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jeudi 6 février 2020

QUEEN & SLIM


Thriller/Drame/Un road trip émotionnel touchant

Réalisé par Melina Matsoukas
Avec Daniel Kaluuya, Jodie Turner-Smith, Bokeem Woodbine, Chloë Sevigny, Flea, John Sturgill Simpson, Indya Moore, Benito Martinez...

Long-métrage Américain
Durée : 02h13mn
Année de production : 2019
Distributeur : Universal Pictures International France

Date de sortie sur les écrans américains : 27 novembre 2019 
Date de sortie sur nos écrans : 12 février 2020


Résumé : Lors d’un ordinaire rendez-vous amoureux en Ohio, un homme noir et une femme noire, sont arrêtés pour une infraction mineure de circulation. La situation dégénère, entraînant des conséquences soudaines et tragiques quand l’homme tue un policier pour se défendre. Terrifiés et leurs vies désormais en danger, l’homme, un employé de magasin, et la femme, avocate de la défense criminelle, se voient obligés de fuir. Mais l’incident a été filmé et la vidéo se propage. Le couple devient alors involontairement un symbole de traumatisme, terreur, deuil et douleur pour les américains.

Alors qu’ils conduisent, ces deux improbables fugitifs vont apprendre à se connaître l’un l’autre mais aussi se découvrir eux-mêmes dans des circonstances des plus extrêmes et désespérées. Ils vont forger un amour sincère et puissant qui va révéler leur profonde humanité et façonner le reste de leurs vies. 

Bande annonce (VOSTFR)


Ce que j'en ai penséQUEEN & SLIM est l'histoire d'un accident qui devait arriver, d'un acte irréparable, de ceux qui vous entraînent dans une spirale descendante qui ne peut plus être arrêtée. 

La scénariste Lena Waithe, qui partage l'idée de ce récit avec James Frey, raconte le déroulement d'une cavale à la fois intime et politique. La réalisatrice Melina Matsoukas met en scène avec une belle sensibilité la fuite de ces personnages non préparés à cette destinée abîmée. Elle les capte presque toujours en mouvement, ce qui apporte une dynamique cohérente avec la thématique principale de son long-métrage, mais sans en faire un film d'action, car ici, se sont bien les émotions qui sont mises en valeur. Bien que les événements soient dramatiques, elle laisse respirer son intrigue et réussit à insuffler des instants suspendus, perdus dans une liberté soudaine et sauvage, dénuée de lien avec la société, sur fond de beaux paysages. Elle nous montre ces deux héros en utilisant de multiples plans et en les filmant de façon directe et indirecte. 



Les dialogues sont parfois utilisés de manière indépendante par rapport à l'image ce qui renforce leur impact. La musique accompagne le déroulement de ce voyage avec ses airs de jazz participant à faire la séparation entre le vécu quotidien des recherchés, qui navigue entre galères, rencontres particulières et moments de respirations inespérés, et le traitement politique qui les dépasse et fait d'eux des symboles au sein d'une société américaine divisée.

Le duo Daniel Kaluuya, qui interprète Slim et Jodie Turner-Smith qui interprète Queen est super. L'acteur avec ses grands yeux expressifs sait exprimer le caractère doux et dérouté par la situation de Slim. L'actrice utilise son magnifique physique pour nous transposer la force intérieure cette protagoniste, brillante et froide au premier abord. Elle oppose impeccablement le caractère de feu de Queen à celui plus malléable de Slim. Ces deux personnages évoluent ensemble et au contact l'un de l'autre.





De très bon seconds rôles partagent un morceau de leur aventure. Bokeem Woodbine interprète Uncle Earl, un homme aux activités plus que discutables qui cache ses sentiments. Indya Moore, interprète Goddess, une jeune femme liée à Uncle Earl. Flea et Chloë Sevigny interprètent Mr et Mrs. Shepherd. John Sturgill Simpson interprète l'officier de police Reed et Benito Martinez, le Sheriff Edgar.

Copyright photos @ Universal Pictures International France

QUEEN & SLIM profite du sujet de la cavale, qui a été traité au cinéma de multiples fois, pour passer des messages, pour parler de la folie des hommes, et pour nous raconter une belle histoire d'amour. C'est un road trip émotionnel touchant.

NOTES DE PRODUCTION
(À ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

L’envers du décor

UNE RENCONTRE, CHICAGO, ET LA NAISSANCE D’UNE IDÉE. QUEEN & SLIM est une plongée sans concession dans les tourments aussi bien sociétaux que politiques de l’amérique moderne, à travers l’histoire d’amour effrénée de deux amants afro-américains aussi rebelles qu’assoiffés de vie.

Ce scénario est né de la rencontre de l’auteur de livres à succès JAMES FREY et de l’actrice et scénariste LENA WAITHE qui ont tous deux passé une partie de leur vie à Chicago et ont su se retrouver autour de ce point commun.

Si l’idée de base de ces deux jeunes afro-américains qui se rencontrent pour la première fois et que le meurtre involontaire d’un policier va propulser dans une course folle, était celle du célèbre romancier, il lui fallait trouver la voix appropriée pour donner vie et authenticité à des personnages dont il ne partageait pas la culture ou l’identité. Il espérait que la jeune femme, auteure, comédienne et actrice engagée saurait apporter les enjeux qui allaient embraser l’histoire d’amour de ces deux fugitifs. Cette dernière a tout de suite saisi le propos et il ne lui restait plus qu’à assembler ce qu’allaient être les enjeux du film.

Une lettre d’amour à l’Amérique noire

Lena Waithe forte de son Emmy Award, gagné grâce à ses talents de scénariste sur la série « Master Of None » a tout de suite commencé à travailler avec son partenaire de production Andrew C. Coles. Lui aussi travaille autour des mêmes thèmes que ceux qui sont chers à la jeune artiste, et se bat pour défendre le point de vue afro-américain à travers des radiographies sans concessions de la conscience sociale de l’Amérique contemporaine. Le producteur nous explique: « Lena n’a de cesse de parler de choses authentiques, sensibles et qui parlent aux gens, quel que soit le projet qu’elle entreprenne. Je savais qu’elle saurait toucher le cœur du public avec cette histoire qui d’habitude se serait contentée de finir avec deux lignes de commentaires dans des cercles restreints. Par bien des aspects QUEEN & SLIM est une lettre d’amour à la communauté noire des États-Unis. C’était l’occasion de parler de l’humanité et des vies que nous partageons, de tous ces anonymes que nous aimons, de nos familles et de tout ce qui est totalement oblitéré quand quelqu’un est molesté par la police et finit réduit à quelques lignes dans la manchette des faits divers ».

La jeune artiste s’est alors mise au travail comme à son habitude, en commençant par définir les personnages, puis ce qui leur arrive. En revanche, le titre s’est immédiatement imposé, comme une évidence. Dès les premières lignes, elle a su qu’elle appellerait sa superbe héroïne Queen et que son soupirant aussi généreux que le sel de la terre se prénommerait Slim. Elle développe: « j’ai voulu l’appeler Queen, parce que pour moi toutes les femmes noires sont des reines, et Slim est un terme familier, un peu désuet par lequel les hommes noirs avaient l’habitude de s’appeler eux-mêmes. J’avais envie de raconter l’histoire de deux personnes qui n’ont rien en commun à part leur couleur et qui, coincés ensemble dans une voiture, vont finir par tomber amoureux l’un de l’autre pendant que le monde se charge de construire autour d’eux la mythologie de leur épopée. C’est en fait l’histoire de la manière dont nous fabriquons des héros pour trouver l’espoir ».

De la même façon, aucun des personnages dans le film n’a de nom. C’était la volonté de l’auteure qui ne les a nommés ni dans le script ni dans le film, en se contentant de leur description ou de leur fonction. « Il ne s’agissait pas tant de leurs noms, mais de ce qu’ils étaient. On appelle rarement les gens qu’on croise par leurs prénoms, on s’y réfère plus souvent en tant que personnes. Je voulais que le public se souvienne de qui ils étaient, ce qu’ils représentaient et pas de leurs prénoms ».

Il lui a fallu 8 mois pour écrire une première version, alors qu’elle travaillait en même temps sur sa série « The Chi », qu’elle écrivait pour « Master Of None » et qu’elle jouait dans READY PLAYER ONE (Steven Spielberg, 2018). Elle avait déjà parlé du projet à Daniel Kaluuya dont elle partageait les cercles sociaux. Ce dernier qui venait d’être cité aux Oscars pour sa performance d’acteur dans GET OUT (Jordan Peele, 2018), a tout de suite été intéressé par le projet. Il nous raconte: « Lena m’avait dit qu’elle travaillait sur une sorte de BONNIE & CLYDE version afro-américaine. Connaissant les thèmes qui lui sont chers je me doutais que cette histoire allait secouer le public. Quelques mois plus tard lors d’un dîner elle m’a raconté les bases qu’elle allait développer et depuis ce moment je n’ai eu qu’une hâte, celle de faire ce film. »

Melina Matsoukas : Une réalisatrice inspirée

Lena Waithe n’envisageait personne d’autre que la réalisatrice avec qui elle partage depuis toujours le même point de vue social central de leurs deux carrières, en essayant de faire de l’art pour tous, y compris les noirs, les femmes, la communauté LGBT.

