samedi 20 octobre 2018

HALLOWEEN


Épouvante-horreur/Thriller/Un film d'horreur old school réussi, un bel hommage à l'opus d'origine

Réalisé par David Gordon Green
Avec Jamie Lee Curtis, Judy Greer, Will Patton, Virginia Gardner, Haluk Bilginer, Andi Matichak, James Jude Courtney, Nick Castle...

Long-métrage Américain
Durée: 01h49mn
Année de production: 2018
Distributeur: Universal Pictures International France 

Date de sortie sur les écrans américains : 19 octobre 2018
Date de sortie sur nos écrans : 24 octobre 2018


Résumé : Laurie Strode est de retour pour un affrontement final avec Michael Myers, le personnage masqué qui la hante depuis qu’elle a échappé de justesse à sa folie meurtrière le soir d’Halloween 40ans plus tôt.

Bande annonce (VOSTFR)


Featurette "Table ronde" (VOSTFR)


Ce que j'en ai penséHALLOWEEN est un film d'horreur réussi. Au-delà des personnages identiques, il fait écho au long-métrage de 1978 sur beaucoup d'aspects, depuis son générique de début en passant par sa musique, créée par John Carpenter et son fils Cody, jusqu'à certains plans similaires. Les clins d'œil sont nombreux et un plus pour les spectateurs qui ont vu HALLOWEEN, LA NUIT DES MASQUES

Cependant, ce n'est pas sa seule qualité. Le scénario met en place la légende de Michael Myers, interprété par Nick Castle, au travers de l'effroi que le tueur inspire à son ancienne victime, pour mieux laisser la terreur trouver sa place lorsqu'il passe à l'action. L'horreur est bien présente avec son gore limité, mais travaillé efficacement. Les angoisses s'enroulent autour de l'intrigue, celle-ci étant simple et directe, alors que les événements convergent vers la confrontation attendue. 



La mise en scène du réalisateur, David Gordon Green, gère des atmosphères propres aux années 70, 80 et des incursion dans la modernité pour offrir un ensemble qui tient la route et reste fidèle à l'esprit insufflé à l'origine par John Carpenter. 

David Gordon Green,
le réalisateur du film HALLOWEEN
Les trois actrices principales, Jamie Lee Curtis qui interprète Laurie Strode, Judy Greer qui interprète Karen Strode et Andi Matichak qui interprète Allyson Strode, apportent chacune le point de vue générationnel qu'il faut pour faire fonctionner la thématique familiale et de transmission qui sert de fil rouge à l'histoire. Elles sont convaincantes et crédibles dans leurs actions et réactions. 



HALLOWEEN rend un bel hommage à son opus d'origine et renoue avec ce qui a fait son succès de façon maligne. Le résultat est un film d'horreur à la personnalité old school qui gère aussi bien sa montée en puissance que sa finalité. C'est définitivement le bon film à aller voir pour célébrer à coup de frissons la fête éponyme qui approche à grand pas.

Copyright photos @ Universal Pictures International France

NOTES DE PRODUCTION
(A ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

Redémarrage : la genèse d'HALLOWEEN

Malek Akkad, dont la société familiale Trancas International Films a produit la saga « Halloween » depuis sa création, soit 11 fi lms sur 4 décennies, souhaitait aborder l’histoire sous un nouvel angle et découvrit en Jason Blum le partenaire idéal. Le producteur, dont la société Blumhouse Productions est à l’origine de succès retentissants tels que GET OUT (Jordan Peele, 2017) et SPLIT (M. Night Shyamalan, 2016), mais également la saga AMERICAN NIGHTMARE (2013-18), jouit d’un contrat d’exclusivité avec Universal Pictures, et Malek Akkad admirait le talent de Jason Blum pour combiner l’horreur la plus abjecte avec une qualité de production impeccable. Ce dernier nourrissait quant à lui une grande admiration pour la saga débutée sous l’égide du père de Malek, Moustapha Akkad, et se sentait à même de lui donner un nouveau souffle.

« Mon père et Irwin Yablans avaient créé la société Compass International Pictures et étaient à la recherche de projets qu’ils pourraient produire eux-mêmes et distribuer. Ils étaient fans du précédant fi lm de John Carpenter, (1976), et l’ont rencontré. Il avait cette idée d’un fi lm d’horreur à petit budget intitulé « The Babysitter Murders » (Meutres de baby-sitters). Ils ont pris le risque et on connaît la suite », nous raconte Malek Akkad.

L’intéressé se remémore lui aussi cette époque : « Le distributeur m’a demandé de faire le fi lm pour 200 000 dollars et j’ai dit : « Pas de problème. Je veux juste avoir le contrôle artistique et mon nom en tête du générique ». Pour Carpenter, « Michael Myers, avec son masque et son uniforme de pompiste, est moitié humain, moitié surnaturel. Il incarne le mal par excellence. Il est sans pitié, et aucun résonnement ni prière ne pourront vous aider contre lui. Il n’a qu’un but, vous tuer. C’est une force implacable de la nature. Il arrive et il n’y a qu’une seule issue, la fuite ».

Et pour le fan absolu du film original qu’est Jason Blum, et qu’il considère comme le plus brillant film d’horreur jamais réalisé, il était inconcevable de ne pas soumettre au maître lui-même ce nouveau projet : « Sa bénédiction était la condition sine qua non pour Blumhouse. Je n’aurais jamais pu faire ce film sans sa contribution. Je l’ai immédiatement contacté et il nous a volontiers rejoints ».

