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mardi 23 février 2016

MIDNIGHT SPECIAL


Aventure/Science fiction/Drame/Un puzzle mystérieux aux allures de film des années 80, surprenant et réussi

Réalisé par Jeff Nichols
Avec Michael Shannon, Jaeden Lieberher, Joel Edgerton, Adam Driver, Kirsten Dunst, Sam Shepard, Sean Bridgers, Paul Sparks...

Long-métrage Américain 
Durée: 01h51mn
Année de production: 2016
Distributeur: Warner Bros. France

Date de sortie sur les écrans américains : 18 mars 2016
Date de sortie sur nos écrans : 16 mars 2016


Résumé : Fuyant d'abord des fanatiques religieux et des forces de police, Roy, père de famille et son fils Alton, se retrouvent bientôt les proies d'une chasse à l'homme à travers tout le pays, mobilisant même les plus hautes instances du gouvernement fédéral. En fin de compte, le père risque tout pour sauver son fils et lui permettre d'accomplir son destin. Un destin qui pourrait bien changer le monde pour toujours.

Bande annonce (VOSTFR)



Ce que j'en ai pensé : MIDNIGHT SPECIAL est un puzzle. On découvre les éléments que Jeff Nichols, le réalisateur, veut bien nous révéler au fur et à mesure que l'intrigue avance. Cela prend le spectateur au dépourvu. L'information est régulièrement et intelligemment distillée. Cette méthode maintient l'attention car on essaie de comprendre en permanence de quoi il retourne et surtout on assemble les pièces dans l'attente de comprendre l'histoire. Jeff Nichols en révèle suffisamment pour que l'ensemble prenne tout son sens mais il ne nous mâche pas tout le travail. Pas mal de questionnements demeurent à la fin du film et c'est à nous de remplir les blancs avec les pistes ouvertes par le réalisateur. Clairement il joue avec ses spectateurs, on adhère ou pas.

Personnellement, j'ai beaucoup apprécié le film parce qu'il adopte un style très proche des films de SF des années 80 dans lesquels il y avait peu de moyens technologiques et donc beaucoup de suggestions, ce qui est également le cas dans MIDNIGHT SPECIAL. J'ai trouvé super son aspect de film indépendant mêlé à de soudains moments spectaculaires. Le thème des parents qui doivent supporter la souffrance de leur enfant et le guider vers ce qu'ils pensent être le mieux pour lui est très touchant. Finalement, la science-fiction dans MIDNIGHT SPECIAL n'est qu'une excuse pour passer des messages plus profonds. 

Les acteurs participent sans aucun doute à l'ambiance spéciale qui se dégage du film, ils sont totalement cohérents et en phase avec le style si particulier du réalisateur.
Michael Shannon dans le rôle de Roy est très à l'aise car c'est un personnage discret, peu bavard, sombre et qui exprime ses émotions dans sa nervosité et ses regards. Ce rôle lui va parfaitement bien, il a d'ailleurs été écrit pour lui.




Jaeden Lieberher, qui interprète Alton, est une révélation en ce qui me concerne. Ce jeune garçon réussit à être à la fois mystérieux et suffisamment charismatique pour donner le change face à des acteurs expérimentés et sérieux.



Joel Edgerton représente notre point de vue avec son interprétation de Lucas, c'est le personnage objectif qui réagit comme le spectateur face aux données en sa possession.




Adam Driver est parfait en intellectuel un peu gauche mais visiblement brillant. Son interprétation de l'Agent Sevier apporte un peu de légèreté au propos.



Kirsten Dunst interprète Sarah, une femme beaucoup plus forte qu'il n'y paraît à priori. Elle est tout à fait convaincante pour nous transmettre la force de ses décisions.


MIDNIGHT SPECIAL est un film difficile à ranger dans une seule catégorie. Il est surprenant, il nous décontenance en tant que spectateurs à plusieurs reprises. C'est vraiment une découverte surprenante à tout point de vue. Je vous le conseille car il sort des sentiers battus du film de science-fiction et que son thème principal est intelligemment mis en valeur par des choix de mise en scène originaux. 


Après la projection du film, Jeff Nichols a eu la gentillesse de nous rejoindre pour une session de questions/réponses. Je la partage dans les vidéos ci-dessous mais attention elles contiennent énormément de spoilers !!! Il vaut mieux les visionner après avoir vu le film.





NOTES DE PRODUCTION
(A ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !) 
EN CAVALE 
"Que savez-vous d'Alton Meyer ?" 
Dans la chambre d'un motel plongée dans la pénombre, deux hommes armés et déterminés mettent au point leur stratégie. Les fenêtres ont été obstruées par du carton. Tandis que la télévision diffuse les images de l'enlèvement d'un jeune garçon, Alton, ce dernier est assis par terre, recouvert par un drap et le visage assombri par d'épaisses lunettes de piscine. Il est temps de partir. Pourtant, malgré la situation dramatique, le garçon semble étrangement paisible. Qui donc est Alton Meyer ? Et qui sont ces hommes qui l'ont emmené avec eux ? D'ailleurs, s'agit-il d'un kidnapping ou d'une fuite intrépide ? Ce sont ces questions et le mystère entourant les protagonistes qui sont au cœur de MIDNIGHT SPECIAL, thriller surnaturel et méditation énigmatique plongeant le spectateur dans l'inconnu et l'insondable … 

"Je voulais faire un film autour d'une course-poursuite, où des types sillonnent les petites routes du sud des États-Unis à bord d'un bolide, en roulant de nuit phares éteints", indique le réalisateur, tout en préparant une séquence au cours de laquelle des personnages s'apprêtent à percuter un objet d'une envergure insoupçonnée. "Ils sont en cavale, ils sont traqués et, dans le même temps, ils foncent vers une destination inconnue pour accomplir une mission d'importance dont, au départ, on ignore la nature". Mais ce qui ressemble à première vue à une course-poursuite classique dissimule des abîmes de mystères surnaturels. Tandis que les rapports entre les fugitifs et leurs assaillants se précisent, le spectateur se retrouve embarqué dans une aventure dont il ne peut cerner ni la réalité, ni l'ampleur. "Pour moi, ce film obéit à une logique inverse à celle d'une poupée russe, sorte d'imposante figurine qui contient une figurine similaire mais plus petite, laquelle renferme également une troisième figurine plus petite encore, etc.", reprend Nichols.

"Au début de MIDNIGHT SPECIAL, l'atmosphère est celle d'un film d'auteur indépendant, tant qu'on est sur la route avec les types de l'hôtel, et puis on s'oriente progressivement vers une production de bien plus grande ampleur". Le principal enjeu du film n'est autre qu'Alton, campé par Jaeden Lieberher. Alton est un personnage hors du commun et potentiellement dangereux. Avec son sangfroid déconcertant et une détermination étonnante pour un garçon de son âge, il possède des facultés surnaturelles. En témoigne la lumière blanche inexplicable émanant de son regard qui peut provoquer de terribles destructions ou hypnotiser son interlocuteur et le plonger dans un état d'extraordinaire euphorie, même si cela coûte énormément au petit garçon et l'affaiblit de plus en plus. Comme le signale l'un des protagonistes sur un ton qui peut se révéler terrifiant ou rassurant : "Il n'est pas comme nous". 

En réalité, Alton est capable d'accéder à des informations techniques d'une extrême confidentialité, puis de s'en servir aussi facilement que s'il s'agissait de régler un téléviseur. C'est en raison de ces pouvoirs et de ces facultés que le petit garçon est activement recherché par une secte convaincue qu'il communique avec Dieu. Et depuis que les plus hautes instances gouvernementales ont appris qu'un enfant de huit ans parvient à intercepter des signaux satellitaires ultraconfidentiels de l'armée, il est traqué par la police fédérale. Dans sa fuite, Alton est accompagné par son père Roy (Michael Shannon) et l'ami d'enfance de celui-ci, Lucas (Joel Edgerton). Au cours de leurs pérégrinations, ils gagnent le soutien de la mère d'Alton, Sarah (Kirsten Dunst). Déterminés à faire en sorte que le petit garçon accomplisse son destin, ils n'hésitent pas à renoncer à leur vie et à s'engager dans une mission dont seul Alton peut venir à bout. Mais la police, le FBI, l'agent Sevier (Adam Driver) de la NSA et les adeptes du Third Heaven Ranch dirigé par le charismatique et méfiant Calvin (Sam Shepard) sont tous à leurs trousses. 

