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vendredi 6 mars 2020

VIVARIUM


Thriller/Science fiction/Étrange et délicieusement déroutant

Réalisé par Lorcan Finnegan
Avec Imogen Poots, Jesse Eisenberg, Eanna Hardwicke, Jonathan Aris, Senan Jennings, Danielle Ryan, Olga Wehrly, Molly McCann...

Long-métrage Irlandais/Belge/Danois
Durée : 01h37mn
Année de production : 2019
Distributeur : Les Bookmakers / The Jokers

Date de sortie sur nos écrans : 11 mars 2020


Résumé : à la recherche de leur première maison, un jeune couple effectue une visite en compagnie d’un mystérieux agent immobilier et se retrouve pris au piège dans un étrange lotissement.

Bande-annonce (VOSTFR)


Extrait (VOSTFR)


Ce que j'en ai pensé : VIVARIUM a été projeté lors de la 27ème édition du Festival du Film Fantastique de Gérardmer où il était présenté en compétition.


VIVARIUM est un long-métrage aux nombreux points forts. Tout d'abord, il s'agit d'un vrai film fantastique dont l'intérêt ne se trouve pas dans les explications, mais bien dans le postulat dans lequel il nous plonge. Ensuite, il propose une allégorie au vitriol sur la vie de famille en banlieue qui met mal à l'aise, car malgré tout, ce contexte malsain ne peut s'empêcher de vibrer comme un certain reflet de la réalité.

La réalisation de Lorcan Finnegan soutient le propos de bout en bout. Il se débrouille pour rendre ses personnages principaux attachants instantanément, posant ainsi des jalons douloureux pour les spectateurs qui assistent à leur cauchemar sans trouver d'échappatoire, à leur image. Sa mise en scène illustre à la fois le contexte situationnel des personnages et également leur évolution psychologique. Il montre les réactions qui se transforment en action pour tenter d'échapper malgré tout à l'engrenage imposé. Il veille à faire de la banlieue un personnage à part entière, donnant l'illusion d'une perfection lisse subtilement angoissante. Il intègre de l'humour qui fonctionne parfaitement et qui ne vient jamais atténuer pour autant la gravité de la situation.

Imogen Poots et Jesse Eisenberg interprètent Gemma et 
Tom, un jeune couple mignon qui a la vie devant lui. Ils réussissent à nous guider au travers de cette situation impossible, tout en rendant crédible leur relation amoureuse, leur indépendance en terme de personnalité et leur état d'esprit à chaque étape du processus. Ils dégagent à la fois une forme de simplicité et une force commune. Ils sont très justes dans leur façon d'affronter l'adversité et de lutter contre la résilience.

Les seconds rôles sont tout à fait troublants. Il faut signaler l'excellent Jonathan Aris qui interprète Martin, un agent immobilier pour le moins étrange.


VIVARIUM fait résonner chez les spectateurs l'esprit de la Quatrième Dimension. C'est une véritable proposition qui, sans parler de perfection, pousse son raisonnement cyclique jusqu'au bout avec détermination. Étrange et délicieusement déroutant.


Copyright photos @ Les Bookmakers / The Jokers

NOTES DE PRODUCTION
(À ne lire/regarder qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

Le 19 février 2020, le Club Jokers a organisé une projection du film VIVARIUM suivie d'une session de questions/réponses en présence du réalisateur Lorcan Finnegan et de l'acteur Jesse Eisenberg. Retrouvez cette rencontre drôle & informative dans les vidéos ci-dessous:





NOTE D’INTENTION DU RÉALISATEUR 

Devenir propriétaire n’est une aubaine que lorsqu’on se croit dans un conte de fées. Les publicités insidieuses vous promettent une « vie idéale », une version fantasmée de la réalité à laquelle nous finissons par aspirer. Elle devient presque l’appât d’un piège dans lequel nombreux d’entre nous sont tombés. Une fois pris au piège, nous travaillons toute notre vie pour payer nos dettes. 

Ce contrat social est un accord étrange et tacite qui nous attire tels des aimants à lui. Des zones naturelles sont détruites pour laisser place à des rangées de maisons identiques, les véritables labyrinthes d’une société uniforme et morose. 

Nous dégustons avec ignorance des aliments transformés, emballés dans du plastique. 

Les médias sont en compétition avec les parents d’aujourd’hui pour insuffler toujours plus d’idées saugrenues aux enfants. 

Le rêve de posséder une maison virera bientôt au cauchemar. 

C’est le consumérisme qui nous consume, pas l’inverse. 

VIVARIUM est né à la suite de tous ces constats. Le choix du fantastique est un moyen de les amplifier, de les mettre en exergue. 

C’est un conte à la fois surréaliste et tordu, à la fois sombre, ironiquement drôle, triste et effrayant. 

LE RÉALISATEUR, LORCAN FINNEGAN

BIOGRAPHIE DU RÉALISATEUR

Après avoir obtenu un Master en design graphique à Dublin, Lorcan Finnegan a entamé sa carrière à Londres en travaillant pour la société de Charlie Brooker (BLACK MIRROR, NATHAN BARLEY), Zeppotron, en tant que designer, monteur et plus tard comme réalisateur. 

En 2004, Lorcan Finnegan est revenu à Dublin où il a créé sa propre société de production, Lovely Productions. Depuis, il a écrit et réalisé de nombreux court-métrages, des spots publicitaires et des clips musicaux. 

Son premier long-métrage, WITHOUT NAME, a été présenté au TIFF (Toronto) en septembre 2016. Il travaille actuellement avec son scénariste Garret Shanley (FOXES, WITHOUT NAME) sur plusieurs projets : le drame dystopique GOLIATH, le thriller surnaturel NOCEBO ou encore sur un film mystérieux intitulé PRÉCIPICE. 

VIVARIUM, son second long-métrage, sera projeté en compétition à la Semaine de la Critique au festival de Cannes 2019, avec Jesse Eisenberg et Imogen Poots dans les rôles titres.




L’ÉQUIPE DU FILM

LE SCÉNARISTE, GARRET SHANLEY 

Garret Shanley est un scénariste originaire de Dublin. Il a écrit les scripts de VIVARIUM et de WITHOUT NAME, les deux films de Lorcan Finnegan, le premier projeté à la Semaine de la Critique au Festival de Cannes, le second non seulement au TIFF mais également au Sitges Film Festival et au London BFI Film Festival. Garret Shanley a écrit également des court-métrages, comme FOXES, réalisé par Lorcan Finnegan, qui a remporté le prix du meilleur court-métrage aux IFTA. 

LE RESPONSABLE DES EFFETS SPÉCIAUX, PETER HJORTH 

Peter Hjorth travaille dans le cinéma et la télévision depuis 20 ans, principalement sur des films en tant que responsable des effets spéciaux. Il a contribué à dépasser le cadre des simples effets visuels pour en faire de vraies créations artistiques. Il a ainsi réinventé les concepts d’espaces, de perspective et de mouvement dans le domaine des effets spéciaux en utilisant des techniques inédites. 

Il a fait ses classes auprès de réalisateurs comme Thomas Vinterberg (FESTEN), Lars von Trier (DANCER IN THE DARK, DOGVILLE, ANTICHRIST, MELANCHOLIA), Tarik Saleh (LE CAIRE CONFIDENTIEL), ou encore Nicolas Winding Refn (THE NEON DEMON). 

