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samedi 25 janvier 2020

WAVES


Drame/Romance/Une réalisation intense, de belles interprétations, un film dur et émouvant

Réalisé par Trey Edward Shults 
Avec Taylor Russell McKenzie, Kelvin Harrison Jr., Sterling K. Brown, Renée Elise Goldsberry, Lucas Hedges, Alexa Demie, Bill Wise, David Garelik, Justin R. Chan...

Long-métrage Américain
Durée : 02h15mn
Année de production : 2019
Distributeur : Universal Pictures International France 

Date de sortie sur les écrans américains : 15 novembre 2019
Date de sortie sur nos écrans : 29 janvier 2020


Résumé : l’intrigue de WAVES se déroule au cœur des paysages exceptionnels du sud de la Floride. Servi par une distribution remarquable où se côtoient des acteurs nommés aux Oscars aussi bien que des nouveaux venus, le film retrace le parcours des membres d’une
famille afro-américaine, menée par un patriarche protecteur, mais très exigeant, sur les eaux troubles du malheur et du deuil. Un chemin douloureux qui finira par les rassembler sur les rives de l’amour et du pardon, si tant est qu’ils parviennent à accepter de lâcher prise.
Réalisé par Trey Edward Shults, WAVES est un récit poignant qui rappelle la capacité de l’être humain à pardonner et continuer à grandir, même dans les situations les plus désespérées.

Bande annonce (VOSTFR)


Ce que j'en ai pensé : avec ses mouvements de caméra tournoyants, le réalisateur, Trey Edward Shults, nous fait parcourir le chemin d'une spirale descendante qui finit par reprendre le chemin d'une spirale ascendante, dans un jeu de miroirs surprenant qui se différencie par un supplément d'âme. Sa mise en scène lie les destinées des protagonistes entre elles. Il nous fait passer confortablement et dans un belle dynamique d'un moment à l'autre, d'un lieu à l'autre, d'une vie à l'autre. 

Trey Edward Shults a également écrit le scénario de ce film. Dans sa première partie et sa seconde partie, il évoque des thématiques déjà vues plus d'une fois au cinéma, qui reflètent des sujets de société souvent traités. Cependant, ce qui nous marque est à la fois la force qu'il insuffle aux images, ainsi que la construction particulière de sa narration. Il sait créer visuellement le ressenti des protagonistes à l'écran. Il glisse ainsi très rapidement d'une ambiance à l'autre et indique aux spectateurs au travers des atmosphères qu'il met en place que son récit va prendre un tournant. 

L'amour est au cœur de l'intrigue. Il y a l'amour qui prétend en être, mais qui n'en n'est, en fait, absolument pas et qui mène à des actes, aux conséquences désastreuses et accablantes, qui ne peuvent trouver aucunes excuses aux yeux de l'humanité. Il y a l'amour qui vous prend au dépourvu, qui est humain au sens positif, réel et véritable. Il y a l'amour de la force du pardon face à l'impardonnable, l'amour qui soutient, l'amour qui se construit et se déconstruit pour mieux se retrouver. Comme tout sentiment fort, il entraîne dans son sillon des émotions intenses. 

Le réalisateur pose le contexte, explique les conditions des faits, donne des éléments au fur et à mesure et n'impose pas un jugement aux spectateurs. Il s'appuie sur ses très bons acteurs pour faire exister cette famille et rendre crédibles les épreuves qu'elle traverse et les ressentis qu'elle affronte.

Kelvin Harrison Jr. interprète, avec conviction et justesse, Tyler, un lycéen qui a l'avenir devant lui et qui prouve que c'est face à l'adversité que le caractère profond d'un individu se révèle vraiment, pour le meilleur ou pour le pire.




Taylor Russell McKenzie interprète Emily, la sœur de Tyler. L'actrice apporte beaucoup de sensibilité à ce rôle à fleur de peau.




Sterling K. Brown interprète Ronald, un père de famille aimant et exigeant. Il apporte beaucoup de consistance à son personnage.




Renée Elise Goldsberry interprète Catharine, une femme qui mène de front sa carrière, son rôle de mère et son rôle d'épouse. L'actrice est touchante dans ce rôle.



Alexa Demie interprète Alexis, la petite amie de Tyler. Elle dépeint une jeune fille enthousiaste face à la vie.



Lucas Hedges interprète l'attachant Luke, un jeune homme au caractère doux et qui se fie à son cœur.


Copyright photos @ Universal Pictures International France

WAVES nous entraîne sur une vague de drames qui viennent se fracasser dans une déferlante d'émotions. Sa réalisation inspirée fait ressortir la force de son propos. L'interprétation des acteurs donne corps au récit. Ce long-métrage nous raconte non pas une histoire, mais des histoires qui s'entrechoquent. Il prend son temps et révèle pourtant une intensité inattendue. C'est un film à la fois dur et émouvant.

NOTES DE PRODUCTION
(À ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

À PROPOS DU FILM

TREY EDWARD SHULTS nous livre ici l’histoire déchirante d’une famille qui, sur le point de s’écrouler, finit par retrouver un deuxième souffle grâce à l’amour, la communication, le pardon et les liens familiaux.

Servi par une distribution hors normes et une structure narrative exceptionnelle, WAVES traite de l’Amérique d’aujourd’hui, à travers le parcours d’un frère et d’une sœur en quête d’identité à l’aune d’un terrible drame.

Le troisième film de Trey Edward Shults est peut-être le plus personnel de son œuvre quant aux thèmes de l’amour et du deuil. Il est baigné par une atmosphère musicale très particulière créée par Trent Reznor et Atticuss Ross, le duo Oscarisé de la bande originale du film THE SOCIAL NETWORK (David Fincher, 2010), et rythmé par les titres de Franck Ocean ou Radiohead.

Le réalisateur livre ici un film sans concession aussi radical visuellement que musicalement, explorant la manière dont l’amour et le deuil affectent les liens familiaux.

Centré autour d’une famille afro-américaine vivant au sud de la Floride, le film passe également en revue les pressions familiales, les limites de l’amour filial et les difficultés que parents et enfants peuvent éprouver à exprimer leurs vulnérabilités respectives, alors qu’elles sont nécessaires à leur développement et leur survie.

Sterling K. Brown qui joue Ronald Williams le père de cette famille nous raconte : « ma mère me disait toujours je suis dure avec toi pour que la vie ne puisse pas l’être plus. C’est ainsi, je pense, que Ronald se comporte avec son fils, croyant qu’il a la responsabilité de ne pas le laisser sortir faire n’importe quoi et se ridiculiser. Il est plein de bonnes intentions, mais il va devoir réaliser, comme je l’ai fait moi-même, qu’il vaut mieux en tant que parent être motivé par l’amour que par la peur. »

WAVES dissèque toutes les formes de l’amour, et analyse la façon dont il peut aussi bien séparer les êtres que les rapprocher.  «  C’est un film qui parle des différentes facettes de l’amour, qu’il soit romantique ou filial, de ce que signifie la passion, et de ce qui peut arriver quand tout s’écroule ».

LA CRÉATION DE WAVES

L’idée du film est née il y a plus d’une dizaine d’années, bien avant que son auteur n’ait écrit et réalisé IT COMES AT NIGHT (2017) ou KRISHA (2016) inspiré par l’histoire de sa propre famille. Ce dernier a remporté le prix du festival South By Southwest et a été en compétition au Festival de Cannes. WAVES dépasse cette fois le cadre de l'expérience familiale du réalisateur et marque l’approfondissement de son art aussi bien que de sa technique tout en explorant des thèmes qui lui sont chers.

Il nous explique  : «  j’étais beaucoup plus jeune quand j’ai commencé à réfléchir à ce film. J’avais alors des images de GÉNÉRATION REBELLE (Richard Linklater, 1993) qui me venaient à l’esprit, puis ça s’est transformé et j’ai eu l’idée de l’histoire de cet adolescent qui sombre dans une terrible tragédie, et finalement celle de sa sœur qui traverse sa première véritable histoire d’amour ».