"J'aime l'ambiguïté du propos", indique Shannon qui a joué dans tous les précédents films du cinéaste et campe ici l'un des rôles principaux. "La plupart des gens ont une part de mystère : ils doivent affronter certaines questions sans réponse. Je ne pense pas que Roy sache vraiment ce qui arrive à son fils". Nichols, qui dit s'inspirer de l'ambiance et du style de classiques de la science-fiction des années 80 comme STARMAN, précise : "On peut penser qu'Alton se destine à une autre vocation ou qu'il n'appartient pas à ce monde, et que ses pouvoirs en sont le symptôme. Dès lors qu'il commence à comprendre la nature de ses facultés et à les maîtriser, il reprend des forces et se sent mieux. À l'inverse, lorsque son père tente de contrôler ses pouvoirs, dans l'intérêt de son fils, Alton se sent mal. Roy et Lucas ne comprennent pas la nature de ses facultés. Quant au spectateur, il n'est pas censé la comprendre non plus. D'une certaine façon, c'est la vision métaphorique du fait que nos enfants vont suivre le chemin de leur choix : nous devons leur faire confiance et les laisser libres de leurs décisions". Plus largement, "le film aborde la question de savoir si on peut croire dans un phénomène qui nous échappe", poursuit le cinéaste. 

En effet, MIDNIGHT SPECIAL s'attache aux différentes manifestations de la foi et aux démarches insensées que beaucoup sont prêts à entreprendre lorsque telle ou telle croyance résonne chez eux. "Que feriez-vous si vous saviez que votre enfant était voué à atteindre une destination et que vous ne pouviez pas l'accompagner ?" MIDNIGHT SPECIAL est le quatrième long métrage de son auteur. Construit comme un thriller palpitant ponctué d'éléments surnaturels, il s'agit surtout d'une œuvre sur l'amour et la confiance qui règnent entre un parent et son enfant. À cet égard, il évoque les autres films de Nichols, tous salués par la critique, de son premier long métrage SHOTGUN STORIES à TAKE SHELTER, qui a enthousiasmé le festival de Cannes, et MUD – SUR LES RIVES DU MISSISSIPPI. Chacun de ces films, à sa manière, a exploré la thématique universelle des liens familiaux. 

La productrice Sarah Green, qui signe ici sa troisième collaboration avec le réalisateur, observe : "Plusieurs éléments définissent un film de Jeff Nichols. Si je suis aussi fascinée par son travail, comme beaucoup de gens, c'est qu'il est capable de réaliser un film de genre efficace, ou un drame, ou n'importe quel style de film et que, dans tous les cas, ce sont les enjeux émotionnels qui priment. Son œuvre parle toujours de la condition humaine et d'amour. Elle parle des rapports entre les êtres humains de manière extrêmement sincère". 

Pour Nichols, le projet de MIDNIGHT SPECIAL remonte à l'époque où son fils de un an est soudain tombé très malade, ce qui s'est avéré une expérience profondément traumatisante. La situation d'urgence a été résolue, et le bébé a été tiré d'affaire, mais le sentiment d'effroi et de panique qui s'est emparé du jeune père lui a inspiré des émotions qu'il souhaitait exprimer dans le film. "Je me suis rendu compte que lorsqu'on a un enfant, on abandonne une part de soi à l'univers", dit-il. "C'est comme une plaie ouverte qui ne cicatrisera jamais et qui pourra toujours s'infecter. Si quelque chose arrive à son enfant, on ne peut que le ressentir parce qu'on l'aime par-dessus tout. C'est aussi un sentiment d'impuissance de savoir qu'il y a désormais un être dans votre vie pour lequel vous feriez n'importe quoi, mais sur lequel vous n'avez pas vraiment de prise. C'était le postulat de départ de MIDNIGHT SPECIAL. TAKE SHELTER a été écrit par un homme qui s'apprêtait à devenir père, et qui évoquait ses appréhensions, tandis que MIDNIGHT SPECIAL est signé par un homme qui était déjà père". Autre signe distinctif du cinéaste : sa manière d'encourager le spectateur à réunir les pièces du puzzle de l'intrigue à mesure qu'elle progresse, laissant le soin à celui-ci de faire les liens qui s'imposent tout en maintenant un rythme soutenu. 

"C'est extrêmement gratifiant parce qu'on a constamment le sentiment d'aller de l'avant", constate Sarah Green. "Lorsqu'on arrive à la fin du film, on comprend comment tous les éléments se sont logiquement mis en place. Tout était là en filigrane, sans que ce soit évident pour le spectateur". C'est ce qui rend son œuvre, selon le producteur Brian Kavanaugh-Jones, "parfaitement captivante, et ce grâce au soin qu'il apporte au développement des personnages. Même si on ne connaît pas le contexte et tous les détails, et qu'on découvre les protagonistes à un moment bien spécifique de leur parcours, tout y est. Jeff connaît si bien ses personnages, et leur prête une telle attention dans l'écriture, que même dans un scénario comme celui-ci où il y a énormément de non-dits, chaque phrase a du sens. On apprend très vite à connaître Roy et les autres. On sent qu'ils sont enracinés dans une histoire. En racontant son récit, Jeff sait très bien où il va, mais à mon avis il laisse également le spectateur interpréter le film comme il l'entend et en retirer ce qu'il veut". 

"On s'est beaucoup interrogé sur la manière de communiquer les informations au spectateur, et on s'est demandé comment il allait les recevoir", commente Nichols. "Le spectateur sait mieux que quiconque établir des liens entre les personnages. C'est comme cela que fonctionne notre esprit. Dès qu'un film commence, les gens se mettent aussitôt à analyser les informations et à assembler les pièces du puzzle. C'est donc un phénomène fascinant avec lequel on peut jouer. On peut en effet faire croire au public qu'on l'emmène dans telle direction, et puis faire intervenir un nouvel élément qui change la donne. Si je déterminais à l'avance chaque situation, cela se résumerait à ça. Mais si je laisse une certaine marge de manœuvre au spectateur, alors on peut tout imaginer – et c'est ce que je trouve exaltant". 

ACTEURS ET PERSONNAGES 
"Vous ne savez pas du tout à quoi vous avez affaire, pas vrai ?" 
Tout comme le dispositif narratif qui mêle les non-dits à des éléments de récit plus évidents, certains détails du parcours de Roy sont clairement révélés au spectateur, tandis que d'autres sont simplement suggérés. Pour autant, le public n'aura aucun mal à percevoir la force de caractère du personnage. Sous les traits de Michael Shannon, Roy est un homme attentionné et paisible, qui n'a ni égo, ni besoin de prouver quoi que ce soit. S'il n'est pas violent, il est prêt à se battre de toutes ses forces quand l'enjeu est de taille. Roy et sa femme faisaient partie d'une secte, et c'est dans ce contexte qu'est né Alton. Lorsque le petit garçon a commencé à manifester ses facultés extraordinaires, le chef de la secte est intervenu pour l'"adopter", considérant qu'un enfant hors du commun comme lui ne pouvait pas être élevé par des parents ordinaires. La mère d'Alton a de toute évidence été bannie suite à ses protestations, tandis que Roy a choisi une autre tactique, préparant secrètement sa fuite avec son fils et attendant patiemment le moment opportun. 

"À partir de là, son objectif a été de s'assurer qu'Alton aille bien", signale le réalisateur. "Et quand il est devenu évident qu'Alton devait se trouver ailleurs, Roy a tout mis en œuvre pour l'y emmener". Shannon déclare : "Pour Roy, son fils est ce qu'il a de plus précieux au monde. Étant moi-même parent, c'est un sentiment que je partage. Cela redéfinit vos priorités en profondeur. On peut très bien n'avoir aucun but dans l'existence, ne pas savoir distinguer entre le bien et le mal, et entre l'important et l'accessoire, mais dès qu'on a un enfant, tout cela change. Dès qu'on le prend dans nos bras… c'est notre enfant. Pour Roy, personne ne peut menacer son fils ou l'enlever sans qu'il s'interpose. C'est une responsabilité considérable d'être père, et ce qui me plaît vraiment, c'est qu'un cinéaste de l'envergure de Jeff explore cette thématique avec une telle force". 

