sur un film dramatique », partage Hunter. « Quand on travaille sur un film fantastique ou de sciencefiction, les spectateurs sont prêts à croire à beaucoup de choses. C’était important que l’on arrive à créer les maquettes de ces vaisseaux de façon absolument réaliste et à faire vraiment croire aux spectateurs que ce qu’ils voient à l’image est bel et bien réel ». 

Hunter explique que la somme considérable d’images d’archives conservées par la NASA qui documentent les missions Gemini et Apollo l’ont à la fois aidé et entravé dans son travail. « Il existe énormément de documents sur ces missions et ça nous a permis de créer les vaisseaux dans leurs moindres détails et de faire en sorte que nos maquettes soient fidèles. Mais comme ces mêmes sources d’information sont accessibles à tous, tout le monde peut contrôler notre travail. On s’est vraiment donné à fond pour créer des maquettes aussi réalistes que possible et fidèles aux détails de ces missions ». 

Enthousiasmé par les avancées technologiques de l’impression 3D, Hunter explique à quel point la situation a changé en très peu de temps. « J’ai travaillé sur la minisérie de HBO, DE LA TERRE À LA LUNE, et à l’époque, on faisait pas mal de choses à la main: on avait dessiné les plans des vaisseaux spatiaux, construit des modèles, etc. Depuis, la technologie a évolué et on peut construire des maquettes de façon résolument différente ». 

Hunter et Crowley ont construit leurs maquettes grâce à des imprimantes 3D BigRep. « Dans ce cas particulier, on a d’abord dessiné par ordinateur tous les modèles en 3D. Une fois qu’on a obtenu un modèle 3D, on a pu les séparer en plusieurs parties et les créer grâce à différentes techniques », se souvient Hunter. 

Malgré l’impression 3D, il a tout de même fallu mettre la main à la pâte pour rendre ces maquettes authentiques. « Une fois les différentes parties réalisées à l’aide de ces toutes nouvelles techniques dernier cri, il y avait encore beaucoup de travail manuel à faire », se rappelle Hunter. « Il fallait les assembler, les peindre et aussi leur donner une texture qu’on s’attendrait à trouver à cette époque. Par exemple, pour le module de service et de commande Apollo, la partie module de commande était recouverte de bandes métalliques. On a donc dû appliquer à la main de la bande d’aluminium pour obtenir une surface réfléchissante ». 

Le module lunaire était recouvert d’un bouclier thermique fait d’aluminium anodisé (oxydé en surface, NdT.) noir et d’aluminium doré. Bien que leur équipe dispose de technologies modernes, il a fallu qu’une personne découpe ces matériaux à la main et les applique; c’est ce qui a donné cette allure si réaliste à la mission. 

L’équipe responsable des maquettes a dû affronter un autre problème. Comme l’équipe principale qui travaillait avec des maquettes à taille réelle, ils devaient pouvoir utiliser leurs modèles réduits de la même façon et respecter les mêmes protocoles de tournage. « Le module lunaire, ou comme ils l’appellent "le LEM", a dû être construit à la fois en modèle réduit et grandeur nature pour pouvoir utiliser le cadran avec l’écran lumineux », déclare Hunter. 

« Du coup, pour les scènes sur la lune, il y avait le faux module à taille réelle et pour toutes les autres scènes du voyage trans-lunaire, on a utilisé la version miniature. C’était capital de collaborer avec l’équipe principale pour coordonner les détails et la peinture. Notre graphiste a réalisé les plans des deux tailles du module. On a donc travaillé main dans la mini-main pour que les modèles correspondent », lance-t-il malicieusement. 

Pour donner corps à cette vision, Hunter a travaillé en étroite collaboration avec Chazelle pour utiliser un story-board animé d’après les found footage (détournement de matériaux vidéos, NdT.). « On a fait un story-board animé à partir des images des véritables missions », confie Hunter. « Damien nous a aiguillés sur l’impression que devaient donner les plans ainsi que leur ambiance et leur rythme. Car tout devait se caler sur un morceau de musique qui correspondrait aux images. Une fois ces images en place, on a suivi au mot près ce qui devait se passer avec les vaisseaux spatiaux. Ça nous a servi de ligne directrice, de "paramètre des humeurs" pour concrétiser sa vision ». 

