lundi 13 mars 2017

CHACUN SA VIE


Comédie/Un film intéressant, une réflexion sur fond d'humour avec un beau casting

Réalisé par Claude Lelouch
Avec Éric DUPOND-MORETTI, Johnny HALLYDAY, Nadia FARÈS, Jean DUJARDIN, Christophe LAMBERT, Antoine DULÉRY, Thomas LEVET, Marianne DENICOURT, Raphaël MEZRAHI, RUFUS, Chantal LADESOU, Gérard DARMON, Julie FERRIER, Stéphane DE GROODT, Samuel BENCHETRIT, Jean-Marie BIGARD, Angelica SARRE, Déborah FRANÇOIS, Liane FOLY, Isabelle DE HERTOGH, Laurent COUSON, Francis HUSTER, Mathilde SEIGNER, Pauline LEFÈVRE, Ramzy BEDIA, Dimitri NAÏDITCH, Michel LEEB, Vanessa DEMOUY, Philippe LELLOUCHE, David MAROUANI, Béatrice DALLE, Valérie STEFFEN, Lola MAROIS, Elsa ZYLBERSTEIN, Vincent PEREZ, Solenne RODIER, Zinedine SOUALEM, William LEYMERGIE, Isabelle PASCO...

Long-métrage Français
Durée: 01h53mn
Année de production: 2017
Distributeur: Metropolitan FilmExport

Date de sortie sur nos écrans : 15 mars 2017 


Résumé : Ils ne se connaissent pas, mais tous ont rendez-vous pour décider du sort d’un de leurs semblables.

Avant d’être juges, avocats ou jurés, ils sont d’abord des femmes et des hommes au tournant de leurs existences, avec leurs rêves et leurs secrets, leurs espoirs et leurs limites, tous sous un même soleil, chacun avec sa part d’ombre.

Dans une jolie ville de province, le temps d’un festival de jazz, la vie va jongler avec les destins…

Bande annonce (VF)


Making-of


Featurette - Avant-première et conférence de presse


Ce que j'en ai penséCHACUN SA VIE est un film choral qui met en scène de nombreux personnages dont les destins se croisent et s'entremêlent pour nous emmener vers un but précis. 

J'ai beaucoup aimé la façon dont Claude Lelouch, le réalisateur, nous met immédiatement dans le contexte et au cœur du sujet. Il tisse la toile de son histoire avec efficacité et précision. Au départ, on ne voit pas les liens entre les protagonistes et au fur et à mesure que le film avance, les morceaux du puzzle se mettent en place pour former une unité de lieu et de temps, mais dans laquelle les rôles finalement distribués auraient pu être autres au gré des hasards. Claude Lelouch nous propose donc une comédie sur fond de réflexion sur nous-même et sur la justice. 

L'impressionnant casting du film est distribué en scènes qui ont toute leur importance. Claude Lelouch filme souvent ses acteurs de très près, on sent qu'il est à la recherche d'une subtile traduction des émotions ou des défauts des personnages. Les rôles sont plus ou moins étoffés, mais chacun a son moment. Les personnages ne sont pas forcément reluisants moralement, il est clair que Claude Lelouch s'intéresse ici aux travers laids de l'âme humaine. Cependant, il n'oublie pas de montrer aussi quelques aspects qui font notre humanité. Ainsi, certains protagonistes sont touchants dans la profondeur de leur désarroi comme Christophe Lambert qui interprète Antoine de Vidas. D'autres sont sympathiques et drôles par la force de leur situation comme Johnny Hallyday qui interprète ici sont propre rôle, voir plus. En tout cas, tous sont supers quel que soit leur part à jouer. 





Claude Lelouch est un réalisateur qui a un vrai style et CHACUN SA VIE en est une belle illustration. Je vous le conseille pour l'enchaînement impressionnant de situations, pour les moments touchants et marrants, pour le plaisir de voir autant d'acteurs talentueux nous emmener vers une réflexion. C'est un film intéressant et intelligent qui mérite notre attention. 

NOTES DE PRODUCTION 
(A ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

Suite à la projection du film, le 9 mars 2017, nous avons eu la chance d'assister à une masterclass de Claude Lelouch, animée par le journaliste Bruce Toussaint. Retrouvez ce moment de cinéma dans les vidéos ci-dessous :




