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vendredi 22 février 2019

MARIE STUART, REINE D'ECOSSE


Historique/Drame/Un très beau film

Réalisé par Josie Rourke
Avec Saoirse Ronan, Margot Robbie, Jack Lowden, Joe Alwyn, David Tennant, Guy Pearce, Gemma Chan, Martin Compston...

Long-métrage Américain/Britannique
Titre original : Mary Queen of Scots
Durée : 02h05mn
Année de production : 2018
Distributeur : Universal Pictures International France

Date de sortie sur les écrans américains : 21 décembre 2018
Date de sortie sur les écrans britanniques : 18 Janvier 2019 
Date de sortie sur nos écrans : 27 février 2019


Résumé : le destin tumultueux de la charismatique Marie Stuart. Épouse du Roi de France à 16 ans, elle se retrouve veuve à 18 ans et refuse de se remarier conformément à la tradition. Au lieu de cela elle repart dans son Écosse natale réclamer le trône qui lui revient de droit. Mais la poigne d’Élisabeth 1ère s’étend aussi bien sur l’Angleterre que l’Écosse. Les deux jeunes reines ne tardent pas à devenir de véritables sœurs ennemies et, entre peur et fascination réciproques, se battent pour la couronne d’Angleterre. Rivales aussi bien en pouvoir qu’en amour, toutes deux régnant sur un monde dirigé par des hommes, elles doivent impérativement statuer entre les liens du mariage ou leur indépendance. Mais Marie menace la souveraineté d’Elisabeth. Leurs deux cours sont minées par la trahison, la conspiration et la révolte qui mettent en péril leurs deux trônes et menacent de changer le cours de l’Histoire.

Bande annonce (VOSTFR)


Ce que j'en ai pensé : avec MARIE STUART, REINE D'ÉCOSSE, la réalisatrice, Josie Rourke, nous offre une superbe fresque historique. Sa mise en scène majestueuse fait cohabiter, entre autres, de magnifiques plans larges des paysages d’Ecosse, avec des scènes en clair-obscur à la façon des grands peintres classiques, ainsi que des moments donnant la sensation de voir une pièce de théâtre. 


Sa narration est fluide et elle nous fait rentrer dans cette histoire, a priori abrupte, en s’intéressant de près au ressenti et aux caractères bien trempés de ses héroïnes, les rendant au passage attachantes tant elle nous explique les implacables épreuves, difficultés et décisions qu’elles ont dû endurer en étant femmes de pouvoir dans une époque dirigée par des normes sociétales masculines. Elle dépeint un drame qu’elle rend passionnant parce qu’elle imbrique l’intime et les intrigues politiques sans fausses notes. 

Ce film a reçu deux nominations aux Oscars - meilleurs costumes ainsi que meilleur maquillage et coiffure – qui ne sont absolument pas usurpées. Il est d’ailleurs frappant de constater à quel point dès les premières images, on est transporté dans l’époque à la fois grâce à la maîtrise des ambiances et des décors, mais aussi grâce à la beauté et à la cohérence des costumes et des coiffures.

Saoirse Ronan, qui interprète Marie Stuart, surprend par sa sincérité. Elle exprime sous un dehors fragile, une intelligence aiguë et une force intérieure rayonnante. Elle est admirable dans ce rôle. 



Face à elle, Margot Robbie interprète la Reine Elizabeth I avec une grande crédibilité. Les deux actrices sont la pierre angulaire du film et de formidables représentantes de ces femmes battantes à la destinée incroyable. 


Elles sont entourées d’acteurs qui savent parfaitement mettre en avant les objectifs et les travers de leurs protagonistes tout en leur insufflant des personnalités bien spécifiques. Il y a notamment Jack Lowden qui interprète Lord Darnley, Joe Alwyn qui interprète Robert Dudley, David Tennant qui interprète John Knox et Guy Pearce qui interprète Sir William Cecil.


Copyright photos © Universal Pictures International France &  FOCUS FEATURES LLC. ALL RIGHTS RESERVED

MARIE STUART, REINE D'ÉCOSSE est un très beau film qui impressionne autant par l’histoire prenante qu’il raconte, que par son épatante réalisation soignée ou encore par le jeu impeccable de ses acteurs.

NOTES DE PRODUCTION
(À ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

DANS LES LIVRES D’HISTOIRE

Marie Stuart nait le 8 décembre 1542. Elle n’a que six jours quand son père, le roi Jacques V, meurt et lui laisse le trône d’Écosse. Elle passe une grande partie de son enfance en France, terre natale de sa mère, tandis que l’Écosse est gouvernée par des régents. En 1558 elle épouse le dauphin de France, qui devient le roi François II en 1559. Marie n’est reine consort qu’une seule année avant que François ne meure. En 1561, elle retourne en Écosse pour s’installer sur le trône qui lui revient.

Sa signature :

Élisabeth, née le 7 septembre 1533, est la fille d’Henri VIII et d’Anne Boleyn (qui est exécutée alors qu’Élisabeth n’a que deux ans). Son demi-frère Édouard VI succède à Henri VIII sur le trône d’Angleterre, puis c’est le tour de sa cousine Jeanne Grey (pendant neuf jours), suivie par sa demi-sœur la catholique Marie Ière (qui était le premier enfant d’Henri VIII, avec Catherine d’Aragon). Élisabeth devient reine en 1558.

UN RÉCIT HISTORIQUE SUR LES FEMMES ET LE POUVOIR
À L’INTENTION DU MONDE D’AUJOURD’HUI

En s’appuyant sur la biographie de John Guy, MARIE STUART, REINE D’ÉCOSSE rompt avec la fausse idée selon laquelle Marie fut une monarque faible ou une femme aux moeurs légères. Pour ses débuts de réalisatrice de cinéma, Josie Rourke, connue au théâtre pour ses mises en scènes inspirées, montre dans MARIE STUART, REINE D’ÉCOSSE les trahisons et la rébellion au sein de la cour, tandis que les hommes qui entourent Marie n’ont de cesse de conspirer pour sa perte. Avec, en toile de fond, la relation de Marie et de sa cousine, la reine Élisabeth. Ces deux femmes qui, de manière inattendue, se comprennent, se fascinent l’une l’autre et se lancent des défis, se trouvent dans l’obligation de faire d’importants sacrifices qui les opposent dans un monde dominé par les hommes, et de payer la rançon du pouvoir.

Pour les producteurs Tim Bevan et Eric Fellner (cofondateurs et coprésidents de Working Title) et pour la productrice Debra Hayward, ce film marque le retour à un sujet inépuisable, puisque ce sont eux qui ont déjà porté à l’écran l’histoire d’Élisabeth Ière, en 1998 dans Elizabeth, et en 2007 dans sa suite, Elizabeth : L’Âge d’or. Ces deux films réalisés par Shekhar Kapur, avec Cate Blanchett dans le rôle-titre, ont été récompensés aux Oscars. « Les films sur Marie Stuart existent depuis les débuts du cinéma », déclare Tim Bevan, « parce que c’est un personnage particulièrement fascinant. J’avais déjà produit les deux films sur Élisabeth, et c’est un monde qui m’intéressait. J’ai toujours pensé que Marie méritait un film à elle seule. Que ces deux femmes aient pu exister et gouverner dans un monde aussi masculin est incroyable. Pendant les dix ans que Marie passa en Écosse, sa vie fut particulièrement riche, avec deux mariages, deux batailles… On avait là beaucoup d’éléments dramatiques à exploiter ».

Les producteurs se sont aussi rendu compte que l’histoire de Marie, y compris sa relation avec Élisabeth, trouve un surprenant écho dans le monde contemporain. « Nous voulions centrer le film sur ces deux femmes qui s’imposent dans un monde masculin et qui apprennent à exercer le pouvoir », poursuit Tim Bevan. « Pour, à la fin, voir l’une se faire dominer par l’habilité de l’autre. J’ai senti que c’était pertinent, aujourd’hui, alors qu’on parle d’égalité au travail et de tous ces sujets dans les journaux, chaque jour. Voilà des femmes fortes qui se débattent avec le pouvoir, la politique et l’amour, des choses avec lesquelles nous nous débattons encore aujourd’hui ».

Pour cette production particulièrement ambitieuse qui embrasse les ressorts dramatiques les plus profonds des relations humaines, les producteurs savaient qu’il leur fallait un réalisateur hors du commun. À Londres, la directrice artistique du prestigieux théâtre The Donmar Warehouse, Josie Rourke, avait déjà signé des mises en scène révolutionnaires avec quelques-uns des meilleurs acteurs du moment. Diplômée de l’Université de Cambridge en littérature anglaise, elle s’imposa immédiatement comme la personne capable d’apporter au projet un regard raffiné et une inspiration visuelle originale.

« Malgré les limites imposées par les dimensions du théâtre, j’ai toujours trouvé le travail de Josie au Donmar fantastiquement visuel », dit la productrice Debra Hayward. « Il y a toujours eu quelque chose de saisissant dans son travail qui nous a menés à penser qu’elle pouvait passer derrière une caméra sans aucun problème. Et puis que ce soit une femme qui puisse raconter cette histoire nous paraissait particulièrement justifié aujourd’hui ».

Josie Rourke a tout de suite adhéré au projet. Selon elle, pour améliorer la vie des femmes d’aujourd’hui, il faut commencer par « renouveler l’image que nous avons de femmes célèbres, pour mieux raconter la vérité émotionnelle, historique et politique de la vie de ces femmes ». Elle était enthousiasmée à la fois par les possibilités artistiques qu’offrait cette histoire de femmes, et par la perspective de travailler avec l’actrice Saoirse Ronan, nommée aux Oscars, qui avait déjà signé pour interpréter Marie. « Ce qui m’a d’abord plu, c’était que Saoirse joue ce rôle, un rôle que je connais bien de par mon travail au théâtre, ajoute Josie Rourke. Saoirse est absolument extraordinaire et possède le registre nécessaire pour incarner le pouvoir, la cruauté, la souffrance et le sacrifice de Marie Stuart ».

Et puis l’idée de tourner une chronique de la relation entre Marie et Élisabeth plaisait à la réalisatrice. « J’ai vraiment eu envie que deux femmes dominent le récit et qu’elles mènent l’histoire. Il faut chercher longtemps pour trouver des films où les deux protagonistes qui font avancer l’histoire sont des femmes. Il doit y avoir CAROL, MULHOLLAND DRIVE, THELMA ET LOUISE… Ce film s’intéresse à l’obsession que ces deux femmes nourrissent l’une pour l’autre. Il aboutit à leur rencontre imaginaire, mais pendant tout le film Élisabeth a Marie dans la tête, qui envahit sa conscience et qui influence ses choix dans tous les domaines de l’existence. Les deux femmes ne peuvent que se comprendre sincèrement et totalement. Bien qu’elles fassent des choix très différents, Marie et Élisabeth sont les deux faces d’une même médaille. Le film est centré sur Marie, mais comme Batman a le Joker ou Sherlock Holmes a Moriarty, Élisabeth s’inscrit dans ce genre de relation psychologique intense. Et j’ai trouvé que ce serait extrêmement intéressant que ce soit, ici, deux femmes ».

Riche de ces idées précises sur la manière d’aborder la vie de Marie Stuart, Josie Rourke se tourne alors vers le scénariste et dramaturge Beau Willimon, nommé aux Oscars, auteur notamment en 2011 des Marches du pouvoir d’après sa propre pièce « Farragut North », puis de la série Netflix « House of Cards ». « Beau et moi avions l’envie de travailler ensemble depuis très longtemps », dit Josie Rourke. « Il compose brillamment les personnages de femmes, avec une grande complexité psychologique. C’est aussi un auteur très politique. Il est sensible à la rançon du pouvoir, qui est le thème essentiel du film. Ce que les gens aiment tant dans « House of Cards », c’est que ça ressemble aux drames de la Renaissance, au théâtre de la vengeance. Tout le monde conspire et complote. D’une certaine façon, c’est la période de notre histoire pendant laquelle fut inventée la politique moderne ».

À la recherche d’un regard fiable sur le parcours de Marie Stuart et sur ses relations avec ceux qui l’entouraient au plus près, Beau Willimon choisit la biographie de l’historien John Guy, "Queen of Scots : The True Life of Marie Stuart", un ouvrage qui détaille les revendications de Marie pour le trône et les répercussions de cette menace sur le règne d’Élisabeth. À sa sortie, le livre et les éléments qu’il dévoilait avaient été salués comme étant particulièrement nouveaux sur Marie et sur son histoire. John Guy y expliquait combien la réputation de Marie avait été abîmée par son entourage. Son livre cherchait à la sortir de ces clichés de souveraine médiocre aux mœurs légères.

« John Guy a le talent de rendre l’Histoire vivante », dit le producteur Tim Bevan. « Ce livre, ce n’est pas que de la pure érudition, il est palpitant. John se met à la place de Marie Stuart pour raconter son parcours avec son point de vue à elle, d’une manière très étayée. Beau et Josie ont adoré utiliser cet ouvrage comme point de départ ».

John Guy espérait que son livre apporte un regard nouveau, différent des précédents sur le même sujet. « Je me suis rendu compte qu’une bonne compréhension du rapport de force entre les deux reines brisait complètement les préjugés que nous avions sur Marie Stuart », dit-il. « Marie a été soumise à une campagne systématique des Anglais pour la discréditer, orchestrée par William Cecil. Il a trafiqué les archives de manière à ce qu’à première vue, on arrive aux conclusions qu’il voulait. Mais évidemment, comme dans l’affaire du Watergate, si on regarde de plus près, on découvre une histoire toute différente. C’était très important pour moi de dire la vérité sur Marie qui, dans l’Histoire, a souvent été comparée à Élisabeth, mais à son détriment. Les documents historiques existent, et ils n’attendaient qu’une chose : de venir étayer une version nouvelle de cette histoire ».

« John Guy avait mené une recherche implacable des détails et des faits historiques », ajoute Beau Willimon. « Dans son livre, il n’inventait rien. J’ai pu en tirer beaucoup de conclusions, en particulier sur la vie affective de Marie et sur celle d’Élisabeth. John m’a aussi beaucoup aidé dans mon travail par ses conseils quand je voulais prendre certaines libertés, ou bien condenser les faits afin de rendre la narration plus fluide. Son aide a été indispensable quand il a fallu faire certains choix qui nous éloignaient de la pure vérité historique mais qui ajoutaient une vérité, une émotion ou une atmosphère au service du cœur de l’histoire de ces deux femmes ».

Le scénario de Willimon s’empare de toutes les complexités des deux cours royales et des deux souveraines qui y régnaient. « Il a brillamment centré l’histoire autour de ces deux femmes et de ce que chacune imagine que l’autre a dans la tête », dit Tim Bevan. « Toutes les intrigues et les manigances autour d’elles sont bien là, ainsi que des personnages très bien campés ».

« Je crois que ce qui m’a le plus motivé dans ce projet, c’est la solidarité féminine entre Marie et Élisabeth », ajoute Beau Willimon. « Ces deux jeunes femmes étaient les seules à pouvoir comprendre ce qu’être à la place de l’autre voulait dire. Il existait donc un lien profond entre elles, en même temps qu’une rivalité. Chacune veut le trône de l’autre : on a ainsi ce va-et-vient continuel entre la solidarité féminine et la rivalité, entre l’amour pacifique et l’hostilité qui mène à l’intrigue et à la guerre ».

Bien que la productrice Debra Hayward connaisse bien cette période, puisqu’elle avait déjà travaillé avec Tim Bevan et Eric Fellner sur les deux films sur Élisabeth, elle avoue que ce projet l’a aidée à mieux apprécier ces deux femmes parmi les plus mal comprises de tous les temps. « Je connaissais les moments forts : les mariages et évidemment l’enfant, l’emprisonnement, la décapitation et la relation avec Élisabeth. Pourtant, ce n’est que lorsque nous nous sommes plongés dans le livre de John Guy qu’une autre facette de sa vie nous est apparue, et c’est ce que nous avons mis à l’écran. Nous présentons Marie, c’est certain, sous une nouvelle lumière ».

« C’était une époque de patriarcat, ajoute Josie Rourke. En cela, c’est une histoire assez moderne. Le film parle de la force féminine, mais aussi du prix que ces deux jeunes femmes ont eu à payer, avec une immense responsabilité sur leurs épaules, en faisant beaucoup de sacrifices pour régner».

LE CASTING DU FILM : DONNER VIE À L’HISTOIRE.

