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vendredi 22 novembre 2019

MANHATTAN LOCKDOWN












Au cinéma le 1er janvier 2020

Ce film d'action, qui se situe à Manhattan, avec des acteurs très sympas, sera sûrement un bon divertissement pour débuter l'année !

Un film réalisé par Brian Kirk
Avec Chadwick Boseman, Sienna Miller, Keith David, J.K. Simmons, Taylor Kitsch, Morocco Omari, Stephan James, Christian Isaiah...


Résumé : Une course-poursuite infernale pour appréhender deux tueurs de flics à New York. L’inspecteur Davis est prêt à tout pour les coincer, d’autant qu’une gigantesque machination se dessine derrière leurs agissements. Pour les piéger, il va complètement isoler l’île de Manhattan, fermant l’ensemble de ses ponts, dans une spectaculaire opération… La traque peut commencer.

Bande-annonce (VOSTFR)




Quelques photos du film




Copyright photos @ Metropolitan Filmexport

  
#ManhattanLockdown

mercredi 2 janvier 2019

THE FRONT RUNNER


Au cinéma le 16 janvier 2019

L'opposition des points de vue dans le scénario et son excellent casting sont deux raisons qui me donnent envie de découvrir ce film inspiré d'une histoire vraie.

Un film réalisé par Jason Reitman (UP IN THE AIR, JUNO)
Avec Hugh Jackman (LOGAN), Vera Farmiga (CONJURING) et J.K. Simmons (WHIPLASH)


Résumé : L’histoire vraie de Gary Hart, un jeune sénateur promis au plus bel avenir, idole des votants américains et favori pour l’investiture Démocrate de l’élection présidentielle de 1988. Une ascension fulgurante qui fut brutalement stoppée par la révélation d’une liaison scandaleuse avec Donna Rice. Pour la première fois de l’histoire, le journalisme politique et la presse à scandale se rejoignaient, et ont provoqué la chute d’un homme politique. Ces événements ont profondément et durablement marqué la scène politique américaine et internationale.

Bande annonce (VOSTFR)


Extrait Ambushed (VOSTFR)


Extrait Sacrifice (VOSTFR)


Quelques photos du film


Copyright photos @ Sony Pictures Releasing France

  
#TheFrontRunner

lundi 24 juillet 2017

LE BONHOMME DE NEIGE


Au cinéma le 29 novembre 2017

Nous voici devant un thriller angoissant. S'il neige en novembre cette année, nous n'allons pas être rassurés d'aller au ciné voir ce film...

Un film réalisé par Tomas Alfredo
Avec Michael Fassbender, Rebecca Ferguson, Charlotte Gainsbourg, Val Kilmer et J.K. Simmons.

Scénario de Hossein Amini et Peter Straughan
Tiré du roman de Jo Nesbø
Produit par Tim Bevan, Eric Fellner, Robyn Slovo, Piodor Gustafsson
Producteurs éxecutifs: Jo Nesbø, Niclas Salomonsson, Martin Scorsese, Tomas Alfredson, Liza Chasin and Amelia Granger


Bande annonce (VOSTFR)


Á propos du film


Michael Fassbender (saga X MEN), Rebecca Ferguson (MISSION IMPOSSIBLE—ROGUE NATION), Charlotte Gainsbourg (INDEPENDENCE DAY: RESURGENCE), Val Kilmer (HEAT) et l’oscarisé J.K. Simmons (WHIPLASH), sont à l’affiche du film THE SNOWMAN, thriller terrifiant du réalisateur Tomas Alfredson (MORSE, LA TAUPE), basé sur le bestseller international de Jo Nesbø.

Lorsque le détective d’une section d’élite (Michael Fassbender) enquête sur la disparition d’une victime lors des premières neiges de l’hiver, il craint qu’un serial killer recherché n’ait encore frappé. Avec l’aide d’une brillante recrue (Rebecca Ferguson), il va tenter d’établir un lien entre des dizaines de cas non élucidés et la brutalité de ce dernier crime afin de mettre un terme à ce fléau, avant la tombée des prochaines neiges. 

THE SNOWMAN est produit par Tim Bevan et Eric Fellner (UNE INCROYABLE HISTOIRE DU TEMPS, LES MISERABLES) de la société de production Working Title ainsi que par Robyn Slovo (LA TAUPE) et Piodor Gustafasson (MILLENIUM : LES HOMMES QUI N’AIMAIENT PAS LES FEMMES) et Robyn Slovo (LA TAUPE).

Le film est produit en association avec Another Park Film – et les producteurs exécutifs sont Nesbø, Niclas Salomonsson, Martin Scorsese, Alfredson, Liza Chasin et Amelia Granger.  
Le film a été tourné entièrement en Norvège dans les villes d’Oslo, Bergen et dans la région de Rjukan. 

Quelques photos du film





  
#LeBonhommeDeNeige

dimanche 5 mars 2017

TRAQUE A BOSTON


Drame/Thriller/Efficace, anxiogène par sa thématique

Réalisé par Peter Berg
Avec Mark Wahlberg, Kevin Bacon, John Goodman, J.K. Simmons, Michelle Monaghan, Jake Picking, Jimmy O. Yang, Alex Wolff...

Long-métrage Américain
Titre original : Patriots Day 
Durée: 02h09mn
Année de production: 2016
Distributeur: Metropolitan FilmExport 

Interdit aux moins de 12 ans

Date de sortie sur les écrans américains : 13 janvier 2017
Date de sortie sur nos écrans : 8 mars 2017


Résumé : Alors que la ville de Boston est sous le choc de multiples explosions, le sergent de police Tommy Saunders rejoint les enquêteurs sur le terrain dans une course contre la montre pour traquer et arrêter les auteurs avant qu'ils ne frappent à nouveau. Croisant les parcours de l'agent spécial Richard Deslauriers, du commissaire Ed Davis, du sergent Jeffrey Pugliese et de l'infirmière Carol Saunders, ce récit sans concession évoque la chasse à l'homme la plus complexe jamais mise en œuvre par la police américaine – et rend un vibrant hommage aux héros du quotidien.

Bande annonce (VOSTFR)


Extrait - "Diffusez les photos" (VOSTFR)


Extrait - "L'amour pour seule arme" (VOSTFR)



Featurette - Authenticité (VOSTFR)


Featurette - Recréer le marathon (VOSTFR)


Ce que j'en ai pensé : Peter Berg, le réalisateur, s’inspire d’un événement réel horrible pour nous le faire revivre du point de vue des forces de l’ordre de Boston, où l’attentat avait eu lieu pendant le marathon. 

Peter Berg, le réalisateur, sur le tournage du film
En ce qui concerne la mise en condition du spectateur, le film est très réussi, car il est anxiogène, ce qui n’est pas forcément une expérience agréable si on est sensible sur ce genre de sujet. Faire la connaissance de personnages et savoir instinctivement qu’ils vont être impactés par ce fait terrible ne met pas à l’aise. Le film a pour but de rendre hommage à la ville de Boston dans son ensemble, ce que Peter Berg fait avec les classiques moments d’émotion et de bravoure. Il ne cache pas son intention et rempli tout à fait son contrat. Il est appréciable d’ailleurs qu’il n’essaie pas de magnifier les réactions. On sent que les forces locales n’étaient pas préparées pour faire face à cet événement insensé et qu’elles ont réagi comme elles ont pu, avec du cœur. La reconstitution du marathon est impressionnante tout comme les scènes d’affrontement. 


Le scénario et la mise en scène permettent de suivre les étapes de façon claire. Le courage des forces de l’ordre est mis en avant par des portraits d’hommes qui ont à cœur leur mission de défense des habitants de leur ville. Sans être des héros à priori, ils se comportent comme tel et n’hésite pas à affronter des situations terribles jusqu’à épuisement. 
Mark Wahlberg interprète le sergent Tommy Saunders, un policier qui n’a pas sa langue dans sa poche et qui connaît sa ville de fond en comble. 


Kevin Bacon Interprète l’agent spécial du FBI, Richard DesLauriers, un opérationnel pris par le temps ainsi que les pressions diverses qu’une situation aussi dramatique peut causer. 


John Goodman interprète le commissaire Ed Davis. Il doit agir et taper du poing sur la table pour dépasser les intrigues politiques. 


J.K. Simmons interprète le sergent Jeffrey Pugliese, un homme qui ne va pas hésiter quand il faudra agir. 


TRAQUE A BOSTON est un film efficace au sujet difficile. Même si un peu de légèreté réussi à s’immiscer par petites touches d’humour ou via des moments intimes, il n’en demeure pas moins que ce n’est pas un divertissement, car l’angoisse et l’empathie priment. Par contre, on apprend comment les faits se sont déroulés et on est pris dans l’action du début à la fin.


NOTES DE PRODUCTION 
(A ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

"Il aura fallu plusieurs semaines pour que ces deux hommes mettent en oeuvre leur stratégie de haine mais la réaction immédiate des habitants a été celle de l'amour".
- Patrick Downes, rescapé

Réalisé par Peter Berg, TRAQUE À BOSTON rend hommage au courage exemplaire de toute une ville face à l'adversité. Retraçant les attentats du marathon de Boston en 2013, ce thriller évoque la chasse à l'homme la plus spectaculaire et la plus complexe jamais mise en oeuvre par la police. Si ces terribles événements se sont produits à Boston, ils ont marqué le monde entier.

TRAQUE À BOSTON s'inspire des témoignages des premiers secours, des personnels hospitaliers, des enquêteurs de police, des autorités gouvernementales, de citoyens ordinaires et d'authentiques rescapés.

LE SYMBOLE DU "PATRIOTS DAY"

Fondée en 1630, la ville de Boston est l'une des plus anciennes des États-Unis. Le Patriots Day commémore les batailles de Concord et Lexington qui marquent les premiers engagements militaires de la guerre d'Indépendance. Chaque année lors du Patriots Day, le troisième lundi d'avril, la ville accueille le marathon : tous les habitants s'y donnent rendez-vous.

Le lundi 15 avril 2013, deux individus, ayant grandi aux États-Unis, ont attaqué l'une des plus belles traditions de la ville. Bilan : trois morts et 264 blessés.

Comme le signale le commissaire de la police de Boston Ed Davis, la ville ne s'est pas repliée dans la peur : "Le Patriots Day est un événement majeur dans la vie de Boston. Nous le fêtons depuis fort longtemps, fiers de faire partie d’une ville qui a joué un rôle majeur pendant la Révolution. Nous avons vécu l'attaque de ces deux individus comme une insulte personnelle, si bien que nous avons riposté avec la même force".

TOUTE L'HISTOIRE

Au cours des quatre jours qui ont suivi l'attentat, plus d'un millier d'agents des polices fédérale et locale ont uni leurs forces pour reconstituer la scène de crime, passer au crible toutes les preuves et étudier les milliers de pistes pour confondre les terroristes. Le 18 avril, grâce à un indice livré par un otage ayant pris la fuite, la police a affronté les suspects lors d'un combat acharné à Watertown, alors que la ville, pour la première fois dans l'histoire américaine, était pour ainsi dire bouclée (les écoles étaient fermées, les transports en commun à l'arrêt et la population évacuée des rues). À l'issue de l'affrontement, un des assaillants (Tamerlan Tsarnaev) a été mortellement blessé. La nuit suivante, le complice de Tsarnaev, son frère cadet Dzhokhar, a été capturé alors qu'il se cachait sous la bâche d'un bateau dans le jardin d'un habitant de Watertown.

Les moments les plus marquants de l'attentat et de la chasse à l'homme ont été largement relayés mais il restait à raconter la véritable histoire …

La poursuite exemplaire des terroristes a été perçue comme le triomphe des valeurs américaines où se sont illustrés des héros de toutes natures – des rescapés et leurs proches aux premiers secours, des policiers locaux ou fédéraux (dont l'un d'entre eux, Sean Collier, a été tué dans l'exercice de ses fonctions) à des officiels du gouvernement et des citoyens ordinaires qui ont fourni des indices déterminants (comme ce jeune homme courageux Dun "Danny" Meng qui, retenu comme otage par les terroristes, a réussi à s'enfuir et à renseigner la police sur l'endroit où ils se cachaient).

Peter Berg précise : "TRAQUE À BOSTON parle d'une forme d'héroïsme citoyen, de sa force face au mal absolu. C'est une histoire qu'il fallait absolument porter à l'écran".

Le film permet au spectateur de "mieux comprendre en quoi ces événements ont marqué la ville et comment celle-ci y a fait face", indique le producteur Michael Radutzky qui, en tant que producteur du célèbre magazine d'investigation "60 Minutes", a supervisé le premier reportage de fond sur l'attentat. Son émission, axée sur le commissaire de la police de Boston Ed Davis, a été diffusée à l'antenne moins d'une semaine après l'attaque. "La manière dont Boston a réagi à cet attentat est totalement singulière : elle tient à l'esprit même de la ville, à la force de caractère des rescapés et à l'engagement de tous ceux qui ont apporté leur aide pour mettre les terroristes hors d'état de nuire".

Le scénario de TRAQUE À BOSTON s'inspire de plusieurs sources, comme le magazine "60 Minutes" et plusieurs entretiens conduits par la production avec les rescapés, les premiers secours et les enquêteurs.

Le choix du réalisateur était évidemment crucial. Le nom de Peter Berg, habitué à mettre en scène des récits inspirés de faits réels où le courage triomphe de l'adversité s'est rapidement imposé. Conteur audacieux et visionnaire, Berg sait projeter le spectateur au coeur de l'action.

"C'est difficile car il faut à la fois raconter une histoire captivante et rester fidèle à la réalité", précise le producteur Hutch Parker. "Quand on se penche sur la filmographie de Peter, de FRIDAY NIGHT LIGHTS à DU SANG ET DES LARMES et DEEPWATER, on se rend compte qu'aucun autre réalisateur ne s'y prend mieux que lui sur ce terrain".

Comme la plupart des Américains, Berg avait suivi les événements du début à la fin : "J'ai été touché par ces habitants qui se sont unis pour capturer les terroristes et qui n'ont jamais cessé de s'épauler", rapporte le réalisateur.

Il a aussi été marqué par la manière dont ces attaques ébranlent profondément notre société. "Cet attentat effroyable, comme d'autres qui se produisent dans le monde entier, sont des actes de lâcheté absolue perpétrés par des extrémistes religieux et des individus radicalisés qui s'en prennent à des innocents", dit-il. "Ce qui m'a beaucoup dérangé, c'est que cette attaque n'a pas eu lieu au coeur des montagnes d'Afghanistan, ravagées par la guerre, ou dans une ville assiégée du Moyen-Orient, mais dans une ville américaine".

Le réalisateur souhaitait également mettre en valeur les efforts coordonnés des forces de l'ordre de Boston qui ont oeuvré en étroite collaboration avec le FBI : elles ont en effet admirablement géré une situation d'urgence et ont travaillé sans relâche dans des circonstances éprouvantes – sous les regards du monde entier. "L'abnégation et le courage exemplaires de nos soldats et de nos policiers m'ont servi d'exemple", confie-t-il.