MELINA MATSOUKAS qui a travaillé longtemps avec Beyoncé, sur ses clips, ses tournées ou même sur sa ligne artistique est également productrice et réalisatrice de la série « Insecure » avec Issa Rae.

Elles s’étaient rencontrées sur « Master Of None », la série dont Melina Matsoukas a réalisé l’épisode de Noël écrit par Lena Waithe et qui a valu à cette dernière un Emmy Award historique, dans la mesure où c’était le premier décerné à une femme noire dans la catégorie meilleur auteur de comédie.

Une véritable connexion s’était établie à l’époque de manière quasi immédiate et elles se considèrent pratiquement comme des sœurs. Alors que la réalisatrice cherchait un projet intéressant pour son premier longmétrage, la jeune auteure tombait à pic avec son premier scénario pour le grand écran. Toutes les deux étaient enthousiastes à l’idée de travailler ensemble sur ce qui serait leur première aventure cinématographique.

MICHELLE KNUDSEN, la productrice attitrée de la réalisatrice, à la lecture du script, a tout de suite été emballée par ce récit « provoquant et contemporain qui ne retient pas ses coups, avec un parfum inédit de légèreté, d’amour et de fuite mélangé à des thèmes sociaux très durs. Mais toujours honnête, et surtout empreint d’un style et de thèmes qui sont chers à Melina. Elle adore s’adresser à la communauté afro américaine. C’est un road trip dans la pure lignée américaine cinématographique de BONNIE & CLYDE ou THELMA & LOUISE. Une exploration des paysages américains autant littéralement que métaphoriquement ».

La réalisatrice ajoute: « à peine la lecture du script terminée, j’ai tout de suite compris que je voulais être à l’origine de ce film que je considère comme reellement subversif. Et je ne pouvais rêver mieux que de partager avec Lena notre première aventure cinématographique. J’aime les projets qui changent la donne, qui parlent des valeurs que je défends en tant que citoyenne, mais aussi en ma qualité d’artiste pour changer les perspectives du public en le distrayant tout en l’informant ».

L’auteure renchérit: « Le regard que porte Melina sur le monde est unique, et je savais que je pouvais lui faire totalement confiance. Elle charge chaque plan d’images fortes et emblématiques, en ne laissant aucun détail de côté. J’étais totalement rassurée de savoir mon script entre ses mains, et je dois dire qu’elle a dépassé de loin mes espoirs les plus fous. On forme une équipe de choc comme les basketteurs Dwyane Wade et LeBron James, je n’ai qu’à lancer la balle et je sais qu’elle mettra le panier ».

Le projet prenant de l’ampleur, a attiré l’attention de Makeready, une société de production indépendante spécialisée dans des projets défendant les droits et la représentation des communautés opprimées, dont QUEEN & SLIM sera le premier long-métrage.

QUEEN & SLIM est un film fort, esthétiquement magnifique et socialement pertinent à propos des problèmes endémiques de l’Amérique. Un film qui génèrera bien des discussions.

Les pivots du film : passion, racisme et violence.

Le film se fait tour à tour radioscopie de la race, du genre et de l’intégration aux États-Unis, mais c’est aussi une histoire d’amour intense informée par un paysage social et culturel explosif. Le film utilise l’horreur de la situation dans laquelle nos deux héros sont plongés pour mieux se concentrer sur la force des communautés et la nécessité de se défendre.

Le racisme et la violence policière dans lesquels le film nous plonge sont violents, mais servent à démontrer que l’amour reste le plus fort et que l’humanité finit toujours par l’emporter.

En une fraction de seconde, la vie de ces deux citoyens sans histoire bascule et les enchaîne l’un à l’autre pour toujours. Queen, qui a été blessée par balle par le policier, est plus vulnérable que jamais alors qu’elle tente de garder la tête froide. Slim, qui a tué le policier ayant tiré sur la jeune femme est en état de choc, paralysé par le fait d’avoir volé involontairement une vie.

Ils sont pris au piège d’une situation dont ils ne peuvent s’échapper. Ils fuient alors la scène du crime, sachant que la police réagirait violemment au meurtre d’un des leurs.

C’est une histoire profonde, empreint de sensibilité à fleur de peau et de paranoïa, dans la mesure où nos deux héros sont perpétuellement en cavale. Le film n’offre cependant pas de solution aux problèmes qu’il expose. La réalisatrice autant que l’auteure ne font pas dans la démagogie et ne veulent pas donner de leçons. En revanche, en exposant certaines vérités elles espèrent développer la capacité de réflexion du public. Ce scénario est d’autant plus provocant que leur envie est grande de soulever le débat.

Lena Waithe s’est inspirée des années 60 et bien évidemment des deux leaders de l’époque Malcolm X et Martin Luther King. Elle nous explique : « au début du film, Queen est Malcolm X et Slim, Martin Luther King mais ils finissent par échanger leurs rôles au cours du film ».

L’auteure a voulu faire un film dans la veine de DO THE RIGHT THING (Spike Lee, 1989) un classique avec plusieurs niveaux de lecture, qui parle aussi bien de problèmes sociaux, de race, que d’amour et de haine, mais surtout de la condition humaine. Elle nous explique : « il était important de donner aux spectateurs la possibilité de décider eux-même ce qu’ils voulaient retirer de cette histoire. C’est le propre de l’art que d’interroger, et je ne veux pas donner de réponse, je préfère que chacun tire ses propres conclusions. Plusieurs fois, sur les 8 semaines de tournage une personne arrivait sur le plateau ayant appris une nouvelle exaction policière à l’encontre de citoyens noirs. Cela nous permettait de nous rappeler constamment l’importance et l’intemporalité de l’histoire que nous étions en train de filmer, et de l’impact que nous espérions qu’il puisse avoir sur le public. Queen et Slim ne se considèrent pas comme des héros, car ils n’ont jamais demandé à être dans la situation où ils sont. En revanche, ils prennent leur destin à bras-le-corps et ne se positionnent pas en victimes.»

Les personnages

SLIM - Daniel Kaluuya

Slim a été pensé comme un homme aux aspirations simples, croyant, pratiquant, qui vit une existence commune, jusqu’à ce qu’un incident ne le transforme profondément. Il est tout ce que Queen n’est pas. Ce jeune homme est extrêmement affecté d’avoir tué un être humain, et la simplicité de sa vie s’est envolée à jamais. Les conséquences de son geste le forcent à prendre en main son destin, alors qu’il est instrumentalisé dans une affaire susceptible de mettre à feu et à sang tout le pays. La réalisatrice du film nous confie : « Jusque dans ses faiblesses Slim possède une vraie force et inspire le respect. C’est totalement le cas de Daniel qui selon moi est à la fois le Denzel Washington, le Sidney Poitier et le Paul Robeson de la nouvelle génération. Il s’est approprié ce personnage, qui n’a rien à voir avec ceux qu’il a pu jouer jusqu’à présent, avec le talent des plus grands ».

Pour le comédien, il est assez aisé de comprendre pourquoi les gens voient en Queen et Slim des héros : « En revanche, il ne faut pas oublier que ce ne sont que des êtres humains et qu’ils sont faillibles. Ils se défendent et il leur arrive de se tromper comme tout un chacun. Slim est un homme qui commence le film en suppliant pour sa vie, puis au fur et à mesure du film il n’a pas d’autre choix que de surmonter ses peurs et devenir l’homme qu’il n’aurait jamais envisagé devenir un jour ».

Daniel Kaluuya, qui lui aussi se bat pour que les minorités puissent s’exprimer, a trouvé dans ce film des résonances intimes autant que sociales, en plus du raffinement avec lequel les personnages ont été construits. Il développe pour nous : « C’est un film qui offre une nouvelle perspective aux spectateurs, pas tant en termes de race, mais de mentalité. Il est important pour moi de travailler dans des œuvres qui mettent en avant ceux qui n’ont ni la parole ni de visibilité dans les médias, et c’est exactement le but de ce film. En plus d’y être comédien, j’ai voulu le produire, car il était important pour moi de collaborer à sa mise en circulation, afin qu’un maximum de gens puisse le voir. Je voulais faire partie des débats, des décisions et de l’équipe qui porterait et protégerait un contenu tellement explosif ».