Jason Blum a promis à Carpenter, qui appelle le producteur « le LeBron James du film d’horreur », qu’ils ne feraient rien avant qu’il leur ait donné son aval sur le choix du réalisateur et sur le scénario. Il avait le nom d’un cinéaste en tête et il s’avéra que David Gordon Green n’était pas seulement intéressé par la réalisation du film, mais souhaitait participer à son écriture avec ses co-scénaristes de longue date, Danny McBride et Jeff Fradley. « On croit fermement à Blumhouse qu’il n’est pas nécessaire d’avoir un réalisateur de films d’horreur confirmé pour faire de bons films d’horreur », explique le producteur. « Ce qu’il faut c’est un bon réalisateur tout court. Je suis admiratif du travail de David depuis son premier film, GEORGE WASHINGTON (2000), et je l’ai contacté à plusieurs occasions avec l’espoir de l’appâter. Il aura fallu attendre HALLOWEEN pour que ça se fasse. David s’inscrit parfaitement dans notre façon de voir les choses: si on tient un bon réalisateur, on peut l’aider à faire de bons films d’épouvante ».

Quand il a été question de ressusciter la saga, les producteurs se sont orientés vers un cinéaste sans antécédent de film d’horreur. « Après avoir rencontré de nombreux réalisateurs et écouter leurs idées, nous avons eu la chance, avec Miramax, d’être rejoint par Jason, et c’est à lui que revient le mérite d’avoir convaincu David », se félicite Malek Akkad. « J’apprécie le travail de David depuis longtemps, et avant même de le rencontrer, je me disais que ce serait une grande chance de s’assurer sa collaboration. Il est venu avec Jeff (Fradley) et Danny (McBride) pour nous exposer leur approche et la suite entrera bientôt dans l’histoire ».

Pour Jason Blum, c’est le fait de ne pas connaître les motivations de Michael Myers qui le rend si terrifiant. Il a tout de suite adhéré au parti pris des scénaristes selon lequel le film devait être la confrontation finale de Laurie avec son bourreau, et qu’il devait permettre de réinitialiser la saga. « C’était leur pitch. Je leur ai proposé de faire un nouvel HALLOWEEN en leur demandant ce qui les exciterait, et ce sont eux qui l’ont envisagé comme une suite », raconte le producteur.

Pour son homologue Bill Block, responsable de films aussi originaux que DISTRICT 9 et ELYSIUM (Neill Blomkamp, 2009 & 2013) ou BAD MOMS (Jon Lucas, Scott Moore, 2016), « peu de réalisateurs passent aussi facilement d’un genre à un autre comme David l’a fait au cours de sa carrière. Il a une excellente connaissance de tout ce qui a été fait avant lui, l’a digéré et est à même de l’élever à un autre niveau ». Le producteur estime que le public attendait depuis longtemps une nouvelle confrontation entre Michael Myers et Laurie Strode, et que David Gordon Green va surpasser leurs attentes.

Amis et scénaristes: Fradley, McBride & Green

Pour le trio de scénaristes que sont Jeff Fradley, Danny McBride et David Gordon Green, il était impensable que le renouveau de la saga ne soit pas confié à des inconditionnels du film de Carpenter.

Amis et collaborateurs depuis leurs études à l’école d’art de Caroline du Nord, le trio avait un postulat aussi simple qu’ingénieux : ils se demandèrent ce qu’il serait arrivé si Michael Myers avait été arrêté à la fin du film initial. Et si Laurie et Michael étaient frère et sœur, au lieu de deux étrangers dont la rencontre avait changé le cours de leur vie respective? Comment cela affecterait l’histoire qui a débuté à la fin des années 70 et l’évolution des personnages de l’héroïne et de son adversaire?

« Je me souviens que Michael Myers me terrorisait. Je ne comprenais pas qui cet homme au masque blanc était et ça m’a hanté », déclare Jeff Fradley. « Enfant, ça m’obsédait et ça a motivé mon envie de prendre une caméra et de faire ma propre version d’HALLOWEEN ». Et son collaborateur Danny McBride ajoute que les trois scénaristes n’avaient aucunement l’envie de faire un remake d’HALLOWEEN, LA NUIT DES MASQUES mais souhaitaient faire évoluer l’histoire dans une direction qui n’avait jamais été envisagée auparavant : « On a pensé que Laurie Strode était une bonne façon d’y accéder : pourquoi ne pas développer une histoire liée au premier film… mais qui prend un autre tournant pour elle. On savait que si on se permettait cela, on devait faire les ajustements nécessaires pour créer quelque chose d’entièrement nouveau ».

Au moment de l’écriture, le trio n’avait pas encore obtenu la bénédiction de Carpenter et ne savait pas non plus si l’intrépide interprète de Laurie, Jamie Lee Curtis, aurait un quelconque intérêt à reprendre le rôle qui a déterminé sa carrière et inspiré le respect et la compassion à pléthore de fans. « On a composé un personnage qui pourrait être intéressant à jouer pour elle », explique Danny McBride. « On a pensé que ce serait une façon cool de réexaminer son rôle, et honnêtement, la mort qui lui avait été infligée dans HALLOWEEN RESURRECTION (Rick Rosenthal, 2002) ne nous paraissait pas convaincante. On estimait qu’il y avait bien mieux à faire ».

Scénario en main et gouttes de sueur au front, les trois compères eurent enfin l’opportunité de soumettre leur projet au maître de l’horreur lui-même, qui avait déjà servi de conseiller artistique sur les autres opus de la saga sans pourtant en réaliser un autre lui-même. Danny McBride se souvient: « C’était très stressant d’être en face de notre idole et de dire: « Vous avez créé Michael Myers et Laurie Strode, et maintenant, on a l’audace de croire qu’on a une idée à nous. Voilà la direction que l’histoire pourrait prendre…». Il a été très réceptif et indulgent ». Pour David Gordon Green, « aussi sincères et respectueux qu’on pouvait prétendre être, il nous fallait son aval, sa validation. Le rendez-vous s’est très bien passé. Il avait des suggestions et des inquiétudes, comme lors de tout bon échange créatif. Et nous en avons discuté…». jusqu’au moment où leur professionnalisme s’est envolé en fumée. « À un moment, son portable s’est mis à sonner et c’était la musique d’HALLOWEEN. J’avais réussi à faire bonne figure jusque-là, mais à cet instant, j’ai réellement pris conscience de la situation et je suis redevenu le fan de base que j’étais. Après avoir obtenu son accord et son soutien, il nous restait à relever un second défi: le convaincre de composer la musique ».