Berg et ses collaborateurs se sont soigneusement documentés sur les faits et ont ainsi rencontré des commissaires de la police de Boston, des agents du FBI et des policiers du Massachussetts, ainsi que des responsables d'associations et d'organisations ayant participé au sauvetage. En effet, il s'agissait de s'assurer que le film restitue fidèlement la réalité des événements. "Il était essentiel que la ville de Boston soit un personnage à part entière", déclare le réalisateur. "On avait besoin de tous ceux qui ont participé aux secours et il était de notre devoir de respecter l'exactitude des faits".

"Les moments que nous avons passés à Boston en compagnie de ceux qui ont été touchés par les événements ont été essentiels", souligne le producteur Scott Stuber. "C'était la seule manière de faire en sorte qu'on raconte l'histoire avec précision en portant un soin particulier au moindre détail. Nous leur avons laissé toutes nos coordonnées afin qu'ils puissent nous contacter s'ils avaient un problème ou s'ils se souvenaient d'un événement. Nous tenions à ce qu'ils se sentent libres de nous appeler quand ils le voulaient dans le but de nouer une véritable complicité".

TRAQUE À BOSTON s'articule autour de plusieurs intrigues permettant de cerner la tension qui s'est emparée de la ville au cours des 105 heures de chasse à l'homme. "Des milliers de gens ont été touchés", indique Berg. "Pour rendre compte de l'envergure de cet événement, nous avons choisi de nous attacher à sept ou huit personnages qui ont été particulièrement touchés par cet événement, chacun à sa manière. À Boston, personne ne pouvait prévoir ce qui allait se passer ensuite et les gens étaient – à juste titre – inquiets que d'autres attentats ne se produisent. Nous avons cherché à montrer l'impact global de l'attaque sur la ville, à travers des actes de courage individuels et des gestes formidables de bienveillance et de compassion".

Tout comme Berg dans le rôle de metteur en scène, Mark Wahlberg, qui a grandi dans le quartier de Dorchester à Boston, s'imposait pour incarner la pugnacité et la solidarité qui ont caractérisé les habitants de la ville. L'acteur est d'ailleurs également producteur du film.
Il reconnaît qu'au départ il hésitait un peu à s'engager dans l'aventure. "C'est un sujet qui me touche de très près parce qu'à Boston tout le monde connaît quelqu'un qui a été directement frappé par l'attentat", note-t-il. "Si je me décidais à tourner le film, je voulais faire en sorte qu'on raconte l'histoire avec justesse".

Il s'est aussi demandé s'il n'était pas trop tôt pour s'atteler à un tel récit. "Mais en y réfléchissant, je me suis dit que si on ne le faisait pas, quelqu'un d'autre le ferait – et s'il ne s'y prenait pas avec respect et sensibilité, le résultat serait épouvantable".

LE RÉALISME AVANT TOUT
Précisions et détails

La production a tout mis en oeuvre pour tourner autant que possible sur les lieux mêmes où les événements se sont produits. Mais elle n'a jamais perdu de vue le caractère sensible du sujet et les désirs des Bostoniens. "S'il n'y avait ne serait-ce qu'une seule personne réticente à l'idée qu'on vienne tourner dans son quartier, on aurait évidemment tourné ailleurs", assure Berg.

Tous ceux qui ont participé au Marathon de Boston en 2013 – et vécu le choc de l'attentat – se sont volontiers confiés à l'équipe du film. Autant dire que la production se devait d'être accueillante, comme l'explique Stuber : "Ils pouvaient venir sur le plateau quand ils le souhaitaient. S'ils avaient parfois du mal à assister à la reconstitution des faits, ils étaient malgré tout contents d'être là et ressentaient comme un étrange sentiment cathartique. Leur présence nous rappelait qu'on était en train de raconter leur histoire et je crois que cela nous a d'autant plus poussés à tout mettre en oeuvre pour être à la hauteur".

Le régisseur d'extérieurs Mark Fitzgerald est entré en contact avec les responsables de plusieurs sites de la ville pour obtenir des autorisations de tournage. Certains n'étaient pas disponibles, d'autres étaient inaccessibles à une équipe de film – mais dans l'ensemble la production a utilisé environ 70% des lieux réels des événements.

D'emblée, on s'est rendu compte qu'on allait devoir reconstituer une partie importante de Boylston Street où l'attentat a eu lieu car on était conscients qu'on ne pourrait jamais tourner là-bas", indique Tom Duffield (chef-décorateur). Avec son équipe, il a photographié Boylston Street sous tous les angles et réuni des clichés du FBI et de témoins de l'attaque. Puis, il s'est entretenu avec les policiers présents sur les lieux du drame.

En effet, pour reconstituer les événements d'avril 2013, la production s'est appuyée sur les images tournées par les chaînes info, les témoins et les caméras de surveillance. C'est grâce à ces images que la production a pu obtenir un tel degré de réalisme.

La chef-costumière Virginia Johnson a consulté des photos et des vidéos d'archives et a interrogé les policiers du Boston Police Department (BPD) et du FBI. "Le lieutenant Meade, du BPD, m'a permis de prendre en photo les badges, pin's et autres gilets pare-balles pour m'en inspirer par la suite", dit-elle. "C'est ce que j'ai fait à Watertown et dans tous les autres commissariats. Tous les officiers de police m'ont accordé leur temps sans compter et m'ont envoyé des photos d'eux en uniformes. C'était formidable de démarrer comme ça parce qu'on savait, d'entrée de jeu, qu'on partait dans la bonne direction".

Au cours des préparatifs, Virginia Johnson a rencontré plusieurs personnes qu'on retrouve dans le film sous les traits de comédiens. "On s'est entretenu avec Travis Dixon qui était le colocataire de Sean Collier", souligne-t-elle. "Il nous a montré les bottes que portait Sean pour que je puisse confectionner des bottes avec la même patine. C'est grâce à ce genre de détails qu'on avait le sentiment d'être le plus fidèle possible à cet homme. Son colocataire y a été sensible".

Par la suite, Berg a mêlé des images d'archives aux plans du film, accentuant ainsi la tension et le sentiment de réalisme. C'est notamment le cas de la scène du parking de l'Arsenal Mall de Watertown reconverti en poste de commandement et de celle de la salle des preuves du FBI à Black Falcon où la police scientifique a pu étudier des indices pour identifier les suspects.

Les images d'archives ont joué un rôle déterminant pour que le réalisateur et son fidèle chef-opérateur Tobias Schliessler mettent au point le style visuel du film. "Peter souhaitait que TRAQUE À BOSTON soit aussi réaliste que possible, si bien qu'on a choisi de le tourner comme un documentaire, ainsi on a pu y intégrer les images des chaînes d'info sans perturber le spectateur ou détourner son attention" explique le directeur de la photo.

Tout comme dans LE ROYAUME et DU SANG ET DES LARMES, l'équipe a privilégié un tournage à plusieurs caméras qui permet aux comédiens d'improviser et de rechercher librement la vérité de chacune des scènes. "J'ai fait appel aux meilleurs cadreurs caméra à l'épaule qui avaient travaillé avec Peter sur ses trois derniers films", indique Schliessler. "Ils ont réussi à adopter un style permettant à Peter de varier les angles de prises de vue et de se couvrir sans briser l'élan de la scène".

Le producteur Hutch Parker salue l'audace de la mise en scène : "Le jour de l'attentat, tout un tas d'événements inattendus se sont produits et Peter a parfaitement su transposer cette énergie brute", dit-il.

Il ajoute : "Il a fait confiance à l'intuition de ses comédiens et collaborateurs et nous avons tous travaillé ensemble de manière synchrone. C'est, à mon avis, ce qui donne au film une résonance émotionnelle très forte, d'autant plus que tout est filmé en temps réel".

UN CASTING BOSTONIEN

L'ancien commissaire Ed Davis, qui a largement participé au développement du projet, est l'un des protagonistes du film. Le réalisateur a confié le rôle à John Goodman, non seulement en raison de l'étendue de son registre, mais parce que "personne ne ressemble autant à Ed Davis que lui", comme le note Berg. "Ce sont tous les deux des types de grande taille et hauts en couleurs".

Heureux de participer à un film qui rend hommage à la ville de Boston, Goodman s'est senti flatté d'incarner un tel personnage, surtout après l'avoir rencontré en personne : "Il est impossible d'être à la hauteur d'un homme d'une telle stature", dit-il. "C'est un type généreux, honnête et foncièrement attaché à son boulot. Il prenait toujours le temps d'avoir un mot aimable pour chaque policier qu'il croisait".

L'agent spécial du FBI Richard DesLauriers a lui aussi joué un rôle-clé dans la chasse à l'homme. Kevin Bacon ne s'est pas fait prier pour s'engager dans l'aventure. "On ne tombe pas souvent sur un projet qui revient sur un événement majeur de notre histoire récente et qui résonne à ce point sur un plan personnel", rapporte le comédien qui a joué dans MYSTIC RIVER de Clint Eastwood, autre drame se déroulant à Boston.

L'acteur s'est documenté sur le personnage et a même rencontré DesLauriers. "J'ai tout de suite compris que j'avais affaire à un homme d'une totale intégrité qui possède une véritable éthique professionnelle", poursuit-il. Le policier a également arrêté le caïd mafieux Whitey Bulger, au bout de 16 ans de chasse à l'homme. Il se trouve que Bacon s'est tout récemment produit dans STRICTLY CRIMINAL qui relate l'histoire de ce criminel notoire.

Si la plupart des personnages de TRAQUE À BOSTON s'inspirent de personnes réelles, le protagoniste campé par Mark Wahlberg – le sergent Tommy Saunders du BPD – est le fruit d'un métissage de plusieurs policiers et urgentistes. "Il incarne surtout le courage des héros de la ville qui sont trop nombreux pour qu'on puisse tous les représenter dans un film de deux heures", observe Stuber.

Comme dans DU SANG ET DES LARMES et DEEPWATER, Wahlberg campe un homme ordinaire qui doit se battre pour survivre. En s'engageant dans le projet, l'acteur a ressenti une responsabilité écrasante, notamment à l'égard des proches de ceux qui ont été tués ou blessés dans l'attaque. Mais il a été soulagé en lisant la version finale du scénario qui met l'accent sur les efforts sans relâche des policiers pour sécuriser la ville et le récit admirable des rescapés. "Boston a refusé de céder à la peur", constate Wahlberg.

La femme de Saunders, Carol (Michelle Monaghan), apporte un vrai soutien affectif à son mari tout au long d'une enquête éprouvante destinée à confondre et arrêter les suspects. Carol est également un personnage fictif mais elle s'inspire des nombreux partenaires des policiers qui ont soutenu ces derniers au cours de ces terribles événements.

La comédienne avait déjà tourné à Boston dans GONE BABY GONE de Ben Affleck et avait adoré la ville. "Boston me fait penser à une petite ville habitée par une famille très soudée, et c'est d'ailleurs ce à quoi nous avons assisté pendant l'attentat", dit-elle. "On a vraiment perçu l'esprit de Boston pendant l'attaque et par la suite. C'est une ville qui fait preuve d'unité, d'amour et de résilience, c'est un message très fort adressé au monde".

Plusieurs personnes ont été blessées à la ligne d'arrivée. On découvre ainsi dans le film Patrick Downes et Jessica Kensky qui ont perdu leurs jambes dans l'attentat. En avril 2013, ils n'étaient mariés que depuis quelques mois. Ils avaient décidé de fêter le Patriots Day en allant encourager les coureurs à la ligne d'arrivée et ils se sont ainsi retrouvés particulièrement exposés. Patrick a malgré tout participé au marathon 2016 pendant le tournage du film. Le rétablissement du couple témoigne de l'esprit de tous ceux qui ont été frappés de plein fouet par l'attaque. "Cette histoire parle avant tout des gens comme Jessica et Patrick, qui ont survécu à ce tragique attentat", relève le réalisateur. "Ils ont tous les deux fait preuve d'un courage extraordinaire". Rachel Brosnahan (HOUSE OF CARDS) et Christopher O'Shea (MADAM SECRETARY) interprètent le couple.

Après avoir rencontré Patrick Downes et Jessica Kensky, Rachel Brosnahan indique que c'est leur soutien indéfectible l'un pour l'autre qui les distingue et rend leur histoire aussi captivante. "Leur parcours est bouleversant et magnifique et je suis flattée qu'il nous revienne, à Chris et moi, de les incarner", dit-elle. Christopher O'Shea confirme : "Ils forment un couple merveilleux".

L'agent Sean Collier travaillait sur le campus du MIT pendant la traque des terroristes : ces derniers l'ont abattu alors qu'il était au volant de sa voiture. Jake Picking, qui interprète le policier tué, a été ému par son parcours : "Le courage et l'empathie de Sean pour les autres sont un exemple pour son entourage", confie-t-il. "Sean était un héros et fait désormais partie intégrante de l'âme même de Boston".

Autre héros, Dun "Danny" Meng, immigré d'origine chinoise de 26 ans et entrepreneur high-tech, a vécu la peur de sa vie : il s'est retrouvé nez-à-nez avec les frères Tsarnaev au moment où ils ont volé son véhicule quelques minutes après avoir assassiné Sean Collier. Grâce à son courage et à sa vivacité d'esprit, Meng a réussi à prendre la fuite et à alerter la police, sauvant ainsi d'autres vies humaines. "Avant ce soir-là, je n'avais jamais vu d'arme à feu", avoue-t-il. "Quand ils m'ont visé avec leur pistolet, je me suis dit que c'était un faux. Je n'arrivais pas à croire ce qui était en train de m'arriver".

"Le parcours de Danny est sans doute mon histoire préférée, parce qu'il s'agit d'une histoire foncièrement américaine", affirme le réalisateur. "Danny m'a raconté qu'il avait quitté la Chine pour venir aux États-Unis, il m'a parlé de ses rapports avec ses parents, de sa nouvelle voiture qui l'avait rempli de fierté et, enfin, de ce moment de vérité qu'il avait vécu après avoir été retenu comme otage".

L'acteur et humoriste Jimmy O. Yang, alias Jian-Yang dans la série SILICON VALLEY, campe Meng. Quand il a appris les circonstances de la fuite de Meng, il a déclaré : "J'ai été bluffé par son exploit ! Sans Danny, les deux terroristes auraient pu se rendre à Times Square, en plein New York, où ils envisageaient de tuer plus de gens".

Le sergent Jeffrey Pugliese du Watertown Police Department ne s'est jamais considéré comme un héros. Au bout de 34 ans de carrière dans la police, il était essentiellement chargé de maintenir l'ordre dans la petite ville tranquille de Watertown. Il avait l'habitude d'aller acheter un café à sa femme au Dunkin' Donuts du coin avant de partir au travail. En avril 2013, Pugliese a joué un rôle déterminant dans l'arrestation de l'un des deux suspects : il a tiré plusieurs coups de feu sur l'aîné des frères Tsarnaev et a fini par le mettre à terre. "Le grand public ne connaît pas bien l'histoire de Jeffrey Pugliese", reprend le réalisateur. "Il n'était pas vraiment du genre à s'illustrer dans une fusillade mais ses années d'expérience et d'entraînement lui ont servi instinctivement. Il a sauvé des vies et a éliminé un des terroristes".