LE COMPOSITEUR KRISTIAN EIDNES ANDERSEN 

Kristian Selin Eidnes Andersen est un compositeur et un ingénieur du son danois avec plus de trente années d’expérience dans le domaine de la musique. 

Diplômé de la National Film School au Danemark, il a composé les bande-originales de plus de 100 films parmi lesquels on peut mentionner nombreux des films de Lars von Trier comme MANDERLAY, ANTICHRIST, MELANCHOLIA, et NYMPHOMANIAC. Plus récemment il a signé le son et les musiques des films THE HOUSE THAT JACK BUILT ou encore PETRA de la réalisatrice espagnole Jaime Rosales. 

LE DIRECTEUR DE LA PHOTOGRAPHIE, MACGREGOR 

MacGregor est un réalisateur de films publicitaires, directeur de la photographie, photographe, amateur de voitures et pilote de course espagnol. 

Après avoir obtenu son diplôme en communication par l’image à l'Université européenne de Madrid, il a écrit et réalisé 18 SECONDES (2008), UYUNI (2010) et SIMILO (2014), courts métrages qui ont cumulé plus de 50 récompenses lors de leur parcours en festival. 

En 2015, MacGregor a écrit, produit et réalisé LOS ANGELES 1991 qui a remporté de nombreux prix dans les festivals dont le Festival international du film de Guadalajara (Mexique). 

MacGregor est également un directeur de la photographie prisé, reconnu pour son style visuel et sa patte cinématographique. 

LE MONTEUR TONY CRANSTOUN 

Tony Cranstoun est un monteur anglais, résidant en Irlande, récompensé autant pour son travail sur des drames, des comédies et des documentaires à la fois pour le cinéma et la télévision. L’Académie britannique des arts de la télévision et du cinéma (BAFTA), la Royal Television Society (RTS) et l’American Cinema Editors (A.C.E.) ont reconnu son travail. 

Il a travaillé sur des films comme MR. BEAN, GOLD, WITHOUT NAME (de Lorcan Finnegan) ou encore JOHNNY ENGLISH 3.



LE CASTING

JESSE EISENBERG – « TOM » 


Jesse Eisenberg est un acteur nommé aux Oscars mais également un romancier et dramaturge estimé dans le milieu. 

La carrière d’Eisenberg est composée de films tels que LE VILLAGE (M. Night Shyamalan), BIENVENUE À ZOMBIELAND (Ruben Fleischer), THE SOCIAL NETWORK (David Fincher), INSAISISSABLES (Louis Leterrier), NIGHT MOVES (Kelly Reichardt), BATMAN V SUPERMAN (Zack Snyder), CAFÉ SOCIETY (Woody Allen) et JUSTICE LEAGUE (Zack Snyder). 

Dans ses films à venir, on peut mentionner notamment THE ART OF SELF-DEFENSE, THE HUMMINGBIRD PROJECT avec Salma Hayek, ou encore RESISTANCE, dans lequel il interprète le mime français Marcel Marceau dont l’histoire incroyable au sein de la résistance durant la Seconde Guerre mondiale sert de toile de fond au film. Il est actuellement en tournage pour la suite du film BIENVENUE À ZOMBIELAND. 

A côté de son travail au cinéma, Jesse Eisenberg s’est également démarqué au théâtre, puisqu’il a écrit quatre pièces dont THE SPOILS qui a été un vrai succès. D’autre part, il a écrit la pièce THE REVISIONIST, dans laquelle il joue avec Vanessa Redgrave, acclamée par la critique. Enfin, la dernière en date, HAPPY TALK, avec pour actrice principale Susan Sarandon. 

Né à New York, Eisenberg contribue souvent au journal The New Yorker. 

IMOGEN POOTS – « GEMMA »

Depuis son entrée fracassante dans le cinéma dans 28 SEMAINES PLUS TARD, Imogen Poots connait une trajectoire de carrière ascendante pour ses rôles dans JANE EYRE, ORDURE !, GREEN ROOM(Jeremy Saulnier) MOBILE HOMES ou encore CHASSEUSE DE GÉANTS. Elle a récemment rejoint le casting de CASTLE IN THE GROUND, un polar de Joey Klein, elle tourne dans le prochain film de Derek Cianfrance (BLUE VALENTINE, THE PLACE BEYOND THE PINES) en ce moment même, et sera enfin la partenaire d’Olivia Colman et Anthony Hopkins dans THE FATHER.


Source et copyright des textes et photos des notes de production 
@ Les Bookmakers / The Jokers

  
#Vivarium


Autre post du blog lié au film VIVARIUM

jeudi 13 février 2020

VIVARIUM


Au cinéma le 11 mars 2020

L'affiche et la bande-annonce de ce film soulignent l'aspect cauchemardesque teinté d'étrangeté de cette histoire.

Un film de Lorcan Finnegan
Avec Jesse Eisenberg & Imogen Poots


Résumé : à la recherche de leur première maison, un jeune couple effectue une visite en compagnie d'un mystérieux agent immobilier et se retrouve pris au piège dans un étrange lotissement...

Bande-annonce (VOSTFR)



AVANT-PREMIÈRE À PARIS EN PRÉSENCE DE 
JESSE EISENBERG ET LORCAN FINNEGAN

Jesse Eisenberg, l’acteur de Social Network et Zombieland sera à Paris pour présenter Vivarium lors d’une avant-première exceptionnelle

le Jeudi 20 février à 19h30 au UGC Les Halles.

L’acteur sera accompagné du réalisateur du film
Lorcan Finnegan.

Copyright photo @ The Jokers

  
#Vivarium


Autre post du blog lié au film VIVARIUM

jeudi 16 mai 2019

VIVARIUM


Au cinéma en 2020

Le premier extrait de VIVARIUM nous dévoile une ambiance particulière qui met mal à l'aise et semble indiquer que l'impeccable lieu d'habitation promis risque de venir avec quelques faux plis.

Un film de Lorcan Finnegan
Avec Jesse Eisenberg & Imogen Poots

En compétition


Résumé : à la recherche de leur première maison, un jeune couple effectue une visite en compagnie d'un mystérieux agent immobilier et se retrouve pris au piège dans un étrange lotissement...

Extrait (VOSTFR)



Une nouvelle photo du film

Copyright photo @ The Jokers

Projections pendant le Festival de Cannes :

Samedi 18 mai à 11h15 (1ère projection officielle avec l'équipe du film)

Samedi 18 mai à 17h15 (en présence de l'équipe du film)

Samedi 18 mai à 22h30

Dimanche 19 mai à 8h30 

à l'espace Miramar

  
#Vivarium


Autre post du blog lié à VIVARIUM

lundi 22 avril 2019

VIVARIUM


Au cinéma en 2020

J'avoue, j'envie un peu ceux qui auront déjà la chance de découvrir ce film pendant la semaine de la critique à Cannes. Il n'y a pas encore de bande-annonce, mais un thriller avec ce casting, c'est quand même bien tentant.

Un film de Lorcan Finnegan
Avec Jesse Eisenberg & Imogen Poots



Résumé : à la recherche de leur première maison, un jeune couple effectue une visite en compagnie d'un mystérieux agent immobilier et se retrouve pris au piège dans un étrange lotissement...