QUEEN - Jodie Turner-Smith

Queen est une femme qui connaît par cœur les méandres du système judiciaire et le sort réservé aux jeunes noirs quand ils sont pris dans les filets de la justice. Elle est en quête d’équité et veut changer les choses, mais son passé l’incite à rester enfermée derrière un mur de protection infranchissable. Alors que le film était encore en préparation, sa réputation a vite bénéficié d’un bouche-à-oreille très positif et de nombreuses actrices se sont manifestées pour obtenir le rôle de Queen.

Melina Matsoukas et Lena Waithe se sont mises d’accord sur le fait qu’elles voulaient un nouveau visage pour incarner cette femme farouchement indépendante et éduquée qui traîne derrière elle un passé pour le moins trouble. Melina Matsoukas avait déjà travaillé avec Jodie Turner-Smith des années auparavant sur une publicité et a tout de suite reconnu son jeu tout en nuances et en élégance. Elle nous raconte « je l’avais vue sur les enregistrements du casting et je l’ai rappelée pour l’auditionner. Là elle nous a tous conquis ».

La comédienne, quant à elle, a tout de suite saisi l’essence de ce rôle : « Queen est une femme intelligente, hautement diplômée et perfectionniste, ce qui la rend très dure envers elle-même et les autres. Elle n’est pas mal intentionnée, c’est juste qu’elle est très exigeante. C’est une survivante qui s’est créé une vie agréable en dépit de ce qu’elle a traversé. C’est pourquoi quand elle s’ouvre à Slim, cela la change profondément. Elle réalise que sa parole peut la libérer parce que Slim ne la juge pas. Cela les transforme tous les deux ».

Lors des essais des deux comédiens, l’alchimie était palpable, et la production a tout de suite compris qu’elle convaincrait le public tout le long de ce parcours initiatique à la découverte l’un de l’autre, surtout d’euxmêmes, à travers l’amour, la résilience et la peur. La comédienne ajoute : « je les vois tous les deux plus comme des militants accidentels que comme des héros. Ils font ce que n’importe qui ferait pour survivre. S’ils ne sont pas forcément des héros, en revanche ils sont très courageux ». La scène de danse opère comme une métaphore de leur relation, où la jeune femme laisse à son cavalier l’opportunité de la diriger, sur la piste comme sur la route.

Queen et Slim ne sont pas les vrais noms des personnages et ce n’est qu’à la fin du film qu’on l’apprend. Ce choix délibéré, très symbolique souligne le fait qu’on ne prête que rarement attention aux gens ou à leurs noms sauf quand cela nous importe.

À l’issue des 7 jours de ce road-trip qui mènera le spectateur de l’Ohio aux Keys de Floride en passant par le Kentucky, le Tennessee, la Louisiane et l’Alabama, nos héros malgré eux vont rencontrer toutes sortes de personnages, avec qui ils vont partager une partie de l’humanité de l’Amérique contemporaine.

L’ONCLE EARL - Bokeem Woodbine

L’homme chez qui nos fugitifs se réfugient à la Nouvelle-Orléans est l’oncle de Queen, ancien vétéran très perturbé qui essaie de faire amende honorable en venant au secours de sa nièce. Cet homme et la jeune femme partagent un lourd passé, et leur relation est pesante et tendue. Il comprend immédiatement à quel point la situation de Queen doit être désespérée pour qu’elle revienne frapper à sa porte sans prévenir. Ils n’ont apparemment plus rien en commun, et la jeune femme reste très distante. Si cela le peine de constater qu’elle ne veut plus rien avoir à faire avec lui, il sait très bien pourquoi elle a pris cette décision et il est très fier de ce qu’elle a réussi à accomplir loin de lui. Elle est à la fois sa plus grande fierté et sa blessure la plus honteuse.

Le comédien est devenu une figure emblématique du cinéma afro-américain, grâce à des films tels que JASON’S LYRICS (Doug McHenry, 1994), ou DEAD PRESIDENTS (Albert et Allen Hughes, 1995), et c’est exactement la raison pour laquelle la réalisatrice l’a choisi pour ce rôle délicat. Il était très enthousiaste à la lecture du script qu’il qualifie d’innovant et de carrément révolutionnaire : « je pense qu’il y a bien des choses qui doivent être changées que ce soit au niveau communautaire ou artistique et ce film allie les deux. C’est une histoire magnifique qui souligne ce qui peut arriver si on ne remet pas en question les autorités ».

MONSIEUR ET MADAME SHEPHERD Chloë Sevigny et Flea

Le couple qui accueille les fuyards à Savannah en Georgie va devoir s’entendre pour réussir à aider les jeunes hors la loi. Ancien camarade de l’armée de l’Oncle Earl, Monsieur Shepherd n’hésite pas une seconde à orienter Queen et Slim vers la dernière partie de leur épopée. En revanche sa femme est un peu plus partagée et la tension atteint son comble quand la police débarque et que monsieur Shepherd les cache afin qu’ils puissent s’échapper. Melina Matsoukas, fan de longue date de Chloë Sevigny avait en tête depuis le début la comédienne pour tenir le rôle de la très conservatrice Madame Shepherd et c’est la directrice de casting Carmen Cuba qui a suggéré Flea, le célèbre bassiste des Red Hot Chili Peppers pour lui tenir tête et leur faire incarner littéralement cet instantané d’un mariage sous extrême tension.

L’OFFICIER DE POLICE REED - Sturgill Simpson

Le policier qui décide d’arrêter les deux jeunes gens pour une infraction mineure au Code de la route est le pivot du film qui propulse nos héros vers leur destinée. Le célèbre chanteur de country qui a récemment fait ses premiers pas en tant qu’acteur chez Jim Jarmush dans THE DEAD DON’T DIE, connaissait le travail des deux jeunes femmes et avait très envie de faire partie de l’aventure. Il nous raconte : « je suis arrivé à un point de ma carrière de chanteur où tout s’enchaîne sans souci. J’avais envie de me frotter à un nouveau défi et de sortir de ma zone de confort. Jouer la comédie a réveillé des cordes qui n’avaient pas résonné en moi depuis très longtemps. C’est très épanouissant ».

GODDESS ET NAOMI - Indya Moore et Melanie Halfkenny

L’oncle Earl est un vieux briscard entouré par une faune faite de prostituées et de strip-teaseuses dont Goddess jouée par Indya Moore la célèbre comédienne de la série « Pose » et Naomi à qui Melanie Halfkenny, dont c’est le premier long-métrage, prête ses traits.

Pour Indya Moore, l’actrice transsexuelle et militante, ce rôle de prostituée au grand cœur a changé beaucoup de choses dans sa vision du monde et sur elle-même. Elle nous explique : « avant moi, aucun Trans n’avait jamais joué dans un film de studio. Le fait de jouer le rôle de quelqu’un qui aime et s’occupe des autres sans que ce soit lié au genre a été pour moi une expérience forte. Il est rare que la communauté transsexuelle ait l’occasion d’être représentée dans des fictions, ou de raconter des histoires, alors ça signifait beaucoup pour moi. Goddess est une rescapée, une prostituée, mais aussi une mère de famille ce qui légitimise sa profession à ses yeux. Ce genre de personnage est souvent caricaturé, mais Goddess est très humaine ».

C’est sur Instagram que Lena Waithe a trouvé Melanie Halfkenny et a été littéralement hypnotisée par cette femme incroyable aux cheveux arcen-ciel qui tombent en cascade sur son dos. La jeune femme qui n’avait jamais joué auparavant à part dans un clip, si elle ne s’attendait pas à être contactée par Carmen Cuba, la directrice de casting qui lui proposait un rôle dans un film de Lena Waithe et Melina Matsoukas, n’a pas hésité en revanche à saisir l’opportunité de faire partie de cette aventure.

JUNIOR - Jahi Di’allo

Winston Le jeune homme que le couple rencontre en arrivant en Floride quand leur voiture tombe en panne est le fils du garagiste qui va la réparer. Si son père voit le couple de fuyards comme un danger potentiel et leur prête une influence désastreuse en raison du mouvement social qu’ils ont soulevé au sein de la communauté noire américaine, le jeune homme, lui, les voit comme des hors-la-loi audacieux et qui n’ont peur de rien. Pour lui ce sont des héros qui ont accompli ce que la plupart des jeunes gens n’oseraient jamais. C’est en s’inspirant d’eux qu’il commet ensuite un des faits les plus marquants du film.

Des glaces de Cleveland à la luxuriance de la Nouvelle-Orléans

L’équipe du film a passé la plus grande partie du tournage à la Nouvelle-Orléans, mais a commencé les premières prises de vues à Cleveland dans l’Ohio, où se déroule le début du film et où Queen et Slim se font arrêter par l’officier de police Reed. En janvier 2019, la température était en dessous de zéro en raison d’une tempête de neige qui venait de s’abattre sur le Midwest. Les conditions de tournage étaient difficiles et deux équipes se relayaient, pour pallier la violence du climat. Pour Lena Waithe il était primordial de rester au plus près de la vérité et de ne pas se réfugier dans la chaleur ou le confort d’un studio afin que ces scènes résonnent de justesse et de dureté.

