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jeudi 21 novembre 2019

PROXIMA



Drame/Thriller/Action/De supers acteurs pour une histoire touchante, mais le scénario ne convainc pas sur tous les aspects 

Réalisé par Alice Winocour
Avec Eva Green, Matt Dillon, Sandra Hüller, Lars Eidinger, Jan Oliver Schroeder, Nancy Tate, Alexei Fateev...

Long-métrage Français/Allemand
Durée : 01h47mn
Année de production : 2019
Distributeur : Pathé

Date de sortie sur nos écrans : 27 novembre 2019



Résumé : Sarah est une astronaute française qui s'apprête à quitter la terre pour une mission d'un an, Proxima. Alors qu'elle suit l'entraînement rigoureux imposé aux astronautes, seule femme au milieu d'hommes, elle se prépare surtout à la séparation avec sa fille de 8 ans.

Bande annonce (VOSTFR)



Ce que j'en ai pensé : découvert lors de l'édition 2019 du festival Utopiales, ce long-métrage a été introduit par Philippe Lux avant la projection.


Avec PROXIMA, la réalisatrice Alice Winocour nous fait suivre le parcours d'une femme astronaute et mère de famille. Elle a également écrit le scénario de ce film avec la participation de Jean-Stéphane Bron.

Le but affiché, tout à fait louable, est à la fois de mettre les femmes astronautes sur le devant de la scène, de proposer leur point de vue sur ce métier et, aussi, de souligner les épreuves supplémentaires, dans le cadre de ce travail, liées à la féminité ainsi qu'à la maternité. 

Elle ancre sa réalisation dans un réalisme tout à fait convaincant. On croit à cette préparation épuisante entachée par une culpabilité galopante de devoir laisser son enfant sur Terre alors qu'on se prépare à décoller pour les étoiles. Les relations entre les différents protagonistes instaurent une dynamique qui reste stable ou évolue en fonction des éléments qui cherchent à être accentués. Le film est fait avec beaucoup de sensibilité, sans tomber dans des travers héroïques inutiles. On apprécie les efforts pour placer la mise en scène dans des lieux réels et pour nous montrer les vraies conditions d'entraînement des hommes et femmes qui ont tourné leur vie vers l'espace. Ce sentiment est renforcé par la présence de Thomas Pesquet. On le voit peu, mais il confirme l'impression que les éléments présentés sont sérieux. Malheureusement, notre engouement est entamé par une scène complètement improbable, qui se veut certes touchante, mais qui remet en cause l'engagement même de l'héroïne, dans le dernier quart d'heure et qui casse le réalisme si habilement distillé jusque-là. Le voyage demeure intéressant, mais de ce fait, moins enthousiasmant. 

Eva Green est magnifique dans le rôle de Sarah, une femme exceptionnelle, qui doit tout mener de front. 





La petite fille de Sarah, Stella, est interprétée par Zélie Boulant, une jeune actrice mignonne et naturelle.




Matt Dillon interprète parfaitement l'archétype de l'astronaute qui met au défi sa collaboratrice féminine à cause de son genre et non de ses capacités.


Lars Eidinger interprète l'ex-mari de Sarah qui croit en elle, mais n'a pas sa langue dans sa poche.

Copyright photos © 2019 DHARAMSALA - DARIUS FILMS – PATHÉ FILMS - FRANCE 3 CINÉMA

PROXIMA a le mérite d'aborder un sujet peu traité et de le faire avec délicatesse ainsi qu'avec engagement. Il est dommage qu'une de ses scènes remette en cause l'ensemble de son autrement bon traitement. Il reste malgré tout touchant et très bien interprété.

NOTES DE PRODUCTION
(À ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)


ENTRETIEN ALICE WINOCOUR

D’où est venue l’envie de PROXIMA, projet singulier et ambitieux dans le contexte du cinéma français ?

Depuis toute petite, je suis fascinée par le monde de l’espace, mais c’était plus une attirance poétique, un peu abstraite. Puis j’ai commencé à investiguer ce monde et j’ai été littéralement happée. J’ai commencé à rencontrer des entraîneurs qui préparent les astronautes, j’ai visité des lieux d’entraînement et j’ai pris conscience de la somme de travail et des années nécessaires pour apprendre à se séparer de la Terre. Le cinéma a peu montré cela. Dans les films les problèmes arrivent dans l’espace pas sur terre, mais la plus grande partie de la vie des astronautes est la préparation. Parfois certains ne partent jamais.

Comme pour chacun de mes films, je suis d’abord attirée par un univers et en chemin, je me rends compte que ce qui m’a poussée vers ce monde est lié à quelque chose d’intime. Pour parler de moi, j’ai besoin d’aller vers des mondes très lointains. L’intime ici, c’était le rapport entre mère et fille, ayant moi-même une fille de 9 ans. Je voulais explorer le processus de séparation entre une mère et sa fille, qui résonnait avec la séparation entre l’astronaute et la Terre.

Pourquoi avoir fait le choix d’une astronaute femme ?

Mon désir principal était de montrer une super-héroïne et une mère, dans le même corps. Le cinéma ne représente pas souvent ces deux états dans un même corps, comme si héroïne et mère étaient incompatibles. Les super-héroïnes sont toujours détachées des questions de maternité ou de féminité quotidienne. Une femme de la NASA m’a dit que son meilleur enseignement pour devenir astronaute avait été d’être mère ! Parce qu’une mère accomplit de multiples tâches en même temps. Une entraîneuse de l’Agence Spatiale Européenne, m’a confié que les astronautes hommes sont très fiers de parler de leurs enfants alors que les astronautes femmes ont plutôt tendance à cacher qu’elles sont mères comme si elles craignaient que ça les décrédibilise. Il y a cette idée dominante, qui est une construction sociale, selon laquelle la responsabilité d’un enfant incombe plus à la mère.

C’est la question féministe évoquée dans le film, montrer qu’une femme peut être à la fois une mère et une professionnelle de haut niveau.

Avez-vous revisionné des films sur l’espace, y compris pour faire quelque chose de différent ?

Quand je m’empare d’un sujet, j’essaye généralement de voir tous les films qui ont été faits dessus ! Mais en ce qui concerne l’espace, le cinéma américain a complètement saturé ce terrain.

Pour PROXIMA nous avons travaillé avec l’aide de l’Agence spatiale européenne et nous avons obtenu leur aide pour avoir la chance de tourner dans les vrais lieux où se préparent les astronautes du monde entier pour quitter la planète.

Des lieux qui n’avaient jamais été filmés  : le centre d’entrainement de Cologne, qui est la base de l’Agence Spatiale Européenne, la ville fermée de Star City près de Moscou, et enfin le Cosmodrome de Baikonour, une base militaire entourée de check points, seul endroit d’où partent vraiment les fusées pour atteindre la Station spatiale internationale.

Il n’y a donc aucune maquette, ni décors recréés. Tous les lieux sont réels jusqu’aux chambres des astronautes, dans le Prophilactorium, le bâtiment où habitent les astronautes à Star City, et où nous tournions, à côté des astronautes qui étaient en résidence, en totale immersion.

Dans les films hollywoodiens, l’astronaute est au bord du surhumain, alors que j’ai découvert au cours du travail avec l’ESA qu’il n’y a rien de plus humain et fragile que les astronautes. Se confronter à l’espace, c’est faire l’expérience de la fragilité humaine et réaliser à quel point on est attaché à la Terre, à toutes ces choses auxquelles on ne fait pas attention et qui manquent tant aux astronautes dans l’espace : le bruit du vent dans les arbres, le chant des oiseaux, l’odeur de la nature…

En ce sens, je voulais que le film soit aussi une célébration de la terre.

PROXIMA est de fait plus terrien que spatial. Le film montre par exemple l’épreuve très physique que subissent les corps des astronautes.

Dans tous mes films, le rapport au corps est central. Je voulais montrer le rapport mère-fille dans sa dimension charnelle, par exemple dans la scène où elles sont dans la piscine comme dans un bassin amniotique. Ensuite, je voulais montrer que le corps humain n’est pas fait pour vivre ailleurs que sur Terre. Dans l’espace, on grandit de 10 à 15 cm, les bronches ne sont pas faites pour là-haut… Ces entraînements intensifs faisaient coïncider l’aspect documentaire avec mes obsessions de cinéma : le corps-cobaye, sanglé dans les machines, des centrifugeuses… C’est une mutation du corps qui est en jeu, comme dans le cinéma de Cronenberg. Sarah (Eva Green) doit se séparer de la Terre mais aussi de son corps de terrienne “normale”. Elle doit devenir une “space personne”. Quand on la voit badigeonnée de béthadine, ou quand on prend l’empreinte de son corps pour mouler son siège de fusée, il y a l’idée qu’elle devient une créature spatiale, une mutante.