RENCONTRE AVEC CLAUDE LELOUCH 

CEUX QUI JUGENT… 

Éric Dupond-Moretti, brillant avocat avec qui je suis ami, m’a un jour invité à l’une de ses plaidoiries et j’ai eu la chance d’assister à la fin du procès, au moment où l’avocat parle pendant près d’une heure et demie. J’ai observé tous les gens présents dans cette salle, de l’accusé à l’avocat général, en passant par les jurés, le public, le greffier, et je me suis dit : « Au nom de quoi ces gens jugent-ils un autre homme ? Quelle est leur vie ? N’ont-ils pas, eux aussi, des choses à se reprocher ? ». Cela m’a donné envie de faire un film sur la fragilité de nos jugements. J’ai regardé cette salle d’audience, ce concentré d’humanité, et j’ai pris conscience que tous les gens présents avaient sans doute une histoire riche, des secrets, des regrets, des envie, des intérêts. Derrière chacun de ces visages, il y avait une vie entière qui les avait conduits là, aujourd’hui. J’ai soudainement voulu tout connaître d’eux. À défaut de pouvoir tout découvrir, j’ai eu envie de l’imaginer et de le raconter. CHACUN SA VIE est né ainsi. Je me suis dit qu’avant d’arriver dans une salle d’audience où va se jouer l’existence de quelqu’un, il faudrait que l’on puisse connaître le parcours de tous ceux qui vont essayer de le juger. J’avais envie de filmer tous les défauts de la vie, car ce sont ces défauts qui en inventent les qualités. Tout ce que j’ai réussi dans ma vie, je l’ai d’abord raté, et je sais de plus en plus à quel point l’échec est le terreau de tout ce qui sera un jour réussi. La vie est une course d’emmerdements au pays des merveilles, et ce sont ces emmerdements qui sont photogéniques. Ils le sont bien plus que le bonheur. Nous, en tant que spectateurs, on peut se régaler du malheur des autres sans prendre aucun risque. On relativise soudain nos vies plus ou moins ternes. La tristesse des autres nous rassure sur notre propre médiocrité. Donc, cette vie que j’aime de plus en plus, j’ai eu envie de la filmer un peu plus fort que d’habitude, avec une densité inédite. Je me suis demandé si, avec ma caméra, j’étais capable de mélanger tous ces genres que mélange harmonieusement la vie. Il paraît qu’il ne faut pas mélanger les genres, mais qu’est-ce que la vie fait d’autre ? Elle ne fait que ça !

UN FILM COMME UN LABORATOIRE HUMAIN

Voilà quelque temps, nous avons créé les Ateliers du Cinéma à Beaune pour étudier ce qui est possible aujourd’hui, mais surtout ce qui le sera demain étant donné l’évolution des technologies. Le cinéma est aujourd’hui une synthèse de tous les arts et permet de tout raconter. À mes yeux, il n’est plus le septième art mais le premier de tous, car il les rassemble et valorise chacun ! Les Ateliers du Cinéma, c’est un lieu de transmission. À travers CHACUN SA VIE, j’avais le désir de montrer à mes apprentis tout ce que l’on peut faire avec une caméra et des acteurs. La caméra restera le plus grand acteur du cinéma : elle a tourné dans tous les films et dans tous les plans. C’est un acteur invisible, mais c’est l’acteur le plus difficile à diriger. Le rapport entre la caméra et les acteurs m’a toujours fasciné. Ce qui intéresse les spectateurs, ce sont les acteurs, et la meilleure façon de les voir, c’est de bien les filmer. C’est donc ce rapport entre la caméra et les acteurs que j’ai souhaité développer un peu plus. J’avais aussi l’envie d’épater ces jeunes autour de moi ! De leur montrer que les vieux cons ont de l’expérience, et que l’expérience, c’est une formidable façon de rajeunir. À l’âge que j’ai, je cours moins vite, je fais moins le fou physiquement, mais j’ai le sentiment que mon cerveau va de plus en plus librement à l’essentiel. À l’âge qui est le mien, on n’a plus de temps à gâcher avec l’inutile. Les secondes pèsent des heures, et même des années. Je n’ai plus le temps de perdre de temps ! Être au milieu de ces jeunes m’a rajeuni. Ils m’ont fait retrouver mes 20 ans. J’avais envie de leur faire aimer la vie. Comme ils ont du talent tous les 13, je pense qu’on va les retrouver dans le cinéma un jour, à la bonne place. J’ai essayé de leur montrer le pouvoir de l’innocence, l’avantage qu’il y a à prendre des risques. À force de vouloir tout sécuriser, on fabrique des générations de trouillards. La sécurité, ce n’est pas la vie ! Parce que je voulais permettre à mes apprentis d’expérimenter la force du cinéma, j’ai d’abord envisagé ce film comme une démonstration des possibilités narratives qu’offre ce média incroyable. Nous avions l’alliance d’une bande de nouveaux venus et d’un chercheur ayant cinquante ans de métier et désirant voir jusqu’où on peut aller avec une caméra et des sons, pour toucher les gens au plus profond d’eux-mêmes, tout en restant simple. Car je voulais absolument que l’on comprenne tout, que le film réponde à toutes les questions qu’il soulève. S’il n’y avait pas eu les Ateliers du Cinéma, je n’aurais pas fait ce film en 4 semaines, et il fallait pourtant le faire dans ce court laps de temps parce qu’on n’aurait jamais pu tenir toute cette équipe, aussi bien devant que derrière la caméra, concentrée pendant des mois au milieu d’un tel bouillonnement.