L’actrice irlandaise Saoirse Ronan est destinée à interpréter Marie Stuart depuis des années, la première fois, elle avait à peine 18 ans, quand elle a signé pour une ancienne version d’un biopic de la malheureuse souveraine. “Déjà à l’époque, je me suis sentie des affinités pour l’Écosse et son histoire, probablement parce qu’il y a, je pense, beaucoup de points communs entre l’histoire de l’Écosse et celle de l’Irlande” précise Saoirse, qui a maintenant 24 ans. “L’idée de jouer une reine si importante pour les Écossais et qui a un tel parcours était vraiment passionnante. Je savais que son histoire méritait d’être racontée. En tant qu’actrice, c’était un rôle exceptionnel et je savais combien j’avais de la chance qu’on me fasse confiance. Ce n’était pas quelque chose que j’allais laisser tomber. J’ai toujours cru que cette chance se représenterait en temps voulu”.

Tim Bevan et Eric Fellner de Working Title connaissaient Saoirse Ronan depuis le tout début de sa carrière, car en 2007 ils avaient produit REVIENSMOI qui avait valu à l’actrice une nomination aux Oscars dans le rôle de Briony Tallis. “J’ai pensé que Saoirse avait, en tant qu’actrice, toutes les qualités requises pour incarner Marie Stuart”, dit Tim Bevan. “Elle a surtout une volonté de fer. La seule personne à qui je peux la comparer est Cate Blanchett quand elle a tourné Elizabeth. Nous avons connu Saoirse quand elle était toute jeune, sur le tournage de REVIENS-MOI, et nous avons vu évoluer sa carrière. Depuis, Saoirse a fait un travail remarquable et elle est capable d’incarner n’importe qui. D’une certaine manière, nous avons eu de la chance de devoir attendre quelques années car elle a probablement désormais l’âge du rôle”.

Il était compliqué de trouver une actrice qui puisse incarner Élisabeth en s’imposant à l’écran comme Saoirse Ronan. Dès le début, Josie Rourke pensait que Margot Robbie serait le bon choix. L’actrice australienne avait engrangé un immense succès critique et commercial avec Le Loup de Wall Street et Suicide Squad, avant d’être nommée pour la première fois à l’Oscar pour le rôle principal du biopic de Tonya Harding en 2017, Moi, Tonya. Josie Rourke écrivit à Robbie personnellement en lui expliquant sa vision du film et pourquoi elle avait besoin d’elle pour interpréter Élisabeth.

Pourtant, au début, Margot Robbie éprouva de l’inquiétude à l’idée d’endosser le rôle de l’icône. “J’étais vraiment intimidée par le projet, d’autant plus que la dernière à avoir incarné Élisabeth était l’actrice que j’admire le plus, Cate Blanchett”, dit-elle. “Mais Josie m’a expliqué qu’elle voulait que je la joue comme une simple jeune femme. Dès que j’ai cessé de penser à Élisabeth comme à une reine et que je l’ai abordée comme étant d’abord une femme, j’ai été capable de la comprendre. Je supposais naïvement qu’elle avait eu une existence très facile, alors que l’enfance d’Élisabeth fut éminemment traumatisante. Et bien sûr, ça ne s’est pas arrêté quand elle est arrivée au pouvoir. J’ai passé beaucoup de temps avec John Guy qui m’a raconté les choses dans le détail, et qui m’a expliqué ce qu’Élisabeth avait vécu personnellement et intimement”.
“J’étais très enthousiaste à l’idée de travailler avec Josie, Saoirse et Debra, ces femmes qui sont respectivement réalisatrice, actrice principale et productrice. Le rôle me faisait un peu peur, mais le projet était en lui-même une perspective tellement formidable”.
Tout aussi importants que les deux reines au centre du film, Josie Rourke et les producteurs allaient choisir des dizaines d’acteurs pour interpréter tous les autres rôles historiques. À commencer par le demi-frère de Marie Stuart, Moray, qui dirigea l’Écosse pendant les dernières années de son absence. Moray accueille Marie avec suspicion à son retour de France en 1561, après la mort de son mari.

“Au début du film, Moray est régent d’Écosse et espère que Marie ne sera qu’une marionnette à sa merci”, raconte le comédien James McArdle. “Il a durement oeuvré à la paix et à la stabilité du pays, et le peuple l’apprécie. Aussi est-il un peu choqué par la force et par l’énergie que montre Marie dès son arrivée. Moray sous-estime aussi son intelligence et son pragmatisme. Lui, c’est un animal politique. Astucieux et farouchement intelligent, il se démène avec les sentiments qu’il éprouve pour sa soeur. Le problème de Moray, c’est qu’il est illégitime et qu’il a besoin d’être reconnu. Il sait au plus profond de lui-même qu’il est le meilleur dans cette situation”.

Mais Marie n’a pas la moindre envie de se conduire en simple figure de proue. Elle souhaite gouverner et rester fidèle à sa foi catholique. Elle est cependant suffisamment habile pour promettre de respecter toutes les religions. Elle reconnaît même sa parente, Élisabeth la protestante, comme reine d’Angleterre. Tout ce que demande Marie, c’est d’hériter du trône d’Angleterre si jamais Élisabeth n’a pas d’enfant. C’est un brillant compromis, un geste fraternel que les hommes autour d’Élisabeth, en particulier son principal conseiller Cecil (Guy Pearce), tentent immédiatement d’empêcher. Les décisions de Marie contrarient aussi immédiatement les hommes de pouvoir à sa cour, et parmi eux Lord Maitland, interprété par Ian Hart.

“Maitland était le secrétaire d’État, le représentant du gouvernement à la cour d’Écosse”, précise Hart. “En réalité, il gouvernait le pays en l’absence de Marie. Il y avait le régent, mais le régent recevait les ordres du parlement et pas l’inverse. Marie arrive alors avec ses propres projets. John Guy a décrit mon personnage comme étant un Machiavel écossais. Il n’était certainement pas très sympathique, mais sa famille se maintenait au pouvoir. Pour être si malin, pour s’en sortir alors que tous les autres se font assassiner, il faut une bonne dose de ruse et d’esprit”. Marie avait un autre puissant ennemi en la personne de John Knox, à la tête de l’Église protestante d’Écosse, interprété par David Tennant. “Il a consacré sa vie à chasser le catholicisme, aussi arrive-t-il à la cour de Marie Stuart avec quelques réserves, parce qu’elle ramène le catholicisme en Écosse, et aussi parce qu’il refuse que les femmes accèdent au pouvoir,” dit Tennant à propos de Knox. “Si on considère le personnage aujourd’hui, il apparaît comme un dinosaure d’avant la Réforme, mais c’était un homme persuadé qu’il avait Dieu de son côté”.

Dans les deux cours royales, les hommes se demandent si Marie ne va pas se remarier. En Angleterre, Cecil presse Élisabeth de trouver un mari et d’avoir un enfant. Pour lui, le retour de Marie en Écosse rend le mariage d’Élisabeth plus nécessaire encore. Il craint que Marie donne naissance à un héritier avant Élisabeth. Mais Élisabeth résiste au mariage, craignant, à juste titre, qu’un époux quel qu’il soit tente de la dominer et d’usurper le trône. Élisabeth se satisfait de sa relation intime avec Dudley (Joe Alwyn), un courtisan qui a compris qu’elle ne se mariera jamais.

“Robert Dudley et Élisabeth ont grandi ensemble et ont souffert ensemble”, raconte Joe Alwyn. “Ils ont été emprisonnés au même moment dans la Tour de Londres et ils ont chacun traversé des épreuves depuis leur plus jeune âge. Il est loyal envers Élisabeth, et son amour pour elle est plus fort que tout”. “Ce qui m’a marqué, c’est la bonté et la fidélité dont il était capable. Tout le monde se doutait bien qu’ils étaient amoureux, mais personne ne savait à quel point. Elle était à l’évidence sa préférée. Il passait beaucoup de temps dans sa chambre à coucher, ce qui créait des frictions dans l’entourage”.

De même, l’affection que Marie Stuart porte au musicien David Rizzio (Ismael Cruz Cordova), dont elle préfère la compagnie à celle des nobles et de la famille royale autour d’elle, est perçue avec suspicion et profonde inquiétude. “David Rizzio fait son entrée comme musicien à la cour de Marie Stuart”, précise Ismael Cruz Cordova. “Il devient rapidement le confident et le bras droit de la reine. Rizzio est un peu comme un caméléon avec ses couleurs, son mystère, son côté charmeur et séducteur. Il a l’esprit rebelle et il est très en avance sur son temps”.

Cecil dépêche l’ambassadeur d’Écosse, Lord Randolph (Adrian Lester), pour suggérer à Marie d’épouser un Anglais, ce qui permettrait à l’Angleterre de contrôler en partie ses décisions. Marie repousse cette idée avec beaucoup d’habileté politique et d’élégance, ce qui impressionne Randolph et lui fait dire que Marie est “redoutable”.

“Jouer un second rôle n’est gratifiant que si votre personnage pèse dans l’intrigue et si certains enjeux dramatiques sont entre ses mains, dit Adrian Lester. Le scénario m’offrait les deux. Thomas Randolf se trouvait dans une position particulièrement délicate entre les deux monarques. Il devait obéir aux instructions de l’une tout en courtisant et manipulant la volonté de l’autre. En n’oubliant jamais que Marie était reine”.

Suite au Compte rendu de Lord Randolph, Élisabeth envoie Dudley comme prétendant auprès de Marie. Dudley est récalcitrant, mais Élisabeth lui fait remarquer que s’il épouse Marie, ils pourront, ensemble, contrôler la reine d’Écosse. Marie repousse très vite Dudley et insiste pour rencontrer Élisabeth, comme il était prévu, pour discuter de son offre de reconnaître la légitimité d’Élisabeth si celle-ci accepte de lui céder son trône après elle. Élisabeth contracte la variole et annule la rencontre. Apprenant la maladie potentiellement mortelle d’Élisabeth, Marie lui envoie une missive dans laquelle elle propose maintenant d’épouser Dudley à condition d’être nommée héritière de la couronne d’Angleterre.

Élisabeth guérit de la variole. Marie trouve un nouveau prétendant, Lord Darnley, interprété par Jack Lowden. Darnley fait partie de la noblesse anglaise, mais il est catholique et ses racines sont écossaises. Lui aussi est prétendant à la couronne anglaise. 

En se mariant, ces deux catholiques qui revendiquent l’un et l’autre le trône d’Angleterre vont présenter une réelle menace pour Élisabeth. Les Anglais tentent d’empêcher le mariage. Moray aussi s’oppose à ce que l’on défie la volonté anglaise. Il se retire de la cour pour protester et menace de se rebeller. Marie épouse Darnley malgré toutes ces désapprobations. Mais Darnley n’est pas exactement un mari idéal. Il veut gouverner à la place de Marie, en tant que roi d’Écosse. Il a aussi une soif inextinguible de plaisirs.

“Darnley était déjà l’un des prétendants de Marie Stuart alors qu’il convoitait le trône pour lui-même”, précise Jack Lowden. “Il est l’héritier présomptif d’un immense domaine en Écosse. Son père est écossais, mais Darnley est né dans le Yorkshire, en Angleterre. La cour anglaise pensait que c’était une bonne idée d’envoyer un Anglais pour garder Marie sous contrôle. Mais Darnley a ses propres ambitions. Il n’est jamais passif dans un coin, il est toujours au centre de l’attention. C’est un homme politique efficace, du moins le pense-t-il, mais il a ses faiblesses : les femmes, les hommes, la boisson, le pouvoir”.

“Il y a en ce moment toute une pépinière de nouveaux acteurs britanniques incroyablement prometteurs”, dit la productrice Debra Hayward. “Nous avons eu beaucoup de chance pour le casting des rôles masculins. Avec Joe Alwyn, James McArdle, et Jack Lowden, nous avons les trois meilleurs jeunes comédiens anglais de leur génération”.

Marie se rend vite compte que son nouveau mari est plus intéressé par Rizzio que par elle-même. Elle est trahie par son mari et par Rizzio, son ami le plus proche. Son mariage est en ruines, son trône en danger. Élisabeth est persuadée par Cecil de fomenter une rébellion contre Marie. Cecil procure les fonds dont Moray a besoin pour alimenter la guerre civile dans le royaume de Marie. Guy Pearce était très heureux d’interpréter Cecil qui fut, pendant 40 ans, le premier conseiller de la reine Élisabeth. “C’était un politicien fin et subtil, mais certainement impitoyable aussi”, précise Guy Pearce. “Son principal objectif était de soutenir Élisabeth dans son rôle mais aussi de soutenir le protestantisme et de débarrasser la monarchie de tout catholicisme. Cecil et Élisabeth se connaissaient bien avant qu’elle ne devienne reine. Leur relation était devenue presque comme celle d’un père et d’une fille. Il était par ailleurs aussi un mari respectueux et aimant, et je pense qu’elle admirait autant cette loyauté que son habileté politique”.

Avec l’aide de Bothwell (Martin Compston), son fidèle lord grand-amiral, Marie commande les troupes écossaises et en finit avec la rébellion dirigée par Moray, son demi-frère. Marie est un chef charismatique et efficace qui réunit sous la même bannière les catholiques et les protestants.

Son nouvel acte politique va être de fournir un héritier qui assurera ses droits au trône d’Angleterre si jamais Élisabeth disparaissait sans descendance.

Elle oblige Damley à remplir son contrat et à lui faire un enfant. Marie tire de son statut de reine enceinte la grande autorité de celle qui va donner naissance à un héritier. Cette grossesse affaiblit Darnley, car une fois l’enfant né Marie n’aura plus besoin de mari. Son autorité sur les hommes de sa cour est aussi renforcée, ce qui nourrit encore la rancoeur de leur part envers cette reine et son pouvoir accru.

John Knox et le père de Darnley, le comte de Lennox, sont déterminés à faire tomber Marie. Lennox rend visite à Moray qui se cache dans la clandestinité. Moray, Lennox, Maitland et Knox répandent ensemble la fausse nouvelle que Marie est la maîtresse de Rizzio. Ils persuadent Darnley d’accepter ce mensonge et de signer une entente avec une quarantaine de lords selon laquelle Rizzio doit être éliminé pour ce prétendu adultère. Rizzio est sauvagement assassiné dans les appartements de Marie par les lords écossais, en présence de la reine sur le point d’accoucher. Elle est placée en résidence surveillée et Moray est de nouveau au pouvoir. Marie, en manipulant l’orgueil et la faiblesse de Darnley, arrive à défaire cette seconde rébellion et, avec l’aide de Bothwell qui a évité l’assassinat, réunit une armée qui oblige son frère et Maitland à se rendre.

Une fois de plus victorieuse des rebelles qui mettent son trône en danger, Marie donne naissance à Jacques, héritier des couronnes d’Angleterre et d’Écosse. Faisant acte de fraternité et dans une avancée politique de génie, Marie écrit à Élisabeth en lui proposant une réconciliation et de devenir la marraine de Jacques. Ceci pousse Élisabeth à envisager de nommer Jacques son héritier, ce qui met Cecil hors de lui.

Marie pardonne Élisabeth, Moray et Darnley. Malgré les pressions exercées par sa cour et par Bothwell pour qu’elle bannisse Darnley, Marie lui sauve la vie mais le condamne à vivre isolé et sous surveillance. C’est alors que s’organise le troisième complot contre Marie. Maitland fait croire à Bothwell que Marie a besoin de lui en tant que mari solide. Bothwell organise en secret l’assassinat de Darnley et profite de la situation pour enlever Marie et la forcer à l’épouser. Pendant ce temps, Knox et Maitland font courir le bruit que Marie est impliquée dans le meurtre de Darnley et la traitent de putain pour s’être mariée avec Bothwell.

Pour Martin Compston, “Lord Bothwell était le troisième mari de Marie. Historiquement, il était son protecteur. Puis il l’enleva et la força au mariage, pensant que lui-même pourrait être roi. J’ai bien aimé son aversion silencieuse et son mépris pour tous les comploteurs, pour les coups de poignards dans le dos, pour les stratégies. Bothwell, c’est quelqu’un de très "cash" ”.

En Écosse, la réputation de Marie est mise à mal. Les fausses informations de Knox se sont répandues dans l’imaginaire du peuple et il est impossible à Marie de lever une armée pour combattre Maitland et son frère qui, une fois de plus, s’est retourné contre elle. Moray a aussi enlevé son fils Jacques. Il a l’intention de gouverner l’Écosse en tant que protecteur de l’enfant, comme il l’avait déjà fait pendant l’absence de Marie quand elle était plus jeune.

Pour James McArdle, “ce film, c’est bien plus que l’histoire de la décapitation d’une monarque. Il est terriblement pertinent et contemporain. Il aborde de grands thèmes universels tels que la famille, l’amour et la trahison. L’histoire raconte comment ces femmes de pouvoir combattent le patriarcat, la misogynie et la phallocratie qui les entourent”.