Nichols a une telle complicité professionnelle avec Shannon qu'ils n'ont plus besoin de répéter. "Je peux parler pendant des jours du parcours de mes personnages, de leurs origines et de leur évolution d'ici cinq ans", affirme le réalisateur. "J'adore ça parce que je suis scénariste et que ce sont des relations que j'ai imaginées. C'est donc évident que j'aime en parler. Mike a généralement une ou deux questions à me poser, et c'est tout. Il comprend son personnage. Du coup, quand on arrive sur le plateau, on ne répète pas : on tourne aussitôt. Son jeu correspond parfaitement à mon écriture. Il est capable d'exprimer des émotions extraordinaires sur son visage. Le plus souvent, je n'écris pas beaucoup de dialogues, si bien qu'il est important que son visage soit expressif". Il faut noter que lorsque Roy agit pour protéger son fils, il le fait avec une confiance aveugle. 

"À mes yeux, il se dit qu'Alton est en contact avec une force qui nous dépasse", confie Shannon. "Il y a pas mal de gens qui pensent que le monde ne se résume pas à notre réalité tangible. Ce n'est pas si rare d'en rencontrer ! Que ce pouvoir émane de Dieu ou pas, Roy a le sentiment qu'Alton est sur le point de le maîtriser, même s'il ne comprend pas tout ce qui arrive à son fils – ce qu'il est d'ailleurs prêt à reconnaître. Roy ne possède pas toutes les clés en ce qui concerne Alton, bien qu'il cerne de mieux en mieux la situation au fil de l'histoire. Mais peu lui importe. Tout ce qui compte, c'est qu'il s'agit de son fils, qu'il va le protéger et qu'il le ferait que ce petit garçon ait des pouvoirs ou pas". 

Pour le rôle d'Alton, la production a sillonné le pays pour dénicher un jeune comédien capable de nouer un lien filial avec Shannon presque sans dialogue. Il fallait aussi qu'il incarne le vecteur d'une formidable énergie cinétique, tout en étant caractérisé par la fragilité habituelle d'un enfant de son âge. Surtout, comme l'explique le cinéaste, "il fallait qu'il ait une maturité qui s'accroît et s'épanouit tout au long du film, à mesure qu'Alton prend peu à peu conscience de sa mission". Kavanaugh-Jones se souvient : "On a mené des recherches approfondies avec un directeur de casting d'Austin, au Texas, et on s'est dit que cela revenait à trouver une aiguille dans une botte de foin. Et puis, à la fin d'une longue journée de travail, notre directeur de casting de Los Angeles nous a appelés pour nous conseiller de rencontrer Jaeden Lieberher. Il tournait dans un film de Cameron Crowe et il était extraordinaire". 

"Jaeden est l'un de ces rares jeunes acteurs qui s'avère déconcertant tellement il est doué", confirme Nichols. "Il est venu nous voir et il a fait une lecture d'environ cinq minutes. J'ai discuté avec lui et je me suis dit qu'il était l'un des gamins les plus futés que j'aie jamais rencontrés. Il avait tout compris. Il avait compris la situation dramatique et le sous-texte et il savait ce qui se passait dans le scénario. On ne peut pas simuler une telle sensibilité et une telle intelligence". Jaeden Lieberher décrit son personnage : "Au départ, Alton n'est qu'un gamin et puis, à mesure qu'avance le récit, il assume de plus en plus le rôle d'un chef, indiquant à ses parents où ils doivent se rendre. Auparavant, il ne comprenait pas la nature de ses pouvoirs et ne savait pas comment les maîtriser. La lumière émanant de son regard le faisait souffrir et ce phénomène lui échappait. Mais il prend de plus en plus confiance en lui". 

La force des rapports père-fils du film tient beaucoup à la complicité entre Shannon et le jeune comédien qui s'est instaurée d'entrée de jeu. "C'est le genre de relation qu'il est difficile de mettre en place à partir de rien", souligne Shannon. "Mais je me suis senti proche de lui d'emblée. Il m'a fait confiance et je lui ai fait confiance. C'est un jeune garçon formidable, intelligent et respectueux, et il est très appliqué dans ce qu'il fait". Joel Edgerton campe le vieil ami de Roy, Lucas. S'il est d'abord extérieur aux événements, Lucas souhaite accompagner les protagonistes dans leur fuite. En effet, il connaissait Roy avant que celui-ci n'adhère à la secte, mais il s'engage pleinement dans l'aventure après avoir été témoin des prouesses d'Alton. Il ne sait pas pourquoi il agit de la sorte, sans pouvoir le nier pour autant. 

"À plusieurs égards, Lucas incarne le point de vue du spectateur", analyse Edgerton. "Il a surpris un phénomène puissant et hors du commun et il décide de s'embarquer dans cette fuite, et il est prêt à tout pour protéger Alton. Il aime Alton et il espère que ce qu'il discerne dans son regard est vrai. Mais il est moins au fait des facultés d'Alton que Roy. Lorsqu'il se met à parler espagnol, et qu'il s'avère qu'il est entré en communication avec une radio locale, ou qu'il fait trembler la terre, Lucas ressent ces phénomènes pour la première fois, tout comme le spectateur". "Lucas est un type parfaitement rationnel et pragmatique, confronté à des forces surnaturelles", ajoute le cinéaste. "Il doit constamment remettre en question ses certitudes". 

Par moments, en raison de sa nature pragmatique, Lucas est en profond désaccord avec Roy, surtout lorsqu'il s'agit du bien-être d'Alton. Incontestablement, le petit garçon s'affaiblit. Et pourtant, à chaque fois que Lucas suggère d'interrompre leur mission pour emmener Alton à l'hôpital, Roy répond qu'il leur faut garder le cap. "Lucas présente un risque pour Roy et il ne peut pas compter sur lui à 100%", indique Shannon. "Mais je ne pense pas qu'il ait tant d'amis qu'il puisse appeler à l'aide". Là encore, l'ancienneté de leur relation entre en ligne de compte, tout comme le moment où l'on apprend que Lucas est policier. Cette révélation rend son engagement aux côtés de Roy et de son fils d'autant plus précieux : désormais, il est clair qu'il ne pourra plus jamais faire machine arrière. "Il fallait aussi que Lucas soit émouvant et même drôle par moments", relève Nichols. 

"Roy est tellement renfermé sur le plan émotionnel qu'il n'y a pas de place à la légèreté. Il est très sérieux – et il ne peut pas faire autrement. On avait donc besoin d'un personnage qui contrebalance sa gravité". D'origine australienne, Edgerton a su adopter l'accent texan pour le rôle : "Même si Lucas fait dorénavant partie de cette famille élargie, il garde son statut d'observateur", dit-il. "Il cerne très bien le noyau dur de la famille. Il perçoit l'instinct maternel de Sarah, le côté farouchement protecteur de Roy, et la vie paisible que cette famille aurait pu mener dans d'autres circonstances". La position de Sarah n'est pas facile. Tenue éloignée de son mari et de son fils, et endoctrinée par la secte pendant plusieurs années, elle semble à la fois émotive et réservée. 

"Elle est effacée", indique Kirsten Dunst. "Sarah vit en solitaire depuis très longtemps, elle est seule et profondément triste, ce qui l'a affectée. Avec Jeff, on a cherché à intégrer ce paramètre au personnage afin qu'il semble réaliste". "Malgré tout, je pense que lorsqu'elle et Alton se revoient, il n'y a pas le moindre doute qu'elle est sa mère", reprend-elle. "Ils retrouvent immédiatement leur proximité, sans se soucier des événements qui ont eu lieu ou du temps qui s'est écoulé. Tout ce qu'elle veut, c'est que son fils accomplisse son destin et se rende là où il doit aller". Bien en amont du tournage de MIDNIGHT SPECIAL, et même avant l'écriture du scénario, Nichols a imaginé certains plans, dont cette image de Sarah que Kirsten Dunst incarne à présent à ses yeux. "J'ai rêvé de ce plan où elle est assise sur le perron d'une maison, filmée par une caméra proche du sol, tandis que l'ampoule de la véranda lui éclaire la nuque", explique le réalisateur. "J'ai gardé cette image en tête pendant des années et Kirsten l'a incarnée à la perfection. Elle excelle à s'imprégner de l'émotion d'une scène. Il peut s'avérer risqué sur le plan du récit de s'attacher d'abord à la relation entre le père et son enfant, et puis à mi-parcours, de passer aux rapports entre mère et fils. Mais il faut qu'on comprenne ce qu'ils endurent – et on peut lire tout cela sur le visage de Kirsten". 