QUAND L’EXPÉRIENCE RENCONTRE L’ENVIE

Pour choisir les jeunes qui ont été associés à ce film, je n’ai cherché ni des diplômes ni des parcours, mais des talents et un engagement. J’ai organisé un concours pour lequel les candidats devaient réaliser un court métrage sur le premier et le dernier jour d’un couple, avec leur téléphone pour que les moyens techniques ne soient pas discriminants. Seules comptaient l’émotion, l’idée, la personnalité du metteur en scène. Ce sont ainsi des gens de 18 à 41 ans qui ont complètement participé à la fabrication de CHACUN SA VIE, de l’écriture au montage en passant par tous les postes, y compris devant la caméra. Le mélange entre les stars et ces débutants contribue à la magie et à la réalité dynamique du film. Comme toujours, même si l’histoire est écrite avec précision, je reste ouvert à tout ce qui se passe au présent, aux alchimies de l’instant. Je commençais chaque journée dans le brouillard, avec ma feuille de route et beaucoup d’espoirs, mais ce que me donnaient les artistes dissipait les brumes comme un soleil qui se lève. Avec un casting de cette importance, j’avais forcément le trac. On changeait d’acteurs presque tous les jours. On a tourné en 26 jours et j’ai parfois eu l’impression de faire 26 films ! À chaque fois des personnalités, des sensibilités qui racontent une vie, et l’ensemble devait s’assembler jusqu’à trouver son point culminant dans les scènes finales qui réunissent tout le monde.

UN FILM CHORAL SUR L’INTIME

Je suis un familier des films choraux comme LA BELLE HISTOIRE ou LES UNS ET LES AUTRES, cela ne me fait pas peur. Il est certain que je n’aurais jamais pu faire ce film à mes débuts ! Il est déjà compliqué de se concentrer sur deux ou trois personnages, alors une trentaine… Je me suis rassuré en me disant qu’avec les 46 films que j’ai faits, je ne devais pas avoir peur de ma peur. Il ne me fallait que des acteurs sublimes. C’est un film à sketches qui ne devait surtout pas ressembler à un film à sketches, car chaque petite histoire nourrit la grande qui se cristallise dans un tout qui prend son sens à la fin. Je voulais filmer des parfums de vie, aller au cœur même des situations. Il y a dans CHACUN SA VIE quelque chose d’un premier film et quelque chose d’un dernier. Je crois à l’incroyable fertilité du chaos, au bordel qui constitue le cœur même de la vie. J’ai donc essayé de tirer la quintessence de chaque personnage et surtout que le film soit une récréation. C’est le premier des commandements quand on est un artiste. Il faut dire les choses dans la joie, dans la décontraction, avec humour.

13 VIES POUR JUGER UN DESTIN

13 destins s’entrecroisent pour aboutir à une scène en point d’orgue. J’avais ces 13 histoires en réserve. Une prostituée qui fait son dernier client. Un type prêt à tout pour sauver son permis de conduire. Un sosie qui vit dans l’ombre de sa star. Des retrouvailles impossibles, une séparation impossible. Un homme inflexible dont on découvre la faille. Une femme qui souffre et paie un tueur pour abréger ses souffrances… Chacun de ces thèmes, tous très forts, était en moi comme une idée de départ pour un long métrage potentiel, mais à l’âge que j’ai, je n’aurai pas le temps de les faire tous, alors j’ai condensé. Encore une fois, le hasard m’a donné les meilleurs conseils. Je n’ai pas fait le film tout seul. J’ai travaillé le scénario avec ma femme, Valérie Perrin, ainsi qu'avec Grégoire Lacroix et Pierre Uytterhoeven, qui sont de vieux complices. Pour la musique, je retrouve Francis Lai. Mais aussi Dimitri Naïditch, un pianiste à la carrière à la fois jazz et classique. Je suis allé chercher des gens que j’admire et que j’aime.