  
#Vivarium

jeudi 24 mai 2018

CHASSEUSE DE GÉANTS



Fantastique/Aventure/Malgré un rythme inégal, un film très touchant sur le pouvoir de l'imagination

Réalisé par Anders Walter
Avec Madison Wolfe, Zoe Saldana, Imogen Poots, Jennifer Ehle, Noel Clarke, Sydney Wade, Art Parkinson, Ciara O'Callaghan...

Long-métrage Américain
Titre original : I Kill Giants  
Durée : 01h44mn
Année de production : 2018
Distributeur : Lonesome Bear 

Date de sortie en vidéo : 6 juin 2018


Résumé : Barbara est une adolescente solitaire différente des autres, et en conflit permanent avec son entourage. Ses journées au collège sont rythmées par les allers-retours entre le bureau du proviseur et la psychologue. Aux sources de l’inquiétude des adultes qui veillent sur elle, il y a son obsession pour les Géants, des créatures fantastiques venues d’un autre monde pour semer le chaos. Armée de son marteau légendaire, Barbara s’embarque dans un combat épique pour les empêcher d’envahir le monde… 

Bande annonce (VOSTFR)



Extrait



Ce que j'en ai pensé : j'ai découvert ce long-métrage lors du dernier Festival International du Film Fantastique de Gérardmer. CHASSEUSE DE GÉANTS est une adaptation du roman graphique I Kill Giants de Joe Kelly et J. M. Ken Niimura (édité chez Image Comics). 

Ce film raconte une histoire triste et le réalisateur, Anders Walter, le fait bien. Le pouvoir de l'imagination est ici décrit avec force. Tout un univers est créé avec réalisme par la jeune héroïne. La façon dont le réalisateur amène les moments fantastiques pour les superposer avec la vie réelle est efficace et convaincante. Au final, le scénario raconte une histoire simple, mais métaphoriquement enthousiasmante et touchante. Il y a quelques longueurs qui coupent le rythme, mais l'amour de l'enfance illustré dans ce récit dépasse ce défaut.

Les actrices sont superbes. La jeune Madison Wolfe, qui interprète Barbara, nous fait ressentir l'ultra sensibilité, la créativité et les fêlures de son personnage. 


Zoe Saldana apporte la douceur et l'inquiétude d'une mère vis-à-vis de Barbara. Elle est convaincante dans le rôle de Mrs Mollé, une psychologue qui s'implique dans son travail. Imogen Poots interprète une grande sœur débordée par un rôle qu'elle ne devrait pas jouer dans le meilleur des mondes. Sydney Wade interprète Sophia, une petite fille qui est en manque d'amitié et a du mal à trouver sa place face à la puissance d'évasion de Barbara.


CHASSEUSE DE GÉANTS est un premier long-métrage qui parle des douleurs insurmontables qui peuvent traverser l'enfance, de celles qui laissent un vide qu'il faut alors combler sur le chemin de la vie adulte. Il illustre le fracas de la peine, certes avec des baisses de rythme, mais d'une très jolie manière. N'hésitez pas à partir à la chasse aux géants avec Barbara, elle vous entraînera dans une aventure bouleversante.

DVD

Blu-Ray

NOTES DE PRODUCTION
(Á ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

ADAPTÉ DU COMIC-BOOK I KILL GIANTS

Meilleure Bande Dessinée 2008 – IGN
TOP10 Image Comics Books – New York Magazine
1er prix aux International Manga Awards 2012

Pépite visionnaire publiée chez Image Comics en 2008, I Kill Giants est né de l’esprit de Joe Kelly (X-Men, Spider-Man, Four Eyes...) et des mains de J.M Ken Niimura (Zero, Henshin…). 

10 ans après sa sortie aux Etats-Unis, I Kill Giants sortira pour la première fois en intégralité en français via HiComics. Faisant mentir les standards du marché de la BD indé’ de l’époque (à savoir qu’un one-shot en noir & blanc constituait un double suicide commercial) I Kill Giants est immédiatement devenu un succès commercial et critique et est resté depuis un formidable objet d’étude, dans les écoles notamment.

A mi-chemin entre la fable et le drame, entre l’onirisme le plus pur et la difficile réalité, l’histoire convient à tous les publics et à tous les âges, malgré une forte tendance à devenir un classique instantané auprès d’un public adolescent.



LE COMIC-BOOK I KILL GIANTS
EST DISPONIBLE DEPUIS LE 23 MAI 2018
AUX ÉDITIONS HiCOMICS

CHRIS COLUMBUS, DE FAN DE LA BD À PRODUCTEUR DU FILM 

« Il y a quelques années de ça, je me suis rendu au magasin de BD de mon quartier, un endroit qui s’appelle Comix Experience, à San Francisco. Je farfouillais dans les rayons, feuilletant les BD qui me paraissaient valoir le coup d’œil… C’est peu dire qu’elles n’étaient pas si nombreuses. C’est le problème que j’ai avec un grand nombre des parutions actuelles : aujourd’hui, on ne peut plus se faire un premier avis d’après la couverture du livre. A mon époque (suis-je si vieux ?), vous pouviez débarquer dans une pharmacie (hum… oui, je suis vieux !), attraper quelques BD et découvrir toute une série de couvertures qui vous filaient la chair de poule, dessinées par Jack Kirby, Jim Steranko, Neal Adams… Et quand vous ouvriez le livre, vous tombiez systématiquement sur des dessins qui s’apparentaient à de vraies œuvres d’art, du même acabit que celui de la couverture qui vous avait incité à aller plus loin. De nos jours, lorsque je cherche une BD, la moitié du temps je découvre que le dessinateur de l’intérieur de la BD est différent de celui de la couverture. Sans compter que les dessins semblent souvent sans âme, comme si les personnages étaient dessinés par une machine. 

Mais tout ça a changé lorsque j’ai découvert I Kill Giants. 

Je l’ai ouvert, et non seulement les dessins respectaient la promesse faite sur la couverture, mais l’écriture était également magnifique. A la fois précise, amusante et complexe. Quand j’ai refermé la BD, j’ai ressenti le même genre d’émotions que lorsque j’avais découvert E.T. au cinéma. C’était une expérience bouleversante, vraie et honnête, mais avec un cœur sombre. Sombre et magique. 

Joe Kelly a écrit une histoire profondément intelligente à propos d’une enfant utilisant son imaginaire pour surmonter un quotidien difficile. Le personnage de Barbara est si original qu’il fait presque figure d’exception dans le paysage des personnages de BD. Elle est tourmentée, pas particulièrement aimable, mais c’est aussi un personnage qui a de l’épaisseur. A la fin de son voyage, en arrivant aux dernières pages, je ne pouvais pas m’empêcher de laisser quelques larmes couler. Mais ce n’était pas des larmes qu’on m’avait malhonnêtement soutirées. Ça ne venait pas des rouages habituels que les scénaristes utilisent pour nous faire pleurer. Non, je sentais que cette histoire avait vraiment mérité mes larmes. C’est brut et honnête. 

Les dessins de JM Ken Niimura ne ressemblent à rien de ce que j’ai pu voir dans cette industrie. On pourrait dire qu’ils sortent des sentiers battus, mais ce serait encore en dessous de la vérité. Ils viennent carrément d’une autre planète. Ils sont saisissants, et précis tout en étant plein de fantaisie. Le style de Ken s’accorde à la perfection à l’écriture de Joe. Ses dessins sont visionnaires et uniques en leur genre. 