WAVES possède une articulation très spéciale, c’est un film séparé en deux parties qui sont liées par un passage commun, mené de main de maître par son réalisateur Trey Edward Shults qui s’impose avec ce film comme l’un des cinéastes les plus avantgardistes de sa génération. Passant de la spirale infernale de Tyler à la renaissance et l’épanouissement de sa sœur, les deux parties du film se reflètent et sont liées par les attentes de leurs parents interprétés par Sterling K. Brown et Renée Elise Goldsberry.

Le réalisateur développe : « je me suis inspiré de CHUNKING EXPRESS (Wong Kar Wai, 1994) pour me concentrer dans une première partie sur le frère puis sur la sœur, mais toujours dans leurs dynamiques de couple respectives, avec leurs parents comme fil rouge ».

Sterling K. Brown en dépit de son emploi du temps surchargé en raison du tournage de la série "This Is Us" (de Dan Fogelman, 2016-2019), nous raconte : « Il y a deux énergies très différentes dans le film. Celle du début, très frénétique et électrique, s’oppose à celle plus languide et intérieure de la deuxième partie. Elles émanent de ce frère et de sa sœur au fur et à mesure des évènements qu’ils traversent, et de leurs quêtes respectives. La première partie est aussi explosive que la seconde est apaisante ».

LA DYNAMIQUE FAMILIALE

Comme les deux précédents films du réalisateur, qui traitaient des liens familiaux et de la difficulté à communiquer quand les choses dégénèrent et que le chaos finit par s’installer, WAVES explore encore une fois le terrain miné que peut devenir la famille. Ici ce foyer afro-américain.

Le réalisateur explique : « les Williams ont dû se battre pour en arriver là où ils sont, avec une belle maison, de bonnes carrières et des enfants bien élevés. Tous comme leurs parents les enfants ont acquis une éthique de travail. Mais comme toutes les familles américaines, la façade est fissurée par des luttes internes larvées. Leur fils de 17 ans, Tyler (Kelvin Harrison Jr.) est un jeune athlète prometteur, future star de lutte universitaire. Il est fou amoureux de sa copine Alexis (Alexia Demie) mais éprouve des difficultés à être à la hauteur de la barre que repousse en permanence son père et ce dans tous les domaines, que ce soit pour ses résultats scolaires ou sportifs, jusqu’à son petit boulot, et ce à un moment où il essaie de déterminer qui il a envie de devenir. Et comme la plupart des adolescents, Tyler ne sait pas vers qui se tourner pour exprimer ses peurs, ses faiblesses ou sa vulnérabilité ».

Le jeune comédien a développé son personnage avec la complicité du réalisateur pendant des mois avant le début du tournage, en s’inspirant de sa propre relation avec un père exigeant. Il développe : « son père est un véritable exemple pour lui, dans la mesure où il est peut-être l’homme le plus dur à la tâche qu’il ait jamais rencontré. Quand on idéalise quelqu’un à ce point, il est très difficile d’éprouver de la compassion pour soi-même et de penser qu’on peut arriver à la cheville de cette personne. C’est un des problèmes principaux de Tyler ».

Ronald pousse son fils à exceller en tout, que ce soit en lutte pour être le premier, ou en sport à pousser des poids trop lourds pendant des heures. C’est une relation paradoxale, très compliquée où les démonstrations d’amour filial et les altercations se succèdent de plus en plus, entamées par les projections de Ronald de ses propres peurs et démons. Il aime tellement son fils que celui-ci bascule d’autant plus violemment, profondément bléssé aussi bien physiquement que mentalement de ne pas être à la hauteur, ce qui donne un côté tragique à la première partie de cette histoire.

Sa relation amoureuse qui se délite ajoute également une énorme pression au jeune homme qui ne voit pas son avenir comme sa petite amie. Ces deux relations très exigeantes le poussent vers l’autodestruction, ouvrant la voie à un des thèmes centraux du film  : la manière dont les perturbations des relations intimes peuvent à la fois construire et détruire les êtres au sein d’une même famille. Mais si Trey Edward Shults nous montre le côté obscur des relations fusionnelles, il nous explique aussi également comment elles peuvent aboutir à la lumière et la manière dont le pardon et le renouveau peuvent émerger des cendres de la destruction, brisant ainsi la spirale infernale du drame et du malheur qui se transmet de génération en génération.

Pour le réalisateur qui s’est largement inspiré de sa propre histoire, c’est là que réside la tragédie de la trajectoire de la famille Williams. Ce qui arrive à Tyler détruit tous ses rêves, ses aspirations et ses efforts. En revanche, la partie d’Emily opère comme un contrepoint et vient apporter la lumière et l’espoir au moment où personne n’y croit plus. WAVES est un film qui parle de famille et de pardon, un film sur la résilience et la capacité d’aller de l’avant.

À travers les trajectoires de Tyler et Emily, le réalisateur nous offre une expérience cinématographique innovante et à laquelle il est facile de s’identifier, à travers les pressions que subit l’un, qui sont à la limite de l’ingérable et le chemin rempli de joie et d’affection que trouvera l’autre, en prenant une direction totalement opposée au désastre d’où elle vient.

RETROUVER L’ESPOIR

Le film bascule totalement au moment où les Williams doivent endurer la pire des douleurs et semblent toucher le fond. Commence alors une seconde moitié qui envoie le film dans une toute autre direction en se concentrant sur Emily (Taylor Russel) la petite sœur si sage qu’on ne remarque que furtivement dans la tragédie de Tyler.

La jeune fille se trouve à un moment critique de sa vie, et elle essaie de trouver sa place au sein de sa famille, où elle se sent invisible cachée dans l’ombre de son frère. Toute l’attention est d’abord portée à Tyler et aux pressions qu’il subit pour finalement lui laisser l’opportunité de se découvrir et d’enfin prendre elle-même les décisions qui feront d’elle la femme qu’elle est sur le point de devenir.

Alors qu’elle vient de sortir d’une spirale de violence et de douleur, elle trouve le chemin de la lumière. Elle tombe littéralement et passionnément dans les bras d’un de ses camarades de classe qui était dans la même équipe de lutte que son frère, Luke (Lucas Hedges). Leur histoire se construit en miroir de la passion que son frère et Alexis ont pu vivre, mais d’une façon plus pure et innocente, empreinte d’une grâce qui les en éloigne définitivement.

À mesure que la jeune fille s’épanouit à la chaleur de l’amour de son compagnon, elle choisit de ne pas se laisser détruire par la tragédie qu’elle a traversée et l’histoire de son frère. Très isolée après le drame, elle est encore plus écrasée par l’ombre fraternelle que jamais et par le poids de ce qu’il a fait et de ce qui lui est arrivé lui semble insurmontable. Elle est terrorisée, au moment où elle doit choisir qui elle veut devenir, un abysse de noirceur s’est ouvert sous ses pieds et elle aurait pu devenir une toute autre personne si elle n’avait pas choisi d’embrasser l’amour au lieu de la haine.

L’AUTEUR ET L’ACTEUR

Trey Edward Shults a jeté les premières esquisses de WAVES juste après la sortie de IT COMES AT NIGHT en juillet 2017 et l’a immédiatement envoyé à sa jeune star, dont il avait adoré le travail et à qui il tenait à donner un rôle plus étoffé.

KELVIN HARRISON JR. a tout de suite accroché à la complexité du rôle de Tyler, et dès que le contrat a été conclu, le réalisateur et son acteur se sont mis au travail pour créer le rôle en fonction du point de vue du jeune homme, qui n’a pas hésité à se servir d’expériences personnelles et à partager par texto des anecdotes familiales avec Trey Edward Shults, alors qu’il était en tournage sur d’autres films.