J.K. Simmons prête ses traits à Pugliese qui a reçu le Top Cop Award des mains du président Obama en 2014 et qui est toujours policier au sein du Watertown Police Department. Pugliese a initié Simmons au maniement des armes, lui a raconté en détails l'affrontement du 19 avril et a été consultant technique pendant le tournage de la fusillade. L'équipe a par ailleurs tourné une scène dans la maison du policier.

Billy Evans qui, depuis 2014, est commissaire de la police de Boston a participé au Marathon de 2013. Il a appris qu'un attentat avait eu lieu après coup, une fois au Boston Athletic Club, et il est immédiatement revenu à la ligne d'arrivée pour prêter main-forte au commissaire Davis et aux autres policiers pour sécuriser la zone et entamer l'enquête officielle. Originaire de Boston, James Colby (LIMITLESS, JESSICA JONES) joue son rôle.

"J'ai longuement discuté avec le commissaire Evans", relève Colby, "et nous avons visité les différents départements de la police : la Sécurité du territoire, les services de renseignement et le bureau où aboutissent tous les appels d'urgence. Il m'a raconté l'attentat en détail et les quatre jours qui ont suivi au cours desquels il a à peine dormi".

Les forces de l'ordre étaient composées d'hommes et de femmes qui, chacun à leur niveau, faisaient en sorte qu'un événement tel que l'attentat ne se produise pas. C'était aussi le cas du gouverneur Deval Patrick qui a subi une très forte pression pendant la chasse à l'homme et a dû prendre plusieurs décisions importantes sous le regard scrutateur des médias. Fallait-il diffuser des photos des terroristes et créer des zones de confinement dans toute la ville ? Michael Beach, également originaire de Boston, campe Patrick, ancien leader des mouvements pour les droits civiques.

"Le fait que j'ai grandi dans le quartier de Roxbury et que Peter Berg réalise le film m'a pas mal motivé", reconnaît Beach. "Sans compter que j'allais interpréter le gouverneur Patrick que j'admire énormément et qui a joué un rôle déterminant lors de ces événements".

"Les décisions de Patrick ont eu une incidence non seulement sur les habitants de Boston mais sur la manière dont le pays tout entier risquait d'appréhender ce type de situation", poursuit-il. "Il fallait donc qu'elles soient prises avec d'infinies précautions. Et rapidement".

Le maire de Boston Thomas Menino a lui aussi joué un rôle décisif au cours du drame. S'il était hospitalisé pour une opération au moment du marathon, il a immédiatement souhaité reprendre ses activités en apprenant qu'une attaque s'était produite. Vincent Curatola, surtout connu pour avoir incarné le caïd mafieux John "Johnny Sack" Sacrimono dans LES SOPRANO, endosse le rôle.

L'acteur s'est documenté sur le maire qu'il décrit comme "un homme sincère qui estimait qu'à partir du moment où les citoyens payaient leurs impôts et travaillaient dur, ils devaient pouvoir se sentir en sécurité avec leurs proches. Il tenait absolument à sortir de l'hôpital car il pensait qu'il était de son devoir de rassurer ses concitoyens, ce qui témoigne d'une formidable abnégation".

Avec cinq mandats consécutifs, il est le maire qui sera resté le plus longtemps aux commandes de la ville. Il est décédé en octobre 2014.

Les rôles qui ont posé le plus de difficultés sont ceux des deux terroristes, Tamerlan Tsarnaev, 26 ans, et son frère Dzhokhar Tsarnaev, 19 ans. Pour la production, il était essentiel que les frères soient représentés à l'écran comme deux jeunes hommes embrigadés dans une idéologie extrémiste qui n'a rien à voir avec les grands principes de l'islam. Ils sont campés respectivement par Themo Melikidze et Alex Wolff.

Wolff était au départ réticent à l'idée d'interpréter le cadet des frères Tsarnaev, "surtout parce que, lorsque je laisse pousser mes poils sur le visage, je lui ressemble étrangement", dit-il. Mais après avoir lu le scénario et discuté avec Berg, il s'est engagé dans le projet. "Vers la fin du script, j'étais en larmes", se souvient-il. "C'était tellement fort et le message était tellement positif que j'ai compris qu'il fallait que je participe au film, même si j’interpètais le salaud de l'histoire. Cela avait du sens".

"Ce que Dzhokhar et Tamerlan ont fait est impardonnable", poursuit-il. "Mais Peter ne voulait pas que ce soient des archétypes. Il en a fait des personnages complexes et nous a permis de bien les comprendre. À certains égards, ils n'en étaient que plus effrayants. Ce sont les différentes émotions par lesquelles ils passent qui en font des êtres profondément déstabilisants et qui ont rendu le parcours des rescapés d'autant plus fort et émouvant".

Themo Melikidze, qui campe Tamerlan Tsarnaev, est né dans l'ancienne république soviétique de Géorgie et a grandi en Belgique. "Le but du film est de montrer comment la ville de Boston a réagi et surmonté cette tragédie", souligne-t-il. "Il y a deux pôles dans cette histoire : d'un côté, deux garçons avec la haine au ventre tuent et blessent des innocents et, de l'autre, toute une ville qui se rassemble pour les arrêter. Les Bostoniens sont de véritables héros et le film leur rend hommage".

Le vrai compliment auquel Wolff et Melikidze ont été sensibles leur a été adressé par des policiers et des rescapés qui, pendant le tournage, sont venus leur dire "beau boulot", comme le rappelle Themo Melikidze. "Ils voulaient que les deux frères soient interprétés avec réalisme. Même si on interprétait deux personnages détestables, il était crucial qu'on contribue à raconter l'histoire sans la trahir".

La directrice de casting Angela Peri a organisé des auditions deux semaines avant le début du tournage pour réunir quelque 4500 figurants. Près de 150 d'entre eux avaient des dialogues à apprendre, environ 1500 avaient été policiers et 250 médecins ou infirmiers. "L'attentat du marathon est un sujet sensible à Boston mais c'est un événement qui méritait d'être raconté et plus encore d'être raconté par les Bostoniens eux-mêmes", dit-elle.

DE LA LIGNE DE DÉPART À LA LIGNE D'ARRIVÉE

TRAQUE À BOSTON a été tourné en 45 jours au printemps 2016 dans plusieurs quartiers de la métropole de Nouvelle-Angleterre et petites villes des environs.

Le tournage a commencé le 29 mars 2016 dans la banlieue de Quincy. Berg s'est efforcé, autant que possible, de tourner dans l'ordre chronologique. Un choix qui a aidé les comédiens et permis d'assurer une vraie continuité au maquillage, aux coiffures et aux costumes. Berg s'est aussi fixé comme règle de voir ses acteurs et ses collaborateurs tous les matins sur le plateau pour évoquer l'importance des scènes qu'ils s'apprêtaient à tourner.

L'équipe s'est ensuite rendue à Dorchester, ville natale de Wahlberg, puis à Peabody. Un entrepôt géant a été aménagé pour l'intérieur du QG du FBI au Black Falcon Terminal Warehouse, près du port de Boston. "On n'a pas pu tourner sur les lieux mêmes de Black Falcon car ils ont été modernisés depuis 2013", souligne le chef-décorateur Duffield. "On a reconstitué cet espace à Peabody qui était plus grand et qu'on a réagencé pour qu'il ressemble au véritable QG de Black Falcon".

Il a fallu reconstituer le marathon de Boston, le plus ancien du pays. Le 18 avril 2016, la production a obtenu l'autorisation de filmer des scènes du marathon pour en conserver la beauté et les festivités qu'il aurait été impossible de restituer autrement. Le marathon a été disputé par 30 000 coureurs et réuni un demi-million de spectateurs qui se sont massés dans les rues de la ville pour admirer la course de 41, 195 km qui s'est achevée à Boylston Street.
À la ligne d'arrivée, à Copley Square, l'équipe a disposé de deux heures avant le début de la véritable course pour tourner une scène où Wahlberg inspecte la zone. "On a eu beaucoup de chance de pouvoir tourner des images du marathon sur toute une journée", estime Berg. "On a été émus d'être autorisés à tourner sur ce site – et cela a été un moment très fort pour toute l'équipe".

La plupart de ceux qui ont accepté d'être figurants pour la séquence étaient soit spectateurs, soit coureurs lors de l'édition 2013 du marathon. La production a également collaboré avec la Garde nationale du Massachussetts qui a fourni douze soldats pour inspecter la ligne d'arrivée.
Par respect pour toutes les victimes, la production n'a pas tourné les explosions et le chaos qui a suivi à Boylston Street. Elle a construit à South Weymouth une réplique grandeur nature de la zone autour de la ligne d'arrivée. "C'est pour l'essentiel une reconstitution des principaux sites où les deux explosions se sont produites", indique Duffield, "à savoir la zone autour de la ligne d'arrivée où nous avons réuni tous les vendeurs de 2013 dans les gradins, les barricades, les tribunes des juges et même les drapeaux. Nous avons installé ces deux décors à la même distance l'un de l'autre que sur Boylston Street ; lorsque l'équipe des effets visuels est intervenue, ils ont pu travailler sur des décors qui étaient à la bonne échelle".

Pour reproduire les dégâts considérables provoqués par les deux cocottes-minute, le superviseur des effets spéciaux Matt Kutcher et son équipe ont utilisé des canons à air remplis de poudre et de liège qui ont simulé les éclairs de l'explosion, la propagation des débris après la détonation et le souffle de la déflagration qui s'est engouffré dans les drapeaux à la ligne d'arrivée. "En 28 ans de carrière, je n'avais jamais travaillé sur un projet qui nécessite de reproduire un événement aussi épouvantable avec un tel degré de précision", reconnaît Kutcher. "Nous l'avons reconstitué de A à Z et n'avons rien laissé au hasard. L'impact visuel et émotionnel a été total".

La production a ensuite investi le Spaulding Rehabilitation Hospital de Cambridge pour l'intérieur du Boston Medical Center où des dizaines de rescapés ont été soignés après la double explosion – à l'instar de Jeff Bauman, Jessica Kensky et Patrick Downes ou encore l'aîné des deux terroristes, Tamerlan Tsarnaev après ses échanges de tirs avec les policiers de Watertown. L'équipe a fait appel à plusieurs consultants médicaux par souci d'authenticité. Citons notamment Linda Klein, ancienne infirmière spécialisée en chirurgie, et le docteur Jeffrey Kalish, chirurgien vasculaire réputé travaillant au Boston Medical Center, qui a lui-même soigné et sauvé des dizaines de blessés en 2013. Si trois personnes ont perdu la vie à la ligne d'arrivée, tous les blessés transportés à l'hôpital ont survécu.

Le docteur Kalish était présent sur le plateau pendant le tournage des séquences médicales où son expertise en matière chirurgicale s'est révélée inestimable. Il raconte : "C'est une expérience inoubliable. J'ai assisté aux scènes d'opérations et le réalisateur et ses assistants sollicitaient constamment les consultants pour savoir si les gestes médicaux étaient les bons".
L'épouse de Kalish a participé au marathon de 2013, le chirurgien et leurs deux filles étaient sur place pour l'encourager. "Nous étions sur Boylston Street sans doute moins d'une minute après l'explosion", dit-il. "C'est en général un jour de fête, mais les gens rebroussaient chemin et les voitures de police et les ambulances se dirigeaient vers Boylston Street. Je ne savais pas encore ce qui se passait à ce moment-là, je voulais juste retrouver ma femme et la sortir de là. Très vite, j'ai appris qu'elle allait bien et j'ai alors reçu un coup de fil de l'un des médecins de l'hôpital. Il m'a demandé : 'Vous allez bien ? Votre femme va bien ? Si c'est le cas, vous pouvez venir pour soigner des blessés ?'"

Une fois rendu au Boston Medical Center, il a foncé vers le bloc opératoire. "Il y avait des chirurgiens de toutes les spécialités qui occupaient les huit blocs de l'hôpital", poursuit-il. "C'était un spectacle inimaginable de voir tous ces médecins qui avaient quitté leur confort douillet pour se retrouver là et faire tout ce qu'ils pouvaient pour venir en aide aux blessés".
Kalish explique que ni lui, ni ses confrères, ne pourront jamais oublier la tragédie du 13 avril. "Ce à quoi nous avons assisté ce jour-là et dans les semaines qui ont suivi nous a rappelé pourquoi nous avons choisi une carrière médicale", ajoute-t-il. Le praticien précise qu'il est toujours en contact avec de nombreux patients qu'il a soignés ce jour fatidique.

Framingham a servi de cadre au quartier de Watertown où des milliers de policiers ont passé au peigne fin une vingtaine de pâtés de maisons pour retrouver la trace de Dzokhar Tsarnaev – avant que la police et une unité spéciale de sauvetage des otages ne l'obligent à se rendre. Une maison située sur Harrison Street a été utilisée pour la propriété de David Hennerberry : les décorateurs ont construit une maquette grandeur nature de son garage et ont déniché une réplique de son bateau Seabird de 7 m de long, datant de 1981, où le jeune terroriste s'était réfugié. Hennerberry s'est rendu sur le décor, accompagné de quelques policiers de Watertown : "J'étais un peu tendu et mon coeur battait très fort", se souvient-il. "Et puis quand j'ai vu ce qu'ils avaient fait, j'ai été bluffé".

La production a également tourné à Malden, à environ 8 km au nord-ouest de Boston. C'est là que la fusillade de Watertown, où les policiers affrontent les terroristes, a été reconstituée.
C'est l'une des séquences les plus éprouvantes du film. Contrairement à l'attaque, elle n'avait pas été filmée par les médias. Ce soir-là, Boston a vécu l'une des fusillades les plus retentissantes de son histoire, mobilisant des policiers d'une centaine de commissariats différents.

Matt Kutcher souligne que si la plupart des gens qui se sont intéressés aux événements ont vu des images des attentats, la fusillade de Watertown était bien plus spectaculaire que ce qu'ont bien voulu en dire les médias. "Elle n'a pas été relayée par les chaînes d'info parce qu'il n'y avait pas de caméra dans le secteur", analyse-t-il. "Tout le monde a vu les explosions qui se sont produites à la ligne d'arrivée mais pas ce qui s'est passé à Watertown".
Berg constate : "Il y avait quatre ou cinq policiers dans cette petite ville et soudain, vers minuit, ils se sont retrouvés pris au piège dans une fusillade épouvantable où on leur balançait des bombes artisanales et des Cocottes-Minute. Ce n'était pas une scène de film d'action. Il s'agissait d'hommes qui tentaient de se défendre et de protéger leur ville. Ils m'ont servi d'exemple".

Il aura fallu deux semaines pour tourner la séquence. Une quarantaine de comédiens y ont participé ainsi que des cascadeurs pour interpréter les policiers des diverses unités déployées.
Ancien agent du FBI et consultant sur le tournage, Chris Whitcomb a guidé les interprètes des policiers. Il a fait appel à son expertise pour faire en sorte que l'unité de sauvetage des otages soit parfaitement crédible. Il s'imposait donc dans le rôle du chef de cette équipe de choc – surnommé le "Virginien" – qui s'inspire du véritable policier qui a permis d'arrêter Dzokhar Tsarnaev. "Ce n'était pas trop difficile", reconnaît Whitcomb, "car c'était mon ancien boulot".