Jeff Fradley raconte le jour où Carpenter est arrivé sur le plateau: « On tournait une scène durant laquelle Laurie sort en courant et se retrouve face à Michael Myers. L’actrice avait tourné une scène similaire 40 ans plus tôt et ses émotions d’alors refaisaient surface. On avait dévoré tous les documentaires et les livres faisant référence au film. On en savait long sur sa fabrication, mais voir en personne John et Jamie se saluer, blaguer avec Nick Castle (l’interprète initial de Michael Myers), c’était comme avoir accès au processus créatif de ces trois personnes qui avait donné naissance à un film éminemment emblématique ».

Quant à David Gordon Green, il est resté bouche bée pendant plusieurs jours de tournage. « Je n’arrivais pas à faire abstraction du gamin de 12 ans qui était en moi et qui était surexcité de se retrouver sur un plateau avec Jamie Lee, bafouillant face à John Carpenter et riant comme un fou quand Nick Castle montrait le bout de son nez. C’était la réalisation d’un rêve de gosse et le moteur de mon enthousiasme », nous confie le réalisateur.

Au final, il n’y avait que deux personnes que le trio tenait réellement à impressionner: Curtis et Carpenter. Heureusement pour eux, tous deux étaient fans du scénario et le devinrent du film. « Ils ont créé de nouveaux personnages fascinants et rassemblé des acteurs impressionnants », se félicite Carpenter. « J’ai dit à David: "C’est ce que j’ai vu de mieux depuis mon film initial. T’as fait du super boulot". J’ai hâte que les spectateurs découvrent le film. Ça va leur foutre la trouille de leur vie, j’en mets ma main au feu ».

L'ange gardien de Laurie : Jamie Lee Curtis. Le retour

Durant plus des deux tiers de sa vie, Jamie Lee Curtis a été l’ange gardien et la protectrice de Laurie Strode. À la fin des années 70, l’héroïne qu’elle incarnait, réussit la prouesse que si peu avant elle avaient réussi dans un film d’horreur: elle a survécu. Armée d’un cintre, d’aiguilles à tricoter et de sa seule envie de vivre, l’adolescente s’est battue corps et âme contre une créature sans visage incarnant le mal absolu qui avait fait irruption dans son univers et tué ses amis. Refusant le rôle de victime, la combattante à laquelle Curtis, Carpenter et sa collaboratrice Debra Hill, donnèrent naissance chamboula instantanément les possibilités narratives au cinéma. Les femmes pouvaient, devaient et allaient rendre la pareille… et ni homme ni croque-mitaine ne les empêcheraient de se défendre jusqu’à ce que mort s’ensuive.

L’actrice, auteure et militante a tenu la vedette de trois films de la saga "Halloween" en plus du film initial de 1978 et pensait avoir définitivement dit adieu au personnage de Laurie Strode, il y a déjà presque 16 ans… jusqu’à ce qu’elle rencontre David Gordon Green.

Agréablement pragmatique, Jamie Lee Curtis reconnaît que 40 ans de carrière dans l’industrie du divertissement lui ont appris de nombreuses choses, la plus précieuse étant peut-être de connaître exactement sa place en tant qu’actrice. « J’aurai bientôt 60 ans et je travaille depuis que j’en ai 19. Clairement, mon talent réside dans le fait de ne pas savoir. Vous ne me verrez jamais jouer la reine Élisabeth », s’amuse-telle à dire.

« Il y a un livre de Marisha Pessl que j’adore intitulé Special Topics in Calamity Physics (Sujets spécifiques en physique des catastrophes), et un personnage qui parle de notre conception de la vie. Elle dit: « La vie dépend de 2 secondes qu’on ne voit jamais arriver et ce qu’on décide durant ces 2 secondes détermine le reste de notre existence. On ne sait pas comment on réagira ni ce qu’on fera avant d’y être ». C’est ça la vie, le mariage, élever des enfants, c’est ça un film d’horreur ».

« Laurie Strode était une fille douée au lycée, dont la vie débutait à peine. Elle devait bûcher sur son examen d’entrée à l’université, choisir à quelles facs elle allait postuler quand Michael Myers a fait son apparition. Sa vie a tenu à 2 secondes qu’elle n’a jamais vu arriver. Le reste de son existence, c’est le film qu’on fait aujourd’hui. 40 ans plus tard, elle comprend que Michael Myers va revenir et qu’elle et sa famille doivent s’y préparer… mais personne ne l’écoute ». Heureusement pour les spectateurs, il en a été différemment de l’actrice. David Gordon Green venait de terminer le film STRONGER (2017) avec Jake Gyllenhaal, le filleul de Jamie Lee Curtis. « Jake m’a envoyé un SMS pour me dire que son ami David Gordon Green voulait me parler d’un projet en rapport avec HALLOWEEN. Il m’a également dit que leur collaboration avait été la meilleure expérience créative qu’il ait jamais eue et qu’il ne s’était jamais senti aussi libre qu’avec lui », se souvient l’actrice.