Il s’est en particulier épanché à propos de conversations avec son père qui ont forgé sa personnalité actuelle et qui l’ont aidé à créer son personnage dans le film, comme à l’époque elles l’avaient aidé à forger sa propre personnalité. Le jeune comédien s’est heurté comme Tyler à la volonté de son père qui aurait voulu le voir entamer une carrière musicale. Mais il a su prendre le contrôle de son avenir et choisir l’art dramatique, un choix qui a parachevé l’identité forte et puissante qui lui vaut aujourd’hui d’être reconnu comme un comédien de talent.

Au fur et à mesure des séances d’écriture, Ronald Williams est devenu une sorte d’hybride entre leurs pères respectifs. Le réalisateur se rappelle : «  la première version du script parlait de mon expérience avec mon propre père. Puis quand nous avons commencé à échanger avec Kelvin, nous nous sommes vite aperçus que le film tournerait autour de notre dynamique paternelle commune ».

WAVES dissèque les pressions que subissent les adolescents américains, comme Tyler, qui se débattent entre leurs ambitions, leurs désirs, la pression que leur mettent leurs parents et la manière dont ils peuvent tout faire coïncider en une seule personne : l’adulte qu’ils vont devenir. Durant une des scènes du film on voit le jeune Tyler se teindre les cheveux en blond à la Franck Ocean, pour échapper et s’affirmer à sa manière face à la rigidité paternelle. De même lors d’un échange virulent de textos, il s’oppose au futur que tente de lui imposer sa petite amie.

Quant à la relation entre Tyler et Alexis les deux comédiens s’étaient mis d’accord sur le fait qu’ils devaient avant tout être les meilleurs amis du monde et que leur amour devait être pur et sincère. Kelvin Harrison Jr. résume : « Tyler est très anxieux, mais il est très épris de sa petite amie. C’est directement lié au fait qu’il ait perdu sa mère très jeune, que sa belle-mère ne parvient pas à remplacer et à ce vide qu’il essaie inconsciemment de combler ».

Afin de renforcer l’impression d’osmose de ce couple, les deux jeunes acteurs ont passé du temps ensemble, se sont raconté leurs vies, leurs secrets et ont pris en ligne un cours commun sur lequel ils étaient obligés de travailler ensemble. Kelvin Harisson a aussi pris des cours de lutte afin de paraître crédible durant les combats, mais aussi pour traduire physiquement la rage et la fureur qui le parcourent.

À l’annonce de sa blessure, comme tous les adolescents, Tyler a du mal à accepter l’information, ou même à en parler à qui que ce soit. Il ne peut se résoudre à affronter ce genre d’instabilités ou de faiblesses qui le renvoient directement au petit garçon orphelin de mère qu’il était, livré à son père. Le réalisateur approfondit : « Tyler s’est fabriqué sur le moule que son père a forgé. Il se doit d’être plus parfait que les autres et surtout de tenir bon. C’est pour cela qu’il ne dit rien de ses problèmes ni à son père, ni à sa belle-mère, ni à sa sœur ou même sa petite amie à propos de son épaule et qu’il réagit de telle manière. Si aucun de ces évènements ne s’était produit, et ce en si peu de temps, il aurait tracé sa route. Mais tel n’est pas le cas et quand son monde lui explose littéralement à la figure, il ne sait plus comment demander de l’aide à force d’avoir été convaincu qu’il est le plus fort de tous ».

La tonalité du film est très naturaliste et le jeune comédien a dû se confronter à ses propres faiblesses et insécurités, sans compter les choses qu’il détestait chez lui. Il commente : « je n’ai rien à voir avec Tyler, mais la manière dont j’ai dû me préparer physiquement avec la musculation, la gestion de ma testostérone, de mon ego, boire des protéines, me décolorer les cheveux, tout ça a infusé une sorte d’énergie en moi que je portais comme un masque, les gens me regardaient différemment ».

Le réalisateur et le jeune comédien voulaient explorer toutes les complexités de ce personnage en qui se bousculent les frustrations propres à l’adolescence et pour lequel il allait falloir déployer toute l’empathie et la générosité possible afin que sa descente aux enfers reste accessible au public sans pour autant faire de lui un monstre. Grâce au talent du jeune comédien, Tyler est devenu l’emblème des pressions actuelles et la manière dont les jeunes essaient, et parfois échouent, à trouver leur chemin dans cette nouvelle ère qui peut être aussi stressante que dangereuse.

Kelvin Harrison Jr. conclut à propos de son personnage  : « Tyler n’est pas un monstre, les gens peuvent faire des erreurs et toujours être considérés comme des êtres humains. Il faut apprendre à être tolérants et ne pas juger trop vite. Je suis devenu un fervent défenseur de Tyler ».

LE PATRIARCHE

STERLING K. BROWN l’acteur multirécompensé pour les séries "American Crime History  : The People Against O. J." (de Scott Alexander et Larry Karaszewski, 2016) ou "This Is Us" (de Dan Fogelman, 2016-2019), interprète le rôle complexe de Ronald Williams. Cet acteur de talent amène nuance et gravité à ce personnage aux multiples facettes qui découvre que la meilleure façon d’être de bons parents passe par la vulnérabilité et la compréhension plutôt que par la sévérité même si celle-ci est motivée par l’amour.

À la lecture du script, le comédien a tout de suite reconnu des générations entières de cet homme et la manière dont ce comportement se transmet de père en fils. Il a amené tellement de nuance et de générosité à son rôle que le réalisateur a apprécié la qualité de leur travail commun.

Dans la première partie du film, Ronald pousse son fils de manière excessive sans même le réaliser. Dans la seconde partie, il trouve enfin la paix grâce à sa relation avec sa fille Emily, et découvre une vulnérabilité qu’il ne se connaissait pas jusque-là et qu’il n’avait jamais partagé avec son fils. Après avoir perdu son fils, avoir été tenu à distance par sa femme, il est sauvé par la seule personne dont il ne s’est jamais vraiment préoccupé et se trouve forcé à reconsidérer qui il est. Il laisse tomber la sévérité qu’il pensait nécessaire et constructive pour l’évolution de son fils et suit l’exemple de sa fille Emily en choisissant l’amour, la transparence et l’honnêteté.

Le comédien conclut : « on peut voir cet homme évoluer au fur et à mesure du film, et on comprend que les relations familiales doivent être basées sur la confiance, car si les enfants se sentent étouffés ils finiront par se rebeller ou s’enfuir. Ce n’est qu’en voyant ce qu’a donné son éducation sur son fils qu’il comprend qu’il lui faut suivre l’exemple de sa fille. S’il avait su partager ce niveau d’intimité et de vulnérabilité avec son fils, il aurait pu lui montrer que la véritable force ne réside pas dans le fait d’être parfait ou de tout contrôler, mais d’être capable de s’appuyer sur les personnes en qui on a confiance et qui vous aiment quand les temps sont durs et surtout ne pas hésiter à demander de l’aide ».

Comme il tournait pendant la semaine la série de NBC "This Is Us" (de Dan Fogelman, 2016-2019), Sterling K. Brown prenait l’avion tous les vendredis soir pour passer ses Week-Ends en Floride sur le tournage du film pour repartir le dimanche soir. Un emploi du temps que le comédien lui-même qualifie de schizophrène, épuisant mais motivant. Il se rappelle : « c’était un emploi du temps infernal : 3 week-ends d’affilée, dont un où douze scènes étaient prévues avant de passer aux scènes intimistes et là du jour au lendemain je me retrouve à péter un câble avec mon fils pour des histoires de musculation et m’écrouler en larmes avec ma fille qui ne connaît ni ne comprend rien à la vie, pas plus que moi d’ailleurs ».