Est-ce que j’ai l’air mono-obsessionnel ? Oui. Bien sûr que je le suis. J’aime cette BD. Je l’aime au point d’avoir eu l’envie irrésistible de l’adapter au cinéma. Des gars comme JM Ken Niimura et Joe Kelly marchent selon moi dans les pas de Will Eisner, de Stan Lee, Roy Thomas, Steve Dikto, et des autres géants qui les ont précédés. Et c’est pour moi un honneur d’avoir eu l’opportunité de mettre en image ces visions, avec l’étroite collaboration de Joe et le travail du jeune réalisateur talentueux qu’est Anders Walter. 

Tous ensemble, nous avons vécu le grand voyage intérieur de Barbara. Et c’était un sacré voyage. » 

Chris Columbus 

ENTRETIEN AVEC ANDERS WALTER, RÉALISATEUR 

Né au Danemark, Anders Walters est un réalisateur et scénariste oscarisé. 

Il a été récompensé de l’Oscar du meilleur court-métrage en 2014 pour Helium, tandis que son court-métrage précédent, 9 Meters, faisait partie des nominés aux Oscar en 2013. A l’origine illustrateur pour DDB Needham au Danemark, Anders a étudié à l’École d’Arts Visuels de New York. Durant sa carrière, Il a réalisé plus d’une vingtaine de clip musicaux pour des artistes danois. 

Anders est à la fois membre de l’Académie des Arts et des Sciences du Cinéma et de la Danish Film Academy. 

Chasseuse de Géants est son premier long-métrage. 

Dans votre court-métrage Helium, pour lequel vous avez gagné l’Oscar, tout comme dans votre premier court-métrage 9 Meters, vous exploriez déjà le thème des traumatismes de l’enfance et de la maladie, et comment l’imaginaire peut être une échappatoire. Est-ce un sujet qui revêt une importance particulière pour vous ? 

Je suis très inspiré par la manière qu’ont mes propres enfants d’utiliser leur imagination pour surmonter certaines situations. Je pense que les enfants sont d’ailleurs beaucoup plus à-même de faire face à la douleur et la peine que les adultes. Le sujet n’a pas particulièrement de résonance avec ma propre histoire, mais c’est vrai que j’y reviens toujours. 

Je pense que ça a à voir avec ma propre enfance. J’étais très rêveur et je me construisais beaucoup d’univers imaginaires. Je crois que ça m’a beaucoup aidé à créer mon propre univers. Dans les bons comme dans les mauvais moments. 

Joe Kelly, qui est l’auteur de la BD, a aussi écrit le scénario du film. Avez-vous travaillé avec lui durant tout le développement du film, du scénario jusqu’à la table de montage ? 

J’ai travaillé très étroitement avec Joe. Dès le début on s’est très bien entendus, et on s’est mis d’accord sur le fait qu’il écrirait le scénario et que je réaliserais, que l’on échangerait constamment nos idées, mais sans trop interférer dans le travail de l’autre. Sur le scénario, j’ai surtout insisté pour que l’on arrive à réduire les 127 pages d’origine, pour arriver à quelque chose de plus resserré. Mais tout cela s’est vraiment fait dans la discussion. Personne n’a rien imposé. Dès le début, on s’est de toutes façons retrouvés sur beaucoup de choses, et on a pu construire une vraie relation de confiance, ce qui était indispensable, car c’est vraiment une histoire qui est très chère à Joe. Joe a aussi apporté ses idées sur le montage, mais à la fin du processus, j’avais aussi besoin d’avancer de manière plus solitaire, et de faire confiance à mes instincts. Parce que les instincts sont souvent des choses sur lesquels on ne débat pas vraiment. A la fin de l’expérience, vous avez besoin en tant que réalisateur, de sentir que le film est le vôtre, et qu’il résonne intimement en vous. 

Chasseuse de Géants navigue de manière subtile entre le fantastique et le drame, l'aspect fantastique étant étroitement lié au ressenti de Barbara, et à la force de ses émotions. Etait-il important pour vous de maintenir l’ambiguïté tout au long du récit ? 

Oui, toujours. Une des grandes lignes directrices du scénario de Joe Kelly réside dans cette ambiguïté, et dans la manière de distiller au fur et à mesure des éléments qui vous font deviner ce qui se cache derrière le comportement de Barbara. Cela peut paraître un peu déconcertant si l’on aime les choses plus simples et directes, mais j’ai toujours été convaincu que l’impact émotionnel du dénouement serait plus fort si on réussissait à laisser les gens deviner jusqu’à la révélation finale. 

Chasseuse de Géants peut toucher un public de tout âge, mais a la particularité de s’adresser à une audience très jeune sans l’infantiliser. Seriez-vous d’accord pour dire que le film a un feeling 80’s, justement dans sa manière de s’adresser au jeune public ? 

Oui, très certainement. J’ai grandi avec les films de Spielberg et Zemeckis, et il est clair que j’ai été très influencé par leur manière de faire des films pour enfants qui soient également des aventures émotionnelles audacieuses. Mais il est vrai qu’en traitant d’émotions aussi lourdes, Chasseuse de géants s’adresse aussi inévitablement à un public plus adulte. Mais finalement, tout cela m’importe peu. On n’a pas fait le film pour une audience spécifique, comme ça se fait de plus en plus aujourd’hui. Ce qui m’importe, c’est d’avoir une bonne histoire et des personnages forts. Que Barbara ait 13 ou 83 ans n’est pas l’essentiel. Chasseuse de Géants est autant un film pour les adultes que pour les enfants. Je sais que c’est dangereux, car de nos jours, tout se joue dans la manière que vous avez de vendre votre film sur une période très courte, avec un message très clair et très ciblé. Notre monde va trop vite, et Chasseuse de Géants est au contraire un film qui doit fonctionner sur la longueur, par le bouche à oreille ! 

Quelle a été la source d’inspiration pour le design de vos géants ? Ils font beaucoup penser aux monstres japonais des années 1960… 

Ils sont surtout très inspirés des dessins de Ken Niimura. Je voulais aussi que leur design soit en cohérence avec l’environnement dont ils sont issus. Par exemple, pour le cas du géant venant de l’océan, on a été chercher du côté des formations rocheuses qu’on y trouve, des coraux, etc. Le vrai maître derrière ces designs est un artiste français, Frédéric Perrin, qui a fait un travail formidable, non seulement pour les géants, mais également pour le reste du film. 

Comment avez-vous abordé le fait de travailler avec de très jeunes actrices ? Est-ce que cela a nécessité une approche particulière ? 

C’était évidemment très particulier de travailler avec des jeunes filles comme Madison et Sydney… Et ces deux-là en particulier, ce sont de sacrés phénomènes. Elles sont géniales, on peut le dire. Madison est tout de suite arrivée avec une idée très forte concernant le personnage de Barbara. Mon rôle, en tant que réalisateur, c’était d’être très attentif à leur ressenti, à elle et à Sydney. Les très jeunes acteurs ressentent souvent leur personnage très intensément, et un réalisateur qui verbaliserait trop les choses peut vite devenir contreproductif. Mes principales indications, à vrai dire, se limitaient souvent à “faites confiance à votre instinct”. Je ne voulais pas les embrouiller avec trop d’intentions de jeux, elle avaient déjà tout compris de leur rôle… 

CONSTRUIRE UN GÉANT, PAR FREDERIC PERRIN, CONCEPT ARTIST DU FILM 

Le travail de concept artist est une partie cruciale dans le développement d’un film. 