Leur fuite emmène ensuite nos protagonistes sur des routes secondaires, en dehors des sentiers battus ou des grandes agglomérations, un hommage à la diversité du paysage et à la province américaine qui a demandé des heures de recherches et de routes à travers l’Ohio, le Kentucky, le Tennessee, la Louisiane, l’Alabama, la Géorgie puis enfin la Floride.

PAMELA HIRSCH, qui a chapeauté la production a entraîné toute l’équipe sur des dizaines de décors différents au cours des 8 semaines de tournage du film. Elle se souvient : « il était assez compliqué de trouver un équilibre entre les contraintes pratiques du terrain et les exigences artistiques du scénario afin de rester dans quelque chose de très crédible et surtout de réellement authentique. Je crois que le plus difficile aura été de revenir systématiquement en arrière après les scènes de voiture pour en filmer les extérieurs, surtout au niveau de la lumière ou du paysage. Mais Mélina est une réalisatrice impressionnante et notre équipe était composée des meilleurs, donc cela ne nous a pas arrêtés. »

Les prises de vues : mettre en lumière la vérité

TAT RADCLIFFE, le directeur de la photographie d’origine britanni que, a fait ses armes sur les clips d’artistes comme Nine Inch Nails ou Depeche Mode dans les années 90. Lui et Melina ont voulu conserver l’atmosphère très particulière inspirée du film devenu culte : BELLY (Hype Williams, 1998). La Louisiane et particulièrement la Nouvelle-Orléans lui ont offert une palette chromatique extrêmement variée pour mettre en valeur les textures et les architectures locales. Il nous explique : « le but du jeu était en fait de choisir l’heure à laquelle on tournerait pour n’avoir qu’à rajouter un petit support parci par-là et se servir de cette lumière si particulière qui rendait à la ville naturellement son cachet. Et en termes de lumière la NouvelleOrléans est un vrai cadeau ». Ils se sont très facilement complétés avec Melina car ils partageaient les mêmes influences, la même technique et surtout le même point de vue, celui du directeur de la photographie, poste qu’elle a occupé longtemps avant de vouloir s’attaquer à son premier long-métrage. Elle développe « j’essaie d’être le plus souvent possible derrière la caméra, mais c’est parfois infaisable et on pouvait ainsi bien se relayer avec Tat, car nous avons le même genre d’œil. C’est un poste essentiel qui donne au film son âme et sa texture inimitable ».

Le directeur photo renchérit : « tout est basé sur la manière d’attraper la lumière, afin d’amener ses variations à mettre en valeur la subtilité d’un grain de peau et styliser l’aura qui se dégage des deux héros ».

Il était également primordial de capturer la dureté de la vie et de ne pas esthétiser à outrance les scènes afin de réussir à transmettre une véritable authenticité. La réalisatrice se confie : « c’est ce que j’adore faire. Me baser sur la réalité, l’authenticité des gens, des lieux et leur donner une touche de style, grâce à un travail très subtil sur la lumière naturelle qui est de loin la plus incroyable ».

Les décors : d’infimes détails pour différents niveaux de lecture

KAREN MURPHY, chargée de la création des décors avait la tâche subtile de transformer des décors anodins en lieux chargés de significations et de références visuelles fortes.

En coordination avec Melina Matsoukas, elles ont créé un carnet de tendances visuelles, qu’elles gardaient en permanence sur le plateau pour le partager avec l’équipe afin que tous puissent avoir en tête la puissance et l’énergie qui devaient se dégager de la composition du cadre. La réalisatrice nous explique : « j’aime travailler et intervenir à tous les niveaux et avec tous mes collaborateurs sur les postes principaux. Karen était ravie de notre collaboration et elle a tout partagé avec moi, ce qui nous a permis d’aller plus en profondeur quant aux différents niveaux de lecture que nous voulions ajouter toutes les deux. C’est une véritable artiste, elle est incroyable, elle amenait tant de propositions de paysages, de voitures, que nous discutions pendant des heures pour trouver quels seraient le décor ou les accessoires les plus appropriés pour mettre nos héros en valeur ».

L’épicentre de ce travail étant peut-être la maison de l’Oncle Earl et de sa cour, qui procure à nos deux fugitifs une famille et un havre de paix provisoire. Symbole de la grandeur et de la décadence de la famille de Queen, cette demeure traditionnelle de la Nouvelle-Orléans est peut-être le décor favori de la réalisatrice. La créatrice des décors nous explique : « On a tout refait, changé les papiers peints, gratté les murs, amené des meubles des années 50 pour marquer l’influence de la grand-mère de Queen qui y avait vécu puis d’autres, datant des années 80, 90 quand ses enfants en ont hérité et qu’Earl a essayé de s’y installer. Aujourd’hui, il y vit avec toute cette cohorte de strip-teaseuses et de prostituées qui vivent comme une famille recomposée, et forment une combinaison éclectique de différentes cultures et personnages qui vont et viennent dans ces pièces chargées de toutes leurs histoires entrecroisées ».

De même comme les trois quarts du récit se passent en voiture, il était important que les véhicules du film aient une véritable signification. C’est ainsi que celle dans laquelle nos héros commencent leur épopée, la vieille Honda blanche de Slim, avec les mots GOD FIRST fièrement affichés sur sa plaque d’immatriculation, représente l’état d’esprit de ce jeune homme simple. Elle est ensuite remplacée par la magnifique Pontiac Catalina turquoise 73 de l’oncle Earl qui transportera la flamboyance de leur destin.

Les costumes : de transformation en révélation

SHIONA L. TURINI, styliste célèbre, rédactrice en chef et influenceuse qui s’est très récemment tournée vers la création de costumes de cinéma, avait déjà travaillé avec la réalisatrice sur le clip de Beyoncé Formation et la série « Insecure » d’Issa Rae, entre autres. Elle s’en est donné à cœur joie avec un mélange habile de pièces de grandes marques et de fripes surtout pour l’oncle Earl et sa cour des miracles, où elle a amené différentes dimensions à chacun des personnages. De même, ses costumes illustrent des pans entiers de la culture afro-américaine. Elle nous confie : « j’aimais l’idée de cette histoire d’amour incroyable avec une femme dont je puisse me sentir proche, à qui je puisse m’identifier. En qualité de femme noire je me suis sentie très privilégiée de travailler avec une équipe qui me ressemble. J’avais déjà travaillé avec Melina, donc je connaissais ses goûts et sa manière de travailler. Il n’empêche que j’ai amené tout un stock d’idées supplémentaires pour pouvoir étoffer la construction narrative ».

La transformation vestimentaire des fugitifs était essentielle à la construction scénaristique, car elle symbolisait l’influence passée chez l’oncle Earl et sa famille d’adoption pour le moins éclectique et hors normes aussi bien que la manière dont échapper à la norme peut élargir les horizons et vous transformer profondément. Chaque détail a une importance visuelle car il signifie quelque chose qui participe à un tableau plus large, que la réalisatrice coordonne pour imposer sa vision du monde et ses idées à travers ses choix artistiques.

Queen au début du film représente la femme d’affaires afro-américaine, forte et en contrôle de sa carrière, en blanc immaculé et cheveux longs autant d’attributs construits pour une insertion efficace et normée. Puis après son passage chez son oncle, elle laisse tomber cette armure qu’elle s’était construite, pour laisser s’exprimer une liberté nouvelle à travers sa robe léopard, ses bottes en serpent et ses cheveux courts. Un style fluide naturel, mais d’une élégance folle qui donne l’image de ce qu’est la femme noire d’aujourd’hui, forte, indépendante et riche de sa propre identité.

Slim est l’Afro-Américain lambda, habillé profil bas en pantalon Dickies et veste Carhartt, comme tous les jours, même pour son rendez-vous galant. Après son passage chez Earl, il est en survêtement de velours rouge Pyer Moss qui représente la transformation de cet homme discret en une version beaucoup plus intrépide de lui-même.

Maquillages, coiffures et musique du film

MA KALADEVI ANANDA et BRIAN BADIE, respectivement la maquilleuse et le coiffeur du film, ont amené l’excellence de leur savoir-faire à ce projet ambitieux. La jeune femme qui a récemment travaillé sur LES VEUVES (Steve McQueen, 2018) ou LES FAUSSAIRES DE MANHATHAN (Marie Heller, 2018) est considérée comme une pointure dans son métier, ce qui est le cas également du célèbre artiste capillaire de séries aussi connues que « True Detective » (créée et écrite par Nic Pizzolatto, 2014-2017) et « Une Histoire Vraie » (Yann Demange, 2019).

