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mardi 7 janvier 2020

WOMAN


Au cinéma le 4 mars 2020

La bande-annonce touchante de ce documentaire donne vraiment envie de découvrir le témoignage de ces femmes !

Le nouveau film d'Anastasia Mikova et Yann Arthus-Bertrand


À propos du documentaire 

WOMAN est un projet mondial qui donne la parole à 2.000 femmes à travers 50 pays différents. Cette très large échelle, n’empêche pas le film d'offrir un portrait véritablement intimiste de celles qui représentent la moitié de l’humanité. 

Ce documentaire est l’occasion de révéler au grand jour les injustices que subissent les femmes partout dans le monde. Mais avant tout, il souligne la force intérieure des femmes et leur capacité à changer le monde, en dépit des multiples difficultés auxquelles elles sont confrontées. WOMAN, qui repose sur des entretiens à la première personne, aborde des thèmes aussi variés que la maternité, l'éducation, le mariage et l'indépendance financière, mais aussi les règles et la sexualité. 

À travers ce film, vous découvrirez la parole des femmes comme vous ne l’aviez jamais entendue auparavant.

Bande-annonce (VOSTFR)


  
#Woman

dimanche 24 novembre 2019

SELFIE



Comédie/Un film marrant par ses côtés mordants et sa critique comportementale, mais irrégulier pour maintenir l'intérêt de son sujet jusqu'au bout

Réalisé par Thomas Bidegain, Marc Fitoussi, Tristan Aurouet, Cyril Gelblat, Vianney Lebasque
Avec Blanche Gardin, Elsa Zylberstein, Finnegan Oldfield, Manu Payet, Sébastien Chassagne, Max Boublil, Julia Piaton, Fanny Sidney, Maxence Tual, Thomas de Pourquery, Esteban et Sam Karmann...

Long-métrage Français
Durée: 01h47mn
Année de production: 2018
Distributeur: Apollo Films

Déconseillé aux moins de 10 ans

Date de sortie sur nos écrans : 15 janvier 2020


Résumé : dans un monde où la technologie numérique a envahi nos vies, certains d’entre nous finissent par craquer. Addict ou technophobe, au travail ou dans les relations amoureuses, Selfie raconte les destins comiques d’Homo Numericus au bord de la crise de nerfs…

Écrit et réalisé en quintette, le film propose cinq récits mordants dans lesquels des personnages sincères se débattent avec les lois du nouveau monde numérique, jusqu’à la lisière de la folie. Jusqu’à creuser leur propre tombe.

Une comédie contemporaine, au casting impeccable, qui explore de manière grinçante la thématique de l'édition 2019 des Utopiales. #thuglife (Source : Utopiales)

Teaser "Influenceurs" (Blanche Gardin) (VF)



Teaser "Stalker" (Elsa Zylberstein, Max Boublil) (VF)



Ce que j'en ai pensé : SELFIE a été projeté lors de l'édition 2019 du festival UTOPIALES. Il a été introduit, avant la projection, par Philippe Lux, Thomas Bidegain, l'un des réalisateurs, et Julien Sibony, l'un des scénaristes.


SELFIE a été réalisé par cinq réalisateurs Thomas Bidegain, Marc Fitoussi, Tristan Aurouet, Cyril Gelblat, Vianney Lebasque et écrit par cinq scénaristes Bertrand Soulier, Julien Sibony, Hélène Lombard, Noé Debré, Giulio Callegari.

C'est une belle performance d'autant que le ton des réalisations et des écritures forment un ensemble cohérent dont certains éléments se recoupent pour créer un fil rouge entre les différents groupes de personnages. 

Alors que le film part fort en abordant la thématique de l'impact de la vie numérique sur la réalité d'un point de vue non politiquement correct à la fois satirique et mordant, au fur et à mesure que les scènes s'enchaînent le scénario tape moins dans le mille. 

On apprécie le portrait de la dynamique familiale bizarroïde emmenée par les parents interprétés par Blanche Gardin et Maxence Tual, les traits d'esprit de la prof de littérature interprétée par Elsa Zylberstein, ou l'humour noir du manque de chance amoureux du personnage interprété par Finnegan Oldfield. 




Mais la seconde partie du film peine à maintenir le niveau. Il se met à tirer un peu en longueur et perd de la force dans son propos qui se pose en miroir exagéré et ironique de nos attitudes smartphoniennes. Le message passe toujours - le réseau étant fort heureusement accessible - mais il a moins d'impact.

Source et copyright photos @ Apollo Films

SELFIE a le mérite de renvoyer une image pas si déformée que ça de notre relation au numérique à notre époque. On rit, de bon cœur, des travers des protagonistes interprétés par de supers acteurs. Même si ce film est inégal et que sa fin ne tient pas toutes ses promesses, on passe tout de même un bon moment.


NOTES DE PRODUCTION
(À ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

Aux origines de SELFIE 
par Julien Sibony, co-producteur et co-scénariste 

SELFIE (de l’influence du numérique sur les honnêtes gens) propose cinq récits mordants dans lesquels des personnages sincères se débattent avec les lois du nouveau monde numérique. Jusqu’à la lisière de la folie. Jusqu’à creuser leur propre tombe. 

En 2007, s’imposait l’expression web 2.0 pour désigner les nouveaux usages numériques. 

L’internaute ne serait plus spectateur derrière son écran mais une personne active sur la toile. S’est entamé alors un dialogue nouveau entre l’homme et ses écrans. Like, big, data, match, vlog, wall, leak, troll, selfie, emoji, followers… Toute une novlangue est apparue pour tenter de rendre compte de ce nouveau monde. 

Douze ans plus tard, Homo numericus a le vertige. 

Qui n’a jamais eu l’impression que nous twittons ou instagrammons d’abord puis réfléchissons ensuite ? 

Qui n’a jamais été témoin du désarroi d’un digital native privé de réseaux sociaux ? 

Qui n’a jamais été phubbé (contraction de phone et snober) par quelqu’un préférant manifestement son écran à une conversation I.R.L (in real life) ? 

Et oui, il existe désormais un terme pour désigner la « vraie vie »... 

A l’ère numérique, la liberté, le secret, le narcissisme, la rencontre amoureuse, et même la mort, ne s’appréhendent plus tout à fait comme avant. 

Or, si le 2.0 est désormais omniprésent dans nos vies comme dans les récits, la comédie traitant de ce nouveau monde n’avait pas encore été faite. 

Seul un format original pouvait rendre justice au projet. Une structure classique aurait rendu le film didactique et l’aurait emprisonné dans un carcan narratif. Le format dit à sketchs nous permettait d’être plus percutant dans la satire mais aussi de décliner les thématiques, les arènes et les genres... 

Il induisait un autre rythme plus moderne et plus approprié pour parler de l’univers connecté. 

Nous ressemblons tous un peu à ces personnages déboussolés plongés dans la sauvagerie des réseaux et ne sachant plus à quel Dieu se vouer. 

Le numérique est notre nouvelle idole ! 

Il était donc urgent de nous moquer de nous. 

Thomas Bidegain 
réalisateur de Vlog 

Noé Debré, un des scénaristes de Selfie, m’a parlé du projet en 2016. Je sortais de ma première réalisation, Les Cowboys, il m’a fait lire le scénario, et j’ai trouvé certains sketchs vraiment grinçants. L’idée de faire un court-métrage m’amusait, le thème aussi. 

Les nouvelles technologies sont peu représentées au cinéma. Or, à l’époque, on parlait de taxer les GAFA. Je me suis dit : « commençons par en parler ». J’avais envie de faire de la comédie depuis un moment. J’aime beaucoup la comédie à l’italienne où l’on commence à rire puis à certains moments, ouh la… on se demande si c’est vraiment drôle. Les personnages de Vlog vont de plus en plus loin, avec un côté « affreux, sales et méchants ». Tout l’intérêt était de montrer qu’ils sont victimes d’un système pour qu’on finisse par les aimer, de se rapprocher d’eux pour les rendre attachants. J’avais trois enjeux de mise en scène : que ce soit drôle, qu’on aime bien cette famille et que Blanche Gardin soit belle. Je connais Blanche depuis un moment, on rit des mêmes choses. J’avais très envie de la filmer parce qu’elle ressemble à Lauren Bacall : mêmes yeux clairs, mêmes pommettes hautes. Je lui ai dit que je voulais que les gens se rendent compte qu’elle est très belle. J’espère qu’à la suite de ce film, on lui proposera des grands rôles romantiques ou des tragédies. 