UNE ÉQUIPE VENUE DE PARTOUT

J’ai fait appel à tous mes potes, pour les embarquer dans cette histoire insensée. Je ne les remercierai jamais assez de m’avoir fait confiance. Johnny Hallyday, Jean Dujardin, Christophe Lambert, Gérard Darmon, Béatrice Dalle, Julie Ferrier, Elsa Zylberstein, Nadia Farès, Francis Huster, Antoine Duléry, Ramzy Bedia, Rufus, Philippe Lellouche, Zinedine Soualem et bien d’autres. J’ai appelé beaucoup de monde et ils ont répondu présent. Des gens que je retrouve, des gens que je découvre. À mon sens, les artistes sont comme des sportifs : ils ont chacun leur discipline de prédilection. Je me suis comporté comme un coach. Je n’aime pas trop les rôles de composition, il faut jouer avec les natures, avec les apparences, en tenir compte et les valoriser. Ils sont donc chacun dans leur nature, mais je les pousse vers des territoires inexplorés, vers une autre densité. Ils savent qu’il faut que j’y croie, sinon je vais dire « coupez ! ». Ce qu’ils connaissent de moi, c’est mon rejet de ce qui sonne faux. Ils se disent donc qu’ils vont défendre la situation mais qu’il faut que j’y croie. Ils sont tous venus, pour deux ou trois jours de tournage. J’ai fait ce film au nom de l’amitié et de la confiance.

SPONTANÉITÉ

CHACUN SA VIE est un film sur la spontanéité, et la spontanéité c’est tout de suite ou jamais. Je crois que c'est ce qui restera de mon cinéma. Elle a pour moi toutes les vertus. Quand on est spontané, on peut dire n’importe quoi. Même les plus grosses conneries sont touchantes, bouleversantes, et elles sont pardonnables. On peut dire la vérité, on peut mentir, on peut tout faire parce que d’un seul coup, votre instinct est plus fort que votre intelligence et c’est ce qu’il y a de meilleur qui sort. Sous le coup de la colère, on dit des choses qu’on regrette ensuite, alors on vient s’excuser… Mais non ! La colère vous oblige à être spontané. La spontanéité est au coeur de mon cinéma. Finalement, c’est ce qui m’intéresse, c’est ce que je demande à mes acteurs. Ce n’est pas leur métier que je veux – ils ont tous un savoir-faire extraordinaire, surtout ceux que j’ai pris – c’est filmer la spontanéité. J’ai aussi mélangé débutants et pros. Voir ensemble maître Éric Dupond-Moretti, qui est un avocat – et donc quelque part un acteur – et Béatrice Dalle, qui est la fille la plus spontanée du monde, voilà une rencontre de cinéma comme je les aime ! La spontanéité a lieu une fois, pas deux ! On a souvent dit que mes films étaient des films d’improvisation. J’ai voulu ne mettre que des scènes propres à mon cinéma, c’est-à-dire à cette recherche de spontanéité. Pour la plaidoirie de la fin, c’est la spontanéité de Christophe Lambert qui est plus intéressante que le réquisitoire, aussi brillant soit-il. La spontanéité des acteurs l’emporte sur tout le reste.

LA SENSATION DE VIVRE D’AUTRES VIES

Chaque personnage raconte une situation qui déclenche des sentiments. Le film est un assemblage de ces sentiments, de ces moments de vie, de moments de rupture, de moments potentiellement destructeurs mais qui construisent, auxquels les comédiens apportent leur humanité. Dans la vie comme au cinéma, il y a ce qu’on a envie de dire et ce que l’on dit. Le tournage est pour moi le moment sacré, privilégié, la grand-messe. On peut philosopher sur tout ce qui se passe avant ou après, mais le tournage c’est du concret, du présent. C’est ce présent qu’il faut que je protège au maximum pour que les gens croient à ce que je vais leur proposer. J’aime tous les films à condition d’y croire. J’aime que l’on me raconte des histoires.

LA MEILLEURE SÉQUENCE DU FILM

Une bonne histoire, qu’est-ce que c’est ? Voilà la vraie question que je me suis posée. Une bonne histoire n’est pas une mécanique avec un début, un milieu et une fin. Une histoire est bonne lorsque le présent dans lequel elle vous plonge est réussi. Et le présent, c’est une séquence. Et une séquence réussie + une séquence réussie + une séquence réussie… ça fait une grande histoire ! Souvent, quand on pense à un film, une scène en particulier vous revient en mémoire. Sur ce film, j’ai essayé de travailler en ne pensant qu’à des scènes qui risquaient de rester. C’est un processus compliqué. Tous les jours, je disais aux acteurs : « Aujourd’hui, on va tourner la scène la plus importante du film ! ». À tous, je leur ai menti, et en même temps je leur ai dit la vérité, car à partir du moment où je disais à chacun : « Tu vas faire la meilleure séquence du film », je leur plaçais la barre très haut. Je les ai obligés à sauter plus haut que d’habitude ! Qu’est-ce qu’un metteur en scène ? C’est un type qui n’a aucun talent par lui-même mais qui sait synchroniser celui des autres. Mon métier est de repérer les gens qui ont du talent et de les synchroniser pour ne pas qu’ils se mangent entre eux. Il faut créer l’harmonie. Je me suis donc dit que j’allais essayer de faire un film en synchronisant le présent et en me foutant de ce qu’il y a avant et après. Le présent est la seule chose qui n’a pas le temps de vieillir. Je vais avoir 80 ans ! Je sais que la vie est une course, je me rapproche de la ligne d’arrivée. Or dans une course, ce qu’il faut réussir, c’est le sprint ! C’est ce qui fait de vous un gagnant ou un perdant. À l’âge que j’ai, il ne faut surtout pas ralentir. Je suis bien décidé à courir de plus en plus vite, jusqu’à ce que mon cœur explose en vol. Ce sera une fin formidable !