PREMIER AMOUR

TAYLOR RUSSELL livre ici une performance d’exception dans un premier grand rôle avec le portrait de cette jeune fille qui découvre ses premiers émois amoureux au moment même où elle doit affronter un terrible drame. Elle a été auditionnée pour le rôle et le réalisateur a immédiatement vu qu’elle comprenait instinctivement la sensibilité qu’il recherchait chez ses acteurs.

Il se souvient  : «  dès la première audition, nous avons vu qu’elle était habitée, il se passait énormément de choses en elle sans qu’elle en fasse pour autant démonstration. C’est une qualité que peu de comédiens possèdent. On a l’impression qu’ils ne font pas grand-chose, mais quand on place la caméra sur eux, elle capte une infinité de sentiments qui se succèdent et s’entrechoquent. C’est une sorte de charisme et de puissance intérieure qui sont assez rares chez les jeunes acteurs ».

Pour la jeune comédienne qui jusque-là avait principalement travaillé à la télévision, le rôle d’Emily Williams est un peu le rôle de sa vie : « J’attendais un rôle comme celui-ci depuis toujours. Je me suis sentie réellement liée à ce personnage, rien qu’à la lecture du script. J’ai reconnu sa voix, parce que c’est une de mes voix intérieures. Du coup, je n’avais aucune pression, je n’ai eu qu’à me laisser guider par cette voix et me fondre en elle pour créer un personnage très proche de moi ».

LUCAS HEDGES avait contacté le réalisateur pendant la période d’écriture du film, pour lui faire part de son envie de travailler avec lui. Trey Edward Shults avait été très impressionné par la maturité du jeune comédien dans MANCHESTER BY THE SEA (Kenneth Lonergan, 2016), pour lequel il avait d’ailleurs été cité aux Oscars et nous raconte : « nous nous sommes tout de suite entendus, vous savez on le sent tout de suite quand le courant passe. Dès que j’ai eu fini l’écriture, je lui ai envoyé le script en lui demandant d’interpréter Luke l’amoureux d’Emily. Vers la fin du film ils partagent des scènes poignantes et durant leur road-trip, c’est elle qui l’aide à trouver la paix et le lâcher prise. C’est cette prise de conscience du pouvoir et de la force que l’amour lui donne qui lui permet de se réconcilier avec ses propres parents ».

Le jeune acteur a tout de suite accroché à l’intensité émotion nelle du film, et de toute façon était un grand fan des films de Trey Edward Shults avec qui il avait très envie de travailler. Il développe : « C’est un film plein d’émotions brutes comme la rage, la colère, la frustration, la joie, la liberté et la libération. On pourrait facilement le qualifier de Teen-Movie, mais c’est un film beaucoup plus viscéral. Ce qui sous-entend le film est beaucoup plus primal qu’identitaire. En allant voir ce film, le public va partager une expérience très brute et réaliste ».

L’EXIGENCE PARENTALE

RENÉE ÉLISE GOLDSBERRY interprète Catherine, qui comme son mari Ronald doit faire face au chaos et à la destruction dans la première partie du film, pour en sortir transformée grâce à l’amour et au pardon dans la deuxième. « Si elle n’est pas la mère biologique des enfants, leur vraie mère les ayant quittés quand ils étaient petits, elle ne se voit pas comme une belle-mère. Elle les considère comme ses propres enfants et le lien qu’ils entretiennent est affectueux et bienveillant. Elle est le réconfort familial, celle qui arrondit les angles. Comme elle reproche à son mari de pousser Tyler et d’ignorer Emily, en réaction elle est trop douce avec son fils et trop dure avec sa fille. Et en plus de tout ce qui se passe, elle doit encore retrouver de la place dans son cœur pour son mari ».

WAVES s’adresse aussi bien aux parents qu’aux jeunes qui luttent pour trouver leur place dans un monde difficile. Sterling K. Brown développe : « Ronald, une fois qu’il a perdu sa première femme, a du se retrouver terrifié à l’idée de perdre qui que ce soit d’autre. La manière dont il élève ses enfants découle directement de cette peur. Il fait en sorte que rien ni personne ne puisse plus lui échapper. Surtout son fils ». Le réalisateur ajoute : « La fin du film est pleine d’espoir, elle montre que ces gens vont s’en sortir. Comme le flux et reflux des marées, ou les courants sous-marins, ils vous poussent, vous tirent mais si vous savez les utiliser, même si vous en avez l’impression, vous ne coulerez pas ».

OCÉAN MUSICAL

Dès le début, Edward Trey Shults a voulu faire un film où la bande-son serait constitutive du sous-texte, à la manière de films comme LES AFFRANCHIS (Martin Scorsese, 1990) ou BOOGIE NIGHTS (Paul Thomas Anderson, 1997), où les chansons et la musique du film forment une vague de fond qui participe au déroulement du film. Le film est du coup intrinsèquement lié à sa bande originale qui mélange des titres très actuels comme Animal Collective, Kendrick Lamar ou Radiohead avec une musique originale crée par TRENT REZNOR et ATTICUS ROSS, le duo Oscarisé de THE SOCIAL NETWORK (David Fincher, 2010).

Mélomane depuis toujours, le réalisateur a sélectionné avec parcimonie les titres qui conviendraient au film, à chacun des personnages et surtout à leur état d’esprit. Il nous explique  : « Quand j’écrivais, et même avant, puisque j’ai ce film dans ma tête depuis toujours en fait, je me faisais parallèlement une play liste géante dont je me servais, parfois à l’aide des paroles des chansons pour influer la direction que mon film devait prendre, et la manière dont les personnages pouvaient évoluer.

FRANCK OCEAN a particulièrement influencé mon film. En plus du fait que les personnages écoutent sa musique avec des titres comme Mitsubishi Sony, Rushes, Sideways, Florida, que Tyler se teigne les cheveux en blond comme lui, la structure même du film qui est habituellement en 3 actes, s’articule ici en deux, comme dans les chansons de cet artiste qui rejette la forme traditionnelle musicale "vers, refrain, vers". C’est un de mes artistes préférés, et alors que je travaillais sur mon dernier film, les albums Blonde et Endless sont sortis et je travaillais en les écoutant en boucle. Blonde est peut-être mon album préféré, et je trouve que son travail est incroyable. Il fait preuve d’une maîtrise technique incroyable et beaucoup de choses sont pourtant artisanales et surtout très personnelles ce qui crée un équilibre impressionnant dans son travail ».

À la réception du script, les comédiens ont eu la surprise de trouver des liens hypertextes accompagnant le texte vers des morceaux musicaux, afin de lire en écoutant l’influence musicale qui informerait les différentes scènes. «  Je voulais que le texte et la musique se répondent à travers les images et traduisent les mondes d’Emily et de Tyler ainsi que leur fonctionnement. WAVES est rythmé par les hauts et les bas de différents parcours qui résonnent musicalement ».

LA BANDE ORIGINALE

Un des albums cultes du réalisateur a toujours été The Downward Spiral de Nine Inch Nail, produit par Trent Renzor. Il a donc envoyé son script à Trent Reznor et son partenaire Atticus Ross avec certaines scènes du film, et, au moins, quatre heures de rushes non montés. De ce matériel brut les deux artistes ont commencé à écrire de la musique qu’ils ont renvoyée directement au réalisateur. Trent Reznor nous confie : « On était ravis ! Nous avions fait une liste des gens qui faisaient des choses intéressantes et avec qui nous avions envie de travailler, et Trey en faisait partie. Nous avions adoré IT COMES AT NIGHT, et avons encore plus aimé KRISHA que nous avons vu plus tard. Quand nous nous sommes rencontrés, je ne sais pas trop à quoi nous nous attendions, mais ce n’était pas ça du tout, dans le bon sens du terme. On a tout de suite accroché et ressenti une réelle parenté artistique avec lui. Nous étions sur la même longueur d’onde. Une fois que le feu vert a officiellement été donné, et que nous avons reçu le script, nous avons découvert un scénario qui ne ressemblait à aucun autre, il était si intense et sans compromis qu’on avait l’impression que Trey l’avait écrit avec son propre sang, et on sentait qu’il avait passé un temps fou à mettre en place ce kaléidoscope émotionnel qui donnait au film un point de vue et un angle très original. Trey est un réalisateur très talentueux, au début d’une grande carrière, et nous avons réellement apprécié le travail avec lui ».