Proxima, c’est une galaxie lointaine et c’est ce qui est proche, comme sa propre fille. Le film semble jouer sur ce contraste entre le proche et le lointain, l’intime et le cosmique, qui sont à la fois opposés et miroirs l’un de l’autre ?

Oui. Proxima, c’est aussi la galaxie la plus proche de la notre. Dans l’écriture et la mise en scène, je voulais en effet confronter l’infiniment petit et l’infiniment grand, l’immensité de l’espace, confrontée à l’intimité de la famille et à la relation mère-fille.

Le film montre frontalement le machisme ordinaire du milieu spatial.

Ces scènes pourraient paraître caricaturales mais elles sont en-dessous de la réalité de ce que m’ont raconté les femmes astronautes. C’est un monde masculin, pensé par les hommes pour les hommes. Par exemple, les combinaisons spatiales ont un poids aux épaules parce que les hommes sont costauds des épaules, alors que les femmes sont plutôt fortes des hanches. Les femmes doivent redoubler d’efforts pour entrer dans ce monde d’hommes mais elles ne doivent pas trop la ramener non plus. Le film rend hommage aux femmes qui doivent tout concilier, aspect évidemment exacerbé dans le milieu de la conquête spatiale. Au cinéma, les héroïnes sont montrées hors sol.

À la fin, le générique nous rappelle que les astronautes femmes ont été nombreuses, ce qu’on ignore généralement. Claudie Haigneré n’était pas la seule !

À ce propos, j’ai reçu plein de messages très émouvants de femmes de la NASA qui disent que c’est très important qu’un film montre enfin qu’on peut être à la fois une bonne astronaute et une bonne mère.

C’est ce que dit le film, qu’on peut faire les deux, même si c’est difficile. Comme dit Matt Dillon dans le film à Eva : « La mère parfaite n’existe pas ».

Les femmes représentent 10% des astronautes. La proportion augmente mais il y a encore du travail. La NASA vient d’annuler la première sortie extra-véhiculaire de deux femmes. Il n’y avait pas deux combinaisons spatiales de taille M….

PROXIMA est un film de libération et d’apaisement : Sarah accomplit tout un trajet face à ses propres obstacles de femme et de mère, elle dépasse son complexe de culpabilité. La petite fille aussi prend son envol, elle s’émancipe du cocon maternel.

L’aspect documentaire de PROXIMA est impressionnant. Comment se sont passées les choses avec l’ESA, au niveau des autorisations, puis de la cohabitation avec les vrais scientifiques et astronautes ?

La collaboration avec l’ESA est intervenue très tôt. Dès le début de l’écriture, j’ai pris le train pour Cologne et me suis installée dans leurs locaux. Il y avait Thomas Pesquet qui se préparait pour son premier vol, j’ai rencontré Claudie Haigneré… En rigolant, on disait que Thomas et Claudie étaient le parrain et la marraine du film ! Je les ai vus régulièrement tout au long de l’écriture. Il y avait ce parallélisme entre le monde du cinéma et le monde de la recherche spatiale : dans les deux cas, la préparation est longue, l’objectif à atteindre est un rêve, et ce que le public voit n’est que la partie émergée de l’iceberg. Au cinéma comme dans les vols spaciaux, il y a des équipes compétentes qui travaillent dans l’ombre.

On a aussi travaillé avec les entraîneuses et entraîneurs, je voulais absolument que tous les dialogues soient justes. Tout ce qu’on voit dans le film est basé sur les vrais travaux de l’ESA qui tendent à améliorer la résistance du corps humain pour les voyages longue durée.

Les astronautes me faisaient penser aux dieux grecs, c’est-à-dire des gens qui ont des super pouvoirs mais aussi des failles très humaines auxquelles chacun peut s’identifier.

J’ai imaginé l’échappée de quarantaine de Sarah à la fin, mais j’ai appris ensuite que l’astronaute Anna Lee Fisher, la première mère dans l’espace avait elle aussi réussi à s’échapper en cachette de la quarantaine pour voir sa fille avant son départ

Star City et Baïkonour paraissent vieillots, avec leur décoration désuète, leurs tapis élimés...

Et pourtant, le système Soyouz est aujourd’hui le moyen le plus sûr pour aller dans l’espace. Les astronautes américains, japonais, français, la NASA viennent tous ici parce que c’est ici que la technologie est la plus avancée. Tous les vols spatiaux emmènent un Russe, un Américain et un Européen.

Si les astronautes américains ont une plus grande piscine à Houston, quand il s’agit de quitter la terre, ils doivent comme les autres astronautes s’entrainer à Star City, pour apprendre à piloter le Soyouz avec lequel ils décolleront à Baïkonour.

PROXIMA montre que la coopération internationale fonctionne mieux dans le milieu spatial que dans la géopolitique.

C’était un des points exaltants du tournage, et cet aspect international se reflétait aussi dans notre équipe de cinéma. On avait des Français, des Russes, des Américains, des Allemands, des Kazakhs, et ce mélange de nationalités nous faisait nous sentir unis dans notre humanité commune. En écho aux astronautes du film.

La séquence du décollage de la fusée est impressionnante, on ressent cet arrachement tellurique dans son propre corps de spectateur. C’est étonnant d’avoir pu filmer si près.

Je voulais faire un film physique. On a aussi fait un gros travail sur le son, il fallait ressentir tout l’aspect sensoriel de ce monde. La conquête spatiale nous fait réaliser à quel point on est fragile, à quel point on est terrien, tout petits face à des forces qui nous dépassent. Thomas Pesquet m’a dit qu’en voyant le film et le décollage, il avait ressenti des émotions qu’il n’avait pas pu éprouver lors de son vrai décollage. 

La part documentaire et scientifique du film passe par les lieux, les machines, les combinaisons spatiales. Sa part intimiste, romanesque, passe surtout par les acteurs, au premier rang desquels, Eva Green. Comment l’avez-vous choisie ? 

Je ne voulais pas une mater dolorosa. Eva a un côté combattante qui me plaisait bien. Le scénario est construit comme la séparation des étages de la fusée : il y a des étapes de séparation avec la Terre comme entre la mère et sa fille. Dans le vrai protocole de décollage figure la mention “séparation ombilicale”, donc cette métaphore n’est pas uniquement le fruit de mon imagination. Eva a ce côté guerrière qui peut être en même temps mère, mais pas mère telle qu’on la représente habituellement. Eva porte une étrangeté et ce n’est pas un hasard si elle a joué chez Tim Burton. J’aime les êtres comme elle qui ne sont pas dans le moule, je peux mieux m’y projeter. Eva a aussi un côté “space”, et tous les astronautes que j’ai rencontrés ont ce côté geek, ce sont des “space personnes” avant même de s’entraîner. Ils ne sont pas comme tout le monde, ils sont perchés. Et puis j’aimais l’idée d’aller avec Eva dans un endroit où elle n’avait jamais été. Elle est habituée aux univers gothiques, là, elle s’est dépouillée de toute cette panoplie. Dans son corps, sa façon de bouger, elle est très crédible en astronaute. Eva, c’est une machine de guerre et ça correspondait très bien au personnage. Le chemin de Sarah et d’Eva dans le film, c’est de s’ouvrir aux émotions. Comme un réalisateur avec son film, un astronaute ne vit que pour sa mission même si c’est un arrachement avec sa famille. Eva/Sarah est dans cet équilibre entre la mission et l’émotion, équilibre instable à tel point qu’à un moment, les émotions mettent en péril la mission. Et puis on a beaucoup répété avec Eva et Zélie Boulant-Lemesle.

Cette gamine est étonnante, à la fois enfantine et consciente des enjeux adultes. Comment l’avez-vous trouvée ?

On a fait un immense casting, on a vu près de 300 fillettes. Il fallait trouver une petite fille qui joue bien, qui fonctionne avec Eva, qui puisse voyager avec nous jusqu’en Russie et au Kazakhstan… Ce qui m’a plu, c’est que Zélie avait elle aussi ce côté geek, cet aspect enfant pas dans le moule. J’ai pensé aussi au petit garçon de YI YI d’Edward Yang : cette manière de chercher à montrer l’humanité des êtres à travers des petits détails du quotidien. C’était le pari de cinéma de mon film : parvenir à une vérité humaine, mais par un processus immersif plutôt que par des effets démonstratifs.

Autre belle surprise du film, la présence de Matt Dillon, dans un rôle pas toujours sympathique.