La dernière semaine de tournage s'est déroulée à Rockland où l'équipe Décors a construit onze façades de maisons dans le style Queen Anne, typique des propriétés situées près du carrefour où la fusillade a éclaté. Après Boylston Street, il s'agit du deuxième plus grand décor de la production. "Nous avons filmé les explosions sur une base militaire désaffectée afin qu'aucun habitant de la ville n'ait à revivre ces événements douloureux", explique Kutcher.

Le tournage s'est achevé début juin au Massachussetts Institute of Technology (MIT) où Sean Collier a perdu la vie. L'équipe a non seulement obtenu l'autorisation de tourner sur le campus mais elle a pu s'entretenir avec plusieurs anciens collègues de Collier : ils se sont tous montrés sensibles au fait que la production tourne dans leur institution. "Le MIT témoigne d'un immense respect pour Sean", relève le réalisateur. "On nous a donc accueillis à bras ouverts. C'était extrêmement émouvant".

La postproduction était tout aussi importante dans le résultat final du film. À commencer par le montage son et le mixage. "Nous avons évité d'aborder la bande-son comme dans la plupart des films d'action", note le monteur son Piero Mura.

Le monteur son et mixeur ré-enregistrements précise : "Nous avons créé deux atmosphères sonores : les sons enregistrés et ceux qui relèvent du ressenti. La bande-son mêle les deux pour exprimer le point de vue de tous ceux qui ont assisté à l'attentat".

Piero ajoute que d'authentiques enregistrements sonores ont été utilisés dans une scène-clé : "On entend des sons qui avaient été enregistrés par un badaud au cours de la fusillade de Watertown", dit-il. "Et les terribles explosions des affrontements nous ont guidés pour imaginer l'architecture sonore de la fusillade".

Trent Reznor et Atticus Ross, tous deux oscarisés, ont collaboré à la bande-originale. On leur doit notamment les musiques de THE SOCIAL NETWORK, MILLENIUM : LES HOMMES QUI N'AIMAIENT PAS LES FEMMES et GONE GIRL de David Fincher. Subtile, percutante et parfois déroutante, leur partition s'accorde parfaitement au style visuel de Peter Berg.
"Personne ne nous enlèvera notre liberté. Ne perdez pas courage".
- David "Big Papi" Ortiz (Red Sox de Boston) 
À LA LIGNE D'ARRIVÉE

"J'espère que le public vivra ce film comme une expérience viscérale et que pendant deux heures il sera traversé par l'émotion, l'énergie et l'intensité qui ont marqué la ville au cours des 105 heures qu'aura duré la traque des deux terroristes", indique Peter Berg. "J'espère vraiment que le film offrira matière à réflexion aux gens et qu'il leur donnera envie de réfléchir à la situation du monde et à la force de l'amour".

"On ne pourra pas empêcher les terroristes et les criminels d'agir mais ils ne peuvent en aucun cas gouverner nos vies", ajoute Wahlberg. "On doit pouvoir continuer d'assister à un marathon ou à un match de base-ball, d'aller voir un film au cinéma, de mener une vie normale et il faut qu'on soit tous solidaires. Au bout du compte, les Bostoniens nous ont montré que l'amour de notre prochain est plus fort que tout le reste. C'est pour ça qu'il fallait raconter cette histoire".

"La manière dont Boston, ses habitants, ses forces de police, ses premiers secours et ses rescapés ont su garder la force pour aller de l'avant nous a servi d'exemple", signale Hutch Parker.

"Le message du film, c'est qu'il faut rester debout et solidaires en agissant avec intégrité", ajoute Scott Stuber.

Autre post du blog lié à TRAQUE A BOSTON

lundi 23 janvier 2017

LA LA LAND


Comédie musicale/Romance/Une histoire classique dans un écrin brillant

Réalisé par Damien Chazelle
Avec Ryan Gosling, Emma Stone, John Legend, J.K. Simmons, Rosemarie DeWitt, Finn Wittrock, Callie Hernandez, Sonoya Mizuno...

Long-métrage Américain 
Durée: 02h08mn
Année de production: 2016
Distributeur: SND 

Date de sortie sur les écrans américains : 25 décembre 2016
Date de sortie sur nos écrans : 25 janvier 2017


Résumé : Au cœur de Los Angeles, une actrice en devenir prénommée Mia sert des cafés entre deux auditions. 
De son côté, Sebastian, passionné de jazz, joue du piano dans des clubs miteux pour assurer sa subsistance. 
Tous deux sont bien loin de la vie rêvée à laquelle ils aspirent…
Le destin va réunir ces doux rêveurs, mais leur coup de foudre résistera-t-il aux tentations, aux déceptions, et à la vie trépidante d’Hollywood ?

Bande annonce (VOSTFR)


Ce que j'en ai pensé : Damien Chazelle nous offre une réalisation riche en beaux plans et en idées. Son LA LA LAND est foncièrement original. 

Damien Chazelle, le réalisateur, sur le tournage de La La Land
À travers l'histoire de ces deux destinées qui s'entrelacent, il visite de nombreux genres (comédie musicale, romance, hommage aux films d’antan...) sans jamais vraiment s'attacher à l'un d'eux. Cela peut décontenancer. On passe de moments réalistes à de la vie fantasmée ou rêvée tout au long du film. 



Cette histoire romantique contrariée par les aléas et les obligations de la vie veut s'ancrer dans l'émotion, peut-être un peu trop pour que cela fonctionne vraiment à mon goût. De plus, quelques longueurs s'installent. L'intrigue n'est pas suffisamment étoffée pour la durée du film.



L'histoire se situe à Los Angeles, dans le monde des artistes qui cherchent à vivre de leur art. Ce n'est pas si commun comme contexte. Il permet de multiplier les ambiances. Le réalisateur l'utilise intelligemment pour nous entraîner en permanence à la limite du rêve et de la réalité. 




La mise en scène et la direction d'acteurs sont très impressionnantes. Il fallait à Damien Chazelle un couple d'acteurs talentueux qui puissent tout faire et être crédibles dans des situations banales ou fantaisistes. Avec le duo Emma Stone/Ryan Gosling, il a trouvé ses deux perles. Emma Stone, qui interprète Mia, une jeune femme qui veut devenir actrice, est particulièrement touchante. Elle sait être drôle, légère, sérieuse. Elle chante, danse, joue. Elle est parfaite dans toutes les situations. 



Ryan Gosling interprète Sebastian, un jeune homme amoureux du jazz. Il offre à son protagoniste une personnalité aussi décalée que sa passion dévorante. Il est attachant.



Avec LA LA LAND, Damien Chazelle nous livre une histoire romantique classique dans un écrin brillant. En fonction de sa sensibilité, on adhérera plus ou moins aux aspects émotionnels et romantiques, mais il n'en demeure pas moins que c'est un film hors norme qui proposent aux spectateurs une jolie histoire très agréable à regarder.



LE 1ER FILM AMÉRICAIN À ÊTRE DIFFUSÉ SOUS LE FORMAT « ECLAIRCOLOR »

NOUVEAU STANDARD D’IMAGE ISSU DE PROCÉDÉ « HDR » (HIGH DYNAMIC RANGES), ASSOCIATION DE NOUVELLES TECHNOLOGIES D’ÉTALONNAGES LIÉES À DES PROJECTEURS NUMÉRIQUES NOUVELLE GENERATION ULTRA-PUISSANTS.

BÉNÉFICES POUR LE SPECTATEUR = PLUS DE COULEURS, PLUS DE LUMIÈRE, PLUS DE DÉFINITION !

LE FILM SERA PROJETÉ EN ECLAIRCOLOR DANS LES 4 SALLES SUIVANTES :

GAUMONT MARIGNAN CHAMPS ELYSÉES – PARIS
PATHÉ WEPLER – PARIS
CINEMA CONFLUENCES – VARENNES SUR SEINE
LE SIRIUS - LE HAVRE

D’AUTRES SALLES POURRAIENT RAPIDEMENT REJOINDRE CELLES-CI DÈS LA DEUXIÈME SEMAINE D’EXPLOITATION

NOTES DE PRODUCTION 
(A ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

Un pianiste de jazz et une actrice en devenir tombent amoureux dans la ville des stars…
À la fois hommage à la grande époque des comédies musicales hollywoodiennes, déclaration d'amour au mythe éternel de Los Angeles et histoire d'un coup de foudre, LA LA LAND réunit Ryan Gosling et Emma Stone devant la caméra de Damien Chazelle (WHIPLASH, oscarisé).

Comme toute histoire se déroulant à Los Angeles, le film commence sur une autoroute ! C'est là que Sebastian rencontre Mia, en plein embouteillage, comme une métaphore de l'impasse dans laquelle se trouvent les deux futurs amoureux. Car ils aspirent chacun à accomplir leurs rêves : Sebastian souhaiterait que le public du XXIème siècle s'intéresse encore au jazz traditionnel, tandis que Mia aimerait enfin passer une audition sans qu'on l'interrompe. Mais aucun des deux ne se doute que leur rencontre fatidique leur permettra de franchir des pas de géant…

Tout en étant jalonnée d'obstacles, leur trajectoire amoureuse et artistique esquisse les contours d'un univers cinématographique singulier. Un univers conjuguant lumière, couleurs, son, musique et mots qui évoque le bonheur auquel chacun aspire et les chagrins d'amour dont on ne se relève jamais…

Référentiel et audacieux, LA LA LAND rend hommage au classicisme hollywoodien et construit un monde à la fois crédible et merveilleux autour des relations amoureuses, des rêves intimes et des choix de toute une vie. "Ce qui comptait à mes yeux, c'était de faire un film sur deux êtres animés par des rêves quasi irréalisables qui les poussent l'un vers l'autre, mais qui les divisent aussi", confie Chazelle.

Il poursuit : "Même si LA LA LAND est très différent de WHIPLASH à bien des égards, ces deux films parlent d'un sujet qui me tient beaucoup à cœur : comment trouver un équilibre entre l'art et la vie, entre les rêves et la réalité – et plus précisément, comment trouver un équilibre entre son rapport à son art et son rapport aux autres. Avec LA LA LAND, je voulais aborder ces thèmes en utilisant la musique, les chansons et la danse. Je trouve que la comédie musicale est le genre par excellence qui permet d'évoquer ce délicat dosage entre rêve et réalité".

Si les codes du film sont atemporels, le producteur Marc Platt, grand nom de la comédie musicale, souligne que l'approche est novatrice. Il a fait équipe avec les producteurs Fred Berger et Jordan Horowitz qui, dès le départ, ont développé le projet avec Chazelle. "Damien a renouvelé le genre en s'inspirant de motifs classiques mais il a su les réinterpréter d'une manière contemporaine", dit-il. "À partir des codes de l'âge d'or du cinéma hollywoodien, il a réussi à réaliser une œuvre qui s'adresse aux nouvelles générations".

Pour trouver l'adéquation entre audace des idées et forme classique, le cinéaste a réuni des collaborateurs qui ont chacun puisé dans leur imaginaire. Outre Berger, Horowitz et Platt, citons le compositeur Justin Hurwitz (déjà à l'affiche de WHIPLASH et GUY AND MADELINE ON A PARK BENCH) qui a créé tout un univers musical ; les auteurs Benj Pasek et Justin Paul (cités au Tony et à l'Emmy), dignes héritiers de Rogers et Hammerstein, qui ont signé les textes des chansons ; le producteur exécutif musical Marius de Vries, qui a assuré la direction musicale de MOULIN ROUGE et collaboré à la partition de ROMÉO + JULIETTE de Baz Luhrmann ; et la chorégraphe Mandy Moore qui a su démocratiser la danse contemporaine avec l'émission "So You Think You Can Dance" et qui collabore pour la première fois à un long métrage. Hurwitz précise que Chazelle et lui ont cherché le moyen de se réapproprier un genre parfois empreint de nostalgie à travers un langage musical, visuel et émotionnel résolument contemporain.

"La perspective de ne pas se contenter de faire un film musical, mais d'y évoquer les amours et les rêves dans le Los Angeles d'aujourd'hui, nous a galvanisés, Damien et moi", indique le compositeur. "On vit plus intensément dans les comédies musicales, et c'est ce qui nous plaît, mais on tenait également à apporter une part de réalisme dans cet univers féerique".

Pour Mandy Moore, LA LA LAND occupe une place singulière, à mi-chemin entre le contemporain et l'atemporel. "Le film montre bien à quel point cette alliance entre musique, chorégraphie, jeu des acteurs, chant et narration peut être actuelle", note-t-elle.

DANS LE MONDE DE LA LA LAND

C'est d'abord un rêve insensé qui a donné naissance à ce projet. Damien Chazelle souhaitait savoir s'il pouvait tourner un film qui convoque la magie et la force des plus grandes comédies musicales américaines et françaises d'autrefois à une époque – la nôtre – dominée par le cynisme. Car si notre monde a changé à une vitesse vertigineuse en un demi-siècle, sommes-nous pour autant moins sensibles aux rencontres fortuites ou aux occasions manquées ? Aux rêves qui n'aboutissent pas ou à ceux qui se concrétisent ? À l'expérience de l'amour fou ou à l'impact des mutations de la société sur nos rapports les plus intimes ?

Le réalisateur s'est demandé s'il pouvait raconter une histoire à travers des scènes chantées et dansées pour procurer du bonheur au spectateur à une époque où le numérique et le pessimisme ont envahi le cinéma.

"Avec LA LA LAND, je voulais raconter une histoire d'amour et réaliser une comédie musicale digne de celles qui m'ont enchanté quand j'étais gamin, mais en l'inscrivant dans un contexte très actuel", dit-il. "Je voulais utiliser la couleur, les décors, les costumes et les codes expressionnistes du cinéma d'autrefois pour raconter une histoire se déroulant aujourd'hui".

Marc Platt remarque : "L'esthétique de LA LA LAND est très contemporaine. Les mouvements de caméra sont fluides pour plonger le spectateur dans l'énergie du moment, tout en le ramenant à l'âge d'or hollywoodien".

Si ce style visuel s'inspire de la grande cinéphilie de Chazelle, le film est né d'un rendez-vous entre le réalisateur et deux jeunes producteurs : Fred Berger, qui a fait ses débuts avec Sofia Coppola et produit L'HONNEUR D'UN MARINE et THE TITAN, et Jordan Horowitz, connu pour TOUT VA BIEN, THE KIDS ARE ALL RIGHT. C'est lors de cette réunion que Chazelle a fait part de son projet de drame romantique et musical situé à Los Angeles. Les producteurs ignoraient totalement quelle forme pourrait prendre ce film, mais l'ambition du cinéaste les a intrigués. "Quand on a fait sa connaissance, Damien nous a bluffés par sa connaissance du cinéma, alors même qu'il n'avait réalisé qu'un film indépendant", confie Berger.

"En voyant ce garçon timide s'épanouir en réalisateur prometteur, on a compris dès ce premier rendez-vous qu'on avait affaire à quelqu'un d'exceptionnel". Le producteur se souvient de la manière dont Chazelle leur a présenté son projet : "C'était d'une audace et d'une originalité extraordinaire. On craignait que ce projet ne voie jamais le jour dans le contexte actuel, si bien qu'on a eu envie de tout mettre en œuvre pour qu'il se fasse. Il réinvente totalement le film musical. Et connaissant la cinéphilie encyclopédique de Damien, on s'est dit que s'il y avait bien quelqu'un à même de faire aboutir ce projet, c'était lui". "L'énergie et la créativité de Damien sont si communicatives que lorsqu'il nous a dit que c'était là le film qu'il souhaitait faire, on a eu envie de l'accompagner, quoi qu'il nous en coûte", ajoute Horowitz.

