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vendredi 14 décembre 2018

THE HAPPY PRINCE


Biopic/Drame/Un film touchant et intéressant avec une belle réalisation

Réalisé par Rupert Everett
Avec Rupert Everett, Colin Firth, Colin Morgan, Emily Watson, Tom Wilkinson, Edwin Thomas, Antonio Spagnuolo...

Long-métrage Allemand/Belge/Italien/Britannique
Durée: 01h46mn
Année de production: 2018
Distributeur: Océan Films 

Date de sortie sur nos écrans : 19 décembre 2018


Résumé : À la fin du XIXe siècle, le dandy et écrivain de génie Oscar Wilde, intelligent et scandaleux brille au sein de la société londonienne. Son homosexualité est toutefois trop affichée pour son époque et il est envoyé en prison. Ruiné et malade lorsqu’il en sort, il part s’exiler à Paris. Dans sa chambre d'hôtel miteuse, au soir de sa vie, les souvenirs l'envahissent…

Est-ce bien lui celui qui, un jour, a été l'homme le plus célèbre de Londres ? L'artiste conspué par une société qui autrefois l'adulait ? L'amant qui, confronté à la mort, repense à sa tentative avortée de renouer avec sa femme Constance, à son histoire d'amour tourmentée avec Lord Alfred Douglas et à Robbie Ross, ami dévoué et généreux, qui a tenté en vain de le protéger contre ses pires excès ?

De Dieppe à Naples, en passant par Paris, Oscar n'est plus qu'un vagabond désargenté, passant son temps à fuir. Il est néanmoins vénéré par une bande étrange de marginaux et de gamins des rues qu’il fascine avec ses récits poétiques. Car son esprit est toujours aussi vif et acéré. Il conservera d’ailleurs son charme et son humour jusqu’à la fin : « Soit c’est le papier peint qui disparaît, soit c’est moi… »

Bande annonce (VOSTFR)


Extrait - La lettre (VOSTFR)


Extrait - Moqueries (VOSTFR)


Extrait - Un grand amour ne s'oublie jamais (VOSTFR)


Ce que j'en ai penséTHE HAPPY PRINCE se concentre sur les dernières années de la vie d'Oscar Wilde, entrecoupées de moments-clés qui ont marqué son existence. On découvre un homme plus grand que nature dans son appétit à jouir de la vie, même s'il doit pour cela manipuler ses amis. Comme pour beaucoup d'artistes de la fin du 19ème siècle, le succès n'est pas synonyme de fortune. Dans son cas, c'est même tout le contraire. Le réalisateur, également acteur principal, Rupert Everett, dépeint l'époque, les mœurs et les pensées avec une grande crédibilité. 

Les décors, les vêtements et les lieux donnent la sensation de vivre les tourments qui habitent ce brillant esprit dont les meilleurs alliés furent les mots. Cela se ressent d’ailleurs dans les dialogues et les tournures de phrases qui sonnent mélodieusement à nos oreilles au gré des métaphores et allégories qui viennent s’intercaler dans les paroles. 

Le réalisateur ne nous évite pas la cruauté, ni la laideur de certaines situations. Il les oppose à d'autres moments dont la beauté en clair-obscur évoque des peintures d’artistes classiques. 



Il n'essaie pas non plus de rendre son sujet héroïque ou formidable. Il le dépeint comme un homme blessé, malade, qui privilégie son plaisir au détriment du reste. Et cependant, dans ce portrait honnête, Rupert Everett rend son interprétation d'Oscar Wilde touchante et le rend attachant, comme savent si bien l'être les grands esprits malgré leurs excès. Son jeu laisse entrapercevoir le feu de la création, les regrets et l'impossible résistance aux sirènes du plaisir.



La mise en scène est parfois un peu classique, cependant, elle est claire et surtout constante. 

Les seconds rôles tels que Colin Firth qui interprète Reginald Turner, Colin Morgan qui interprète Alfred Bosie Douglas, Emily Watson dans le rôle de Constance Wilde ou encore Edwin Thomas dans celui de Robbie Ross ont les épaules pour permettre l'équilibre dans les échanges.



Copyright photos @ Wilhelm Moser

THE HAPPY PRINCE nous permet d’apprendre sur le vécu de l’homme qui est bien sûr indissociable de l’auteur. Il nous donne des clefs pour lire ou relire les œuvres d’Oscar Wilde avec des éléments nouveaux en tête. La superbe performance de Rupert Everett et le soin qu’il apporte à sa réalisation en font un film touchant et intéressant.

NOTES DE PRODUCTION
(A ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

LA GENÈSE DU PROJET

En 2009, le producteur Jörg Schulze a découvert une interview que Rupert Everett avait donnée au magazine allemand Der Spiegel «l’un des meilleurs scénarios» qu’il ait «jamais lus».

Après quelques discussions avec Everett, le producteur a compris que ce dernier souhaitait signer la mise en scène, même s’il était conscient que la tâche allait être difficile étant donné qu’il campait aussi le rôle principal. Alors même que le projet ne faisait que démarrer, Everett avait réuni des acteurs de tout premier plan, comme Emily Watson, Colin Firth et Tom Wilkinson. «Nous nous sommes vraiment appuyés sur le scénario et le casting pour monter le film», affirme Schulze. Il a ainsi convenu de financer le film en Allemagne en mettant à profit les spécificités du système allemand et en en contournant les écueils. Il a rencontré Thorsten Ritter, vendeur international, puis Philipp Kreuzer, responsable des coproductions et producteur au sein du Bavaria Film Group. Markus Zimmer, de Concorde, qui avait distribué avec succès plusieurs films de Rupert Everett s’est engagé très tôt dans le projet, et le tour de table a été bouclé grâce à une participation substantielle du FFF Bayern au printemps 2015. Fonds d’aide régional majeur du pays, le FFF Bayern avait récemment créé un programme spécial pour les coproductions internationales qui correspondait parfaitement à THE HAPPY PRINCE. C’est le dispositif principal autour duquel s’est bâti le montage financier du film en Allemagne.

À Londres, Rupert Everett s’était produit dans «The Judas Kiss», pièce de David Hare évoquant deux périodes critiques dans la vie d’Oscar Wilde. L’acteur avait été plébiscité par la critique, et le Guardian notamment avait salué «la plus belle prestation de sa carrière». La pièce a ensuite été jouée dans le West End, puis à Toronto et à Broadway. C’est ainsi que THE HAPPY PRINCE a séduit BBC Films et Lions Gate UK, nouveaux partenaires financiers du film. Thorsten Ritter de Beta Cinema s’est aussi engagé dans le projet, en prenant le mandat des ventes internationales.

Il a ensuite fallu relever le défi de donner une tonalité réaliste au film. En effet, comme il s’agit d’un film d’époque se déroulant entre Paris, Naples, la Normandie, Heidelberg et Londres, il a été envisagé de tourner en studio. Or, Everett était convaincu que seuls des décors naturels permettaient d’obtenir l’authenticité qu’il recherchait. «Il s’agissait de monter un projet, sur un plan logistique et financier, qui réponde à toutes les ambitions artistiques de Rupert, tout en étant raisonnable d’un point de vue économique», explique Philipp Kreuzer. Il a alors décidé de faire de THE HAPPY PRINCE une véritable coproduction européenne. Il a d’abord contacté Sébastien Delloye, de la société belge Entre Chien et Loup (IRINA PALM, ELLE, LE CONGRÈS), qui s’est imposé comme coproducteur délégué. Puis, Palomar, structure installée à Rome, s’est aussi embarquée dans l’aventure. Les deux sociétés ont levé des fonds importants dans leurs pays respectifs et, par conséquent, le film a été soutenu par Eurimages. Enfin, grâce à plusieurs fonds d’investissements, le financement a pu être bouclé. Au bout de quelques mois de repérages en Bavière, à Bruxelles, en Wallonie et à Naples, et suite à d’innombrables ajustements destinés à prendre en compte les indisponibilités des comédiens, le projet a enfin pu voir le jour en mai 2016 et le tournage a débuté en septembre de la même année.

DES ACTEURS AUX TECHNICIENS

Au départ, Rupert Everett a hésité à camper luimême Oscar Wilde, mais le succès de la reprise, en 2012, de «The Judas Kiss» a fini par le convaincre de le faire. Il a souvent dit qu’il n’aurait pas pu entreprendre ce film sans le soutien de Colin Firth. C’est la directrice de casting Celestia Fox (LE NOM DE LA ROSE, LES VESTIGES DU JOUR, LE PIANISTE) qui a d’abord réuni les deux acteurs sur HISTOIRE D’UNE TRAHISON (1984) qui a valu à Everett sa première citation au BAFTA Award. Ils sont devenus amis au fil des années et de leurs projets communs comme L’IMPORTANCE D’ÊTRE CONSTANT (2001) et ST TRINIAN’S – PENSIONNAT POUR JEUNES FILLES REBELLES (2007). Arborant une moustache en guidon, comme il se doit, Firth interprète l’ami fidèle d’Oscar, Reggie, apportant un peu d’humour et de légèreté dans les moments de détresse traversés par l’écrivain. Grâce, en grande partie, aux contacts du réalisateur, Everett et Firth sont entourés de formidables partenaires : Emily Watson (citée à l’Oscar pour BREAKING THE WAVES) campe Constance, l’épouse dénigrée d’Oscar, et Colin Morgan (MERLIN, THE LIVING DEAD) incarne Lord Alfred Douglas, l’amant lunatique de Wilde. Son rival, Robbie, est interprété par Edwin Thomas, comédien débutant. Deux fois cité à l’Oscar, Tom Wilkinson prête ses traits au père Dunne, prêtre qui entend l’ultime confession de l’artiste, et Anna Chancellor, Béatrice Dalle, Ronald Pickup, John Standing et Joshua McGuire tiennent des seconds rôles. Pour son premier long métrage, Everett a sollicité des techniciens de tout premier plan, comme le chef-opérateur John Conroy, qui a insufflé une formidable vitalité au film grâce à ses plans à l’épaule et son usage des éclairages naturels, les chefs-costumiers Maurizio Millenotti et Gianni Casalnuovo et le chef-décorateur Brian Morris qui, avec son équipe, a reconstitué le Naples et le Paris du XIXème siècle en Franconie (Bavière).