C’était la difficulté de son personnage, je ne voulais tomber dans le manichéisme du bad guy. Comme Eva, Matt a une étrangeté dans son regard, dans sa manière d’être ailleurs, et dans sa profondeur. C’est aussi la réalité de ces astronautes : pour arriver à ce haut niveau intellectuel et physique, il faut une grande confiance en soi, presque de l’arrogance. Je savais que Matt pourrait incarner un personnage qu’on aime malgré ses défauts. Entre son personnage et celui d’Eva germe une zone ambivalente, une amitié amoureuse, et pour cela il fallait un acteur séduisant, comme Matt. J’ai travaillé avec Vincent Lindon et Matthias Schoenaerts et je me rends compte que j’aime les acteurs masculins qui ont une forme de violence en eux.

Lars Eidinger véhicule une masculinité plus douce, plus ouverte, moins cowboy.

Son personnage est aussi un clin d’œil à la rivalité réelle qui existe entre les astrophysiciens et les astronautes, entre ceux qui restent au sol et ceux qui partent dans la fusée. Ce sont deux mondes différents, comme les acteurs et les techniciens dans le cinéma. Les astronautes ont une aura plus bling bling, ils sont médiatisés, alors que les scientifiques restent dans l’ombre. Quand j’appelais Sylvestre Maurice, l’astrophysicien avec qui j’ai écrit le rôle de Lars, il me répondait “tu peux m’appeler très tard, ce soir je suis sur Mars”. Ces gens sont très perchés, c’est passionnant de les côtoyer. Pour le choix de Lars, il fallait un acteur allemand, puisque l’ESA est à Cologne. Je l’avais vu dans des pièces d’Ostermeier. On s’est rencontrés à Berlin à la Schaubühne après sa performance impressionnante dans le rôle de Richard 3.

De plus, il connaissait déjà Eva pour avoir joué aussi dans des films de Burton.

On a découvert Sandra Hüller récemment, plutôt dans des rôles de comédie. Vous la dirigez dans un registre plus sérieux.

J’adore cette comédienne, elle est impressionnante dans sa manière de faire passer différentes émotions. Comme Lars, elle vient du théâtre allemand, alors qu’Eva vient du cinéma, Alexei Fateev vient du théâtre russe... Plusieurs écoles de jeu coexistent dans le film. Sandra joue Wendy, qui a un côté marraine. Comme le personnage de Matt, il fallait qu’elle soit aimée tout en arborant une certaine froideur liée à sa fonction.

Et l’acteur russe, Alexei Fateev ?

Je l’ai rencontré lors du casting que l’on a organisé à Moscou. Il joue dans FAUTE D’AMOUR d’Andreï Zviaguintsev. Il a une grande douceur. A un moment dans le film, il lit une poésie de Mandelstam, et il était comme ça sur le tournage : il lisait des poésies, chantait, il avait une présence très apaisante, une profondeur très russe.

Vous avez travaillé avec George Lechaptois, votre directeur photo habituel. C’est important d’avoir avec vous des collaborateurs que vous connaissez bien ?

J’aime bien retrouver la même équipe technique, c’est comme une famille. J’ai souvent en tête des images très hétéroclites, comme ici, de YI YI à Tarkovski et le travail en amont m’aide à digérer ces références. Ensuite, c’est assez libre, en fonction des circonstances de tournage. Là, on devait se conformer à des horaires très précises, à la lumière russe qui monte tôt le matin et décline très vite le soir.

Avec Lechaptois, vous avez confectionné des plans mémorables, comme celui du contrechamp du décollage, avec le visage ému de Lars Eidinger et celui émerveillé de Zélie Boulant-Lemesle, deux états émotionnels qui sont aussi ceux mêlés du spectateur…

On n’a pas tourné ce plan à Baïkonour parce qu’il n’y avait pas assez de figurants possibles. On l’a fait sur un tarmac près de Moscou où on a monté une énorme nacelle avec une lumière qui éclaire progressivement les visages avant le retour du noir, comme lors du vrai décollage. Le départ d’une fusée procure des émotions intenses et paradoxales : on est exalté, on pleure, on est ramené à sa condition humaine, on pense à la notion judéo-chrétienne de la montée au ciel, donc à une mort symbolique mêlée d’un risque de mort réelle... Je n’ai pas inventé la lettre que laissent les astronautes à leurs proches, ça fait partie du protocole qui inclut donc l’idée de mettre en ordre sa vie avant le grand départ.

Le dernier plan avec les chevaux est très beau. D’où est venue l’idée, et quel en est son sens ?

J’avais vu des chevaux sauvages lors d’un premier voyage de repérage à Baïkonour et ça m’avait fascinée. Du coup, j’ai écrit cette scène. Ensuite, au tournage, ça a été plus compliqué de les avoir. On avait rendez-vous avec des cowboys kazakhs accrédités pour le cosmodrome mais ils sont tombés malades. On a du trouver d’autres cowboys, en dehors du cosmodrome : on attendait les chevaux sauvages avec notre caméra dans le bus, ça semblait absurde, et puis tout d’un coup, on les a vu surgir au loin et on a mis en marche la caméra. Ces chevaux symbolisent l’imaginaire de la petite fille, et l’idée qu’elle reste très terrienne par rapport à sa mère qui vient de décoller vers les étoiles. Les chevaux, c’est la Terre. Ils incarnent aussi une forme de sauvagerie, de non formatage, qui est parfois propre aux enfants. Enfin, ces chevaux symbolisent pour cette petite fille la sortie de l’emprise de sa mère. Comme sa mère, la fille a accompli un trajet en acceptant le départ de sa maman. La mission de sa mère faisait partie de son quotidien, elle est heureuse pour elle que le décollage se soit bien passé. Il y a un apaisement au bout du parcours.

ENTRETIEN EVA GREEN

Comment êtes-vous arrivée sur le projet Proxima ?

Alice a tout simplement envoyé le scénario à mon agent. J’ai eu un vrai coup de cœur à la lecture et j’ai tout de suite eu envie de faire partie de cette aventure !

Connaissiez-vous le travail d’Alice Winocour ?

Oui, j’avais vu Augustine et l’univers audacieux et singulier d’Alice m’avait beaucoup plu. Maryland était aussi un sujet sensible et fort. Alice aime les situations extrêmes et complexes et excelle à explorer les tourments intérieurs des personnages.

Quels sont les aspects qui vous ont particulièrement séduits à la lecture du scénario de Proxima ?

Son originalité. La conquête spatiale en est la toile de fond, c’est un univers passionnant que le public ne connaît que de l’extérieur. Mais le film est surtout une histoire réaliste, émouvante, très humaine et moderne, qui met en scène le tourment d’une femme tiraillée entre sa passion d’astronaute et son amour pour sa fille. C’est avant tout cette tension, ce déchirement qui m’a séduite.

Concernant l’aspect “astronaute” de votre rôle, avezvous fait un travail préparatoire spécifique (lecture d’ouvrages sur l’espace, vision de films sur la conquête spatiale, discussion avec des femmes astronautes telles que Claudie Haigneré, stage à l’Agence Spatiale Européenne…), ou avez-vous préféré arriver “vierge” sur le plateau ?

Impossible d’arriver « vierge » pour un sujet comme celui-ci. Aucun autre film, à ma connaissance, ne montre avec autant de “réalisme” la préparation des astronautes avant leur départ pour l’espace. Comme beaucoup d’acteurs, j’éprouve le besoin absolu de m’immerger dans l’univers du personnage avant un tournage. Et plus encore pour celui-ci, qui m’était totalement étranger.

Alice m’a guidée de très près dans cette préparation. Elle m’a donné plusieurs ouvrages à lire, m’a fait rencontrer des astronautes femmes, comme Samantha Cristoforetti et Claudie Haignéré. Ces deux femmes exceptionnelles, des pionnières dans un monde très masculin, m’ont raconté leurs expériences avec beaucoup de générosité, m’ont parlé aussi de leurs doutes et leurs combats personnels.

Le fait aussi que je sois une femme, mise en scène par une réalisatrice, a donné à nos rencontres une grande force.

Thomas Pesquet fait une apparition dans le film. 

Il nous a conseillé sur plusieurs aspects techniques. Avec Alice nous l’appelions notre “Godfather”. J’ai eu aussi le privilège d’aller plusieurs fois à l’Agence Spatiale Européenne à Cologne et à Star City en Russie, un site incroyable, une véritable ville, entièrement dédiée à la conquête spatiale. J’ai découvert ce que ce métier exige de passion, de volonté, de facultés mentales et d’aptitudes physiques hors du commun et surtout à quel point les astronautes sont des êtres exceptionnels, des super héros. “No pain, no gain !” C’est ce “sacrifice de soi”, cette soif d’aller au bout de soi-même, au service de la science, qui m’a fascinée.

Pouvez-vous parler de votre travail spécifique avec Alice Winocour, des indications de jeu qu’elle vous donnait, toujours dans la dimension astronaute du rôle ?

Alice sait parfaitement ce qu’elle veut. C’est un réel plaisir et une grande chance de travailler avec une metteuse en scène si passionnée, si investie, et aussi exigeante que sensible. Nous partageons toutes deux l’amour du travail bien fait. Nous sommes ultra-perfectionnistes.