Melina Matsoukas aime encourager aussi bien les jeunes talents en devenir que ceux qui sont au faîte de leur art. C’est pourquoi elle a fait appel à des pointures, qu’elle admire depuis toujours pour amener à son film le savoir-faire acquis avec des années de pratique par des artistes de renom.

DEVONTE HYNES aka BLOOD ORANGE le célèbre compositeur que l’on ne présente plus, fait partie de cette équipe de choc qui amène au moindre plan sa touche si unique. La bande originale est d’ailleurs produite par ETHIOPIA HABTEMARIAM le président de la Motown Records, label historique qui a produit les plus grands groupes de soul afro-américains donnant ainsi des références artistiques sociales et historiques au road trip de nos deux fugitifs. La réalisatrice du film conclut : « j’ai voulu que la bande originale contienne l’évolution de la musique noire aux USA, avec du blues, de la soul, et des choses plus modernes comme le hip-hop ou le R&B. Motown est un label emblématique et je suis extrêmement fière d’avoir collaboré avec Ethiopia, et j’ai hâte que les spectateurs puissent écouter ou découvrir l’univers de chacun des artistes que nous avons sélectionnés. Il y a 17 titres Ms. Lauryn Hill, Megan Thee Stallion, Lil Baby, Vince Staples featuring 6lack X Mereba, Tiana Major 9 & EARTHGANG, Coast Contra featuring BJ The Chicago Kid and Syd, et des classiques comme Roy Ayers, Bilal, Mike Jones et bien sûr Blood Orange notre compositeur. »  

Source et copyright des textes des notes de production 
© 2020 UNIVERSAL PICTURES INTERNATIONAL

  
#QueenAndSlim

mardi 27 novembre 2018

LES VEUVES



Thriller/Drame/Un thriller réussi avec un style particulier

Réalisé par Steve McQueen
Avec Viola Davis, Michelle Rodriguez, Elizabeth Debicki, Cynthia Erivo, Colin Farrell, Liam Neeson, Daniel Kaluuya, Brian Tyree Henry, Robert Duvall, Garret Dillahunt, Carrie Coon, Jon Bernthal, Manuel Garcia-Rulfo, Lukas Haas, Jacki Weaver...

Long-métrage Britannique
Titre original : Widows
Durée : 02h10mn
Année de production : 2018
Distributeur : Twentieth Century Fox France

Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs

Date de sortie sur les écrans britanniques : 6 novembre 2018
Date de sortie sur nos écrans : 28 novembre 2018



Résumé : Chicago, de nos jours. Quatre femmes qui ne se connaissent pas. Leurs maris viennent de mourir lors d’un braquage qui a mal tourné, les laissant avec une lourde dette à rembourser. Elles n'ont rien en commun mais décident d’unir leurs forces pour terminer ce que leurs époux avaient commencé. Et prendre leur propre destin en main…

Bande annonce (VOSTFR)



Extrait - Problème réglé (VOSTFR)



Ce que j'en ai pensé : ce film s'inspire de la série télévisée policière britannique éponyme créée par Lynda La Plante. Le réalisateur Steve McQueen nous conte cette histoire avec son style, son film a donc un ton spécifique. Avec son scénario écrit à quatre mains en collaboration avec Gillian Flynn, il s'intéresse particulièrement au caractère de ses personnages, à la façon dont leur passé influe sur leurs actions présentes. 

Il construit peu à peu le puzzle de son histoire, assemblant pièce après pièce les éléments qui forment la trame globale de son arc narratif. Il prend le temps de bien le faire et utilise des mises en scène très diverses pour nous faire rentrer dans l'action ou pour poser sa narration. Cette multiplicité de façons de tourner surprend un peu, mais correspond bien à la fois au genre de ce long-métrage et à la manière dont les faits se déroulent. 

Bien que le film dure un peu plus de deux heures, il n'y a pas vraiment de longueurs, car on comprend vite que, dans ces jeux de l’amour, il n’y a pas de hasard et qu'il faut être attentif puisque les éléments découverts au fur et à mesure ont un sens. 

 Les actrices sont superbes, chacune dans leur rôle et avec la personnalité propre à leur protagoniste que ce soit Viola Davis qui interprète Veronica, Michelle Rodriguez qui interprète Linda, Elizabeth Debicki qui interprète Alice ou encore Cynthia Erivo qui interprète Belle. Elles font toutes vibrer le feu intérieur qui habite ces femmes dont les vies ont été liées à celles de leurs maris. Il s'agit donc d'un chemin vers la libération pour ces dernières, un retour vers elles-mêmes et vers une existence affranchie du joug de la vision masculine.





Autour de ces portraits féminins, il y a une constellation d'hommes dont les personnalités diffèrent, mais qui ont le point commun, à une exception près, de ne chercher à obtenir que ce qu'ils veulent sans se préoccuper des conséquences pour les autres. Les acteurs sont impeccables et, eux aussi, mettent en avant les particularités de leurs protagonistes. On retrouve au casting Colin Farrell qui interprète Jack Mulligan, Brian Tyree Henry qui interprète Jamal, Daniel Kaluuya qui interprète Jatemme, Robert Duvall qui interprète Tom Mulligan, Liam Neeson qui interprète Harry Rawlins, Garret Dillahunt qui interprète Bash, Jon Bernthal qui interprète Florek ou encore Lukas Haas qui interprète David.



LES VEUVES est un long-métrage au rythme, à la construction et à la réalisation particuliers ce qui le rend intriguant et convaincant. Steve McQueen offre de beaux rôles à ses actrices qui les habitent complètement, emportant au passage le cœur des spectateurs. C’est un thriller réussi.

Copyright photos @ Twentieth Century Fox France

NOTES DE PRODUCTION
(À ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)
Je me rappelle précisément le moment où je suis tombé la première fois sur la série télé de Lynda La Plante, Les Veuves. J’avais 13 ans, j’étais chez mes parents, à plat ventre sur le tapis du salon, la tête appuyée sur mes mains ; ma façon à moi de regarder la télévision à l’époque. L’émission m’a immédiatement transporté dans l’univers du crime, où les gens les plus vulnérables et sous-estimés étaient des femmes. Jugées incapables, seule leur apparence comptait. Cependant, elles étaient si déterminées à prendre leur destin en main qu’elles parvenaient à affronter l’adversité et à trouver en elles des forces insoupçonnées. À cette période de ma vie, je me sentais très proche de ce qu’elles enduraient car j’avais le sentiment qu’on portait le même regard sur moi. Les adversaires de ces veuves les considéraient comme étant incapables d’accomplir quoi que ce soit; malgré tout, elles s’en sortaient. Cela m’a profondément marqué. Afin d’en faire une histoire d’actualité, j’ai transporté LES VEUVES dans le temps et dans l’espace : le Chicago de nos jours a remplacé le Londres des années 80. Ce changement était crucial pour me permettre d’aborder la politique, la religion, les questions sociales et raciales, les thèmes de la criminalité et du deuil. Ce qui était valable à l’échelle d’une ville comme Chicago avait vocation à dresser un portrait plus global, comme par un effet de loupe. La puissance de cette histoire reste à mes yeux l’association de ces quatre femmes : même si elles viennent de milieux raciaux, sociaux et économiques différents, elles parviennent à s’allier pour atteindre un but commun. Elles ont compris qu’en agissant ensemble, elles étaient capables de tout. 
Steve M c Queen 