HASARDS ET MIRACLES

Quand on met au générique « un film de Claude Lelouch », c’est un peu une escroquerie. Je ne suis que le metteur en scène du hasard, c’est lui qui devrait signer tous mes films… Mon seul vrai talent est de savoir accueillir le hasard et de l’utiliser. Un soir, par exemple, alors que je me trouvais au festival de Chicago, je suis allé dans une boîte de jazz où un type jouait du sax. Le film était terminé, on en était au montage. Je suis allé voir ce musicien… et le morceau est dans le film. Ce n’était pas prévu. Le hasard était encore là quand certains acteurs devaient jouer dans le film et m’ont dit non au dernier moment. Ils ont eu peur, mais ça m’a permis de trouver ceux qui m’ont dit oui. Tous les comédiens sont venus pour deux ou trois jours, en se disant qu’ils ne portaient pas le film sur leurs épaules. Ils ont donc été plus décontractés que d’ordinaire . C’est à la fois le film le plus facile et le plus complexe que j’aie jamais fait. Facile parce que ça s’est bien passé – ç’aurait été un cauchemar si les miracles n’avaient pas été au rendez-vous. Compliqué parce que ce film est le fruit de toute mon expérience et toutes mes réflexions mises au service d’une spontanéité et d’un instinct. J’aime la vie et elle me le rend bien. Et je suis très attentif à tous les signes de la vie, c’est pour ça que je suis si superstitieux – il n’y a pas de signe innocent ! Je n’ai jamais pensé que la vie avait tort. Sur ce film, j’ai prié pour que tout arrive, chaque jour.

JUSTE MILIEU

Je me suis posé un milliard de questions toute ma vie et je m’en pose encore aujourd’hui. Depuis ma naissance, « le juste milieu » a été la réponse à chacune. En fait, je suis un funambule de la vie. Je suis sur un fil, il ne faut pas que je tombe. L’équilibre a répondu à toutes mes questions. Je n’aime pas les extrêmes. Je n’aime pas les mecs de droite et je n’aime pas les mecs de gauche. Ils n’ont aucune possibilité de faire une synthèse. Moi, quand je dirige mon équipe, je suis au milieu de tous. Je m’entends aussi bien avec le mec qui est au smic qu’avec celui qui gagne un million d’euros par film. Je suis là pour qu’ils s’aiment tous et qu’ensemble, on puisse créer une complémentarité. Et l’élément qui a toujours résolu tous mes doutes, c’est le juste milieu, l’équilibre. C’est ce qui fait que d’un seul coup, on croit à une histoire. C’est pour ça que je déteste les acteurs qui en font trop : je n’y crois pas ! Et les acteurs qui ne font rien, on ne les voit pas. Que ce soit en amour, au boulot, à table, dans n’importe quelle situation, le juste milieu a toujours raison. Il dit qu’il faut goûter à tout, qu’il ne faut rien s’interdire, mais en petite quantité. C’est donc ce juste milieu qui est le guide du film. J’ai essayé de mélanger tous les genres.

LA MUSIQUE D’UNE VILLE

La musique est un des acteurs principaux de ma vie et de mes films, parce que – je ne le répéterai jamais assez – c’est ce qui parle le mieux à notre coeur et à notre inconscient. La musique parle à ce qu’il y a de meilleur en chacun de nous. Si Dieu existe, il est forcément musicien ! Dans CHACUN SA VIE, la musique tient une place particulièrement importante puisque tout le film se déroule pendant un festival de jazz de rue. Ce film est aussi pour moi l’occasion de retravailler avec cet immense artiste qu’est Francis Lai. L’intrigue se situe à Beaune, capitale des vins de Bourgogne, une ville du « juste milieu », vivante mais pas démesurée, ancrée dans la réalité sociale de l’époque mais sans en être écrasée, visuellement très jolie et géographiquement assez centrale dans le pays. C’est un personnage du film, le théâtre où vont se croiser tous ces destins qui finiront par se retrouver.