C’est l’étape de création ou l’on imagine, dessine, modèle et peint les idées. C’est un moment ou l’on adapte ses propres idées à celle d'un script, d'un réalisateur et d'un film. C’est une étape de discussion. Le but est de créer un document de travail qui doit être aussi beau que technique. 

Il y a deux étapes au Concept Art pour un film : 
  • Le concept art de pré-production, avant le tournage, où l’on réfléchit aux décors, personnages, costumes, effets visuels, etc. Tout ce qui peut se retrouver à l’écran, en somme. Ces concepts sont ensuite utilisés directement par le réalisateur et les équipes de tournage (Décors, costumes, etc.) et les VFX si besoin, pour communiquer sur les éléments à fabriquer et créer.
  • Le concept art de post-production : une fois le tournage terminé, voire en cours, le moment où nous créons pour le réalisateur les éléments virtuels qui seront fabriqués par les VFX. La création est alors plus encadrée par tout ce qui a déjà été imaginé et fabriqué au tournage. En arrivant plus tard dans la production, le concept artist doit s’intégrer au travail qui a déjà été fait en amont, mais doit aussi rester créatif. 

Le Titan : 

« Les demandes pour la création du Titan étaient variées, mais la principale et la plus difficile était de respecter la bande dessinée créée par. Joe Kelly et Ken Niimura. C’était aussi compliqué car nous étions très attachés à l’œuvre originale, et qu’il fallait adapter le design afin qu’il s’intègre à la réalité du film, ainsi qu’au budget. Au fil des discussions avec Anders, nous imaginions d’où il venait, de quoi il était composé, son histoire… Au fur et à mesure, nous avons commencé à construire son aspect autour de la vie aquatique. Il est ainsi devenu un être marin mi humain mi animal, endormi dans les profondeurs. La pression de l’eau, la roche, les sédiments et les coraux l’ayant progressivement transformé et recouvert. L’asymétrie était importante : un corps puissant d’un côté et atrophié de l’autre, un visage cassé, dur et recouvert de roches d’un côté, et doux de l’autre. Finalement un personnage qui reflétait ce qui se passe autant dans le background que dans la ligne conductrice de l’histoire. » 

Le Tree Giant : 

« Pour le Tree Giant, nous cherchions une forme à peine reconnaissable, que nous puissions lire autant comme un être bipède que quelque chose engendré par la nature, arraché du sol. Quelque chose d’imposant et lourd. J’en suis venu à cette forme déstructurée composée de racines, branches et troncs s’entremêlant à tous les niveaux. Le Tree Giant devait à l’origine être fabriqué en « costume et prothèses » pour un acteur/acrobate, suffisamment fort et habile pour pouvoir supporter le poids de toute la structure. Le personnage devait faire au moins 5 mètres. Cela imposait des choix techniques et artistiques auxquels penser dès le concept, en plus des techniques de caméra. Cela impliquait par exemple des sortes de chaussures compensées ou échasses pour surélever l’acteur suffisamment, des prothèses au-dessus de la tête, des extensions pour pouvoir manipuler les bras de la créature, etc. Le tout recouvert par les structures et prothèses de racines, de branches et de troncs. Quelque chose de très lourd au final. Tout cela était trop compliqué dans la réalité. La fabrication a finalement mené à une sculpture qui devait être animée à la main à travers une caméra à haute vitesse pour faire ressentir la taille de la créature. Cette sculpture fabriquée par Eric De Wulf était magnifique. Et au final, la créature a été recréée en VFX, modélisée, animée et filmée par ce medium. Le travail sur le Tree Giant a amené énormément de création à toutes les étapes, et de choix qui ont évolué tout au long du processus du film ! 

Les Harbingers : 

« Pour les Harbingers, des concepts avaient été créés en amont bien avant que j’arrive sur le projet, et mon rôle était autant de m’en inspirer que de créer des nouvelles idées. Les Harbingers sont des personnages reflétant la mort, mais aussi tellement d’autres choses. Nous avons gardé une forme « classique » de la mort, la capuche, des vêtements et capes en lambeaux, mais aussi un mélange assez dérangeant d’insecte, de squelettes divers de corps humains, d’oiseaux, de squelettes inversés, des masques, etc. Ils devaient vraiment être perturbants sans être pour autant d’une horreur insupportable.. Comme pour le Tree Giant, les Harbingers devaient être « portés » par des acteurs / acrobates, et ce choix est resté. Ils devaient faire 2 mètres 50 devant la caméra. Ainsi dès le concept, j’ai essayé de mixer technique et artistique. En utilisant l’idée des insectes, de créer des sortes de pates qui pourraient aussi être fabriquées comme des échasses plus ou moins complexes aux jambes des acteurs. Et comme pour le Tree Giant, des extensions devaient partir au dessus du corps des acteurs. Certaines extensions pouvant être tenues par un bras de l’acteur, d’autres tenues par des structures posées sur les épaules, etc. » 

DERRIÈRE LE COMIC-BOOK, DEUX ARTISTES 

JOE KELLY 
Auteur du roman graphique et scénariste du film 

Formé à la prestigieuse NYU où il enseigne aujourd'hui l'animation et l'écriture de Comics, Joe Kelly est vite repéré par Marvel où il se fait connaître dès la fin des années 90 sur Deadpool, Uncanny X-Men et d'autres titres majeurs de la Maison des idées. Après un rapide détour par la concurrence et DC Comics, Joe Kelly comprend vite l'intérêt de développer des titres creator-owned, à l'image de Steampunk qu'il réalise avec le légendaire Chris Bachalo pour les besoins de Wildstorm. Il deviendra ensuite un des pionniers du modèle économique d'Image Comics avec I Kill Giants, son titre le plus personnel et son plus gros succès critique en Bande Dessinée à ce jour. Par ailleurs, Joe Kelly reste aujourd'hui encore une des valeurs sûres de l'animation, lui qui a notamment créé le phénomène Ben 10. 

Il vit toujours à New York avec ses proches et sa famille. 

J.M. KEN NIIMURA 
Dessinateur du roman graphique 

Preuve vivante que la culture est désormais globalisée, Ken Niimura est aujourd'hui basé à Tokyo après avoir fait ses études à Madrid et à l'académie des beaux-arts de Bruxelles, lui qui a ensuite travaillé pour le marché américain. 

Véritable caméléon du bout de son crayon, le dessinateur est surtout connu pour I Kill Giants mais peut compter sur deux autres cartons d'édition au Japon, avec Umami, une superbe histoire gastrono-aventureuse et Henshin, une compilation d'histoires courtes qui lui a valu une réputation d'artiste singulier, capable de travailler pour les trois marchés majeurs de la BD. 

  
#ChasseuseDeGeants

vendredi 15 avril 2016

GREEN ROOM


Thriller/Action/Un bon survival sympa et efficace

Réalisé par Jeremy Saulnier
Avec Anton Yelchin, Imogen Poots, Patrick Stewart, Alia Shawkat, Joe Cole, Callum Turner, Mark Webber, Eric Edelstein...