Maxence Tual, je voulais qu’il joue dans Les Cowboys mais il était en tournée avec les Chiens de Navarre et n’avait pas pu se libérer. Avec Blanche et lui, j’avais le ton du film : ils sont dans la vie tout en étant un peu barrés, et ils ont l’habitude d’improviser. Des répliques comme « si t’étais pas allergique aux chats, on ferait des millions de vues » ou « les enfants bulles, c’est hors-compétition », sont nées de l’improvisation. Comme le temps de prises de vues était court, on a beaucoup répété et réécrit ensemble en amont pour que l’on croit à cette famille. Le tournage fut très joyeux. Il y avait un petit concours entre Blanche et Maxence à celui qui ferait marrer l’autre. Je disais « coupez ! » quand on ne pouvait plus se retenir de rire. 

Au fond, ce qu’on montre est très réaliste. Des vlogs d’enfants malades, il y en a plein. 

D’enfants bien portants, aussi. Ils participent de ce besoin très contemporain de partager les choses avec des inconnus. Avec Blanche et Maxence, on en a beaucoup regardé. 

Certains sont fous, on y voit les parents pleurer devant la caméra. A moins qu’ils pleurent parce qu’il y a une caméra, qui sait ? 

Marc Fitoussi 
réalisateur de Le Troll (roman épistolaire) 

C’est la première fois que je mets en scène un scénario qui n’est pas de moi. J’y ai retrouvé une écriture qui m’est proche : la femme qui se rêve une autre vie, les personnages qui sont comme des grands enfants en quête d’échappatoire. Bettina, que joue Elsa Zylberstein, est prof de français, elle mène un quotidien un peu morne. Elle se réveille grâce aux réseaux sociaux et vit une aventure inattendue avec un comportement très adolescent. Elle, qui a sûrement rédigé une thèse sur le roman épistolaire, a la sensation d’en vivre un, non par le biais d’une correspondance écrite à la plume mais grâce à son téléphone portable. 

Mon film est un portrait, on est avec elle au quotidien, dans son intimité, alors que les autres sketchs sont davantage des portraits de groupe, au sein d’une famille ou à l’occasion d’un mariage. 

Il y avait un défi de mise en scène à présenter ce personnage dépendant des réseaux sociaux qui est dans le dialogue, mais toujours seule dans un coin, chez elle ou dans des couloirs de collège. Et il fallait une actrice de la trempe d’Elsa Zylberstein pour, dans un même plan, réagir à des textos, en écrire un autre, réagir de nouveau. Elsa est une actrice de comédie assez géniale et une grande bosseuse. J’ai retrouvé chez elle le souci du détail d’Isabelle Huppert : le choix du doigt où son personnage porte une bague a son importance. L’idée était aussi de la transformer, de la réinventer, de s’amuser avec elle. La première fois qu’on s’est rencontré, je lui ai parlé de comédies et de personnages féminins que j’adore. On s’est découvert une passion commune pour Judy Davis, en particulier chez Woody Allen. D’où son look, ses cheveux un peu bouclés à la Judy Davis dans Maris et Femmes. On s’est dit que Bettina en était assez proche : une femme cultivée mais très énergique qui peut basculer dans une forme d’hystérie. 

J’avais trouvé Max Boublil formidable dans Le Nouveau. Il est éminemment sympathique, avec une fraîcheur, un naturel, qui étaient parfaits pour le rôle. Toon est une sorte de YouTubeur que le succès amène au one-man show. Max ayant eu un parcours assez proche, cela permettait d’identifier très vite le personnage, un gros atout sur un format court comme celui-ci. Toon est vraiment très proche de Max, jusque dans son inclinaison à s’écarter de son univers du one-man show pour s’essayer à un cinéma un peu plus « auteur ». On l’imagine bien s’ennuyer avec ses fans, avec les nanas qu’il rencontre, et être charmé par une prof qui lui fait découvrir un autre monde. Il fallait croire en leur histoire, au fait que l’on est dans une comédie romantique et que, peut-être, ces deux personnages vont s’aimer. Je trouve le couple que forment Elsa Zylberstein et Max Boublil très plausible. 

Tristan Aurouet 
réalisateur de 2,6 / 5 

Mon sketch traite des applis de rencontre et de la notation à travers le parcours d’un jeune type qui fantasme sur une de ses collègues. Il la croise tous les jours au bureau mais il a besoin de passer par une appli pour l’approcher. Comme il lui faut une certaine note pour pouvoir se connecter à son profil, il va tout mettre en oeuvre pour l’obtenir. Tout cela pour s’apercevoir, en parvenant à ses fins, que les notes n’ont rien à voir avec la vraie vie. C’est un sketch construit sur une ascension et une chute. En vingt minutes, le personnage suit une vraie trajectoire. On est dans la comédie, avec un ton décalé mais crédible. Tout ce qui se passe pourrait réellement arriver. 

Florian est interprété par Finnegan Oldfield que j’avais dirigé dans mon deuxième film, Mineurs 27. Se retrouver huit ans après fut un plaisir, surtout dans un registre si différent. Mineurs 27 était un film très noir, dans la lignée des drames que Finnegan a l’habitude de tourner. Or, dans la vie, Finnegan est assez solaire et très drôle. Et c’est le roi du troll : souvenez-vous de sa réaction quand le César du Meilleur Espoir Masculin lui a échappé ! On l’imagine très facilement en couple avec Fanny Sidney. Il y a, entre eux, quelque chose de concret et touchant. Alma Jodorowsky, elle, a cette beauté de la fille intouchable, inaccessible, ce qu’elle n’est pas du tout en vrai. Son personnage est une it-girl, autour d’elle, tout est beau mais fake. Alma lui apporte un naturel qui évite de tomber dans le cliché. 

On pense forcément aux Nouveaux Sauvages ainsi qu’à la série Black Mirror, série qui est davantage dans l’anticipation. Selfie colle à notre époque, c’est plus une critique d’aujourd’hui que de ce qui se pourrait se passer dans quelques années. 

Le fait que certains personnages se croisent d’un sketch à l’autre permet une continuité du récit et ajoute au plaisir du spectateur. En tant que réalisateur, la dynamique de travail est très proche de celui de la série. On participe au choix des acteurs, des décors, mais le texte est là, il faut se mettre au service des auteurs. J’ai cherché une cohérence d’un décor à l’autre, que j’ai voulu à la fois étonnants et réalistes, de l’espace de coworking de la start-up aux bars où Florian fait ses rencontres. En termes de mise en scène, j’ai voulu associer le mouvement de la caméra à celui de mon acteur principal. Quand Finnegan bouge, la caméra bouge, quand il ne bouge pas, elle reste fixe. Pour créer quelque chose d’organique. De connecté à lui. 

Cyril Gelblat 
réalisateur de Recommandé pour vous 

Parmi ces cinq sketchs sur notre rapport aux nouvelles technologies, le mien traite de l’approche marchande et consumériste. Romain, qu’interprète Manu Payet, se trouve possédé par un algorithme pour des raisons assez psychanalytiques. Il considère que cet algorithme, par ses suggestions d’achats, voit en lui des choses qu’il avait refoulées et oeuvre pour son bien-être. C’est une réflexion autour du déterminisme, de la prédictibilité des choses et du libre arbitre, sur un ton de comédie assez noir, cynique et burlesque. 

On n’est pas dans le rapport à la machine mais aux recommandations d’un algorithme, c’est beaucoup plus moderne et immatériel. Je voulais ramener cela à des considérations sur le couple, sur la famille. La comédie se joue sur le décalage entre le degré de conscience et d’inconscience du personnage. On a beaucoup travaillé là-dessus avec Manu Payet. Tout en allant chercher le portrait de couple. Quand Romain associe sa femme à ses lubies, on se demande si c’est de la douce folie ou de la bêtise. Romain finit même par parler de l’algorithme comme si c’était une société vivante. Il dit : « les gars insistent », « les gars sont forts » ou « je ne veux pas leur céder ». Dans la mise en scène, j’utilise donc son rapport à l’écran, comme dans un duel : Romain mène un combat contre l’algorithme. 