Le film raconte la trajectoire de Marie à travers l’Écosse. Pour l’apogée du film, Beau Willimon et Josie Rourke ont imaginé la rencontre entre les deux reines. Dans cette scène inventée, elles se trouvent face à face pour la première fois. Marie plaide auprès de sa cousine pour une aide militaire contre les forces qui, à nouveau, menacent son trône. Élisabeth se trouve devant un problème de conscience. Ses sentiments envers Marie sont fraternels, mais ne peuvent contrer les lords protestants. Le sentiment de supériorité de Marie se dévoile quand elle se décrit comme étant la souveraine d’Élisabeth. Élisabeth quitte alors la réunion secrète. Ce sera le début du long emprisonnement de Marie Stuart en Angleterre.

Cette scène représente ce que Beau Willimon considère comme la “vérité émotionnelle” de l’histoire. Elle s’inspire des nombreuses lettres que les deux femmes échangèrent, y compris celle découverte par John Guy qui montre que leur fraternité perdura même quand Marie fut retenue en captivité.

Dans la scène finale du film, Élisabeth signe le mandat ordonnant l’exécution de sa cousine. Des lettres ont été découvertes, que l’on pense de la main de Marie, qui prouvent qu’il y eut un complot pour attenter à la vie d’Élisabeth. Marie est exécutée pour trahison en 1587. Nous voyons la scène telle que se la figure Élisabeth. Tandis qu’elle-même approche de l’image qui nous est si familière, Marie, dans l’imagination d’Élisabeth, demeure la jeune reine dont elle avait découvert le portrait quelque vingt ans auparavant. Élisabeth aura régné pendant presque quarante-cinq ans. Marie finira la tête sur le billot et passera à l’immortalité, celle d’une martyre catholique, d’une icône, la mère du premier monarque qui réunira sous la même couronne le royaume d’Écosse et celui d’Angleterre, Jacques Ier.

“Il y a tant de façons de se projeter dans cette histoire”, ajoute Margot Robbie. “C’est vraiment une étude de caractères. On oublie vite qu’ils sont tous d’origine royale. Ils deviennent des êtres humains comme les autres. Et il faut ajouter que les questions de politique des genres sont on ne peut plus actuelles. C’est amusant d’explorer un monde et une époque dont on ne sait presque rien, mais c’est aussi important de pouvoir faire le lien et de reconnaître les qualités très humaines de ces personnages. C’est une histoire très émouvante et importante dans le contexte actuel”.

“Marie a eu sur moi un effet comme peu de personnages depuis très longtemps”, confie Saoirse Ronan. “Je me suis sentie plus forte grâce à elle. On est souvent confrontés à des décisions difficiles à prendre, et c’est véritablement rassurant de voir une jeune femme dans une telle position, de pouvoir éprouver les mêmes doutes. Que vous ayez le pouvoir par la grâce de Dieu ne vous empêche pas d’avoir peur et d’être vulnérable. Ce que j’ai retenu de Marie, c’est qu’elle a pris ses responsabilités et qu’elle a tracé son propre chemin. J’ai trouvé que c’était un rôle très stimulant”.

LA RENCONTRE DES DEUX REINES

Dans la tradition plusieurs fois centenaire des représentations de la vie d’Élisabeth et de Marie Stuart, MARIE STUART, REINE D’ÉCOSSE imagine à son tour une scène de rencontre entre les deux souveraines. Cette scène est le coeur du film, c’est le grand moment paroxystique de ce drame historique. Le choix d’amener Marie et Élisabeth à un face-à-face permet d’exprimer une humanité entre ces deux femmes de pouvoir qui n’étaient pas ennemies mortelles et qui cherchaient plutôt le compromis. Cette version va à l’encontre de la perception habituelle des deux rivales qui se crêpaient le chignon, et propose un regard nouveau sur leur histoire.

Bien qu’il n’existe aucune preuve historique d’une telle rencontre, les dramaturges ont voulu l’imaginer depuis bien longtemps. Dans le passé, elle a été décrite entre autres dans la pièce de Friedrich Schiller “Marie Stuart” et dans l’opéra de Donizetti “Maria Stuarda”. “La scène s’est avérée absolument nécessaire”, dit Josie Rourke, la réalisatrice. “Car, jusqu’à ce moment où leurs regards se croisent, on ne peut pas comprendre ce que Marie et Élisabeth ont traversé, ce qu’elles ont vécu et enduré”.

“Quand j’ai commencé à parler du projet, j’ai beaucoup fait allusion à HEAT de Michael Mann. En quelque sorte, notre film se réclame de la même dynamique. Et il y a bien sûr dans HEAT cette scène énorme, ce véritable morceau de bravoure où deux grands acteurs s’affrontent”.

Et l’historien John Guy d’ajouter : “Marie a toujours soutenu, comme Élisabeth à quelques reprises, que si elles avaient une conversation en tête à tête, elles réussiraient à surmonter leurs différends. C’était en quelque sorte la fraternité selon les Tudor. Les deux femmes avaient affaire aux mêmes situations, tensions religieuses et conspirations”.

“La façon dont la rencontre se déroule dans le film est extraordinaire. Et elle n’est pas si éloignée que ça de la vérité historique”. En 2010, de nouveaux documents apparurent, dont une lettre dans laquelle Élisabeth s’adresse à Marie en tant que femme, en parlant de “reines-soeurs”. Elle se rappelle la profonde affection qu’elle éprouvait autrefois à l’égard de Marie et évoque l’idée de deux reines qui gouverneraient en voisines sur la même île. Élisabeth déplore les luttes et les jalousies qui les ont éloignées. Elle termine en disant que si jamais Marie souhaite une ultime réconciliation, elle lui enverra un de ses secrétaires afin d’entamer un dialogue. Pour John Guy, “bien que nous sachions que la rencontre des deux reines n’a jamais eu lieu, il y avait certainement là un espoir”.

Pour Saoirse Ronan et Margot Robbie, tourner cette séquence fut une inoubliable expérience. “D’un commun accord nous avions décidé qu’il était préférable de ne pas nous croiser pendant que nous incarnions nos personnages. Le jour du tournage, nous nous sommes évitées autant que possible”, dit Saoirse. “Ils se sont arrangés pour que je sois d’un côté du plateau et elle de l’autre. Quand nous nous sommes enfin vues après des semaines de répétitions, trois semaines de tournage pour elle et cinq ans d’attente pour moi, nous ne pouvions nous empêcher de trembler. C’était bien plus que de partager un gros sanglot pendant la scène. Nous sentions que le moment nous dépassait. C’était extraordinaire de sentir un tel lien avec quelqu’un alors que nous n’avions qu’une seule scène en commun”.

Ce fut l’un des moments les plus mémorables de ma vie d’actrice”, ajoute Margot Robbie. “Nous n’avions encore jamais vu l’autre en perruque, en costume et maquillée. C’était mon dernier jour de tournage et c’était extrêmement fort. J’en étais arrivée là, et c’était si profond et si énorme que j’ai complètement oublié que j’étais sur un plateau de cinéma. Pendant une minute, la situation a dépassé tout ce qui nous entourait. C’était intense, magique et bouleversant”.

Cette séquence n’est, bien sûr, pas le seul choix artistique important qu’a fait Josie Rourke et qui marquera MARIE STUART, REINE D’ÉCOSSE. Elle pense profondément que le secret d’un bon casting est de trouver les acteurs qui conviennent aux rôles sans tenir compte de leur appartenance ethnique. Elle est donc allée chercher des acteurs d’origines très différentes pour incarner des personnages de l’histoire anglaise ou écossaise.

“En auditionnant certains acteurs, il était assez émouvant d’entendre beaucoup d’entre eux exprimer qu’ils n’avaient jamais eu l’occasion de jouer dans un fi lm en costume d’époque”, dit la réalisatrice. “Ce sont parmi nos meilleurs acteurs britanniques, de grands talents classiques. Ils ont interprété sur scène, dans beaucoup de pièces de Shakespeare, des rôles semblables mais n’ont jamais pu le faire au cinéma. Pour certains, c’était l’aboutissement inespéré du rêve de toute une vie. Et pour moi c’était simplement l’occasion de profi ter de réels talents”.

Le propos artistique de Josie Rourke pour décrire l’histoire de Marie, s’étend aussi à la vie personnelle des gens de la cour, et en particulier à la description, dans le fi lm, de la relation de la reine avec Rizzio. Historiquement, Rizzio était très important à la cour de Marie Stuart. Il participait aux différents jeux et aux mascarades avec les “Four Maries”, les dames de compagnie de Marie (jouées par Maria Dragus, Izuka Hoyle, Eileen O’Higgins et Liah O’Prey). Certains de ces jeux se faisaient très intimes et alimentèrent la rumeur selon laquelle Rizzio était trop proche de Marie.

Pour John Guy, ce qui est concrètement montré à l’écran, c’est la relation de Rizzio avec Darnley, l’époux de Marie. “On a la preuve historique d’une courte relation sexuelle entre Darnley et Rizzio”, dit-il. “Darnley était bisexuel comme c’était la mode parmi les jeunes courtisans hédonistes en France. Les contemporains avaient leur manière de divulguer les excès sexuels, et quand Darnley était décrit, les allusions n’étaient pas gratuites. Peu de temps après le mariage de Marie avec Darnley, Rizzio fut décrit comme “le seul maître de Darnley” et l’homme qui “s’occupe de tout”. Rizzio fut l’amant de Darnley pendant quelque temps et on les surprit ensemble au lit”.

Notes de production

Avant que le tournage ne commence, la réalisatrice Josie Rourke insista pour obtenir deux semaines complètes de répétitions. C’est une méthode qu’elle juge essentielle pour aider les acteurs à prendre la mesure des personnages historiques hors normes qu’ils vont devoir incarner. “Josie a une manière très fine de puiser dans les personnages et de rapprocher les acteurs”, raconte Saoirse Ronan. “Elle nous a rappelé que nous incarnions de jeunes personnes qui éprouvent l’amour, ou la peur, ou l’insécurité pour la première fois. Elle a tout ramené à des proportions humaines et nous a fait oublier que nos personnages étaient des têtes couronnées. Nous interprétions des gens normaux qui éprouvaient des sentiments humains. C’était fascinant, et nous avons pris tout le temps nécessaire pour nous en imprégner”.

Pour Saoirse, le temps partagé avec John Guy pendant cette période de répétitions fut lui aussi extrêmement utile. “John a une connaissance encyclopédique de toute cette période. Je n’oublierai jamais d’avoir lu dans son livre que quand Marie a été exécutée, ce ne fut pas d’un coup de hache net… Ils ont mal visé, et la lame s’est fracassée contre son crâne. Ce fut une décapitation atroce. Marie était en train de réciter une prière en latin quand finalement la tête s’est détachée de son corps. Dans la salle, le public a vu sa tête rouler, et tout le monde a pu constater que la bouche remuait encore. Je me suis dit que c’était le truc le plus incroyable du monde. C’est aussi une belle métaphore de la détermination de Marie. Elle a tenu bon jusqu’à la fin”.

Pendant les répétitions, les comédiens travaillaient aussi avec le chorégraphe Wayne McGregor et la movement coach Sarah Dowling. “80 % de ce que nous communiquons ne passe pas par les mots”, souligne Wayne McGregor. “La posture du corps et ses mouvements sont donc particulièrement importants. Surtout quand on traite d’une période historique. Mon travail a consisté à faire dialoguer le langage du corps avec les mots écrits. Nous cherchions à proposer aux acteurs des pistes à explorer corporellement pour dire leur texte. Cela commence évidemment par les scènes de danse, mais cela concerne aussi les scènes d’amour physique et de violence. Le corps ne ment jamais. Nous essayons de trouver tout ce qui peut aider la justesse de la scène”.

Margot Robbie avait déjà travaillé avec Wayne McGregor en 2016 sur LA LÉGENDE DE TARZAN. Elle avait trouvé ses conseils particulièrement utiles. “Tout a changé pour moi dans mon rapport avec le costume et le corset”, dit-elle. “Je m’étais jurée de ne jamais accepter de rôle où il faut porter un corset. Je déteste ça. C’est tellement contraignant. Mais Wayne m’a fait changer d’avis. Il m’a dit de m’en servir comme d’une cage protectrice, comme d’une sorte d’armure. Il m’a dit aussi qu’un corset peut vous aider à garder vos distances, qu’il vous donne une stature, elle-même symbole de beaucoup de choses. Il m’a appris à en jouer”.

À l’écran, les scènes de danse sont une création de Wayne. “Ce ne sont pas de véritables danses du XVIème siècle, précise-t-il. Josie ne voulait pas de danses d’époque. La mascarade est une suite de figures qui raconte l’histoire, populaire pendant la Renaissance, de Diane et d’Actéon. Nous souhaitions mettre ce mythe en mouvement, d’une manière très rapide, en à peine deux minutes. Les autres danses sont des créations à partir du rythme de la pavane, une danse lente et processionnelle, mais avec une gestuelle toute différente. On a commencé par chercher avec les comédiens ce qui dans la physionomie de leur personnage se rapprochait de la manière dont ils envisageaient leur rôle. Nous sommes partis de là. Au lieu d’imposer la danse à l’acteur, on trouve le moyen de révéler l’identité de son corps par la danse, et de raconter quelque chose”.

Pour Josie Rourke et le scénariste Beau Willimon, il était important de rendre compte des nombreuses langues parlées dans les deux cours. Quand Saoirse Ronan s’exprime avec un accent écossais, c’est pour eux le moyen d’évoquer l’écossais des Lowlands, la langue principale à la cour d’Écosse. À d’autres moments, Saoirse Ronan et ses dames de compagnie parlent français, pour témoigner du temps que Marie a passé en France. Saoirse Ronan a d’ailleurs impressionné toute l’équipe en apprenant le français pour le film. Josie Rourke, la réalisatrice, aimait aussi l’idée que c’était pour Marie Stuart la langue de l’intimité et du secret.

Il y a en tout cinq langues parlées dans le film : l’anglais, à la cour d’Angleterre, prononcé avec l’accent “RP” (Received Pronunciation) ; l’anglais avec l’accent écossais, qui représente la langue écossaise des Lowlands ; le français (Josie Rourke a travaillé avec un spécialiste de la Renaissance française pour s’assurer de son exactitude) ; le latin (pour les prières de Marie, au début et à la fin du film) ; l’italien (Rizzio prononce une phrase dans sa langue maternelle) et enfin le gaélique écossais du jeune soldat qui arrive des Highlands.

Saoirse Ronan profita du temps consacré aux répétitions pour améliorer son accent. “Je parle avec l’accent écossais tout au long du film, quand je ne parle pas français. Marie parlait écossais et français la plupart du temps, et s’exprimait rarement en anglais. Nous avons donc dû faire quelques petits ajustements. Je voulais que Marie ait un accent écossais plutôt doux, qui la distingue de tous. David Tennant, qui est originaire d’Écosse, m’a dit que mon accent écossais était très réussi. Son avis m’a vraiment fait plaisir. Il y avait beaucoup d’acteurs écossais sur le plateau : Jack Lowden, James McArdle, Martin Compston. Ça m’a vraiment aidée”.

Pour Josie Rourke et ses producteurs, il était important de tourner en décors naturels, en Écosse et en Angleterre. Et de filmer de célèbres monuments comme la cathédrale de Gloucester, utilisée dans le film pour représenter le cloître et les couloirs de Hampton Court. La crypte de la cathédrale figure dans le film la cellule où Marie est enfermée avant son exécution.

“C’est bien connu, BRAVEHEART n’a jamais été tourné en Écosse, bien que ce soit l’un des grands récits du patrimoine écossais”, remarque la productrice Debra Hayward. “Nous étions déterminés à tourner sur place. Cela a été très stimulant d’emmener une équipe aussi importante, en costumes d’époque, avec des voitures à chevaux et des armes, jusque dans des lieux les plus reculés. Marie Stuart a beaucoup voyagé à travers l’Écosse et a séjourné dans de nombreux châteaux. Nous avons voulu en donner l’idée et nous assurer que le film serait bien enraciné, spirituellement et géographiquement, en terre écossaise”.

“Si vous faites un film sur Marie Stuart, il faut le tourner en Écosse”, ajoute le producteur Tim Bevan. “Elle était très proche de sa terre, la campagne écossaise est donc primordiale. Au contraire, pour Élisabeth, nous souhaitions montrer un univers très renfermé. C’est pour cela qu’on ne la voit jamais à l’extérieur, dans le film. Élisabeth évolue toujours dans les décors plutôt conventionnels d’une cour très ordonnée, alors que le monde de Marie, c’est un véritable terroir”.