LES VEUVES est tiré d’une série britannique éponyme très populaire, créée par Lynda La Plante. Le film est réalisé par Steve Mc Queen, qui a obtenu l’Oscar du Meilleur film en 2013 pour 12 YEARS A SLAVE. “Je me revois, à l’âge de 13 ans, regardant à la télévision l’émission de Lynda La Plante”, se souvient Steve McQueen. “ Le fait que ces femmes parviennent à réaliser ce dont personne ne les croyait capables m’a marqué très profondément, d’autant plus qu’à cette époque je me sentais moi-même sous-estimé. Longtemps après, lorsque je suis arrivé à Hollywood, j’ai été frappé par la quantité d’actrices talentueuses qui n’avaient pas de travail. J’ai alors pris la décision de me lancer, une fois mon projet sur l’esclavage terminé, dans la réalisation d’un film axé sur les personnages féminins.” La célèbre auteur Gillian Flynn (Gone Girl) raconte que lorsqu’elle a été approchée par Steve Mc Queen pour écrire le scénario avec lui, elle a sauté sur l’occasion : “Il m’a téléphoné, et c’était un sacré coup de fil, sorti de nulle part. Il savait que je vivais à Chicago et cherchait à faire un film de braquage, autour de quatre femmes. J’étais déjà partante. Il prévoyait par ailleurs de tourner dans la ville où je vis et que j’adore (et que je considère sous-exploitée au cinéma). Il pensait mettre en scène tous les quartiers de la ville de sorte à en faire un personnage en soi. C’est si rare que le Chicago authentique soit mis en avant au cinéma, que j’étais prête à signer sur le champ. L’histoire, selon Gillian Flynn, propose une tournure originale par rapport au film de braquage classique car chaque personnage que l’on croise provient d’un milieu différent, que ce soit sur un plan ethnique, social ou économique. “Mon moment préféré dans les films de braquage, c’est lorsque le groupe se constitue” précise -t-elle. “Je tenais à montrer que si ces femmes se rapprochent, ce n’est pas parce que l’une d’entre elles est cambrioleuse de bijoux et l’autre experte en coffres-forts, ou autres aptitudes de ce genre, mais simplement parce qu’elles se retrouvent connectées les unes aux autres à travers leurs maris”. Steve Mc Queen a contacté le producteur Iain Canning aussitôt son projet amorcé. “Steve a grandi avec cette émission, qui représentait beaucoup à ses yeux du temps où elle était diffusée à la télévision, et une histoire qui tourne autour d’un groupe de femmes est plutôt rare” souligne le producteur. “C’était intéressant pour lui de s’aventurer sur un terrain inédit. Il a réalisé des films forts sur des sujets incroyables et le temps était venu pour lui de raconter cette histoire de femmes ordinaires dans un contexte tout à fait extraordinaire dans lequel elles doivent se battre pour leur survie”. Réalisateur et producteurs ont rassemblé un casting impressionnant pour le tournage du film. Selon Steve Mc Queen, il était fondamental que les acteurs se sentent à l’aise, “comme à la maison” pourrait-on dire. “C’est simple”, déclare le réalisateur, “ce sont tous de très bons comédiens et il faut créer pour eux un environnement qui leur permette d’expérimenter et d’explorer à loisir. J’espère parvenir à le faire et à leur fournir un espace de confiance, où ils peuvent tomber les masques, s’abandonner et multiplier les tentatives pour atteindre une certaine vérité”. 

L’actrice Viola Davis, récompensée aux Oscars, a été choisie pour incarner le rôle principal, qui doit recoller les morceaux de sa vie après la mort de son mari Harry (interprété par Liam Neeson) tué lors d’un braquage qui échoue. Viola Davis explique qu’elle n’aurait jamais imaginé avoir à jouer un tel personnage. “C’est un cap pour moi” considère-t-elle. “Je ne m’étais jamais imaginée dans un tel rôle. D’abord parce qu’il y a une belle scène d’amour. C’est aussi un film plein d’action, trépidant. C’était un rôle inattendu. Alors, quand Steve Mc Queen est venu me voir pour me dire qu’il me voyait, moi, dans ce rôle, j’étais euphorique.” Une fois cette agréable surprise passée, l’actrice révèle avoir été séduite par son personnage tout autant que par le scénario. “J’aime le cheminement de Veronica” reconnaît-t-elle. “J’aime le côté mystérieux qu’elle dégage, et en même temps elle me paraît familière. 

J’aime aussi qu’il y ait une histoire d’amour au cœur de l’intrigue.” Dans le film, Veronica est mariée à Harry Rawlings, un criminel professionnel interprété par Liam Neeson. Lorsqu’on les rencontre pour la première fois, le couple vient de connaître une perte tragique. “Ils sont totalement bouleversés par le deuil” souligne-t-elle. “Puis Harry meurt également… il ne lui reste rien, à proprement parler. Rien au niveau financier ; elle est émotionnellement épuisée. Mais elle décide de vivre”. Elle fait le choix d’aller de l’avant, en achevant le braquage que Harry était supposé mener à bien. Première étape : constituer son équipe, avec les veuves des comparses de Harry. “Au début, nous sommes toutes étrangères les unes aux autres” explique Viola Davis. “Nos seuls points communs sont que nos compagnons ont trouvé la mort ensemble et qu’ils étaient tous des cambrioleurs. C’est ce qui nous lie : nous sommes toutes ruinées et dans l’urgence de nous en sortir. Nous sommes en instinct de survie. En dehors de ce rapprochement, nous sommes diamétralement opposées.” Viola Davis ajoute que l’alchimie avec Liam Neeson a été très naturelle, particulièrement dans les scènes d’amour. “J’avais l’impression de très bien le connaître” remarquet-elle. “C’était une sensation agréable et en même temps, en étant dans le même lit que lui, à ses côtés, je pensais à tout ce que cela implique symboliquement en termes raciaux. Je sais que certains lèveront les yeux au ciel, mais je crois que cela mérite d’être souligné malgré tout ; mais voit-on souvent une femme comme moi avec un homme comme Liam Neeson, jouer les amoureux, ensemble, s’embrassant comme mari et femme ? ” Michelle Rodriguez joue le rôle de Linda, qui lutte pour maintenir à flot sa famille et sa boutique de vêtements, après la mort de son mari. 

L’actrice exprime ses réserves sur ce rôle dans un premier temps. “Je pense que j’avais peur que l’on puisse croire que la femme que j’incarne est faible” se souvient l’actrice. “Projeter une telle image de mon personnage était ma principale crainte, moi qui me suis toujours attachée à incarner des femmes aussi indépendantes que possible. Je suis sensible en particulier à l’image de la femme latino devant affronter le machisme de notre culture. C’est mon cheval de bataille”. Finalement, elle a décidé de surmonter sa peur de l’inconnu et a changé d’avis. “Steve et moi avons pris le temps d’en parler, et je pense que c’est un véritable artiste” confie-t-elle. “J’ai réalisé que je travaille depuis 15 ans dans des films d’action. C’est confortable mais j’ai peu de place pour continuer à évoluer et grandir”. Michelle Rodriguez décrit son personnage comme étant naïve et crédule au moment où nous la rencontrons. “Linda est tombée enceinte très jeune et a épousé son amoureux du lycée, elle a été mère très tôt. Elle n’a jamais vraiment eu à prendre de décision. C’est une fois veuve qu’elle va pour la première fois agir pour elle-même.” précise l’actrice. “C’est une femme dévouée qui aime son mari et sa famille”. Elizabeth Debicki, qui interprète Alice, la très sage immigrante polonaise, affirme qu’elle souhaitait intégrer le casting pour avoir la chance de tourner avec Steve McQueen. “Steve est extrêmement chaleureux et dégage beaucoup de générosité mais il est également très rigoureux. C’est quelque chose de précieux, particulièrement pour un acteur je crois, car les acteurs sont toujours à la recherche de quelqu’un qui va exiger davantage de leur part. Il va chercher à obtenir leur confiance afin qu’ils parviennent à tout donner, pour eux-mêmes et pour leurs rôles” explique-t-elle. 

Le personnage d’Elizabeth Debicki est marié à Florek, interprété par Jon Bernthal. Elizabeth la décrit comme la veuve ayant le moins de jugeote et la plus naïve du groupe. “C’était littéralement une poupée sous l’emprise de sa mère et elle a ensuite quitté cette domination maternelle pour se soumettre aux ordres d’un mari tyrannique” explique-t-elle. “C’est d’abord quelqu’un de complètement soumis, quelqu’un qui a complètement accepté comme une vérité absolue ce que les autres lui ont toujours asséné : qu’elle ne vaut rien et qu’elle ne s’en sortira jamais toute seule.” “En repensant à la trajectoire d’Alice à travers le film, je me rends compte à quel point le chemin parcouru est immense. Elle revient de loin, puisque c’est d’abord quelqu’un qui accepté de se conformer à tout ce qu’on a pu dire d’elle, qu’elle n’est rien, un objet, sans volonté ni désir propres…Alors qu’elle n’a aucune confiance en elle, elle finit par prendre sa vie en main ”. L’actrice souligne ainsi que le fait de rejoindre le clan des veuves permet à son personnage de développer enfin son amour-propre et son estime de soi. Cynthia Erivo, dont c’est le premier rôle majeur, interprète Belle, une femme qui intervient pour aider les veuves dans leur quête. “Je pense que c’est une vraie marque de confiance de la part de Steve Mc Queen d’avoir choisi une débutante pour un rôle comme celui-ci,” commente Cynthia Erivo à propos de la décision du réalisateur de l’engager. Cynthia Erivo apprécie particulièrement la force et la complexité de son personnage. “Elle est très directe, j’ai même envie de dire stoïque par moment. Elle vient du South Side et connaît bien le danger que représente cette zone,” note-t-elle. “Elle est mère célibataire et coiffeuse, elle est intelligente et n’a quasiment peur de rien. Elle sait instinctivement ce qu’elle a à faire pour survivre. Quand l’occasion se présente d’aider ces femmes, elle ne réfléchit pas deux fois.” 