Comme les chansons, la bande originale exprime l’inconscient des protagonistes principaux alors qu’ils se débattent avec les choix qu’ils ont à faire pour trouver leur voie. La musique s’impose la première fois quand Tyler apprend qu’il doit arrêter sa carrière de lutteur, ce qui marque le début de sa descente aux enfers.

Le réalisateur ne voulait pas que les deux parties du film soient séparées et il a confié le soin à Trent Reznor et Atticus Ross de les relier musicalement grâce une structure qui fonctionne aussi bien dans la lumière que dans les ténèbres et qui allait créer une sorte de fil rouge tout au long du film.

Ils ont alors commencé à synthétiser des sons typiques de la vie quotidienne des deux adolescents, d’après les scènes et les rushes qu’ils avaient reçus, pour concocter une bande-son qui ne prendrait pas le dessus contrairement aux musiques de films plus conventionnelles et pour permettre aux chansons de revêtir un poids émotionnel plus conséquent.

Ils décryptent le processus pour nous : « Nous avons également enregistré et filtré les voix des personnages ce qui donne l’impression qu’ils se parlent sans arrêt, mais ne réussissent pas à comprendre ce que racontent ces voix inaudibles. Nous en avons tiré des morceaux de plus de 10 minutes, faits de voix transformées et de prises de son directes arrangées que nous avons accélérés, ralenties déformées pour en faire autre chose ».

LAISSER AFFLEURER LA SENSIBILITÉ

Trey Edward Shults a cherché dans d’autres films comment était capturée la richesse intérieure des protagonistes, quels moyens techniques, quels mouvements de caméra et quelle longueur de focale étaient les plus appropriés pour retranscrire les émoluments de l’âme humaine. Avec l’aide de son directeur de la photographie DREW DANIELS, il a porté la sensibilité de ses protagonistes à un niveau encore jamais atteint.

Le directeur de la photographie nous explique : « Tout ce que nous faisions visait à pénétrer l’inconscient de nos personnages, aussi bien techniquement que narrativement ou artistiquement. Nous savions quelle grammaire visuelle utiliser pour chaque scène et chaque partie du film, et il ne nous restait plus qu’à laisser les choses se faire naturellement dans ce cadre très précis ».

Le film donne l’impression qu’il pourrait mener n’importe où, et c’est parfois le cas, car il s’adresse et capture à la fois le rythme incessant de la jeunesse contemporaine. La caméra de Drew Daniels fait ce genre de choses, elle a une liberté qui se démarque des premiers films du réalisateur qui se déroulaient dans des espaces confinés au sein de foyers bien distincts.

Dans WAVES on a l’impression que Tyler peut vriller dans n’importe quelle direction. Il est filmé avec un rapport de cadre 1/85, comme le roi de son monde, libre, ouvert et amoureux. Mais plus les choses se durcissent plus on rétrécit le cadre et plus on le suit de près.

En opposition, le rapport de cadre d’Emily commence en 1/33, assommée par la douleur et le drame dans lesquels la première partie du film nous égare. Mais le cadre finit par s’ouvrir à mesure qu’Emily s’épanouit et revient à la vie grâce à sa relation avec Luke.

Le réalisateur conclut : « WAVES est très libérateur comparé à mes premiers films, que ce soit au niveau narratif ou stylistique. C’est mon premier film qui ne se déroule pas en huis clos, et nous avons utilisé au moins 50 décors différents sur 35 jours de tournage. Et même si certaines scènes sont oppressantes, d’autres au contraire insufflent de l’espace et de la vie au gré de la progression des personnages. C’était assez nouveau pour moi de me concentrer sur l’univers entier de mes personnages, de leurs relations et de leur parcours ».

Source et copyright des textes des notes de production 
© 2019 UNIVERSAL PICTURES INTERNATIONAL

  
#Waves

jeudi 21 février 2019

ESCAPE GAME



Épouvante-horreur/Thriller/Horrible et fun, un film sympa pour les amateurs du genre

Réalisé par Adam Robitel
Avec Taylor Russell McKenzie, Logan Miller, Deborah Ann Woll, Jay Ellis, Tyler Labine, Nik Dodani, Yorick Van Wageningen...

Long-métrage Américain/Sud-Africain
Titre original : Escape Room  
Durée : 01h39mn
Année de production : 2019
Distributeur : Sony Pictures Releasing France 

Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs

Date de sortie sur les écrans américains : 4 janvier 2019
Date de sortie sur nos écrans : 27 février 2019


Résumé : six personnes se retrouvent dans une situation incontrôlable ou seule leur intelligence leur permettra de survivre.

Bande annonce (VOSTFR)



Ce que j'en ai penséESCAPE GAME profite de la notoriété et du succès de ces jeux éponymes qui se pratiquent en groupe et qui consistent à résoudre des énigmes pour tenter de s'échapper d'un endroit dans un temps imparti. Le réalisateur Adam Robitel nous propose ici une version horrifique fort sympathique. On y retrouve tous les éléments propres aux escape games. 

Les décors sont soignés et permettent de ressentir l'immersion et le sentiment d'être pris au piège, ainsi que la peur qui s'instille graduellement au cœur de l'action. Il y a de l'inventivité dans les énigmes et les effets sont tout à fait convaincants. Certes, le scénario suit point par point la construction classique des longs-métrages du même genre, il est donc sans surprise par rapport à son déroulement, mais il explique le contexte et le sens des événements. Il se bâtit habilement sur les forces et faiblesses des protagonistes. L'histoire est fluide et le rythme enlevé tout en étant constant. 



On ne s'ennuie pas du tout avec les personnages qui sont attachants parce qu'ils ont un passé, des failles et des qualités. Les acteurs sont très bons. Taylor Russell McKenzie interprète Zoey, une jeune fille ultra intelligente traumatisée par un événement horrible.


Logan Miller interprète Ben, un jeune homme dont la vie s'est arrêtée suite à un drame et qui n'arrive plus à faire des projets. Deborah Ann Woll interprète Amanda, une femme battante qui sait vite analyser les situations. 


Jay Ellis interprète Jason, un talentueux business man ambitieux qui ne quitte pas des yeux ses objectifs. 


Tyler Labine interprète Mike, un homme sympathique dont l'humour et la bonne humeur apporte une légèreté bienvenue. Nik Dodani interprète Danny, un ado spécialiste des jeux en groupe et qui en connaît toutes les règles. Chaque personnage a un intérêt et apporte un plus pour faire fonctionner la dynamique et les échanges. 

Copyright photos @ Sony Pictures Releasing France 

ESCAPE GAME nous fait rentrer de plein fouet dans les rouages d'un jeu pervers. Le réalisateur nous tient en haleine tout en nous passant un message sur les risques des dérives liées à l'argent et à l'ennui. Ce film est à la fois monstrueux et fun, c'est un divertissement très cool pour les amateurs du genre.


NOTES DE PRODUCTION
(À ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

Vous vous retrouvez dans une pièce aveugle, munie d'une seule porte fermée à clé. Le fou qui vous y a enfermé a mis en place une série d’énigmes astucieuses d’une complexité redoutable, qui doivent être résolues dans le bon ordre pour vous permettre d’atteindre la clé et vous en sortir indemne. Pour ajouter encore à la difficulté, il y a un compte à rebours : vous avez une heure pour surmonter les épreuves et vous échapper… ou bien il faudra en assumer les conséquences.