FIDÉLITÉ À UNE ÉPOQUE : L’ÉLABORATION DES COSTUMES 

Grâce à la base de données de la NASA et aux photos d’archives qu’ils leur ont fournies, la chef costumière Mary Zophres et son équipe ont pu étudier très précisément ce que les astronautes portaient à n’importe quelle époque. « Leur base de données est comme une mine d’or d’information », confie Mary Zophres. « On passe du X-15 à Gemini 5 puis Gemini 8 jusqu’à Apollo 1 et enfin Apollo 11. Avec l’avancée du programme spatial, sa documentation s’enrichit. Alors que la NASA s’est rapprochée d’Apollo 11, ils se sont mis à la documenter encore plus en profondeur ». 

Passer rapidement au crible les archives de la NASA a fait de la chef costumière et de son équipe des enquêteurs du costume d’époque. « L’ampleur des ressources est fabuleuse mais ça ne nous a pas facilité la tâche », renchérit-elle. « Ils ont tout photographié des événements promotionnels aux lancements d’essai, ce qui ne nous a pas aidés à distinguer quelles photos correspondaient aux événements que nous tournions. J’ai le sentiment d’avoir redécouvert le programme spatial et le lancement vers la lune. Et on a fait deux jeux de combinaisons pour l’équipage d’Apollo 11: une pour chacun des acteurs ; et une autre pour leur doublure cascade ». 

Concernant l’allure des astronautes en civils, Mary Zophres explique qu’ils ont eu la chance de disposer de documents sur les astronautes dans la vie privée grâce au photographe de Life Ralph Morse. « Il y a eu beaucoup de photos de Mike, Buzz et Neil en famille prises jusqu’au moment du lancement », raconte la chef costumière. « On a essayé de visionner autant de photos d’eux dans la vraie vie que possible pour s’en inspirer. Par exemple, Olivia, qui joue Pat White, a rendu visite à la fille d’Ed et de Pat et a pu emprunter des photos de famille. Ça a été très utile. Je n’ai pas essayé de reproduire les photos mais d’en retenir un style général propre à chaque personne que nous voulions montrer dans le film ». 

« Certains éléments ont été dictés par ce qu’on pouvait trouver », continue-t-elle. « Tout d’abord, c’était avant Internet. Il n’y avait que deux magasins à El Lago: JC Penny et Sears. C’est pour ça que les hommes ont tous l’air d’avoir le même style, parce qu’ils n’avaient pas d’autres choix ». La chef costumière a apprécié que Janet ne fasse pas dans la frivolité. 

« Ça se voit à ses vêtements mais on a essayé de montrer le passage du temps », songe-t-elle. « Au début, elle a une vingtaine d’années et on la suit jusque dans la trentaine. Janet et Neil mûrissent et on le voit tout particulièrement chez ces deux personnages ». 

Sachant que le film se déroule de 1961 à 1969, le département des costumes a dû mettre au point une tenue qui se porte sur près d’une décennie. « Les costumes et les tailleurs sont les plus difficiles à trouver, sans compter la façon dont ils tombent », note-t-elle. « Ça a été notre plus gros défi mais on a déniché quelques pans de tissus d’époque qui nous ont permis d’y tailler des pièces pour Janet et pour Neil. Si on a créé de nombreux vêtements, beaucoup étaient aussi des trouvailles, ce qui était formidable. Disposer d’authentiques habits d’époque a contribué donner son allure d’authenticité au film ». 

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Après le tournage, les astronautes à titre honorifique Schreiber, Haas et Stroll sont restés au centre spatial Johnson, en Floride, pour assister au lancement par SpaceX de leur fusée Falcon Heavy depuis le VAB, qui a abrité des fusées telles que Saturn V. 

Le Falcon Heavy est le lanceur le plus puissant au monde depuis le Saturn V de la NASA qui a propulsé Apollo 11 dans l’histoire. C’est aussi la fusée Falcon Heavy qui a décollé du pas de tir 39A au centre spatial Kennedy, le même site utilisé par la NASA pour Apollo 11. Après le succès du décollage de la fusée et du retour sur Terre des deux propulseurs principaux, les acteurs, ébahis, ont repris le chemin de l’ascenseur pour rentrer chez eux. Alors qu’ils se trouvaient sur le toit du VAB pour attendre l’arrivée de l’ascenseur, un Pygargue à tête blanche (aigle emblème des États-Unis, NdT.) s’est posé juste derrière eux. 

Abasourdi, Lukas Haas explique que cette expérience restera à jamais gravée dans sa mémoire: « Ça a été une façon inoubliable de saluer la fin du tournage. L’Aigle a effectivement atterri ». 

Source et copyright des textes des notes de production 
@ Universal Pictures International France

  
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