"Mais il fallait qu'on réfléchisse à la meilleure manière de le faire. On a adoré son idée de départ mais il a ensuite fallu pas mal de temps pour développer le scénario, les personnages et les chansons". Horowitz et Berger étaient conscients que le défi était immense, mais ils savaient aussi qu'il n'y avait qu'une seule manière de s'y prendre : en s'y donnant corps et âme. "On a décidé d'oublier toute prudence", reprend Horowitz. "On travaillait librement parce qu'on n'avait pas d'échéance à respecter au départ. On savait seulement qu'on trouverait le moyen de tourner ce film".

De son côté, Chazelle était inspiré par Jacques Demy et ses œuvres musicales acidulées comme LES PARAPLUIES DE CHERBOURG, LES DEMOISELLES DE ROCHEFORT ou UNE CHAMBRE EN VILLE. "C'est sans doute Demy qui m'a le plus influencé, non seulement pour ce film mais pour tout ce que j'ai fait jusque-là", confie le réalisateur.

"Aucun film ne m'a davantage marqué que LES PARAPLUIES DE CHERBOURG. J'y suis profondément attaché". Il a souhaité inscrire les codes des comédies musicales des années 40, 50 et 60 qu'il affectionne tant – la partition musicale ininterrompue, les couleurs vives, l'énergie – dans sa ville préférée : Los Angeles, personnage à part entière. La métropole californienne a servi tour à tour de cadre étouffant aux films noirs et de paradis luxuriant pour jeunes filles en bikini, mais elle a aussi été une ville ivre d'ambition. Pourtant, Chazelle souhaitait envisager Los Angeles comme une muse – un microcosme de rencontres fatidiques et d'embouteillages sans fin où chacun poursuit un rêve inaccessible, parfois futile, parfois déterminant.

"LA LA LAND met en scène une ville spectaculaire qui est aussi un monde à part entière", remarque le cinéaste. "Du coup, je me suis dit que ce serait formidable de la filmer en Scope pour qu'elle ait l'envergure et le côté spectaculaire d'une comédie musicale hollywoodienne de la grande époque". Il a situé la scène d'ouverture dans un bouchon d'autoroute pour des raisons assumées. "À Los Angeles, la plupart des voitures qui circulent ne transportent qu'une ou deux personnes", poursuit Chazelle.

"C'est ce qui donne à cette ville un sentiment de solitude. Mais c'est aussi ce qui fait de Los Angeles un paradis pour les rêveurs. Car que peut-on bien faire au volant ? Soit on écoute de la musique, soit on rêve. Chacun nourrit son propre rêve, chacun est plongé dans sa propre chanson. On est dans son propre univers ouaté, et on s'invente sa propre comédie musicale. C'est pour toutes ces raisons que l'embouteillage est le lieu idéal pour la rencontre entre deux rêveurs comme Sebastian et Mia. On s'est servi des autoradios pour imaginer une mosaïque musicale dans laquelle tous ceux qui sont coincés dans ce bouchon gigantesque interviennent les uns après les autres".

Le Los Angeles de Chazelle est aussi une ville de désirs inassouvis – de clubs de jazz clandestins, de salles d'audition où l'on attend, le cœur serré, l'occasion de tenter sa chance, d'appartements où l'on fait halte le temps d'une nuit, et de cafétérias des grands studios où se croisent les stars et les apprentis comédiens. C'est aussi une ville où les soirées, les planétariums et mêmes les parkings, qui sont autant de lieux banals, peuvent composer un paysage cinématographique propice à la musique. "LA LA LAND est incontestablement une déclaration d'amour à la ville", souligne Platt. "La manière dont le film met en scène deux jeunes gens très branchés dans des sites hollywoodiens emblématiques est incomparable. On ressent à la fois le fantasme romantique qu'incarne Los Angeles et son ancrage dans une réalité quotidienne".

Certes, le projet de Chazelle était sophistiqué, mais un film musical de grande ampleur n'était pas franchement évident pour un réalisateur encore débutant. Celui-ci s'est fait connaître pour WHIPLASH (2014), histoire d'un jeune batteur de jazz et de son redoutable prof qui a fasciné le public. WHIPLASH a remporté trois Oscars sur cinq nominations, dont une dans la catégorie meilleur film. Avant WHIPLASH, Chazelle avait déjà exploré le genre musical.

Son premier long métrage, GUY AND MADELINE ON A PARK BENCH, était une histoire d'amour en noir et blanc racontée à travers des chansons et des danses : il s'agissait de son film de fin d'études à Harvard, relecture moderne des comédies musicales de la MGM tournées pour un budget dérisoire. Pour le cinéaste, c'était autant l'occasion de se plonger dans l'histoire du cinéma que de proposer une œuvre visionnaire.

"J'ai découvert la comédie musicale tardivement, vers la fin de mes études secondaires, au moment où je m'intéressais au cinéma d'avant-garde, et j'ai commencé à regarder les films avec Fred Astaire et Ginger Rogers", explique Chazelle. "Les comédies musicales des années 30 étaient très expérimentales et je trouvais cela enthousiasmant". Avec GUY AND MADELINE ON A PARK BENCH, Chazelle s'est imposé comme un talent prometteur. Mais il aspirait encore à des rêves de cinéma en Technicolor et il attendait son heure pour s'y atteler. "Ce film n'était qu'une esquisse de ce que j'avais vraiment envie de faire dans le genre", reprend-il.

"Du coup, j'ai continué à écrire des scénarios jusqu'à ce que je trouve une idée pour une comédie musicale de plus grande envergure qui obéisse aux mêmes codes – un film musical qui parle de la vraie vie mais qui soit fidèle aux œuvres spectaculaires du genre, tournées en Cinemascope et en Technicolor dans les années 50".

Ce sont ces rêves qui ont abouti à LA LA LAND, même si la trajectoire n'a pas été linéaire. Chazelle a d'abord échafaudé l'intrigue avec Hurwitz – qu'il a rencontré pendant ses études à Harvard – bien avant que les deux hommes ne collaborent aux partitions de GUY AND MADELINE ON A PARK BENCH et de WHIPLASH. Hurwitz explique que Chazelle et lui ont toujours parlé ensemble de rythme et de mélodie. "Depuis qu'on se connaît, nos rapports tournent autour de la musique, et les films comportant d'importantes scènes chantées et dansées nous ont beaucoup inspirés, qu'il s'agisse des PARAPLUIES DE CHERBOURG ou de CHANTONS SOUS LA PLUIE".

"Justin et moi nous comprenons à demi-mot et parlons le même langage", intervient le réalisateur. "Il a écrit la partition de WHIPLASH et de LA LA LAND, et j'espère qu'il composera la musique de tous mes films à venir". Hurwitz était enchanté par les personnages de Sebastian et Mia, deux rêveurs des temps modernes qui incarnent leurs deux grandes passions : la musique et le cinéma. Pour le compositeur, l'attirance magnétique entre Sebastian et Mia – aimantés l'un à l'autre tout en s'affrontant en raison de leurs ambitions artistiques distinctes – est la force motrice du film et même de sa musique.

"C'est un film très romantique, quoique empreint de mélancolie", dit-il. "Il exalte les sentiments les plus fous et il évoque les chagrins d'amour déchirants, si bien qu'il fallait que toutes ces nuances se retrouvent dans la partition". L'émulation entre Chazelle et Hurwitz est totale : "Justin est à mes côtés depuis le tout début du projet", signale le réalisateur.

"Avant même que je n'écrive le moindre dialogue, alors qu'on réfléchissait encore à l'intrigue, Justin développait déjà le thème musical du film. Même pendant le montage, je travaillais dans une pièce, et lui, juste en face de là où j'étais". Fred Berger note : "Justin a été une des pierres angulaires de ce projet dès le premier jour. Ce qui est formidable, c'est qu'il composait la musique pendant le développement du scénario – et comme Justin et Damien se connaissent depuis qu'ils ont 18 ans, ils collaborent ensemble comme deux frères en se poussant mutuellement dans leurs retranchements. Justin ne vit que par et pour la musique et il n'est prêt à aucun compromis. Il envoyait des centaines de mélodies au piano à Damien, qui les réduisait à une vingtaine, puis avec Jordan, on les écoutait et on les réduisait encore – et à partir de ces quelques éléments, on a développé les chansons presque de la même manière qu'on développe un scénario".

Marc Platt souligne : "Justin Hurwitz est un artiste exceptionnel : c'est un type discret doté d'une âme d'une grande profondeur qui se manifeste à travers sa musique. Pour LA LA LAND, on lui a demandé d'écrire des mélodies qui convoquent plusieurs émotions, évocatrices de la période actuelle et d'un univers de jazz atemporel. Il a écrit chaque note de musique du film – c'est un musicien qui fait parfaitement écho au style de Damien et qui possède son propre langage".

Marius de Vries, qui a travaillé avec Hurwitz et l'ensemble des collaborateurs dès les préparatifs, précise : "C'était formidable de disposer du scénario d'une grande richesse de Damien, des magnifiques mélodies de Justin et de ses subtiles orchestrations à un stade très avancé alors qu'on était encore en prépa. LA LA LAND possédait sa propre tonalité musicale dès le début. On a tout de suite compris l'univers musical et sonore dans lequel on était, si bien qu'on a pu le développer et le préserver plus facilement".

Lorsque l'accueil de WHIPLASH a imposé Chazelle comme un réalisateur de premier plan, LA LA LAND a suscité un regain d'intérêt. Chazelle a présenté son projet à Lionsgate, qui tenait à ce que le film soit réalisé exactement selon les intentions de son auteur. "On nous a offert la possibilité de faire précisément le film que Justin et moi avions envisagé en 2006", indique le cinéaste. "On l'a réalisé sans le moindre compromis. Comme on est réalistes, on s'attendait à devoir faire un minimum de concession car, dans la vraie vie, on ne peut jamais assouvir totalement ses fantasmes. Mais, de ce point de vue, cette aventure nous a permis de concrétiser nos rêves les plus fous".

Au cours du développement du projet, Marc Platt, qui a fait ses débuts au théâtre et produit INTO THE WOODS, PROMENONS-NOUS DANS LES BOIS et NINE, a rejoint l'équipe. Il reconnaît ne pas avoir pu résister à la perspective d'une collaboration avec Chazelle. "J'admire énormément les comédies musicales, et j'admire aussi les cinéastes actuels qui ont vraiment quelque chose à dire et qui proposent un moyen original de le faire", dit-il.

"J'ai aussitôt été frappé par la manière dont la vision de Damien intégrait le passé au présent. Il était prêt à tourner à la manière des grands studios d'autrefois qui ne passaient pas leur temps à changer de plan toutes les deux minutes. Il apprécie la palette très riche de Demy et la chorégraphie de Jerome Robbins et de Bob Fosse. Mais dans le même temps, la force de son scénario tient au réalisme des émotions qui vient des deux adorables protagonistes, ancrés dans la modernité". Pour autant, les films musicaux sont réputés pour être difficiles à monter financièrement dans le contexte actuel. "Il y a tellement plus de paramètres que pour un film classique", constate Platt.

"Tout d'abord, il y a la musique – la mélodie, le texte, l'orchestration et les arrangements –, ensuite il y a les comédiens qui doivent apprendre les chansons et les numéros dansés, et enfin il y a les décors, les costumes, les mouvements d'appareil, les éclairages : cet ensemble doit composer un univers qui est légèrement en décalage avec notre quotidien. La question était de savoir si on allait pouvoir créer une unité entre tous ces éléments qui soit contemporaine".

Pour y répondre, la production a engagé deux comédiens qui forment un couple résolument moderne. "Je voulais qu'on réutilise cette vieille recette hollywoodienne consistant à confier les rôles principaux à un couple de cinéma mythique. C'était le cas de Fred Astaire et Ginger Rogers, Bogart et Lauren Bacall, Myrna Loy et Dick Powell – ces comédiens hauts en couleurs qui jouaient des rôles différents mais qui restaient de fortes personnalités. Je trouve cette idée merveilleusement romantique et j'avais l'impression que Ryan Gosling et Emma étaient les acteurs qui s'en rapprochaient le plus. Dans le même temps, je me disais qu'ils pouvaient rendre le film constamment surprenant et déjouer les attentes. Du coup, on ne joue pas sur le côté glamour qu'on associe en général à la présence de Ryan et d'Emma dans le même film".

Car si LA LA LAND est une véritable histoire d'amour, il évoque aussi ce à quoi l'on renonce pour aller au bout de nos rêves. "Le plus terrible, c'est que pour réaliser leurs rêves, Sebastian et Mia doivent se séparer", affirme Chazelle. "Je suis très ému par le fait qu'on puisse rencontrer quelqu'un qui vous transforme et vous oriente sur une voie vous permettant – enfin ! – de concrétiser vos rêves – mais que, au bout du compte, on doive s'engager seul sur cette voie", déclare le réalisateur. "On peut former un couple avec quelqu'un qui vous marque à vie, sans forcément rester avec cette personne jusqu'à la fin de vos jours. Je trouve cela magnifique, bouleversant et merveilleux. Pour moi, c'était le sujet central du film".

L'histoire de Sebastian

Pianiste de jazz, Sebastian manque de justesse de passer à côté du grand amour de sa vie. Partisan d'un jazz traditionnel, il refuse le moindre compromis et commence par snober Mia qui, selon lui, est incapable de le comprendre. Mais rien ne se passe comme prévu. Cité à l'Oscar, Ryan Gosling tient sans doute ici le rôle le plus inattendu de son parcours.
Depuis qu'il a été révélé avec HALF NELSON, il a enchaîné avec UNE FIANCÉE PAS COMME LES AUTRES, LES MARCHES DU POUVOIR, BLUE VALENTINE, DRIVE et THE BIG SHORT : LE CASSE DU SIÈCLE et s'est fait connaître pour son tempérament fougueux. Comment l'imaginer en protagoniste doux et charmeur d'une comédie musicale ?

La production était convaincue qu'il était l'homme de la situation. Marc Platt avait déjà collaboré avec Gosling sur DRIVE et savait qu'il pouvait encore réserver des surprises. "D'abord, c'est un merveilleux acteur qui sait jouer dans tous les registres – drame, comédie, violence, douceur, charme, chant, piano, danse…

Et Ryan possède une dimension atemporelle qui correspond au film et au personnage. Le rôle exigeait aussi une préparation intense et je savais que Ryan en était capable", dit-il. Fred Berger souligne que Gosling semblait comprendre ce qui fait vibrer son personnage et qui séduit Mia. "Ryan l'interprète comme un homme de grande conviction", détaille Berger. "D'où sa détermination à rester à Los Angeles pour y réaliser son rêve sans le moindre compromis. Ce n'est pas par vanité ou par esprit revanchard qu'il s'obstine, mais parce qu'il est animé par une véritable passion que Ryan exprime admirablement dans son interprétation".