On comprend qu’elle ait été réticente à l’idée d’écouter le pitch d’un énième HALLOWEEN, mais la chance sourit aux audacieux. « David était débordant d’enthousiasme. Quand il a commencé à m’expliquer son idée, je lui ai dit: "Arrêtez. Envoyez-moi le scénario et je saurai dès la séance d’ouverture" », nous confie Curtis. Quand elle reçut le scénario, elle a compris ce que le trio avait en tête. « J’ai vu à quel point le film était à la fois un hommage et singulièrement original. J’ai pensé, c’est cool, j’aime ça. C’est aussi simple que ça. C’est un film qui fonctionne indépendamment, avec sa propre histoire, certes liée au passé, mais qui se déroule au présent, 40 ans plus tard. Les deux films, côte à côte, sont comme deux serre-livres: le nouveau raconte la même histoire pour les générations suivantes, de la même façon simple et allégorique que l’original », déclare l’actrice qui a répondu avec enthousiasme au destin de cette femme qui a passé toute sa vie à se préparer au retour du monstre qui a perverti son univers. Mais en refusant d’être une victime, elle l’a aussi laissé déterminer sa vie. « Une fois par jour, Laurie passe devant l’institut psychiatrique et appelle les agents en poste », nous explique Curtis. « Je suis persuadée qu’elle attend dans son pick-up de 6 h du matin à minuit. Elle a un objectif unique, au détriment de tout le reste. Sa fille lui a été retirée et elle a sacrifié toute forme d’amitié, de plaisir, de vie dans ce seul but: s’assurer que Michael Myers reste derrière les barreaux de l’asile… et qu’il soit transféré dans une prison haute-sécurité ».

Le trio de scénaristes rappelait à l’actrice des amis de longue date rencontrés en 1978. Comme eux, ils s’apprêtaient à tourner un projet qui les passionnait en moins d’un mois. « Il y a des ressemblances troublantes. D’abord, John Carpenter, Tommy Wallace (chef décorateur) et Nick Castle sont le trio à l’origine du premier HALLOWEEN. Ils ont fait des études de cinéma ensemble, ils jouaient ensemble dans un groupe, Coup de Villes, et ils ont fait un film avec Debra Hill (scénariste) dont Laurie est l’incarnation. Il y avait quelque chose de très fort là-dedans. Pas de fioritures, pas de chichi. Du cinéma de guérilla à l’état pur: 20 jours, 200 000 dollars, boum ». Même si le nouveau trio n’a pas immédiatement vu ces similitudes. « Ce sont des amis de longue date, ils ont étudié le cinéma ensemble, ont fait des films ensemble, ont élevé leurs enfants ensemble », explique Jamie Lee Curtis. « Eux aussi ont donné naissance à un film sans fioritures, basique, tourné en 28 jours, boum. Ces ressemblances sont tangibles dans leur façon de fabriquer le film: l’exubérance de la jeunesse, la camaraderie de cinéastes qui parlent la même langue et s’amusent beaucoup ensemble ».

Pour eux, l’actrice s’est révélée être une collaboratrice, une alliée, gonflée à bloc et téméraire. « Elle est chargée d’énergie positive, elle se donne à fond, dans les scènes d’action comme dans les scènes dramatiques », commente le réalisateur. Et pour Bill Block, « elle est comme Liam Neeson dans TAKEN (Pierre Morel, 2008), un véritable Terminator ».

Les habitant d'Haddonfield : les rôles secondaires

Les cinéastes ont réuni un groupe éclectique d’acteurs talentueux, connus pour leur travail comique ou dramatique, auxquels s’ajoutent de nouveaux visages.

Peu de temps après ce dont on a été témoin dans le film initial, Laurie a donné naissance à une petite fille, Karen. « Karen est l’enfant d’une femme qui a vécu un traumatisme, et elle en a souffert, comme c’est généralement le cas. Pour Laurie, ce traumatisme psychologique est resté inexploré. En 1978, dans une ville comme Haddonfield dans l’Illinois, il n’y avait pas beaucoup de suivi psychologique ni de services appropriés pour l’aider. Comme beaucoup de gens aux États-Unis à cette époque, on a dû lui dire: « Continue ta vie » et elle a bien essayé, mais le traumatisme était trop lourd », explique l’actrice.

Pour incarner Karen, la fille que Laurie a élevée dans la paranoïa, les armes à feu et les cauchemars survivalistes, les cinéastes ont choisi Judy Greer. L’actrice, qui a débuté sa carrière au début des années 90, adorait le fait que ces trois hommes aient créé un personnage féminin si fort, et qu’ils aient donné à Laurie la chance de prouver qu’elle a toujours eu raison. Elle commente: « Il y a trois personnages féminins très forts dans le film, qui se protègent mutuellement, même si Karen est résolue à ne pas élever Allyson comme sa mère l’a élevée elle ». Mais en corrigeant cette trajectoire, Karen a également fermé les yeux sur la menace réelle que représente Michael Myers quand il s’évadera, car c’est une certitude.

« Karen aime sa mère, mais elle ne peut pas rester près d’elle », explique encore Judy Greer. « Elle veut préserver sa fille du malheur qui l’a frappée et dont elle a souffert elle-même par procuration ». Pour Danny McBride, « le film s’intéresse aux conséquences à long terme que peuvent avoir des épisodes de terreur et de violence sur les gens. La rencontre de Laurie avec Michael s’est répercutée sur sa fille et sa petite-fille. On avait presque l’impression de disséquer Laurie en trois, à trois périodes de sa vie ».

Allyson est un rappel de ce que Laurie était avant sa rencontre avec Myers: une jeune femme insouciante, avec pour seules préoccupations, ses notes à l’école, ses soirées de baby-sitting, ses petits copains et le bal d’Halloween, comme la plupart des autres lycéens, ce qui rend ce qu’elle a vécu d’autant plus abominable. C’est à la nouvelle venue Andi Matichak que revient le rôle d’Allyson, qui fait preuve de la même naïveté et du même instinct de survie que sa grand-mère. Jamie Lee Curtis remarque à nouveau des similitudes entre leurs deux parcours: « Nous sommes toutes deux arrivées au cinéma par hasard, et nous avons toutes deux commencé par un film d’horreur. J’étais une mauvaise élève, j’ai quitté la fac et j’ai passé une audition pour un film d’horreur à petit budget pour lequel j’ai été retenue. C’était mon tout premier rôle. Andi était sportive et avait décroché une bourse complète en Floride pour jouer au foot en 1re division. Elle est partie en Grèce après avoir rencontré quelqu’un qui lui avait dit: « Tu es très jolie, tu pourrais faire mannequin ». Comme moi, un agent a dit à sa famille qu’elle pourrait être actrice. Elle a renoncé à sa bourse pour tenir son premier rôle dans HALLOWEEN ».