Long-métrage Américain
Durée: 01h34mn
Année de production: 2015
Distributeur: The Jokers / Bac Films

Date de sortie sur les écrans américains : 29 avril 2016
Date de sortie sur nos écrans : 27 avril 2016


Résumé : Au terme d’une tournée désastreuse, le groupe de punk rock The Ain’t Rights accepte au pied levé de donner un dernier concert au fin fond de l’Oregon… pour finalement se retrouver à la merci d’un gang de skinheads particulièrement violents. Alors qu’ils retournent en backstage après leur set, les membres du groupe tombent sur un cadavre encore chaud et deviennent alors la cible du patron du club et de ses sbires, plus que jamais déterminés à éliminer tout témoin gênant…

Bande annonce (VOSTFR)


Ce que j'en ai pensé : J'ai découvert GREEN ROOM lors du Festival du Film Américain de Deauville en Septembre 2015. Je l'ai vu lors d'une séance tardive . Pour découvrir ce thriller qui ne fait pas d'économies sur l'hémoglobine, c'était le bon moment de la journée.
Jeremy Saulnier, le réalisateur, part d'une idée simple et la transforme en cauchemar. Le principe de ce genre de film, on le connaît. Le spectateur se demande qui va se faire trucider en premier et prend des paris sur le comment. Et ce qui est bien avec GREEN ROOM, c'est que le décor et les idéaux nauséabonds du groupuscule, qui reçoit les jeunes héros de l'histoire, vous mettent tout de suite dans l'ambiance. Le champs des possibles horreurs - aidé par notre imagination productive - participe alors autant à nous faire flipper que ce qui se passe réellement à l'écran.
L'histoire ne se révèle pas spécialement originale au final, mais le rythme est là, la mise en scène est efficace et l'angoisse nous titille. Tout y est donc, les agneaux sont bel et bien enfermés dans la cage aux loups. 

En plus, personnellement, j'ai eu plaisir à voir des acteurs que j'apprécie. 
Anton Yelchin est excellent dans le rôle de Pat. Son apparente fragilité sert parfaitement bien ce personnage, qui représente notre regard sur la situation, et qui ne veut pas croire au pire jusqu'à ce que... 



Imogen Poots interprète Amber, une jeune fille qui ne compte pas se laisser aller au désespoir. Elle est tout à fait crédible dans ce rôle. 


Patrick Stewart interprète une ordure très convaincante. Son personnage, Darcy Banker, ne laisse pas planer le doute sur ses intentions ignobles. 


GREEN ROOM assure un bon spectacle de survival angoissant avec son ambiance de huis clos sous pression et ses moments qui tournent à l'excès d'hémoglobine. Efficace et sympathique, c'est une bonne surprise que je vous conseille si vous aimez ce genre de film.


Sortie le 22 avril 2016


Les frères Brooke et Will Blair composent de la musique ensemble depuis leur plus jeune âge.
Après plusieurs années de tournées et d’enregistrements avec différents groupes (le dernier en date étant East Hundred de Philadelphie), ils sont passés à la musique de film en travaillant avec Jeremy Saulnier (Crabwalk, Murder Party et Blue Ruin). Ils ont aussi participé à la bande son du film Man From Orlando. Ils travaillent également pour la publicité et leur liste de clients comprend Ogilvy & Mather, Google, Zagat et MasterCard. Ils viennent de lancer Blair Brothers Music, une maison de production musicale basée à Philadelphie. Ils élaborent en ce moment des installations sonores et musicales pour des musées de Philadelphie.
Après une collaboration fructueuse entre eux et Jeremy Saulnier pour Blue Ruin, Brooke et Will Blair ont composé pour Green Room une musique sombre et anxieuse, en tout point aussi intense et intime que les murs sanglants de la salle de concert du film.
Le son furieux et rutilant du punk hardcore et du trash metal est omniprésent dans Green Room.
Les titres de Corpus Rottus et Battletorn en sont l’aspect old school, tandis que le groupe du film, The Ain’t Rights, au-delà de leur reprise de « Nazi Punks Fuck Off » des Dead Kennedys, y apportent une touche plus moderne. L’album contient également « Sinister Purpose » par Creedence Clearwater Revival.

STREAMING

LISTE DES TITRES
WEAPONS READY
WHAT HAVE I BECOME? THE AIN’T RIGHTS
CORPUS ROTTUS CORPUS ROTTUS
OREGON COAST
BALEFIRE
PROWLING LEATHER MIDNIGHT
NAZI PUNKS, FUCK OFF THE AIN’T RIGHTS
RED LACES
POUR A FLOOR
BLADES AND FANGS
CORONARY THE AIN’T RIGHTS
INEVITABLE FAILURE HOCHSTEDDER
MOSH PIT
MOPPING UP
LET’S PRETEND
SAVAGE PRESSURE BATTLETORN
TAKIN’ OUT THE TRASH PATSY’S RATS
MELTED PATSY’S RATS
ODIN HIMSELF
FRESH AIR
THE RESIDENCE
WE NEED THE POLICE
SINISTER PURPOSE CREEDENCE CLEARWATER REVIVAL
TOXIC EVOLUTION (BONUS TRACK) THE AIN’T RIGHTS

NOTES DE PRODUCTION 
(A ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

ENTRETIEN AVEC JEREMY SAULNIER

Comment ce film est-il né ? 

Cela fait plusieurs années que je mûris le projet. Quand j’étais lycéen, je tournais des films de zombie et je me produisais dans des groupes punks. Je n’étais pas vraiment musicien et, du coup, je hurlais dans un micro pendant que mes copains, plus doués que moi, jouaient de leur instrument. Pendant un moment, j’étais autant attaché aux sonorités, au style et à la dimension purement physique de la musique punk que j’étais déterminé à devenir réalisateur. Du coup, réunir ces deux univers dans GREEN ROOM s’est imposé naturellement. Ce fi lm est destiné à être vécu comme une expérience viscérale, et l’affrontement entre les punks qui ne sont pas de la région et les néo-nazis du coin n’était qu’un point de départ. À mesure qu’avance le fi lm et que la situation dégénère, l’idéologie et les appartenances des uns et des autres, à l’origine du conflit, disparaissent totalement. Je ne voulais pas faire un fi lm politique, mais porté par un véritable élan vital. 

Au début du film, le groupe est piégé par les skinheads, déterminés à ne pas leur laisser la vie sauve, ce qui rappelle certaines scènes d’ASSAUT, SUBURBIA (Penelope Spheeris -1983), DÉLIVRANCE et même LA NUIT DES MORTS VIVANTS. Ces films «de siège» vous ont-ils inspiré ? Quelles directions nouvelles souhaitiez-vous explorer avec GREEN ROOM ? 

Ce sont de formidables références ! J’ajouterais LES CHIENS DE PAILLE. Quant à mes sources d’inspiration esthétiques et visuelles, je citerais APOCALYPSE NOW, MAD MAX 2, et RIVER’S EDGE (Tim Hunter - 1986). Comme dans BLUE RUIN, je me suis dit que la manière la plus originale d’aborder le «fi lm de siège» si tant est que le genre existe – consistait à m’attacher à des personnages dramatiquement dépassés par les événements. Personne ne dispose d’un plan ultime pour se sortir de là : c’est un énorme bordel pour chacun d’entre eux ! Pendant l’écriture du scénario, je m’en remettais davantage à mon instinct qu’à ma réfl exion. Du coup, si GREEN ROOM s’articule autour d’une structure thématique assez simple, ce sont ces personnages agissant de manière impulsive dans un contexte extrêmement diffi cile qui sont les moteurs de l’intrigue. Lorsqu’ils prennent des décisions en cédant à la panique, je les laisse se tromper. Ce ne sont pas des héros de fi lm d’action : ce sont des jeunes terrorisés qui ne sont pas aussi teigneux qu’ils pensaient l’être quelques minutes plus tôt… Ce fi lm se veut expérimental, pulsionnel, et destiné à susciter une réaction primaire chez le spectateur. GREEN ROOM n’a rien de l’horlogerie suisse : il se veut plutôt un coup de poing à l’estomac.