JOUER CHEZ LELOUCH

Un film de Claude Lelouch est toujours un événement, mais CHACUN SA VIE – son 46ème long métrage – l’est encore un peu plus. Pour la première fois, des dizaines de stars sont réunies. Pour des rôles hilarants, bouleversants, surprenants, ces immenses personnalités ont toutes répondu présent afin de servir une histoire de destins qui s’entrecroisent comme seul le plus emblématique des cinéastes français sait les orchestrer. Plus que jamais, il est question de ce qui fait la vie dans ce qu’elle a de plus excitant, de plus dangereux, de plus joyeux et de plus savoureux… Rencontre sur le vif avec quelques-uns des comédiens du plateau le plus impressionnant de l’année…

JEAN DUJARDIN

« Je venais de tourner UN + UNE avec Claude et il m’a simplement dit : « Je t’ai écrit une scène avec Johnny ». Comment résister ? Impossible de passer à côté d’une scène avec Johnny imaginée par Claude ! Il n’y a pas de question à se poser, tu fonces, tu essaies tout et tu t’amuses. Je suis prêt à repartir avec Claude l’année prochaine et même tous les ans après si on trouve le film qu’il faut pour le faire ! Claude a le don de mélanger ce que nous sommes dans la vie avec ce qu’il veut que nous incarnions. Il se donne la peine de comprendre ses acteurs avant de les emmener avec lui. Pour ma part, j’essaie de privilégier des personnages enjoués, un peu déconneurs, un peu « cons » même, ce qui est plutôt rafraîchissant. Il y a des jolis cons chez Claude et c’est très bien, ça détend ! »

JULIE FERRIER

« Claude est venu me chercher et j’ai accepté sans même lire, en me disant que c’était peut-être une des plus belles opportunités qui puisse se présenter à moi. Et en effet, c’était magique ! L’enthousiasme de Claude Lelouch est communicatif – j’aimerais tellement que l’on retrouve ces conditions-là plus souvent... Claude a une manière unique de travailler, on est dans une sorte d’hymne au jeu. Personnellement, ce que je préfère dans le cinéma, c’est jouer la comédie. C’est aussi pour cela que j’aime le théâtre. Certains réalisateurs ont une vision de leur film, un point de vue. Ils se demandent où ils vont placer les caméras, ils découpent. Claude a bien sûr la maîtrise de tout cela, mais il reste d’abord concentré sur le jeu. Il se débrouillera toujours pour capter et valoriser l’énergie et l’émotion que l’on dégage. C’est aussi rare que précieux. J’ai déjà connu cela, mais pas à ce point-là, ni avec cet enthousiasme-là… Claude est la première personne qui, selon les scènes, les jours, va vous faire jouer en vous soufflant le texte, ou au contraire en vous laissant totalement improviser, en vous plaçant dans un silence absolu ou en vous faisant tourner dans la plus pure tradition académique avec votre texte tenu au cordeau. Sa façon d’envisager le jeu est d’une richesse incroyable. Il apprécie les surprises. Il pense qu’un imprévu est toujours un cadeau et il aime profondément ses acteurs. Jouer dans ces circonstances, au milieu de cette troupe, avec en plus pour moi un double rôle, était une expérience passionnante. »

CHRISTOPHE LAMBERT

« Tourner avec Claude est un plaisir parce qu’on est dans la liberté et dans l’amour. On ne devient pas comédien sans raison, ce n’est pas un métier que l’on apprend. C’est une activité que l’on peut développer en essayant de devenir meilleur, mais je crois que c’est en nous dès la naissance. On a besoin d’être aimé, et Claude le sait. Il nous donne tout ce qu’il peut. Quand je vois ce grand monsieur de presque 80 ans investi dans ce nouveau film comme si c’était le premier, je suis impressionné et touché. Il a une telle énergie, une telle passion, un amour si profond du cinéma qu’il donne envie de tout lui donner. Une des grandes forces de Claude est d’adosser nos personnages à ce que nous sommes. Avec pudeur et bienveillance, il nous place en situation d’aller puiser dans notre propre vie. Il y a ainsi des choses dans mon personnage qui trouvent un écho en moi, comme les périodes où je buvais un peu trop et où j’en éprouvais une profonde tristesse. J’ai connu ce que traverse mon personnage. On sent que l’on perd pied et on ne sait pas comment s’en sortir. Ce n’est pas qu’il veut boire, c’est qu’il doit boire. Il est un peu perdu, émouvant, un peu drôle et un peu allumé. Avec Claude, on se sent assez en confiance pour arriver à faire naître ces personnages en ne s’arrêtant pas à ce qu’ils ont de valorisant. Il nous donne la force de tout incarner. »