Mais l’actrice émérite discerne également un certain nombre de différences entre les personnages: « Allyson est intelligente et responsable, pas aussi vulnérable et innocente qu’était Laurie. Laurie ne voyait pas le danger, ne prenait pas la menace au sérieux, et Allyson a elle aussi cette part d’innocence. Sa mère l’a protégée de sa grandmère qu’elle croit folle. Leurs deux histoires sont en partie parallèles ».

« La raison pour laquelle Allyson est si mature pour son âge tient au fait qu’elle a dû servir de médiatrice entre sa mère et sa grandmère depuis toujours. Arrivée à 17 ans, elle souhaite se rapprocher de sa grand-mère, ce qui crée des tensions avec sa mère. On a affaire à trois femmes fortes, d’âges différents, qui affrontent une même puissance destructrice. J’ai eu la chance formidable de participer à cette aventure », déclare Andi Matichak.

Le docteur Sartain est interprété par le célèbre acteur turc Haluk Bilginer qu’on a pu voir dans le film palmé à Cannes, WINTER SLEEP (Nuri Bilge Ceylan, 2014). Élève du docteur Loomis, le psychiatre est chargé de suivre Michael Myers au sanatorium depuis des années. Son patient va bientôt être transféré dans une nouvelle prison haute-sécurité et le docteur fera partie du convoi. Haluk Bilginer se souvient: « J’ai parlé avec David deux fois depuis Istanbul. Il m’a demandé ce que je pensais du scénario que j’aimais beaucoup. Et quand je l’ai rencontré ici, je l’ai tout de suite adoré. Sa présence est énergisante. On se sent en sécurité, en bonnes mains ».

Les deux réalisateurs de documentaire anglais qui obtiennent du docteur Sartain l’autorisation d’interviewer Michael Myers sont interprétés par Rhian Rees (Danna) et Jefferson Hall (Aaron). Obsédés par l’affaire du tueur de baby-sitters depuis des décennies, ils sont convaincus que s’ils pouvaient rencontrer Laurie et déterminer ce qui s’est réellement passé cette nuit-là, ils seraient en mesure de déceler d’autres indices et de comprendre l’inconcevable. Ils se procurent l’ancien masque du tueur qu’ils présentent à Myers, déclenchant une série d’événements qui conduira à la confrontation finale de Laurie avec son bourreau.

Dans les rôles secondaires, on découvre Virginia Gardner en Vicky, chargée de garder le petit Julian (Jibrail Nantambu) durant la nuit d’Halloween alors que ses amis vont au bal du lycée; Miles Robbins qui joue son petit ami Dave; Dylan Arnold en Cameron, le petit ami d’Allyson; Drew Scheid qui interprète l’agaçant Oscar, secrètement amoureux d’Allyson; Toby Huss en Ray, le mari compatissant de Karen et le père d’Allyson, et Omar J. Dorsey en shérif Barker qui a vu le pire qu’Haddonfield ait à montrer et se tient prêt à affronter le mal qui revient frapper sa ville.

Derrière le masque : Michael Myers rentre à la maison

Pour incarner Michael Myers, l’acteur et cascadeur James Jude Courtney a hérité d’une panoplie qui a déjà terrifié bien des spectateurs et occasionnellement certains membres de l’équipe. Il a travaillé avec Nick Castle qui fut le premier a donner corps à la Silhouette dans le film initial de 1978 et qui a également passé du temps aux côtés de David Gordon Green en qualité de « conseiller spirituel » comme il s’amuse lui-même à le dire.

Si Nick Castle fait une apparition spéciale dans le film, il souligne que c’est à son ami James Courtney que revient (presque) tout le mérite de la performance. « Nick nous a donné des instructions précises: la façon dont Michael Myers tourne ou penche la tête pour observer un meurtre, ou s’assoie à angle droit sans se servir de ses mains », raconte le réalisateur. « Ces formidables détails ont été cruciaux pour nous permettre de raconter notre histoire ».

Il explique encore: « Il y a quelques scènes dans lesquelles on voit sa silhouette, il ne porte pas de masque et on a essayé de ne surtout pas faire allusion à un type quelconque de personnalité. Je ne veux rien savoir de lui. Je ne veux ressentir aucune empathie à son égard ni comprendre le processus mental qui a généré ce monstre. Je veux qu’il disparaisse totalement dans l’essence même du mal ».

Green a apprécié le choix de l’acteur de l’incarner de façon neutre, sans langage corporel identifiable, mais avec une gestuelle de travailleur. « On a regardé la façon de bouger des lynx, des léopards, des guépards, d’animaux dont le seul raisonnement est de réagir à ce qu’ils croisent sur leur chemin. D’infimes stimulations les font se diriger dans une direction ou une autre, ça relève de la dynamique des prédateurs et de leurs proies. James Courtney a embrassé l’idée d’un Michael Myers capable d’une fureur impassible », se félicite encore le réalisateur.

Et pour Jamie Lee Curtis, le masque de Myers sert en quelque sorte de test de Rorschach pour chacun de nous, sur lequel on projette nos pires peurs. « C’était l’idée de John de parler d’un mystérieux homme lambda, d’une menace lambda », déclare l’actrice. « On est dans une ville lambda des États-Unis, Laurie Strode est une fille lambda, et Michael Myers, derrière ce masque, est une présence dénuée de toute émotion humaine. Il représente ce que Donald Pleasance en Dr Loomis appelle le "mal absolu" ».