Josie Rourke décrit la fabrication du film comme une véritable révélation.

“Mener concrètement un récit en plein air, dans des décors naturels, a été pour moi une expérience des plus extraordinaires, stimulantes et palpitantes. Nous voulions tourner le plus de choses possible en Écosse, afin de montrer comment Marie évolue au contact de son pays. À mesure que le film avance, son empathie et son amour pour cette terre se font plus profonds. Dans le film, il nous fallait la voir, en extérieurs, ressentir le souffle épique des paysages. À certains moments du film, la spectaculaire campagne écossaise fait écho aux enjeux de l’histoire et au destin de Marie. Nous avions véritablement à coeur de montrer l’Écosse dans toute sa splendeur”.

Si l’Écosse est bien connue pour la beauté de ses paysages immaculés, ses grands espaces et ses terres escarpées, la fiabilité de son climat est une tout autre paire de manches. Ce qui a posé quelques problèmes à la production. “Pour ne pas se retrouver coincés financièrement”, raconte Josie Rourke, “nous avions convenu de tourner quelles que soient les conditions climatiques. Un matin, le brouillard était tel qu’on ne voyait pas sa propre main devant son visage… Nous avons dû attendre quelques heures. Je n’avais jamais été sous une pluie battante dont les gouttes vous rentrent à l’intérieur des oreilles. C’est étrange, comme sensation. Difficile à traduire en langage cinématographique, mais d’une certaine façon ça dit quelque chose. On ressent une sorte d’euphorie à tourner en extérieurs. Quand tout fonctionne, j’en tire une émotion que je n’avais encore jamais éprouvée”.

Saoirse Ronan est bien d’accord : “L’énergie que l’on ressent quand on se retrouve au milieu des montagnes de Glen Coe est stupéfiante. Marie est véritablement en phase avec cette nature. Elle fait corps avec ce monde-là. C’était extraordinaire de pouvoir nous nourrir de ces paysages”.

Dans les studios de Pinewood, le chef décorateur James Merifield était chargé de construire des décors qui fonctionnent avec les perspectives grandioses de la nature écossaise. “J’ai pensé dès le début que pour rendre ce film encore plus spectaculaire, il fallait s’inspirer de l’extraordinaire paysage écossais”, raconte-t-il. “Par exemple, à Pinewood, le décor de Holyrood est gigantesque. Il est très haut, très large et il surgit des rochers, comme s’il était une prolongation du paysage. De la même façon, les proportions extraordinaires de l’immense cour de la cathédrale de Gloucester devaient se retrouver dans celles des appartements d’Élisabeth. Rien n’aurait été pire que de simplement mettre bout-à-bout des décors naturels et des décors construits. Pour moi les décors naturels et les décors en studio doivent fonctionner ensemble, sans que cela se voit”.

Merifield s’est inspiré en particulier de l’imposant château de Blackness, près d’Édimbourg. “Ce qui m’a frappé, c’est l’évidence du lieu. La construction semble jaillir de la roche. Du coup, j’ai fini par construire des décors à Pinewood qui ont l’air de sortir des rochers. Je voulais que Marie soit partie prenante d’un espace naturel vivant, qui respire”.

Ce qui a aussi facilité le tournage, c’est la fraternité qui s’est installée entre les acteurs et la réalisatrice. “Saoirse et Margot atteignent aujourd’hui le summum de leur expressivité à l’écran”, confie Josie Rourke. “Elles ont accepté de travailler avec une réalisatrice débutante, de comprendre ce dont nous pourrions avoir besoin pour nous tirer d’une scène compliquée, et de partager tout leur talent avec moi pour atteindre ce but. Elles m’ont toutes les deux profondément motivée par leur maturité et par leur générosité”.

Margot Robbie n’est pas avare de compliments envers Josie Rourke : “Elle est tellement fine, intuitive et perspicace… Tout ce qu’on espère trouver chez une réalisatrice. Josie est très attentive. Elle va fouiller très profond dans les personnages et dans leurs échanges. Ça m’a fait comprendre les choses d’une tout autre façon. Elle est une source intarissable de connaissance. Elle sait exploiter le potentiel psychique et émotionnel des personnages, ce que j’apprécie beaucoup”. “Josie a été formidable”, ajoute Adrian Lester. “J’avais du mal à croire que c’était son premier long-métrage. Elle avait son fi lm en tête, très précisément. Elle a très bien su communiquer cela car l’image, les costumes, les décors, le maquillage, tout est resté dans chaque scène très fi dèle à son idée. D’ailleurs le fi lm est absolument magnifi que. Prenez n’importe quel arrêt sur image, et vous obtenez un tableau du XVIème siècle. Et puis, personnellement, j’ai beaucoup aimé travailler sur ce projet parce que c’était la première fois que je jouais dans un fi lm en costumes”.

David Tennant, qui interprète John Knox, a lui aussi apprécié les propositions et la mise en scène de Josie Rourke : “Il me semble que la grande force de Josie, c’est son aisance avec le récit. Elle sait trouver la clé des personnages au service de chaque situation. Le danger, avec les fi lms d’époque, c’est que ça devienne une série de chamailleries grandiloquentes entre mecs déguisés. Josie ne voyait clairement pas les choses comme ça”.

Saoirse Ronan et Margot Robbie ont aussi gagné le respect de leurs partenaires. Ian Hart, qui joue le rôle de Lord Maitland, parle ainsi de Saoirse : “Je pense que c’est la meilleure actrice avec qui j’ai jamais travaillé. Elle a quelque chose d’exceptionnel. On est en présence de quelqu’un qui sait exactement ce qu’elle fait. C’est limpide, c’est précis. Je la trouve incroyable, immensément douée”.

Ismael Cruz Cordova, qui incarne Rizzio, est du même avis. “Je partage la plupart de mes scènes avec Saoirse. Ce fut un plaisir et une expérience très enrichissante. C’est magnifi que de rester ensuite sur le plateau pour la regarder jouer. Grâce à elle je suis devenu un meilleur acteur”.

“Saoirse est certainement l’une des meilleures comédiennes du monde”, ajoute Jack Lowden, qui joue Darnley. “On n’aurait pas pu trouver meilleure actrice pour ce rôle, et pourtant elle est encore si jeune ! Elle se glisse parfaitement dans le personnage d’une reine, tout en restant fantastiquement vulnérable. Elle n’incarne pas seulement un costume ou un rang. Elle joue d’abord un être humain”.

Guy Pearce, qui interprète William Cecil, est tout aussi impressionné par le travail de Margot Robbie dans le rôle d’Élisabeth. “Margot est merveilleuse. Elle est décontractée et très drôle. Elle s’ouvre très sincèrement sur ce qu’elle sait ou ne sait pas. Travailler avec elle dans la bonne humeur et la suivre pas à pas a été passionnant”.

COSTUMES, MAQUILLAGES ET PERRUQUES

La créatrice des costumes Alexandra Byrne n’est pas étrangère à la période élisabéthaine. Elle a reçu l’Oscar pour son travail sur ELIZABETH : L’ÂGE D’OR. “J’ai grandi à Stratford-upon-Avon où j’ai baigné dans l’univers de Shakespeare”, raconte-t-elle. “Pour moi, c’est une période particulièrement intéressante. Elle est suffisamment éloignée dans le temps pour qu’on ne puisse pas tout connaître. On peut donc lui être fidèle historiquement tout en gardant une liberté d’interprétation, un esprit créatif”.

Alexandra Byrne avait déjà travaillé sur les deux ELIZABETH, mais pour MARIE STUART, REINE D’ÉCOSSE, elle cherchait un tout autre style. “Ma réaction au scénario a été instinctive. Il nous fallait des costumes très différents puisqu’il s’agit d’une approche différente. Josie m’a confié que mon instinct était en accord avec le sien, et nous sommes parties de là”.

“Le film alterne les scènes tournées dans les deux cours royales, ce qui encourage les comparaisons entre les deux reines. J’ai eu le sentiment qu’Élisabeth avait un style très stratégique : elle réalise la première opération majeure de relations publiques de l’Histoire… Elle était parfaitement consciente du pouvoir de son apparence. Tandis que Marie Stuart, il me semble, était bien plus pragmatique. C’est comme si on lui avait distribué des cartes à jouer et qu’elle se demandait comment les utiliser”.

Bien que les vêtements majestueux des deux reines aient été une priorité, Alexandra Byrne a aussi porté une grande attention aux vêtements des hommes en leur imprimant une allure contemporaine. “J’avais envie que ces hommes du XVIème siècle soient séduisants, et je voulais leur trouver un tissu qui s’améliore à l’usage”, raconte-t-elle. “Tout comme nos jeans préférés, les vêtements du XVIème siècle finissaient par se modeler sur le corps de ceux qui les portaient, à force de sueur, de pluie et de vent. C’est ce qui m’a orientée vers la toile denim. Elle apportait aussi une certaine modernité au récit. La plupart des comédiens arrivaient aux essayages en appréhendant le costume élisabéthain. Ils pensaient que ça n’allait être que talons, hauts de chausse et collants. C’était super de les voir s’approprier le denim et trouver, par leur costume, leur attitude et leur aplomb”.

Le costume influence mon appréhension du personnage”, avoue Ismael Cruz Cordova. “Ici, sa structure impose une certaine rigidité, et en même temps on reste décontracté, parce que le denim accompagne le corps. Les films historiques, c’est souvent guindé, contraignant… Mais là, ces costumes nous permettent de vivre le personnage, de lui apporter peut-être une touche plus contemporaine et plus humaine”. Debra Hayward qualifie les costumes d’Alexandra Byrne d’extraordinaires.

“Alex a créé pour ce film un univers d’une richesse que je pense n’avoir jamais vue auparavant”.

La coiffeuse et maquilleuse Jenny Shircore, qui a remporté l’Oscar pour ELIZABETH, a collaboré étroitement avec Alexandra Byrne. “C’est toujours formidable de travailler avec Alexandra”, avoue-t-elle. “Elle a une approche intelligente et contemporaine du costume, ce qui nous a permis de prendre quelques libertés avec les coiffures, de leur donner un petit air moderne, en particulier pour Marie. Nous avons représenté les hommes écossais légèrement plus velus, en harmonie avec leur environnement naturel. À la cour d’Angleterre, les hommes sont par contre plus apprêtés”.

Jenny Shircore souhaitait, avec le maquillage de Margot Robbie, représenter les effets de la maladie qui défigure Élisabeth. “Cette variole dont elle souffre”, dit-elle, “nous a permis de partir dans une toute autre direction que celle que nous avions choisie pour Cate Blanchett. Nous voulions être très clairs : voici notre Élisabeth. C’est Margot Robbie, c’est elle qui incarne le personnage”.

Pour Margot, les costumes, la coiffure et le maquillage contribuent toujours à la construction d’un personnage, mais leur influence fut toute particulière sur MARIE STUART, REINE D’ÉCOSSE. “C’était formidable de travailler avec Jenny Shircore et Alex Byrne. Ce sont bien sûr des artistes qui ont reçu beaucoup de récompenses, mais elles avaient aussi déjà exploré le personnage d’Élisabeth dans les précédents films. Cette immense connaissance de la femme nous a permis d’aller plus loin, et dans une direction différente de ce qui avait déjà été fait”.

“Je mesure toutes les recherches qu’elles ont effectuées et dont les spectateurs n’auront sans doute jamais idée, continue Margot. Alex Byrne s’est documentée sur les monstres marins auxquels les gens croyaient, à l’époque. Et on les retrouve dans les motifs brodés sur les robes d’Élisabeth. Chaque point de couture a un sens, il contient sa part d’émotion. Savoir cela faisait une grande différence à chaque fois que j’enfilais un costume. De même, les coiffures et les maquillages de Jenny m’ont vraiment aidée, en tant qu’actrice, à percevoir l’évolution d’Élisabeth. Ils ont énormément participé au cheminement émotionnel de la personne qu’elle devient”.

Saoirse Ronan ne dit pas le contraire. “Ces vêtements vous obligent à vous tenir différemment, à cause du corset, des lourdes jupes et des bijoux”, dit-elle. “La façon dont je marchais dépendait complètement de ce que je portais. Alex et Jenny ayant travaillé sur Elizabeth, elles possédaient une réelle maîtrise de l’époque et souhaitaient la traiter différemment. Nous sommes allées assez loin, en évitant le ridicule. Nous sommes restées dans le domaine du vraisemblable, mais jusqu’aux limites, ce que j’ai vraiment apprécié”.

“Marie était célèbre pour ses cheveux auburn”, continue-t-elle, “mais pour accentuer le contraste entre Élisabeth et moi-même, nous avons choisi un roux franc, presque flamboyant. Les couleurs que porte Marie changent tout au long du film. Alex traduit magnifiquement son parcours. D’abord sur la plage en Écosse, elle est en bleu pâle et puis, à mesure que le film avance, elle porte des couleurs de plus en plus sombres”.

David Tennant était lui aussi très conscient de son maquillage et de la manière dont celui-ci l’aiderait à construire son personnage. “John Knox avait une allure tout à fait singulière”, dit-il. “Dans le centre d’Edimbourg, il y a une célèbre statue qui le représente et que j’ai souvent observée, ayant grandi dans cette ville. Il a des attributs physiques que l’on ne peut pas éviter : la vieille barbe en bataille et aussi la chasuble. C’est très révélateur du personnage, et c’est devenu incontournable pour le représenter. Pour un personnage historique qui a une apparence bien identifiée, il faut en tenir compte. Même si cela exige quelques heures sur un fauteuil de maquillage pour qu’on vous colle une barbe… Ça fait partie du jeu. Et puis cela peut servir la vérité du personnage. Mais c’est au spectateur de décider si je me sers de la barbe ou si c’est la barbe qui se sert de moi !”

Le souci du détail s’est appliqué à tous ceux qui apparaissent à l’écran, y compris au grand nombre de silhouettes à l’arrière-plan. “Les costumes des figurants étaient tous différents”, précise Alexandra Byrne. “Il n’y avait pas d’uniformes à l’époque, et je ne voulais surtout pas d’uniformité. Entre la cour d’Angleterre et celle d’Écosse, il y avait plus de 25 tenues possibles. Nous avons fait appel à des ateliers en Pologne, en Angleterre et en Inde pour fabriquer ces costumes”.
Laura Solari a supervisé les coiffures et le maquillage des figurants. Elle a trouvé que le climat pouvait poser de sérieux problèmes, en particulier les jours de grands rassemblements avec des dizaines de silhouettes. “Nous avons dû utiliser du maquillage waterproof pour faire face aux intempéries en Écosse”, dit-elle, “puisqu’il pleuvait toute la journée. Les gars rentraient avec les postiches qui se décollaient à cause de l’eau, et leurs cheveux étaient devenus tout raides ! Nous avons dû constamment sécher, friser et recoller”.

Avec plus de 200 figurants qui s’ajoutaient parfois sur le tournage aux nombreux acteurs, Laura Solari a dû travailler avec une rigueur quasi-militaire pour préparer les silhouettes à passer devant les caméras. “J’ai estimé que nous avions besoin de 20 minutes pour chaque personne”, précise-t-elle. “On les faisait arriver en deux vagues à partir de 5 heures du matin. Chaque séance durait à peu près trois heures pour que chacun soit prêt avec sa perruque, son maquillage, sa barbe et sa moustache. Un look élisabéthain, c’est complexe et ça demande du temps. Dans les scènes écossaises, certains avaient les genoux découverts puisqu’ils portaient le kilt. Nous devions les salir pour les assortir aux costumes”.

Un de ces acteurs de complément n’était autre que l’historien John Guy. Il se souvient de cette expérience avec émotion : “Ça m’a vraiment amusé. Mon personnage s’appelait “Évêque numéro 1”. Il n’avait pas de nom précis parce qu’on ne connaît pas l’identité de l’évêque qui a marié Marie et Darnley. Étonnamment, les archives ne nous le disent pas. Je suis dans la scène du banquet, coincé à côté de la grande table. Chaque minute de cette expérience a été un moment inoubliable”.

Source et copyright des textes des notes de production 
© Universal Pictures International France

  
#MarieStuart

jeudi 1 novembre 2018

CRAZY RICH ASIANS


Comédie/Romance/Un film agréable, romantique et divertissant

Réalisé par Jon M. Chu
Avec Constance Wu, Henry Golding, Michelle Yeoh, Gemma Chan, Lisa Lu, Awkwafina, Harry Shum Jr., Ken Jeong...