FRANCIS HUSTER

« La distribution de CHACUN SA VIE, c’est un peu comme LES UNS ET LES AUTRES 2 ! Énormément d’acteurs, dont beaucoup doivent un peu de ce qu’ils sont à Claude Lelouch, moi le premier. Soit parce qu’il les a fait tourner, soit parce qu’il les a fait rêver et les a inspirés. Je les aime ces acteurs, certains ont été mes élèves, je pourrais presque être leur grand-père. J’ai des affinités extraordinaires aussi bien avec ceux que je connais et que j’admire qu’avec ceux que j’ai découverts. Claude Lelouch est un immense directeur d’acteurs, je pense même qu’il est le plus grand depuis Charlie Chaplin. Même chez un inconnu, il trouve sa rareté ; c’est ce que j’aime. Je trouve les acteurs rares quand ils tournent avec Claude Lelouch. Ce qui compte pour Claude, c’est la spontanéité, de ne pas jouer justement, mais se laisser aller là où soi-même on ne s’attend pas. Quand il m’a présenté son projet, j’ai compris que ce n’était pas son dernier film, mais son premier. J’ai l’impression que tous ses autres films sont dedans. Je n’ai jamais été un juge, comme mon personnage. Je n’ai jamais cherché à accuser les autres. Par contre, je me reconnais dans son humanité. C’est un honnête homme, qui commet des erreurs mais qui cherche la vérité. C’est ce que j’ai toujours cherché dans ma vie. Je me suis trompé aussi mais ce qui m’intéresse, c’est la recherche de la vérité, je ne suis pas un tricheur. Comme tous les hommes de justice, mon personnage joue un rôle. J’aime aussi l’idée d’être le 13e sur la liste des acteurs. C’est pour moi un joli signe du destin. Je ne remercierai jamais assez Claude. J’ai pour lui beaucoup d’admiration, d’affection et de respect parce qu’il s’est battu tout seul – pas contre les autres mais contre lui-même. Il avait toutes les qualités pour devenir le plus grand des reporters, il aurait été dans toutes les guerres, il n’aurait filmé que des choses aussi fortes que signifiantes. Il a préféré la guerre que l’être humain mène contre lui-même, des histoires d’amour, mais surtout il est allé chercher chez nous quelque chose d’extraordinaire : la tendresse humaine, la dignité. Je lui dis merci. »

ÉRIC DUPOND-MORETTI

« Je vais frimer un peu : je suis à l’origine de cette histoire. Claude était venu m’entendre plaider une affaire assez compliquée – un type à qui on reprochait d’avoir tué deux femmes pour toucher des contrats d’assurance-vie qu’il avait préalablement souscrits – puis nous sommes allés dîner. Claude m’a alors expliqué qu’il voulait réunir des gens, des personnalités différentes, mélanger les fragilités dans une enceinte judiciaire. Le projet est parti comme ça. Je suis heureux d’avoir été là au début et d’avoir la chance de me retrouver dedans. Jouer dans un film n’est pas mon métier, mais c’est une parenthèse fantastique dans ma vie. Le métier d’acteur m’intéresse aussi par rapport à mon métier d’avocat. Je suis un avocat qui revendique ce côté acteur. Chez les avocats, on retrouve cette théâtralité, l’importance du costume, un rite, et il y a même une sonnerie quand on commence une audience. Il y a cependant des points divergents : lorsque je plaide, je n’ai pas le droit à une deuxième prise. Si je suis mauvais, je ne peux pas recommencer. L’autre différence essentielle réside dans le fait que moi, je ne joue pas. On est dans une réalité très sérieuse. Il y a dans le tribunal un type qui joue sa liberté. Il reste pourtant un point de similitude entre le comédien et l’avocat : si on n’est pas sincère, cela se voit tout de suite et sur un plateau, Claude le perçoit immédiatement ! »

ANTOINE DULÉRY

« Je joue un flic et son frère jumeau, qui est maire de la ville. Mais le personnage n’est pas forcément l’essentiel chez Claude, car à travers le rôle, il parvient toujours à faire apparaître une partie de vous-même en tant qu’individu. Ce qui lui importe, c’est la personnalité réelle qui se dessine à travers le jeu. Jouer avec cette grande troupe est un plaisir. Pour chacun de ses films, Claude réunit une famille. C’est mon sixième film avec lui et je retrouve des gens que je connais très bien, comme Jean et Johnny, avec qui j’ai déjà tourné, et même Christophe Lambert avec qui j’ai été au cours Florent il y a des années. C’est une formidable réunion. On gagne beaucoup de temps à jouer avec des gens que l’on aime et que l’on respecte. On n’a pas à jouer l’amitié, elle est déjà là. »

LIANE FOLY

« Pour moi, participer à ce film est un rêve éveillé. Ma rencontre avec Claude est très importante, humainement et professionnellement. Il y a dans ce nouveau film une dimension qui me touche particulièrement, c’est la place faite à la musique. Toute l’histoire se déroule pendant un festival de jazz et la musique est omniprésente, aussi bien dans les rues que dans les vies. Forcément, interpréter une chanteuse trouve un écho particulier en moi. Je me sens assez proche du personnage. Comme elle, je suis plutôt tournée vers les autres. Elle n’est pas la plus grande des stars du monde, mais elle est absolument sincère et va au bout de ses convictions et de ses élans affectifs. Jouer ou chanter n’est pas un métier, c’est une passion. J’aime l’idée de rendre les gens heureux, un peu comme Claude. C’est d’ailleurs ce que je chante dans le film, « On peut toujours rendre quelqu’un moins malheureux ». Comme lui, j’aime transmettre le bonheur et l’espoir. »