« Il n’a aucun motif », continue-t-elle. « Le génie de la création, et la longévité, de ce personnage tiennent au fait qu’il n’y a aucune définition possible, aucun sens, aucune analyse tangible. Dans ce néant total, ce vide, il n’y a que la béatitude ou le mal à l’état pur. De toute évidence, dans le cas de Michael Myers… On le sent dans sa démarche, sa contenance, sa posture. Jim y est allé à fond, quelque chose s’est passé quand il a enfilé le masque. Cette absence de réactions humaines combinée à sa force physique a une portée viscérale ».

L’actrice a apprécié que, comme son prédécesseur, David Gordon Green n’ait aucunement l’intention de chorégraphier ses gestes en imaginant ce que Laurie ferait si elle se retrouvait à nouveau face à son agresseur. « Il y a des réactions très spécifiques, un ton à trouver, dans un film comme celui-ci. Les personnages sont vulnérables, les gens sont isolés, séparés, ils ont terriblement peur et ignorent ce qu’il va leur arriver. On n’a aucune idée de la façon dont on réagirait dans ce genre de situations. Il faut que ça paraisse naturel, désordonné, vrai. Il y avait des scènes intenses, fortes en émotions, comme j’en avais déjà beaucoup jouées, puis j’ai eu l’impression d’avoir 19 ans à nouveau, je me demandais: qu’est-ce que je vais faire là? », raconte-t-elle.

Deux prisons: les décors de l'horreur

La collaboration du chef décorateur Richard A. Wright avec David Gordon Green a débuté avec le premier long-métrage du réalisateur, GEORGE WASHINGTON (2000). Travaillant avec nombre d’amis et de collègues de longue date, ils ont flirté avec la comédie, le thriller, le film dramatique ou la parodie, créant ensemble autant de mondes fantastiques.

Pour Green, il était important de situer les personnages dans un univers ordinaire que les spectateurs pourraient facilement identifier. « On a utilisé le film de Carpenter comme point de départ », explique le réalisateur. « En tant que suite, c’est d’abord un hommage, et ça permet d’établir une familiarité qui ne fera que rendre l’horreur plus choquante encore. On voulait que l’identification avec le drame que vivent les personnages soit évidente ». 40 ans se sont écoulés, ce qui signifie que « tout a vieilli, tout est un peu usé. Ce qui était alors une banlieue stérile est devenu une un peu vieillotte et miteuse ».

Épaulé par l’assistant-réalisateur Atilla Salih Yücer, le directeur de la photographie Michael Simmonds et le producteur délégué et régisseur général S. Scott Clackum, Green a commencé les repérages presque une année avant le début du tournage qui se déroula sur 28 jours, à et autour de Charleston, en Caroline du Nord. S’il était important pour le chef décorateur de s’inspirer du film initial, il ne voulait pas en être esclave. « On a commencé par la maison de Laurie, celle de sa fille et la chambre de sa petite-fille », explique Richard A. Wright. « Ce que Laurie a vécu l’a affectée à vie et l’a poussée vers une forme de folie ».

En ce qui concerne son bourreau, il ajoute: « On retrouve Michael Myers au même endroit qu’au début du film de John: dans une institution publique, le Smith’s Grove State Hospital qui a été une véritable trouvaille. On est tombés sur cette incroyable cour en damier au milieu de laquelle est planté Myers ».

Pour le producteur Jason Blum, cette scène s’avéra terrifiante: « L’aura-même du tueur fait peur aux autres détenus. Il n’a pas ouvert la bouche depuis des décennies et en demeure d’autant plus menaçant ». Les barreaux et les motifs en damier se répètent dans plusieurs décors. « On les voit même dans la maison de Laurie: elle est en cage, tout comme lui », résume le chef décorateur. « Il est derrière des barreaux en prison, et quand il vient à la rencontre de Laurie, on voit qu’elle aussi s’est enfermée dans un cachot ».

Dans les repérages comme dans la création des décors, la digne directive était de montrer les gens dans leur univers quotidien, le plus ordinaire possible, pour que le choc d’une réalité parallèle soit d’autant plus fort quand la violence fait irruption. « On voulait montrer les gens dans leur vie de tous les jours », explique encore Wright. « Une des clés de l’impact du film original tient au fait que ce type masqué tue des enfants qui voulaient juste s’amuser. Ils ne font rien de plus que la plupart des ados qu’on connaît ».

Pour la ferme de Laurie, le chef décorateur demanda conseil à celle qui vivait avec le personnage depuis de longues années, et Jamie Lee Curtis s’avéra d’une grande aide, dans le choix du papier peint par exemple. Elle déclare ainsi: « Je l’ai toujours imaginée avec du papier à fleurs aux murs ».

« Il ne va pas te mordre » : Maquillage & effets spéciaux

Le célèbre créateur de maquillages spéciaux récompensé aux Oscars, Christopher Nelson, dont le travail sur SUICIDE SQUAD (David Ayer, 2016), les deux KILL BILL (Quentin Tarantino, 2003-04) ou les séries « American Horror Story » (2011-18) et « The Walking Dead » (2014 & 2017) lui a valu les éloges et le respect de ses collègues et de nombreux acteurs, a lui aussi rejoint l’équipe du film. En accord avec la vision du réalisateur, selon laquelle les pires frayeurs sont celles qui se passent en bordure du cadre, le maquilleur a su garder l’équilibre entre montrer juste ce qu’il faut, sans succomber à un festival de gore.

Comme de nombreux homologues, Nelson est un grand fan du film original. « Je l’ai vu à 10 ans et ça m’a ouvert à tout un univers de films. J’y suis resté attaché. J’apprécie le niveau d’angoisse et de peur qu’il parvient à générer, tout en se déroulant au coin de la rue », explique-til. « Quand John a fait son film, il n’était pas connu comme réalisateur de films d’horreurs. Il sortait d’USC (université de Los Angeles), adorait Sam Peckinpah et avait étudié tout un tas de genres à la fac. David est pareil: il adore le cinéma et touche à tous les genres ».