Long-métrage Américain
Durée: 02h01mn
Année de production: 2018
Distributeur: Warner Bros. France 

Date de sortie sur les écrans américains : 15 août 2018
Date de sortie sur nos écrans : 7 novembre 2018


Résumé : Née à New York, Rachel Chu n'est jamais allée en Asie. En accompagnant son fiancé Nick Young au mariage de son meilleur ami à Singapour, Rachel est donc enchantée de découvrir le continent de ses ancêtres…même si elle redoute un peu de rencontrer la famille de son fiancé. Il faut dire que Nick a omis quelques détails d'importance. Car il est non seulement l'héritier d'une des familles les plus riches du pays, mais aussi l'un de ses célibataires les plus recherchés. Rachel devient alors la cible de toutes les jeunes femmes de la bonne société singapourienne en mal de maris et, pire encore, de sa future belle-mère.
Si l'amour ne s'achète pas, l'argent rend les situations parfois bien complexes…

Bande annonce (VOSTFR)


Ce que j'en ai penséce film raconte une histoire d'amour classique dans un contexte original. Les excès des gens très riches sont ici utilisés comme le fil rouge de la narration. Le réalisateur Jon M. Chu nous fait voyager de New-York à Singapour. Sous sa caméra, la culture asiatique est mise à l'honneur notamment au travers de la nourriture et des aspects familiaux. Il sait aussi forger rapidement une atmosphère amicale ou hostile, une ambiance de conte de fées ou une description visuelle de la façon dont les informations voyagent à vitesse grand V au pays des ragots. 

Le scénario reste sur un terrain assez balisé en ce qui concerne son déroulement et les retournements.Ce long-métrage change les idées, il se regarde facilement. On rit quelques fois sans que cela soit une caractéristique principale. Il tend surtout à être romantique et atteint son but avec précision. L'argent est au centre des préoccupations et de la narration. Avec les inquiétudes des gens riches, on a l'impression de prendre des vacances. Les personnages sont bien dessinés, même s'ils correspondent en tous points aux critères de la comédie romantique. Il y a d'ailleurs des clins d'œil à des films américains du même genre de par les situations que les protagonistes traversent. 

Le casting a tout pour plaire. Constance Wu interprète Rachel Chu, une jeune femme qui va devoir prouver qu'elle peut faire face aux responsabilités et devoirs que la fortune entraînent. 



Henry Golding interprète le charmant Nick Young, riche et amoureux, il est tiraillé entre tradition familiale et son envie de vivre sa vie. Michelle Yeoh interprète Eleanor Young, la mère garante de la bonne conduite de ses enfants et du respect des traditions.


L'ensemble du casting est convainquant, cependant, Awkwafina est à la fois drôle et pleine d'énergie dans le rôle de Peik Lin Goh. Son personnage est le plus original.

CRAZY RICH ASIANS fait rimer les fantaisies de riches avec sourires et romantisme. Ses atouts sont son contexte, les particularités de sa réalisation et son casting qui nous fait vivre cette aventure naïve et agréable. Il fait passer un bon moment pour se détendre. 

NOTES DE PRODUCTION
(A ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

CHAQUE FAMILLE A SON LOT DE CINGLÉS ! 
Rachel : “Tu aurais dû me dire que tu étais une sorte de Prince William de l'Asie".
Nick : “C'est ridicule. Je suis bien plus proche d'Harry". 
Que se passe-t-il lorsque l'amour de deux jeunes tourtereaux se fracasse sur une vieille fortune familiale ? CRAZY RICH ASIANS tente d'y répondre avec humour et conviction. 

Nick Young, jeune homme courtisé par le tout-Singapour, amène chez lui sa ravissante petite amie Rachel Chu, New-yorkaise à la belle réussite professionnelle, pour qu'elle rencontre sa famille… mais les présentations ne se passent pas franchement comme prévu. Pour Rachel, ce qui commence comme un merveilleux voyage romantique avec l'homme de ses rêves se transforme en combat pour rester fidèle à elle-même et à ses racines. Chemin faisant, elle doit tenir tête à ses rivales, aussi parfaites que perfides, et à une future belle-mère estimant que cette jeune Américaine d'aujourd'hui n'est pas à la hauteur de son fils…

"On a tous connu ça", note Jon M. Chu. "On a tous eu le sentiment de ne pas être à sa place – d'avoir confiance en soi à certains moments, puis d'être mal à l'aise à d'autres, d'être extérieur à une situation et de se trouver des points communs avec des gens qu'on ne connaît pas. C'est génial d'avoir une famille soudée, mais ça peut aussi vous rendre dingue. On peut se sentir gêné par ses proches. Ils se permettent de juger les gens qu'on fréquente et les choix d'avenir que l'on fait. Les mères, surtout, sont capables de mettre leur fils sur un piédestal et se mêler de leur vie pour que leur compagne en vaille la peine. Je l'ai d'ailleurs moi-même vécu avec ma propre mère", confie-t-il dans un sourire. 

Se déroulant à Singapour, CRAZY RICH ASIANS est le premier film hollywoodien contemporain entièrement joué par des comédiens asiatiques depuis 25 ans. Le récit exploite l'humour des petites manies d'une famille de telle sorte que tout le monde peut s'y reconnaître - quelle que soit son identité, quelle que soit sa fortune, et quel que soit son pays d'adoption. On retrouve là le besoin fondamental de s'intégrer, tout en restant fidèle à son identité, à une époque de métissage – et parfois de conflit – entre cultures. 

Comme l'amie de Rachel tente de la prévenir : ces gens-là ne sont pas seulement riches. Ils sont riches à millions ! Et ce n'est que la partie émergée de l'iceberg… 

Constance Wu, qui campe l'intrépide Rachel, évoque son personnage : "Elle est prof d'université et elle a été élevée par une mère célibataire issue de la classe moyenne. Aux yeux de pas mal de gens, c'est un motif de fierté, mais pas pour les Young. Eux sont fiers de leur lignée. Je n'ai pas le sentiment que le film nous explique qu'un système de valeurs est meilleur qu'un autre, mais il expose ces différences culturelles et les différences entre Asiatiques et Américains d'origine asiatique qui ne sont pas souvent abordées. Ce que j'adore chez Rachel, c'est que lorsque la situation devient épineuse, elle a le courage d'écouter ses sentiments et de trouver sa propre voie. Et même si elle en souffre parfois, c'est ce qui la caractérise". 

C'est aussi une mise à l'épreuve pour Nick, même s'il sait ce qui l'attend. "Certain que Rachel est la femme de sa vie, il doit d'abord surmonter les difficultés liées aux présentations de sa fiancée à sa famille", signale Henry Golding, qui campe ici son premier rôle au cinéma. "Il a peur qu'en découvrant le milieu où il a grandi, elle se dise qu'il ne correspond pas à l'homme dont elle est tombée amoureuse. Par ailleurs, une fois rentré au pays, il perçoit parfaitement quelles sont les forces à l'oeuvre qui se liguent contre eux, et il sait qu'en tenant tête à sa famille, Rachel et lui risquent d'en pâtir". 

"On savait que l'universalité de l'intrigue était liée à sa spécificité", signale Chu. "Plus les références culturelles étaient spécifiques – les personnages et leurs milieux –, plus on allait pouvoir imaginer une intrigue dans laquelle les spectateurs du monde entier pourraient se reconnaître sur un plan émotionnel. Car chaque culture et chaque famille a sa part de folie, ses traditions, et ses secrets les plus étranges qu'elle n'a pas envie de révéler au grand jour, mais dont, au fil du temps, elle peut être fière et qu'elle peut avoir envie de partager avec d'autres". 

En atteste la popularité mondiale du livre dont s'inspire le film – "Singapour Millionnaire" de Kevin Kwan, best-seller planétaire inscrit sur la liste du New York Times. 

L'auteur est non seulement producteur exécutif du film, mais il fait aussi une apparition dans la scène où la rumeur de la venue imminente de Nick et Rachel se propage sur les réseaux sociaux. Il a été consultant sur de nombreux aspects du film, des personnages aux costumes, des lieux de tournage aux décors : il a donné accès à l'équipe à ses albums de famille pour que les départements Décors et Costumes puissent s'en inspirer et a même mis en contact la production avec un collectionneur de montres qui a prêté une pièce exceptionnelle, accompagnée de son vigile ! "C'était le plus formidable collaborateur de création qui soit", affirme Chu. 

En ce qui concerne le scénario, Kwan a été particulièrement non interventionniste : "Je me sentais trop proche de cette histoire", dit-il. "Du coup, on a fait appel à deux formidables auteurs, Peter Chiarelli et Adele Lim. Je tenais à leur laisser une totale liberté pour qu'ils puisent dans le livre et en conservent ce qui leur semblait le plus judicieux pour le film. Entre leur vision des choses et celle de Jon, ils ont fait un boulot magnifique. Car c'est une chose de disposerd'une trentaine de pages pour mettre en place un univers, et c'en est une autre de n'avoir qu'une fraction de seconde pour le faire dans un film. Le spectateur y est immédiatement sensible". 

Pour Kwan, l'aventure a commencé avec les producteurs Nina Jacobson et Brad Simpson de Color Force et John Penotti d'Ivanhoe Pictures, fascinés par l'histoire à une époque où le livre n'était pas encore publié. 

"Je l'ai lu d'une seule traite", signale Nina Jacobson. "J'ai été totalement projetée dans cet univers que je ne connaissais pas du tout, mais que j'ai trouvé très accessible. Tous ceux qui ont été rejetés par leur belle-famille – ou à qui on a bien fait comprendre qu'ils n'avaient pas choisi la 'bonne' personne, en raison de son sexe, de ses origines ethniques ou sociales – peuvent comprendre. Nous vivons dans une société mondialisée, et nous sommes tous connectés les uns aux autres via Internet. Nous disposons d'innombrables moyens de rencontrer des gens ayant des affinités communes avec les nôtres, mais pas forcément issus des mêmes milieux. On n'a plus la même probabilité de tomber sur quelqu'un du même milieu que lorsqu'on se rencontrait dans le même quartier. Je crois que la volonté d'aller vers les autres, de rester fidèle à son identité tout en souhaitant découvrir celui ou celle dont on est tombé amoureux est atemporelle et universelle". 

Penotti ajoute : "Ce qui m'a frappé, c'est qu'on plonge dans l'histoire avec ses excentricités et ses éléments plus classiques et, surtout, ses émotions. C'est un mélange difficile à réussir. Je suis italien et mes racines plongent en Italie, j'ai une famille très nombreuse, et c'est assez évident de retrouver cette réalité dans un contexte asiatique, où l'on accorde une grande importance à l'art culinaire, au foyer, à la famille et aux traditions. À mes yeux, on tenait là une matière très riche pour un grand film". 

De son côté, l'auteur a été séduit par "la passion et le dévouement" de ses partenaires. "J'avais une confiance totale dans cette équipe. Je me suis dit que je pouvais me lancer les yeux fermés, tant qu'on respectait l'ADN de mon livre. J'ai le sentiment que le résultat correspond à mes intentions de départ". 

S'agissant du choix du réalisateur, Penotti précise : "On était convaincus, bien avant lui, que Jon était notre homme". Au-delà de ses qualités de metteur en scène, le producteur pointe une autre qualité, moins évidente : "Jon sait instinctivement ce que peut ressentir un personnage comme Rachel, qui n'est pas dans son élément". 

D'origine taïwanaise, Chu est un Américain de la première génération. "Comme j'ai grandi dans une famille d'immigrés, je reste un peu chinois dans l'âme. Mais, pour être honnête, je suis un vrai Californien ! Quand j'étais lycéen, je jouais au basket-ball et au tennis, et jepratiquais toutes ces activités typiquement américaines, et ce déchirement lié à mon identité culturelle a toujours été prégnant dans ma vie. On est obligé de choisir ce qu'on a envie de conserver de ses traditions culturelles et de sa philosophie de vie et, a contrario, ce qu'on souhaite laisser de côté. Les différentes cultures ont tendance à se rapprocher, et je crois qu'il faut respecter les êtres humains dans toute leur folie, dans leurs différences culturelles, pour y déceler leurs points communs. L'avenir appartient à la nouvelle génération qui saura reprendre à son compte des éléments de ces différentes cultures et se les approprier". 

"Je suis parvenu à un moment de ma carrière où j'avais envie de m'atteler à un projet un peu plus personnel", poursuit Chu. "Il n'y a pas beaucoup de films qui parlent de parcours comme le mien, si bien que lorsque j'ai appris qu'un projet d'adaptation de ce livre que j'adore était en préparation, j'ai été galvanisé. J'arrivais à voir le film dans ma tête. Dès l'instant où j'ai contacté Nina, Brad et John, j'ai appris qu'ils m'avaient déjà envoyé le scénario. À croire que c'était prédestiné". 

Comme le livre, le film est empreint de moments d'émotion et de scènes romantiques, mais aussi ponctué d'un certain humour candide. "La comédie est un genre formidable pour conquérir le spectateur et lui faire comprendre que l'auteur du film n'est pas dupe", reprend Chu. "Parfois, quand on cherche à faire passer un message sur une tradition culturelle et sur l'amour-propre, c'est utile de faire appel à de grands acteurs comiques. On a eu la chance de pouvoir engager des comédiens magnifiques. Et c'était très enthousiasmant d'avoir des acteurs exclusivement asiatiques pour raconter cette histoire". 

Le film réunit des artistes, aguerris et débutants confondus, issus du cinéma, de la télévision, de la musique et du stand-up dans une vaste palette de rôles, principaux et secondaires. Ils sont de nationalités et d'origines diverses, et viennent aussi bien de Singapour, Malaisie, Chine, Taïwan, Japon, Hong Kong, Corée du Sud et des Philippines, que des États-Unis, du Royaume-Uni et d'Australie. 

"Jon était aussi enthousiasmé par le film que si c'était son bébé", souligne Awkwafina, qui campe Peik Lin, ancienne camarade de chambre de Rachel, à l'université, à la fois spontanée et à la pointe de la mode. "Il était attaché à tous les personnages, il connaissait notre potentiel, et il a su mettre en place une atmosphère nous permettant de travailler au mieux. On était comme une grande famille". 

Les comédiens et les techniciens se sont rapprochés en passant du temps à Singapour et en Malaisie. "Le film est une déclaration d'amour à la gastronomie, à la culture et à la beauté de cette région du monde", indique Brad Simpson. "Il était inenvisageable de tourner ailleurs qu'à Singapour. Le métissage entre cette architecture coloniale parfaitement préservée et les gratte-ciels ultra-modernes, ou encore l'effervescence dans les rues et les Hawker Markets, en font tout le cachet. On savait aussi qu'on allait devoir tourner dans deux lieux emblématiques : le Marina Bay Sands et les célèbres Gardens by the Bay". 

"Je crois que les spectateurs du monde entier peuvent être sensibles à l'esthétique du film et – je l'espère – avoir l'impression de voyager avec les personnages", ajoute Chu. 

"Le film a un côté totalement déjanté", relève Michelle Yeoh, qui campe Eleanor, mère de Nick. "Et il parle aussi du prix à payer pour faire partie d'un tel empire et d'une telle famille, avec toutes les responsabilités qui lui incombent, et toutes les attentes qu'on est en droit d'avoir vis-à-vis d'elle. Je crois que le spectateur pourra désormais mieux comprendre cette réalité".

"Chaque personnage a un parcours qui résonne chez chacun de nous", déclare Ken Jeong, qui campe Wye Mun Goh, père parvenu et m'as-tu-vu de Lin. "Le scénario est très bien écrit et a beaucoup d'épaisseur. J'ai même été ému par certaines scènes plus intimistes". 

Au fond, CRAZY RICH ASIANS est une histoire d'amour… une sorte de conte de fée à la Cendrillon un brin ironique, où l'on croise un prince charmant, un sublime château, et une partie de bras de fer entre deux femmes au fort tempérament résolues à tracer leur propre voie. "Pour moi, c'est incontestablement un conte de fée moderne et ambitieux", affirme Chu. "Rachel est notre princesse-guerrière, et le film retrace son parcours au cours duquel elle découvre son identité : une Américaine qui se rend en Asie pour la première fois, et qui en apprend davantage sur son passé, mais aussi sur son avenir". 