Avec Manu Payet, cela s’était très bien passé sur mon précédent film, Tout pour être heureux. J’étais ravi de le retrouver mais sur une toute autre énergie et des mécanismes de comédie très différents. Là, je le dirigeais plus sur la musique du dialogue, sur les ruptures de ton, sur le rythme. On y est très attentif avec Manu. 

Pour jouer la femme de Romain, j’ai très vite pensé à Julia Piaton. On ne se connaissait pas, elle fait partie de ces gens qui naviguent dans des univers très différents du mien, or je voyais chez elle, dans ses autres films, une justesse et une musique, un rythme de comédie. J’en ai parlé à Manu sans savoir qu’ils étaient amis et qu’ils cherchaient depuis longtemps à travailler ensemble. J’espère qu’elle abordera des registres très différents parce qu’elle en a vraiment sous la pédale. 

Marc Fraize, je l’ai découvert dans Problemos. Je me suis dit : « mais qui est ce type ? » Il sonnait si juste que je me demandais s’il ne faisait pas vraiment partie d’une communauté de zadistes. Les producteurs de Selfie, qui avaient vu son spectacle, m’ont parlé de lui. On a fait une lecture et il a amené une fantaisie immédiate, un côté hirsute à ce rôle de curé. La journée où on a tourné la scène de l’incendie a été très lourde et Marc a beaucoup facilité les choses. 

Les rapports entre les sketchs me rappellent la trilogie de Lucas Belvaux (Un couple épatant / Cavale / Après la vie), un vrai cas d’école sur le point de vue : un personnage ou des informations secondaires dans une histoire deviennent primordiaux dans une autre. Ce qui fonctionne très bien dans Selfie. 

Vianney Lebasque 
réalisateur de Smileaks 

J’ai tout de suite été attiré par le projet, par sa thématique et par sa qualité d’écriture. On est dans une comédie grinçante, tendre par moments et vraiment très actuelle. Le ton est assez rare et le sujet, la dérive des comportements humains face aux nouvelles technologies, poussé à fond. Chaque sketch est complémentaire. Le choix de Smileaks s’est imposé à moi : c’est le plus choral, un point commun à mes deux premiers films et à ma série, Les Grands. Qui plus est, l’idée que toutes nos données personnelles fuitent sur le web me plaît beaucoup. Imaginez le désordre si nous avions accès aux données personnelles de tous les chefs d’état ! Ajoutez-y le décor, cette île coupée du monde. Tout cela m’a tout de suite inspiré des images, une cinématographie. 

Traiter cette catastrophe planétaire à l’échelle d’un mariage, sur une île, est très symbolique et permet de rendre les personnages prisonniers de la situation. On est au moment le plus précieux de la vie des mariés et la peur qui gagne l’assemblée prend plus d’importance que l’événement. Qu’un objet, le téléphone portable, puisse vous révéler la face cachée de la personne avec laquelle vous vivez est une donnée très perturbante. Elle me parle parce qu’elle touche au secret et à l’intime, des thèmes qui me passionnent. On les retrouve dans mes deux premiers films, Les Petits Princes et Chacun pour tous. Qu’a-t-on besoin de savoir de l’autre ? Préfère-t-on considérer la personne qui partage notre vie pour ses actes et ce qu’elle donne à voir d’elle ? Ou préfère-t-on aller fouiller dans son jardin secret ? C’est une question morale qui se pose dans tout couple. 

Visuellement, l’île représente l’isolement et le lieu post-apocalyptique de retour à la nature. Elle contraste avec les téléphones portables, symboles de nos névroses. D’ailleurs, le réseau passe mal, il faut aller sur la plage pour capter, ce qui permet cette image très forte des personnages qui vont dans l’eau en brandissant leur téléphone au-dessus de la tête pour chercher le signal. Image ô combien absurde et parlante de notre dépendance aux nouvelles technologies. Au centre de la mise en scène, il y a ce bâton planté dans le sable, qui indique l’endroit où ça capte. Quant à la marée qui monte et l’ensevelit peu à peu, elle symbolise le leak envahissant la planète et matérialise la pression qui pèse sur les personnages. L’eau monte, la panique grandit, il fallait donc créer un crescendo. La gradation, le dosage de chaque scène étaient d’autant moins évidents à obtenir qu’on a tourné dans le désordre. 

Autour de Sébastien Chassagne, que j’adore dans la série Irresponsable et que je voulais faire tourner depuis longtemps, mon sketch réunit de nombreux personnages des quatre autres sketchs. Il fallait donc équilibrer les informations données dans les sketchs précédents pour qu’arrivé au mien, le spectateur sache qui est qui. C’était un des éléments intéressants du projet : on ne faisait pas chacun un film de notre côté. Les histoires se répondent, des personnages reviennent d’une histoire à l’autre. Faire que tout soit cohérent a nécessité un vrai travail d’équipe. 

Source et copyright des textes des notes de production @ Apollo Films

  
#Selfie

vendredi 25 octobre 2019

FREEDOM


Au cinéma le 27 novembre 2019

Le réalisateur Rodd Rathjen aborde une thématique très dure avec son film et la bande-annonce donne vraiment envie de découvrir ce qu'il a à nous dire.

Un film réalisé par Rodd Rathjen
Avec Sarm Heng, Thanawut Kasro et Mony Ros


Résumé : dans la campagne cambodgienne, Chakra, garçon vif de 14 ans, travaille dans la rizière avec sa famille. Aspirant à plus d’indépendance, il sollicite un passeur pour trouver un emploi rémunéré dans une usine en Thaïlande. Sans rien dire à ses proches, il se rend à Bangkok dans l’espoir de mieux gagner sa vie.

En arrivant sur place, Chakra et son nouvel ami Kea, âgé d’une trentaine d’années, découvrent que l’intermédiaire leur a menti : comme d’autres Cambodgiens et Birmans, ils sont vendus comme esclaves à un capitaine de chalutier...

Bande-annonce (VOSTFR)



  
#FreedomLeFilm

mardi 16 juillet 2019

DEMAIN EST À NOUS

DEMAIN EST À NOUS

Au cinéma le 25 septembre 2019

Avec ce documentaire, les initiatives d'enfants vont probablement nous offrir une nouvelle perspective sur les actions au quotidien pour changer les choses.

Le nouveau film de Gilles De Maistre


Résumé : ce sont des enfants venus des quatre coins du monde, des enfants qui se battent pour défendre leurs convictions. Ils s’appellent José Adolfo, Arthur, Aïssatou, Heena, Peter, Kevin et Jocelyn... Jamais ils ne se sont dit qu’ils étaient trop jeunes, trop faibles, trop isolés pour se lever contre l’injustice ou les violences.Au contraire,grâce à leur force de caractère et à leur courage, ils inversent le cours des choses et entraînent avec eux des dizaines d’autres enfants.

Exploitation d’êtres humains, travail des enfants, mariages forcés, destruction de l’environnement, extrême pauvreté... Ils s’engagent sur tous les fronts. Si petits soient-ils, ils ont très tôt pris conscience des inégalités et des dysfonctionnements, soit parce qu’ils en ont subi eux- mêmes, soit parce qu’ils en ont été témoins, et ils ont décidé d’agir.

Tel José Adolfo, parvenu à l’âge de 7 ans à créer une banque coopérative permettant aux enfants de son quartier de gagner de l’argent en collectant des déchets recyclables.

De l’Inde au Pérou, de la Bolivie à la Guinée, en passant par la France et les États-Unis, ce long métrage documentaire part à la rencontre de ces enfants qui ont trouvé la force de mener leurs combats, pour un avenir meilleur.

Bande-annonce (VF)


  
#Demainestanous

jeudi 4 avril 2019

ROYAL CORGI


Animation/Un film d'animation très mignon

Réalisé par Ben Stassen et Vincent Kesteloot
Avec les voix, en version française, de Guillaume Gallienne, Shy'm, Franck Gastambide...
Avec les voix, en version originale, de Jack Whitehall, Julie Walters, Sheridan Smith, Iain McKee, Tom Courtenay, Ray Winstone, Matt Lucas...