Ce qui pourrait ressembler à un film d’horreur est en fait un divertissement qui connaît un essor spectaculaire à travers le monde : le phénomène de l’“escape game”. Avec pour seule arme leur esprit – et les compétences diverses des autres personnes se trouvant dans la pièce –, les joueurs doivent déchiffrer des codes, résoudre des énigmes et ouvrir des cachettes secrètes aussi vite que possible. Chaque pièce repose sur une intrigue mystérieuse que les joueurs tentent de décrypter au cours d’une expérience amusante en équipe. Depuis l’apparition du concept en 2010, les escape game se sont multipliées à une vitesse phénoménale à travers la planète, répondant ainsi à un désir bien humain de s’amuser et de fuir la réalité.

Quand le producteur Ori Marmur s’est lancé dans un escape game avec sa famille, il y a tout de suite perçu un potentiel cinématographique. Et comme le concept a été adopté partout dans le monde, le thème du film pouvait avoir une portée internationale. “J’ai trouvé que c’était très immersif et extrêmement drôle, un peu comme un jeu de société grandeur nature”, raconte Ori Marmur. Le projet semblait s’accorder naturellement avec le dispositif classique du mystère à huis clos. Ori Marmur a donc initié le projet avec le producteur Neal H. Moritz. Très rapidement, ils ont trouvé un moyen de mettre la barre plus haut et de créer l’escape game par excellence : une pièce extrêmement complexe et dangereuse qui, une fois le temps écoulé, destine les joueurs à une mort certaine.

“Quand on est là-dedans, il faut vraiment faire marcher son cerveau, parce que les personnes qui ont créé ces pièces veulent tuer leurs occupants les uns après les autres”, avertit Jay Ellis. “On est sans cesse en train d’essayer de deviner ce qui ne va pas, de chercher où on peut poser le pied et de distinguer l'issue vers la sortie des pièges”.

Adam Robitel, qui a précédemment réalisé le film d’horreur à succès INSIDIOUS : LA DERNIÈRE CLÉ, s'est vu confier ce nouveau projet. “Les escape games réussis ont un vrai potentiel cinématographique : quand on va dans un bunker de la guerre froide, on fouille dans les dossiers de la CIA et là on appuie sur un bouton et d’un coup un projecteur caché s’allume diffusant une lumière bleue et révèle une carte”, raconte Adam Robitel. “Ces pièces ont été bien pensées sur le plan artistique, et j’ai compris qu’il y avait de quoi faire un film qui soit séduisant visuellement”.

Selon Ori Marmur, les auteurs ont vu là un moyen de réaliser un film qui jouerait avec les conventions du genre, et tiendrait à la fois du thriller psychologique et du cinéma d’horreur. “C’était l’occasion de tenter une expérience amusante. C’est un genre dans lequel en général tout se passe la nuit, et la qualité visuelle n’est pas toujours convaincante. Ça laisse beaucoup de place à l’imagination”, reconnaît-il. “On a pris le contrepied de ce dispositif habituel : le film présente des décors incroyables et des images saisissantes. L’expérience que propose l’histoire est très proche de celle d’un véritable escape game. Le public a l’impression d’être en immersion dans le film et de devoir résoudre les énigmes et les mystères avec les acteurs”.

LES PERSONNAGES

Dans le film, tous les personnages ont choisi de participer à l’expérience de l’escape game et sont amenés à découvrir qu'un mystère les lie les uns aux autres. “Ils ont tous décidé d’être là, ils n’ont pas été kidnappés ou forcés à venir”, insiste Ori Marmur. Cependant, rien ne va pas se passer comme ils l’avaient prévu. “Ils arrivent avec certaines attentes, mais ils vont vivre une expérience radicalement différente”.

Au fur et à mesure qu’ils résolvent les énigmes et décryptent les intrigues de chacune des pièces, ils commencent à s’apercevoir qu’il existe un mystère beaucoup plus important à percer : pourquoi ont-ils choisi de venir ici ? On comprend alors qu’ils ont tous quelque chose en commun. “J’aimais beaucoup l’idée que des personnes qui ne se connaissent pas soient réunies et plongées dans cet univers pour des raisons mystérieuses, et qu’elles se retrouvent à devoir travailler ensemble”, explique Adam Robitel.

Chacun des personnages a une trajectoire personnelle et indépendante des autres dans le récit. C’est pourquoi les auteurs tenaient absolument à engager un groupe d’acteurs d'horizons très différents. “On voulait réunir des personnalités fortes et distinctes avec des physiques, des parcours et des points de vue différents”, affirme la productrice exécutive Rebecca Rivo.

Il y a d’abord Zoey, jouée par Taylor Russell. Étudiante en sciences, Zoey est une jeune fille timide, introvertie et solitaire. Elle a survécu à un crash d’avion dans lequel sa mère a trouvé la mort. Taylor Russell, que l’on connaît pour PERDUS DANS L’ESPACE sur Netflix et dans les séries télévisées STRANGE EMPIRE et FALLING SKIES, était enchantée de s'embarquer dans l'aventure. “Zoey est extrêmement intelligente mais elle est très angoissée. Elle essaie de mener sa barque par elle-même”, raconte Taylor Russell. “Adam est un mordu de cinéma d'horreur, c’est son genre de prédilection et ça lui réussit super bien. Il a insufflé une vraie passion dans le travail qui vient de son amour pour ce genre et c’était un vrai plaisir”.

“C’était important que Zoey apparaisse comme quelqu’un de vulnérable, mais qu’elle puisse aussi s’affirmer et se révéler”, précise Adam Robitel. “Taylor Russell a fait un travail sensationnel. Elle avait tout ce que je recherchais : elle pouvait incarner un personnage sans défense tout en faisant ressortir son intelligence hors du commun”.

Ben (Logan Miller) est un jeune homme paumé qui a adopté un mode de vie autodestructeur pour surmonter le traumatisme d’avoir été le seul rescapé d’un accident de voiture épouvantable.

“Ben est un personnage qui a les pieds sur terre”, estime Logan Miller. “Il a vécu un événement tragique et à présent il a beaucoup de mal à accepter ce qui s’est passé. Ses amis sont morts, il n’a plus rien et adopte une attitude complètement je-m’en-foutiste. Le fait qu’il tente d'affronter son traumatisme fait de lui un héro improbable”.

Pour se préparer à ce rôle très physique, Logan Miller explique qu’il s’est entrainé pendant six mois, mais il aurait pu en partie s’épargner cet effort. “Avec mon entraineur, on sautait sur des toits, on courait partout, on poursuivait des voitures, on allait dans des espaces confinés, on se donnait des coups, on faisait du kung-fu… J’étais dans une forme olympique et les producteurs m’ont dit : ‘En fait Logan, il va falloir perdre un peu de muscle parce que tu joues un personnage complètement à bout’. Du coup j’ai arrêté l’entraînement et j’ai décidé d’aller me reposer à Cape Town”.

Amanda (Deborah Ann Woll) est une soldate dans l’infanterie. Elle a été blessée sur le terrain par un engin explosif improvisé et vit maintenant au quotidien avec ce traumatisme. Pour incarner cette femme vétéran, Deborah Ann Woll a mené des recherches sur des forums afin de discuter des troubles du stress post-traumatique et de la culpabilité du survivant. “C’était une mine d'informations très utile pour moi”, déclare-telle.

Adam Robitel affirme que, tout comme Amanda, les autres personnages subissent aussi les conséquences durables des expériences qu’ils ont vécues. “D’après mes recherches, la plupart du temps les personnes victimes du stress post-traumatique n’arrivent pas à tourner la page après l’incident”, explique le réalisateur. “Ils se rejouent la scène et cela affecte leur vie. En soumettant ces personnages à l’épreuve du feu, au sens presque littéral, ils passent de l’autre côté du miroir pour ainsi dire et deviennent finalement plus forts”.