Comment trouver l’équilibre entre le périple dans lequel vous embarquez le spectateur et les conséquences de la violence que vous évoquez ?

La violence dans GREEN ROOM est extrême. Pas en raison du nombre de cadavres (plutôt peu élevé par rapport à la plupart des fi lms d’action) ou des effets maquillage (qui sont effroyables), mais à cause de l’impact émotionnel de cette violence et du sentiment de deuil qu’elle occasionne. Quand on ressent de l’empathie pour les victimes de la violence se déroulant à l’écran – comme on peut en ressentir pour les jeunes du fi lm , c’est déchirant de les voir souffrir. On peut même éprouver de l’empathie pour certains des néo-nazis du fi lm. Ce que je voulais, c’était offrir au spectateur les émotions fortes qu’il recherche en allant voir un fi lm de genre, sans pour autant être complaisant dans la représentation de la mort à l’écran (à l’exception sans doute d’une fusillade salvatrice qui, je le précise, pourra susciter des cris de joie si on a atteint notre objectif). Pour utiliser une analogie galvaudée, GREEN ROOM est comme toute montagne russe qui se respecte : ce n’est qu’après avoir vécu cette expérience que j’espère intense qu’on est vraiment en mesure de l’apprécier.

À cet égard, GREEN ROOM semble jouer sur certaines thématiques déjà à l’œuvre dans vos deux premiers longs métrages, MURDER PARTY et BLUE RUIN. Qu’aviez-vous envie d’aborder différemment dans ce film ?

GREEN ROOM est un fi lm violent qui est à la fois un adieu à ma jeunesse et un hommage au cinéma avec lequel j’ai grandi. J’ai certainement repris des thèmes propres à MURDER PARTY et BLUE RUIN, mais GREEN ROOM se réclame d’un autre registre. Après le succès de BLUE RUIN, j’ai souhaité tenter quelque chose de différent. Il s’agit d’un fi lm de genre pur et dur, où les conversations entre les nombreux personnages comptent autant que l’ambiance oppressante et le suspense. Alors que BLUE RUIN était un film mélancolique au rythme lent, plus contemplatif et intimiste, GREEN ROOM est un film d’action frénétique et survolté. 
Certes, on retrouve des éléments qui ont toujours été importants pour moi, quel que soit le projet : des personnages développés avec sincérité, un attachement au style visuel, un peu d’hémoglobine et de l’humour. C’est le genre de choses qui, dès le début, m’ont plu au cinéma et, forcément, on les retrouvera d’une manière ou d’une autre dans tous mes films.

GREEN ROOM mêle humour, légèreté, action et suspense. Avez-vous souhaité faire se croiser les genres ?

Je ne cherche pas spécialement à mêler les genres car, pour moi, il n’y a pas de délimitation claire entre eux. J’ai tendance à trouver qu’il y a de l’humour dans des situations très sombres et je me fi e à cette intuition pendant l’écriture. Pour moi, c’est le moment où je ne ressens aucune pression et où ma créativité est à son maximum. Lorsque je suis seul face à mon ordinateur, je peux savourer certains détails, me laisser aller à des digressions et d’étranges moments fugaces qu’en théorie, je devrais éliminer au montage. Mais comme ils sont vrais, réalistes et inattendus, ils peuvent tout à fait fonctionner dans le fi lm. Dans bien des cas, il s’agit d’une soupape qui procure un moment de répit au spectateur. Mon seul regret, c’est que je ne peux me laisser aller à ces intuitions qu’au moment de l’écriture : lorsque le tournage commence, il y a tellement de choses à faire et d’échéances à respecter qu’il n’y a pas beaucoup de marge de manœuvre pour ce genre d’expérimentation.

Dans vos films, les personnages ont souvent les pieds sur terre, ils n’ont rien d’exceptionnel, et le spectateur peut facilement s’identifier à eux. Que cherchez-vous à travers ces personnages avec lesquels le public peut sympathiser ?

J’aime faire de mes protagonistes des gens normaux, car ce sont aussi mes spectateurs. Quand ils se voient à l’écran, cela met non seulement en valeur leurs liens affectifs à l’intrigue, mais cela augmente les enjeux et rend la situation plus intense lorsque le confl it éclate. On s’attend tous à voir débarquer le Justicier Masqué à chaque scène pour régler les problèmes d’une main de maître, mais dans mes fi lms, on ne peut pas compter là-dessus. Si le spectateur peut se reconnaître, d’une manière ou d’une autre, à l’écran, parce que mes personnages sont réalistes, il peut d’autant plus facilement s’attacher aux enjeux de l’histoire qui, du coup, n’en devient que plus inquiétante. Si je parviens à lui faire comprendre que les situations n’obéissent pas toujours aux «conventions cinématographiques », alors les héros sont aussitôt vulnérables.

Comment avez-vous réuni un tel casting ? À quel moment Patrick Stewart s’est-il engagé dans l’aventure ?

Les acteurs ont été extraordinaires. La réussite du projet dépendait entièrement d’eux. Il nous fallait des comédiens crédibles, capables de jouer des personnages ancrés dans le réel, et il nous fallait un engagement physique et émotionnel total de leur part. Le groupe est le plus souvent enfermé dans une pièce unique. Pour que cela fonctionne, il était essentiel qu’on s’attache à chacun d’entre eux tout au long du fi lm. Nous avons travaillé avec le directeur de casting Avy Kaufman et rencontré un nombre impressionnant de comédiens formidables. Le plus difficile a été de ne pas pouvoir proposer de rôle à certains acteurs épatants qu’on a auditionnés. C’est très difficile de trouver la bonne alchimie avec un tel casting. Mais au bout du compte, on a compris qu’on avait les interprètes correspondant parfaitement à la fois aux Ain’t Rights et aux néo-nazis, à la fois à titre individuel et collectif. 

S’agissant de Sir Patrick, qui campe un type particulièrement cruel du nom de Darcy Banker, chef des salauds de l’histoire, on a vraiment eu de la chance. Comme si on avait gagné le gros lot à la loterie ! Organiser le plan de tournage s’est avéré extrêmement difficile car on avait beaucoup d’acteurs à trouver, et que chacun était tributaire des autres. On était à quelques jours du début du tournage et on n’avait pas encore notre Darcy. C’est alors que, par hasard, quelqu’un, chez mon agent, m’a fait remarquer que Patrick venait de rejoindre l’agence. 

Au départ, j’étais un peu dubitatif car Patrick est un acteur d’une grande dignité, très apprécié dans le monde entier, et adorable – alors que Darcy est un épouvantable salopard. C’est alors que je me suis dit que c’était précisément pour cette raison qu’il était parfait pour le rôle ! Nous avons appris à ce moment-là qu’en réalité Patrick avait vraiment envie de camper un salopard. Il a vu mon fi lm précédent, on a discuté au téléphone, tous les feux sont passés au vert et deux semaines plus tard, il était sur le plateau en train d’aboyer ses ordres à ses hommes de main (sous les traits de Darcy, dois-je préciser). 