Colin Farrell interprète le rôle de Jack Mulligan, un politicien qui se retrouve impliqué dans le plan d’action des veuves. L’acteur admet éprouver un peu de compassion envers son personnage, dont la destinée est écrite à l’avance à cause de sa lignée familiale. Jack, fils de Tom Mulligan, interprété par Robert Duvall, est censé suivre les traces de son père et devenir le futur conseiller municipal de la 18ème circonscription de Chicago. “Il s’agit pour mon personnage de perpétuer l’héritage familial en reprenant le flambeau de son père, qui a lui-même marché dans les pas de son propre père, mais au fond ce n’est pas son souhait. Ce n’est certainement pas ce qu’il rêve de faire,” explique Colin Farrell. Mais Jack ne doit pas seulement en découdre avec ses démons personnels : il se retrouve en compétition avec un opposant énigmatique. “Un changement politique semble se profiler, et l’adversaire electoral de Jack est un afro-américain bien sous tous rapports en apparence mais ayant en réalité un passé criminel, ” poursuit Colin Farrell. “Il décide de se ranger, et se présente contre Jack. Le secteur pour lequel ils sont candidats est de prédominance afroaméricaine, cela ne se présente donc pas bien du tout pour mon personnage.” Colin Farrell se dit honoré d’avoir travaillé avec le légendaire Robert Duvall. “Il est extraordinaire. Partager des scènes avec lui a été une expérience incroyable. C’est une icône du cinéma et j’ai eu la chance de travailler à ses côtés.” Le sentiment était réciproque : Robert Duvall a vu en Colin Farrell un acteur exceptionnel. “Nous étions à l’écoute l’un de l’autre” rapporte-t-il de leurs échanges sur le plateau. “Ce n’est pas forcément évident à faire, surtout quand on cherche à atteindre l’émotion juste, mais Colin est très bon là-dedans et j’adore quand un acteur arrive à rendre crédible un sentiment bien réel au sein d’un univers fictif.” 

Robert Duvall ajoute qu’au-delà d’avoir savouré la chance de travailler avec Steve Mc Queen, il a été convaincu par son personnage et la relation compliquée qu’il entretient avec son fils. “C’est un homme âgé, en plutôt mauvais état physique, et qui essaye malgré tout de garder un certain contrôle sur les choses,” raconte-t-il. “Même si son fils, avec qui il entretient un rapport amour-haine, est aux manettes, il s’évertue à lui dire qu’il faut qu’ils gardent cette ville sous leur emprise. Il s’agit de ‘leur’ ville. Ce sont eux qui l’ont faite. Il doivent en garder le contrôle, or son fils ne veut pas l’entendre.” Bryan Tyree Henry, connu pour son travail dans la série Atlanta, interprète Jamal Manning, l’opposant politique de Jack pour la 18ème circonscription à qui Harry doit de l’argent, comme le découvre Veronica. Bryan Tyree Henry désirait fortement faire partie de ce “projet spécial”. “L’histoire et le réalisateur ont assurément retenu mon attention. Mais c’est l’écriture qui m’a également semblé formidable,” précise-t-il. L’honnêteté de son personnage l’a particulièrement séduit. “Ça me parle,” ajoute-t-il. “C’est ce qu’il dit à Jack : ‘toute ta famille est sur ce secteur, vous avez mis en oeuvre des choses ici, mais regarde la réalité en face. Rien n’a avancé. Que nous avez-vous concrètement apporté ?’ ‘Moi, en revanche, j’ai quelque chose à apporter. Je pense que l’essentiel pour Jamal et son frère, c’est qu’ils sont issus de ces quartiers. Ils viennent de là. Ils ont vraiment à coeur le sort des gens de là-bas. Et, on le sait, en politique, la fin justifie un peu les moyens.” Bryan Tyree Henry s’est senti très proche de Daniel Kaluuya qui interprète Jatemme, le frère de Jamal, tout au long du tournage. “C’était une belle rencontre, j’ai eu l’impression que Daniel était un peu comme un frère pour de vrai et cela nous a permis d’orienter l’interprétation de nos personnages dans ce sens.” 

Daniel Kaluuya, que l’on a vu dans le thriller GET OUT de Jordan Peele, interprète le frère protecteur de Jamal. “C’est facile d’imaginer Jatemme comme les gros bras de Jamal, la brute ou le sbire qui exécute tous ses ordres mais en fait je pense que Jatemme souhaite le meilleur pour son frère et tient simplement à être présent” explique l’acteur. “Leur relation est profonde et sincère, car ils se savent soudés”. Daniel Kaluuya considère son personnage comme l’alter ego de Jamal mais dans une version “homme de la rue”. “C’est le Jamal des rues” explique l’acteur. “On comprend comment ils en sont arrivés là et Jatemme, de par ses agissements, leur a permis de recevoir le soutien et le financement de la communauté. Et pour cela, il fait des choses qu’il ne devrait certainement pas faire”. Outre l’aide qu’il apporte à son frère en politique, Jatemme utilise aussi la force auprès de Veroni - ca pour récupérer l’argent que Harry devait à Jamal. “Le défunt mari de Veronica a causé beau - coup de tort aux deux frères” souligne Daniel Kaluuya “et ils exigent réparation ; ils ne vont pas baisser les bras. Mais en période électorale, ils ont intérêt à agir en toute discrétion”. 

CHICAGO, UN PERSONNAGE À PART ENTIÈRE 

Il a tout de suite été question, pour les producteurs et le réalisateur, d’utiliser Chicago comme toile de fond de l’histoire. “À mes yeux, Chicago mérite toute notre attention” précise Steve M c Queen, “les réseaux politiques, raciaux, religieux, le maintien de l’ordre et la criminalité, sont autant de domaines qui s’enchevêtrent et intera - gissent”. Le réalisateur et son chef décorateur Adam Stockhausen ont échangé dès leur première rencontre sur la place à donner à la ville de Chicago dans l’intrigue. Ce dernier se souvient de leurs questionnements : “De quelle manière Chicago est-elle impliquée dans l’histoire du film ? Comment l’intégrer d’un point de vue thématique et visuel sans dénaturer son essence et son authentici - té, tout simplement comme elle est et pas comme nous pensons qu’elle devrait être ?”. Selon le producteur délégué Bergen Swanson, Steve Mc Queen s’est montré inflexible sur le fait de tourner à Chicago même, sans substitution possible, pour conférer une véracité totale. Les acteurs eux-mêmes ont été incités à considérer la ville comme un personnage à part entière. “Chicago est un des personnages” déclare Viola Davis. “D’un côté, c’est une ville dynamique, avec ses beaux restaurants et ses magnifiques gratte-ciels sur Lakeshore Drive, ses pelouses soignées et sa scène artistique impressionnante. D’un autre côté, s’élèvent les quartiers de Lawndales, de Garfield Parks et de Inglewoods, au fort taux de criminalité. 

La ségrégation règne et elle va de pair avec la corruption”. Bergen Swanson relève le soin porté à l’authenticité des lieux. Steve Mc Queen tenait à ne pas tricher sur les endroits filmés “et c’est pour cela que nous n’avons pas cherché à tourner à Atlanta et à faire passer la capitale de la Géorgie pour Chicago” précise le chef décorateur. “Par exemple, pour qu’un appartement à Lawndale soit filmé à l’endroit exact de la ville où il est supposé se trouver, nous avons parfois modifié des éléments du scénario pour coller à la réalité.” Nick Rafferty, régisseur chargé de trouver les lieux de tournage, évoque les prospections qu’il a faites avec Adam Stockhausen, aussitôt que ce dernier a atterri à Chicago. “Nous avons pris la voiture et avons passé tous les quartiers en revue. Adam voulait comprendre comment les quartiers et leurs atmosphères changent d’une rue à l’autre. Finalement, nous avons passé la ville entière au peigne fin. Les personnages proviennent tous de milieux très différents les uns des autres”. La création de plusieurs lieux univers distincts au sein du récit a été un des défis majeurs pour le chef décorateur Adam Stockhausen. “Comment restituer la spécificité de l’univers de chacune de ces femmes, de Jamal Manning ou de Jack Mulligan ? ” déclare-t-il. “Comment distinguer visuellement chaque arc narratif ? L’architecture de Chicago fait que beaucoup d’appartements se essemblent, il a donc fallu trouver des lieux radicalement distincts qui mettent en évidence de réelles différences et soient propres et adaptés à chacune des veuves. Chaque choix devait être motivé par les personnages et l’histoire et ne devait rien devoir au hasard”. “La maison des Mulligan est un lieu qui devait présenter des caractéristiques bien particulières“ précise Nick Rafferty. L’équipe a prospecté dans Hyde Park, dans la zone de Kenwood, un quartier historique où le Président Obama possède une maison. “ Nous cherchions un endroit qui implique au premier regard que ce conseiller municipal fait lui-même partie d’un héritage. 