Étant donné les origines religieuses du personnage, Kirsten Dunst n'a pas porté de maquillage ostentatoire. Si elle ne fait plus partie du Third Heaven Ranch, Sarah continue à s'habiller selon les traditions strictes de la secte : ses vêtements couvrent presque tout son corps et elle porte une longue natte. Cette tenue souligne son isolement et sans doute aussi sa détermination à agir selon ses convictions, quels que soient les changements qui bouleversent le cours de sa vie. Malgré les précautions du petit groupe, qui voyage de nuit et veille à camoufler la lumière émanant d'Alton, il est de plus en plus difficile de rester hors de portée de la police. Testant ses pouvoirs insoupçonnés qu'il maîtrise de mieux en mieux, Alton laisse inévitablement des indices sur son passage. Tandis que le FBI gagne du terrain, il fait appel à Sevier, agent de la NSA : Adam Driver campe cet analyste intelligent et intuitif, qui ne se départit jamais de son sac à dos et qui porte une barbe de trois jours. Il n'a guère l'habitude de suivre le protocole, mais il n'en est pas moins concentré sur son objectif. Il adopte tout simplement une approche différente. 

"Sevier s'ennuyait probablement juste avant d'être missionné sur cette affaire et il n'a pas l'habitude de se retrouver sur le terrain", indique Driver. "En outre, les circonstances sont tellement hors normes qu'il est franchement ravi d'avoir été engagé à ce poste et qu'il a envie de percer le mystère à jour. Il pourrait vraiment se montrer cynique par rapport à cette organisation gigantesque dont il fait partie et par rapport au protocole, mais Sevier est sincèrement curieux. C'est ce qui m'a plu chez lui quand j'ai lu le scénario". Nichols affirme que le comédien a su rendre Sevier à la fois crédible et singulier. "Adam a réfléchi à des détails qui ne figuraient pas dans le scénario ou que je n'avais fait qu'effleurer", dit-il. "Sevier est foncièrement rétrograde à l'époque du tout-numérique, si bien qu'il trimballe ce magnétophone ridicule qu'il place devant les gens qu'il interroge, même si leurs propos sont intégralement saisis par d'autres sur un Macintosh. Il prend des notes sur des carnets. Il utilise des tableaux effaçables et des Post-It. Mais j'aime bien son côté intellectuel qui a besoin d'accessoires tangibles, et Adam a su exprimer cette facette du personnage qui le rend humain et pas crétin". 

Driver a même surpris le cinéaste : "Dans l'une des premières scènes, il arrive avec son sac à dos et le jette par terre et il se cogne le genou contre la table", rapporte Nichols. "Le sac à dos se renverse et il doit alors rechercher son crayon et sa feuille de papier parmi tous les objets éparpillés. Sur le coup, je me suis demandé si je devais couper. Et puis, j'ai compris qu'il le faisait exprès. C'est ce qui donne au personnage les traits de caractère qu'on a évoqués ensemble, et qui le rendent attachant, ce qui était fondamental". "Par ailleurs", ajoute Sarah Green, "Adam apporte un brin de légèreté à une situation dramatique en faisant de Sevier un garçon charmant et sincère". Mais Sevier excelle surtout quand il mène, seul, ses recherches. Tandis qu'il analyse les relevés de chiffres et de coordonnées qu'Alton semble glaner d'on ne sait où, l'agent finit par y déceler une logique. Et il est estomaqué par sa découverte. Les membres du Third Heaven Ranch ont l'habitude d'analyser ce genre de données. Calvin Meyer, redoutable gourou de la secte et tuteur autoproclamé d'Alton, s'en sert dans ses sermons depuis qu'il est convaincu que le langage subliminal de l'enfant renferme des messages prophétiques de Dieu. S'il s'agit d'une langue encore incompréhensible, Meyer s'est fixé pour mission de la décrypter. 

"Ce qui distingue le Ranch d'autres sectes similaires, c'est qu'une sorte de miracle a eu lieu au sein de sa communauté", explique Nichols. "Calvin, maître des lieux, est un type plutôt intelligent. Il faut être assez calé et futé pour diriger autant de gens et les convaincre qu'il est directement en contact avec Dieu. Et il est clair que Sam Shepard l'exprime formidablement bien dans son jeu. Je pense que si un homme comme lui repérait un garçon doué de facultés aussi extraordinaires au sein de sa communauté, il essayerait de s'en emparer aussi vite que possible". D'ailleurs, Calvin a décrété que le garçon lui appartenait. Enjeu spirituel majeur du Ranch, Alton représente une valeur inestimable que le gourou compte bien ne pas laisser s'envoler. 

"C'est un personnage intéressant", indique Shepard. "À chaque fois que quelqu'un prétend pouvoir communiquer avec Dieu, il veut dire par là qu'il y a désormais des réponses à toutes les questions qu'on se pose si on accepte de se plier à ses règles. C'est comme cela que les gens se laissent manipuler par ceux qui prétendent avoir les réponses aux questions qu'on se pose tous : Pourquoi sommes-nous là ? Que se passe-t-il après la mort ? Pourquoi y a-t-il de la souffrance dans le monde ? Toutes les réponses sont simplistes. À mon avis, la question n'est pas tant de savoir si ce type en profite, mais s'il y croit ou s'il se moque du monde. J'estime pour ma part qu'il y croit". Pour Nichols, Calvin et le Ranch sont aux antipodes de l'idée qui sous-tend le film – la foi dans l'inconnu – en en présentant une version dévoyée. "Lorsque Mike Shannon a découvert le scénario, il m'a demandé : 'Pourquoi emmène-t-on Alton là-bas ?'", raconte le réalisateur. 

"Et je lui ai répondu : 'On n'en sait rien. C'est inexplicable mais ton personnage pense que c'est important'. La destination est importante. Et surtout, c'est ce que l'enfant doit accomplir qui est important, et il faut qu'il y croie. Du coup, il était logique qu'il entame son périple dans cet univers où la foi est totalement galvaudée – la secte où Alton est instrumentalisé comme symbole de la foi. Ce qui compte, c'est la relation entre le père et le fils, car Roy sait ce dont le petit garçon a besoin et qu'il met tout en œuvre pour y parvenir : c'est ce type de foi que je souhaitais évoquer dans le film plutôt qu'une foi religieuse". On trouve encore au casting Bill Camp et Scott Haze sous les traits de Doak et Levi, adeptes de la secte. Sur les ordres de Meyer, ils ne reculent devant rien, y compris la violence, pour empêcher Roy et Lucas de ramener l'enfant chez lui car – estiment-ils – c'est sa place. Paul Sparks campe l'agent du FBI Miller, qui démarre l'interrogatoire de Meyer et de ses disciples, puis qui fait appel à Sevier. David Jensen incarne un ancien adepte attachant du Ranch, Elden, qui offre un refuge transitoire aux fugitifs. Une démarche qui s'avère risquée et entraîne des conséquences inattendues et spectaculaires. 

DU TEXAS À LA FLORIDE 
“Alton, plaque-toi au sol.” 
Dans MIDNIGHT SPECIAL, Roy, Alton, Lucas et Sarah partent du Third Heaven Ranch, au Nouveau-Mexique, puis traversent le Texas, la Louisiane, le Mississippi et l'Alabama en direction d'un lieu bien spécifique à proximité des côtes floridiennes. Certaines scènes ont été tournées dans la quasi-totalité de ces États, mais l'essentiel des images ont été filmées à la Nouvelle-Orléans et dans de petites villes de la région, comme Mandeville, Covington et Lacombe, sur la Côte-Nord, pendant l'hiver 2014. Ancien adepte de la secte, Elden a passé plusieurs années à étudier les informations sur Alton pour tenter d'en déterminer une logique. Il suggère une théorie selon laquelle il s'agit de points géographiques sans doute liés aux "Ley Lines", sortes de lignes de force reliant des sites anciens dans le monde entier. "C'est un peu fantaisiste sur le plan scientifique", plaisante Nichols qui ajoute : "Et il existe une convergence de ces 'Ley Lines' en Floride". Le réalisateur a réuni sa "famille de cinéma" pour le tournage, autrement dit ses plus proches collaborateurs dont la plupart travaillent avec lui depuis son premier long métrage. Citons notamment le directeur de la photo Adam Stone, le chef-décorateur Chad Keith, la chefmonteuse Julie Monroe et le compositeur David Wingo. 