Long-métrage Belge
Titre original : The Queen's Corgi 
Durée : 01h25mn
Année de production : 2018
Distributeur : Apollo Films 

Date de sortie sur nos écrans : 10 avril 2019



Résumé : Les aventures de Rex, le chien préféré de Sa Majesté, qui perd son statut de favori et se retrouve perdu dans un chenil au milieu de chiens abandonnés. Sa quête pour retourner à Buckingham et retrouver les faveurs de la Reine l'amènera à affronter de nombreux dangers mais aussi à rencontrer l’amour.

Bande-annonce (VF)


Ce que j'en ai pensé : ROYAL CORGI part d'une idée plutôt inattendue en prenant le parti de raconter son histoire du point de vue d'un Corgi, en plus pas comme les autres puisqu'il s'agit de Rex, le petit compagnon préféré de sa majesté la Reine Elisabeth II. Il est alors amusant de se retrouver dans l'intimité de Buckingham Palace à hauteur de chien. Mais bien sûr, mille et une péripéties vont venir modifier la destinée de Rex. 





Les réalisateurs Ben Stassen et Vincent Kesteloot nous proposent une aventure rythmée qui explore des thématiques telles que le harcèlement, la trahison, le confort du connu versus l'intérêt d'aller découvrir d'autres horizons, l'amitié, les brutes et leurs mécanismes pour faire du mal aux autres, la maltraitance des animaux... Elles sont abordées de façon directe, mais sans jamais être trop effrayantes au cours de rebondissements souvent rigolos, qui jalonnent ce divertissement qui s'adresse avant tout aux enfants. L'intrigue est claire et cohérente. Bien qu'elle ne propose pas une vraie originalité pour les adultes, les parents passeront quand même un bon moment en s'amusant des références politiques et cinématographiques.



L'animation est fluide et précise sur les détails. Les personnages sont expressifs. Les héros de cette aventure sont des canins de toutes sortes, de toutes tailles, de tout horizon. Ils ont leur personnalité et elles sont bien mise en avant par les voix des acteurs. Dans la version française, Guillaume Gallienne prête la sienne et son intonation bien reconnaissable à Rex. Il lui octroie une certaine classe et une distance qui correspondent à son environnement d'origine, cependant, il sait aussi le rendre attachant en nous faisant ressentir ses désillusions et ses prises de conscience.


Shy'm permet, au travers de sa voix, à Wanda, une chienne battante, de faire rimer douceur et combativité. 


Quant à Franck Gastambide, qui prête sa voix à Jack, il met en valeur le côté malin et débrouillard de ce protagoniste qui a roulé sa bosse, mais à néanmoins su garder un bon cœur.

Copyright photos @ Apollo Films

ROYAL CORGI est un divertissement familial très mignon. Il donnera l'occasion aux parents de discuter des sujets abordés avec les enfants. Ils devront cependant s'attendre à voir la demande d'adoption d'un chiot revenir sur le devant de la scène, car il est difficile de résister à l'adorable bouille de Rex. 


NOTES DE PRODUCTION
(À ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

BEN STASSEN

Quel est l’acte de naissance de ROYAL CORGI ?

Il remonte à 2002. C’est un scénario que Johnny Smith et Rob Sprackling avaient vendu à la société de production américaine Montecito. Le projet est resté dans ses armoires jusqu’en 2016 : je l’ai acheté et l’ai retravaillé avec les auteurs sur plusieurs points. Nous avons dû attendre le résultat des élections américaines pour finir le premier acte, puisque le Président joue un rôle-clé dans le périple que va vivre Rex, le héros du fi lm. La victoire de Trump a bien servi le comique de certaines situations. Il est montré comme un homme... disons un peu grossier (rires). Il est obsédé par ses fameux selfies; il est parfois sans gêne, voire irrévérencieux lors du dîner avec la Reine.

Il y a d’autres exemples de réécriture: les scènes de combat entre Rex et Tyson avaient été pensées dans la veine de FIGHT CLUB. J’ai préféré en faire une course-poursuite endiablée qui correspond à l’esprit de nWave. Le troisième acte a également fait l’objet de débats: les auteurs avaient imaginé que Rex revenait à Buckingham, juste accompagné de sa copine Wanda, ce qui manquait de piquant. J’ai choisi de convoquer toute la bande du chenil à l’intérieur du Palais et l’effet de chaos me plaît beaucoup !

Existe-t-il beaucoup de scénarios d’animation en circulation ?

Très peu, comparé aux scénarios d’action réelle qui se comptent par milliers. À l’inverse des studios américains qui font tout en interne, je pars régulièrement en quête de projets. Au fi l de mon parcours professionnel aux États-Unis, j’ai eu la chance de côtoyer des personnalités liées à l’animation, y compris des agents d’auteur. J’ai ainsi accès à un grand nombre de scénarios, dix à quinze par an, ce qui me facilite la tâche ! Certains auteurs écrivent en solo, sans acheteur défi ni, espérant pouvoir trouver un producteur qui sera intéressé par leur script. BIGFOOT JUNIOR et ROYAL CORGI en font partie.

Sur quels critères choisissez-vous les histoires que vous allez développer ?

Tout d’abord, l’histoire doit être attrayante. Ensuite, il faut des personnages séduisants qui susciteront l’empathie du jeune public. Dans la première partie de ROYAL CORGI, Rex est un peu arrogant, inconscient.

Il profite de sa position royale pour faire sa star mais il a un chemin personnel à accomplir: une fois trahi et loin de Buckingham, il est livré à lui-même. On s’attache à lui car, après tout, il va apprendre de ses erreurs et évoluer.

ROYAL CORGI s’adresse à notre cible de toujours, les 5-10 ans, tout en faisant sourire les parents. Ça m’amusait de distiller quelques clins d’œil plus adultes, comme les scènes avec Trump et les références à FIGHT CLUB, à ROCKY... La force de Pixar est d’avoir conquis un large public avec ses productions. Avec ROYAL CORGI, il y a une inflexion par rapport à nos films précédents, une volonté d’élargir notre cible.

Est-ce que vous projetez facilement ce que sera le visuel d’un film à partir du scénario ?

Il est essentiel d’avoir en amont une bonne idée de la direction qu’on prend, visuellement parlant. Aucun studio américain ne commence la production d’un fi lm avant d’avoir achevé l’animatique. Nous sommes les rares à mettre la charrue avant les bœufs (rires). Nous avons une période de pré-production très courte.

J’ai donc dû me faire très vite une idée du style de ROYAL CORGI, à l’instar de nos films précédents, tant au niveau des décors que du style des personnages. Deux mois après avoir acheté le scénario, on enregistrait les voix alors que la modélisation et l’animatique n’en étaient qu’à leurs prémices.

Outre ses morceaux de bravoure et sa drôlerie, ROYAL CORGI est empreint de tendresse et sa conclusion plutôt inattendue...

Une partie importante de la réécriture y a été consacrée. Je suis particulièrement satisfait de la fin. Je voulais que le dénouement soit bienveillant, notamment à l’égard d’Élisabeth II et du Prince Philip : on les montre complices, assumant leur côté « old school » et devisant sur la difficulté de concilier devoir et amour. Je tenais aussi à ce que Rex ne redevienne pas le chouchou de la Reine: malgré toutes les manigances de Charlie, l’un des quatre Corgis, Rex lui laisse le « pouvoir ». Rex a grandi ; son périple lui a enseigné des choses sur la vie. Tout ce qui compte pour lui, à présent, c’est d’être le favori de sa bien-aimée Wanda.

Que représente l’intérêt de la co-réalisation, en l’occurrence avec Vincent Kesteloot sur ce film ?

J’ai travaillé avec Vincent pour la première fois sur Sammy 2. A l’époque, je multipliais des allers-retours en Afrique sur un autre projet, African Safari 3D. C’est un processus qui me convient: je gère tout ce qui concerne le scénario, l’enregistrement des voix à Los Angeles et la mise en place jusqu’à la finition de l’animatique. J’adore aussi m’occuper de la musique: Ramin Djawadi a travaillé sur quasiment tous nos films.