Avec la petite Zélie, ma fille dans le film, nous nous sommes rencontrées à plusieurs reprises. Cela nous a permis de mieux nous connaître, de développer un climat de confiance et de complicité entre nous.

Concernant l’aspect intimiste du rôle, celui de femme et de mère, comment s’est passé le travail avec Zélie Boulant-Lemesle, et avec Alice ?

J’avoue avoir été intimidée par Zélie au début, mais au fil des répétitions avant le tournage, une intimité a fini par se créer ! Zélie est une belle âme, avec une imagination débordante et un grand sens de l’humour !

Quelle était la difficulté de ce rôle ?

Peut-être de concilier la part “combattante” de sa personnalité, confrontée à un milieu très masculin et compétitif, et celle, plus tendre, d’une mère. N’est-ce pas aujourd’hui le sort de beaucoup de femmes qui veulent mener de front, et avec autant de volonté, leur carrière et leur vie familiale ?

Considérez-vous que Proxima est un film féministe ?

Oui, dans la mesure où il met en valeur l’audace d’une femme qui s’autorise à aller au bout de sa passion. Cela reste toujours tabou d’oser se séparer de son enfant pendant 1 an pour réaliser ses rêves. On ne l’accepte que pour les hommes, et encore...

Comment s’est passée votre collaboration avec respectivement Matt Dillon, Lars Eidinger et Alexei Fateev ?

Matt, avec son physique impressionnant et viril, était parfait pour le rôle de Mike. Il a su tout de suite mettre ses partenaires à l’aise sur le plateau.

Alice cherchait un acteur allemand pour Thomas mon ex-mari. J’avais vu Lars dans plusieurs mises en scène d’Ostermeier. Je l’ai suggéré à Alice. Par chance, il était libre. C’est un des plus grands acteurs que je connaisse. Je suis une grande fan ! Alexei, lui, ne parlait malheureusement pas beaucoup l’anglais, mais c’est un homme très fraternel, pur et humble. J’ai trouvé tous les Russes qui ont collaboré à notre aventure particulièrement chaleureux.

Après avoir tourné ce film dans les lieux authentiques de l’Agence Spatiale Européenne et de Baïkonour, à proximité des vrais scientifiques et astronautes, portez-vous un regard nouveau sur la conquête spatiale ?

Notre métier nous permet de superbes découvertes. Sur ce film, tourné dans des décors réels, j’ai été impressionné par les centres d’entraînement des astronautes, que ce soit en Allemagne, à l’Agence Spatiale Européenne ou à Star City à Moscou et jusqu’à Baïkonour d’où partent les fusées… C’est un univers étonnant, qui mêle l’homme et la technologie dans le plus grand défi de tous les temps.

Vous avez travaillé dans le cinéma européen, hollywoodien, américain indépendant, avec des auteurs ou dans le cadre de grosses productions (parfois les deux mêlés comme avec Tim Burton) : avez-vous ressenti Proxima comme un tournage et un film réunissant les univers de cinéma que vous avez traversés? Ou comme une expérience totalement nouvelle dans votre carrière ?

Tout d’abord c’était un plaisir de jouer dans ma langue maternelle, donc pas besoin de “dialect coach” et ainsi moins de pression, plus de liberté.

Que ce soit un film à gros ou petit budget, c’est à chaque fois une expérience unique et nouvelle. Mon travail d’actrice demeure exactement le même, aussi bien en amont, pour la préparation, que sur le tournage.

Ce film restera pour moi une de mes plus intenses expériences professionnelles et humaines.

AGENCE SPATIALE EUROPÉENNE

QU’EST CE QUE L’ESA ?

Depuis plus de 40 ans, l’Agence spatiale européenne (ESA) porte la coopération européenne au-delà des frontières terrestres, jusque dans l’espace ! Aujourd’hui, ce sont 22 états membres qui sont engagés via l’ESA pour l’exploration et l’utilisation pacifique de l’espace.

LE SOUTIEN DE L’ESA À PROXIMA

L’ESA est impliquée dans de nombreuses initiatives visant à associer les artistes à l’aventure spatiale.

Pour le tournage de PROXIMA, l’agence a accueilli l’équipe dans certains haut-lieux de l’Europe de l’espace - notamment le centre de formation des astronautes européens (EAC) à Cologne en Allemagne.

Les spécialistes de l’agence ont prodigué de précieux et bienveillants conseils qui ont contribué au réalisme et à la justesse du film.

LES GRANDS MOMENTS DE L’ESA EN 2019

Le 20 juillet : Décollage de l’astronaute de l’ESA Luca Parmitano pour sa seconde mission, « Beyond », au cours de laquelle il retourne à bord de la Station spatiale internationale. Il devient le troisième astronaute européen à prendre le commandement de l’ISS.

Le 27 novembre : Réunion du conseil ministériel de l’ESA, « Space19+ » à Séville. Les ministres en charge des affaires spatiales des États membres discuteront l’avenir de l’Europe spatiale.


Source et copyright des textes des notes de production @ Pathé

  
#Proxima

dimanche 30 avril 2017

BRAQUAGE A L'ANCIENNE


Comédie/Policier/Un petit film frais avec des acteurs attachants

Réalisé par Zach Braff 
Avec Morgan Freeman, Michael Caine, Alan Arkin, Ann-Margret, Joey King, Matt Dillon, Christopher Lloyd, John Ortiz, Peter Serafinowicz...

Long-métrage Américain
Titre original : Going In Style 
Durée: 01h36mn
Année de production: 2017
Distributeur: Warner Bros. France 

Date de sortie sur les écrans américains : 7 avril 2017
Date de sortie sur nos écrans : 3 mai 2017 


Résumé : Pour Willie, Joe et Al, trois amis octogénaires – ou presque –, la retraite, c'est du passé. Quand ils apprennent que leurs pensions sont parties en fumée, ils décident de passer à l'action. Bousculant tous leurs principes, ils tentent l'impensable : braquer la banque qui les a ruinés !

Bande annonce (VOSTFR)


Ce que j'en ai pensé : BRAQUAGE À L'ANCIENNE est une petite comédie fraîche. Zach Braff, le réalisateur, sait, comme toujours, marier l'humour et l'émotion. Sur fond de thématique économique et sociale, il met en place son intrigue de façon très claire et développe son histoire avec une agréable régularité de ton. 

Zack Braff, le réalisateur
Il y a bien de petites longueurs et le film fait plus sourire que rire, mais, en tant que spectateurs, on a un indéniable plaisir à voir les trois acteurs principaux jouer les braqueurs en devenir. Michael Caine, toujours classe, interprète Joe Harding, un grand-père aimant et un meneur calme et décidé.



Morgan Freeman interprète Willie Davis, cet ami qui vous fait confiance les yeux fermés parce que vous ne lui avez jamais fait défaut. 



Alan Arkin interprète Albert Gardner l'électron libre de la bande, le râleur qui sera là quand même parce que ses amis sont sa famille. 



Il y a un joli fil conducteur sur l'amitié que ces trois acteurs talentueux rendent vibrante. 




Christopher Lloyd est très drôle dans le rôle de Milton Kupchak, un pilier de la communauté perpétuellement à côté de ses pompes.


New-York se pose comme une scène vivante et familière pour leurs pérégrinations. Zack Braff nous en offre quelques belles vues et construit une atmosphère de quartier autour de ces potes de toujours. 

Avec BRAQUAGE À L'ANCIENNE, il dénonce une réalité sociale dure en l’enveloppant dans une histoire touchante dans le fond, autour de personnages normaux qui se retrouvent dans une situation exceptionnelle. C'est mignon, et même si le film a quelques défauts de rythme, on se laisse prendre par son charme et le jeu de ses acteurs attachants.


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Photos Credit: Atsushi Nishijima

NOTES DE PRODUCTION 
(Á ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

L'ORGANISATION

Il y a des limites à ce qu'un homme peut subir sans rien dire, et sa réaction est parfois totalement inattendue. Prenons le cas de Willie, Joe, et Al, incarnés par trois des acteurs les plus admirés au monde : Morgan Freeman, Michael Caine et Alan Arkin. Ces honnêtes habitants de Brooklyn, qui se sont liés d'amitié à l'usine Semtech Steel, ne se voyaient pas un jour braquer une banque. Bien entendu, ils n'imaginaient pas non plus que ce serait leur banque qui allait les détrousser... Ils sont désormais fous de rage. Lâchés par leur fonds de pension et leur plan d'hypothèque, et convaincus qu'ils n'ont plus rien à perdre, ces aspirants génies du grand banditisme à la vocation tardive se lancent ensemble dans une aventure unique à la fois risquée et déroutante, bien qu'étrangement grisante ! Au programme : course contre la montre, déguisements et fuites en voiture. Une fois leur alibi mis au point, ils élaborent le braquage parfait qui leur permettra de récupérer ce qui leur revient de droit, même si c'est la dernière chose à faire. Ni plus, ni moins. Ils frappent fort et repoussent leurs propres limites, alors qu'ils approchent des 80 ans... Mais cela n'a pas d'importance, parce qu'il n'y a pas d'âge pour défendre ses droits. 