Brian Kavanaugh-Jones, autre collaborateur de longue date, précise : "Nous avons une chance folle de pouvoir tourner avec cette équipe extraordinaire. Il faut savoir gré à Jeff de réussir à instaurer le genre d'atmosphère propice au travail d'équipe. Cela fait écho à l'unité dramaturgique entre ses films". Pendant le tournage, la Nouvelle-Orléans et une bonne partie des États du sud ont été paralysées par des températures glaciales inédites. Étant donné que de très nombreuses scènes étaient tournées sur la route et en extérieurs, il a fallu constamment revoir le planning en raison des pluies et du froid polaire. Le régisseur d'extérieurs Mark Welch estime que Nichols et son équipe ont repéré une soixantaine de routes différentes. La production a utilisé au moins six routes nationales dans le sud de la Louisiane, ainsi que des routes désaffectées, des chemins de terre, des routes secondaires à double sens et des tronçons d'autoroutes. Des hélicoptères ont été mobilisés pour les prises de vue aériennes des voitures de police et des véhicules de l'armée à la poursuite de nos protagonistes. La régulation de la circulation automobile a soulevé d'incessants problèmes logistiques, obligeant régulièrement la production à tourner pendant des intervalles de temps de trois ou cinq minutes. Pour la séquence du barrage de police et de l'affrontement avec le SWAT [la police d'élite américaine, NdT], un tronçon d'autoroute a été temporairement fermé à la circulation. Pour d'autres scènes, l'équipe a utilisé un "barrage routier mobile", permettant aux véhicules de dépasser les voitures-travellings et la remorque de tournage ou de rouler à une quarantaine de mètres derrière. Dans certains cas, la production a bâti sa propre route pour ainsi dire. 

"On pouvait prendre un virage à droite, couper, et puis se retrouver à 120 km de là, sauf qu'il s'agissait d'un chemin de terre qu'on avait relié à la route", indique Welch, l'un des trois régisseurs d'extérieurs. "On a beaucoup tourné sur la Côte-Nord. Sur cette rive du Lac Pontchartrain, on trouve des pins et des feuillus, et sur la rive Sud, surtout des chênes. Il fallait qu'on retrouve des pins jusqu'en Floride, si bien que parfois, lorsque nos protagonistes sont censés traverser le Mississippi, on était en réalité sur la Côte-Nord où on tâchait de faire en sorte que la végétation soit homogène". Le réalisateur a privilégié un style naturaliste, "des costumes aux décors, des éclairages aux lieux de tournage, sans même parler de la manière dont les pouvoirs d'Alton sont révélés", dit-il. Pour y parvenir, il a choisi de tourner en pellicule, non seulement pour le réalisme du 35 mm mais pour se lancer un défi à lui-même. 

"Si on tourne en pellicule, c'est parce que ce format permet d'offrir la représentation de la vie la plus proche de la réalité… pour les scènes de jour", remarque-t-il. "En plein jour, il n'y a rien de mieux. Le rendu est vivant, il respire et il restitue le réel avec précision. Le problème, c'est que lorsqu'on tourne en pellicule de nuit, il faut des éclairages et l'image devient alors artificielle. Et si on tourne de nuit sans lumière, l'image est noire : la caméra ne distingue pas les formes comme le fait le regard humain. Du coup, j'ai délibérément écrit une histoire qui se déroule de nuit, en sachant qu'on tournerait en pellicule et qu'il nous faudrait éclairer les scènes nocturnes tout en donnant un aspect réaliste à l'image". "Par chance, j'ai travaillé avec l'un des plus brillants chefs-opérateurs et éclairagistes au monde", poursuit Nichols. "Adam Stone tourne avec moi depuis mes débuts, on a mûri et on s'est épanoui ensemble professionnellement. C'est une relation qui ne peut se mettre en place que sur la durée et qu'au prix d'efforts. Il a un talent fou. Il a un vrai regard. Je ne savais pas ce que cela voulait dire avant de démarrer dans ce métier, mais il a une manière d'embellir le réel". 

S'agissant des facultés extrasensorielles d'Alton, les effets spéciaux ont nécessité une plus importante distorsion de la lumière. "On s'est donné beaucoup de mal pour mettre au point le faisceau émanant des yeux du garçon", constate Nichols. "On a tourné en format anamorphique – qui correspond au format de projection cinéma – en utilisant un objectif très spécifique conçu par Panavision qui produit des lueurs naturelles si on dirige la lumière vers le centre du plan". Avec le superviseur Effets spéciaux John McLeod, ils ont conçu et fabriqué un dispositif spécifique pour les lunettes spéciales que porte Alton afin de protéger sa vue et celle de son entourage de la lumière blanche émanant de son regard. 

"On a fabriqué des lunettes avec des verres munis de LED très puissantes, si bien qu'à chaque fois que son regard s'illumine, notre dispositif diffuse une lumière forte en direction de la caméra", note le réalisateur. "Pour les scènes où il éclairait le plan tout entier, on ne pouvait pas lui faire porter le dispositif car la lueur n'est censée se produire que lorsque ses yeux sont exposés, si bien qu'on tournait la scène deux fois : une première avec le dispositif, et une deuxième, sans". 

La lumière est diffusée de différentes manières tout au long du film et fait partie intégrante de son style visuel. Elle émane ainsi des yeux d'Alton, des phares éblouissants des voitures, des lampes de poche et des réverbères. Toujours par souci de réalisme, le tournage s'est essentiellement déroulé en décors en dur. Pour le Third Heaven Ranch, le réalisateur a choisi un vaste paysage aride : les extérieurs ont été tournés à Mountainair, au Nouveau-Mexique, et les intérieurs dans un centre de vacances chrétien aux abord de Folsom, en Louisiane. Le centre de détention de la Jefferson Parish de Gretna, en Louisiane, a abrité une scène d'interrogatoire du FBI. De même, l'aéroport du Stennis County sur la base aérienne militaire de Biloxi, dans le Mississippi, a été utilisé pour une séquence où des fonctionnaires du gouvernement tentent de comprendre à qui ils ont affaire. Le site où s'écrase un mystérieux satellite est en réalité un relais routier à Reserve, en Louisiane. Étant donné que le relais routier abritait des produits pétroliers inflammables, le département Effets spéciaux a utilisé un caisson lumineux et des pétards pour simuler une explosion au propane et les retombées de débris. Pour les scènes du motel, Nichols tenait à ce que les bâtiments soient proches de l'autoroute afin que nos protagonistes puissent quitter la chambre, se diriger vers leur voiture et décamper – le tout en un seul plan. 

Si le tournage de cette scène semblait simple en apparence, il s'est avéré difficile à accomplir. Après avoir repéré une centaine de lieux potentiels, la production a finalement retenu deux motels qui correspondaient aux critères du cinéaste. C'est au Deluxe Inn à Slidell, en Louisiane, que les adeptes de la secte Doak et Levi rattrapent les fugitifs. C'est aussi là qu'ont lieu la fusillade et la course-poursuite à travers un carrefour très fréquenté en pleine heure de pointe qui ont dû être orchestrées par la police locale. Le Fernwood Motel, dans le Mississippi, a servi pour une autre étape du périple de nos protagonistes. Comme l'établissement avait définitivement fermé ses portes, le chef-décorateur Chad Keith a pu emprunter du mobilier pour aménager les décors des chambres des deux motels reconstitués en studio. La maison d'Elden se compose d'un décor en dur et d'une autre en studio. Il s'agit d'une modeste propriété de Mandeville datant des années 60, semblable à un ranch : l'intérieur a été reconstitué pour une scène où les pouvoirs d'Alton se déclenchent involontairement et provoquent une catastrophe. 