L'AMOUR, CETTE FORCE IRRÉSISTIBLE… 

Prof d'économie à New York University, Rachel Wu est une jeune femme à la réussite éclatante, pourvue d'une solide éthique professionnelle, qui a toujours affronté les difficultés de l'existence avec pragmatisme. Lorsqu'on lui refuse une promotion, elle a l'habitude de se remettre en question et de redoubler d'efforts. Mais ce qui s'avère déconcertant à présent, c'est que ses qualités et sa brillante carrière, qui suscitent l'admiration aux Etats-Unis, laissent les gens de marbre à Singapour. Par conséquent, "quand elle débarque à Singapour et qu'elle constate que tout le monde cherche à la rabaisser, elle a tendance à se dire qu'elle n'est pas à la hauteur", intervient Constance Wu. "Il faut qu'elle arrive à se convaincre qu'elle a suffisamment de qualités et de force pour affronter cette situation. Il faut qu'elle arrive à se défendre et à accepter la personne qu'elle est en train de devenir : une femme prête à se battre, non seulement pour le bonheur de Nick, mais pour le sien". 

S'il y a bien une chose qu'elle ne peut pas faire, c'est se faire passer pour quelqu'un qu'elle n'est qu'elle n'est pas. Ce n'est tout simplement pas son style.

"Rachel incarne le point de vue du spectateur", reprend Constance Wu. "On découvre tout à travers son regard. Elle mène une vie normale, elle retrouve son petit copain au karaoké après le boulot, etc. Elle a gagné tout ce qu'elle possède à la sueur de son front, et elle est restée humble et reconnaissante. Du coup, quand elle se retrouve projetée dans ce monde luxueux qui lui est totalement inconnu, elle a du mal à comprendre. La richesse est un phénomène que connaissent la plupart des gens : être riche, ça veut dire qu'on peut s'offrir tout ce qu'on veut. Mais la très grande fortune, ça implique qu'on peut s'offrir tout ce qu'on veut et contrôler le marché". 

Ce qui est positif, note la comédienne, c'est que "Rachel et Nick s'aiment sincèrement. L'amour transcende les différences sociales et culturelles, et la logique rationnelle. Quand on a rencontré l'homme ou la femme de sa vie, on le sait, et c'est ce que représentent Rachel et Nick l'un pour l'autre". 

Mais cela suffira-t-il ? 

Constance Wu, remarquée dans BIENVENUE CHEZ LES HUANG, était la première – et la seule – comédienne à laquelle la production ait songé. Les producteurs étaient si déterminés à lui confier le rôle, et elle avait une telle envie de participer au film, que le tournage a été retardé pour s'adapter à son emploi du temps. Penotti précise : "Constance était notre Rachel depuis le début. On n'a contacté personne d'autre. Quand elle s'est montrée intéressée par le rôle, on s'est dit qu'on tenait enfin un film. Grâce à son énergie, son exubérance, son intelligence et sa volonté de porter un regard neuf sur le monde – et à l'exprimer à l'écran avec naturel –, elle incarnait Rachel à la perfection". 

Née aux États-Unis de parents américano-taïwanais, "Constance était, à bien des égards, l'incarnation même de Rachel", analyse Nina Jacobson. "Elle est sûre d'elle, drôle, sympa, accessible, bref, elle est emblématique de l'Américaine d'aujourd'hui et elle est une vraie bouffée d'oxygène pour un type comme Nick". 

Bien entendu, la parfaite Rachel méritait un Nick tout aussi parfait, mais la tâche s'est révélée beaucoup plus ardue. Des milliers d'acteurs ont été auditionnés dans le monde entier et par Internet. "On recherchait un acteur qui pouvait, de manière crédible, être originaire de Singapour tout en ayant grandi en Angleterre, et donc avoir un accent très particulier", signale Chu. "Il fallait qu'il soit extrêmement charmant et attachant, beau garçon, et pourvu d'un solide sens de l'humour. Bref, un vrai héros". De manière inespérée, un employé de la production qui avait repéré Henry Golding à la télévision a suggéré à Chu de se pencher sur son cas. "Il animait des émissions de voyage", se souvient le réalisateur. "Quand on le voyait parler avecles gens dans la rue, on se rendait compte que c'était un type très élégant qui dégageait un charisme fou".

"C'est le genre de type avec qui toutes les filles aimeraient sortir ou passer un bon moment", déclare Nina Jacobson. 

C'est surtout l'alchimie entre Golding et Constance Wu qui a convaincu la production. La comédienne faisait d'ailleurs des lectures avec des partenaires potentiels quand Golding a écourté son propre voyage de noces pour rencontrer Constance Wu en personne. Chu se souvient : "On sentait immédiatement que ces deux-là faisaient des étincelles. Je savais que le spectateur allait s'éprendre de ce couple. On a envie qu'ils s'embrassent. On a envie de les voir se battre. On a juste envie de les voir ensemble". 

Si on ajoute à ses traits de caractère une certaine fragilité et un rien de candeur touchante, on a le portrait complet de Nick Young, garçon tiraillé entre des forces contraires, tâchant de faire coïncider ses désirs avec ce qu'on attend de lui. L'acteur explique : "Il a grandi avec une cuiller en argent dans la bouche, mais il s'est rendu compte que même s'il était l'héritier tout désigné de l'empire familial, il lui fallait trouver sa propre voie. Il est tombé amoureux d'une femme qui fait ressortir ce qu'il y a de mieux chez lui, mais ignore tout de ses origines". 

Une situation que Golding connaît bien. "Je suis originaire de Sarawak, l'État de Malaisie situé sur l'île de Bornéo, et je suis à moitié britannique", souligne-t-il. "Quand j'étais gamin, j'ai grandi au Royaume-Uni, mais j'ai ensuite vécu l'essentiel du temps en Asie, si bien que je peux comprendre ce que ça fait de ne pas se sentir totalement dans son élément ou d'avoir l'impression d'être tiraillé entre deux cultures. Je me suis imprégné de plusieurs cultures, tout comme Nick. Il a puisé des choses dans chacune des facettes de son parcours et se les est appropriées. Et je crois que sa force, c'est de ne pas forcément suivre les consignes de qui que ce soit. Il veut simplement être lui-même". 

C'est un objectif louable et, quand il est à New York, Nick a la possibilité de l'atteindre. Mais dès qu'il se retrouve à Singapour, c'est la fin de la récréation ! D'ailleurs, la récréation était presque finie dans l'avion le ramenant au pays, car lorsque Rachel et lui ont été traités comme des rois par la compagnie aérienne, il a bien dû lui admettre que sa famille avait des parts dans la société aéronautique… 

Alors que Rachel tente de se frayer un chemin dans ce terrifiant champ de mines, Nick, lui aussi, doit faire un effort. Car s'il s'agit d'une histoire digne d'un conte de fée, elle n'est pas dénuée de rebondissements. "Il n'est pas là pour la sauver", précise Chu. "Il ne possède pas un plan brillant pour la protéger contre les dragons qui rôdent. Elle doit se débrouiller toute seule.

Dans le même temps, elle lui donne la possibilité de faire des choix importants qu'il a toujours cherché à éviter". 

Et tout commence par sa mère… 

L'INDÉBOULONNABLE ELEANOR YOUNG 

Ceux qui ont vraiment du pouvoir n'ont pas besoin d'élever la voix. C'est ce qu'a dit Michelle Yeoh à Chu en tentant de mieux cerner son personnage, Eleanor Young. Le réalisateur se souvient : "Elle m'a dit : 'Ce n'est pas à moi d'aller voir Rachel, c'est à elle d'aller vers moi. Je ne crie pas parce que les gens qui ont vraiment du pouvoir n'ont pas besoin de crier. Ils n'ont pas besoin de bouger un petit doigt ou de dépenser la moindre énergie – et cette attitude peut se révéler particulièrement humiliante'". 

Figure charismatique, inspirant la terreur selon certains, Eleanor est l'incarnation même de l'élégance et du raffinement, depuis sa coiffure impeccable jusqu'à ses chaussures sur mesure, comme seule l'incomparable Michelle Yeoh pouvait l'interpréter. Comptant parmi les rares actrices chinoises à obtenir une vraie notoriété internationale dans les années 90, elle a suscité l'admiration de ses partenaires et des techniciens, et plus encore de Chu. Celui-ci confie : "Quand j'étais gamin, je voyais ses films qui me galvanisaient. Je n'oublierai jamais la fois où je suis allé voir TIGRE ET DRAGON dans une salle comble et où le public criait et l'ovationnait". 

"Eleanor est ce qu'on appelle à Singapour une 'mère lionne'", signale Golding. Et encore, le mot est faible quand on voit comment se déroule sa première rencontre avec la petite amie de son fils ! Rachel, dans une robe qu'elle a empruntée pour l'occasion, se montre chaleureuse et lui tend spontanément les bras avec respect – mais Eleanor a un mouvement de recul. 

Pour autant, Michelle Yeoh s'est efforcée de ne pas faire d'Eleanor un monstre, afin que les mères du monde entier puissent se retrouver en elle. "Tous ceux qui croisent son regard tremblent, mais Eleanor est une mère protectrice et affectueuse", prévient la comédienne. "Elle tente de maintenir l'unité familiale, pas seulement pour ses proches, mais pour tous ceux – nombreux – qui dépendent d'eux. Elle a envoyé son fils à l'étranger pour ses études, mais elle souhaite à présent qu'il rentre au pays pour reprendre les rênes de l'entreprise". 

"Elle se dit que cette jeune femme ne convient pas à son fils car elle ne connaît rien aux codes des familles chinoises traditionnelles", poursuit Michelle Yeoh. "Son fils a besoin de quelqu'un qui le soutienne – comme Eleanor l'a fait pour son mari – et elle a le sentiment qu'il ne serait pas juste de s'attendre à une telle attitude de la part de Rachel car elle n'y est pas du tout préparée. Elle ne correspond tout simplement pas à ce dont Nick a besoin". 

"Michelle voulait camper Eleanor comme l'avait envisagée Kwan, autrement dit comme un être humain", ajoute Chu. "On l'apprécie dans une scène, et on la déteste dans une autre, et c'est ce qui est génial chez elle". 

Détail amusant, comme le signale le réalisateur, "Rachel est tout aussi pleine de préjugés. Elle ne voit chez Eleanor que sa fortune et son pouvoir, et elle la juge rapidement. Les deux femmes doivent aller au-delà des apparences". 

Il s'agit d'une histoire où la famille est un thème sous-jacent. Simpson note : "La plupart des comédies sentimentales s'attachent à la tension au sein du couple, mais je crois qu'on est tous d'accord pour dire que c'est avec les beaux-parents qu'on a le plus de tensions. Dans le livre et dans le film, Nick doit affronter un dilemme insoluble : doit-il choisir sa famille ou l'amour de sa vie ? Il était évident, depuis le début, que le triangle Rachel-Nick-Eleanor serait au coeur du récit". 

La réponse tient sans doute dans le rapport d'Eleanor avec sa propre belle-mère : la vraie matriarche de la famille, Ah Ma (terme chinois pour "grand-mère"), campée avec une grâce imposante par Lisa Lu. Malgré son élégance et son sourire enjôleur, et sa faiblesse physique, elle n'est pas du genre à céder un pouce de son immense pouvoir à une femme qui, au bout de trente ans, n'a toujours pas gagné sa confiance. 

"Eleanor est sans doute celle qui représente la dynastie à l'extérieur, mais Ah Ma est la chef de famille", affirme Lisa Lu. "C'est elle qui a rendu le clan prospère, et elle s'occupe toujours des affaires familiales". 

"Lisa est une légende", note Chu en parlant de la comédienne originaire de Pékin, qui a tourné pour le cinéma et la télévision, en Chine et aux États-Unis. "Sa présence m'a impressionné. Elle a une vitalité extraordinaire et, malgré son expérience, elle se remet constamment en cause. C'était un privilège – et un vrai bonheur – de les avoir toutes les trois, Lisa, Michelle et Constance – trois générations de femmes au fort tempérament – camper trois femmes fortes de générations différentes à l'écran". 

Au départ, il semble qu'Ah Ma s'entiche de Rachel, laissant Nick penser qu'elle s'est radoucie depuis sa précédente visite. Mais il ne devrait sans doute pas fonder trop d'espoir là-dessus. 

L'ÉQUIPE DE RACHEL

SI Eleanor est peu accueillante et Ah Ma insondable, Rachel peut au moins compter sur quelques amis fidèles, à commencer sa vieille copine – et collègue – Peik Lin Goh (campée par la rappeuse, auteur et actrice Awkwafina). Véritable force de la nature portant effrontément une perruque blonde et conduisant une Audi rose – avec une robe de cocktail dans le coffre –, Peik Lin est intelligente, redoutablement caustique et sans la moindre censure, qu'il s'agisse de ses opinions ou de ses tenues extravagantes. "Elle est d'une franchise redoutable", analyse Chu. "Même si on se dit qu'elle plaisante, Peik Lin dit ses quatre vérités à qui veut l'entendre – ou pas. Elle n'hésite pas à insister lourdement auprès de Rachel, en cas de besoin. Quand il existe une solution simple à une situation ridicule, elle la verbalise haut et fort. Elle est aux antipodes de Rachel, et ce tandem comique, qui tient du buddy-movie, fonctionne à merveille". 

"Il nous fallait quelqu'un qui ne verse pas dans le sentimentalisme ou qui ne soit pas mesuré dans ses propos, mais qui amuse le spectateur – et qui rêver de mieux qu'Awkwafina ?", poursuit-il. "Je suis très fan de ce qu'elle fait. Ses morceaux de rap sont géniaux. Chez Awkwafina, même un truc aussi banal que choisir une robe prend l'allure d'un commentaire sarcastique sur notre culture". 

Mais Peik Lin est une planche de salut pour Rachel. Marginale selon les critères de la famille de Nick, elle maîtrise suffisamment les codes pour savoir ce qu'on ne dit pas ou ce qu'on ne fait pas – ou quelles chaussures on ne porte pas – quand on est chez les Young. "Elle occupe une fonction importante dans la mesure où elle guide Rachel et où elle l'empêche de se ridiculiser dans ce milieu qu'elle ne connaît pas", déclare Awkwafina. "Elle n'appartient pas à ce monde, mais elle en connaît parfaitement les rouages. Elle est riche, mais sa fortune est récente et on peut sans doute s'identifier à sa famille plus facilement. C'est aussi une famille particulièrement dysfonctionnelle". 

Dysfonctionnelle, certes, mais pas dans un sens péjoratif. "En fin de compte, Peik Lin est là pour Rachel", ajoute Chu. "On la juge, et on juge sa famille sur les apparences, et à mesure qu'avance l'intrigue, on constate qu'ils sont de plus en plus comme la famille de Rachel. Ils sont très généreux. Et je me suis dit que cette évolution – on les juge d'abord, puis on s'attache à eux – pouvait être formidable". 

Awkwafina a apprécié de pouvoir renvoyer la balle à un partenaire réputé, lui aussi, pour son sens de l'impro, sa force comique et ses interprétations audacieuses : Ken Jeong qui campe son père, Wye Mun Goh. "Ken me fait rire comme je n'avais jamais ri avant", dit-elle. "Je pense que j'ai dû perdre une bonne heure de concentration à cause de lui. En impro, je lâche prise et je peux partir en live pendant trois heures !"

Jeong rétorque : "C'était génial et vu comme on s'entendait bien, il est clair qu'on avait la même sensibilité. Ce casting était incroyable. On était aussitôt sur la même longueur d'ondes, on blaguait, et je me suis dit 'on pourrait vraiment croire que c'est ma fille'". 

Loin de la fortune stupéfiante, mais discrète, des Young, les Goh sont dans l'ostentation : ils aiment afficher leurs bijoux, leurs vêtements de grands couturiers et leur Bentley. "Les Goh sont aux antipodes des Young, dont la fortune remonte à plusieurs générations", déclare Jeong. "M. Goh est un nouveau riche, si bien que tout, dans son attitude, est tape-à-l'oeil et outrancier, et ses vêtements davantage encore". 

Grand fan du roman, Jeong était disposé à jouer n'importe quel rôle, même s'il se sentait particulièrement inspiré par Goh. "On a commencé à jouer avec le personnage et tout ce qui se passe lorsque Peik Lin invite Rachel chez ses parents", rapporte Chu. "Il a beaucoup mis de sa personnalité dans son personnage, et c'était un bonheur de travailler avec lui". 

Mais si Rachel est adoptée par les Goh, elle a surtout besoin d'un allié "de l'intérieur", surtout lorsque son chevalier en costume de lin blanc est mobilisé par d'incessantes obligations familiales. Heureusement, Astrid Young Theo est là ! Rien d'étonnant à ce qu'elle soit la cousine préférée de Nick et la seule du clan familial à avoir autant les pieds sur terre que lui – même si elle est sublime, qu'elle a du style, une grande fortune et un goût impeccable qui font d'elle l'une des femmes les plus en vue de l'île. 