C’est un partenaire très talentueux et fidèle alors qu’il est devenu une star avec « GAME OF THRONES » et « WESTWORLD ».

D’un point de vue technique, ROYAL CORGI réclamait beaucoup d’attention quant à la multiplicité des personnages. Vincent se charge du travail quotidien de façon méticuleuse.

L’animation est un processus tellement long et fragmenté que c’est important de pouvoir s’en extraire, avoir du recul sur l’ensemble d’un film. Travailler avec un coréalisateur me permet de rester concentré sur la vue globale pendant que le coréalisateur se concentre sur les détails et donne vie au projet jour après jour. J’ai collaboré avec SAMMY 2, ROBINSON CRUSOÉ (THE WILD LIFE) et ROYAL CORGI ainsi qu’avec Jérémie Degruson sur LE MANOIR MAGIQUE, BIGFOOT JUNIOR, et à présent BIGFOOT SUPERSTAR.

Avec Vincent, nous sommes sur la même longueur d’ondes. L’esprit d’équipe est crucial. Lorsque j’étais seul réalisateur aux commandes – sur FLY ME TO THE MOON, mon premier long métrage d’animation puis sur LE VOYAGE EXTRAORDINAIRE DE SAMY - on me reprochait parfois de ne pas avoir une vision définie jusque dans les moindres détails ou d’être trop dirigiste. Aujourd’hui, nous travaillons bien ensemble, l’équilibre a été trouvé.

Quelle est la place de nWave Pictures sur le marché de l’animation ?

En dehors des Américains, nWave Pictures est le studio le plus prolifique au monde : FLY ME TO THE MOON est sorti en 2008 et nous commençons notre neuvième long métrage. La production de ROYAL CORGI s’est étalée sur deux ans, alors qu’un film d’animation prend en moyenne quatre à cinq ans.

Comment arrivez-vous à tenir un tel rythme de production ?

Notre plus grand atout est que le processus de production entier est concentré en un seul endroit : notre studio Bruxellois. Nos films coûtent entre 17 et 20 millions d’euros, comparés aux budgets américains qui dépassent régulièrement les 100 millions. Il est crucial de toujours garder deux projets en superposition, afin d’enchaîner les productions sans période creuse. Ainsi, notre studio a toujours plusieurs films à des stades de développement différents. Aujourd’hui, notre équipe est composée de 120 personnes à plein temps: ceux qui ont fini leur travail sur ROYAL CORGI sont déjà en immersion sur BIGFOOT SUPERSTAR.

À la différence des Américains, qui semblent fragmenter les tâches à l’extrême, nos animateurs ont tous une bonne compréhension de toutes les facettes de la production. C’est une façon de les motiver, de les impliquer plus étroitement dans le film. Il nous appartient ensuite de veiller à la cohérence globale du projet.

Quel est l’impact des contraintes budgétaires sur un film comme ROYAL CORGI ?

Notre but est de créer des films d’animations destinés au marché international. Donc, techniquement, nos films doivent être irréprochables. Ce qui n’est pas tâche aisée avec nos modestes budgets. Un des moments clés dans le premier acte est la scène du dîner. Au début, il s’agissait d’un dîner d’Etat mais cela était trop coûteux. Impossible d’avoir un dîner d’Etat avec une poignée d’invités. Nous avons donc décidé de réécrire la scène et d’en faire un dîner privé entre le couple royal et le couple présidentiel. Côté dramaturgie, la scène ne perd rien. Je suis même d’avis qu’elle est encore plus réussie et comique que sa version originale, pour une fraction de son coût. Il en va de même avec la scène où Rex trébuche dans les escaliers : à l’origine, il devait passer par la fenêtre et atterrir dans les bras du Prince Philip en pleine photo de famille avec William et compagnie. On a préféré simplifier la scène : c’est en se montrant économe à certains endroits que l’on peut se lâcher à d’autres, notamment dans le troisième acte.

Quelle est la patte spécifique de nWave Pictures ?

L’attachement au réalisme que j’ai évoqué. Dans ROYAL CORGI, l’équipe a pu travailler à partir d’images existantes, dont celles de Buckingham et de ses intérieurs qui ont été photographiés sous tous les angles depuis des années. Nous nous sommes également servis du film réalisé pour les J.O de Londres où Daniel Craig arpente un couloir aux côtés de la Reine et de ses chiens. Ce couloir-là est devenu un élément-clé des décors de ROYAL CORGI. Notre objectif était de rester fidèle au look de Buckingham et des Corgis de la Reine. Sans verser dans la stylisation et la surenchère propres à trop de productions hollywoodiennes.

Outre ce que raconte ROYAL CORGI, la simplicité de sa mise en images était primordiale en termes de faisabilité, comparée à des films où tout un univers est à inventer, où l’imaginaire transcende le réalisme.

Même notre vision de Bigfoot, qui est un personnage de légende, reposait sur une imagerie peu complexe : un humain avec des poils, pour être bref (rires).

Dans votre enfance, étiez-vous un mordu d’animation ?

Pas vraiment! J’allais voir les Disney, comme tout le monde. Encore aujourd’hui, je ne m’empresse pas de regarder ce que les autres studios produisent. J’adore le cinéma mais je me fiche de savoir si mes films ressemblent à d’autres. Seuls comptent l’envie de raconter aux plus jeunes une histoire qui me touche et le défi parfois fou que cela représente pour notre studio.

VINCENT KESTELOOT

À quelle occasion avez-vous été sollicité par nWave Pictures ?

J’ai commencé comme animateur sur une attraction en relief de quelques minutes, avant d’intégrer pleinement le studio et de rejoindre l’équipe qui travaillait depuis plusieurs mois sur leur premier long métrage, FLY ME TO THE MOON. Avant cela, j’avais travaillé dans la publicité pendant plusieurs années. Ben a mis à profit mon expérience pour la mise en scène des séquences du film qui n’étaient pas encore commencées.

Pour LE VOYAGE EXTRAORDINAIRE DE SAMY, il m’a proposé de créer et superviser un département « mise en scène » comme il en existe dans d’autres studios. Puis la production de SAMMY 2 a été lancée alors que Ben s’occupait en parallèle d’ « AFRICAN SAFARI 3D », un documentaire en relief.

Face à son emploi du temps chargé, il m’a demandé de co-réaliser la suite des aventures de cette petite tortue de mer.

Comment s’est opéré le partage des tâches avec Ben Stassen ?

Nous avons tous deux nos responsabilités. Ben choisit toujours le sujet du fi lm, inspiré soit d’une idée originale qu’un scénariste va développer, comme LE MANOIR MAGIQUE, soit basé sur un scénario existant, ce qui est le cas de ROYAL CORGI. Ben me fait ensuite lire le scénario ainsi qu’à plusieurs personnes du studio. Je lui donne un avis personnel, ainsi qu’un retour des superviseurs sur les principaux défis techniques. La complémentarité qui s’est instaurée entre nous est stimulante: même si l’histoire est séduisante, elle n’est pas toujours facile. Il faut oser affronter des projets ardus et complexes avec des ressources financières limitées.

La structure de ROYAL CORGI est un formidable support de créativité : Rex, le héros, perd ses privilèges, tente de les récupérer tout en évoluant, voire en se réinventant. C’est l’essence même du récit d’apprentissage. L’avantage d’un projet comme celui-ci est de pouvoir contourner, en matière de mise en scène, des obstacles naturellement liés au budget, au temps et à la technique, parce que la dramaturgie est solide.

Quels ont été les défis techniques propres à ROYAL CORGI ?

L’abondance de personnages présents dans le scénario original était la première difficulté à surmonter : lorsque Rex se retrouve dans les rues de Londres, il croisait des foules entières, ce qui n’était pas essentiel au récit. Respecter le scénario à la lettre, c’était dépenser la moitié du budget pour cette séquence ! Même souci pour les scènes de garden-party de la Reine où se croisaient une centaine d’invités, d’autres membres illustres et une armada de serviteurs. On a donc dû se concentrer sur l’essentiel. On en a fait un fi lm plus intime. J’ai dû fusionner plusieurs personnages et procéder à des coupes intelligentes qui ne dénaturent pas le récit. In fine, c’était plus drôle de se concentrer sur trois serviteurs de la Reine, récurrents et soumis aux caprices de 4 Corgis, au lieu de 6 dans la version originale. On peut leur donner davantage de relief et de profondeur.