"On l'a reconstitué en studio pour que les murs de la maison se mettent à vibrer puis que la structure s'effondre", signale Keith. "Tout a dû être construit sur un système hydraulique". On ne s'étonnera pas que cette séquence soit l'une des préférées du jeune Jaeden Lieberher. "Je me suis vraiment éclaté chez Elden, où les murs se sont écroulés", dit-il. "Je portais le dispositif spécial pour les lunettes de protection, et mes yeux diffusaient donc de la lumière et tout s'est mis à trembler. En lisant le scénario, je ne savais pas que la production allait s'y prendre comme ça. Je pensais au contraire qu'elle se reposerait sur des effets visuels ou infographiques en postproduction. C'était vraiment génial". 

C'est la course-poursuite sur une route de forêt qui a mobilisé les cascades les plus spectaculaires : Roy, au volant d'un SUV, roule sur des herses, fonce à travers un barrage et poursuit sa route aussi longtemps que possible, malgré les airbags qui se sont déclenchés, les pneus crevés et les vitres explosées. Le véhicule, qui devait se renverser et faire un tonneau avec les comédiens et la caméra à bord, était maintenu par un câble de sécurité. Lorsque les voitures n'étaient pas remorquées, Shannon et Edgerton se relayaient au volant, pendant que Nichols et Stone étaient le plus souvent accroupis sur le plancher ou assis sur un siège. 

"Jeff voulait susciter des situations terribles qui semblaient insurmontables, puis trouver un moyen de s'en sortir pour les personnages qui soit crédible", indique le chef-cascadeur Scott Rogers. "Il fallait qu'on croie que la voiture était en mesure de poursuivre sa route. On ne cherchait pas à réaliser des cascades délirantes : l'action était au service de l'intrigue. Pendant la préparation, on a cherché à infliger des dégâts à la voiture qu'elle pouvait supporter pour – nous semblait-il – continuer à fonctionner". 

UNE MUSIQUE PROFONDÉMENT ÉVOCATRICE 
"Il n'est pas comme nous". 
Pour la partition du film, Nichols a de nouveau collaboré avec le compositeur David Wingo, qui avait déjà écrit la musique de MUD et TAKE SHELTER. Travaillant très en amont, les deux hommes ont réfléchi aux sonorités et à l'ambiance musicale. "Lorsqu'on écoute les BO de certains films de science-fiction des années 80, on se rend compte qu'elles se caractérisent par une sorte de son électronique très rythmé", constate Nichols. "J'étais sûr que David saurait travailler en s'inspirant de ce style, mais je ne me rendais pas compte à quel point il se révélerait excellent jusqu'à ce qu'il m'envoie une bande-démo : il m'avait dit que c'était du 'bricolage' et je l'ai pourtant écoutée tous les jours en me rendant sur le plateau. C'est la chanson qu'on entend au début du film et pendant le générique de fin. Il s'est inspiré de ces films de science-fiction et a composé une partition totalement singulière. C'est un son à la fois contemporain et évocateur des années 80". 

Wingo a évité les outils numériques actuels, privilégiant un matériel analogique, comme les vieux synthés Moog et Juno. Dans le même temps, la dimension stylisée des sonorités électroniques devait être intégrée à la BO avec des rythmes plus émotionnels, en adéquation avec les thématiques de l'intrigue. "Une musique chorale du compositeur norvégien Ola Gjeilo fait aussi partie de la BO", ajoute Wingo. "Du coup, j'ai écrit une musique qui s'accorde à ces sonorités, qui est plus spirituelle et impressionnante, et où les cordes dominent. On a discuté du fait que la partition est d'abord tout en retenue, puis devient de plus en plus ample vers la fin. Il y a plusieurs éléments à l'œuvre : la science-fiction, la course-poursuite, le surnaturel, mais pour Jeff je sais que ça ne fonctionne que si on est ému par les rapports entre les personnages". 

"J'adore cette BO", déclare Nichols. "David est l'un des plus grands compositeurs d'aujourd'hui et j'ai beaucoup de chance de travailler avec lui. Le thème du début et du générique de fin correspond parfaitement à l'atmosphère et au mystère du film, et il gagne en puissance, jusqu'à devenir profondément émouvant vers la fin. C'était particulièrement difficile parce que le morceau est censé accompagner un moment à la fois terrifiant, triste, imposant et, au final, beau et tendre. La musique devait donc convoquer beaucoup d'émotions à la fois, tout en rappelant les rythmes des films de science-fiction des années 80 dont on a parlé ensemble au départ". "J'aime l'énergie vitale de ce film", confie Sarah Green. "Au début, on ne sait pas où l'on est, ni ce qui se passe. On a le sentiment que le petit garçon est en grand danger. On apprend des détails au fil de l'intrigue, et on ne revient jamais en arrière : on va toujours de l'avant. On voit bien que les protagonistes sont poursuivis par des types armés, qu'il y a des explosions, des voitures qui se renversent… il y a pas mal d'action. Mais c'est l'émotion qui prime". 

C'était l'intention de Nichols dès l'instant où il a esquissé l'intrigue, avant même qu'il ait écrit une seule ligne ou envisagé de réunir ces éléments de sorte à captiver et divertir le spectateur. "J'écris toujours deux textes en parallèle", conclut-il. "Le premier concerne le genre et l'intrigue, et dans le cas de MIDNIGHT RUN, je voulais rendre hommage aux films de sciencefiction des années 70 et 80 qu'on a tous aimés. Je voulais réaliser un thriller qui parle d'une course-poursuite, où des types sillonnent de petites routes de campagne. Mais dans mon second texte, je réfléchis à ma propre vie, et j'essaie de lier l'histoire à quelque chose d'émotionnel et d'intime pour moi, en espérant que d'autres que moi trouveront le résultat final émouvant et intime"

Autre post du blog lié à MIDNIGHT SPECIAL 

mercredi 11 mars 2015

Back to the future



La nouvelle série originale NETFLIX
Par les créateurs de “DAMAGES”

« Nous étions une famille sans histoire, ou presque. »

Cette nouvelle série me tente bien. Son casting est plutôt sympa. Le fait de retrouver Kyle Chandler après "Friday Night Lights" me fait plaisir. L'histoire de cette famille, qui a ses secrets et dont les actes semblent pouvoir être autant dirigés vers de bonnes intentions que des mauvaises, pourrait bien s'avérer être intrigante.


Le 20 Mars prochain, tous les abonnés de Netflix à travers le monde rencontreront la famille Rayburn.

Une famille américaine contemporaine devenue par la force de leur travail, un des piliers de leur communauté en Floride.

Mais quand la brebis galeuse, Danny (Ben Mendelsohn), l’aîné de la fratrie fait réapparition lors du 45ème anniversaire de l’hôtel de ses parents, il menace d’exposer les Rayburn à leurs sombres et honteux secrets, mettant ainsi les liens familiaux à rude épreuve.

Découvrez cette featurette pour en apprendre plus sur la famille Rayburn.

« LA FAMILLE RAYBURN »


Créée et produite par les scénaristes et producteurs Todd A. Kessler, Daniel Zelman, et Glenn Kessler, nommés aux Emmy® et Golden Globe®. 

Avec Kyle Chandler ("Friday Night Lights"), Ben Mendelsohn ("The Dark Knight Rises"), Linda Cardellini ("Mad Men"), Sam Shepard ("The Right Stuff"), Sissy Spacek ("Carrie"), Norbert Leo Butz ("Dan in Real Life"), Jamie McShane ("Sons of Anarchy"), Jacinda Barrett ("Suits") et Enrique Murciano ("Without a Trace").
Avec également Chloe Sevigny, Steve Pasquale, Mia Kirshner, et Katie Finneran.

Les 13 épisodes de la nouvelle série originale, BLOODLINE seront lancés exclusivement sur Netflix le vendredi 20 Mars, et seront disponibles en 4K.

  
#Bloodline

lundi 29 décembre 2014

Back to the future


Thriller/Drame/Pas mon genre de film

Réalisé par Jim Mickle
Avec Michael C. Hall, Sam Shepard, Don Johnson, Nick Damici, Wyatt Russell, Brogan Hall...

Long-métrage Américain/Français
Durée : 1h49mn
Année de production : 2014
Distributeur : The Jokers / Le Pacte 
Facebook : https://www.facebook.com/thejokersfilms
Twitter : https://twitter.com/thejokersfilms et #ColdInJuly

Interdit aux moins de 12 ans

Date de sortie sur les écrans américains : 23 mai 2014
Date de sortie sur nos écrans : 31 décembre 2014


Résumé : 1989. Texas. Par une douce nuit, Richard Dane abat un homme qui vient de pénétrer dans sa maison. Alors qu’il est considéré comme un héros par les habitants de sa petite ville, il est malgré lui entraîné dans un monde de corruption et de violence.