Astrid est l'un des personnages du livre préférés des lecteurs : "Sa trajectoire est d'une telle richesse qu'on a dû faire des choix stratégiques pour savoir ce qu'on en conservait dans le film", reconnaît le réalisateur. "Le casting était également un casse-tête car Astrid est si parfaite qu'on se demande s'il existe quelqu'un comme elle sur cette planète". En accord avec les préférences des lecteurs, le réalisateur a fini par engager Gemma Chan. "Elle est chaleureuse et élégante. Elle peut sembler attachante et inaccessible à la fois et, à mon avis, c'est la clé pour camper Astrid dans toute sa complexité. Gemma était l'incarnation parfaite du rôle", dit-il. 

"Astrid est mon personnage préféré", signale Gemma Chan. "Je sais que c'est le préféré de pas mal de gens, si bien que j'ai ressenti une certaine pression, mais pour moi, il s'agissait de se glisser dans sa tête et dans sa peau. Il s'agissait de cerner la vérité de sa trajectoire émotionnelle". 

"Astrid est issue d'un milieu privilégié, mais elle ne se laisse pas piéger par les écueils de l'argent", poursuit-elle. "Elle a les pieds sur terre et elle est bienveillante. Une sorte de mythe s'est bâtie autour d'elle si bien que tout le monde estime qu'elle est l'incarnation de la perfection. Elle a une vie parfaite, un mari parfait, une maison parfaite, un enfant parfait… mais elle doit se battre pour maintenir l'équilibre de son monde, d'autant que celui-ci s'écroule au moment où on fait sa connaissance; pour moi, c'est très intéressant de jouer un personnage qui tente de préserver les apparences, en dépit de tout ce qui s'y déroule à l'abri des regards". 

D'ailleurs, Nick et Rachel débarquent au moment même où Astrid découvre, bouleversée, que son mari la trompe. Étant donné qu'elle a besoin d'intimité pour régler ses problèmes, Astrid met du temps à se sentir proche de Rachel. Mais c'est le genre de relation qui mérite d'être patient. 

Dans le même temps, Rachel est chaleureusement accueillie par le meilleur ami de Nick, Colin Khoo (Chris Pang), et par la fiancée de celui-ci, Araminta Lee (Sonoya Mizuno). Si Rachel et Nick sont venus à Singapour, c'est justement pour assister au mariage de Colin et d'Araminta. 

"Araminta aime bien Nick", remarque Sonoya Mizuno. "Nick rend Colin heureux et, du coup, tout ce qui rend Nick heureux est bon pour Colin et donc aussi pour Araminta, si bien qu'elle accepte Rachel sans se poser de question. Araminta est mannequin et l'icône de la mode la plus adulée de Singapour, ainsi que l'héritière d'une fortune de plusieurs millions de dollars. Elle se sent très rassurée par son statut et elle s'apprête à épouser le grand amour de sa vie si bien que, contrairement à la plupart des femmes du film, elle ne se sent pas menacée. Quand on fait sa connaissance, elle est en pyjamas, elle porte des lunettes, mais pas de maquillage, et c'est aussi sa vraie nature !" 

Mais Araminta a d'autres facettes… C'est ainsi que sa mère, magnat de l'immobilier, lui met à disposition son propre hôtel de luxe, situé dans une station balnéaire de Sumatra, pour son enterrement de vie de jeune fille … ainsi que son jet privé pour y amener tous ses amis ! Et d'ici la fête, Araminta est bien trop accaparée par ses préparatifs de mariage pour s'occuper de Rachel. 

De son côté, Colin oblige Nick à regarder la réalité en face : à son avis, quelle va être l'issue de cette situation ? Et a-t-il pensé aux souffrances endurées par la pauvre Rachel ? Il faut qu'il l'entende, que ça lui plaise ou pas ! "Colin est le confident de Nick et son meilleur ami", Chris Pang. "Ils ont toujours été présents l'un pour l'autre, et ils sont meilleurs amis depuis toujours et le resteront jusqu'à la fin de leurs jours". 

Pour se préparer au rôle, Pang s'en entretenu avec Kwan car "la plupart de ces personnages s'inspirent de personnes réelles qu'il a croisées dans sa vie, si bien qu'il m'a parlé du 'vrai' Colin. Je ne sais toujours pas de qui il s'agit, car Kevin a fait en sorte de ne pas trop en dire, mais en tout cas j'ai appris une chose – c'est que je lui ressemble un peu", confie-t-il en souriant. "Il y a donc un type, quelque part, qui me ressemble. Si vous découvrez un jour qui c'est, tenez-moi au courant !"

Parmi les partisans de Rachel, il y a encore le styliste Oliver T'Sien qui se décrit lui-même comme "le mouton noir – et désargenté – de la famille". Il est suffisamment malin pour être resté dans les bonnes grâces d'Eleanor en sachant se rendre utile : il réussit à se procurer une carpe koi, espèce très rare, pour le bassin de la propriété, ou un gong cambodgien pour le salon, ou encore à diriger habilement vers la sortie un convive récalcitrant lors d'une réception mondaine. 

Oliver est interprété par Nico Santos qui, pour se documenter sur ce milieu ultra-privilégié, a commencé par travailler dans une boutique haut de gamme de San Francisco où, dit-il, "la plupart de mes clients étaient d'une richesse insolente. Quand j'ai lu le livre, je me suis dit que je connaissais très bien ces gens puisque je leur avais souvent vendu un sac à main ou une robe de soirée de grand couturier. Ils venaient dans la boutique pour s'acheter une tenue pour un dîner et, alors qu'ils venaient de dépenser 60 000 dollars, on aurait dit qu'ils avaient fait quelques courses au centre commercial". 

Oliver se prend d'affection pour Rachel, tout en sympathisant également avec Peik Lin, la fashionista à la répartie caustique. Ces deux-là ne cessent de délirer tous les deux en ayant l'air de comploter tout au long du film. 

Santos décrit son personnage : "Oliver est élégant, il adore les fringues et c'est un peu la reine des commères. Il perce à jour Rachel dans une fête incroyable et a envie de l'aider. C'est un membre de la famille, tout en étant un peu outsider, et pas mal de gens peuvent s'identifier à lui : il rêve d'appartenir à un petit cercle de privilégiés sans y parvenir…" 

LA FAMILLE ÉLARGIE 

Eddie et Alistair Cheng sont les autres cousins de Nick prêts à participer aux festivités. Bien qu'ils soient frères, ils sont totalement dissemblables. 

Ronny Chieng campe Eddie, ambitieux banquier d'affaires et père de famille, comme en attestent les photos où le voit aux côtés de sa femme et de ses enfants qui prennent la pose. "Il y a de l'amour entre eux, mais ils sont aussi animés par cette étrange mentalité d'hommes d'affaires qui fait qu'ils ont tous deux envie de certaines choses, et qu'ils font équipe pour les obtenir", note Chieng. Amusé par le fait que son personnage, très soucieux de son image, ne comprenne pas bien ce qui attire Nick chez cette Américaine, il note : "Eddie tente de cerner Rachel, et de comprendre pourquoi Nick l'a choisie et ce qu'il y a de tellement extraordinaire chez elle. Si elle est si importante, comment se fait-il qu'il n'ait jamais entendu parler d'elle ? Se pourrait-il qu'elle ne soit qu'une prolo ?"

De son côté, Alistair, qui a fui le moindre poste à responsabilité dans la finance ou l'immobilier, aspire à devenir producteur de cinéma. Un choix que la famille ne peut tolérer, espérant sans doute que cela finira par lui passer. Remy Hii, qui tient le rôle, ajoute : "Il me fait penser à un type qui a pris ses jambes à son cou pour partir le plus loin d'ici. Il utilise son argent pour financer des films de kung-fu de série B totalement déjantés".

Il a récemment fait tourner une comédienne, Kitty Pong (Fiona Xie), assez superficielle. "Elle doit sa carrière aux projets qu'il finance pour elle", affirme Hii. "Ils forment un couple intéressant. Je n'en dirai pas plus". 

Mais les facéties d'Alistair sont dérisoires à côté des outrances et du mauvais goût de Bernard Tai, campé avec bonheur par Jimmy O. Yang. S'il n'est pas vraiment de la famille, il a la chance d'organiser l'enterrement de vie de garçon de Colin, en raison des liens entre l'entreprise de son père et le père de Colin. Autrement dit, ils l'ont sur le dos. Selon Yang, c'est "un playboy milliardaire qui ne fait pas grand-chose de sa vie, si ce n'est faire la fête et s'amuser. C'est un crétin fini, mais il est très narcissique et il aime la vie. Imaginez un gamin de 18 ans qui vient d'avoir le Bac … à la tête d'un milliard de dollars". 

Parmi les personnages qu'on croise dans le film, on peut encore citer l'ex-petite amie de Nick, Amanda (Jing Lusi), dont les intentions ne sont guère rassurantes ; le mari infidèle d'Astrid, Michael (Pierre Png) et l'adorable mère de Rachel, Kerry (Tan Kheng Hua). 

En portant le livre de Kwan à l'écran, le réalisateur a brossé une galerie de portraits et de personnalités qui gravitent autour du trio de protagonistes, Rachel, Nick et Eleanor. Étant donné que le film adopte surtout le point de vue de Rachel, la production tenait à ce que l'histoire d'amour soit l'enjeu principal – leur couple survivra-t-il au voyage ? – et à faire intervenir les autres personnages à travers leurs rapports à Rachel et Nick. 

"Kevin a imaginé un foisonnement de personnages – membres de la famille et amis – d'une telle richesse qu'il a fallu qu'on décide lesquels mettre en avant", estime la scénariste Adele Lim. "Et certains protagonistes du film sont des croisements entre plusieurs personnages du livre. On avait le sentiment que Rachel avait la trajectoire la plus intéressante, puisqu'au départ, elle se sent mal à l'aise et qu'il lui faut prendre conscience qu'elle est largement à la hauteur et qu'elle est au moins aussi forte que les autres". 

"En s'attachant au parcours de Rachel, on avait un personnage auquel le spectateur peut facilement s'identifier", ajoute le scénariste Peter Chiarelli, "et un moyen de découvrir ce monde d'une richesse délirante. Il semblait logique de faire intervenir les autres personnages via leurs rapports à Rachel et Nick car, en tant qu'héritier naturel de l'empire familial selon les voeux d'Ah Ma, Nick a toujours été le soleil autour duquel tous les autres gravitent".

Les comédiens ont rapidement tissé des liens sur le plateau, et entre les prises. "Tout le monde s'encourageait et s'épaulait, et on entendait souvent 'vas-y, ta scène peut être encore plus drôle'", se remémore Chu. "C'était un travail d'équipe : on avait presque le sentiment d'être une famille où chacun faisait part aux autres de son interprétation de tel ou tel personnage, et où on construisait l'intrigue ensemble. J'ai le sentiment qu'on retrouve cette énergie à l'écran". 

EN 1ÈRE CLASSE POUR SINGAPOUR 

Pour tous ceux qui connaissent bien le livre de Kwan, Singapour, avec son activité incessante, sa chaleur et son incomparable dynamisme, joue un rôle à part entière. La production était convaincue qu'il n'était pas envisageable de tourner en dehors de l'Asie du sud-est. "Le style visuel et l'exotisme du film viennent du fait qu'on a vraiment tourné dans cette région du monde", précise Chu. "Quelle que soit la direction dans laquelle on pointait la caméra, on découvrait un lieu étonnant. Singapour est un métissage de cultures hors du commun".

Ce décor naturel a produit ses effets sur les acteurs également. Comme le signale Michelle Yeoh : "Quand on est à Singapour, où règnent une atmosphère tropicale, l'odeur de la nourriture qui s'échappe des 'Hawker centers' et les couleurs chatoyantes des fleurs et des plantes etc., on se rend compte qu'il n'y a rien de tel que de tourner dans un cadre pareil". 

Pour CRAZY RICH ASIANS, la production a tourné dans plusieurs sites singapouriens comme l'Esplanade Park, l'hôtel Marina Bay Sands, et le célèbre Gardens by the Bay – ainsi qu'en Malaisie, et notamment sur l'île de Langkawi, sur celle de Penang, et à Kuala Lumpur. La capitale malaisienne a même campé le quartier du West Village de Manhattan, pour les premières scènes du film, et l'aéroport du pays a été utilisé pour JFK. En Malaisie, la production a trouvé l'espace suffisant pour figurer Tyersall Park, gigantesque domaine colonial fictif de la famille Young, et son parc environnant. 

Le domaine de Tyersall Park est l'un des décors les plus spectaculaires du film. En se documentant sur ce que pourraient être l'architecture et l'histoire de la demeure familiale de Nick, le chef-décorateur Nelson Coastes s'est immergé dans la culture des Pernakan, qui est née dans le Détroit de Singapour, et qui n'est ni de style chinois, taïwanais ou hongkongais, mais un mélange des trois, mâtiné d'influences européennes. Son architecture présente des moulages en plâtre représentant souvent des motifs floraux ou animaliers, des persiennes et des carreaux de céramique colorés et vernissés. Comme il est probable que le domaine appartienne à la famille Young depuis plusieurs générations, et que Coates souhaitait traduire visuellement cette dimension historique, il semblait indiqué de s'inspirer du style peranakan.

La production a utilisé deux domaines voisins des jardins botaniques de Perdana à Kuala Lumpur, connus sous le nom de Carcosa Seri Negara. Conçus pour servir de résidence au gouverneur britannique de la région de Singapour au début du XXème siècle, les deux bâtiments de style néo-Tudor ont été aménagés en hôtels – avant d'être fermés récemment. Après avoir choisi le Seri Negara pour les extérieurs et le Carcosa pour les intérieurs, l'équipe de Coates a vidé les deux bâtiments, puis a entrepris des rénovations d'envergure au niveau de la toiture, des escaliers, des murs et des sols. Elle a aménagé l'imposante façade en terrasses et a repeint l'ensemble dans le style caractéristique de Singapour, avec des murs blancs, des toits noirs et des ornementations richement décorées. 

Tyersall Park se définit surtout par sa majesté ancestrale. "On voulait qu'il se dégage des intérieurs une atmosphère royale et une beauté sobre et élégante", poursuit Coates. "Les meubles ont des lignes symétriques, comme dans la plupart des demeures de style peranakan, mais c'est une maison dans laquelle on sent qu'on a vécu et que des enfants n'ont cessé de courir dans tous les sens. Jon tenait à ce que cette maison soit accessible, si bien que le choix des couleurs et la circulation entre les pièces étaient importants. On s'est servi des immenses porches voûtés, et on a tout rehaussé avec des moulures, des tentures murales, de la peinture, des tapis, des vitrages, des dorures, et le résultat final était sublime. On a même restauré un magnifique sol à chevrons qu'on a retrouvé sous le parquet". 

De nombreux détails soulignent l'authenticité du décor, à commencer par une fresque murale dans la salle à manger, peinte à la main, représentant des scènes de la vie singapourienne, dans des teintes de jaunes, rouges et verts pastel sur un fond bleu canard. Dans le vestibule, tapissé d'un papier peint de style William Morris, on découvre un imposant escalier central dans des tons vert pâle très doux et un tigre grandeur nature, en train de se cabrer, conçu par Coates. Fabriqué en tissu et en mousse par des sculpteurs de Bankgok, le tigre était si criant de vérité qu'il a été retenu par des douaniers soupçonnant qu'il s'agissait d'un authentique animal empaillé, pratique totalement illégale. 

Par ailleurs, selon le chef-décorateur, "comme toutes les familles, les Young tiennent énormément à leur patrimoine qui leur a été transmis de génération en génération, à l'instar de photographies encadrées, de magnifiques meubles de style perenakan, des oeuvres d'art et des objets en verre soufflé. On peut supposer qu'ils ont sillonné le monde si bien qu'ils possèdent des objets chinois et perenakans, mais aussi français, anglais et italiens". 

Coates a même proposé à Kevin Kwan de prêter ses propres photos de famille que l'on trouve un peu partout à Tyersall Park.

Coates a également conçu le jardin d'hiver adjacent, abritant le précieux épiphyllum à larges feuilles d'Ah Ma, point d'orgue de sa fête annuelle célébrant sa fugace floraison. Il mêle des influences chinoises et coloniales, avec une toiture verte à plusieurs niveaux, des colonnes blanches extérieures et un perron, des portes munies de persiennes sculptées, tandis qu'à l'intérieur, les murs sont décorés, le sol est recouvert d'un carrelage de style peranakan dans des tons vert canard, rouge et ocre. On trouve dans la maison meubles anciens et objets d'art, ainsi que des fleurs de variétés rares et des oiseaux exotiques. Le décor du jardin d'hiver a été construit en seulement 16 jours – une prouesse quand on sait que des pluies diluviennes interrompaient les travaux tous les jours. 