Le ton du film est plus enjoué, bon enfant que grinçant...

À travers les productions du studio, on cherche à délivrer un message constructif aux enfants qui va au-delà du divertissement.

Le scénario a été parfois orienté dans ce sens, par exemple en conservant le caractère bougon du Prince Philip, tout en le contrebalançant avec des moments de tendresse. Tyson, le pitbull qui tyrannise le chenil, est physiquement impressionnant mais c’est l’entraide collective entre tous les chiens qui triomphe de la violence.

On a beaucoup appris de certaines expériences passées. Dans FLY ME TO THE MOON, deux mouches se bagarraient dont l’une de manière déloyale, en filant un coup de tête à l’autre. Les retours du public ont été négatifs. SAMMY 2 montrait deux barracudas pourchassant les tortues. Dans certains territoires, le montage a été modifié, car considéré comme trop violent pour les enfants de moins de six ans... avec pour effet de saborder la mise en scène. Un autre pays a censuré un baiser entre deux tortues, ce qui a également ruiné l’effet du plan-séquence dans lequel il s’insérait !

Comment anticiper ce genre de réactions sans affadir le film ?

En tenant compte des sensibilités et des cultures différentes, y compris au sein de nWave. Les réactions sont parfois contradictoires ou incompatibles avec la ligne éditoriale et c’est là que je dois trancher. Mon travail consiste notamment à trouver le bon compromis, en optant pour une mise en scène affirmée mais qui emprunte un chemin moins clivant. Par exemple, des animateurs souhaitaient plus d’actions violentes lors des combats entre chiens dans l’arène du Fight club. Je leur ai expliqué le sens de mon parti-pris : à quoi bon mettre en scène un combat logiquement perdu d’avance entre un chien de salon et un pitbull, créer un malaise et être censuré dans certains pays ? J’ai préféré mettre en scène dans un premier temps la fuite logique de Rex, qui est source de rebondissements et de suspens, puis orchestrer sa victoire sur Tyson, à force de bravoure et de détermination.

Quelle est votre marge de manœuvre par rapport au storyboard du film ?

Les storyboards font partie de la pré-production qui est composée à partir du scénario, du storyboard, du layout et des artworks. C’est la première mise en image du scénario. La marge de manœuvre est à cette étape maximale. Les séquences, les personnages et les décors sont plusieurs fois modifiés et parfois abandonnés. Par la suite, la création va s’affiner en profondeur et s’enrichir avec les interventions des autres départements. En contrepartie, la marge de manœuvre se restreint. Lorsqu’une bonne idée apparaît après la pré-production, cela nous place devant un dilemme : abandonner une pépite ou modifier ce qui était prévu, ce qui implique de consacrer moins de temps aux autres plans restants.

Même en étant fidèle au texte, la mise en scène d’un scénario permet beaucoup de variations. On sait à quel point une pièce de Molière peut basculer de la comédie à la tragédie. C’est la même chose en animation : je lance des idées qui permettent à l’équipe de réagir. Petit à petit, le travail devient collectif. J’aime que les artistes de tout département s’approprient le projet. À moi de veiller à la cohésion d’ensemble. Les animateurs apportent aussi énormément de nuances et de créativité. Ils font un travail d’acteur, certains se filment directement pour nourrir la caractérisation d’un personnage. Leurs interprétations vont modifier la perception du personnage, la durée des plans, le silence entre les répliques. Ce principe est répété à chaque étape du film. Par exemple les costumes, les coiffures, les décors et l’éclairage déterminent l’ambiance tout autant que la musique du film.

C’est une chance de ne pas travailler avec de simples exécutants. L’animation est un travail d’équipe : je m’efforce d’être chaque jour au cœur des différents métiers, quitte à encaisser toutes les critiques et tous les doutes (rires).

Comment arrivez-vous à maintenir le cap sur la longueur d’un film ?

La première lecture du scénario est essentielle : c’est là où se dessine la ligne directrice d’un projet. Je prends énormément de notes et j’y reviens à chaque étape de la fabrication. Avoir tout le film clairement en tête est une force qui permet de rester à l’écoute et d’analyser quelles idées se révéleront bénéfiques au projet.

Quelles sont les contraintes auxquelles la mise en scène est soumise ?

Les plus grands défis concernent le budget et le planning. Notre budget est assez modeste comparé à celui de nos collègues américains. Nous adoptons une approche selon laquelle nous ne finançons pas nos films sur base du script mais altérons le script en fonction du budget à disposition. Ainsi, l’une des premières choses que nous déterminons, une fois la pré-production entamée, ce sont les scènes « clé » et celles où on peut se permettre de faire des économies afin de proposer un bon film à temps et dans notre budget. Il faut simplifier la production tout en gardant l’essence des personnages et de l’histoire. Ça, c’est le plus grand défi.

Comment avez-vous abordé Rex qui n’est pas un héros au sens classique du terme ?

En animation, le risque est de tout miser sur un héros tellement mignon et parfait qu’il en devient lisse et fade, ce qui focalise l’attention sur les personnages secondaires. L’une des singularités de ROYAL CORGI est de débuter le récit avec un personnage tellement privilégié et arrogant qu’il n’est pas d’emblée sympathique. On a envie que Rex en prenne pour son grade (rires). Je n’ai pas cherché à atténuer son caractère ; je l’ai même renforcé dans l’introduction du film qui retrace sans dialogue les débuts de Rex à Buckingham.

En revanche, je voulais montrer que Rex n’a pas mauvais fond, qu’il pouvait évoluer : il est candide, naïf, trop gâté par la vie et surtout mal éduqué. Il n’a pas suffisamment « vécu » pour apprécier ses privilèges et construire sa personnalité dans l’adversité. L’enjeu était de trouver le bon timing pour que Rex ne franchisse pas les limites de l’exaspération auprès du public. Le premier enregistrement des voix de l’acteur incarnant Rex donnait l’impression qu’il se plaignait constamment. Nous lui avons fait rejouer certaines parties pour obtenir plus de nuances. Le spectateur a tendance à retenir les morceaux de bravoure et les scènes spectaculaires mais c’est l’évolution de Rex qui a été l’un des défis narratifs majeurs... Initialement, il redevenait le chouchou de la Reine. Le fait qu’il renonce finalement à son titre justifie qu’il soit pleinement le héros de cette histoire.

On mesure souvent la réussite d’un film d’animation à la flamboyance de ses méchants. Dans ROYAL CORGI, il y a Charlie, Tyson et l’odieuse Mitzy ! C’est ce qu’on dit pour beaucoup de films : quand le méchant est génial, le film est forcément réussi... ce qui n’est pas toujours vrai (rires). J’ai pris énormément de plaisir à mettre en scène les vilains. Tyson n’est qu’une brute qui oblige Rex à s’imposer, à se dépasser pour défendre celle qu’il aime. Le véritable antagoniste de Rex, c’est Charlie. À la fin, il était supposé mourir dans un accident de mauvais goût. C’était plus mordant de le voir arriver au sommet de ce qu’il avait souhaité – le pouvoir – et de réaliser qu’en sacrifiant son âme et ses amis, il se retrouvait seul. Ou plutôt mal accompagné, en l’occurrence par Mitzy.

Mitzy est une miss Sans-Gêne incontrôlable qui n’obéit qu’à ses pulsions. Trouver son look a été compliqué : elle est tellement détestable que tout le monde est parti sur l’idée d’une chienne moche (rires). C’était rigolo, mais peu crédible vu le statut du couple Trump. Jouer le décalage entre les chiens de races de la Reine et le côté « bling-bling » de Mitzy s’est révélé bien plus payant !

J’apprécie aussi les personnages secondaires qui vont au-delà des apparences : Jack est très ambigu comme mentor. Wanda débute avec tous les stéréotypes de la femme fatale, associée au mauvais garçon… Ensuite, elle va faire preuve d’un libre arbitre courageux et de ressources bien supérieures à celles de Rex. Le fait qu’il n’y ait pas de coup de foudre immédiat est plus séduisant : l’amour de Wanda évolue au même rythme que la personnalité de Rex.