BRAQUAGE À L'ANCIENNE est une comédie légère et haletante, qui allie tendresse et causticité. On y croise des légendes du cinéma telles que Morgan Freeman, Michael Caine et Alan Arkin, réunis à l'affiche pour la première fois, aux côtés de seconds rôles époustouflants, Ann-Margret et Christopher Lloyd en tête. "Le scénario de Ted Melfi est truffé de renversements de situation comiques et de révélations inattendues. C'est un conteur né", note Zach Braff. "On y retrouve de véritables légendes d'Hollywood, avec qui j'ai eu grand plaisir à travailler, et je suis convaincu que les spectateurs vont apprécier leur capacité à mêler humour et action, sans oublier les scènes plus émouvantes du film, qui jouent un rôle essentiel. Comme tout le monde, ce sont des acteurs que j'adore. Ils parviennent parfaitement à donner l'illusion que leurs personnages sont amis depuis 40 ans, qu'ils ont surmonté ensemble des épreuves et s'épaulent mutuellement". 

 "Je reçois énormément de scénarios, mais celui-ci avait un petit quelque chose en plus", se souvient Michael Caine. "Ce qui m'a beaucoup plu, c'est le fait qu'il s'agisse d'une comédie, parce qu'on m'en propose très peu, mais aussi la qualité des relations entre les personnages. C'est un film touchant et drôle, mais aussi très profond. Et puis, c'était l'occasion de travailler avec Morgan et Alan, et franchement, pour un acteur, que rêver de mieux ?"

Morgan Freeman évoque leur incontestable alchimie : "Je crois que notre plaisir à jouer ces rôles-là crève l'écran". Si BRAQUAGE À L'ANCIENNE joue largement sur le registre de la comédie, le film fustige également les pratiques des grandes entreprises, sujet susceptible de toucher un vaste public. Car, à l'instar de Joe, Willie et Al, de nombreux spectateurs auront vu leur rente partir en fumée et auront été victimes de prêts frauduleux. 

 Alan Arkin note : "Imaginez quelqu'un qui a travaillé toute sa vie et qui comptait sur son entreprise pour tenir ses engagements financiers, et que celle-ci ne le fait pas : on comprend bien que même le plus honnête des hommes serait fou de rage. Je comprends très bien pourquoi ces trois hommes pètent les plombs et prennent cette décision". À cet égard, remarque le producteur Donald De Line, "L'histoire résonne tout autant aujourd'hui qu'à la sortie du film d'origine, et peut-être même plus encore". Il fait référence au long métrage de 1979 réalisé par Martin Brest, qui a servi d'inspiration à BRAQUAGE À L'ANCIENNE : "Ça n'est pas un remake, mais une approche plus moderne d'un sujet intemporel. Souvent, le système ne fonctionne pas, que ce soit les retraites, les assurances ou les banques. Mon père a passé des années au sein d'une entreprise, et lorsqu'il a pris sa retraite, ses allocations ont été brutalement divisées par deux à cause du rachat de la boîte. Ce sont des choses qui arrivent tout le temps". 

 Malgré un ton léger, le film n'édulcore pas les sujets graves qu'il évoque. "Il se passe des choses très drôles", raconte Zach Braff, "mais on aborde la réalité de leur situation et les enjeux de manière frontale et honnête, et je pense qu'on ne peut qu'être touché par ces hommes qui doivent tout à coup se battre pour leur survie". Le plan audacieux qu'ils mijotent permet au public de vivre son rêve le plus cher par procuration – et sans courir aucun risque ! 

Donald De Line souligne : "C'est très satisfaisant parce qu'on a envie qu'ils réussissent, et on voit bien l'énergie que ça leur procure. C'est la chose la plus stimulante qu'ils aient faite depuis des années, peut-être même de toute leur vie". "Je pense que l'idée de prendre sa revanche parle aux gens", suggère le scénariste Theodore Melfi. "Il fallait qu'on aborde le sujet sous un angle humoristique, parce qu'il s'agit d'un délit, même si ce qu'on leur a fait subir en est un aussi. Je suis très sensible à la justice et à l'idée que les gens doivent recevoir ce qui leur est dû. À mes yeux, ces types sont dans leur bon droit. Ils ont travaillé pendant 40 ans, et on leur sucre leur retraite. Et ce qui arrive à Joe avec son hypothèque est un parfait exemple du fait que les banquiers ne recherchent que le profit de leur établissement, sans aucun égard pour le client".

Afin de moderniser l'histoire, Melfi a choisi de "centrer l'intrigue sur l'action, en faisant du braquage le point culminant du récit, alors que l'original s'attachait surtout à ses conséquences". En outre, il a ajouté une histoire d'amour, entre Annie, personnage enjoué et sanguin campé par Ann-Margaret, face au prudent et cynique Al. Melfi s'explique : "Je voulais aborder la question de l'amour et de la sexualité chez les séniors parce que personne n'en parle jamais". 

 Par ailleurs, Melfi a donné aux personnages principaux une histoire personnelle plus étoffée, en creusant leurs relations familiales et leur vie quotidienne, de façon à ce qu'on puisse facilement s'y identifier. Par exemple, "Joe joue le rôle de figure paternelle pour sa petite-fille Brooklyn dont le père est absent. Sa mère et elle vivent avec lui, ce qui est un phénomène courant à l'heure actuelle : il existe plusieurs familles multi-générationnelles qui vivent sous le même toit. Willie et Al partagent aussi un logement, comme beaucoup de personnes âgées pour qui c'est nécessaire sur le plan financier". "C'est un film vraiment très complet", note Ann-Margaret, dont la présence apporte au récit une touche de douceur mais aussi de passion. "On rit, on s'identifie à chacun des personnages, on se sent concerné, et puis on est frappé par la chaleur et l'intensité qui s'en dégage, et on en ressort revigoré. J'ai même versé une petite larme". 

 Joey King vient compléter le casting et incarne la futée Brooklyn, petite-fille chérie de Joe. Peter Serafinowicz joue le rôle du père de Brooklyn, Murphy, dont les contacts avec un dispensaire de cannabis médical pourraient s'avérer utiles à Joe et ses amis. John Ortiz, lui, tient le rôle de Jesus, personnage louche qui accepte d'apprendre les ficelles du métier aux apprentis braqueurs. 

Matt Dillon campe le pugnace agent du FBI Hamer, et Christopher Lloyd prête ses traits à Milton, membre de leur association de quartier, gentil mais un peu à côté de la plaque. "Je pense que cette histoire est bien en phase avec l'air du temps", indique Zach Braff. "Elle aborde la façon dont les grandes entreprises peuvent mettre n'importe qui sur la paille. Mais c'est avant tout une comédie sur trois hommes qui reprennent leur destin en main – des types qui n'ont jamais rien fait d'illégal, rien d'aussi fou ou d'aussi dangereux, mais qui se retrouvent dos au mur et se disent qu'ils ne vont pas se laisser faire. Et ils ont bien l'intention de mettre le paquet".

LE PLAN

Comme tout projet d'envergure, celui-ci part d'un coup de génie. Ou plutôt, dans ce cas précis, d'un coup de feu évité de justesse. Joe, qui va devenir le chef de bande de cette virée improbable, se retrouve coincé un matin à Williamsburg Savings, à écouter un conseiller clientèle condescendant (Josh Pais de RAY DONOVAN) lui expliquer pourquoi ses mensualités viennent de tripler. C'est alors que des hommes cagoulés font irruption. Témoin captivé, Joe observe la chorégraphie absolument parfaite des malfrats et la facilité avec laquelle ils s'emparent de ce qu'ils sont venus chercher avant de s'éclipser. Toute l'opération lui semble être un jeu d'enfant : quelques minutes d'efforts pour une récompense de plusieurs millions de dollars. Plus tard, Joe raconte l'épisode à ses amis et suggère sur le ton de la plaisanterie que les trois hommes pourraient en faire autant. Ils se moquent de lui, mais quelques jours plus tard, quand ils apprennent que leurs pensions sont parties en fumée – et qu'ils n'ont plus de moyens de subsistance –, l'idée leur semble soudain beaucoup moins insensée. Joe est d'autant plus décidé que sa famille dépend de lui financièrement. 