UN TOURNAGE DANS QUATRE PAYS

Tourner un film censé se dérouler, pour l’essentiel, entre Paris et Naples était un vrai défi pour les producteurs. Au départ, ils avaient l’intention de tourner en studio, mais cette option s’est avérée irréaliste sur un plan artistique et financier, si bien qu’il a fallu dénicher des décors naturels vraisemblables. Au départ, il a été nécessaire de déterminer les scènes devant être tournées sur les lieux mêmes de l’action, et celles qui pouvaient être filmées dans d’autres décors naturels. Il était évident que les séquences du port et des extérieurs normands ne pouvaient être tournées que sur place. Il en allait de même des extérieurs de Naples qui sont incomparables. Les coproducteurs italiens Carlo Degli Esposti et Nicola Serra, de Palomar, ont obtenu une semaine de tournage à Naples et ont fait en sorte de saisir l’esprit et l’atmosphère de cette ville frénétique où Oscar tente de renouer avec Bosie. Il s’agissait également de repérer les lieux de tournage en Belgique et en Allemagne. Grâce au soutien du FFF Bayern, un vieux château bavarois a campé un palais napolitain délabré. Après plus d’un an de repérages, la production a déniché un magnifique château en Franconie, dans la petite ville de Thurnau, où des stucs datant du XIXème siècle étaient encore intacts et étonnamment semblables à ceux qu’on trouve à Naples. Grâce à la diversité des espaces du château, l’équipe a pu y tourner des séquences se déroulant dans plusieurs lieux, comme la chambre de l’hôtel d’Alsace, la prison de Reading, et même une rue d’un quartier pauvre en hiver. Un tribunal et un café français ont été reconstitués dans l’ancienne salle de sport du petit village de Mitwitz, où d’autres sites ont été repérés pour les intérieurs de la maison de Constance. Après la Franconie et Naples, la production s’est installée à Bruxelles et en Wallonie où toutes les scènes parisiennes – bistrots, parcs, gares et escaliers – ont été tournées. Le tournage s’est achevé en Normandie où la production s’est attachée à filmer les lieux mêmes de l’action, à l’instar du célèbre hôtel des Roches, à Trouville, où Oscar Wilde a réellement séjourné. En dépit des longues distances parcourues et du rythme soutenu – l’équipe se déplaçait jusqu’à trois fois dans la même journée –, Brian Morris a fait en sorte que l’ensemble des décors soient imposants et élégants. Au bout de 42 jours d’un périple à travers quatre pays, le tournage s’est terminé le 3 novembre 2016.

OSCAR WILDE EN QUELQUES MOTS

Oscar Wilde, dont le nom complet est Oscar Fingal O’Flahertie Wills Wilde, est un écrivain irlandais, né à Dublin le 16 octobre 1854 et mort à Paris le 30 novembre 1900.

Né dans la bourgeoisie irlandaise et protestante de Dublin, d’un père chirurgien renommé et d’une mère poétesse, Oscar Wilde se distingue par un parcours scolaire brillant. Nourri de culture classique, couronné de prix au sein du Trinity College de Dublin, il intègre le Magdalene College de l’université d’Oxford, où il se construit un personnage d’esthète et de dandy, sous l’influence des préraphaélites et des théories de L’art pour l’art de Walter Pater, John Ruskin ou Whistler. À l’issue de ses études, Wilde s’installe à Londres, où il parvient à s’insérer dans la bonne société et les cercles cultivés, s’illustrant dans plusieurs genres littéraires.

S’il publie, conformément aux exigences de l’esthétisme le plus pur, un volume de poésie, il ne néglige pas des activités moins considérées des cercles littéraires, mais plus lucratives  : ainsi, il se fait le porte-parole de la nouvelle «  Renaissance anglaise dans les arts  » dans une série de conférences aux États-Unis et au Canada, puis exerce une prolifique activité de journaliste. Au tournant des années 1890, il précise sa théorie esthétique dans une série de dialogues et d’essais, et explore dans son roman Le Portrait de Dorian Gray (1890) les liens entretenus par la beauté, la décadence et la duplicité. Sa pièce Salomé (1891), rédigée en français à Paris l’année suivante, ne peut être jouée en Angleterre, faute d’avoir obtenu la licence d’autorisation, au motif qu’elle met en scène des personnages bibliques. Confronté une première fois aux rigueurs de la morale victorienne, Wilde enchaîne cependant avec quatre comédies de mœurs, qui font de lui l’un des dramaturges les plus en vue de Londres. Indissociables de son talent littéraire, sa personnalité hors du commun, le mordant de son esprit, le brillant de sa conversation et de ses costumes assuraient sa renommée.

Au faîte de sa gloire, alors que sa pièce maîtresse L’Importance d’être Constant (1895) triomphe à Londres, Oscar Wilde poursuit le père de son amant Alfred Douglas pour diffamation, après que celui-ci a entrepris de faire scandale de son homosexualité. Après une série de trois procès retentissants, Wilde est condamné pour «  grave immoralité  » à deux ans de travaux forcés. Ruiné par ses différents procès, condamné à la banqueroute, il écrit en prison De Profundis, une longue lettre adressée à son amant dont la noirceur forme un contraste saisissant avec sa première philosophie du plaisir. Dès sa libération en mai 1897, il quitte définitivement la GrandeBretagne pour la France. C’est dans ce pays d’accueil qu’il met un point final à son œuvre avec La Ballade de la geôle de Reading (1898), un long poème commémorant l’expérience éprouvante de la vie en prison. Il meurt à Paris en 1900, dans le dénuement, à l’âge de quarante-six ans.

DANS LE DÉTAIL

ENFANCE
Oscar Wilde naît au 21 Westland Row à Dublin (aujourd’hui devenu le siège de l’Oscar Wilde Centre, Trinity College). Il est le second des trois enfants de Sir William Wilde  et de Jane Francesca Elgee, de deux ans le cadet de son frère aîné William. À en croire Vyvyan Holland, fils cadet d’Oscar, le patronyme de Wilde est d’origine hollandaise, l’ancêtre le plus lointain dont on retrouva la trace étant un certain colonel De Wilde qui se serait enrôlé dans l’armée du roi Guillaume III au XVIIe . Sa mère ne se départit jamais sa vie durant de son soutien à la cause nationaliste irlandaise, bien qu’elle restât fidèle à la tradition anglicane de ses grands-pères, tous deux pasteurs. Elle s’enorgueillissait tout particulièrement de ses poésies nationalistes, dont elle avait commencé la composition en 1845, après la mort du journaliste et poète Thomas Davis, l’une des figures de proue des Jeunes Irlandais. Publiées sous le pseudonyme de Speranza dans le journal The Nation, l’organe de presse du mouvement cofondé par Davis, ces poésies jouissaient d’une certaine estime dans le milieu littéraire irlandais. W. B. Yeats lui-même ne manquait pas d’en faire l’éloge.

Les poèmes des Young Irelanders, que leur mère leur lit régulièrement, font, dès le plus jeune âge, partie intégrante de l’univers culturel dans lequel baignent les deux frères Oscar et Willie Wilde. Les peintures et les bustes antiques, qui ornent la maison familiale, témoignent, quant à eux, de l’engouement maternel pour la mode néo-classique de l’époque. L’influence de Jane Wilde sur Oscar ne se limite pas au cadre culturel dans lequel grandit son fils : elle ne cesse, dès qu’elle a perçu chez lui les prémices d’une vocation littéraire, de l’encourager et de la nourrir.

William Wilde est un médecin oculiste éminent (il soigne notamment la reine Victoria elle-même, Napoléon III ou le roi de Suède Oscar II qui tient à le remercier en devenant le parrain d’Oscar Wilde, d’où le prénom original donné à celui-ci). William Wilde anobli, devient «chevalier» en 1864 pour les services rendus comme conseiller médical et commissaire adjoint au recensement de l’Irlande. Il verse par ailleurs dans l’érudition locale et écrit plusieurs ouvrages traitant de l’archéologie et du folklore irlandais. Philanthrope reconnu, il ouvre un dispensaire à l’intention des pauvres de Dublin qui préfigure le Dublin Eye and Ear Hospital, situé de nos jours à Adelaide Road.

En 1855, la famille Wilde emménage au 1 Merrion Square, où leur fille Isola voit le jour deux ans plus tard. La nouvelle résidence, à la hauteur de la notoriété grandissante du couple, lui permet de tenir un salon pour recevoir l’élite culturelle et médicale de la ville. Ces réunions des samedis après-midis réunissent parfois jusqu’à cent invités, et comptent parmi leurs habitués des noms tels que Sheridan Le Fanu, Charles Lever, George Petrie, Isaac Butt, William Rowan Hamilton et Samuel Ferguson. Sa mère Jane Francesca Elgee aurait préféré une fille à la naissance d’Oscar, elle l’élève comme tel jusqu’à l’âge de sept ans  : toute sa vie Oscar Wilde restera dans sa tête ce jeune garçon ambigu, transformé par sa mère en petite idole hindoue. Jusqu’à l’âge de neuf ans, Oscar Wilde est éduqué à domicile, sous la garde d’une bonne française et d’une gouvernante allemande. Il fréquente ensuite la Portora Royal School Moytora, dans le comté de Mayo où il fréquente avec son frère le futur écrivain George Moore. Sa jeune sœur Isola meurt à 11 ans d’une méningite. Wilde lui a dédié le poème Requiescat.

TRINITY COLLEGE
Wilde quitte Portora avec une bourse royale pour le prestigieux Trinity College de Dublin qu’il fréquente de 1871 à 1874, en compagnie de son frère, dont il partage la chambre. Il reçoit l’enseignement de R.Y. Tyrell, Arthur Palmer, Edward Dowden et surtout de son tuteur, le révérend John Pentland Mahaffy, vieil érudit qui éveille son intérêt pour la culture grecque antique et la passion des questions nobiliaires. Malgré des réserves tardives, Wilde tient encore, en 1893, Mahaffy pour son « premier et meilleur maître », celui qui « [lui] apprit à aimer les œuvres grecques ». De son côté Mahaffy se vante dans un premier temps d’avoir créé Wilde, puis dans un second temps, après les revers de fortune de son élève, déplore qu’il soit « la seule tâche de [son] tutorat ». Les deux hommes entretiennent, à l’époque, une relation suffisamment étroite pour que Mahaffy juge de citer nommément son élève en exergue de son ouvrage Social Life in Greece from Homer to Menander.

Cette découverte de l’hellénisme va, pour Wilde, de pair avec un approfondissement de ses conceptions esthétiques, qui commencent à se préciser. Outre les enseignements de Mahaffy, il subit pendant cette période l’influence des poètes et des peintres préraphaélites, en premier lieu de Dante Gabriel Rossetti et d’Algernon Swinburne, qui oriente ses lectures vers Baudelaire puis Walt Whitman. Sous l’effet de ces théories esthétiques, inséparables d’une conception plus générale et assez exigeante des rapports entre l’art et la vie, il commence à modeler le personnage d’esthète qui devait faire sa réputation. Wilde devient également un membre actif de l’University Philosophical Society, une société de débats qui publie une feuille de chou. Remarqué pour ses activités parascolaires, il brille également sur le terrain plus proprement académique  : premier de sa classe lors de sa première année, récipiendaire d’une bourse par concours la seconde, il remporte finalement la médaille d’or de Berkeley, la récompense suprême en grec de l’université, pour clore son cursus. Il était dans la logique du système universitaire britannique qu’un élève aussi brillant intégrât l’une des prestigieuses universités anglaises. Encouragé par Mahaffy, il postule pour une bourse spéciale du Magdalene College de l’université d’Oxford, qu’il remporte aisément.