Il se trouve que Gosling affectionne lui-même la comédie musicale : "J'étais très intrigué par le fait que Damien souhaite s'inscrire dans la grande tradition des films de Fred Astaire et Ginger Rogers ou de Gene Kelly, car ce sont justement les comédies musicales qui me touchent", reconnaît l'acteur. "C'était d'autant plus merveilleux qu'il veuille faire un film dans ce style-là que j'avais moi-même secrètement envie de tourner un long métrage du même genre".

Gosling était également séduit par l'idée d'incarner un homme vénérant du plus profond de son être, un art qui semble décliner à une époque marquée par des changements culturels rapides. "Sebastian a consacré sa vie à devenir un grand pianiste de jazz mais il a compris au fond de lui que cette époque est révolue", reprend Gosling.

"Ses héros ont au moins 70 ans, et désormais, un grand pianiste qui joue du vrai jazz est voué à travailler dans des bars où les clients ne prennent même plus la peine d'interrompre leurs conversations pour écouter la musique. Faut-il donc se résoudre à accepter des compromis pour être un artiste ?" La ligne de démarcation entre l'attachement à de grands principes et le risque de se marginaliser est ténue, comme le reconnaît Gosling. "Je crois que Sebastian se débat entre le purisme et le risque de basculer dans le snobisme", dit-il.

"Au bout du compte, il doit se poser une question que de nombreux artistes se posent à un moment ou à un autre : faut-il continuer à faire ce boulot qui me permet de vivre ou est-ce que je dois bien admettre que ce n'est qu'un travail et que je dois payer mes factures ?" Cette interrogation prend une nouvelle résonance lorsque Sebastian rencontre Mia. Il sent presque immédiatement que son destin à elle est prometteur et il souhaite l'aider à réaliser ses rêves.

"Je crois que c'est plus facile pour lui d'accompagner Mia dans ses ambitions que de faire aboutir les siennes", remarque l'acteur. "Il estime que Mia doit susciter ses propres opportunités et arrêter qu'on lui donne la permission de faire ce qu'elle a envie de faire". Même si Gosling a pu s'identifier au personnage, il a pris des cours de piano pendant plusieurs mois et s'est initié à un style de danse dégageant charme et modernité. Justin Hurwitz s'est dit impressionné par l'énergie inépuisable de Ryan Gosling. "Le travail qu'il a accompli pour apprendre à jouer du piano est tout simplement insensé", dit-il.

"Je ne m'en remets pas. Son investissement dans ses cours de piano – sans même parler de son travail d'acteur et de son entraînement au chant et à la danse – est renversant. C'était l'une des plus belles surprises du film de constater les prouesses qu'il a su accomplir". Marius de Vries confirme : "Je n'ai jamais rien vu de tel !" "D'ailleurs, on n'a jamais utilisé de doublure pour les gros plans sur les mains de Sebastian quand il est au piano", affirme le cinéaste. "Ce sont celles de Ryan. Pour ce rôle, il nous fallait un comédien qui ait suffisamment de conscience professionnelle pour devenir musicien. Et Ryan a relevé le pari".

Le grand musicien John Legend confie : "J'étais jaloux, je l'avoue ! Rien qu'à regarder Ryan jouer, je me disais que ce type était très bon alors qu'il n'avait appris à jouer que quelques mois plus tôt. C'est assez impressionnant". Gosling a relevé le défi avec l'énergie d'un homme habité, notamment parce qu'il s'agissait pour lui aussi de l'accomplissement d'un rêve. "J'ai toujours souhaité avoir le temps d'apprendre à jouer du piano – et j'ai eu cette magnifique opportunité de me retrouver devant un piano pendant trois mois et de ne faire que jouer ! Et j'en ai profité. C'est vraiment l'une des périodes de prépa les plus exaltantes que j'aie jamais connues", dit-il.

Lorsque l'acteur ne s'entraînait pas au piano, il dansait avec Emma Stone et Mandy Moore. "D'emblée, j'ai compris que Ryan avait du talent", remarque-t-elle. "Il maîtrise très bien sa gestuelle et il est d'une grande exigence vis-à-vis de lui-même. Dès le premier jour, il n'a cessé de dire 'Je peux faire mieux'. Mais de mon point de vue, ses progrès ont été impressionnants. On aurait dit qu'une flamme intérieure brûlait en lui. Ryan s'imprègne de ce qu'il apprend, puis il se l'approprie à sa manière. Une fois qu'il a intégré les mouvements, il était prêt à accomplir des miracles".

Emma Stone, qui a donné la réplique à Ryan Gosling dans CRAZY, STUPID, LOVE et GANGSTER SQUAD, n'a eu aucun mal à former un couple avec son partenaire qui a su faire de son personnage un type drôle, charismatique et perturbé. "Ryan s'est énormément investi dans le rôle", constate-t-elle. "Il a appris à jouer du piano avec brio et il s'est révélé un merveilleux partenaire de danse. Mais ce qui m'a le plus surprise, c'est qu'il est extrêmement drôle. Ce que je veux dire par là, c'est que même si je sais que Ryan est un type drôle, il s'est révélé VRAIMENT irrésistible dans ce film. Il s'est totalement accompli en Sebastian".

Emma Stone/Le rêve de Mia

Apprentie comédienne, Mia semble ne pouvoir échapper à un cycle infernal, passant d'un boulot de barmaid à des auditions ne débouchant jamais sur rien. Mais elle ne cesse de croiser le même pianiste mal embouché au volant de son cabriolet – et la roue tourne…
Citée aux Oscars, Emma Stone, à l'affiche de SUPERGRAVE, EASY GIRL, LA COULEUR DES SENTIMENTS et BIRDMAN, a dû relever un défi considérable. En effet, elle campe une jeune femme dont les ambitions et les sentiments sont ancrés dans la réalité… et qui doit d'un instant à l'autre se mettre à danser et chanter. Par chance, l'actrice a déjà incarné des personnages dramatiques et témoigné de ses talents de chanteuse en interprétant Sally Bowles dans la reprise de "Cabaret".

"La puissance de son jeu dans les scènes chantées et dansées et sa palette d'émotions sont épatantes", relève Chazelle. "Je trouve qu'elle est l'une des plus grandes comédiennes de sa génération : elle est capable d'exprimer beaucoup de choses sans dialogue, rien qu'avec son visage et sa gestuelle. C'est exactement ce que je cherchais : raconter une histoire et construire des personnages à travers des chansons et des pas de danse. Emma y est parvenue, tout en incarnant une femme parfaitement vraisemblable".

Ryan Gosling a été émerveillé par le choix d'Emma Stone : "Emma est unique", dit-il. "Et elle fait de Mia un personnage tout aussi unique. On est en empathie avec Mia qui travaille à Los Angeles en voulant tenter sa chance. Mais on se rend aussi compte que Mia n'est pas tout à fait comme les autres et qu'elle ne correspond pas forcément à ce que recherche le monde du spectacle, autrement dit des artistes interchangeables. Elle n'est pas comme ça". Gosling ajoute : "C'est aussi une merveilleuse danseuse et je me reposais littéralement sur elle la plupart du temps". Pour la production, grâce à Emma Stone, Mia est un personnage dans lequel toutes les femmes peuvent se reconnaître, même si elle évolue dans un monde à part.

Selon Jordan Horowitz, "Emma apporte du réalisme au personnage – et même si le mot est souvent galvaudé, il ne l'est pas dans son cas. Elle dégage un glamour digne des plus grandes stars et reste accessible et authentique. C'est difficile de ne pas tomber amoureux d'elle. On devine ses émotions et vu la trajectoire de Mia, c'était d'une importance capitale".

Marc Platt précise : "Tout le monde ne rêve pas de devenir acteur mais l'interprétation d'Emma transcende cette ambition particulière. On a le sentiment que le rêve de Mia pourrait être celui de la plupart des gens, quelles que soient leur aspirations, et Emma y excelle". La manière dont Emma Stone a su transposer le monde intérieur de son personnage par la danse a conquis les auteurs du film. "Quand elle danse, Emma est totalement naturelle, bien qu'elle ait énormément bossé pour en arriver là", déclare Horowitz. "On croirait que le personnage a été conçu sur mesure pour elle".

Mandy Moore a apprécié l'engagement total de la comédienne : "Emma est pleine d'énergie, ce qui se ressent non seulement dans ses propos mais dans ses gestes", dit-elle. "Elle fait partie de ces gens qui se plongent dans un projet avec passion, et tout au long des répétitions, elle n'a cessé de s'améliorer. C'était extraordinaire de la voir devenir une vraie danseuse". Très en amont, Emma Stone a rencontré Chazelle qui lui a soumis ses idées de chorégraphie : "C'était grisant", confie la comédienne.

"J'ai immédiatement été emballée par la perspective de raconter cette histoire très contemporaine de deux artistes en devenir dans le style des comédies musicales des années 50". L'aspiration de Mia à connaître un parcours hors du commun a résonné chez la comédienne. "Mia est animée par une ambition dont elle n'a pas forcément conscience", suggère-t-elle.

"Elle veut devenir actrice dans une ville où tant de gens ont le même rêve. Elle a le sentiment de posséder un petit quelque chose que d'autres n'ont pas, sans savoir ce que c'est. Je m'identifie à son désir de devenir comédienne et de passer des auditions mais, surtout, c'était exaltant de propulser le personnage dans cet univers musical où l'on peut tout à coup sautiller dans la rue ou se mettre à chanter. C'était un défi magnifique".

Même si elle avait déjà une expérience de la scène musicale, Emma Stone a passé des mois à se préparer au rôle. "Nous nous sommes énormément entraînés avec Mandy Moore et nous avons répété tous les jours pendant deux mois. C'était dément parce que, même si j'avais déjà suivi des cours de danse, j'ai dû apprendre les claquettes, le rythme du jazz et la danse de salon". Elle souligne également qu'il ne s'agissait pas de danser à la perfection.

"Nos personnages sont deux apprentis artistes, si bien qu'on n'est pas censés être des danseurs et des chanteurs accomplis", ditelle. "D'ailleurs, Damien tenait à ce que nos rapports soient vivants et bruts d'une certaine façon, même si on participe à d'extraordinaires scènes de chorégraphie. Du coup, on était presque encouragés à commettre des erreurs".

Elle ajoute : "Je pense que Mia et Sebastian s'entraînent mutuellement à envisager la vie différemment. Ils sont tous les deux dans l'impasse au moment où ils se rencontrent et sentent qu'ils ne progressent pas sur le plan artistique. Mais Sebastian vient en aide à Mia en lui demandant : 'Pourquoi est-ce que tu n'écris pas tes propres histoires que tu pourrais raconter en tant qu'actrice ?' Je crois qu'elle a besoin d'être bousculée parce qu'elle a oublié qu'elle possède cette faculté. De son côté, Mia convainc Sebastian qu'il peut sans doute développer sa vocation artistique en explorant des pistes inédites. Au bout du compte, ils découvrent de nouveaux horizons qu'ils avaient au fond d'euxmêmes mais qu'ils n'avaient pas osé explorer".

Pour le réalisateur, l'alchimie a été immédiate entre les deux comédiens. "Ryan et Emma se comprennent à demi-mot et sont très complices à l'écran", dit-il. "Ils réussissent un tour de force dans ce film en rendant crédible un univers féerique. Il faut des comédiens de la trempe de Ryan et d'Emma pour ancrer ce récit dans la réalité et en faire ressortir la dimension humaine. Il existe très peu de comédiens capables de susciter l'émotion tout en dégageant un vrai glamour de stars".

Il savait aussi ce qu'il attendait de ses interprètes, même si c'était difficile à verbaliser : "Il s'agissait à mes yeux d'une sorte de fantaisie et de gaieté qui devait être présente dans le film", dit-il. "Il fallait qu'il se dégage quelque chose de pétillant lorsqu'ils sont réunis à l'écran, comme du champagne".

Le premier grand rôle à l'écran de John Legend Lauréat de dix Grammy et auteur-compositeur-interprète oscarisé, John Legend trouve ici son premier grand rôle à l'écran. Il campe Keith, musicien qui encourage Sebastian à faire partie de son groupe, Les Messengers, et l'éloigne de Mia. Legend a également coécrit la chanson "Start A Fire" qui impose les Messengers sur le devant de la scène. Fred Berger signale que le choix de Legend, au départ, relevait du pur fantasme.

"Ce film a toujours été une sorte de rêve éveillé, si bien qu'on a rêvé à qui l'on pouvait confier le rôle et cela s'est concrétisé", dit-il. "Étant donné l'emploi du temps surchargé de John, c'était difficile d'imaginer qu'il pourrait se rendre disponible. Mais il a pu le faire et il s'est engagé dans le projet avec enthousiasme et passion. Il a parfaitement cerné l'état d'esprit du film car c'est un type adorable, bosseur et très simple".

"Sur le plan musical, on était convaincus qu'il serait épatant", reprend le producteur. "Mais du point de vue du jeu d'acteur, il fallait qu'il soit à la hauteur de Ryan – et son don inné nous a bluffés. Je crois bien qu'on le retrouvera plus souvent à l'écran, et pas uniquement pour ses talents de chanteur". Legend n'a pas hésité une seconde à tenter une nouvelle aventure : "Je me suis dit que c'était une occasion formidable de me confronter davantage au travail d'acteur tout en étant dans un univers que je connais bien, puisque c'est celui de la musique", affirme l'artiste.

"J'ai été séduit par la perspective d'interpréter un musicien dans un film d'un cinéaste aussi doué et d'avoir pour partenaires des acteurs aussi géniaux". Legend était également fasciné par le conflit entre Keith et Sebastian qui divergent sur l'attitude à adopter face aux évolutions culturelles rapides. "Ils sont tous les deux très doués et adorent le jazz", remarque Legend.

"Mais ils s'engueulent parce que, pour Keith, il ne faut pas tenter de préserver à tout prix ce qui se pratiquait cinquante ans plus tôt : mieux vaut s'inspirer de ce qu'ils ont appris et s'adapter à l'époque actuelle. À l'inverse, Sebastian tient à rester fidèle à la tradition. Pourtant, Keith espère pouvoir exploiter le formidable talent de Sebastian sans avoir à gérer les aspects difficiles de sa personnalité". Legend était enchanté de donner la réplique à Ryan Gosling : "Ryan est l'un des meilleurs comédiens de sa génération", dit-il. "Autant dire que j'étais dans mes petits souliers en débarquant sur le projet et Ryan m'a soutenu. Il m'a vraiment encouragé à me sentir à la hauteur".

En écrivant "Start A Fire", Legend a mieux cerné les personnages : "Ce qui m'a plu, c'est qu'on voit la chanson évoluer à mesure que Sebastian et Keith comprennent le genre de musique qu'ils veulent créer", indique Legend. "Sebastian se retrouve face à un dilemme, en s'interrogeant sur les concessions qu'il est prêt à faire".

"C'était un vrai pari pour John d'apporter sa touche de modernité", relève Gosling. "Son style aurait pu être en porte-à-faux avec la musique à laquelle le film rend hommage. Bien au contraire, grâce à la contribution de John, le dilemme de mon personnage est encore plus complexe". On trouve encore au casting Sonoya Mizuno (EX MACHINA), Jessica Rothe (PARALLELS), Calllie Hernandez (BLAIR WITCH), Finn Wittrock (INVINCIBLE) et Rosemarie DeWitt (RACHEL SE MARIE). Après WHIPLASH, J.K. Simmons, comédien oscarisé, retrouve Damien Chazelle.