Coates s'est ensuite éloigné du bon goût et des traditions pour mettre au point l'ultime enterrement de vie de garçon et assouvir ainsi le fantasme de Bernard Tai. Il est même allé plus loin que le livre en passant d'un yacht à un cargo pour que l'envergure des lieux soit immédiatement perceptible – avec la bénédiction de Kwan. "Dans le livre, ils font la fête sur un gigantesque yacht. Mais Jon a choisi d'aller vraiment plus loin", signale l'auteur en riant. "Il m'a dit 'faisons une fête sur un super tanker ! Construisons ce décor hallucinant, avec une fosse d'orchestre, des jacuzzis, et tous ces gadgets', et c'est tout simplement fou de voir tout ce qui a été construit". 

Dans un parking, Coates a construit le décor du bateau pour y accueillir, notamment, des tables de jeu, une salle de jeux, un terrain de basket-ball, un mur d'escalade, un gigantesque buffet d'espadons, une cabine de DJ conçue à partir de l'avant d'une Rolls Royce, un héliport, et une course virtuelle de Ducati à travers Singapour. Le navire est fréquenté par des convives triés sur le volet et une bande de véritables reines de beauté du monde entier, vêtues de leur costume de concours de beauté. 

Mais le vrai temps fort du film est le mariage à 40 millions de dollars de Colin et Araminta, qui illustre sans doute le mieux un élément que Chu a découvert en s'attelant au projet : "Il ne s'agit pas tant de la somme d'argent qu'on dépense, car tous les gens à ce niveau de fortune peuvent dépenser beaucoup et s'offrir le même yacht, le même immeuble ou la même voiture. Mais quand on a de l'argent, et que tous ses amis ont de l'argent, ce qui fait la différence, c'est la manière dont on se l'approprie et la créativité dont on fait preuve". 

Par conséquent, reprend-il, "il fallait que ce soit un mariage comme on n'en a jamais vu". 

La scène a été inspirée par le style d'un hôtel que Chu et Coates avaient repéré, où des éléments naturels ont été intégrés : la mariée, dans sa splendeur, s'avance pieds nus sur un chemin d'eau coulant doucement vers l'autel.

La réception du mariage a été tournée au CHIJMES de Singapour dans une symphonie de verts, avec des feuilles de 24 arbres du voyageur dans la nef, ainsi que des orchidées et des bromélias de toutes les couleurs disposés le long de l'allée centrale menant à une arche chinoise en pierre. Les invités s'asseyaient sur des bancs de velours sur mesure au milieu d'herbes d'un mètre de haut. "Il y a là comme une explosion de nature à laquelle on ne s'attend pas dans une église", commente Coates. "On voulait que ce soit tout en nuances, et qu'il y ait une touche de classicisme, si bien qu'il y a des éventails en bambou de 2,5 m mêlés à l'imagerie classique du phénix et du dragon, et des lanternes traditionnelles peintes à la main ornées du nom des mariés et de scènes de prospérité et de fertilité – sachant que chaque lanterne a été peinte par un maître en trois semaines chacune. Le sol tout entier compose un panneau perforé ponctué de touffes d'herbes, si bien qu'on pouvait les enlever et les faire disparaître en cas de besoin". 

La spécialiste culinaire Pelita Lim a fait en sorte que chaque plat soit aussi authentique qu'un régal pour les yeux, "jusqu'aux plus infimes détails des tranches de gâteau sur chaque assiette", précise Coates. "Le Kue Lapis est un gâteau coloré à plusieurs couches, composé d'oeufs, de sucre et d'épices, et un simple morceau de ce dessert peut vous coûter jusqu'à 25 dollars dans un bel hôtel". 

"Astrid et son mari viennent de rompre, Rachel est sous un feu nourri d'attaques en tous genres, et Nick tente de trouver sa voie, et nous voilà dans ce mariage somptueux !", note Chu. En outre, "c'est ce qui nous permet de nous représenter l'organisation d'un mariage censé être l'un des plus gros événements mondains de l'année". 

MIEUX VAUT AVOIR LA TÊTE DE L’EMPLOI 

Aisance financière et classe sociale se reflètent également dans les vêtements et les bijoux : "J’ai vraiment aimé l’idée de pouvoir traduire la juxtaposition d'une fortune acquise de longue date et d'une autre, beaucoup plus récente, à travers les tenues", confie la chef-costumière Mary Vogt. "Ce sont deux univers complètement différents, auxquels il faut ajouter Singapour qui mêle des éléments malais et chinois, ainsi qu’indiens et anglais : ça donne une esthétique universelle, multiculturelle et riche". 

Elle a demandé à Kevin Kwan de l’aider à se procurer des pièces culturellement emblématiques : "Kevin comprend la diversité de ces tenues, leurs couleurs et la variété de ces différentes influences. Il m’a donné des contacts comme, par exemple, la créatrice de joaillerie Michelle Ong qui a fourni des bijoux pour les personnages d’Eleanor et Ah Ma". 

Elle a également cherché à intégrer des éléments typiques du conte de fées dans les costumes. Les indications de Chu se résumaient par " 'De la couleur ! Plein de couleurs !'", se souvient-elle. "Il voulait montrer que l’univers de Rachel à New York est un peu comme celui de Dorothy dans le Kansas : plus pesant, avec du noir, du blanc et des gris. Quand elle descend de l’avion à Singapour, tout à coup c’est comme si on était transporté au pays d'Oz, où tout est plus fort, la nourriture y est meilleure et tout est un petit plus à la mode". 

La garde-robe comprend des créations de la costumière, ainsi que des tenues empruntées ou achetées auprès de grands noms de la mode comme Valentino, Armani, Dior, Elie Saab, Carolina Herrera, Marchesa, Ralph Lauren, Stella McCartney ou encore Alexander McQueen, ainsi que Chopard, Bulgari et Swarovski, à l’aide d’une véritable armée d’assistants envoyés au Royaume-Uni, à Hong Kong et aux États-Unis. 

"On nous a prêté des millions de dollars en joaillerie, on avait des équipes de sécurité qui patrouillaient et des dates précises de fin de prêt, car les pièces devaient retourner au coffre. On n’aurait jamais pu se les offrir ou même les louer, car des bijoux pareils ne peuvent être loués", explique Chu. 

"Les bijoux fantaisie signés Swarovski sont superbes et on s’en est servi pour les acteurs en arrière-plan, mais pour les acteurs principaux, toute la joaillerie aperçue à l’écran est réelle", confirme Mary Vogt. "Chopard et Bulgari nous ont prêté des bijoux magnifiques et les acteurs ont vraiment apprécié de pouvoir les porter. Mais Michelle a aussi arboré certains de ses bijoux personnels et ils sont absolument fabuleux". 

Le goût sûr de l’actrice a même aidé les équipes techniques d’une manière imprévue. Dans le film, son personnage porte une bague très particulière qui attire l’oeil de Rachel et pour laquelle celle-ci la complimente. Malheureusement, les producteurs ont découvert que la bague conçue en prépa pour cette scène ne correspondait pas à leurs attentes. "C’était le premier jour de tournage de Michelle", se souvient Nina Jacobson. "Elle a dit 'J’ai une bague, elle vous conviendrait ?', et c’était exactement ce qu’il nous fallait : elle était similaire à ce que nous avions envisagé mais en bien mieux et elle nous l’a prêtée généreusement pour cette scène". 

Néanmoins, Mary Voigt précise que les costumes et bijoux ne doivent pas prendre le dessus sur le reste : "Par exemple, Gemma Chan porte des robes extraordinaires sous les traits d'Astrid mais le public ne doit pas voir la robe en premier : on doit la regarder, elle, et être ébahi et peut-être un peu plus tard 'Est-ce du Valentino ?' "

Gemma Chan est fan d’Audrey Hepburn et, pour sa première apparition, la costumière a choisi une robe Christian Dior rose pâle sans manches avec une jupe évasée tombant juste sous le genou, accessoirisée par des lunettes noires surdimensionnées de style "Jackie O" qui rappellent l’élégance intemporelle de l’actrice de DIAMANTS SUR CANAPÉ. La même inclinaison se retrouve dans l’allure d’Astrid lorsqu’elle porte un simple t-shirt et un pantalon cintré de toile. "Astrid n’est pas intéressée par le coût des vêtements ou leur côté voyant, elle aime les choses pour ce qu’elles sont. Ça peut coûter quelques millions ou être une trouvaille du marché aux puces, peu importe : elle aime mélanger différents styles. C’était vraiment amusant de travailler avec Mary pour constituer la garde-robe d'Astrid", commente Gemma Chan. 

À une échelle plus modeste, Rachel possède elle aussi un style éclectique. Mary Vogt a créé pour elle une série de tenues qui traduisent ses bouleversements intérieurs. À New York, elle a l’air plus forte tandis qu’à Singapour elle semble davantage vulnérable dans sa robe à fleurs blanches et roses de Giambattista Valli, avant de faire une impression durable lors du mariage dans une robe Marchesa de mousseline bleue pâle rebrodée de fleurs. 

"Rachel a l'occasion de porter des tenues incroyables", raconte Constance Wu. "Ma tenue préférée ? Oh, je ne peux pas choisir, je les aime toutes !" 

La costumière a trouvé chez Dolce & Gabbana l’inspiration pour les costumes et smokings portés par Nick Young à l’exception de certaines tenues : "Henry a tout du héros au charme classique et discret et on lui a conçu plusieurs costumes et chemises de lin blanc, tous faits sur mesure à Singapour et Kuala Lumpur, qui lui allaient parfaitement. Il avait l’air fabuleux quand il les portait", dit-elle. 

Pour l’acteur, ces costumes ont été d’une aide précieuse pour se glisser dans la peau du personnage. "Mary m’a fait porter des costumes vraiment chics, mais le costume de lin remporte la palme de l’élégance. À chaque fois que je le porte, c’est comme revêtir une armure et j’avais vraiment l’impression d’être transporté dans son monde", confie-t-il. 

Pour le personnage d’Eleanor, Mary Vogt a été inspirée par l’actrice Michelle Yeoh elle-même. "Comme son personnage, Michelle est élégante : elle possède la grâce et la façon de se mouvoir d’une danseuse, et je voulais qu’elle ait l’air décontractée et qu’elle puisse tout oser, car c’est ainsi que Kevin la décrit dans son livre", reprend la chef-costumière. "On lui a fait porter des pantalons larges et des hauts en soie de Carolina Herrera, ainsi qu’une longue robe bordeaux de Valentino, ornée d’une grande broche pour la fête des fleurs Tan Hua. Lors du mariage, elle porte une robe de satin de soie bleue pâle et or, dont le tulle est brodé à la main, assorti de son manteau (le tout par Elie Saab), avec une broche en diamants jaunes et blancs de Michelle Ong portée comme boucle de ceinture. C’est une tenue vraiment forte mais ça lui va à merveille". 

Peik Lin, elle, a une allure complètement exubérante qui tranche avec la simplicité de Rachel, le rétro cool d’Astrid et les lignes classiques d’Eleanor. "Peik Lin a un style très tapageur, c’est quelqu’un qui s’amuse avec ses vêtements ! On avait des talons scandaleux de plus de 12 centimètres et Awkwafina les a portés avec beaucoup d’assurance. Elle peut tout porter, car c’est une actrice avec une si forte personnalité qu’on la remarque avant ses vêtements". Peik Lin arbore des tenues très variées : des pyjamas Stella McCartney portés de jour mais aussi des chemises ornées de lapins ainsi qu’un costume de chauffeur remis au goût du jour avec casquette et bottes montantes. 

"Peik Lin a un peu le style de vie d’un rappeur", plaisante Awkwafina. 

L’un des plus grands défis relevés par la créatrice des costumes a été la robe de mariée extraordinaire d’Araminta Lee. Elle comprend une sorte de corset avec une imposante jupe faite de plusieurs volants superposés de longueurs différentes complétée d’une traîne. Rien d’impossible, mais là où les choses se compliquent, c’est que la robe devait être étanche, car l'allée que la future mariée emprunte devant l’autel se transforme en ruisseau. "Elle pesait une tonne, et ça doit être la seule robe de mariée étanche au monde ! Sonoya est une danseuse et une sportive, elle a de la force, et elle a donc pu porter cette robe comme si elle était aussi légère que l’air". 

ODE AU BONHEUR 

CRAZY RICH ASIANS possède une BO riche et variée, qui mêle des genres radicalement différents comme des chansons traditionnelles chinoises interprétées pour le film par un groupe de jazz et de swing, ou encore des tubes de variété et de rock américains interprétés par des artistes asiatiques contemporains. "Je voulais de la musique des années 1960 et 1970, quand Singapour était un pays neuf, et des chansons chinoises qui ne soient pas anciennes mais qui reflètent ce qui était populaire à cette époque", précise Chu. "J’aimais aussi l’idée de chansons américaines chantées en chinois car le côté 'village global' – et le fait que les cultures s'influencent mutuellement – constitue un thème fort du film". 

Chu et le superviseur musical Gabe Hilfer ont réuni plusieurs morceaux comprenant notamment une ouverture musicale joyeuse du film avec le titre "Money (That’s What I Want)" de Cheryl K., interprété par le chanteur R&B Miguel. On entend également plusieurs morceaux de Jasmine Chen, que l’artiste elle-même interprète à l’écran, accompagnée d’un quatuor de jazz pour "Swinging Five", "Chang Hai" ou encore "Give Me a Kiss", entendus lors de la fête des fleurs Tan Hau organisée par Ah Ma, et que l’on retrouve également lors de la fête de mariage avec "Wo Yao Ni De Ai (I Want Your Love, I Want You to be My Baby)" et "When Love is Away". Le classique d’Elvis "Can’t Help Falling in Love", qui était la chanson de mariage des parents du réalisateur, est interprété par Kina Granis pendant la réception. Vers la fin du film, Awkwafina se lance dans un rap original sur la version de Cheryl K. de "Money (That’s What I Want)" pour accompagner les spectateurs jusqu’à la fin du générique. 

"C’est un mélange éclectique mais qui forme un tout très cohérent", ajoute Chu, "de l’ancien au contemporain, en passant par les remix, le rap, le hip-hop et le jazz sans compter, en plus de tout ça, la composition extraordinaire de Brian Tyler, qui, grâce à un orchestre complet, plonge le film dans l’ambiance d’un vieux film hollywoodien". 

"Jon et moi voulions faire référence aux grandes comédies romantiques, tout en y apportant le charisme et la beauté de la culture asiatique", déclare Tyler. "J’ai composé dans l’esprit rétro d’un big band de jazz en ajoutant des cordes classiques et de la musique traditionnelle asiatique. Le jazz a procuré un arrière-fond amusant et désuet, et les cordes ont retranscrit les thèmes principaux, l’amour et la perte au coeur des relations familiales et amoureuses. En tant que compositeur, travailler sur un film qui aborde ces thèmes a été pour moi une expérience hallucinante". 

Sur un plan personnel, Chu révèle que le tournage a coïncidé avec la naissance de sa fille et il en est venu tout naturellement à se demander ce qu’il allait lui transmettre et en quoi il aimerait que sa jeunesse soit différente de la sienne… "Avec cette histoire où le personnage principal est quelqu’un de fort comme Rachel, j’étais vraiment conscient de ce que ma fille allait peut-être affronter dans la vie en devant adopter plusieurs cultures pour trouver sa propre identité. Ce film est une histoire d’amour et une comédie qui porte sur la famille, la culture, les confits et les réconciliations. Il est aussi représentatif de nos choix en tant que nouvelle génération : ils portent sur ce que nos parents nous ont transmis, ce qu’on a appris et ce qu’on veut transmettre à nos enfants", détaille-t-il. 

Pendant la première visite de Kevin Kwan sur le plateau, le réalisateur révèle que Chan lui a confié comment il avait débuté son livre. "Quand Kevin a allumé son ordinateur, il a écrit 'Joie' sur un post-it et l’a collé sur l’écran et chaque jour il regardait ce mot tandis qu’il écrivait. Il s’est dit que, quoi qu’il arrive, c’était la chose la plus importante qu’il souhaitait transmettre dans son livre", raconte Chan. 

"Sept ans plus tard, on réalise ce film et il [Kwan, NdT.] me dit : 'Quoi que tu fasses, c’est la seule chose qui compte. Si tu peux transmettre de la joie, ça marchera'. C’est devenu notre ligne rouge pour nous guider tout au long du film. Et j’espère que les spectateurs ressentiront eux aussi cette joie en voyant le film", conclut le réalisateur. 

Source et copyright des textes des notes de production @ Warner Bros. France

  
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