Dès son premier rendez-vous avec les producteurs, la maîtrise du sujet était évidente chez Christopher Nelson: « Je leur ai exposé mes idées pour le design du masque et des autres effets du film, et avec David, on était sur la même longueur d’onde. Ils ont tout de suite vu à quel point j’étais passionné ». En cas de doute, le créateur des maquillages cherchait l’inspiration dans le travail de Tommy Wallace, le chef décorateur du film de Carpenter. « Le masque était d’un design très simple, mais c’était la façon dont il était ajusté sur Nick Castle et les mouvements de l’acteur qui lui donnaient toute sa force. Il aurait été impossible de recréer ce visage, le néant et la tragédie, le sentiment que sa première vision procure », explique-t-il encore.

Bien que ce soit presque devenu une légende urbaine, il nous raconte la genèse du premier masque: « John a demandé à Tommy d’aller acheter des masques d’Halloween. Tommy est revenu avec un masque du capitaine Kirk/William Shatner fabriqué par Don Post Studios, et John a dit: « Fais-en quelque chose ». Ils le trouvaient bizarre et inquiétant. Tommy a arraché les rouflaquettes et les sourcils, il a agrandi les trous des yeux et l’a peint à la bombe blanche. Il a également teint les cheveux blonds en brun. Au final, c’est devenu cet étrange visage de mannequin sans âme, donnant presque l’impression d’un grand requin blanc ».

En tant que fan inconditionnel lui-même, le réalisateur approchait le design du masque avec beaucoup de respect: « Christopher et moi souhaitions garder la mélancolie intacte et on a décidé de ne rien changer, de le laisser tel quel, en dehors de l’usure et des fissures naturelles dues aux quatre décennies qui se sont écoulées ».

Quand le maquilleur a enfin vu la nouvelle Silhouette (James Courtney) en costumes pour la première fois, il est resté pantois. « Jim se déplace comme un requin blanc. Il fend l’air comme s’il nageait, se nourrie et passe son chemin. Il n’y a pas de logique, pas d’explication valable. Sa performance m’a sidéré. Il était juste parfait », se félicite Christopher Nelson. Quant au reste de l’équipe, acteurs et techniciens se délectaient de voir Courtney et Nick Castle enfiler le masque. « Apparemment, le fait d’enfiler le masque, vous transporte dans une autre dimension. Ils ne parlaient plus. Quand David les dirigeait, ils hochaient simplement de la tête ou la secouaient », raconte le chef décorateur.

Il fallut ensuite aborder le design des corps éparpillés autour d’Haddonfield, et Christopher Nelson raconte: « On en a beaucoup parlé avec David, comme de cartes postales d’horreur. Dans les films de Carpenter, il y a des images qu’on n’oublie jamais, des images arrêtées de victimes après leur mort. Elles restent inscrites dans votre mémoire comme autant de clichés d’horreur ».

Partant des images que le réalisateur souhaitait imprimées dans la tête des spectateurs, le spécialiste des maquillages spéciaux se mit au travail. « Tout est question de lumière. Y a-t-il une lueur dans leurs yeux ? Un rictus d’horreur sur leur visage? Pour parvenir à nos fins, on a réalisé des moulages du visage des acteurs qu’on verrait morts à l’écran et on les a sculptés pour accentuer et légèrement styliser leurs terrifiantes expressions », explique-t-il encore.

Un jour Andi Matichak est allée faire un tour au studio de Nelson et s’est retrouvée nez à nez avec un de ces corps: « Il était assis sur une chaise avec la tête renversée en arrière. C’était la première chose qu’on voyait en entrant, cette tête à l’envers qui vous fixait. C’était si réaliste et terrifiant que je ne pouvais plus avancer. Chris m’a dit: « C’est bon, il ne va pas te mordre ». J’ai répondu: « Je crois bien que si, j’en suis même sûre ». »

David Gordon Green et Michael Simmonds: le tournage

Le chef opérateur Michael Simmonds a déjà collaboré à plusieurs reprises avec le réalisateur David Gordon Green et avec Blumhouse Productions. Il a travaillé avec Rough House Pictures (la société fondée par Danny McBride, Jody Hill et David Gordon Green) sur leur série pour HBO « Vice Principals » (2016), et avec Jason Blum depuis 2010. « Notre histoire remonte à PARANORMAL ACTIVITY 2 (Tod Williams, 2010). C’est un des meilleurs chefs-op que je connaisse et on lui a proposé de travailler sur tous nos films depuis », raconte Blum.

Quant au réalisateur, il ajoute: « Chaque décor, chaque plan générait une conversation. On avait un canevas bien établi au début du tournage, mais au rythme des variations du soleil ou des idées des acteurs, les choses changeaient, évoluaient. C’est formidable de travailler avec des collaborateurs qui ne se décomposent pas à chaque modification, mais sont au contraire ouverts à toute opportunité. C’est là que les heureux accidents se produisent, quand le cinéma devient du jazz ».

« David n’est pas un grand adepte du montage rapide, il aime faire durer les plans larges autant que les gros plans, et ça lui vient de son amour des films des années 70 », commente le chef décorateur Richard A. Wright. À Carpenter d’ajouter: « On s’est amusés avec de nouveaux jouets formidables: le format large Panavision et le Pana-glide, une sorte de système Seadicam pour caméras Panavision. J’ai toujours adoré les travellings mais ils ont leurs limites. J’avais vu un plan à la Steadicam dans un film, il y a des années. C’était un plan-séquence d’une fluidité incroyable. On a utilisé un système équivalent avec de gros objectifs Panavision et une caméra gyroscopique harnachée sur un opérateur ».