OXFORD
Pendant sa scolarité à Oxford, Wilde gagna rapidement une certaine renommée parmi ses condisciples pour son esthétisme affiché et son rôle dans le mouvement décadent. Il portait les cheveux longs, méprisant ouvertement les sports virils, qui jouaient un rôle central dans la vie sociale des étudiants d’Oxford, bien qu’il pratiquât occasionnellement la boxe. Dans sa chambre, les plumes de paon, les fleurs de lys ou de tournesol côtoyaient des porcelaines de Chine bleues, des photographies du pape et des gravures de peintres préraphaélites. Il confia un jour à des amis qu’il lui était « chaque jour plus difficile de se montrer digne de [sa] porcelaine bleue » ; la phrase fit rapidement le tour du campus, reprise comme un slogan par les esthètes et utilisés contre eux par ceux qui l’érigeaient en symbole de leur vacuité. L’hostilité de certains étudiants contre ces excentriques qui se distinguaient par leurs poses languides et leurs costumes tape-à-l’œil pouvait parfois tourner à la provocation physique. Attaqué par un groupe de quatre jeunes gens, Wilde désarçonna un jour tous ces critiques en répondant seul du tac au tac à l’aide de ses poings.

Dès sa troisième année à Oxford, il avait définitivement posé les bases de son personnage de dandy et assis sa notoriété, qui reposait pour partie sur la distance désinvolte qu’il adoptait avec l’imposante institution qu’était l’université d’Oxford. Il fut ainsi exclu provisoirement, après avoir manqué le début des cours à l’issue d’un voyage en Grèce en compagnie du Professeur Mahaffy. Plusieurs professeurs d’Oxford exercèrent une influence décisive sur sa trajectoire. Si Wilde ne fit pas la connaissance de Walter Pater avant sa troisième année, il avait été enthousiasmé par la lecture de ses Studies in the History of the Renaissance, publiées alors qu’il était encore étudiant à Trinity. Pater considérait que la sensibilité esthétique de l’homme devait être cultivée avant toute chose, et accordait une attention toute particulière à l’expérience, dont la «  splendeur  » et la «  terrible brièveté  » exigeaient qu’elle mobilise la concentration de « tout notre être ». Des années plus tard, dans De Profundis, Wilde reconnut «  l’influence si étrange  » que l’ouvrage de Pater avait eu sur sa vie.Il en connaissait des extraits par cœur et l’emporta avec lui en voyage jusque dans ses dernières années. Si Pater donna à Wilde son sens du dévouement à l’art, on peut créditer John Ruskin d’avoir donné un but à cet investissement esthétique.

La fin de son cycle oxonien fut couronnée de succès. Il sortit diplômé du Magdalene College en ayant obtenu les mentions les plus hautes (first class honours) dans ses deux matières principales après avoir remporté le prix de poésie de l’université d’Oxford, le Newdigate Prize, exercice de style dont le thème imposé était cette année-là Ravenne. La ville ne lui était pas inconnue puisqu’il l’avait visitée l’année précédente. Ce prix assez prestigieux, doté de la somme confortable de 21 livres, donnait le droit à son récipiendaire de lire son poème lors de la cérémonie annuelle, mais lui assurait surtout une petite notoriété dans le monde des lettres.

CARRIÈRE ARTISTIQUE ET PREMIERS SUCCÈS

DÉBUTS LONDONIENS
Son diplôme en poche, Wilde retourna à Dublin où il rencontra Florence Balcombe, dont il s’amouracha, mais la jeune femme se fiança à l’écrivain Bram Stoker qu’elle épousa en 1878. Peu après avoir appris ses fiançailles, Wilde lui annonça son intention de «  retourner en Angleterre, probablement pour de bon  ». Incertain de la marche à suivre pour lancer sa carrière, il s’enquit d’abord auprès de plusieurs connaissances de positions libres à Oxbridge. Puis, profitant de la part d’héritage qu’il avait reçu de son père, il s’installa peu après, comme pensionnaire du peintre Frank Miles, d’abord près du Strand, puis à partir de 1880 au 1, Tite Street dans le quartier de Chelsea. La capitale paraissait être la rampe de lancement idéale pour un apprenti artiste ambitieux. Wilde put y profiter des relations dont Miles bénéficiait déjà dans le monde du théâtre londonien. Il devint proche des comédiennes Lillie Langtry, Ellen Terry, avant de devenir un intime de Sarah Bernhardt. Bien qu’il se destinât avant tout à une carrière de critique d’art, ce fut par le biais de la poésie qu’il parvint à se faire un nom dans le monde littéraire de la capitale britannique. Dès son entrée à Trinity College, Wilde avait publié de la poésie dans de petites revues telles que Kottabos et le Dublin University Magazine. Inspiré par ses voyages en Grèce et en Italie, il n’avait depuis jamais cessé d’écrire, publiant occasionnellement dans des magazines. En 1881, un recueil titré Poems, publié «  quasiment à compte d’auteur », réunit ses premières compositions et des œuvres jusqu’alors inédites. Il reçoit un bon accueil et l’écoulement rapide des 750 premiers exemplaires rend nécessaire une nouvelle édition l’année suivante.

TOURNÉE NORD-AMÉRICAINE
Bien qu’il n’eût alors que peu produit, Wilde profita pleinement de la notoriété de son cercle d’amis pour faire valoir ses qualités mondaines  ; il était déjà une figure suffisamment célèbre pour que son style hors norme fît l’objet de caricatures dans la presse. Cette notoriété prit une nouvelle ampleur en 1881 lorsque Gilbert et Sullivan, deux compositeurs en vogue, s’inspirèrent directement de Wilde pour l’un des personnages de leur nouvel opéra intitulé Patience. Lorsque la pièce fut produite aux ÉtatsUnis, on lui proposa une série de conférences visant à familiariser le public américain aux ressorts de l’esthétisme britannique. Wilde arriva aux ÉtatsUnis le 3 janvier 1882, précédé d’une réputation d’homme d’esprit. Il s’empressa de confirmer cette réputation devant la foule venue l’accueillir dès sa descente de bateau en répondant à un douanier qu’il n’avait rien d’autre à déclarer que son génie.

Le succès fut au rendez-vous dans des proportions que les organisateurs n’avaient pas su prévoir  : programmée initialement pour quatre mois, la tournée dura finalement plus d’un an, avec un crochet final par le Canada. Le séjour américain de Wilde lui fut finalement extrêmement profitable. Ce détour transatlantique, autorisé à l’origine par la petite notoriété dont il jouissait à Londres, lui permit en retour de se parer d’une aura plus grande encore qui affermit considérablement sa position en Angleterre. D’un point de vue intellectuel, l’exercice difficile de la conférence publique et la diversité des auditoires auxquels il fut confronté, se produisant aussi bien dans les salons de la grande bourgeoisie que face à des parterres d’ouvriers, lui permit d’affuter sa pensée dans le domaine de l’esthétique. Ces nouveaux développements, inspirés de la lecture de Théophile Gautier, Baudelaire ou William Morris, nourrirent directement les premiers essais qu’il devait publier à son retour en Angleterre.

PARENTHÈSE PARISIENNE
La Duchesse de Padoue, lui permit de revenir dans une ville qui avait déjà marqué son adolescence et était un des hauts lieux de la vie intellectuelle européenne. Il fit peu de temps après son arrivée la connaissance du jeune poète Robert Sherard, qui n’était autre que l’arrière-petit-fils du poète William Wordsworth, lui ouvrait les portes des plus illustres écrivains. Dans son sillage, Wilde put dîner chez Victor Hugo. Son étape parisienne marqua un changement notable dans le style de Wilde, qui entra alors, selon Schiffer, dans sa « deuxième période esthétique ». Troquant ses tenues extravagantes contre des costumes toujours aussi soignés, mais plus sobres, il fit également couper ses fameux cheveux longs, qui lui valaient maints commentaires sarcastiques de la presse, pour une coupe qu’il qualifiait fièrement d’« à la Néron ». Paris marqua également la rencontre de Wilde avec le décadentisme français  ; s’il fit la connaissance de Marcel Proust, il fut néanmoins beaucoup plus marqué par sa rencontre avec Maurice Rollinat, avec lequel il s’entretint à plusieurs reprises. Les soirées organisées par le peintre Giuseppe De Nittis furent également l’occasion pour Wilde de côtoyer les peintres impressionnistes Edgar Degas et Camille Pissarro.

MARIAGE

Dès son retour en Angleterre, Wilde convie Constance Lloyd, la fille d’Horace Lloyd, un riche conseil de la Reine, au thé dominical donné par sa mère. À l’issue d’une cour assidue, il se fiance avec la jeune femme, le 26 novembre 1883, avant de l’épouser en grande pompe le 29 mai 1884, dans la très distinguée église St James, à Londres dans le quartier de Paddington. L’entreprise de séduction, savamment orchestrée, tombe à point nommé pour mettre fin aux rumeurs sur son homosexualité, qui se sont accentuées lors de son séjour français. De cette union naîtront deux enfants, Cyril et Vyvyan. Avant même son mariage, le jeune couple s’affiche assez ouvertement lors de la série de conférences sur ses « Impressions personnelles sur l’Amérique », «  La mode  » ou «  La valeur de l’art dans la vie moderne  » dans laquelle Wilde, à nouveau à court d’argent après son dispendieux séjour parisien, a été contraint de se lancer. Le conférencier ne tarit pas d’éloges sur sa nouvelle femme qui incarne à ses yeux l’essence même du modèle préraphaélite, et dont le caractère est trempé aux nouvelles idées féministes. Le 9 mai 1884, Oscar se rend, avec son frère et sa mère, chez Charles Carleton Massey, pour assister à la première réunion de la loge théosophique de l’Hermetic Society.

Les revenus annuels de Constance Lloyd s’élèvent à 250 livres, somme généreuse pour une jeune femme, mais qui est bien le moins qu’il faut à un chantre de l’esthétisme qui doit maintenant incarner les principes qu’il s’est fait profession d’enseigner aux autres. Le 16 Titre Street, qui doit abriter le jeune couple, est rénové à grand frais, consumant l’intégralité des 5 000 livres d’avance sur héritage que le grand-père de Constance lui avait consenti. La villa dont la décoration est confiée à l’architecte Edward William Godwin accueille les trésors que Wilde a amassés, comme le bureau de travail de Thomas Carlyle. Il devient rédacteur en chef de The Womans’ World. En 1886, il rencontre Robert Ross qui devient son amant et sera plus tard son exécuteur testamentaire.