Michael Caine raconte : "Il a une petite-fille qu'il adore, élevée par une mère célibataire qui travaille très dur mais qui a du mal à joindre les deux bouts. Joe essaye simplement de payer les mensualités de son hypothèque pour qu'ils ne perdent pas leur logement. Mais la banque s'apprête à saisir leur maison, qu'ils doivent quitter dans un délai de 20 jours". Willie est un père et un grand-père très fier de sa famille, bien qu'il vive loin d'elle. Il n'attend qu'une chose : les conversations sur Skype avec ses proches, et souhaiterait pouvoir se rendre plus souvent sur la côte ouest pour les voir. Il n'y a qu'Al, veuf depuis longtemps, qui n'a pas de famille proche. Ce sont Willie et Joe qui remplissent ce rôle. Arkin précise : "Al était musicien dans un groupe de jazz mais n'a jamais vraiment fait carrière ; il travaillait donc à l'usine pour pouvoir continuer la musique. C'est là qu'il a rencontré les deux autres, et qu'ils sont devenus amis". 

 "Ils passent tout leur temps ensemble", raconte Morgan Freeman, qui résume l'emploi du temps des trois hommes. "Ils font tout le temps la même chose, mangent toujours dans les mêmes restaurants, ont les mêmes conversations, et font partie de la même association. Ils jouent à la pétanque, et regardent la télévision. Et puis, un jour, Joe leur annonce qu'il envisage de braquer une banque. Évidemment, ses amis pensent qu'il a perdu la tête. Mais il faut dire qu'ils ont une dent contre leur banque. Du coup, l'idée commence à faire son chemin. Et puis après tout ce qu'on leur a fait subir, ils finissent par se dire 'Pourquoi pas ?'"

"Morgan rend son personnage touchant et attachant", note De Line. "Il a toujours les yeux qui pétillent, et un sens de l'humour à toute épreuve. Albert, par contre, c'est le pessimiste grincheux du groupe. Alan Arkin, qui est l'un des meilleurs acteurs comiques au monde, lui donne un côté amusant, cynique, un peu névrosé, qui s'équilibre bien avec les deux autres. Mais malgré tout, il a aussi un côté chaleureux. Et Michael Caine, dans le rôle du meneur de la bande, apporte juste sa dose d'humanité, d'humour acerbe et de charisme pour qu'on croie à la suite des événements". 

 "C'est fascinant de voir ces personnages très différents les uns des autres prendre forme", observe Zach Braff. "Parfois, ce sont les détails les plus subtils qui sont les plus parlants, et les trois acteurs ont bien compris qu'il n'y a pas besoin d'en faire trop pour que ces moments aient un impact considérable. On se comprend à demi-mot, ils me font confiance, ils savent que la caméra va cerner ces petits détails et en faire quelque chose de très fort. J'ai beaucoup appris en les observant et en travaillant avec eux". Comme par hasard, le jour prévu pour le braquage tombe en même temps que la kermesse de leur association de quartier, et les trois hommes se sont déjà engagés à y participer. De peur d'attirer les soupçons en annulant tous en même temps, ils se débrouillent pour se relayer. Même si Milton, l'organisateur de l'événement, ne se serait probablement rendu compte de rien de toute façon… 

 C'est Christopher Lloyd qui tient le rôle de Milton : il fait partie de l'association des "Knights of Hudson", et c'est sans doute la personne la moins bien placée pour organiser quoi que ce soit. "Milton est un type très sympa, c'est un bon ami, à la fois enthousiaste et naïf, mais il est arrivé à un âge où il est incapable de se souvenir de quoi que ce soit", explique Zach Braff. Milton est pétri de bonnes intentions, même s'il a souvent la tête ailleurs. Mais bien qu'il soit parfois à côté de la plaque, il reste profondément digne. 

D'après Lloyd : "C'est un vieux gentil. Milton perd souvent les pédales et fait des erreurs, et il commence à devenir un peu dur de la feuille aussi. Mais il éprouve toujours un grand plaisir et une grande fierté à organiser les événements. C'est son truc et il fait en sorte que chacun respecte les règles et le planning. Le rôle m'a beaucoup plu et j'étais impatient à l'idée de relever le défi qu'il représentait". 

 De Line ajoute : "Il était extrêmement stimulant d'avoir quelqu'un d'aussi drôle et d'aussi singulier que Christopher Lloyd. Il nous faisait mourir de rire. Zach le laissait improviser et Christopher ne faisait que redoubler de trouvailles de génie". Tandis que Willie, Joe et Albert se mettent au travail, ils se disent que s'ils parvenaient à dérober plus que ce qu'on leur doit, ils pourraient en faire bénéficier les enfants. En outre, en se débrouillant bien, la kermesse elle-même pourrait leur servir de couverture, et Milton – béni soit son esprit embrumé – leur fournir le meilleur des alibis.

LE TOUR DE CHAUFFE

Mais avant de s'engager pour de vrai, ils doivent s'assurer d'être capables de mener à bien leur mission. Ils procèdent donc à une répétition afin de tester leurs forces et leurs faiblesses, ce qui donne lieu à un épisode désastreux de vol à l'étalage, l'une des scènes préférées de l'équipe. Comme le raconte De Line : "Willie, Joe et Al vont au supermarché du coin, en se disant qu'ils vont commencer mollo, en volant quelques produits. Et il s'avère que ça n'est pas leur truc du tout ! Ils s'y prennent comme des manches, ils font tomber des choses, ils prennent de mauvaises décisions... Tout est dans le comique de situation". "Le plus dur a été d'essayer de cacher le rôti de porc dans mon pantalon, et puis aussi de courir partout dans le parking avec des œufs dissimulés sous ma chemise", se rappelle Morgan Freeman. 

 Tandis que Willie et Joe errent dans les rayons du supermarché, en fourrant au hasard des articles sous leurs vêtements, ils parviennent à ne pas rater une seule des caméras de surveillance. Pendant ce temps-là, Albert, leur chauffeur attitré qui s'ennuie ferme et meurt de chaud dans la voiture, abandonne son poste, obligeant ses compères, chargés de leur larcin, à improviser leur sortie. 

 Michael Caine raconte : "Joe pique le caddie à moteur d'une vieille dame, et force Willie à s'asseoir dans le panier pour échapper à l'agent de sécurité, avant de prendre la route. C'est une scène classique de course-poursuite... à vitesse réduite". 

 Keith, le responsable du magasin à l'air blasé campé par Kenan Thompson, les regarde passer à l'action... à défaut de trouver meilleure formulation. D'abord intrigué par la scène qui se déroule sous ses yeux, Keith est finalement plutôt amusé, même s'il doit malgré tout faire son travail. L'épisode donne lieu à une séquence de confrontation hilarante qui fera sûrement partie des plus emblématiques du film. Mais Keith est loin de se douter que les trois compères n'ont pas l'intention de jeter l'éponge. 

 "Morgan a passé quasiment toute la journée dans son panier", se souvient Zach Braff. "Personne n'allait s'isoler dans sa loge entre les prises. Michael s'est pas mal exercé à la conduite acrobatique au volant de son engin, au milieu de la circulation, avec un bus qui lui coupe la priorité. J'avais prévu des doublures pour la plus grande partie de la scène, mais les acteurs ont insisté pour faire presque tout eux-mêmes. Ils ont vraiment joué le jeu". S'ils ont autant l'air de s'amuser, c'est parce que c'était effectivement le cas.

Morgan Freeman et Michael Caine ont partagé l'affiche à plusieurs reprises, notamment dans la trilogie THE DARK KNIGHT. "Ils étaient déjà très complices quand Alan les a rejoints, mais il s'est très bien intégré", relève Zach Braff. "Ils improvisaient et se fendaient la poire, et parfois je laissais tourner la caméra, parce que je savais que si je n'arrêtais pas la scène ils allaient rester dans la peau de leur personnage et continuer à jouer, et que ça allait donner un résultat génial et hilarant. C'était vraiment super de voir ces acteurs au meilleur de leur forme". 

 Ils n'ont d'ailleurs pas hésité à associer le réalisateur dans leur dynamique. Morgan Freeman raconte : "Ce qui nous motivait, à mon avis, c'était qu'on pouvait faire marcher Zach. Il est malin, et il sait ce qu'il veut, ce qui est super, mais en même temps il n'est pas inflexible non plus. Du coup, parfois, on lui disait : 'Non, je veux pas faire ça', juste pour voir sa réaction. Mais on se faisait toujours prendre à notre propre jeu".