C’était hallucinant et je crois qu’on n’a jamais vu Patrick Stewart comme on va le découvrir dans ce film.

Qu’en est-il de Macon Blair, qui a un rôle modeste mais très complexe, et qu’on a vu dans tous vos films ?

Pour être honnête, j’étais au départ réticent à l’idée de lui confi er un rôle dans GREEN ROOM. Comme on venait de terminer BLUE RUIN, je ne pouvais l’envisager que dans le rôle principal. Je n’arrivais pas à m’ôter de l’esprit son personnage de Dwight Evans (dans BLUE RUIN, NdT). Mais Macon se sentait proche du personnage de Gabe dans GREEN ROOM et il m’a pris par surprise en m’envoyant un DVD sur lequel il s’était filmé en train de passer une audition. 

J’ai été bluffé : il s’était fait faire des tatouages temporaires, il s’était rasé le crâne et métamorphosé en Gabe tel que je l’avais écrit. Je lui ai immédiatement confi é le rôle et je me suis souvenu pourquoi notre collaboration était aussi solide : il travaille pour obtenir chaque rôle et sait se montrer indispensable. Il est non seulement ma muse, mais mon collaborateur de création – et il a même coproduit le fi lm. Il a été présent à chaque instant et m’a aidé dans les moments difficiles sur le plateau. Il y avait de tels enjeux sur ce tournage éclair que je pouvais toujours me tourner vers Macon lorsque j’étais en panne d’inspiration.

Avez-vous eu du mal à faire en sorte que les comédiens forment un groupe musical crédible ?

Anton Yelchin, qui joue Pat, le bassiste, et Alia Shawkat, qui campe Sam, la guitariste, avaient déjà eu un groupe de rock. Mais Callum Turner (le chanteur Tiger) et Joe Cole (Reece, le batteur) se sont retrouvés plongés dans ce groupe fi ctif sans aucune expérience préalable. Nous avons préenregistré la musique composée par mes anciens camarades de lycée afin qu’ils puissent se familiariser avec les chansons. Je m’étais dit qu’ils en savaient suffisamment pour faire semblant et être crédibles dans la version finale du montage. Mais au bout du compte, ils ont fi ni par former un véritable groupe ! Joe s’est entraîné religieusement à la batterie, chaque jour, à tel point qu’il avait des ampoules partout. La chanson «Nazi Punks Fuck Off» des Dead Kennedys n’est pas facile à interpréter, mais il a bossé comme un dingue et s’en est super bien tiré.

Callum s’est cassé la voix à plusieurs reprises à force de travailler le personnage. Anton et Alia se sont mis à écrire de nouvelles chansons pour le groupe. Et qui du coup s’est produit à notre fête de fin de tournage ? Notre soi-disant groupe de fiction, les Ain’t Rights ! Leur implication était phénoménale. Alors, pour vous répondre, cela n’a pas été difficile pour moi, car ce sont eux qui ont fait tout le boulot.

Au début du film, le groupe interprète le grand classique punk «Nazi Punks Fuck Off». Pourquoi avez-vous choisi cette chanson ? Le groupe influe-t-il sur son propre destin en envoyant ce message à un monde hostile ?

Les Ain’t Rights infl uent peut-être – ou pas – sur leur destin en entonnant «Nazi Punks Fuck Off» à un public de néo-nazis. Certes, c’est provocateur et agressif. Mais c’est punk. Et l’interprétation de cette chanson peut aussi leur valoir du respect dans cet environnement hostile. Avec sa musique, le groupe génère de l’énergie, puis réussit à la canaliser sur sa chanson suivante de telle sorte que, ne serait-ce que pour un bref instant, l’atmosphère semble d’une grande pureté dans le club.

La première fois que j’ai découvert la musique punk pure et dure, c’est en écoutant l’album «Fresh Fruit for Rotting Vegetables» des Deak Kennedys. Nous étions partis en voyage avec ma famille à travers le pays en 1985, et un ami a passé cette chanson. Il fallait absolument que je m’en fasse une copie, mais la seule cassette que j’avais sur moi était mon enregistrement de la bande-originale du FLIC DE BEVERLY HILLS à laquelle je tenais particulièrement. J’ai serré les dents, j’ai collé du scotch sur les alvéoles de protection et j’ai enregistré la chanson par-dessus. Le fait que 30 ans après, jour pour jour, GREEN ROOM rende hommage à ce moment clé de ma vie est absolument unique pour moi. Patrick Stewart et sa bande de skinheads sont particulièrement terrifiants et en même temps crédibles. Vous êtes-vous documenté sur la Confrérie Aryenne, ou d’autres groupes du même genre, pour que vos personnages soient convaincants ?

Entre l’histoire de ces groupuscules néo-nazis et les photos d’archives des attaques de pitbull, la recherche que j’ai faite pour ce fi lm me hantera à vie. Ce qui est encore plus perturbant, c’est que ce fi lm est plus d’actualité que jamais. Ces néo-nazis ne sont pas des monstres fictifs ou définitivement hors d’état de nuire : ils disséminent une idéologie qui prospère dans le monde entier en 2015.

Mais GREEN ROOM est davantage une étude de l’organisation du pouvoir conservateur aux États-Unis qu’une attaque en règle contre un groupe en particulier. C’est un point auquel j’ai prêté attention dès le départ, si bien que j’ai fait en sorte de montrer, à travers le dialogue des personnages, que les skinheads du fi lm ne sont affiliés à aucun groupuscule en particulier. L’objectif était de voir comment une poignée d’individus sont capables de recourir à la peur et à la fascination pour convaincre des personnes vulnérables de les rejoindre et de commettre des actes qui vont à l’encontre de leurs propres intérêts, puis d’en tirer profit. C’est là toute la malhonnêteté de Darcy Banker : il est bien plus animé par l’appât du gain que par ses croyances.

Avez-vous le sentiment que notre époque est de plus en plus en proie aux mouvements extrémistes, qu’ils soient culturels, politiques ou autres ?

Absolument. Il y a non seulement une montée de l’extrémisme et des disparités économiques, mais les réseaux sociaux nous permettent d’avoir immédiatement accès à la moindre atrocité, la moindre tragédie et le moindre point de vue haineux qui circule sur internet. Tout cela contribue à une forme de cacophonie qui peut rendre fou. Mais ce fi lm est avant tout un thriller punk-rock hargneux destiné au public, et pas un cours universitaire. Et les méchants néo-nazis sont une cible facile de toute façon. Mon but était donc d’humaniser tous les personnages du fi lm et de m’attacher à l’intrigue. Quoi qu’il en soit, GREEN ROOM est une étude de l’organisation du pouvoir sociétal aux États-Unis et de la manière dont des intérêts égoïstes peuvent être promus et «vendus» sous forme d’une idéologie à destination de ceux qui sont le moins à mêmes d’en bénéficier. Enfin, le cinéma est mon refuge personnel à l’abri de la cacophonie ambiante, et la dramaturgie, comme l’expérience, sont pour moi essentielles. La dimension politique a tendance à se greffer sur mes films, mais sans que j’aie l’intention d’en faire un élément prépondérant.