LE PORTRAIT DE DORIAN GRAY

Publié dans sa première version le 20 juin 1890, Le Portrait de Dorian Gray (The Picture of Dorian Gray) est le produit d’une commande de l’éditeur américain J.M Stoddart pour sa revue, le Lippincotts Monthly Magazine. Il parait en volume, augmenté de six chapitres, l’année suivante aux États-Unis et en Angleterre et déclenche une tempête de protestations parmi les critiques anglais. La qualité littéraire du texte n’est certes pas mise en cause. À l’instar du Scots Observer, qui mène campagne contre le roman aux côtés du Daily Chronicle et de la St James Gazette, la plupart des critiques reconnaissent à Wilde «  de l’intelligence, de l’art et du style». Ils lui reprochent en revanche de compromettre ses qualités en illustrant des thèmes qui portent atteinte à la morale publique. « Art travesti » que celui de Wilde, « car son intérêt est d’ordre médico-légal ; il travestit la nature, car son héros est un monstre ; il travestit la morale, car l’auteur ne dit pas assez explicitement qu’il ne préfère pas un itinéraire de monstrueuse iniquité à une vie droite, saine et sensée ».

Wilde n’est pas pour rien dans l’ampleur que prend la controverse. Il ne se dérobe pas face aux critiques et choisit de répondre avec vigueur à chacune des objections de ses détracteurs. Sa défense est pour lui l’occasion de mettre en lumière, et parfois même de préciser, les lignes du programme qu’il vient de développer dans son essai Le Critique comme artiste (1891). Elle tient dans l’affirmation de l’indépendance que l’art doit maintenir vis-à-vis de la morale, et plus généralement dans la supériorité de l’Esthétique sur l’Éthique.

En 1891, il rencontre Lord Alfred Douglas de Queensberry, s’en éprend et tous deux mènent une vie débridée en affichant en public leur homosexualité. Le père d’Alfred, John Douglas, 9e Marquis de Queensberry et frère de Florence Dixie, désapprouve cette relation et provoque Wilde à plusieurs reprises. Cela entraîne le scandale Queensberry et un procès.

LE SCANDALE QUEENSBERRY

Le marquis de Queensberry a demandé à Wilde de s’éloigner de son fils. Début 1895, il remet au portier du club Albermarle, l’un des clubs d’Oscar Wilde, sa carte de visite où il écrit : For Oscar Wilde posing as Somdomite « Pour Oscar Wilde, s’affichant comme Somdomite [sic]. 

Wilde décide alors de lui intenter un procès pour diffamation, qu’il perd. Le marquis se retourne contre Wilde. Premier des procès intentés contre Wilde, il débute le 3 avril 1895. L’avocat de Queensberry, Edward Carson, s’y révèle un accusateur habile et coriace, et les joutes verbales opposant les deux hommes restent dans l’histoire. Wilde joue tout d’abord de son charme habituel, de son inégalable sens de la répartie, déclenchant l’hilarité du public, transformant par moment le tribunal en salle de théâtre. Mais il finit par se faire « piéger » pour un « bon mot » à propos de Walter Grainger, un jeune domestique de Lord Alfred Douglas à Oxford  : Carson lui demandant s’il l’a jamais embrassé, Wilde répond « Oh non, jamais, jamais ! C’était un garçon singulièrement quelconque, malheureusement très laid, je l’ai plaint pour cela. »

EMPRISONNEMENT

Pressé par ses amis, Robert Ross en particulier, de s’enfuir sur le continent, il préfère attendre l’inéluctable. Daniel Salvatore Schiffer reprend l’explication de Yeats concernant cette attitude, citant les propos de Lady Wilde : «  Si vous restez, et même si vous allez en prison, vous serez toujours mon fils [...]. Mais si vous partez, je ne vous adresserai jamais plus la parole ». Il est arrêté le 6 avril 1895 dans sa chambre n° 118 du palace londonien Cadogan Hotel, puis, après deux autres procès, il est condamné le 25 mai 1895, en vertu d’une loi datant de 1885 interdisant l’homosexualité, à la peine maximale de deux ans de travaux forcés en 1895. Ses biens sont confisqués pour payer les frais de justice. Constance, sa femme, se réfugie avec ses fils en Suisse où elle subit une humiliation à Neuchâtel en juin 1895, un hôtelier la mettant dehors en raison de son nom scandaleux. Elle substitue alors au patronyme de ses fils celui de « Holland », qui correspond au deuxième prénom de son frère, Otho Holland Lloyd.

Après quatorze mois de travaux forcés et à la suite de son transfert de la prison de Reading, Wilde se voit accorder le privilège exceptionnel de la part du directeur de la prison de posséder un petit matériel d’écriture et reçoit la permission d’écrire à condition de remettre tous les soirs ses écrits, son papier et son stylo aux autorités pénitentiaires. Il n’écrira en prison que de la correspondance, et en particulier une longue lettre adressée à Alfred Douglas qui sera, après sa mort, publiée sur le nom de De Profundis. Les travaux forcés et l’enfermement l’affecteront au point qu’il ne produira qu’une seule œuvre après sa libération, elle-même sur le thème de la prison : La Ballade de la geôle de Reading. Durant son incarcération, il continue de recevoir la visite de Robert Ross. Alfred Douglas est, quant à lui, poussé à l’exil en France et en Italie pendant plus de trois ans.

APRÈS SA LIBÉRATION DE PRISON

Sa libération, en 1897, est un grand moment de joie, il s’exclame à de nombreuses reprises « Que le monde est beau » sur le quai de la gare, ce que ses amis lui reprochent puisqu’il lui est plus que nécessaire de se faire discret. Il souhaite épouser le catholicisme, à la suite de sa conversion spirituelle que lui a coûté la prison, et désire se retirer un an dans un cloître. Les Jésuites qu’il sollicite refusent d’accueillir un tel membre et lui conseillent d’attendre encore un an ou deux. Il quitte alors l’Angleterre pour la France, où il demeure quelque temps à Berneval, près de Dieppe en Normandie, sous le nom de Sébastien Melmoth, en référence au roman Melmoth, l’homme errant (Melmoth the Wanderer 1820) de Charles Robert Maturin, un des romans fondateurs du courant gothique en littérature, et du martyr Sébastien, personnage qui le fascine. Maturin était par ailleurs le grand-oncle de Wilde. Il vit sous la tutelle de Robert Ross, qui s’étonne de le voir se comporter tel un enfant. En effet, Wilde est très dispendieux alors même que ses ressources se sont taries. Traumatisé par son expérience de la prison, il semble avoir plus que besoin d’une présence à ses côtés, alors que Ross doit retourner à Londres pour affaires. Il s’étonne des réticences de Constance à le rejoindre. Or cette dernière est, non seulement très éprouvée, mais combat en plus la maladie. Extrêmement déçu, Wilde reçoit un billet de Lord Alfred Douglas et désire ardemment le retrouver malgré les avertissements de Ross et les menaces de Constance de lui couper les vivres. Vraisemblablement, Bosie n’a pas lu De Profundis, qui lui était pourtant originellement destiné, encore que cela fasse débat entre Ross qui devait le lui remettre, et Alfred Douglas qui assure encore dans son autobiographie ne l’avoir jamais eu en main. Finalement, une rencontre à Rouen, le 28 août, leur fait retrouver la vie commune. Et, après être passés par Paris afin d’obtenir les fonds nécessaires, généreusement offerts par O’Sullivan, les deux amants partent pour Naples en septembre 97. Ils mènent un train de vie très confortable, compte tenu de leurs revenus communs. Toutefois, lorsque Constance apprend la situation, elle met sa menace à exécution, et le couple s’enfonce alors dans le besoin.

Oisif, Wilde sort avec ses amis ou fréquente de jeunes prostitués à Paris. Commence alors une période de déchéance dont il ne sortira pas. Malgré l’aide de ses amis qui lui prêtent de l’argent (ses revenus littéraires étant devenus insuffisants), notamment André Gide et Robert Ross, il finit ses jours dans la solitude et la misère. Oscar Wilde meurt probablement d’une méningite, âgé de 46 ans, en exil volontaire à Paris, le 30 novembre 1900 au 13 rue des Beaux-Arts. Plusieurs causes de cette mort ont été données par ses biographes : méningite consécutive à sa syphilis chronique (il n’en a jamais montré de symptômes) ; consécutive à une opération chirurgicale, peut-être une mastoïdectomie selon Merlin Holland, unique petit-fils d’Oscar Wilde ; les médecins de Wilde, le Dr Paul Cleiss et Tucker A’Court, pensent que cette inflammation des méninges est la conséquence d’une « ancienne suppuration de l’oreille droite d’ailleurs en traitement depuis plusieurs années » . Le 28 octobre 1900, il s’était converti au catholicisme. À cette occasion, la tradition voulant que l’on offre une coupe de champagne à un adulte qui se convertissait, il aurait eu ce mot  : Ses derniers mots, dans une chambre d’hôtelau décor miteux (Hôtel d’Alsace, 13 rue des Beaux-Arts à Paris, devenu aujourd’hui L’Hôtel) auraient été : Après un enterrement de «  sixième classe  » (le dernier avant la fosse commune) et une inhumation au cimetière de Bagneux, ses restes sont transférés, en 1909, au cimetière du Père-Lachaise, division 89, à Paris. Son tombeau surmonté d’un monument s’inspirant d’un taureau ailé assyrien, conservé au British Museum et dont le visage est celui du dramaturge (allusion au poème La Sphinx de Wilde), a été sculpté par l’artiste expressionniste Sir Jacob Epstein de 1911 à 1914.

LE PRINCE HEUREUX (The Happy Prince)

Le Prince heureux et autres contes (The Happy Prince and Other Stories) a été publié en 1888. Il est aujourd’hui disponible, entre autre, aux éditions FOLIO Junior. .

RÉSUMÉ DU CONTE
Une nuit d’automne, une hirondelle, attardée dans sa migration, arrive au-dessus d’une ville dans laquelle se trouve une statue d’un prince décédé. Ce prince, surnommé le «Prince Heureux», était aimé de tous. Sa statue est recouverte de fines feuilles d’or, a pour yeux deux superbes saphirs, et un grand rubis est incrusté sur le pommeau de son épée. L’hirondelle fatiguée se pose à son côté, admirative devant tant de grâce et de richesse.

Alors qu’elle se repose à ses pieds, elle sent des gouttes d’eau tomber sur son plumage  : le prince, qui fut heureux de son vivant dans son somptueux palais, pleure à présent la triste situation de son peuple. De son piédestal doré, il est témoin de toute leur misère. Le bon prince demande alors à l’hirondelle de prendre le rubis de son épée, et de le porter à une jeune femme qui souffre de la faim et dont l’enfant, faute de soins, est victime de la fièvre. Le lendemain, il ordonne à l’hirondelle d’offrir un saphir qui lui tient lieu d’œil pour assurer les soins d’un grand-père malade. Le second saphir servira à sauver du désespoir une petite vendeuse d’allumettes. Maintenant aveugle, le prince demande à l’hirondelle un peu de son temps pour l’aider à soulager les malheurs de la population de sa ville. Chaque jour qui suit, l’hirondelle prend son envol, avec dans son bec une des feuilles d’or ornant le prince, pour l’offrir à des gens dans le besoin. Au fur et à mesure que la statue se découvre, le peuple du prince retrouve le sourire.