Bande annonce (VOSTFR)


Extrait 1 (VOSTFR)


Extrait 2 (VOSTFR)


Ce que j'en ai pensé : J'ai découvert COLD IN JULY lors du Festival du Film Américain de Deauville en Septembre 2014. Je n'ai pas été enthousiasmée par ce long-métrage. Pourtant, j'étais impatiente de le voir pour son casting et son thème (un gars banal entraîné malgré lui dans un sac de nœuds improbables). J'ai trouvé le film trop lent à démarrer. La mise en place est longue et l'action assez peu présente pendant un bon moment. En plus, il m'a semblé que les motivations du personnage principal, Richard Dane, à se laisser entraîner dans cette histoire, ne sont pas toujours très claires. L'ambiance de la petite ville du Texas est bien retranscrite, mais pour moi, cette approche est déjà-vue. 
Certes, le réalisateur, Jim Mickle, donne une véritable patine 'thriller des années 80' à son film, mais le mélange des genres ne bénéficie pas d'une transition suffisamment bien amenée. Le film est lent et long, puis d'un coup il devient super glauque et hyper violent. J'ai manqué l'intérêt du changement. J'y ai vu plus de l'esbroufe qu'une réelle volonté de servir l'histoire. C'est d'autant plus frustrant qu'il y a de bonnes idées dans l'intrigue qui mériteraient d'être mieux mises en valeur.

Le casting est très bien. Michael C. Hall, dans le rôle de Richard Dane, fait évoluer par petites touches la personnalité de son protagoniste.




Sam Shepard est super dans le rôle de Russel. Il s'impose d'un regard et on comprend vite que son personnage n'est pas un tendre.


J'ai été très contente de retrouver Don Johnson dans le rôle de Jim Bob. Il est parfait pour apporter une touche de légèreté.


COLD IN JULY ne m'a malheureusement pas convaincue. Etant donné que les acteurs sont bons, j'aurais aimé plus apprécier le style, la mise en scène et le rythme du film. Il ne correspond tout simplement pas à mon goût cinématographique.


NOTES DE PRODUCTION
(A ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers!) 

NOTE DU RÉALISATEUR

Il y a huit ans, j’ai acheté un exemplaire d’occasion de Cold in July (Juillet de sang, Collection Folio policier, éditions Gallimard) de Joe R. Lansdale. Je venais de terminer le mixage de notre premier long métrage, MULBERRY STREET, et j’en avais assez des histoires hyper urbaines. Quant aux scénarios de films de genre que je lisais, ils me semblaient tous identiques. Au bout de dix minutes, on savait exactement ce qui allait se passer. J’ai commencé à lire le roman en n’en connaissant rien, juste pour me changer les idées. Lorsque je l’ai terminé, tard le soir, j’étais totalement bouleversé et conquis. 

Je l’ai immédiatement passé à Linda Moran de Belladonna Productions et à Nick Damici qui venait d’écrire et de jouer dans MULBERRY STREET. Ils sont tous deux tombés amoureux du roman et c’est alors qu’a commencé notre quête de sept ans pour l’adapter à l’écran. 

Le roman m’a obsédé pour les mêmes raisons que d’autres ne l’ont pas aimé, comme son insistance à ne pas employer une forme narrative classique ou l’utilisation de l’humour dans une ambiance noire et violente. Ou encore, les thèmes plus graves de la virilité, de l’âge adulte, des relations entre pères et fils ainsi que son sens moral incertain. J’adorais qu’on ne puisse pas le mettre dans une case et qu’il utilise les codes d’un genre déjà bien éprouvé comme point de départ d’une ou deux autres histoires. Tout découle des personnages de Joe R. Lansdale, de ce qu’ils cherchent et du fait que la trahison n’est pas utilisée comme un gadget. 

En fait, j’ai réalisé deux autres films avant d’obtenir le feu vert pour réaliser COLD IN JULY. Tout d’abord STAKE LAND, un détournement des codes du film d’apocalypse, et WE ARE WHAT WE ARE, un drame familial fantastique. Ces films, aux styles très différents, ont non seulement nourri la réalisation de COLD IN JULY, mais nous ont également donné la liberté et la confiance nécessaires pour expérimenter une nouvelle forme stylistique et construire un nouvel univers. Avec presque exactement la même équipe que pour WE ARE WHAT WE ARE, nous avons décidé de faire l’exact opposé : un film de genre parlant de la masculinité dans ce qu’elle a de plus crue, tout en refusant de nous conformer à l’atmosphère rurale classique et intemporelle, en optant pour un décor et une bande son fidèles à ce qu’était l’est du Texas dans les années 80. 

Nous ne pouvions rêver ni d’un casting plus extraordinaire ni d’un trio plus étonnant. Michael C. Hall (que j’ai rencontré pour la première fois lors d’une fête au Festival du film de Sundance l’an dernier) s’est complètement emparé de ce rôle d’homme ordinaire. Il est même venu avec sa propre perruque pour la coupe mulet et une moustache parfaite. Il est devenu notre point d’ancrage émotionnel, faisant siens chaque nuance et chaque dilemme moral, si bien que nous avons pu couper de nombreuses scènes qui explicitaient ce qu’il transmet naturellement. Sam Shepard a apporté une vérité sans concession et un dédain pour toute forme de sentimentalisme, aussi bien à l’écran qu'en dehors, qui conviennent parfaitement au repris de justice qu’est Ben Russel. Il a également écrit ses propres dialogues pour la scène cruciale dans laquelle il comprend enfin comment en finir avec son fils. 

L’acteur idéal pour incarner le personnage de Jim Bob n’a pas été évident à trouver. C’est un personnage récurrent dans les oeuvres de Joe R. Lansdale. Nous savions qu’il nous fallait un homme hors du commun, doté d’un fort charisme mais pas imbu de lui-même, quelqu’un qui pourrait être le lien avec la seconde partie du film. Il se trouve qu’en plus d’être un acteur extraordinaire, Don Johnson EST Jim Bob. Par ailleurs, il connaît mieux que personne l’art du récit, la production et la postproduction et il nous a fourni énormément de propositions pour le montage, tout en nous faisant totalement confiance. 

La sélection de WE ARE WHAT WE ARE à la Quinzaine des Réalisateurs a été pour moi et pour toute l’équipe une véritable consécration. Cela nous a également montré qu’il existe un public pour les films de genre qui cherchent à dire quelque chose de plus profond, une alternative aux films « grand public » vides de sens. L’an dernier, nous avons commencé la prépa de COLD IN JULY le lendemain de notre départ de Cannes. C’était un honneur de revenir cette année avec notre nouveau film.

ENTRETIEN AVEC LE RÉALISATEUR

Pourquoi adapter un roman de Joe R. Lansdale ? Connaissez-vous bien son oeuvre ?

Je suis un grand fan de Joe R. Lansdale depuis BUBBA HO-TEP. Après avoir vu le film, je me suis plongé dans ses nouvelles et j’ai été impressionné par la façon dont il passait sans transition (et si facilement) d’un genre ou d’un style à l’autre. Alors que nous finissions le mixage son de MULBERRY STREET, j’avais besoin de me changer les idées, de m’échapper dans un monde complètement différent de New York. J’ai acheté un tas de ro­mans de Joe R. Lansdale, parmi lesquels Juillet de sang. Une fois commencé, je ne pouvais plus m’arrêter. C’était une vieille édition de poche jaunie et craquelée qui correspondait parfaitement au ton général. Selon moi, c’est la parfaite combinaison du pulp, du scénario de film de série B et une véritable analyse d’un personnage qui, je crois, est tapi au fond de chaque homme. C’est une sorte d’histoire d’accomplissement personnel typique des westerns, et les parties consacrées aux relations entre pères et fils ont touché une corde sensible. À cette époque, seuls deux écrits de Joe avaient été adaptés au cinéma : BUBBA HO-TEP et l’épisode de MASTERS OF HORROR. Certaines de ses premières oeuvres sont plus sombres et plus brutales que Juillet de sang, mais j’aime la petite pointe d’inten­sité et d’humour qu’il y a glissé. 