Deborah Ann Woll, fan inconditionnelle d’énigmes et de mots croisés et adepte de Donjons et Dragons, déclare qu’elle a été intriguée par la relation entre les deux femmes du groupe : “Dans beaucoup de films de genre, les femmes s’affrontent entre elles, deviennent malveillantes et rivales, particulièrement s’il s’agit de garçons. J’ai beaucoup aimé le fait que dans cette histoire, les femmes sont des alliées : elles se donnent du courage mutuellement, elles ont une vraie personnalité et sont hors du commun”.

Jason (Jay Ellis) est cadre dans la finance, il est à la fois charismatique, compétitif et egocentrique. Il s’adonne aux plaisirs de la vie les plus raffinés pour oublier son passé. Jay Ellis décrit son personnage comme étant à la fois un loup de la finance bourré de charme qui mène une vie de rêve et un assassin cruel.

Mike (Tyler Labine) est un simple conducteur de camion originaire de Virginie Occidentale, et il est le plus âgé du groupe. En tant qu’ancien mineur de charbon, on pourrait s’attendre à ce qu’il soit habitué aux espaces confinés, mais c’est loin d’être le cas.

Pour se préparer à son rôle et aux différents traumatismes auxquels son personnage est confronté dans chacune des pièces, Tyler Labine a exploré Internet en quête de “véritables témoignages de personnes qui ont connu ce qu’on doit faire semblant de vivre dans le film. Qu’est ce qui se passe quand on est en hypothermie, quand on se fait électrocuter, quand on est soumis à une chaleur intense ?”

Danny (Nik Dodani) est un jeune geek amateur d’escape games. L’équipe devra s’appuyer sur ses compétences et son expertise pour survivre.

Nik Dodani explique que le personnage lui a semblé très familier. “Je pouvais m’inspirer d’un certain nombre d’expériences personnelles. J’emmène beaucoup d’amis participer à des escape games et sur mon dernier projet, j’ai proposé à tout le groupe d’en faire un pour resserrer les liens au sein de l’équipe. Dès l’instant où j’ai lu le scénario, j’ai tout de suite su qui était ce personnage : c’est moi ! Je ne peux même plus compter dans combien d’escape games je suis allé. Malheureusement, je n’ai jamais gagné, mais un jour j’y arriverai”, dit-il.

L’acteur expérimenté Yorick van Wageningen campe WooTan Yu, le “Maître du Jeu” qui travaille pour la redoutable Maze Corporation. “Il est le maître du jeu et il contrôle tout”, raconte Yorick van Wageningen. “Il contrôle tout ce qui se passe dans chacune des pièces. Il fait le lien entre tous ceux qui regardent et il intervient quand ça tourne mal”.

“Je ne voulais pas que ce personnage soit le cliché du méchant au rire diabolique”, déclare Adam Robitel. “Yorick disait son texte avec élégance et fluidité. Le résultat donne la chair de poule sans excès”.

LES PIÈCES

Pour créer les inventions du Maître du Jeu, Adam Robitel a travaillé avec le chef décorateur Edward Thomas et les autres chefs de poste. Le superviseur des effets spéciaux Max Poolman raconte que tous ses collègues ont eu la même réaction en lisant le scénario : “Comment est-ce qu’on va réussir à faire tout ça ?” Mais comme dans tous les challenges, les solutions sont apparues d’elles-mêmes petit à petit.

“Pour chacune de ces pièces, nous avions besoin de la contribution de chacun dès le début, et on a vécu une expérience incomparable pendant la préparation du film”, explique la productrice exécutive Rebecca Rivo. “On a organisé une série de réunions au sommet avant que les décors ne soient créés : on a réuni autour de la table le réalisateur, le directeur de la photographie, le chef décorateur, les superviseurs des effets spéciaux et des effets visuels, et on a pris le scénario ligne par ligne pour concevoir le décor en équipe”.

Max Poolman explique : “Chaque département devait mettre sa pièce dans le puzzle qu’est l’histoire pour que tout fonctionne sans accroc. Avant qu’on commence à construire les décors, on soumettait donc nos maquettes 3D à Adam, à Ed le chef décorateur, au directeur de la photographie Marc Spicer et à Grant Hulley en charge des cascades”.

Les décors deviennent des personnages du film à part entière, selon Edward Thomas. “Toutes les pièces s’inspirent des personnages qui ont chacun leur passé, et chaque pièce est dotée d’un pouvoir de destruction unique”, poursuit-il. “Par exemple, la Salle de billard est la pièce d’Amanda, la Chambre froide est celle de Danny, la Pièce carrelée est celle de Mike. Ce qui m’a attiré dans le projet, c’était la possibilité de créer un film dans lequel chaque décor a sa propre personnalité et devient presque l'antagoniste principal du film”.

“Les décors ont été conçus avec un tel talent que quand on est arrivé sur place, on était tous bouche bée, y compris les techniciens”, raconte Taylor Russell. “En tant qu’acteur, on passe de nombreuses heures dans ces pièces, si bien qu'on apprend à connaître intimement l’espace et les éléments qui le composent. Ils ont vraiment une vie qui leur est propre”.

Adam Robitel ajoute : “Il n’y a pour moi aucun autre film dans lequel les décors jouent un rôle aussi vital. L’idée, c’était que chaque pièce constitue un nouveau film en soi”.

“Certains films qu’Adam a réalisés par le passé sont vraiment effrayants. Il sait créer des atmosphères angoissantes et claustrophobes à l’intérieur même des pièces”, reconnaît Edward Thomas. “Le film a plusieurs niveaux de lecture, on a fait beaucoup de recherches pour enrichir les décors eux-mêmes : la Salle de billard est inspirée d’un club de billard des années 1950, et la salle du Maître du Jeu vient d’une bibliothèque de l’ère victorienne. Une des pièces essaie de vous écraser, une autre de vous brûler vif, une autre encore de vous noyer… Les pièces ont chacune leur vie propre. On les a conçues en fonction de la manière dont elles pourraient tuer les participants, pour insister sur l’idée que ces pièces finissent vraiment par s'animer”.

Le périple des personnages commence dans la Salle d’attente. Encore persuadés qu’ils ne font que participer à un jeu innocent, ce groupe d’étrangers qui partagent tous un point commun se retrouvent dans cette première salle. Ils sont loin de se douter qu'en pénétrant dans cette pièce, le jeu a déjà commencé pour eux.

Adam Robitel a travaillé en étroite collaboration avec le chef décorateur Edward Thomas mais aussi avec le directeur de la photographie Marc Spicer pour faire monter la tension dès le départ. “Au début, la lumière est tamisée, puis peu à peu les panneaux du plafond s’allument, les colonnes s’allument, la calandre s’allume, les fenêtres se ferment et enfin les ventilateurs se déclenchent, de sorte que tout se métamorphose sous les yeux des spectateurs en l’espace de sept minutes”, décrit-il. “Les personnages comme les spectateurs sont immédiatement sous pression ”.

Une fois que la Salle d’attente est dévorée par les flammes, le groupe s’échappe en rampant dans un conduit d’aération et arrive par la cheminée dans le Chalet, un endroit confortable et chaleureux. “Par ce biais, le Maître du Jeu leur procure un sentiment de sécurité trompeur, avant qu’ils ne pénètrent dans la Chambre froide, qui est bien sûr une chambre froide mortelle”, rappelle Edward Thomas.

La Chambre froide, qui a été conçue pour ressembler à un réfrigérateur géant, s’est révélée être un défi de taille pour toute l’équipe, y compris les acteurs, les producteurs et les techniciens.

“En quittant le Chalet où ils étaient bien au chaud, le groupe se retrouve au cœur du pôle Nord, sur la glace. Le brouillard est traitre et empêche de voir à plus de trois mètres. C’est alors que le pire se produit : la glace commence à céder”, poursuit Edward Thomas.