Bientôt, la statue totalement dégarnie est devenue une vulgaire statue de pierre. L’hirondelle s’adresse alors à la statue «Mon prince, je vais devoir vous quitter à présent.» «Tu t’en vas rejoindre les tiens, dans les pays du sud ?» «Hélas mon prince, je n’en ai plus la force, et l’hiver est déjà là. Je vais mourir.» Alors que l’hirondelle s’effondre sur le sol gelé, un craquement sec se fait entendre. Le cœur de pierre de la statue du prince, s’est brisé.

Le matin suivant, les habitants décrètent que cette statue sans ornements ne peut représenter dignement le Prince Heureux. Le corps en pierre du prince éclate en mille fragments lorsqu’il est abattu. Mais ni le prince, ni l’hirondelle ne s’en soucient. Un ange est venu du ciel, touché par leur bonté, et a ramassé le corps de l’oiseau et le cœur brisé du prince. Ils sont, pour toujours, heureux au paradis.  

Source et copyright des notes de production @ Océan Films

 
#TheHappyPrince

lundi 3 octobre 2016

MISS PEREGRINE ET LES ENFANTS PARTICULIERS


Aventure/Famille/Fantastique/Un film visuellement abouti, mais au scénario un peu confus

Réalisé par Tim Burton
Avec Eva Green, Asa Butterfield, Samuel L. Jackson, Judi Dench, Ella Purnell, Chris O'Dowd, Allison Janney, Terence Stamp, Rupert Everett...

Long-métrage Américain/Belge/Britannique
Titre original : Miss Peregrine's Home For Peculiar Children 
Durée: 02h07mn
Année de production: 2016
Distributeur: Twentieth Century Fox France 

Date de sortie sur les écrans américains : 30 Septembre 2016
Date de sortie sur les écrans britanniques : 30 Septembre 2016
Date de sortie sur nos écrans : 5 octobre 2016


Résumé : À la mort de son grand-père, Jacob découvre les indices et l’existence d’un monde mystérieux qui le mène dans un lieu magique : la Maison de Miss Peregrine pour Enfants Particuliers. Mais le mystère et le danger s’amplifient quand il apprend à connaître les résidents, leurs étranges pouvoirs … et leurs puissants ennemis. Finalement, Jacob découvre que seule sa propre "particularité" peut sauver ses nouveaux amis.

Bande annonce (VOSTFR)



DÉCOUVREZ SAMUEL L.JACKSON COMME VOUS NE L’AVEZ JAMAIS VU - Extrait "Barron" (VOSTFR)


FAITES CONNAISSANCE AVEC UN ENFANT PARTICULIER - Extrait "Les Particuliers" (VOSTFR)



Miss Peregrine vous invite à rencontrer ses enfants particuliers ... - Extrait "Le Tour "(VOSTFR)


Faites connaissance avec Emma, qui a le pouvoir de manipuler l’air, et doit porter une paire de chaussures lestées pour ne pas s’envoler. - Extrait "Ne me lâche pas" (VOST)



Ce que j'en ai pensé : Ransom Riggs nous fait rentrer dans un univers très spécial avec sa série de romans MISS PEREGRINE ET LES ENFANTS PARTICULIERS. Tim Burton était un choix parfait pour réaliser cette adaptation. Qui mieux que lui pouvait traduire visuellement l’imaginaire riche et sombre, mais avec une touche d’enfance, des livres. 

Tim Burton, le réalisateur
La mission est-elle accomplie ? La réponse est un peu plus complexe que oui ou non.  Je m’explique. Pour moi, le film se divise en deux parties. Dans la première, Tim Burton respecte l’histoire telle que décrite dans les livres à quelques détails près. Il lui donne vie à l’écran. Les ambiances sont soignées et la mise en scène efficace. Les effets spéciaux sont supers et ils sont joliment mis en avant par la 3D. La narration prend son temps, mais permet de rentrer peu à peu dans cet univers étrange de façon claire. Tim Burton fait honneur au livre éponyme et nous entraîne dans un monde fait de magie, cauchemars, découvertes, joies et angoisses. Il surprend et fascine.




Puis, viens la deuxième partie du film. Pour les spectateurs qui auront lu les livres, elle déconcerte totalement, car elle prend de grandes libertés et abandonne des thématiques. Elle est plus étendue que dans les livres, mais aussi plus confuses. Et c’est là que le problème se pose. A mon avis, l’histoire devient complexe à suivre dans cette deuxième partie. Les lecteurs des romans ne vont pas retrouver l’histoire des livres et les non-lecteurs des romans risquent d’être un peu perdus. Pourtant, visuellement, le film reste très intéressant jusqu’au bout. Tim Burton nous fait un festival des techniques et de l’imaginaire qui lui sont chers. C’est agréable à regarder. Cependant, sur la fin, on ne comprend pas tout à fait où il veut nous emmener, c’est un peu dommage.

Les acteurs sont très bien. J’ai déjà vu Asa Buterfield dans d’autres films et il confirme ici ce que je pensais déjà, c’est un acteur étonnant. Le rôle de Jacob lui va comme un gant. Il traduit parfaitement les incertitudes et le mal-être d'un jeune homme qui s’ennuie dans un monde ordinaire, mais sans comprendre vraiment pourquoi. Il peut faire ressortir un côté très enfantin et en même temps très mûr dans sa personnalité.




Eva Green est à la fois fascinante et ensorcelante dans le rôle de Miss Peregrine. C’est un rôle de composition qui lui sied à merveille.




Samuel L. Jackson s’amuse en méchant qui cabotine.


Les personnalités des enfants particuliers sont bien adaptées à leurs dons spécifiques.





J’aime beaucoup le cinéma de Tim Burton et ce MISS PEREGRINE ET LES ENFANTS PARTICULIERS ne fait pas exception. Cependant,  pour moi, Tim Burton est un grand conteur, mais dans ce cas, ce n’est pas ce qu’il réussit le mieux. Visuellement abouti et agréablement fantaisiste, ce MISS PEREGRINE ET LES ENFANTS PARTICULIERS est un sympathique film d’aventure fantastique.


NOTES DE PRODUCTION 
(A ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

Après la projection du film, Tim Burton a eu la gentillesse de venir nous parler de son expérience de réalisateur sur ce film. Vous trouverez le résumé de cette rencontre dans la vidéo ci-dessous ainsi que quelques photos.


















Crédits photos : Epixod Le Blog

Avec MISS PEREGRINE ET LES ENFANTS PARTICULIERS, le réalisateur visionnaire Tim Burton nous offre une de ces expériences de cinéma singulières dont il a le secret, une plongée dans un univers fantastique, fascinant et magique, peuplé de personnages mémorables et de spectaculaires batailles, dans une réalité temporelle multiple… Il nous entraîne ailleurs, dans l’espace et dans le temps, pour une histoire extraordinaire où l’on retrouve le caractère unique de ses précédents films, EDWARD AUX MAINS D’ARGENT, ALICE AU PAYS DES MERVEILLES, L’ÉTRANGE NOËL DE MONSIEUR JACK et CHARLIE ET LA CHOCOLATERIE. Une histoire qui parle d’accepter ce que chacun d’entre nous peut avoir d’original et de particulier…

RESTEZ PARTICULIER

Non seulement accepter nos différences, mais en être fiers : c’est ce thème qui a parlé le plus aux créateurs du film. Un message qui tient en quelques mots : c’est une bonne chose — et même une chose nécessaire — d’être différent.

Ce qui rend les jeunes Particuliers différents est aussi ce qui les rend capables, forts, et spéciaux. La Maison de Miss Peregrine leur fournit un havre de paix à l’écart du monde extérieur, incapable de comprendre et d’accepter les talents spéciaux des Particuliers. C’est également un refuge caché de leurs puissants ennemis.

Chaque enfant possède une particularité unique, par exemple la lévitation, la manipulation du feu ou une force hors du commun. Les capacités des Particuliers sont limitées et ces jeunes gens doivent faire face aux mêmes problèmes que les non-Particuliers. Le producteur exécutif Derek Frey explique : « Ils ont découvert comment utiliser ingénieusement leurs talents dans certaines situations. »

Eva Green, qui joue Miss Peregrine, développe : « Dans le monde extérieur, ces enfants seraient perçus comme des bêtes curieuses et persécutés, alors que sur cette île reculée où ils vivent et s’épanouissent, leur « bizarrerie » est reconnue et vue comme quelque chose de spécial et de beau. »

Tim Burton se retrouve complètement dans cette idée : « Les enfants n’oublient jamais vraiment ce sentiment de différence. Cela reste avec vous pour toujours. J’ai moi-même été désigné comme « particulier » parce que j’adorais les films de monstres. Dans l’enfance, on vit ce genre de chose, et parfois cela se prolonge même plus tard dans la vie. Beaucoup de gens le ressentent. »

Aujourd’hui, dans un monde obsédé par les réseaux sociaux, c’est encore plus difficile de « rester particulier ». C’est ce qu’explique Ella Purnell, qui joue Emma, une jeune femme qui peut contrôler l’air : « Nous sommes tous plongés dans Twitter, Instagram, toutes sortes de réseaux sociaux, il est donc très facile de se comparer aux autres et de se dire qu’on n’est pas assez bon ou qu’on n’appartient pas à tel ou tel groupe. Mais on devrait être fier de ce qui nous rend unique. »

Cette idée développée par le film ressort sur les réseaux sociaux. Depuis le début de la campagne, un mouvement prend de l’ampleur autour du hashtag #StayPeculiar (en français #JeSuisParticulier). Le hashtag a été mentionné dans un tiers des conversations à propos du film, soit 625 % de plus que les hashtags d’une campagne classique.

Ce thème #JeSuisParticulier s’étend à la famille, c’est ce que découvre Jake (Asa Butterfield), le jeune personnage principal, quand il rencontre les Particuliers dans la Maison de Miss Peregrine. Jenno Topping, qui produit le film aux côtés de Peter Chernin, note : « Les familles ont tous types de formes, de tailles et de particularités. Jake finit par comprendre que les Particuliers, avec qui il partage énormément d’affinités, constituent sa véritable famille. »

DU LIVRE AU FILM

MISS PEREGRINE ET LES ENFANTS PARTICULIERS est tiré du premier roman de Ransom Riggs, publié en 2011. Le livre a connu un succès immédiat et atteint la première place sur la liste des meilleures ventes du New York Times, dans laquelle il est resté classé pendant des années. Il s’est vendu à plus de 3,1 millions d’exemplaires.
Une suite, Hollow City, a été publiée en 2014, bientôt suivie par le dernier livre de la trilogie, La Bibliothèque des âmes.