GÉRARD DARMON

« Franchement, je n’ai rien à voir avec mon personnage, un avocat qui découvre son homosexualité et va se faire surprendre par sa femme, mais c’est aussi ce qui rend le fait de travailler avec Claude aussi intéressant et amusant ! Un jour, Claude m’a appelé pour m’expliquer son projet que j’ai trouvé, comme d’habitude, complètement fou. Il ne m’en a pas dit beaucoup, mais suffisamment pour me donner envie d’y participer. Et puis une fois que j’ai donné mon accord, il a plaisanté en disant que maintenant, je ne pourrais plus lui dire non et que j’aillais être obligé de le suivre ! Ce rapport complice induit plein de choses, mais c’est ainsi que j’aime travailler avec lui. Je suis arrivé sur ce plateau en ne sachant absolument pas ce qu’il allait me faire faire. Je savais vaguement que j’étais avocat mais c’est tout. Avec Claude, on a envie de dire oui tout simplement. Ce qu’il y a de remarquable avec lui – et je pense qu’il est l’un des rares metteurs en scène, peut-être même le seul, à procéder ainsi – c’est qu’il enregistre la musique du film avant de commencer le tournage. Du coup, on tourne parfois avec la musique du film. C’est un vrai plus, un amplificateur d’émotion et un accélérateur de jeu extraordinaire. »

ELSA ZYLBERSTEIN

« En arrivant sur le tournage, je ne connaissais pas vraiment mon personnage parce que je n’avais pas pu lire le scénario, mais je n’étais pas inquiète pour autant. J’avais tourné UN + UNE avec Claude et Jean dans des conditions inoubliables, quasiment expérimentales ! Pour moi, Claude Lelouch est la grande rencontre de ma vie. J’ai attendu de tourner avec lui pendant 20 ans. C’est ce dont j’ai rêvé toute ma vie. Alors quand il m’a proposé de rejoindre ce nouveau projet, je n’ai pas hésité. Mon personnage est une comtesse mariée qui n’a pas l’air si heureuse que ça dans sa vie. Le soir où Johnny débarque dans son château, elle s’emballe. Claude aime faire basculer des destins à travers des rencontres. Dans ses films comme dans la vie. Finalement, un peu comme mon personnage dans UN + UNE, cette femme perdue dans sa vie va se révéler à elle-même à travers un autre homme que celui avec qui elle est supposée être. »

JEAN-MARIE BIGARD

« Claude et moi sommes liés par une longue amitié. Je ne sais plus comment ça s’est fait mais un jour, j’ai dit à Claude : « Je voudrais te faire une lecture de mon prochain spectacle » et il a adoré l’idée. À plusieurs reprises, je me suis retrouvé devant lui, à m’amuser à faire ces lectures devant toute la famille. C’est devenu une tradition : dès que j’avais mis le mot « fin » sur la première mouture du spectacle, je filais chez Claude et il me filmait. Et ça m’a toujours porté bonheur. J’ai l’impression d’être un de ses enfants. Alors forcément, quand il m’a proposé ce film… Je me sens d’autant plus proche de mon personnage, un toubib, que comme lui je suis convaincu que le rire soigne vraiment. Une bonne crise de rire constitue le meilleur des médicaments, j’en suis sûr et certain. Quel plus beau cadeau que de jouer un homme qui, en quelques secondes avec une petite blague, a le pouvoir de déclencher un vrai rire chez des gens qui souffrent ? »

CHANTAL LADESOU

« Les personnages de Claude font toujours réfléchir ceux qui regardent ses films, mais ils questionnent aussi ceux qui les jouent ! On se reconnaît toujours un peu dans le rôle qu’il projette sur nous. Mon personnage est un peu désagréable, un peu caractériel, il va au fond des choses, et je crois que je suis un peu comme ça… Mon mari dit que j’ai les rôles que je mérite ! Dans ce film, je suis très honnête, assez sèche, mais je ne suis pas que cela et les apparences peuvent cacher d’autres réalités. C’est exactement le thème du film de Claude : on est tous doubles, à la fois noirs et blancs. J’ai beaucoup aimé l’ambiance de ce tournage. C’était amusant, vivant, avec des gens qui venaient de tous les horizons : du barreau, du one-man-show, du théâtre plus intimiste, du théâtre populaire, de la chanson, et tenez-vous bien, il y avait même quelques acteurs ! »

   
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