Quels sont les thématiques, le ton qui vous distinguent des autres studios ?

La concurrence ne se réduit pas à un style. Chaque studio produit des films uniques qui nous ont suffisamment marqués pour déterminer notre passion et notre désir d’effectuer ce métier...

Lorsque j’ai rencontré Ben, il m’a parlé de son amour pour une narration classique, empreinte de l’âge d’or hollywoodien, avec un rythme plutôt éloigné des films frénétiques qui cherchent surtout à faire rire toutes les 30 secondes. Je me suis retrouvé dans cette approche qui mêle le passé et le présent. Lorsque je parle à l’équipe d’un nouveau projet, je cite des peintures des grands maîtres, des architectures séculaires ou des films plus anciens. J’aime que la mise en scène reste discrète, qu’elle soit au service du récit.

Cette douceur de rythme et de ton n’est pas synonyme de lenteur. Elle n’est pas davantage incompatible avec l’énergie et l’action. Cette bienveillance s’accorde à notre jeune public qui peut s’impliquer totalement dans nos récits.

ROYAL CANINS

REX


D’irrésistible peluche lorsque le Prince Philip en a fait cadeau à sa douce Élisabeth, Rex est devenu le capricieux chouchou de Buckingham. Le poil gâté et les oreilles majestueuses, le royal Corgi en impose de la truffe aux trois autres chiens du Palais. Trop occupé à flatter sa maîtresse, Rex est inconscient du complot ourdi dans l’ombre. Quand la star tombe de son piédestal, ça fait mal aux patounes. Hors de sa zone de confort, il doit dire adieu à ses privilèges : bienvenue dans les bas-fonds de Londres !

JACK


Difficile de résister à un mignon Jack Russel Terrier... Et pourtant, aucun des visiteurs du chenil n’imagine adopter ce Jack-là. Court sur pattes, le poil en jachère, pataud comme pas deux, il rumine dans sa prison pour laissés-pour- compte. Rien de tel qu’un Corgi prêt à tout afin de retrouver le chemin de son palace pour réveiller la bête qui sommeille en Jack. Toutes griffes dehors, il devient l’allié et le complice de Rex, quitte à y laisser son pelage. Petit Jack deviendra grand... au-delà de ses espérances.

WANDA


Incarnation de tous les désirs à poils ras et longs, la sublime lévrier persan est la reine de l’underground londonien. Vedette du club très fermé où se réunissent les adeptes du fight club canin, elle arrache jappements énamourés à chacune de ses prestations sexy. Lorsque Rex y débarque comme un chien dans un jeu de quilles, Wanda le snobe. Tyson, le chef de meute qui en a fait son élue a le museau en éveil. Mais le cœur a parfois ses raisons que la raison ne connaît pas...

CHARLIE


Charlie est de la même race que Rex. Habitué au luxe des Corgis de Sa Majesté mais réduit depuis des lustres au rang de faire-valoir, ses babines en frétillent de jalousie. Le dîner catastrophe entre la Reine et Trump est l’occasion de prendre Rex en défaut : faux ami dont la queue raye le parquet royal, Charlie lui savonne la pente qui l’entraînera loin de Buckingham. Le traître retrouve sa panière de luxe et relègue le favori aux oubliettes. Mais la vengeance est une pâtée qui se mange froide...

MITZY


Elle est celle que vous allez adorer détester. Tel maître, le couple Donald et Melania Trump, telle chienne. Maquillée comme une camion volé, customisée avec un sens du ridicule qui n’échappe qu’à elle, Mitzy se croit tout permis.

En territoire (anglo-saxon) conquis, elle saute l’étape de la « date » pour entreprendre Rex pour lequel elle a eu un « crush ». Avec Mitzy, on ne discute pas, on agit. Rex tergiverse, esquive et fuit. Mais la diablesse Mitzy a plus d’un tour dans son collier bling-bling pour accéder au pouvoir...

TYSON


Le mâle alpha dans toute sa splendeur et la terreur qu’il suscite. On ne se refait pas lorsqu’on est pitbull, héritier d’une longue lignée de chiens de combat. Tout en muscles et autorité saillants, Tyson arbitre en bookmaker retors les duels du fight club, secondé par un Chihuahua et un Boxer bas de plafond. Rex est celui qu’il n’attendait pas : il pense n’en faire qu’une bouchée mais le Corgi est rusé et sa Wanda de moins en moins effarouchée par son machisme. La solidarité des plus petits aura-t-elle raison du molosse ?

DES VOIX QUI ONT DU CHIEN

GUILLAUME GALLIENNE (Rex)
Sociétaire de la Comédie-Française depuis 2005, l’acteur brûle les planches de Feydeau et Molière à Shakespeare, décroche deux Molières dont celui de la Révélation Théâtrale en 2010 pour LES GARÇONS ET GUILLAUME, À TABLE!. L’adaptation cinéma de son spectacle est un triomphe public et critique (Quatre César 2014 dont Meilleur Film et du Meilleur Acteur). Il a ensuite incarné Pierre Bergé dans YVES SAINT LAURENT, Cézanne dans CÉZANNE ET MOI, et réalisé son second fi lm, MARYLINE. Il a prêté sa voix à l’ours PADDINGTON dans les deux films éponymes et à deux productions de nWave Pictures (LE VOYAGE EXTRAORDINAIRE DE SAMY et SAMMY 2).

FRANCK GASTAMBIDE (Jack)
C’est son art du dressage canin qui lui ouvre les portes du cinéma. Engagé sur LES RIVIÈRES POURPRES, il continue de mettre à profit son talent pour nombre de fictions. La web-série « KAÏRA SHOPPING » dont il tourne le pilote avec les moyens du bord en 2009 devient un phénomène : programmée sur Canal +, elle est adaptée pour le grand écran en 2012 et LES KAÏRA conquiert plus d’un million de spectateurs. Franck Gastambide s’impose avec succès comme un acteur tout terrain (MADE IN FRANCE, LA SURFACE DE RÉPARATION, LE FLIC DE BELLEVILLE), y compris dans les deux autres longs qu’il réalise (PATTAYA, TAXI 5). Il a fait ses premiers pas dans l’animation en donnant de la voix à Pitt le scorpion dans SAHARA.

SHY’M (Wanda)
Compositrice et interprète, elle est l’une des révélations musicales de ces dix dernières années, inspirée aussi bien par le R’n’B que la soul, la pop et l’électro. Découverte en 2005 par K. Maro qui l’a faite participer à « HISTOIRE DE LUV’ » issu de son album MILLION DOLLAR BOY, SHY’M enregistre ensuite son premier single, « FEMME DE COULEUR ». C’est le premier d’une longue série de succès qui compte désormais six albums (de Mes Fantaisies à Héros en 2017) plus une compilation. Outre sa contribution au Collectif Paris Africa qui lutte contre la famine en Afrique et son intégration à la troupe des Enfoirés, son tempérament continue de faire les beaux jours de l’émission « DANSE AVEC LES STARS ».

nWAVE PICTURES

Impossible de ne pas songer à l’antre de Pixar lorsque se dévoilent les locaux de nWave Pictures discrètement nichés au cœur de Bruxelles. Il y règne une atmosphère où créativité et bien-vivre se marient sur plusieurs étages cosy, où la cantine voisine les bureaux de production et où les multiples départements se causent en open space. « L’aspect familial compte énormément, ce qui explique que certaines personnes soient restées fidèles au studio depuis les premiers longs métrages.

ROYAL CORGI a été entièrement créé dans ces bureaux bruxellois, là où d’autres productions externalisent des pans entiers d’un fi lm. Il n’y a guère que dans les studios Blue Sky que j’ai vu la même organisation. À la différence qu’ils sont 500 contre une centaine ici ! », commente Matthieu Zeller, dont la collaboration avec le studio a débuté il y a 7 ans lorsqu’il travaillait pour Studiocanal alors partenaire de nWave Pictures. Aujourd’hui, c’est un nouveau pool de sociétés, réunies par Matthieu Zeller, qui est actionnaire de nWave Pictures.