L’histoire née dans l’esprit de Riggs lui est venue de son passe-temps de collectionneur de vieilles photos qu’il trouve dans des foires et des marchés aux puces — il y recherche les photos les plus bizarres. Il travaillait également comme pigiste pour Quirk Books (éditeur d’Orgueil et Préjugés et Zombies). Il envoya un jour quelques-unes de ses photos à l’équipe de Quirk en se disant que ces images pourraient former un recueil étrange et inquiétant. Au lieu de cela, Quirk eut l’idée d’utiliser ces photos pour créer un roman.

Ransom Riggs raconte : « J’ai toujours été fasciné par les photos anciennes. J’avais une idée d’histoire, et les photos sont devenues en quelque sorte la pierre angulaire des personnages. J’avais par exemple une photo très intéressante d’un garçon recouvert d’abeilles. Je me suis donc demandé qui il était et quelle était son histoire. »

Les droits du best-seller de Ransom Riggs, Miss Peregrine et les enfants particuliers, furent par la suite acquis par Chernin Entertainment, société de production basée chez Twentieth Century Fox, dont la présidente Jenno Topping est productrice du film. « C’est un livre superbe qui nous a parlé à de nombreux niveaux, dit-elle, il est étrange, un peu effrayant, et c’est une très belle histoire sur le passage à l’âge adulte. »

Pour Jenno Topping, le choix du metteur en scène était évident. « À l’instant même où nous avons lu le manuscrit, nous savions que Tim Burton serait le metteur en scène parfait pour tourner une adaptation. C’était comme s’il avait été écrit pour lui. »

Les équipes de Chernin et Fox ont visé juste dans leur choix. « Je me suis vraiment senti connecté au livre, se souvient Tim Burton. J’aime le fait que Ransom ait imaginé une histoire en partant de ces photos trouvées. Le récit était très attirant — onirique, puissant et mystérieux. »

Ransom Riggs, lui-même réalisateur et admirateur de Burton depuis toujours, confie : « Cela n’a pas été très difficile d’accepter de confier mon livre, sachant que Tim Burton serait aux commandes ! »

Pour écrire l’adaptation, Tim Burton et les producteurs se sont tournés vers la scénariste reconnue Jane Goldman (KINGSMAN : SERVICES SECRETS, X-MEN : LE COMMENCEMENT, LA DAME EN NOIR). « Les sensibilités de Jane et de Tim sont très proches, explique Jenno Topping. Ils participent aux mêmes types de projets et ont un univers créatif similaire. »

La collaboration avec Tim Burton a été passionnante pour Jane Goldman, qui raconte : « Les photos constituent une partie essentielle du livre, il est donc facile d’imaginer cette histoire sous la forme d’un film. Ce fut une grande joie et un privilège de travailler avec Tim. J’adore ses idées ; tout ce qu’il touche vous emporte dans un environnement extrêmement imaginatif. »

Selon le producteur exécutif Derek Frey, Jane Goldman se devait de rester fidèle à l’esprit du livre, tout en offrant aux spectateurs une véritable expérience de cinéma. « Nous avons vraiment essayé de garder dans le film ce qui rend le livre spécial, explique-t-il. Le projet a une identité très particulière, la connexion entre les personnages de Jake et son grand-père Abe (Terence Stamp) est au coeur de l’histoire et il était important de la préserver. Mais dans le même temps, il faut offrir des choses précises, cinématographiques, aux spectateurs. »

« Le livre et le film ne sont pas identiques et j’ai mis un peu de temps à accepter cette idée, admet Ransom Riggs. Mais les scènes ont pris vie dans mon esprit quand j’ai vu les lieux de tournage, rencontré Tim et découvert les décors qu’il avait créés et les acteurs qu’il avait choisis. J’ai commencé à comprendre. À vrai dire, j’ai assisté au tournage de certaines scènes, écrites par Jane Goldman et dirigées par Tim, et je me suis dit ‘J’aurais dû y penser !’ »

L’auteur poursuit : « J’ai visité les plateaux parce que... c’est évident, non ? J’adore le cinéma et le processus de création d’un film, j’avais donc très envie de voir Tim à l’oeuvre sur ce film à grande échelle tiré de mon livre. »

MISS PEREGRINE: PROTÉGER LES PARTICULIERS

Miss Peregrine, la protectrice des Particuliers qui donne son nom au roman et au film, a pour particularité d’être une ombrune : elle peut manipuler le temps et se transformer en oiseau. Aux côtés d’autres ombrunes, elle utilise cette capacité pour créer une « boucle » temporelle d’une journée qui se répète à l’infini et dans laquelle elle vit aux côtés des enfants. Cela les protège des démons du monde qui existe à l’extérieur de la boucle.

Le personnage de Miss Peregrine est intrigant et parfois mystérieux ; elle représente autant une figure maternelle pour les jeunes dont elle s’occupe qu’un adversaire terrifiant pour ceux qui les menacent. Le producteur exécutif Derek Frey explique : « On ne connaît pas vraiment ses motivations ou ses origines. »

La productrice Jenno Topping ajoute : « Miss Peregrine n’est ni sentimentale, ni chaleureuse, ni drôle. Elle s’avère très atypique, et c’est pour cela qu’on l’adore. Elle est intelligente et assez dure. »

Eva Green, qui avait collaboré précédemment avec Tim Burton sur DARK SHADOWS, décrit le personnage qu’elle interprète comme « une sorte de Mary Poppins assez excentrique et courageuse, qui protège ses Particuliers en maniant une arbalète meurtrière. Ses enfants représentent tout pour elle et Miss Peregrine fera tout ce qu’elle peut pour les protéger. C’est un personnage brave qui n’a pas froid aux yeux. »

Tim Burton est un grand fan de Miss Peregrine — et de l’actrice qui l’incarne — et il a parfois surnommé le personnage « Scary Poppins » (« Poppins Flippante »). Il remarque : « À l’école, on aurait tous aimé avoir une directrice comme Eva ou Miss Peregrine, quelqu’un de solide, drôle, mystérieux et protecteur. »

JAKE : UN NOUVEAU VENU

Jake, le héros de l’histoire, est le nouveau venu dans la Maison de Miss Peregrine. Jake représente l’adolescent typique, aussi gauche qu’on peut l’imaginer, un garçon rejeté qui trouvera enfin de la reconnaissance chez les Particuliers. Il ne se sent pas à sa place et ne s’attache à personne, à l’exception de son grand-père dont la mort déclenche ce voyage de découverte. MISS PEREGRINE ET LES ENFANTS PARTICULIERS se déroule à travers les yeux de Jake et au fil de sa quête.

Asa Butterfield, qui incarnait le rôle principal d’Hugo dans le film de Martin Scorsese HUGO CABRET, décrit son personnage : « Jake mène une vie ordinaire et pense qu’il ne changera pas grand-chose à la marche du monde. Quand son grand-père adoré, Abe, meurt mystérieusement, Jake part au pays de Galles avec son père pour découvrir son passé — et ainsi vérifier si la Maison spéciale et ses résidents peuplant les nombreuses histoires de son grand-père existent réellement. »

Jake n’aurait jamais pu imaginer ce qui l’y attend. Le jeune acteur confie : « Ce qui ressort à mon avis, c’est la façon dont tout ce qui l’entoure semble irréel. Il vient de quelque chose de très ordinaire et rejoint quelque chose d’extrêmement différent de ce à quoi il est habitué. Dans la Maison de Miss Peregrine, Jake doit abandonner tout ce qu’il connaît — ou croit connaître — et laisser sa vie normale derrière lui. »

C’est à la fois une chance et un immense défi pour Jake – une combinaison que bon nombre d’entre nous traversent dans leur vie de tous les jours. Nous ne faisons pas face aux mêmes types de challenges hors du commun, ni aux choix auxquels Jake est confronté avec les Particuliers, mais l’idée sous-jacente reste la même, comme l’explique Butterfield : « il s’agit d’oser passer à l’étape suivante. »

Tim Burton affirme que le jeune acteur représentait un bon choix pour le rôle : « Il possède une sensibilité bien particulière et c’est quelqu’un qui réfléchit beaucoup. Il était facile d’imaginer Asa en tant que Particulier. Il apporte de la gravité au rôle, c’est comme s’il était toujours en train de découvrir quelque chose. Asa transmet vraiment ce que Jake traverse et ce que vivent un grand nombre d’adolescents. »

Le réalisateur ajoute : « Asa ne triche pas. C’est un garçon et un acteur adorable et émouvant. »

BARRON : LA CHASSE AUX PARTICULIERS

Toute histoire a besoin d’un méchant marquant, et MISS PEREGRINE ET LES ENFANTS PARTICULIERS ne fait pas exception à la règle avec Barron, un métamorphe sinistre, forme évoluée des ennemis monstrueux des Particuliers, les Sépulcreux. Barron pense devoir chasser les Particuliers et Miss Peregrine pour devenir immortel — et peut-être regagner son humanité.

Tim Burton commente : « Certains Particuliers aux intentions malveillantes veulent devenir immortels. Mais ils finissent par devenir des monstres. »
Le réalisateur n’avait qu’un seul acteur en tête pour incarner Barron : Samuel L. Jackson. Il explique : « J’ai toujours voulu travailler avec Sam. Je vais voir tous les films dans lesquels il joue. »

L’acteur lui retourne le compliment : « J’adore la façon dont l’esprit de Tim fonctionne ! »
Dès le début, Samuel L. Jackson et Tim Burton ont eu la même vision du personnage. « Tim et moi étions d’accord sur le fait de ne pas rendre Barron excessivement sinistre, explique l’acteur. Il est déjà assez effrayant, avec ses dents acérées comme des lames de rasoir et ses yeux laiteux. Je voulais jouer en décalage avec cela et qu’on essaye de s’amuser un maximum avec lui. »

Il poursuit : « Les gens qui connaissent Barron d’après le livre seront peut-être surpris, parce que j’ai beaucoup joué avec ce personnage en m’appuyant sur ses psychoses très particulières. À certains moments, on se rend compte que Barron s’amuse — quand il observe les Particuliers, il les trouve plutôt marrants. »

EMMA : UN AIR DE MYSTÈRE ET DE ROMANCE

Emma, jouée par Ella Purnell, a le pouvoir de manipuler l’air, et elle doit porter une paire de chaussures lestées pour ne pas s’envoler. Alors que l’aventure avance, Emma se rapproche de Jake.