PAROLES ET MUSIQUE

Dans LA LA LAND, les scènes chantées sont tout aussi naturelles que les dialogues. Chazelle et Hurwitz ont fait appel aux auteurs Benj Pasek et Justin Paul qui ont collaboré aux spectacles "Dear Evan Hansen", "A Christmas Story", "Dogfight", "James et la pêche géante" et "Edge". C'est la première fois qu'ils signent un livret pour le cinéma.

"On a été séduits par l'énergie de Damien et de Justin et par leur désir de rendre hommage aux grands classiques de la comédie musicale, tout en imaginant une œuvre foncièrement actuelle", souligne Paul. "On ne réalise plus tellement ce genre de film musical aujourd'hui", ajoute Pasek, "et cela fait longtemps qu'on avait envie de participer à un tel projet". Par le plus grand des hasards, Pasek et Paul sont tombés sur Chazelle et Hurwitz chez l'ami qui les hébergeait lors de leur passage à Los Angeles. "Il se trouve que Justin habite dans le même immeuble", se remémore Pasek. "Il nous a dit : 'Vous nous suivez ou quoi ?'"

Tout comme Chazelle, Pasek et Paul étaient séduits par le défi consistant à travailler dans un univers à mi-chemin entre réalité et féerie romantique. "Il fallait trouver le juste équilibre puisqu'il s'agissait d'évoquer les difficultés de ceux qui tentent leur chance à Los Angeles et le bonheur de deux êtres qui réalisent enfin leur rêve", analyse Paul. "Ce n'était pas facile. On a écrit beaucoup de versions différentes … et on a souvent travaillé en mangeant des plat préparés !" Il fallait également qu'on retrouve dans les chansons ce qu'incarnent Sebastian et Mia.

"Sebastian est un peu en décalage avec son temps et appartient à la contre-culture, si bien que c'était un défi intéressant à relever", poursuit Paul. "À l'inverse, Mia est moins torturée". Ryan Gosling et Emma Stone ont été une source d'inspiration. "Il y a une telle alchimie et un tel charme qui se dégagent de leur relation qu'on ne peut que s'en inspirer", ajoute Pasek. Paul et Pasek ont également été portés par les compositions de Hurwitz. "C'est original et mélodieux", dit Paul. "Il a créé une musique qui n'a rien de parodique, sans être pourtant ancrée dans l'époque actuelle. Il se situe dans une sorte d'entre-deux et c'est ce qu'on préfère".

Gosling a tellement aimé les chansons qu'il les avait constamment en tête. "J'ai joué certains morceaux pour piano quatre heures par jour pendant trois mois, si bien qu'en théorie je pourrais ne plus jamais avoir envie de les entendre", plaisante-t-il. "Mais à chaque fois que je les entends, je suis ému, et je trouve qu'ils sont magnifiques". Emma Stone a interprété deux chansons – "Audition" et "City of Stars" – en direct sur le plateau pour vivre le moment présent. "C'était un vrai pari mais j'y tenais beaucoup", note la comédienne. "Je venais de me produire dans 'Cabaret' et j'ai vu à quel point les conditions du direct apportent une dimension supplémentaire, même si on a la voix qui s'éraille ou si on chante un peu faux, car c'est irremplaçable".

Une chorégraphie signée Mandy Moore

Les chansons ont ensuite inspiré des scènes dansées qui s'intègrent naturellement à l'intrigue. Damien Chazelle a souhaité faire en sorte que la chorégraphie évoque l'élégance, l'imagination et la liberté dramaturgique qu'on prête aux comédies musicales des années 50 – tout en y apportant une énergie et un rythme proches des spectateurs habitués aux iPhones et à YouTube.

Dans cette optique, il a collaboré avec Mandy Moore, lauréate de deux Emmy et connue pour l'émission "So You Think You Can Dance". Si elle a conçu la chorégraphie de concerts, de spectacles et de clips, elle a aussi chorégraphié HAPPINESS THERAPY. Marc Platt souligne que chorégraphier un long métrage est une forme d'expression artistique très particulière. "C'est un travail très différent de la scène, surtout lorsque la caméra se déplace avec l'énergie et la fluidité de LA LA LAND", dit-il. "Il nous fallait un chorégraphe qui sache intuitivement comment les danseurs se déplacent en fonction des mouvements de caméra". Mandy Moore était enchantée que les auteurs du film aient d'importantes ambitions chorégraphiques. "Je suis fan absolu de comédies musicales, que ce soit sur scène ou au cinéma – surtout celles de la MGM", dit-elle.

"La danse est toute ma vie, et c'était extraordinaire de voir jusqu'où Damien était prêt à aller". Elle a été impressionnée par la connaissance du réalisateur en la matière : ils ont parlé de l'histoire de la danse au cinéma pendant des heures. Elle signale : "Dès que j'ai fait sa connaissance, il s'est mis à évoquer des scènes de chorégraphie de plusieurs films, et je me suis dit qu'aucun autre réalisateur ne s'y connaissait autant que lui".

Le réalisateur était tout aussi séduit par les diverses influences de Mandy Moore. "Elle a étudié la danse classique, et c'est exactement ce qu'il nous fallait, mais elle était aussi capable d'imaginer une chorégraphie inédite à l'écran", remarque-t-il.

"Le plus important, c'est que la chorégraphie raconte les personnages et soit axée sur les corps en mouvement. J'étais convaincu qu'il nous fallait un vrai réalisme à ce niveau-là. Ce que j'ai expliqué à Mandy, c'est que dans ce film, la danse, les chansons et le jeu des acteurs sont à l'unisson et qu'on ne les envisage pas séparément. C'était formidable que Mandy entraîne Ryan et Emma et assure la chorégraphie parce que, au bout du compte, les scènes de danse sont dictées par la relation entre Ryan et Emma. La danse est un moyen merveilleux de raconter l'histoire de gens qui tombent amoureux et d'exprimer les sentiments et le frisson qu'on éprouve quand on rencontre quelqu'un qui vous chavire pour la première fois".

Le réalisateur et Mandy Moore voulaient que la chorégraphie se fonde dans la narration de manière très moderne afin de faire en sorte que le spectateur se sente interpellé sans pour autant briser la fluidité du récit. "Quand j'ai rencontré Damien, on a évoqué le fait qu'on voulait que le public se sente impliqué émotionnellement et immergé dans nos scènes dansées", précise la chorégraphe. "On souhaitait donner le sentiment que Sebastian et Mia sont des personnages réels qui, l'espace d'un instant, échappent aux contraintes du quotidien".

Mais le défi ne s'arrêtait pas là. "Je savais que Damien voulait tourner le film à l'ancienne. Sans se couvrir", dit-elle. "C'était grisant. Et puis, je me suis dit, 'Mon Dieu, comment va-t-on y arriver ?' On s'est alors rendu compte que pour que la magie soit au rendez-vous, il fallait une sacrée audace". La réussite de ces séquences a nécessité une importante organisation logistique, mais l'essentiel consistait à préserver l'émotion.

Gosling et Emma Stone ont dû apprendre plusieurs chorégraphies complexes, alors même qu'ils ne sont pas des danseurs professionnels. Mandy Moore a décidé d'assurer elle-même leur entraînement afin de conserver une unité entre la préparation et le tournage. "C'est pour cela qu'une vraie magie émane du couple Ryan-Emma", dit-elle. "En effet, on a imaginé les pas de danse pendant leur entraînement et ces pas ont fait partie intégrante de leurs personnages. Ils ont tous les deux travaillé très dur et ce qui m'a impressionnée, c'est qu'ils débarquaient tous les jours sur le plateau en grande forme. On aurait dit que cette occasion de danser les épanouissait – et c'était magnifique".

La première séquence dansée, "Traffic", où un embouteillage sur une autoroute se transforme en chœur, représentait l'un des plus grands défis. "C'était énormément de travail", affirme Mandy Moore. "Notre bureau était couvert de Post-it précisant les marques de chaque voiture, l'identité de chaque personne censée grimper sur tel ou tel véhicule, et les voitures qui devaient être renforcées. C'était une logistique hallucinante".
De son côté, la production devait impérativement démarrer le tournage sans délai car elle ne disposait que d'un temps très limité pour utiliser l'échangeur de l'autoroute. Par conséquent, les répétitions étaient extrêmement intensives.

Ryan Gosling se souvient : "Tout devait fonctionner sans accroc une fois que les caméras se sont mis à tourner, car on n'avait pas droit à la moindre erreur. Du coup, on a répété pendant trois mois en amont afin de répondre aux attentes de Damien en une seule prise".
Mandy Moore ne tarit pas d'éloges à l'égard des danseurs : "Les danseurs de 'Traffic' sont les héros anonymes du film parce qu'ils ont réussi l'impossible : danser sur des voitures sur une autoroute à près de 38° ! Grâce à eux, le résultat est magique", dit-elle. La chorégraphe a également été éblouie par la scène "Someone In The Crowd", où Mia se prépare à se rendre à une soirée : on la voit se préparer avec ses colocataires, puis s'attarder dans une somptueuse maison tout en verre et enfin plonger dans la piscine. "Le tournage de nuit de cette séquence a été démentiel", reconnaît-elle.

"J'aimerais que le public se rende compte de tous les moyens qu'on a mobilisés. C'était délirant mais quand j'ai visionné les rushes, le résultat était fantastique : les couleurs, les mouvements d'appareil, les costumes et la chorégraphie formaient un ensemble harmonieux". Le réalisateur avait imaginé la scène comme la métaphore de ces jeunes artistes qui, à Hollywood, sont pris en étau entre leur carrière et leur vie sociale.

Chazelle s'explique : "La scène fait allusion au dilemme de nombreux artistes en devenir qui se demandent s'ils peuvent aller faire la fête ou s'ils ne devraient pas rester chez eux pour travailler. Mais il s'agit d'un débat plus large : jusqu'où est-on prêt à aller pour réaliser son rêve ? Est-on prêt à faire des concessions ou à vendre son âme ? À aller jusqu'à des compromissions ? 'Someone in the Crowd' illustre bien ces questionnements et le malaise de Mia face à cette situation".

Pour Mandy Moore, la scène du planétarium reste le clou du film. Elle a imaginé une chorégraphie "en apesanteur", selon ses propres termes, où Gosling et Emma Stone dansent sur un câble. "On voulait que le spectateur ait le sentiment que Sebastian et Mia se mettent à entamer cette magnifique valse parce qu'ils n'ont pas d'autre choix que de danser à ce moment-là", dit-elle.

"Les mouvements de caméra sont magnifiques et l'émotion très forte". Pour Emma Stone, la scène du "Duo" reste l'une de ses préférées : elle commence par la recherche d'une voiture garée et se poursuit au sommet d'une colline surplombant la ville. "C'est là que nos personnages nouent un vrai lien pour la première fois", indique la comédienne. "C'est un moment extraordinaire, si bien qu'on en a très longuement parlé avec Damien et Ryan. Dans cette prise – unique – de six minutes, il était essentiel qu'on ressente le bonheur de ces deux êtres qui tombent – littéralement – dans les bras l'un de l'autre". Le final, intitulé "Épilogue", est aussi le numéro le plus important, entraînant les personnages de Los Angeles jusqu'à un Paris féerique, puis en sens inverse.

"C'est une magnifique séquence fantasmatique et les décors sublimes conçus par le département artistique m'ont inspirée", s'enthousiasme Mandy Moore. "Il y avait trente danseurs qui ont tous eu l'occasion de danser. Et puis, on découvre parmi eux Ryan et Emma qui vivent leurs derniers instants de bonheur ensemble. Autant dire que c'était très émouvant". La logistique de ces séquences musicales extrêmement complexes, l'interaction entre musique et chorégraphie, les répétitions et les enregistrements ont été orchestrés par le superviseur musical Steve Gizicki : "Il s'agit sans doute de ma mission la plus difficile, mais aussi la plus gratifiante", confie-t-il.

Entre lumière, couleurs et action : le rôle de la photographie

Le style de LA LA LAND s'inspire avant tout du CinemaScope anamorphique et des couleurs acidulées de la grande époque des comédies musicales. Mais le réalisateur a réinterprété ces codes visuels avec sa sensibilité d'homme du XXIème siècle. Et si lui savait précisément ce qu'il voulait, il était conscient que ses collaborateurs seraient surpris.
"Le montage rythmé de WHIPLASH traduisait le tempo de la batterie", indique Chazelle. "LA LA LAND est aux antipodes : si le style de WHIPLASH peut être défini comme géométrique, LA LA LAND est, lui, tout en courbes. Le cinéaste qui m'a inspiré est Max Ophuls, maître des mouvements de caméra. On aimerait tous créer des mouvements d'appareil comme Ophuls, et bien entendu il a su le faire avant l'apparition du Steadicam. Notre objectif, c'était que la caméra soit semblable à un danseur, tout en fluidité, qui ne gêne jamais les pas de danse des comédiens mais qui s'intègre néanmoins à la chorégraphie".

La mise en scène expressionniste de RAGING BULL de Martin Scorsese a également marqué le cinéaste. "Dans ce film, Scorsese se demande ce qui se passe si on place la caméra au centre du ring", dit-il. "De même, je voulais installer la caméra parmi les danseurs afin qu'on ait l'impression qu'elle se déploie tout autour d'eux".

Pour y parvenir, il a collaboré avec le chef-opérateur Linus Sandgren, connu pour avoir éclairé AMERICAN BLUFF et JOY de David O. Russell. S'il a tourné en 35 mm avec des objectifs anamorphiques pour rattacher le film au passé, il a traité la photo à l'aide d'outils technologiques actuels. "Il fallait que la caméra soit d'un dynamisme incroyable", précise Horowitz. "Et on savait que Linus était l'homme de la situation". "Je n'ai jamais rencontré quelqu'un d'aussi motivé pour accomplir une prouesse qui en aurait découragé plus d'un", indique Fred Berger. "On a fait un usage intensif du Steadicam dans des proportions inédites. Et plus le tournage est devenu difficile, meilleur était Linus". La complicité artistique entre Chazelle et Sandgren a fait forte impression. "Damien aime s'inspirer de l'histoire du cinéma tout en étant inventif", affirme Berger.

"La collaboration entre lui et Linus était idyllique : ils se stimulaient mutuellement en se demandant comment pousser telle ou telle idée le plus loin possible. C'est ainsi que, grâce à eux, le résultat à l'écran est sans précédent".

Chazelle précise : "Linus était exactement le directeur photo qu'il nous fallait : il était non seulement prêt à tenter l'aventure avec nous, mais il avait envie d'aller encore plus loin que nous ne l'avions imaginé. Il possède une énergie d'enfant que je trouve sidérante. On dirait un gamin dans un magasin de jouets qui envisage toutes les possibilités que lui offre le cinéma".

Sandgren a été séduit par la vision très précise du film qu'avait le réalisateur et qu'il a story-boardée intégralement avant le début du tournage. "Quand Damien m'a raconté comment il envisageait de réaliser le film, c'était tellement hors du commun que c'en était intriguant", constate le chefopérateur.