EN 3D, FAIS CE QU’IL TE PLAÎT

C’est une nouvelle étape dans le destin déjà fabuleux du studio d’animation qui va fêter ses 25 ans d’existence. Ben Stassen qui a fondé la société avec Caroline Van Iseghem et Éric Dillens, est un pionnier qui a tout misé sur la révolution digitale lorsqu’elle n’en était qu’à ses balbutiements.

Après des études de cinéma dans la prestigieuse Université de Californie du Sud, où il a côtoyé à leurs débuts Michael Lehmann (HUDSON HAWK), Phil Joanou (U2: RATTLE AND HUM) et Jay Roach (AUSTIN POWERS), il aide à boucler le financement de MY UNCLE’S LEGACY de Krsto Papic. Sur le trajet qui le ramène de Croatie à Los Angeles, il fait une halte en Belgique et découvre le monde merveilleux des images de synthèse produites par la société Little Big One.

Ben Stassen se souvient : « Son fondateur Jean-Pierre Dauzun m’a demandé si j’avais des idées pour guider l’entreprise dans la production de contenu. À l’époque, des films comme ABYSS révolutionnaient les effets spéciaux mais Little Big One n’était pas prête à nous lancer dans les longs métrages. J’ai pensé aux parcs d’attraction, à la possibilité de leur proposer des films courts de quelques minutes. J’ai réalisé « LA MINE DU DIABLE » qui a réellement changé la donne dans l’industrie. J’avais trouvé ma voie et je ne suis jamais revenu en arrière. Au fil du temps, on est devenu le Disney des parcs d’attraction en fournissant plus de 50% du marché mondial ».

Toujours à la pointe de l’innovation, il participe au tournage d’un film IMAX de Ben Burtt (ingénieur du son de STAR WARS et d’INDIANA JONES), cofonde nWave Pictures en 1994 et s’engouffre dans la brèche de l’IMAX 3D en réalisant en 1998 « RENCONTRE DANS LA TROISIÈME DIMENSION ». Il produit 8 des 15 films IMAX 3D sortis entre 1998 et 2004. Cette expérience du relief et le petit trésor de guerre accumulé au sein de nWave Pictures, devenu leader de la production et de la distribution de contenus stéréoscopiques, permet au studio de réaliser son rêve : tutoyer les grands dans la cour du fi lm d’animation. FLY ME TO THE MOON est le premier long d’animation réalisé exclusivement en 3D relief et distribué, notamment, aux États- Unis. L’aventure est osée mais payante. Le succès international des fi lms qui suivront dépasse de loin leurs attentes les plus folles. En 2010, LE VOYAGE EXTRAORDINAIRE DE SAMY attire 10 millions de spectateurs dans le monde entier et l’an dernier, BIGFOOT JUNIOR en séduit 8 millions.

UN STUDIO AU POIL

À l’heure des ultimes finitions, ROYAL CORGI est le 8ème film d’animation produit en 10 ans. Matthieu Zeller s’enthousiasme : « Hormis les studios américains, personne n’a réussi un tel exploit au monde.

Certains évoquent le « Pixar belge » mais je préfère parler de pépite européenne. La synergie qui existe entre les différents départements est l’une de nos grandes forces ».
Le travail en équipe, l’écoute et l’interaction permanente sont la clé d’une aventure au long cours comme celle de ROYAL CORGI. Les acteurs sont multiples, comme autant de maillons indispensables à la chaîne créative. Le fruit des efforts collectifs est jalousement gardé dans une salle à la Fort Knox dotée d’un serveur principal de 360 To, dont Joël Labby, superviseur IT, a les clés : toutes les données en cours y transitent, sont stockées puis les films sont archivés sur bandes magnétiques.

Au fil des postes et des talents, le puzzle de la fabrication dévoile certains de ses secrets. Coté « Character Effects », département responsable de l’intégration des personnages, Kin et son équipe se chargent de la simulation du mouvement des poils, des cheveux et vêtements d’un personnage en fonction des contraintes extérieures comme le vent. Benoît Nicodeme et ses acolytes ont si bien testé l’effet de mousse lié à la neige carbonique que le storyboard l’a incorporé lors d’une des scènes finales à Buckingham.

L’écran (bâtiments, voitures, décors naturels, herbe) est l’affaire du département « modeling » où, comme l’explique Olivier De Cafmeyer, il s’agit de modéliser de A à Z tous les éléments nécessaires au storyboard et qui racontent autant l’histoire que les personnages. À charge ensuite au département « shading et surfacing », où planche Mathieu Guyot de donner l’indispensable patine aux objets afin de les rendre réalistes. Il appartient enfin au département « compositing » de travailler toutes les couches d’un plan (décors et personnages) pour en améliorer la lecture, notamment en termes d’ombres et de lumière (lighting). Les départements phares de la mise en scène et de l’animation travaillent de concert, regroupés dans une aile du bâtiment. L’équipe animation reçoit la prévisualisation 3D, encore saccadée. Pour arriver à une animation fluide, c’est une question de maîtrise informatique, mais aussi d’incarnation puisqu’il peut se filmer en train de jouer la scène... voire utiliser un miroir rivé à sa bécane pour tester les expressions du visage et des corps des personnages ! Au cœur du box dédié à la mise en scène, Vincent Kesteloot prône un dialogue constant entre écriture, mise en image du storyboard et prévisualisation. Un mur est spécialement dédié en amont aux propositions les plus diverses (textes, dessins, images de synthèse), sachant que si beaucoup finissent à la poubelle, c’est pour le bien, l’excellence du projet !

nWave Picture est une ruche où chaque clic de souris témoigne de son incroyable productivité.

Alors que ROYAL CORGI s’apprête à sortir dans 60 à 70 territoires, Jérémie Degruson s’active depuis le mois de février sur BIGFOOT SUPERSTAR : des parties sont déjà storyboardées ou adaptées en prévisualisation 3D, comme en témoigne une armada de post-it liés aux décors et au développement de séquences qui tapissent le mur de son bureau. Le périple de l’animation commence, avec livraison prévue pour 2020.

L’ÉTOFFE DES HÉROS ANIMÉS

Pour Matthieu Zeller, « nWave Pictures a acquis ses lettres de noblesse grâce au lighting, aux effets spéciaux et à un style réaliste. Qu’on le célèbre ou qu’on le déplore, les Américains ont imposé un standard : une 3D sophistiquée, très colorée au service d’une histoire qui parle au plus grand nombre et délivre son lot d’action.

nWave Pictures reflète depuis longtemps les goûts de Ben pour un certain classicisme, des thématiques qui s’inspirent de mythes universels et vont toucher les enfants ».

Mais l’ambition affichée est de dépasser les cimes de l’animation conquises par le studio belge en un quart de siècle. La révolution de velours a déjà commencé pour Vincent Kesteloot. D’un point de vue technique, notamment : « Aujourd’hui, un film d’animation compte 1.500 à 2.000 plans. Dans FLY ME TO THE MOON, il y en avait 850, dont beaucoup de plans-séquences. Avec LE VOYAGE EXTRAORDINAIRE DE SAMY, on est passé à 1.000 plans. ROYAL CORGI en dénombre près de 1.300. Cela montre que l’on peut raconter le même genre d’histoire tout en gagnant en rythme et sans trahir l’esprit du studio ». Pour Ben Stassen, l’association avec Matthieu Zeller participe du nouvel élan qu’il compte insuffler à la production : « L’objectif est de disposer d’un budget plus important pour enchaîner les projets, augmenter le nombre d’animateurs, ne pas avoir de périodes creuses qui provoquent naturellement le départ de nos talents. Avoir accès à des scénarios un peu plus chers, c’est l’occasion de diversifier la ligne éditoriale. Et dans ce domaine, je suis curieux de tout, sans cesse à l’affût ! ».

« Avec ROYAL CORGI, on a commencé à jouer sur différents niveaux de lecture, notamment destinés aux adultes avec Trump, la royauté britannique et des répliques à tiroir », confirme Matthieu Zeller. « nWave Pictures doit s’affirmer encore davantage comme une marque, une référence européenne dans l’animation. C’est ce qui nous donnera davantage de liberté dans les sujets que l’on traite et nous permettra d’élargir notre public ». Cap sur l’infini et bien au-delà !

Source et copyright des textes des notes de production @ Apollo Films

  
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