Jake rappelle Abe à Emma : elle était en effet très proche d’Abe quand il était jeune, dans les années 1940, et qu’il se rendait dans la Maison. Ella Purnell explique : « Elle est donc réticente à l’idée de se rapprocher de Jake car elle a peur de le perdre lui aussi. »
Bien sûr, c’est l’idylle naissante qui l’emporte. La jeune actrice précise : « La relation entre Emma et Jake devient une histoire d’amour douce et innocente : il est très nerveux car il n’est pas sûr de lui — et qu’elle flotte en l’air ! »

Pour Ransom Riggs, cette relation représente « l’essence du voyage de Jake pour devenir un jeune homme extraordinaire. Cela fonctionne car Asa et Ella sont drôles, charmants et ont une belle alchimie. »

Une alchimie d’autant plus aisée que les deux acteurs étaient amis depuis longtemps, puisqu’ils se sont rencontrés au prestigieux Young Actors Theatre.

Cette appréciation est particulièrement remarquable venant de l’auteur, car dans son roman, c’est le personnage d’Olive qui possède la capacité de contrôler l’air, tandis qu’Emma a le pouvoir d’enflammer tout ce qu’elle touche. Tim Burton et Jane Goldman ont inversé les rôles car, selon la scénariste : « Tim et moi étions fascinés par l’idylle entre Jake et Emma, et cette idée de flotter qui permettait davantage d’options dans les interactions entre les deux personnages. »

Emma fait avancer Jake dans son apprentissage de la vie de Particulier et utilise sa capacité à manipuler l’air pour approfondir leur relation et venir à bout de situations difficiles.

ABE, SOURCE D’INSPIRATION DE L’AVENTURE

Abe, le grand-père adoré de Jake, partage bien plus de choses avec son petit-fils que le jeune homme n’aurait pu l’imaginer. Ce sont en effet les indices semés par Abe qui déclenchent l’aventure « particulière » de Jake.

Le personnage d’Abe est incarné par le célèbre Terence Stamp, qui avait travaillé précédemment avec Tim Burton sur le drame BIG EYES sorti en 2014. L’acteur a saisi l’opportunité de travailler à nouveau avec Burton, et se dit particulièrement intrigué par le rôle d’Abe, un conteur dont les récits, accompagnés de vieilles photos, déclenchent l’inoubliable périple de son petit-fils.

Le personnage trouve un écho chez Tim Burton, qui le compare à sa propre grand-mère : « Elle était magique, très spéciale, et elle a été la personne la plus importante de ma vie. C’est pourquoi je comprends vraiment la relation entre Jake et Abe. Une relation entretenue avec un grand-parent est différente de celle que l’on peut avoir avec nos parents ou nos amis. C’est une situation unique. »

LES AUTRES ADULTES

La célèbre Judi Dench incarne Miss Avocet, une autre figure adulte importante de l’histoire. Comme Miss Peregrine, Miss Avocet est une ombrune ; elle incarne une avocette, un oiseau nerveux et fragile, bien différente de Miss Peregrine et son allure de prédatrice (en anglais, un « peregrine falcon » est un faucon pèlerin).

Tim Burton note en souriant : « Pour la première fois dans sa longue carrière, Dame Judi a dû tenir une arbalète et se faire jeter par la fenêtre par un monstre. Je me suis dit que ce serait quelque chose d’intéressant à voir ! »

Les parents de Jake, bien intentionnés mais austères, sont incarnés par Chris O’Dowd et Kim Dickens. Le père, Frank, accompagne son fils au pays de Galles, et alors que Jake embarque pour sa grande aventure, il se consacre à sa passion pour l’ornithologie et se brouille avec un autre amateur d’oiseaux joué par Rupert Everett. Tim Burton remarque : « Chris amène de la chaleur et du paternalisme au rôle, tout en traduisant le manque de communication père-fils. »

Le Dr Golan (Allison Janney) aide Jake à traverser la période difficile suivant la mort d’Abe en essayant de relativiser les sentiments qu’il ressent. Elle pousse Jake à partir au pays de Galles et à répondre à ses interrogations sur la vie de son grand-père — et sur la vérité derrière ses histoires.

BIENVENUE PARMI LES PARTICULIERS

Le casting des jeunes résidents de la Maison spéciale de Miss Peregrine s’est avéré inattendu. Susie Figgis, la directrice du casting, qui collabore avec Tim Burton depuis longtemps, constate : « Tout le monde croit que Tim veut des gens au physique étonnant pour ses films, mais j’ai toujours pensé que c’était tout le contraire. Pour ce film, je me devais de trouver des acteurs vrais, émouvants et à qui l’on peut s’identifier. Au final, c’est cela le thème de l’histoire – des gens tout simplement mal à l’aise dans la vie de tous les jours. »

Enoch (Finlay MacMillan) est le plus vieux garçon de la Maison des Enfants Particuliers. La particularité d’Enoch lui permet de pouvoir donner vie temporairement à des objets inanimés — une compétence qu’il emploie lors d’une confrontation épique contre les forces obscures. De temps en temps, il l’utilise pour s’amuser, comme lorsqu’il déclenche une scène de bagarre entre poupées, rendue à l’écran grâce à une animation en stop-motion typique du style de Burton et que l’on retrouvait de manière aussi virtuose dans ses productions LES NOCES FUNÈBRES et L’ÉTRANGE NOËL DE MONSIEUR JACK. Finlay MacMillan dit de son personnage qu’il est « plutôt sexy et sombre, mais pas déprimant ».

Olive (Lauren McCrostie) est une anticonformiste — avec du feu au bout des doigts. Elle doit porter de longs gants noirs en permanence car elle enflamme tout ce qu’elle touche. L’actrice Lauren McCrostie, une rousse sculpturale, a décroché le rôle car selon Derek Frey, « elle avait la délicatesse nécessaire pour contrebalancer son intense particularité ».

Bronwyn (Pixie Davies) est petite mais puissante — c’est la plus jeune et de loin la plus forte des Particuliers. Ce personnage haut comme trois pommes, courageux et énergique, s’est avéré l’un des préférés de Burton. Jenno Topping commente : « C’est l’idée d’une toute petite personne capable de réaliser des choses extraordinaires. Encore une fois, c’est à l’image du travail de Tim et de son attrait pour les gens surprenants. »

Fiona (Georgia Pemberton) a le pouvoir de manipuler la croissance des plantes ; elle peut transformer en un instant une graine minuscule en arbre immense. Susie Figgis se souvient de l’audition de Georgia : « Elle avait fait preuve d’une concentration remarquable. Je n’avais jamais vu un enfant faire quelque chose de pareil. »

Claire (Raffiella Chapman) est une Particulière à l’apparence complètement normale, à l’exception de la collection de dents aiguisées comme des lames de rasoirs qu’elle a derrière la tête. Derek Frey se souvient : « Elle possède l’une des particularités les plus particulières. Tim voulait trouver quelqu’un que personne ne pourrait soupçonner d’avoir cette particularité. Raffiella possède une innocence à la Shirley Temple absolument parfaite. »

Hugh (Milo Parker) est le « Seigneur des Abeilles » : ce résident doit porter un masque d’apiculteur pour empêcher l’essaim d’abeilles qui vit en lui de semer la pagaille chez ses amis. Jenno Toping déclare : « Cette idée d’un jeune homme au visage angélique et paisible avec ce truc incroyable vivant dans son corps est très intrigante. »

Horace (Hayden Keeler-Stone) possède la particularité de faire des rêves prophétiques. Toutes les nuits, les Particuliers se rassemblent pour regarder les rêves saisissants d’Horace projetés sur un écran. Jenno Topping note : « Avec son allure particulière et son beau costume anglais, Horace semble sortir d’une autre époque. »

Millard (Cameron King) a le don d’être invisible, il est donc naturellement le Particulier le plus insaisissable et le plus espiègle. Le choix de la voix de Millard était très important puisque le personnage, comme l’acteur, serait invisible à l’écran. Derek Frey explique : « Il fallait trouver un enfant avec une voix différente des autres, qui ferait s’interroger sur ce que pourrait être son apparence. »

Les Jumeaux (Thomas et Joseph Odwell) sont les Particuliers les plus mystérieux. Ils portent des masques qui cachent leurs visages, ils sont muets et leur particularité cachée ne surgit que dans les situations les plus dangereuses. Il fallait que les acteurs qui incarnent les Jumeaux soient capables de s’imiter et de jouer la même chose au même moment. Les jumeaux Odwell possédaient la synchronisation nécessaire.

DES CASCADES PARTICULIÈRES

La chorégraphe Francesca Jaynes, qui a notamment collaboré avec Tim Burton sur les films CHARLIE ET LA CHOCOLATERIE, SWEENEY TODD – LE DIABOLIQUE BARBIER DE FLEET STREET, DARK SHADOWS et ALICE AU PAYS DES MERVEILLES, a travaillé avec les jeunes acteurs en se concentrant sur les mouvements spécifiques aux compétences de chaque personnage. Elle souligne : « Le plus important pour Tim était de donner de l’humanité aux enfants. Ces particularités ne sont pas des superpouvoirs. C’est une part de ce qu’ils sont. »

Francesca Jaynes a particulièrement travaillé avec Ella Purnell pour aider l’actrice à comprendre ce que l’on éprouve lorsqu’on ne pèse rien et à effectuer les mouvements associés à l’absence de poids. La jeune actrice se souvient de la difficulté de la tâche, et notamment des chaussures spéciales plombées que Emma doit porter pour rester au sol. Elle confie : « C’était plutôt intéressant quand pour une scène, Tim me disait : ‘Bon, sois terrifiée et cours le plus vite possible’. Je le regardais en disant : ‘Est-ce que tu as bien regardé les chaussures que je porte ?’ ».

Le coordinateur des cascades Rowley Irlam (Game of Thrones) a lui aussi travaillé avec Ella Purnell qui a, la plupart du temps, rejeté l’emploi d’une doublure, notamment sur les scènes montrant Emma flottant à six mètres du sol grâce à un système élaboré de câbles. La jeune actrice a également appris à conduire une carriole tirée par un cheval et, en compagnie d’Asa Butterfield, s’est entraînée à la plongée pour une scène clé tournée sous l’eau.

Tous les jeunes acteurs jouant les Particuliers ont été enchantés de participer à une séquence d’évasion palpitante où ils devaient s’échapper en escaladant une fenêtre au dernier étage de la Maison et glisser en bas du toit sous une pluie torrentielle. Derek Frey raconte : « Tous les enfants ont été ravis de réaliser leurs propres cascades ! »

DES COSTUMES PARTICULIERS

Colleen Atwood, couronnée par trois Oscars pour ses costumes, avait auparavant travaillé avec Tim Burton sur EDWARD AUX MAINS D’ARGENT, ED WOOD, MARS ATTACKS !, SLEEPY HOLLOW, LA PLANÈTE DES SINGES, BIG FISH, SWEENEY TODD – LE DIABOLIQUE BARBIER DE FLEET STREET, ALICE AU PAYS DES MERVEILLES, DARK SHADOWS et BIG EYES. Elle rejoint à nouveau le réalisateur sur MISS PEREGRINE ET LES ENFANTS PARTICULIERS.