LE PROFESSIONNEL

L'équipe se retrouve à devoir solliciter l'aide d'un professionnel. Heureusement, Joe connaît l'homme de la situation. Il est certain que le bon à rien qui sert de père à Brooklyn est le genre de délinquant camé qui doit être en contact avec de vrais truands qu'il pourrait leur présenter sans poser trop de questions. Murphy, joué par l'acteur et humoriste britannique Peter Serafinowicz qui maîtrise à la perfection l'accent Yankee, est à la tête d'un dispensaire de cannabis médical, ce qui est sûrement son premier emploi digne de ce nom. Il s'en sort plutôt bien, même si visiblement pas assez pour payer sa pension alimentaire. Joe est la dernière personne qu'il souhaite voir passer la porte de son établissement – à part peut-être un flic – parce qu'il sait que sa visite est toujours synonyme de leçon de morale. En réalité, Joe a deux raisons de contacter Murphy. Certes, lui et ses amis ont besoin de quelqu'un qui les aide à mettre au point un braquage, mais il espère aussi convaincre cet adolescent attardé au bon fond de prendre enfin ses responsabilités. Et si ça tournait au vinaigre et qu'il finissait en prison ? Qui s'occuperait de Brooklyn ? 

 Le réalisateur a choisi Joey King, 16 ans, pour le rôle de Brooklyn, l'adolescente de 14 ans. "On a pensé le rôle pour un garçon plus jeune, mais je me suis dit qu'il serait intéressant d'explorer la relation d'un grand-père et d'une ado dynamique qu'il n'arrive pas toujours à suivre, et donc Ted a réécrit le rôle pour Joey", rapporte Zach Braff. "Je l'ai rencontrée pour la première fois sur le tournage du MONDE FANTASTIQUE D'OZ de Sam Raimi, et je me suis dit que cette gamine avait quelque chose d'unique. Et puis, je lui ai offert un rôle dans LE RÔLE DE MA VIE. C'est une actrice exceptionnelle".

"Joe et Brooklyn ont une relation privilégiée", révèle Joey King. "On dirait plus des meilleurs amis qu'un grand-père et sa petite-fille ; ils ont de grandes conversations. C'est une relation profondément touchante. Il est très fier qu'elle soit aussi intelligente, et il ne regarde que vers l'avenir, tandis qu'elle fait ressortir sa joie de vivre et son âme d'enfant. Et puis, ils se protègent mutuellement". Si Joe est bien décidé à mettre la banque à genoux coûte que coûte, il se préoccupe surtout de savoir en quoi sa décision va affecter Brooklyn. Et c'est ce qui l'amène à contacter Murphy. 

"Murphy a tendance à se décrire comme un entrepreneur, mais en réalité c'est surtout un loser", reconnaît Serafinowicz. "Il est d'une inutilité absolue, c'est un adolescent attardé qui a refusé de grandir et d'assumer sa responsabilité de père. Il ne paye jamais sa pension alimentaire dans les temps, et il se sent coupable, mais visiblement pas assez pour y changer quoi que ce soit. Du coup, c'est un peu comme si cette gamine n'avait pas de père. Ce n'est pas un mauvais bougre, mais il faut qu'il grandisse". "On connaît Peter pour des rôles plus franchement comiques, et il a dû jouer un peu plus en retenue afin de servir de faire-valoir à Michael Caine, même si au final il n'en est pas moins drôle", confie Zach Braff. 

 Serafinowicz raconte sa collaboration avec l'une de ses idoles : "Michael Caine ne joue pas dans la même catégorie. Non seulement c'est une légende, mais c'est aussi quelqu'un d'adorable. Et pourtant, j'étais hyper stressé à l'idée de le rencontrer. Heureusement, mon personnage est censé être mal à l'aise en sa compagnie, parce qu'il passe son temps à le rabaisser, et je me suis donc servi de ça". On ignore si Murphy peut devenir l'homme que Joe attend de lui. Mais au moins tient-il son engagement d'aider les trois hommes en leur présentant un personnage trouble du nom de Jesus au casier judiciaire bien rempli et, étonnamment, au logement rempli d'animaux qu'il a recueillis. En échange d'une partie des bénéfices, il accepte de coacher nos gangsters amateurs. Tout est alors passé en revue : timing, repérage, fuite. C'est la première leçon qui sera probablement la plus compliquée : maîtriser l'art du SMS. 

 John Ortiz, qui campe le mystérieux Jesus, ajoute : "Ça n'est pas le truand typique. C'est un type solitaire, qui a dû surmonter plusieurs obstacles au quotidien dans un quartier défavorisé, et même s'il a l'air d'un gros dur, il fait preuve de beaucoup d'empathie". Quel que soit le montant de sa commission, ce sera toujours trop peu par rapport à la somme de travail que cette mission exige...

LA FEMME

Alors même que les trois vieux amis échafaudent leur plan, Albert et Annie (AnnMargret), caissière de supermarché, entament une histoire d'amour inattendue. Des deux, c'est sans doute Albert le plus surpris car il a depuis longtemps renoncé à toute vie sentimentale. Joyeuse et insouciante, Annie est sensible à l'artiste qui sommeille chez ce dernier et trouve l'occasion de lui prouver qu'il a tort de s'être autant caparaçonné. 

"Annie a un gros faible pour Al", rapporte Ann-Margret. "Elle se souvient des moments où il jouait du saxophone. Avec ses potes, il vient au supermarché presque tous les jours et achète une pomme de terre, ou une brique de soupe, et puis, de fil en aiguille, les événements s'enchaînent… sans qu'il sache comment ils en sont arrivés là". 

 "Il fallait qu'Annie soit belle, charmante et un peu dragueuse – et Ann-Margret réunit toutes ces qualités", indique Zach Braff. "Elle est magnifique, et très drôle, et ce qui est formidable, c'est qu'elle a déjà tourné avec Alan et qu'ils sont amis. Du coup, leur complicité a été immédiate. L'alchimie entre eux se retrouve magnifiquement à l'écran". 

Tout autre qu'Albert serait métamorphosé par l'amour. Mais comme l'indique Arkin, "Al ne change pas. Le fait qu'il reste égal à lui-même est l'un des ressorts de la comédie. Toute relation nous fait évoluer mais en ce qui concerne Al, je pense qu'à la limite il devient un peu plus conciliant". "En tout cas, il est toujours aussi grognon", rétorque Ann-Margret. "Tu le trouves grognon ?", interroge Arkin, avant de reconnaître : "Il se retrouve du jour au lendemain engagé dans une relation dont il ne voulait pas, et il ne sait pas du tout comment il en est arrivé là. Mais c'est une histoire qui semble marcher". 

 La connivence qui unit Arkin et Ann-Margret est sans doute manifeste dans la séquence de la kermesse où ils montent tous les deux sur une scène de karaoké. "On a réussi un véritable exploit", avance De Line. "On a fait chanter Ann-Margret et Alan Arkin en duo et c'était un vrai bonheur. Je ne l'avais pas entendue chanter depuis des années et elle a toujours une voix magnifique – et qui se doutait qu'Alan savait chanter ? Il a une très belle voix. On a découvert qu'il avait été chanteur professionnel, il y a très longtemps, au sein d'un groupe de folk avant de renoncer à sa carrière musicale pour se consacrer au métier d'acteur. Du coup, ils ont chanté dans les conditions du direct et se sont bien marrés".

LA TENSION MONTE D'UN CRAN

Comme dans tout film de braquage qui se respecte, un personnage tente de contrecarrer les plans de nos cambrioleurs amateurs : il s'agit de Hamer, agent du FBI assez content de lui, campé par Matt Dillon. "Il est parfaitement crédible en agent du FBI, tout en étant un bon faire-valoir pour nos trois protagonistes et en étant très drôle", affirme Braff. 


Chargé d'enquêter sur le premier braquage, dont Joe était témoin, Hamer tente encore de comprendre l'enchaînement des événements lorsque, à sa grande surprise, la même banque est attaquée pour la deuxième fois ! "Hamer veut résoudre l'affaire", note Dillon. "C'est le genre de type qui se doit d'avoir toujours raison. Quand il fait la connaissance de Joe, simple témoin du premier braquage qui ne s'est encore rendu coupable d'aucun délit, Hamer a le sentiment que son interlocuteur est un rien condescendant. En effet, il se permet de lui donner des conseils professionnels et lui suggère de s'inspirer de la série NEW YORK POLICE JUDICIAIRE. 

Hamer trouve ses remarques amusantes, même si elles sont à la limite d'être insultantes". Hamer n'est pas idiot pour autant. C'est un bon enquêteur et il a l'intuition que ces trois vieux grincheux mijotent quelque chose – sans savoir quoi précisément. Mais il n'est pas du genre à renoncer facilement… 

JUSTE EN FACE DE MANHATTAN

Le tournage s'est déroulé dans le Queens et à Brooklyn. Pour Braff, lui-même originaire du New Jersey, tourner à New York était essentiel. "Quand on tourne dans ces décors naturels, une atmosphère particulière liée à la population, aux couleurs et à l'architecture imprègne l'image", signale le réalisateur. "C'était difficile. Il faisait très chaud. Et les New-yorkais ne vous facilitent pas toujours la tâche, surtout quand on occupe tout un trottoir, mais j'étais convaincu qu'on ne pouvait pas tourner ailleurs". 