Vous êtes considéré comme un réalisateur de films de genre. Pourquoi réaliser un thriller après trois films d’horreur ? 

Je me contente de suivre l’histoire et peu importe le genre dont il s’agit tant qu’il y a une vraie histoire à raconter. COLD IN JULY de­vait être mon second film après MULBERRY STREET, d’autant que j’aimais l’idée de débuter avec un film d’horreur et d’affirmer tout de suite après que nous avions la possibilité d’une palette plus large. Comme les films d’horreur sont plus faciles à faire, STAKE LAND et WE ARE WHAT WE ARE ont été réalisés avant. Rétrospectivement, je suis content que les choses se soient passées ainsi. COLD IN JULY contient de nombreux détails narratifs et stylistiques qui de­vaient être parfaitement gérés pour que le film fonctionne. S’il avait effectivement été notre second film, je ne suis pas certain que nous aurions eu suffisamment d’expérience et de confiance en nous pour y arriver ; une version antérieure de COLD IN JULY aurait certaine­ment été plus conventionnelle. À vrai dire, COLD IN JULY me semble être mon vrai film de genre parmi les quatre. Les autres sont plus des films d’horreur, mais je crois que je me suis efforcé d’en faire autre chose : je me suis concentré sur l’histoire tout en laissant les éléments de genre s’insérer là où ils le pouvaient. Avec COLD IN JULY, je pense que j’étais plus à l’aise avec le fait qu’il s’agisse d’un film de genre et j’espère être parvenu à faire au final un thriller dans le style des années 1980.

C’est la première fois que vous travaillez avec des acteurs très connus. Comment est-ce de diriger Michael C. Hall, Sam Shepard et Don Johnson ?

C’est d’une certaine façon à la fois plus facile et plus difficile. Il ar­rive que l’expérience rende un acteur plus têtu, ce qui se comprend. Après un certain temps sur les plateaux, je crois que les acteurs se construisent un mécanisme de défense contre les idées qui ne fonc­tionneront pas ou qu’ils savent qu’elles ne seront pas adaptées à leur façon de jouer le personnage. En tant que jeune réalisateur, cela peut être éprouvant, surtout lorsque l’on a un emploi du temps serré et beaucoup de choses à gérer en plus du jeu des acteurs, mais c’est aussi intéressant de devoir aller chercher certaines choses. Dans notre cas, il a fallu s’arrêter souvent et parler de certains points, en simplifier d’autres ou retravailler des dialogues la veille ou sur le plateau. Je crois que tout cela en valait la peine et que de très fortes idées en sont ressorties. Mais des acteurs comme ces trois-là m’ont aussi considérablement simplifié la vie. Nous avions souvent des passages entiers de dialogues sur lesquels Nick Damici et moi étions repassés des millions de fois qui me semblaient trop explicatifs. Si j’en parlais à Michael C. Hall ou à Don Johnson, ils me disaient immédiatement, « Je sais quoi en faire » et ils arrivaient à rendre les dialogues parfaitement naturels. Je crois que l’expérience de la télévision leur permet d’entretenir leur capacité de jeu à un très haut niveau. Dans le cas de Sam Shepard, son talent d’auteur fait de lui un allié incroyable. Il a réécrit l’une des scènes les plus fortes et nous a vraiment sauvé la mise. Je crois qu’il s’est aussi emparé d’un personnage qui, sur le papier, laissait un grand nombre de lecteurs incrédules, se demandant quel était son état d’esprit car nous lui avions écrit très peu de dialogues. Sam l’a instantanément compris et l’a incarné d’une manière très convaincante. Il me semble que tous les acteurs ont remplacé des notes du script par des actions non verbales. 

Votre film reflète vraiment l’ambiance des années 1980. Êtes-vous fan de cette époque ? Et la musique a un style très proche de celle des films de John Carpenter.

Comme beaucoup, j’ai toujours regardé les années 1980 de haut. J’avais le sentiment que c’était une décennie ennuyeuse (à l’excep­tion de BLUE VELVET) après la splendeur des années 1970. Mais, en faisant nos recherches pour les looks et les musiques, je suis tombé amoureux de cette époque et cela a ravivé mon amour pour certains films avec lesquels j’avais grandi. Je crois que j’ai été sub­mergé par la nostalgie en redécouvrant les polices de caractères, les couleurs, la musique et tout s’est retrouvé dans le film. Nous avions toujours voulu que l’action se passe en 1989 (le livre a été écrit cette année-là), mais ce n’est qu’une fois que nous avons commencé le travail que la saveur des années 1980 a trouvé sa place dans le film. Nous devons beaucoup à Michael C. Hall. Une fois le tournage de DEXTER terminé, il m’a appelé et m’a dit, « Que dirais-tu si Richard portait une coupe mulet ? ». Il est ensuite venu essayer des cos­tumes et faire des essais de moustaches et dès lors nous avons pu créer son personnage et avoir la liberté de faire plus d’expériences en terme de style. 

Les années 1980 sont remplies d’expériences stylistiques vraiment marrantes qui ont fini par disparaître. Pour les extérieurs nuit, j’ai toujours aimé le filtre Moonlight Blue mais ensuite on a surtout utilisé le blanc et l’argenté. Nous nous sommes mis en tête de trouver la parfaite gélatine bleue et Ryan Samul, notre directeur de la photogra­phie, nous a proposé Peacock, un bleu avec une pointe de vert qui a un côté à la fois un peu désuet et contemporain. 

La musique a beaucoup évolué au fil du temps. J’aime faire des essais avec des musiques temporaires sur le bout-à-bout car généralement on a de belles surprises. Ici, Jeff Grace et moi avions très tôt parlé de bandes originales de western et de steel guitars, mais sur le tournage je me suis dit que c’était trop prévisible. Alors que je revoyais presque tous les premiers films de John Carpenter en Blu-ray, notre mon­teur, John Paul Horstmann, s’est amusé avec les musiques de HAL­LOWEEN 3 et THE FOG : c’était parfait. D’habitude, j’utilise un ou deux morceaux de la bande originale de THE THING dans la musique tem­poraire et là, il était logique de garder ce son pendant tout le film et de laisser la musique devenir un personnage à part entière. Jeff Grace a réussi à composer une musique qui n’est absolument pas parodique. Il avait composé de superbes pièces pour orchestre pour STAKE LAND et WE ARE WHAT WE ARE et sur ce film, son travail avec les synthétiseurs est époustouflant.

TROIS QUESTIONS À MICHAEL C. HALL (Richard Dane) 

Il s’agit de votre premier grand rôle dans un long métrage de cinéma. Comment s’est passé le travail avec Jim Mickle ?

C’était fantastique. Il est à la fois sûr de lui et à l’aise. Il crée une atmosphère sur le plateau qui permet à chaque acteur de se sentir à la fois en sécurité, regardé et libre de prendre des risques. J’adorerais travailler à nouveau avec lui ! 

Richard Dane est une sorte de « monsieur tout-le-monde » qui se transforme en vengeur amateur. Quelle est l’évolution de ce personnage ?

Richard Dane est un homme ordinaire menant une vie ordinaire qui, en apparence, est heureux. Dans le film, cet homme est entraîné dans un monde bien plus sombre. Son parcours personnel n’a dès lors plus rien d’ordinaire. Les rebondissements de l’histoire montrent ce que je pense être le désir inconscient du personnage de se confronter à quelque chose qui le sortirait de sa routine quotidienne. Les événements le forcent à affirmer sa capacité d’action et sa virilité. 

Jouer avec des acteurs aussi légendaires que Sam Shepard et Don Johnson a du être une expérience intéressante ?

En effet, j’ai eu la chance de travailler avec eux. Ça a été une joie et nous avons énormément ri.

dimanche 29 décembre 2013

Back to the future







Au cinéma le 15 janvier 2014

Réalisé par Scott Cooper (Crazy Heart)
Produit entre autres par Leonardo DiCaprio et Ridley Scott
Aux côtés de Christian Bale, un casting 4 étoiles composé de Woody Harrelson, Casey Affleck, Forest Whitaker, Willem Dafoe, Zoë Saldana et Sam Shepard

Retrouvez le résumé du film et sa bande annonce dans un autre post du blog en suivant ce lien : http://minu.me/c4za.

Découvrez les coulisses du film :



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