Le film se déroule à deux époques — en 2016 et en 1943 — et la chef costumière a utilisé des motifs, des couleurs et des styles propres aux deux époques. Elle a dû faire face à un défi de taille : puisque les personnages vivent toujours la même journée grâce aux boucles temporelles de Miss Peregrine, ils portent les mêmes tenues pendant tout le film. « Chaque costume devait être unique en son genre », note-t-elle.

Comme Miss Peregrine est une ombrune, son costume évoque un oiseau sans pour autant en adopter complètement la forme. Colleen Atwood explique : « Elle a des épaules pointues et ses vêtement flottent légèrement au vent, comme une sorte de palpitation. Le bout de ses manches est original — de petits détails laissent penser qu’elles pourraient s’envoler d’elles-mêmes, en quelque sorte. »

Le costume porté par l’autre ombrune du film, Miss Avocet, comporte également des éléments rappelant les oiseaux. « Judi Dench a été séduite par l’idée d’être un oiseau, se souvient la chef costumière. Elle m’a fait remarquer les jolies pattes grises des avocettes. On a donc réalisé son costume avec des bottes et des bas gris. »
Colleen Atwood a conçu les costumes de Jake et d’Abe en même temps car selon elle, « le coeur de Jake est vraiment relié à Abe. J’ai habillé Jake dans des versions modernes des classiques vestimentaires des années 1940. »

Asa Butterfield explique : « Je suis en fait l’un des rares acteurs qui ait dû changer de costume. »

Les personnages de Barron et des autres ex-Sépulcreux – la version plus humanoïde de leur monstrueuse confrérie – sont sans âge puisqu’ils couvrent les époques victorienne et moderne ; leurs costumes évoquent donc naturellement ces deux périodes.

Les costumes d’Emma sont évidemment constitués de couleurs et de matériaux aériens. Colleen Atwood a également conçu de nombreuses versions des chaussures plombées car elle voulait qu’elles aient l’air « lourdes comme de vieilles chaussures de scaphandrier que l’on aurait adaptées aux pieds du personnage. »

Les gants qui protègent Olive et les autres personnages de ses compétences explosives ont été faits en cuir noir verni de très bonne qualité, tandis que Hugh, le Seigneur des Abeilles, a une apparence d’apiculteur tout à fait adaptée.

Colleen Atwood commente : « Horace est un personnage romantique, un acteur sorti d’un vieux film, une personnalité élégante à la Cary Grant ».

Elle a utilisé de la gaze tissée à la main en Turquie pour les costumes des Jumeaux, qui sont très fidèles à la description qui en est donnée dans les romans.

Colleen Atwood décrit le personnage de Fiona comme « un petit garçon manqué à la Kate Hepburn portant un pantalon. Je me suis dit qu’une des filles devrait porter des vêtements plus modernes. »

DES LIEUX DE TOURNAGE PARTICULIERS

Le film a été tourné en Floride, en Belgique et à Blackpool, un haut lieu de villégiature du Royaume-Uni qui a connu son apogée de l’époque victorienne aux années 1960.

Le chef décorateur Gavin Bocquet, créateur des décors des préquels de STAR WARS qui collabore pour la première fois avec Tim Burton, explique : « Tim a principalement tourné en décors naturels. Cela signifie que l’on doit faire avec l’environnement, ce qui peut être assez excitant et inspirant. »

Les scènes d’ouverture sont filmées en Floride, où Burton a tourné son chef-d’oeuvre, EDWARD AUX MAINS D’ARGENT. Les créateurs du film ont trouvé dans la ville de Tampa « l’architecture terne, simple, aux couleurs neutres » qu’ils recherchaient, notamment un supermarché et deux maisons que le chef décorateur a utilisées pour créer la vie quotidienne de Jake en banlieue.

La palette de couleurs et l’architecture que l’on trouve dans les scènes tournées en Floride offre un contraste saisissant avec ce qui suit, puisque Jake démarre son aventure dans le village de Cairnholm au pays de Galles. Après avoir effectué un repérage sur plusieurs sites, les créateurs du film se sont mis d’accord sur le hameau de Portholland, sur la côte des Cornouailles, pour reproduire la ville imaginaire. Gavin Bocquet et son équipe ont ajouté au village un pub et trois magasins.

Pour ce qui est de la demeure principale du film, la production a tourné à Torenhof, un château situé près d’Anvers en Belgique qui appartenait initialement à un célèbre fabriquant de biscuits. Tim Burton a adoré sa structure et il a pensé que le caractère du lieu était parfait pour représenter la Maison des Particuliers. Il confie : « L’endroit avait de la personnalité, cela ressemblait vraiment à une maison pour enfants particuliers. On sentait l’usure du temps mais c’était toujours un endroit accueillant avec beaucoup de caractère, un endroit où les enfants voudraient habiter. »

Eva Green ajoute : « Je suis arrivée là-bas et je me suis dit : ‘Parfait, Miss Peregrine pourrait tout à fait habiter dans cette maison’. »

Toutes les scènes à l’extérieur de la Maison, ainsi que certaines scènes de la salle à manger, de la cuisine et du salon ont été tournées à Torenhof. Par la suite, la production a déménagé dans des studios de la région de Londres où des répliques des chambres à l’étage, de la salle à manger et du salon ont été construites. Gavin Bocquet explique : « Nous avons fait cela pour pouvoir tourner une partie de la journée, et continuer sur d’autres plateaux quand les heures de travail réduites des enfants étaient écoulées. »

Ransom Riggs a été impressionné par le savoir-faire de Tim Burton et de Gavin Bocquet lors de sa visite sur le tournage. « Tim et son équipe ont fait un boulot incroyable pour donner vie à la Maison de Miss Peregrine, note-t-il. J’ai vu un certain nombre des décors en intérieur, ils étaient imposants, excentriques, victoriens et tellement immenses et détaillés que j’ai eu l’impression de quitter mon propre corps quelques instants quand je suis arrivé dans le studio. C’était comme de marcher dans les pages de mon livre. Et puis voir Tim bondir sur les plateaux de tournage comme un gamin excité dans une salle de jeu grandeur nature... Une deuxième expérience déroutante ! »

Tim Burton a tourné la conclusion mouvementée sur la jetée de Blackpool et dans le cirque victorien de la Tour de Blackpool. Blackpool était une petite ville paisible à l’époque victorienne, devenue une villégiature pour la classe moyenne dans les années 1960, quand les usines des environs fermaient et que les gens s’y pressaient pour se détendre dans l’un des nombreux hôtels ou pensions de la ville.

À propos du cirque de la ville, Gavin Bocquet déclare : « Il n’y a probablement rien de pareil dans le monde entier. » Le cirque a fourni un décor coloré pour une bataille entre les Sépulcreux et les Particuliers. Le coordinateur des cascades Rowley Irlam a utilisé un système de câbles complexe pour certains moments clés ; un des personnages principaux est enflammé, un autre se retrouve sous une piscine gelée ; presque tout le monde — notamment une armée de squelettes animés — court, escalade, saute et se bat.

Frazer Churchill, le superviseur des effets visuels, a aidé à créer l’apparence unique des Sépulcreux en se basant sur des images de grandes silhouettes émaciées dotées de dents acérées, de petits yeux, d’une peau à l’apparence maladive et dépourvues de visage. Il précise : « Le tout ressemble à un cauchemar d’enfant. Cela a constitué le point de départ pour la conception visuelle. Nous voulions que les Sépulcreux ressemblent encore un peu aux humains qu’ils avaient été dans le passé. Ils sont juste assez monstrueux pour être effrayants. »
Frazer Churchill s’est également chargé des effets visuels contribuant à créer les abeilles à l’intérieur de Hugh, la bouche derrière la tête de Claire, et les squelettes de l’épique bataille de Blackpool qui comporte aussi des éléments en stop-motion. Luis et ses équipes ont créé les boucles temporelles de Miss Peregrine en employant sur le lieu de tournage des prises de vues en time-lapse ; une grande collection d’éclairages simulant le jour et la nuit, et pour compliquer encore les choses, de la pluie. Des effets visuels ont également donné vie à la plus grande partie du navire R.M.S Augusta où Emma montre à Jake l’étendue de sa capacité à manipuler l’air.

Au sujet des espoirs que toute l’équipe place dans le film et des thèmes abordés, la productrice Jenno Topping déclare : « Nous espérons que ce film procurera au public beaucoup de plaisir et une expérience très émouvante. Le message du film, c’est soyez vous-même, acceptez votre singularité, ce qu’il peut y avoir d’original et de particulier chez chacun d’entre nous. »
« Les fans vont vivre à fond l’expérience, ajoute Derek Frey. L’histoire est rendue dans toute sa richesse. »

De tous ceux qui ont participé au film, c’est peut-être l’auteur original de l’histoire qui se dit le plus satisfait du résultat. Ransom Riggs confie : « J’ai grandi en adorant les films de Tim, c’est pourquoi j’étais si heureux qu’il soit intéressé par mon livre. Cette histoire convient à merveille à Tim, et il se l’est l’appropriée avec un immense talent. J’adore la direction qu’il a donnée au film. »

LES CHANSONS

RUN, RABBIT, RUN
Paroles et musique de Ralph T. Butler et Noel Gay
Interprétée par Flanagan and Allen
Avec l’accord de Decca Music Group Limited
Sous licence Universal Music Enterprises

SUPERMARKET
Paroles et musique de John Anthony
Avec l’accord de APM Music

30 MINUTE LOVE AFFAIR
Paroles et musique de Chris Braide et Paloma Faith
Interprétée par Paloma Faith
Avec l’accord de Sony Music Entertainment (UK) Ltd & Epic Records
Et de Sony Music Licensing

DIRTY D’s BEATBOXING
Paroles et musique de Tom Higham

IN THE MOOD
Composé par Joseph Garland
Interprété par Glenn Miller & son orchestre
Avec l’accord de RCA Records
Et de Sony Music Licensing

CONCERTO POUR PIANO n°1 – ALLEGRO
Composé par Peter Tchaikovsky
Avec l’accord de APM Music

WISH THAT YOU WERE HERE
Paroles et musique de Florence Welch, Emile Haynie et Andrew Wyatt
Interprétée par Florence + The Machine
Produite par Emile Haynie
Avec l’accord de Island Records
Sous licence Universal Music Operations Ltd
Produit en association avec BIG SCREEN PRODUCTIONS

Photographe: 20th Century Fox 2016

© 2016 Twentieth Century Fox Film Corporation et TSG Entertainment Finance LLC.
Textes : Pascale & Gilles Legardinier

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