Il appartient sans équivoque à la classe dominante, à l’Establishment de Chicago. C’est un propriétaire terrien. Nombre de ces demeures ont été bâties pour les magnats de Chicago.” Adam Stockhausen s’est vu en outre chargé d’une reconstitution d’époque de la 18è circonscription. “Nous avons fini par réaliser un mélange de la 18è circonscription historique et actuelle. Il y a des maisons luxueuses dans certaines zones isolées, à côté de bâtiments délabrés car ils sont abandonnés suite à de nombreux problèmes. Et ils sont vraiment collés les uns aux autres” explique-t-il. Le chef décorateur poursuit en mentionnant les nombreuses discussions et collaborations à propos de la résidence de Veronica. “Cet appartement-terrasse de grand standing, a des baies vitrées qui laissent pénétrer une lumière extraordinaire et peuvent rendre l’espace aussi chaleureux que glacial” relève-t-il. “Il peut se révéler vaste et donner une perspective immense sur toute la ville ou ressembler à une boîte qui renvoie l’image de ce qui s’y passe. Cette particularité plaisait à tout le monde je crois, et nous avons finalement utilisé les surfaces vitrées comme des miroirs reflétant la vie intérieure plutôt que comme un point de vue sur l’extérieur”. Le directeur de la photographie Sean Bobbit a travaillé étroitement avec le chef décorateur afin de traduire cinématographiquement les divers domaines représentés. “On peut montrer les différences avec subtilité par de nombreux biais, puisque le film s’étend des membres les plus riches et puissants de la société aux plus pauvres et démunis” explique Sean Bobbit. “Notamment par l’éclairage qui offre des nuances permettant de mettre en avant une chaleur plus grande chez les riches, qui sont à l’aise dans leur vie, entourés de couleurs ordinaires. En baissant la lumière on obtient des couleurs qui se mélangent et reflètent ainsi un désordre et un chaos propre aux plus pauvres”. 

Ce que le producteur Emile Sherman admire par dessus tout dans le travail de Sean Bobbit est sa capacité à passer avec facilité de plans “calmes” à l’action pure. “Que la scène soit dans le mouvement ou posée, Sean parvient à capturer son essence. Par moments dans le film, Viola se retrouve plongée en plein chaos. L’univers dans lequel ces femmes évoluent est dangereux et inquiétant et il arrivait sur le tournage que Sean cesse de bouger sa caméra pour laisser les actrices jouer dans l’ambiance déjà installée, sans modifier la lumière ni apporter d’autre changement et le cadre se créait naturellement. Je crois qu’il s’agit parfois de restreindre les interventions et ne pas trop en faire, et Sean sait parfaitement en prendre la mesure”. Afin d’ancrer le film dans la réalité, Steve Mc Queen a eu recours à la coach Tanera Marshall pour travailler l’accent de Chicago avec les acteurs. Elle décrit sa manière de procéder : “Je commence toujours par apporter des échantillons, pour avoir une base sur laquelle nos recherches pourront s’appuyer. Cela évite de tomber dans les stéréotypes. Je m’attache à reproduire les sons émis par une personne réelle, si bien que mon travail consiste à proposer divers échantillons aux acteurs et au réalisateur afin qu’ils évaluent lesquels correspondent le mieux aux personnages qu’ils créent. Je prends en considération l’ethnie, l’âge, le milieu social, les aspirations, tout ce qui caractérise la manière dont une personne parle. Je rassemble six ou sept échantillons et les leur soumets pour définir ensemble l’orientation de nos recherches”. Elle travaille ensuite auprès de chaque comédien individuellement, émettant des sons pour affiner la prononciation, l’intonation musicale, la résonance et la posture, explique-t-elle. En ce qui concerne les costumes, la chef costumière Jenny Eagan, a dû travailler main dans la main avec Steve Mc Queen et Adam Stockhausen, sur un champ très vaste afin d’habiller une multitude de personnages issus de milieux très divers. 

“Les personnages sont nombreux et se situent dans des zones aussi différentes que Lawndale ou Lake Shore Drive, ce qui implique des contextes socio-économiques très diversifiés, mais aussi des environnements ethniques et raciaux distincts. Il fallait être respectueux de toutes ces caractéristiques, leur correspondre, tout en créant une homogénéité pour que ce travail, si l’on peut dire, passe inaperçu.” “C’est très agréable de travailler avec Jenny” relève le producteur Iain Canning. Si vous observez les quatre héroïnes, on perçoit leur parcours, l’évolution de leurs personnages, de leurs garde-robes, on voit si ces changements sont dus à des circonstances économiques ou pas et comment se construisent leurs personnalités. Jenny a appréhendé sa mission avec beaucoup de réflexion et de méthode afin de préserver un aspect le plus naturel possible, sans s’interdire un peu de fantaisie pour le plaisir”. Selon la chef costumière, le personnage le plus facile à habiller a été celui qu’interprète Colin Farrell, Jack Mulligan. “On a visé juste, dès le premier coup d’oeil”, explique-t-elle. “Il s’agit d’un homme qui n’est pas exubérant mais riche, il porte donc des costumes élégants mais pas forcément du sur mesure. On est dans le prêt-à-porter, fabriqué en Amérique, c’est un homme facile à dépeindre, si bien que Colin est arrivé, a fait de rapides essayages et a immédiatement décrété que c’était parfait.” Pour le personnage de Jamal en revanche, le travail a été bien différent. “dans le processus de création de son personnage, nous avons demandé à l’acteur Brian Tyree Henry comment lui le voyait précisément. On aurait pu aller vers le clinquant. Mais nous avons opté pour un style adapté au profil du politicien qui rentre dans le moule de ce qu’on attend de lui et qui inspire confiance. Nous sommes donc restés sobres. Nous avons gardé en tête l’idée que Jamal puisse se rapprocher des gens dont il espère recueillir les voix, et Brian a été très réceptif à nos propositions”. 

ÊTRE FIDÈLE AU SCÉNARIO ET RESTER DANS LE VRAI 

Selon Bergen Swanson, Steve M c Queen avait à coeur de préserver le réalisme du film, sans effets qui puissent le ternir. “On peut remarquer dans le film une certaine simplicité dans les cascades ou dans les scènes d’action” annonce-t-il. “De grands événements se déroulent par moments mais ils restent toujours fondés sur la réalité. C’était une consigne majeure du réalisateur pour tous les départements techniques que de s’attacher à la véracité.” Outre les quatre protagonistes féminines, leurs maris et les différents univers représentés (dont certains ne se recoupent jamais), le film affiche plus de 80 rôles parlants, une équipe de 40 cascadeurs et plus de 80 lieux différents. Steve M c Queen et son équipe ont su s’adap - ter aux incessants changements de planning, constate avec admiration le producteur en relevant qu’ “avec tous ces déplacements, le moindre changement affectait le programme tout entier”. Iain Canning avoue qu’il leur a fallu surmonter quelques défis logistiques, surtout du fait d’un casting très impor - tant et international. “Ce qui nous a facilité la tâche c’est que beaucoup d’acteurs voulaient travailler avec Steve et faire partie du projet LES VEUVES même s’il fallait pour cela faire des compromis. Nous avons tous des agendas bien remplis, soit par des émissions de télévision soit par d’autres tournages de films, mais la formidable envie de chacun a aidé à la gestion de la logistique”. 

Le producteur ajoute qu’il n’y avait cependant pas lieu de se plaindre : les quelques conflits de planning occasion - nels, étaient “des problèmes de riches” au regard de la chance de collaborer avec autant de grands acteurs. La scène de poursuite en voiture, qui conduit à l’explo - sion de la fourgonnette en fuite et s’achève par la mort des cambrioleurs, met en scène de multiples cascades et a requis nombre d’effets spéciaux. Le superviseur de ces effets spéciaux, Michael Gaspar, évoque sa conver - sation avec Steve M c Queen à propos de cette scène : “Il m’a demandé de mettre en place un dispositif un peu différent de la traditionnelle explosion et de l’embrase - ment qui suit d’ordinaire”. Michael Gaspar détaille la complexité de l’exécution : “L’extrémité avant devait sortir du hangar en feu en tournoyant, il fallait maintenir les flammes vives pour respecter le scénario, tandis que l’arrière de la four - gonnette devait exploser et virevolter dans un bruit assourdissant”. L’équipe devait assurer un niveau de sécurité maximal et éviter tout dommage collatéral. “La grande difficulté était de faire apparaître l’avant de la camionnette hors du hangar sans que le bâtiment soit endommagé” expliquet-il. “L’exactitude de nos calculs lors de la réalisation des tests préalables était cruciale. Faire en sorte qu’une partie de la camionnette percute la voiture de police garée devant la porte a été le moment le plus critique”.

Source et copyright des textes des notes de production @ Twentieth Century Fox France

  


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