"Il voulait faire un film rendant hommage à l'âge d'or d'Hollywood d'une manière très moderne et en jouant sur la fluidité des mouvements de caméra. Ses idées esthétiques étaient tellement belles que je ne me suis rendu compte que plus tard qu'elles posaient d'innombrables défis techniques". Des défis qui se sont avérés incessants. Tout d'abord, étant donné que le film était tourné en 35 mm anamorphique à 4 perfs, l'équipe disposait d'une autonomie de dix minutes. Bien plus, Chazelle tenait à tourner les grands numéros musicaux en une seule prise.

"C'est toujours un pari majeur, surtout si on veut le faire avec un bon éclairage", explique Sandgren. "Damien ne souhaitait pas avoir recours à des effets numériques en postproduction : tout devait être tourné sur le plateau. La magie du film n'est jamais artificielle : tout ce que l'on voit à l'écran se déroule sous nos yeux. De mon côté, je considère toujours que les choses peuvent se faire : il faut seulement trouver la solution. Dans ce cas, il nous a fallu être extrêmement organisé". La composition des plans était tout aussi exigeante. "Damien tenait à ce que l'image soit très anamorphosée", reprend-il. "À l'heure actuelle, les films en Scope sont tournés en 2.40:1. Mais on s'est dit que ce serait intéressant de tourner LA LA LAND en 2.52:1 pour lui donner l'aspect plus anamorphosé des vieux films. J'en ai parlé à des techniciens chez Panavision et ils ont aménagé quelques objectifs pour s'adapter à nos désirs. Il leur a fallu construire de nouveaux verres dépolis pour nous mais je trouve que cela enrichit encore le film".

Sandgren a également utilisé une myriade de lumières teintées pour mettre en valeur la palette de bleus froids, de verts et de roses. Chazelle tenait particulièrement à ce que les scènes de nuit soient éclairées avec leur propre ciel bleuté. Quant à l'emplacement de la caméra dans les scènes dansées, Sandgren a fait appel à son penchant personnel pour la chorégraphie : "Il fallait qu'on ait le sentiment que la caméra se met également à danser", note-t-il.

"Dans le même temps, il ne fallait pas que ça se voie, si bien qu'elle devait se fondre avec les danseurs. Chaque numéro présentait ses propres difficultés et on s'est souvent dit qu'on n'arriverait pas à les régler. Il y avait énormément de facteurs à prendre en compte à chaque moment".

Le Los Angeles de LA LA LAND : les décors

LA LA LAND n'est pas seulement une magnifique histoire d'amour, mais un hommage à Los Angeles et à ceux qui ne cessent de prendre des risques artistiques, quitte à en avoir le cœur brisé. L'équipe a ainsi sillonné toute la ville au cours des 40 jours de tournage. Comédiens et techniciens se sont donc rendus à l'Observatoire de Griffith Park et au célèbre Lighthouse Café de Redondo Beach, club de jazz depuis 1949. L'ensemble a été supervisé par l'équipe du chef-décorateur David Wasco et de la décoratrice de plateau Sandy Reynolds-Wasco (RESERVOIR DOGS, PULP FICTION, RUSHMORE, LA FAMILLE TENENBAUM, KILL BILL, COLLATERAL et INGLORIOUS BASTERDS). Ils se sont inspirés de leur fascination pour une ville souvent dénigrée mais propice aux fantasmes.

"On a montré Los Angeles de jour comme de nuit", indique David Wasco, "mais c'était surtout l'occasion de porter un regard neuf sur la ville grâce à un réalisateur novateur sur un plan esthétique. On connaît bien le terrain et du coup on en a profité pour tourner dans des quartiers qu'on n'a pas encore vus à l'écran". Sandy Reynolds-Wasco ajoute : "Ce qui nous a également plu, c'est qu'il s'agit de la première vraie vision musicale de Los Angeles depuis des décennies".

À l'image de l'atmosphère du film, les lieux de tournage alternent entre modernité et époques révolues. "C'est quelque chose d'intrinsèque à la ville", relate David Wasco. "On peut parfois être face à un immeuble et avoir le sentiment d'être à Hollywood dans les années 40 et puis se retourner et se sentir en 2016. Damien avait l'intention d'exploiter la dimension atemporelle de la ville". Chazelle souhaitait également restituer l'atmosphère particulière de la ville.

"Los Angeles est un formidable personnage de cinéma car elle déborde à la fois d'optimisme et de rêves brisés", note Sandy Reynolds-Wasco. L'histoire de la culture pop est également très visible dans la métropole californienne. En témoigne la projection de LA FUREUR DE VIVRE à laquelle assistent Sebastian et Mia au Rialto Theatre, célèbre salle de cinéma, puis la scène de l'Observatoire de Griffith Park où se déroule l'un des temps forts du film de Nicholas Ray. L'équipe était enchantée de pouvoir tourner dans ces décors réels, mais David et Sandy Wasco ne s'en sont pas contentés. Ils ont ainsi utilisé le véritable cadre du planétarium tout en en réinventant l'intérieur comme un univers féerique Art Déco où Sebastian et Mia entament une valse, tandis qu'une succession de tableaux défilent en arrière-plan. Pour ce décor, ils ont même retrouvé le vieux projecteur d'origine du planétarium, aujourd'hui remplacé par un modèle plus moderne. "On en a loué un d'occasion, si bien qu'on s'est servi du véritable projecteur du planétarium qu'on a posé sur une plaque tournante", précise David Wasco. "C'était un décor très intéressant".

L'échangeur des autoroutes 110 et 105, qui surplombe le centre-ville, était un site beaucoup moins facilement aménageable. C'est là que se déroule la séquence d'ouverture, chantée et dansée. "C'est assez original de mettre en scène un numéro à la Busby Berkeley sur une autoroute de Los Angeles", signale Wasco.

"On a donc commencé par agencer un espace dans le parking du studio où on a installé de fausses séparations des voies et des voitures pour que Damien, Mandy et les comédiens puissent répéter. Puis, on a disposé d'un très bref laps de temps pendant lequel la police autoroutière de Californie a fermé l'autoroute et nous a permis de tourner cette séquence extrêmement complexe. Et comme par magie, tout s'est très bien passé".

Ce sont les Wasco qui ont eu l'idée de faire conduire à Sebastian une décapotable Buick Riviera de 1980, voiture immédiatement identifiable qui devient un personnage à part entière. Ils ont aussi couvert les murs de l'appartement de Sebastian de photos de légendes du jazz, tandis que Mia a accroché chez elle un immense portrait de son héroïne Ingrid Bergman. Ils ont également ponctué leurs domiciles de clins d'œil à des films que les cinéphiles reconnaîtront sans doute, mais ils revendiquent aussi l'influence de peintres comme Ed Ruscha et David Hockney qui ont exploré la mythologie de Los Angeles, ou encore du fauviste Raoul Dufy, réputé pour ses explosions de couleurs. Les décors sont plus inventifs encore vers la fin du film, et tout particulièrement pour le numéro baptisé "Épilogue".

"Pour cette séquence, Damien souhaitait évoquer les univers fantasmatiques de Los Angeles et Paris reconstitués en studio", ajoute David Wasco. "On a utilisé des toiles peintes si bien que le style visuel est délibérément théâtral. C'est une scène essentielle et on s'y est attelés depuis le début de la prépa jusqu'au jour du tournage". Si Los Angeles est le berceau de bien des films, il n'est pas toujours évident d'y tourner. Le réalisateur était enchanté de pouvoir proposer un regard neuf sur la ville. "Je n'étais jamais allé dans la plupart des endroits qu'on a repérés", note-t-il. "Cela fait neuf ans que je vis à Los Angeles, et ce qui me fascine ici, c'est qu'il y a sans cesse de nouveaux lieux à découvrir. Cette dimension propre à la ville enrichit le récit".

Un foisonnement de couleurs : les costumes signés Mary Zophres

Pour Mary Zophres, chef-costumière citée à l'Oscar qui a aussi bien collaboré à NO COUNTRY FOR OLD MEN qu'à INTERSTELLAR, LA LA LAND lui permettait de s'immerger totalement dans un univers. Elle a ainsi travaillé avec Linus Sandgren et le couple Wasco pour imaginer un monde où les costumes s'accordent aux décors. Tout d'abord, Mary Zophres a réfléchi à la très grande variété de costumes du film.

"Rien que Mia et Sebastian ont plus de cinquante tenues différentes chacun", remarque la chef-costumière. "Mais j'étais tellement inspirée par la vision de Damien que j'en avais la chair de poule. C'est ce qui permet d'aller de l'avant même quand on n'a pas dormi et qu'on est épuisé".

Chazelle et elle ont cherché à transmettre l'émotion par les couleurs. "Dès le premier jour, on a passé en revue chacune des scènes en rapport avec la palette chromatique", confie la chef-costumière. "Par exemple, on a évoqué telle scène qui devait être dans des tons neutres avec une touche de jaune, ou telle autre dans laquelle les hommes étaient en costumes sombres et les femmes dans des tenues colorées. Ce qu'on voulait, c'était un style atemporel traité de manière contemporaine".

Le réalisateur et sa collaboratrice se sont longuement penchés sur de grandes comédies musicales comme LES PARAPLUIES DE CHERBOURG de Jacques Demy, TOUS EN SCÈNE ! de Vincente Minnelli et SUR LES AILES DE LA DANSE de George Stevens. Mais Mary Zophres précise qu'il ne s'agissait pas d'imiter ces modèles. Bien au contraire, les costumes et les couleurs s'inspirent essentiellement des univers dans lesquels évoluent Sebastian et Mia.
"C'était une démarche des plus intuitives", note-t-elle. "Nous avons largement fait appel à la couleur, comme dans les comédies musicales de la grande époque, mais nous l'avons fait pour que cela mette les personnages en valeur. Par exemple, j'avais vu Emma dans une robe jaune canari sur un tapis rouge. Il n'y a pas beaucoup de gens qui sont flattés par cette couleur, mais Emma était éblouissante. Du coup, j'ai proposé à Damien de lui faire porter une robe jaune pour le numéro du 'Duo'". Mary Zophres s'est révélée être une formidable muse.

"C'est un vrai bonheur d'habiller Emma", dit-elle. "On a vécu des moments de pur émerveillement pendant qu'elle essayait ses différentes tenues car elle est une véritable source d'inspiration. Au départ, Mia est habillée dans des tons chatoyants qui dénotent son côté 'girlie'. Et puis, à mesure qu'elle gagne en maturité et qu'elle se concentre davantage sur son travail d'actrice, les teintes de sa garde-robe s'estompent un peu – jusqu'à ce que, dans son spectacle, elle soit carrément habillée en noir et blanc. On la retrouve ensuite cinq ans plus tard : c'est la même femme, mais beaucoup plus sophistiquée". La plupart des tenues de Mia ont un côté vintage, en adéquation avec l'atmosphère du film. "Son chemisier de barmaid s'inspire d'un plan sublime d'Ingrid Bergman des années 40", souligne la chef-costumière.

"On a aussi pensé à un bout d'essai qu'Ingrid Bergman a fait au tout début de sa carrière où elle porte une robe dos nu rose. Mia porte une tenue similaire qu'on a dénichée dans une friperie vintage de la San Fernando Valley. C'est le genre de robe qu'on pouvait porter il y a cinquante ans, mais qu'on peut tout aussi bien porter aujourd'hui". En ce qui concerne Sebastian, Mary Zophres a mis en valeur son élégance légèrement décalée avec son époque. Presque tous ses vêtements ont été conçus sur mesure.

Elle s'explique : "Il n'a pas forcément l'air à la mode, mais il n'est pas non plus habillé comme la plupart des gens qu'on croise dans la rue. On sent qu'il s'agit d'un style qu'il a lui-même mis au point et qu'il cultive. On ne l'imagine pas en t-shirt. Il a une silhouette d'une grande finesse qui traduit son respect pour la tradition et la bienséance".

Les couleurs revêtent une importance capitale chez Sebastian, qu'il s'agisse de son costume marron en zibeline dans la scène d'ouverture ou de sa veste en tweed bleue ou encore de ses tenues totalement noires qu'il porte en tournée avec les Messengers. Il arbore également des chaussures bichromes – que la chef-costumière apprécie particulièrement, comme elle l'affirme : "Elles étaient en vogue dans les années 40, mais il s'en dégage une vraie fantaisie, une grande légèreté et un amour de la vie. Pour moi, ces chaussures incarnent une forme de gaité et sont emblématiques de Sebastian car il est animé d'une vraie passion pour le passé. J'adorerais voir davantage d'hommes en chaussures bi-chromes dans la rue".

Gosling a été très sensible au travail de Mary Zophres. "S'il existe un Mont Rushmore des chefs-costumières, Mary Zophres y figure en bonne place", indique Ryan Gosling. "C'est l'une des plus grandes créatrices de costumes en activité et ses tenues m'ont vraiment permis de trouver l'équilibre entre l'atmosphère des années 40 et l'époque contemporaine". Pour les principaux numéros dansés, Mary Zophres s'est non seulement attachée à l'esthétique de la chorégraphie, mais aussi à sa dimension fonctionnelle : elle tenait à ce que les costumes tourbillonnent et virevoltent et soient plus flamboyants encore dans les scènes de danse les plus extravagantes.

"Les tenues de Mary font écho à la sensibilité exacerbée qui émane de chaque plan du film", reprend Marc Platt. "Et les mouvements que décrivent ses costumes ne font qu'accentuer la beauté du film". Jordan Horowitz s'est dit enchanté à l'idée que l'ensemble des chefs de poste se mobilisent et réussissent l'exploit de signer un film musical résolument contemporain. "Nous avons bénéficié de formidables collaborateurs sur ce film", dit-il "Et à mon avis, ce qui le singularise, c'est que toutes les parties prenantes se sont passionnées pour leur travail et ont adoré mettre en œuvre le projet de Damien avec autant de bonheur qu'il en a eu pour l'écrire".

Fred Berger intervient : "Au final, LA LA LAND est une expérience sensorielle telle qu'il se prête particulièrement bien au grand écran et qu'il réserve au spectateur un moment de bonheur intense. Les personnages y sont authentiques, mais il s'agit également d'un spectacle visuel de la première à la dernière image". Selon Platt, chaque élément soigneusement étudié du film – les dialogues, les chansons, le jeu des comédiens, l'image, les décors et les costumes – contribue à créer une œuvre qui, comme l'amour, donne le sentiment de transcender la simple addition de ses ingrédients. "LA LA LAND est une expérience cinématographique à part entière", dit-il.

"C'est un film qui a du souffle tout en étant intime. À la fois spectaculaire et romantique. Joyeux et mélancolique. Il y a des scènes dansées et chantées et le film parle d'amour et offre une vision inédite de Los Angeles. Au bout du compte, il peut vous plonger dans une atmosphère qu'on n'a pas l'habitude de ressentir au cinéma". Le réalisateur espère que le film inspirera chez le spectateur la passion qui l'a vu naître. "Je pense vraiment que la passion est au cœur de LA LA LAND", conclut Chazelle. "Il parle de la passion pour l'art et pour l'amour. J'espère qu'on ressentira aussi la passion qui nous a animés pendant le tournage, l'écriture et la composition de la musique".

  
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