 Braff a fait équipe avec le chef-opérateur Rodney Charters avec qui il avait travaillé sur quelques pilotes de série. Le cinéaste salue le style du directeur de la photo : "Il est très rapide, ce qui correspond à ma méthode de travail, et il signe une lumière impeccable. Le style est magnifique et les plans sont très bien éclairés. Rodney sait vraiment mettre la ville en valeur". Les trois décors majeurs du film sont la banque, le marché et la kermesse. Le bâtiment de la Williamsburg Savings Bank, située sur Hanson Place, est un site historique de Brooklyn dont l'horloge à son sommet surplombe le quartier de Fort Greene et d'Atlantic Avenue. Reconverti pour l'essentiel en immeuble d'habitation, il accueille de nombreux événements, disposant toujours de son hall d'accueil Art Déco, de son plafond en arc de cercle de 20 mètres de haut, de ses sols en marbre, de ses vitraux et de ses mosaïques multicolores. La production l'a choisi pour son volume et sa hauteur sous plafond : il s'adapte en effet parfaitement au style de mise en scène de Braff et Charters qui mobilisent plusieurs caméras, des grues et des Dolly afin de susciter un sentiment de tension et d'amples mouvements d'appareil. 

Par ailleurs, la chef-décoratrice Anne Ross a réussi à y trouver ce mélange de vieux et de neuf qui, selon elle, est très répandu : "On est tous allés un jour dans une banque qui a été imposante autrefois et qui a été aménagée en un espace aseptisé en formica et équipé de mobilier de bureau de piètre qualité qui ne s'accorde pas du tout au cadre environnant", dit-elle. Le plus difficile pour la scène de vol à la tire consistait à dénicher une supérette de quartier avec parking attenant : "La plupart des supérettes de New York n'offrent pas ce service", précise Anne Ross. Par chance, elle avait son idée : le supermarché Key Foods sur Grand Street dans le quartier de Williamsburg à Brooklyn, à deux pas de son ancien appartement. Le magasin correspondait également à la surface et à l'ancienneté recherchées : il a donc été rebaptisé Value Town, enseigne résolument bas de gamme – et contraire à tout esprit bobo – où Willie, Joe et Albert font leurs courses. 

Anne Ross et la décoratrice de plateau Sara Parks ont conçu ex nihilo la kermesse Knights of Hudson (les Chevalier de l'Hudson, NdT) au Williamsburg East River State Park, sans oublier sa grande roue, sa maison hantée, son stand de karaoké, et son bassin où Joe plonge pour une bonne cause. Mais si ces sites posaient de véritables problèmes logistiques, Anne Ross a particulièrement apprécié les décors qui, selon son expression, possédaient du "cachet et du caractère", comme les intérieurs des maisons de Joe, Willie et Al, construits sur les plateaux des Gold Coast Studios de Bethpage. Par exemple, souligne-t-elle, "Joe possède sa maison depuis très longtemps et y a vécu avec sa femme, si bien qu'on a imaginé des pièces très encombrées car il habite sans doute là depuis le milieu ou la fin des années 60. On y ajouté quelques touches british, comme la moquette et le papier-peint, et on s'est dit que Joe devait être fan de l'équipe de foot de Chelsea – comme l'est d'ailleurs Michael Caine – et on a donc posé ici et là quelques gadgets et accessoires estampillés Chelsea. En revanche, Willie et Al n'ont pas toujours habité en face de chez Joe. Ils n'y vivent probablement que depuis qu'ils sont à la retraite, ou après que la femme d'Al soit décédée et qu'ils ne deviennent colocataires. Leur maison est donc aménagée dans un style plus récent et plus sobre sans bibelots personnels".

Pour autant, poursuit-elle, "on retrouve le passé musical d'Al dans les affiches de jazz qu'il a collées aux murs, tandis que la chambre de Willie est ornée de nombreuses photos de famille et de voyages dans l'espace – car il s'agit là, encore une fois, d'une authentique passion de Morgan". Il était également essentiel que les personnages habitent un quartier d'où ils aperçoivent, au loin, un tout autre univers : "Nos trois protagonistes vivent à Brooklyn et on sent bien qu'il s'agit d'un quartier populaire", analyse De Line. "Et pourtant, de l'autre côté du fleuve, on aperçoit la crête scintillante des gratte-ciels de Manhattan et Wall Street, où gravitent de grandes fortunes". 

 Anne Ross, qui a recherché des coins peu connus de Brooklyn et du Queens, était convaincue que l'intrigue devait se dérouler dans des quartiers excentrés. "Le fait que beaucoup de gens ne puissent plus vivre à Manhattan n'est pas une découverte", dit-elle. Mais elle remarque : "Brooklyn et le Queens sont en train de s'embourgeoiser également. On y trouve pas mal de gratte-ciels en verre jouxtant de petites maisons, comme si les classes populaires étaient envahies". Les extérieurs des maisons ont été repérés à Long Island City, dans une rue calme bordée de modestes propriétés de plain-pied et donnant sur le RFK/Triborough Bridge. 

La production a déniché à Astoria, dans le Queens, plusieurs sites comme le Ditmars Park où les trois protagonistes jouent à la pétanque, et la PS 122 Mamie Fay School qui sert de cadre au lycée Junior High de Brooklyn. L'équipe a également tourné dans le Queens au College Point, où le VFW Post 885 campe le QG des Knights of Hudson, à Richmond Hill, où Bangert's Flowers a été aménagé en dispensaire de cannabis de Murphy, et à Maspeth où le célèbre Goodfellas Diner datant des années 60 est devenu Nat's où nos trois acolytes se retrouvent pour boire un café et – les bons jours – manger une part de gâteau. L'appartement d'Annie a été déniché à East Williamsburg et le Brooklyn Army Terminal de Sunset Park a servi de cadre à une scène à l'extérieur du Semtech Steel, inventé pour les besoins du film. Le chef-costumier Gary Jones a étoffé ses recherches en se rendant dans le quartier et en prenant des photos des passants à la volée. En partant du principe que les trois vieux amis ont peu de moyens, il a rappelé les origines anglaises de Joe à travers sa casquette, son blazer et son gilet, tandis que Willie porte des pulls et des pantalons plus sport et qu'Al, en bon anticonformiste, se balade en shorts la plupart du temps. 

Jones, qui avait déjà travaillé avec Ann-Margret, a trouvé chez la comédienne une précieuse collaboratrice pour imaginer le style d'Annie : "C'est une femme d'un certain âge, mais incontestablement quelqu'un d'enjoué et de sexy", dit-il. "On voulait que cet état d'esprit se retrouve dans ses vêtements de façon très réaliste". Quand elle ne porte pas sa blouse vert émeraude des magasins Value Town, Annie privilégie des tenues vaporeuses aux teintes vives. Tout en prétendant qu'il n'est en rien affecté par ses sentiments, Albert change légèrement de style après être tombé amoureux de sa belle. 

"Il commence à porter des tenues plus stylées aux couleurs plus claires et plus chaudes, et on voit bien qu'il n'est plus dans le même état d'esprit", indique Jones. "Au départ, il est maussade et il porte des shorts sombres très simples, sans le moindre effort esthétique. Il se met à changer quand il enfile un costume – assez stylé – pour le braquage et qu'il porte un peu de mohair, comme un vestige de sa gloire passée. Albert joue de nouveau du saxophone, ce qui fait ressortir un autre aspect de sa personnalité. On se met à croire qu'il est peut-être sur le point d'aller de l'avant et de changer de vie". 

 À cet égard, Albert souligne la transformation des trois camarades. "On a réuni des comédiens extraordinaires et l'intrigue est à la fois délirante, crédible et émouvante", reprend De Line. "Elle met en jeu des relations humaines formidables, des liens familiaux, une histoire d'amour et un braquage complexe échafaudé et mis en œuvre à la lettre par nos trois gaillards. Je pense que le public va apprécier. On parle de gens ordinaires face au système, et plus encore, de types qui se disaient sans doute 'On est foutus, et nos vies sont finies', mais tout à coup, ils reprennent le pouvoir. Ils retrouvent confiance en eux et se sentent plus considérés". 

 Zach Braff conclut : "Quand je pense aux films que j'aime, ils ont tous en commun de mêler l'émotion à l'humour. Ce qui me plaît, c'est de pouvoir rire à un moment donné, et puis de me sentir ému l'instant d'après, et j'espère que le spectateur ressentira ça avec BRAQUAGE À L'ANCIENNE. C'est une comédie policière interprétée par trois légendes vivantes – autrement dit, c'est le genre de film qu'on peut voir en famille car il a de quoi séduire les publics de tous les âges".

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