Tout au long du tournage, le réalisateur a réuni les acteurs chez lui, pour un café, une collation ou un repas, et pour passer en revue les scènes. « Parfois on les lisait simplement et on faisait des ajustements, et parfois on discutait de ce qu’on cherchait à faire dans une scène spécifique, de son essence », raconte Green. « Habituellement, après quelques prises sur le tournage, on reconsidérait la scène, en fonction du lieu, des costumes et il nous arrivait de faire des changements radicaux. Ça nous donnait l’occasion de laisser entrer l’imprévu, d’explorer d’autres pistes. Je trouve ces moments d’incertitude et de vulnérabilité particulièrement précieux ».

L’actrice principale a grandement apprécié les choix du réalisateur pour permettre aux acteurs de sortir de leur zone de confort et pour remuer les choses. Elle se souvient: « Il y avait cette séquence durant laquelle Laurie vient chez Karen avec la police. Karen comprend enfin que la menace est réelle, que Michael Myers s’est échappé et que sa fille est en danger. David a dit: « C’est trop linéaire », et ces scènes ne sont jamais linéaires. Un traumatisme n’est jamais linéaire, mais fragmenté. Il nous a fait parler en charabia les uns aux autres, puis répéter le même mot, encore et encore, jusqu’à ce qu’on arrive à ce moment de chaos qui ne transparaît pas sur la page. Dans la réalité, les gens ne parlent pas de façon linéaire dans de telles situations. Je me suis dit, ouah, ce type est investi dans son travail, il est passionné. Il était magique dans ces moments-là ». Et parallèlement, Michael Simmonds ajustait sa caméra pour capturer la scène.

Une affaire de famille : la musique du film

En plus de son rôle de conseiller artistique sur le film, John Carpenter a apporté ses fameux talents de compositeur au nouvel HALLOWEEN. Collaborant avec son fils Cody Carpenter et avec son filleul Daniel Davies, avec lesquels il a déjà sorti trois albums, ils ont ensemble rendu hommage au travail que Carpenter avait débuté il y a 40 ans, tout en le réactualisant pour coller à la vision du nouveau réalisateur.

Pour Jason Blum, ce qui a permis au thème original d’être si intemporel et si envoûtant tient au fait qu’il était très inattendu. « On n’associe généralement pas le synthé avec un film d’horreur, de la même façon qu’on n’associe pas des instruments à cordes avec un film d’horreur, ce que pourtant Hitchcock a fait dans PSYCHOSE (1960) », explique le producteur.

Carpenter raconte que son inspiration pour le thème remonte à son enfance : « En 1963, mon père m’a appris à jouer du bongo. Il m’a appris la mesure à 5 temps: ba, ba, ba, ba, bop, bop. J’ai toujours gardé ce tempo en tête. Je l’ai simplement joué au piano en ajoutant quelques octaves, et le tour était joué. C’est très simple, mais ça martèle la cervelle. Je me suis dit que ce serait parfait pour le film ».

Le nouveau réalisateur partage l’avis de ses producteurs: « Ça fonctionne à merveille avec le film. C’est presque une série de notes juvénile, fraîche. Pas besoin d’une symphonie pour vous dire ce que vous ressentez. Comme dans LES DENTS DE LA MER (Steven Spielberg, 1975), c’est une musique répétitive, un simple va-et-vient. Pas besoin de plus de bruit, d’accents ni d’accessoires avec une ligne si minimaliste, si épurée ».

« On aurait pu trouver un grand compositeur symphonique et lui demander une réinterprétation du thème, mais la collaboration de John à la BO, en plus de l’élaboration narrative, du casting et de tout l’aspect visuel du film, c’était vraiment la cerise sur le gâteau », se félicite Green. « Il est musicien depuis toujours, mais il a récemment joué en tournée avec son fils Cody et Daniel Davies. Ensemble, ils ont créé une BO « à la Carpenter » unique ».

Quant à l’intéressé, il a accueilli avec plaisir l’opportunité de « pénétrer dans la tête du réalisateur » et de donner forme à leurs conversations sur la courbure des manches de guitares, les percussions électroniques furtives et les morceaux au piano qui donnent la chair de poule. Il explique la genèse de la musique du nouvel HALLOWEEN : « La première chose qu’on a faite avec mon fils et mon filleul, c’est d’appeler MIDI. Ils nous ont fourni les fichiers MIDI de la musique originale afin de nous permettre de travailler à partir des notes et l’atmosphère. On a apposé de nouveaux sons au synthé pour l’actualiser et lui donner une sonorité différente de l’original. Puis, dès le logo Universal, on a commencé à mettre de la musique. Pour moi, la musique est du domaine de l’improvisation. On a travaillé quelques lignes, mais la majorité de la BO est improvisée ».

« On a fait trois albums avec Daniel et Cody. Ce nouveau projet était excitant pour moi. J’ai la chance de pouvoir travailler avec les membres de ma famille, c’est une grande joie à mon âge. Et j’ai pu m’amuser avec les thèmes musicaux originaux et les réinventer, c’était vraiment chouette », conclut le réalisateur culte.

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« La majorité des gens responsables des choix artistiques sur ce film sont des gens que je connais depuis 25 ans. J’ai forgé mon univers esthétique et filmique en compagnie de ces collaborateurs. C’était notre premier film d’horreur et on attendait beaucoup les uns des autres, on était très optimistes et plein d’énergie », raconte Davide Gordon Green à la fin du tournage. Pour lui, « cette énergie et cette positivité, venant de la chance qu’on ressent de pouvoir nous amuser sur ce formidable terrain de jeu, sont contagieuses. Tout le monde a donné le meilleur de lui-même ». Et la gentillesse et le respect que lui ont accordé ses héros et héroïnes de cinéma resteront longtemps gravés dans sa mémoire.

Source et copyright des notes de production @ Universal Pictures International France

  
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