Pour cette scène, Edward Thomas a dû construire un décor gigantesque de près de 10 mètres de haut, composé de panneaux réfrigérants. “Je voulais donner l’impression que la Maze Corporation avait construit une sorte de frigo pour que la pièce reste froide”, explique Edward Thomas. “Puis, Marc Spicer a eu une idée brillante : éclairer la scène du dessus, comme un éclairage de frigo. De cette façon, le brouillard était illuminé et devenait d’autant plus dense, c’était très astucieux”.

Il va sans dire que les acteurs ne risquaient pas l’hypothermie pendant le tournage, mais il fallait qu’ils aient l’air transis de froid. Avant le tournage, Adam Robitel est allé nager avec de Grands requins blancs dans une eau glaciale pour expérimenter par lui-même les réactions de son corps soumis à des températures polaires. “Quand on est en hypothermie, le corps se met à irradier, à convulser et à se tendre”, témoigne-t-il. “Il fallait que les acteurs aient des réactions physiques très intenses”.

Pour y parvenir, ils étaient un peu aidés : “On passait au minimum deux heures dans ce congélateur géant. La température chute très vite, et l’air froid nous soufflait dessus”, se souvient Jay Ellis.

Pour créer le sol de glace, les auteurs ont eu recours une fois de plus à la magie du cinéma : “Toute l’équipe devait fouler ce sol, si bien qu'il ne pouvait pas être glissant. En revanche, il fallait qu’il ait l’air glissant… il fallait donc qu’on entraine les acteurs à se déplacer comme s’ils étaient sur la glace”, explique le chef-cascadeur Grant Hulley.

“Le sol était en bois, et donc en réalité c’était très facile de se déplacer”, confie Nik Dodani. “Pour mieux ressentir les sensations physiques, on nous a mis un cuir enduit d’huile sous nos semelles de chaussures, pour qu’on puisse glisser plus facilement. C’était un vrai défi de déraper sur le sol dans un brouillard aveuglant, mais ça rendait la scène très convaincante. J’avais l’impression d’avoir été transporté dans les Alpes, on était entourés de vrais sapins – on pouvait même les sentir”. Pour donner au film cette touche d'authenticité, Edward Thomas et son équipe se sont procurés des sapins dans un vignoble à proximité de Cape Town.

Le sol de glace devait finir par céder et exploser, et cette mission incombait au superviseur des effets spéciaux Max Poolman. “J’ai eu la chance d’avoir Jonathan Barrass dans mon équipe : il a travaillé pendant des années sur HARRY POTTER et GAME OF THRONES, ce qui fait de lui un expert de la glace”, reconnaît Max Poolman. Avec son équipe, ils ont construit un sol en résine qui a été recouvert de neige par l’équipe artistique.

Après la Chambre froide, le groupe se retrouve dans la Salle de billard, inspirée du Palm Springs des années 1950. Le Maître du Jeu a renversé la pièce et a placé le groupe sur le plafond, avec les tables, les chaises, le bar et la table de billard. L’une après l’autre, les dalles du sol tombent et laissent entrevoir une cage d’ascenseur vertigineuse qui plonge sur 15 étages. Le seul moyen de sortir pour les personnages consiste à escalader ces perchoirs improvisés en s’accrochant à ce qu’ils peuvent.

C’est cette pièce qui a nécessité le plus grand nombre de jours de tournage. “L’équipe de construction et l’équipe artistique sont allés dans un niveau de détail délirant pour donner l’impression que cette pièce est à l’envers”, déclare Jay Ellis. “Tout était à l’envers, jusqu’aux verres, au jukebox, aux guitares et tout ce qui était accroché aux murs”.

“C’était un défi sur le plan logistique et en plus dès qu’un acteur est à un mètre au-dessus du sol, il faut l’attacher, ce qui nécessite qu'on efface les câbles et qu'on ait recours aux effets numériques pour que le résultat à l'écran soit impeccable ”, précise Adam Robitel.

Pour créer l’expérience psychologique de la Pièce carrelée, Max Poolman avait pour ambition de “créer un décor qui puisse se transformer en un espace confiné. On a choisi une chambre d’Ames, une pièce biscornue dont les proportions changent selon l’endroit où on se trouve. On l’a ensuite modifiée avec des moteurs électriques et des régulateurs de vitesse placés sous le décor. L’effet est perturbant d'emblée : du sol au plafond en passant par le mobilier, toute la décoration de la pièce est composée d’empreintes digitales en noir et blanc. L’éclairage principal vient d’une ampoule qui tourne au-dessus du plateau hors caméra, tandis que le sol tourne dans la direction inverse”.

Adam Robitel explique que dans la Chambre d’hôpital, “on découvre que la Maze Corporation a mené des recherches approfondies sur ces personnes. Cette pièce est la plus 'psychologique' de toutes : chacun de ses recoins est conçu spécialement pour un personnage. On retrouve l’uniforme brûlé et abîmé d’Amanda, l’étrange peinture abstraite de Jason qui représente son bateau, le bilan de dioxyde de carbone de Danny, les objets vietnamiens de Zoey. Chaque pièce a été conçue en fonction de leur passé. Ils comprennent alors qu’ils ne sont pas arrivés jusque-là par hasard.

LES CASCADES

Pour se préparer à leurs nombreuses cascades, les acteurs ont dû participer au camp d’entraînement du chef-cascadeur Grant Hulley pendant la prépa. Étant donné que les décors n’avaient pas encore été construits, l’équipe artistique a construit des formes simples représentant les décors sur lesquels les acteurs allaient devoir grimper pendant le tournage. L’entraînement et les essais se déroulaient dans l’entrepôt des Pyranha Stunts.

“Pendant que les acteurs s’entraînaient à grimper sur des étagères, il fallait construire les décors et définir les trajectoires et les étapes de chaque déplacement pour pouvoir les leur expliquer pendant l’entraînement : “Le jour du tournage, tu monteras ici, tu mettras ta main là et ta jambe là, tout en donnant l’impression que c’est spontané”, explique Adam Robitel. “Cela représente une difficulté technique : comment faire quelque chose qu’on a déjà fait trente fois en donnant l’illusion qu’on le fait pour la première fois ?”. Étant donné le sentiment de claustrophobie, l’espace confiné et le style de tournage des scènes se déroulant dans la Salle de billard, il fallait que ce soient les acteurs eux-mêmes, et pas leurs doublures, qui exécutent la plupart des cascades et le travail au filin. “Quand on voit Deborah suspendue à cinq mètres du sol qui saute de l’étagère à la table de billard, c’est bien elle qui fait tout ça”, affirme Grant Hulley.

Deborah Ann Woll reconnaît que cette cascade était le point culminant du tournage pour elle : “J’étais là en train de sauter au-dessus d’un vide de deux mètres et de me rattraper à quelque chose à mains nues”, se rappelle-t-elle. “Bien sûr, j’étais attachée et si j’avais raté le bord, j’aurais été rattrapée. Mais j’avais quand même les mains moites et la bouche sèche, j’ai pris une grande respiration et je me suis jetée à l'eau. Finalement, c’est un passage très convaincant”.

Logan Miller a vécu d’autres expériences de cascades : “On me balance dans un compacteur de déchets depuis le plafond de la bibliothèque du Maître du Jeu, je tombe dans un trou de glace dans la Chambre froide, et dans la Salle de billard, on devait s’agripper aux murs”.

Pour préparer sa plus grosse cascade, Nik Dodani s’est entrainé avec l’équipe de natation des Frog Squad dans la piscine d’une base militaire. “J’ai appris à faire de la plongée, je me suis entraîné à me noyer, à hurler, à respirer sous l’eau”. La scène a entièrement été tournée dans un vaste réservoir d’eau du studio, sans recours aux effets numériques.

Source et copyright des textes des notes de production @ Sony Pictures Releasing France

  
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